À Charles Spon, le 26 juillet 1655
Note [18]

Roch Le Baillif, sieur de la Rivière, médecin et alchimiste français né à Falaise (Calvados), mort à Paris en 1605, était fils d’un réfugié protestant qui enseignait la théologie à Genève. Il fut élevé dans le calvinisme. Après avoir terminé ses études, il vint à Paris et y pratiqua la médecine. Imbu de la doctrine de Paracelse, il obtint des succès si rapides que la Faculté s’en émut et lui contesta le droit d’exercer sans avoir subi un examen. Le différend s’échauffa et Le Baillif fut traîné devant le Parlement qui lui interdit le séjour de Paris sous peine de punition corporelle. Il se retira à Rennes et quoiqu’il n’eût pris aucun diplôme, parvint à obtenir le titre de médecin du parlement de Bretagne. Il sauva d’une maladie grave le duc de Nemours qui se déclara son protecteur. Le duc de Bouillon l’emmena a Paris, le présenta à Henri iv et le fit agréer en 1594 pour la place de premier médecin, vacante par la mort de Dalibourt (v. note [7] de l’Observation 20). Gabrielle d’Estrées (v. note [7], lettre 957) lui donna sa confiance et il la servit dans le projet qu’elle avait formé d’amener le roi à l’épouser. Comme il s’occupait d’astrologie, Henri iv eut la faiblesse d’exiger qu’il tirât l’horoscope du dauphin, futur Louis xiii (qu’on a surnommé le Juste, parce qu’il était né sous le signe de la balance). Dans sa dernière maladie, l’ingénieux charlatan se convertit à la foi catholique (G.D.U. xixe s.).

Le Baillif a laissé quelques ouvrages d’astrologie et de pratique empirique, dont le Premier traité de l’homme, et son essentielle anatomie, avec les éléments, et ce qui est en eux : de ses maladies, médecine, et absolus remèdes ès teintures d’or, corail, et antimoine : et magistère des perles : et de leur extraction. Par Roch Le Baillif sieur de la Rivière, conseiller et médecin ordinaire du roi, et de Monseigneur duc de Mercœur (Paris Abel l’Angelier, 1580, petit in‑fo ; Medic@) ; avec ces deux vers en appendice du titre :

Pravus ubi fluvium manibus non lotis obivit,
Huic Dii succensent, tribuentes inde dolores. Hesiod
.

[Celui qui traverse un fleuve avec des mains impures, les dieux le prennent en haine et lui préparent des calamités dans l’avenir. Hésiode (Les Travaux et les Jours, livre ii, v. note [4], lettre 239, traduction de Leconte de Lisle)].

L’auteur vante l’antimoine comme panacée dans son épître dédiée « À très haut et puissant prince Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre, pair de France, marquis de Nomeny et de Bauges, prince du Saint-Empire, etc. » :

« La troisième teinture, {a} qui est celle de l’antimoine, appelée sang de dragon par Hermès, {b} et étoile orientale par Geber, {c} mise en usage, est assuré remède aux maladies venant en la ratelle, fiel, {d} les reins et le cerveau, et leurs membres moins nobles ; les préservant de corruption et les purgeant par une intense transpiration du tartre en eux retenu, source de leurs maladies. Si que, {e} à cause de cette généralité, les aucuns {f} l’ont tenu pour azoc ou médecine universelle. »


  1. Après celle d’or ou de soleil, et celle de corail.

  2. Hermès Trismégiste, v. note [9], lettre de Thomas Bartholin le 18 octobre 1662.

  3. Jabir Ibn Hayyan, alchimiste persan du viiie s.

  4. Rate et vésicule biliaire.

  5. Tant et si bien que.

  6. Certains.

Guy Patin citait ici, à son sujet, le Vrai discours des interrogatoires faits en la présence de Messieurs de la Cour de Parlement par les docteurs régents en la Faculté de médecine en l’Université de Paris à Roch Le Baillif, surnommé La Rivière, sur certains points de sa doctrine (Paris, Pierre l’Huillier, 1579, in‑4o de 156 pages). Il n’y pas d’auteur identifiable, mais Michel i Marescot (v. note [14], lettre 98) était l’un des cinq docteurs régents que la Faculté de médecine avait commis pour examiner La Rivière. Il y est, entre autres, question de l’antimoine (pages 111‑115) dans la Réplique à la réponse de La Rivière contre un factum présenté à Messieurs de la Cour, le 6 mai 1579 :

« Mais il faut venir à ce démon d’antimoine et savoir si les métaux sont venins dans notre corps ; ce à quoi il {a} s’essaie de satisfaire, mais en vain. Car je n’ai pas dit qu’ils le fussent tous, ni même l’antimoine, ains {b} seulement quelques-uns accoutrés et passés par certaines graduations de feu, comme certainement il ne saurait nier que le vif-argent sublimé ne le soit, combien que quelques-uns en ont pris et n’en sont pas morts.
[…] Et ne vois point qu’il {c} ait commodité ou propriété plus grande que de vomitoire, sinon qu’il ne coûte guère et ne laisse point de mauvais goût, non plus que du verre, et a bientôt montré sa malice et perturbation en reversant l’estomac comme une bottine, et que les maladies pour lesquelles l’on le donne ne reviennent plus car elles ne s’en vont point du tout. Et en a fait à plusieurs rendre l’âme par en bas avec le tartare de Paracelse plutôt que celui de Platon ; {d} et que nulle intempérature simple ni vice aucun de partie, voire conjoint avec matière, n’est ou guéri, ou garanti par lui seul ; et perce aucunefois {e} l’estomac, voire coupe les boyaux, comme à la fille de Monsieur de Rohan, combien que tous n’en meurent pas si soudain et apparemment. Si n’en vis-je jamais aucun qui n’assurât de n’en prendre plus par la bouche en verre pour les piteux et effroyables accidents qu’il apporte. Mais soit que l’on meure ou que l’on languisse, ou que l’on guérisse, il y a des façons de mort et de vie plus douces. Et n’avons point faute d’autres vomitoires plus bénins et n’ignorons pas les autres façons de le préparer, ni qu’il peut entrer en clystère plus sûrement. Mais il ne s’ensuit pas s’il purge l’or qu’il purge notre corps, {f} non plus que nos autres purgatifs purgent l’or, car il n’y a point de communication avec l’or et notre corps, moins qu’avec les carpions du lac de Garde qui ne le peuvent digérer. » {g}


  1. Roch Le Baillif.

  2. Mais.

  3. L’antimoine.

  4. Les Enfers (v. note [2], lettre 125).

  5. Parfois.

  6. Il ne s’ensuit pas que s’il purge l’or, il purge notre corps.

  7. Les Observations de plusieurs singularités et choses mémorables… par Pierre Belon du Mans… (Paris, Jérôme de Marnef et veuve de Guillaume Cavellat, 1588, in‑4o, pages 107‑108) :

    « Et pource que savons qu’il y a beaucoup de nations qui ont opinion que les poissons nourris es {i} rivières qui ont bruit d’avoir de l’or, s’en nourrissent et le prennent pour pâture, il nous a semblé avoir trouvé occasion d’en dire quelque petit mot, et être chose digne de notre observation d’en enquérir la vérité ; car les habitants de Pesquere {ii} au rivage du lac de Garde, et aussi de Salo, se sont persuadés que les carpions {iii} de leur lac se nourissent de pur or. […] les […] carpions n’ont estomac qui puisse digérer l’or ; combien que les hommes du pays disent en commun proverbe que les poissons nourris d’or sont excellents par dessus les autres. »

    1. Dans les.

    2. Peschiera del Garda.

    3. Espèces de petites truites particulières au lac de Garde.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 26 juillet 1655. Note 18

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(Consulté le 28.10.2020)

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