Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit
Note [34]

Triades 61‑63.

  1. « “ Nous distinguons trois sortes de jeux : dans la première, seul intervient le hasard, comme aux osselets, {a} aux dés, {b} aux cartes, {c} etc. ; dans la deuxième, l’adresse est plus importante que le hasard, comme sont les échecs, les jeux équestres, la paume, etc. ; la troisième est un mélange des deux premières, comme est le trictrac où, bien que le coup de dés dépende du hasard, le déplacement des pions requiert de l’adresse ” {d} (ibid. page 558). » {e}


    1. Les osselets (tali) des anciens Romains étaient des dés dont deux faces étaient rondes, pour bien rouler, et les quatre autres, planes et marquées d’un chiffre ; ils étaient primitivement taillés dans les petits os du jarret de mouton.

      Plus tard, l’osselet est devenu la pièce du jeu d’adresse que connaissent encore les enfants (Richelet,1680) :

      « ce mot, en parlant de jeu, est un petit morceau d’ivoire façonné en forme d’s. Il faut quatre osselets et une petite boule d’ivoire pour faire un jeu d’osselets, qui est un jeu où il n’y a que les petites filles qui jouent. Pour y jouer on jette avec la main la petite boule d’ivoire environ la hauteur d’une personne et on prend adroitement un des osselets lorsque la petite boule est tombée à terre, et fait un bond. »

    2. Les dés romains (tesseræ et aleæ), encore en usage de nos jours, étaient des cubes (en os), dont les six faces étaient marquées d’un chiffre. « Plusieurs étant jetés, déterminent les choses qu’on laisse juger au hasard. “ Cette question est si problématique, que je la voudrais décider à trois dés ” : c’est ce que les Anciens ont entendu par ce mot alea judiciorum, ou “ le hasard des jugements ” » (Furetière).

    3. « Il y a plusieurs jeux de cartes : le piquet, le brelan, l’homme, l’hombre, le lansquenet, la bassette, la triomphe, le hère, l’impériale, le hoc, le reversis, la grande et petite prime, la manille, etc. » (Furetière). Le hasard ne réglait que la distribution des cartes.

    4. Le lusus latrunculorum était le jacquet, jadis appelé trictrac (Furetière) :

      « jeu fort commun en France, qui se joue avec deux dés, suivant le jet desquels chaque joueur ayant quinze dames [pions], les dispose artistement sur des pointes marquées dans le tablier [plateau], et, selon les rencontres, gagne ou perd plusieurs points, dont douze font gagner une partie, et les douze parties le tour ou le jeu. Le nom lui vient du bruit que font les dames en les maniant. Trictrac se dit aussi du tablier sur lequel on joue ce jeu, qui est de bois ou d’ébène, qui a d’assez grands rebords pour arrêter les dés qu’on jette, et retenir les dames qu’on arrange. »

    5. Transcription mot pour mot d’un commentaire de Johann Thuille (Padoue, 1621, page 558, v. supra notule {g}, note [28]) sur l’emblème cxxx d’Alciat, Semper præsto esse infortunia [L’infortune est toujours prête à agir], illustré par trois jeunes femmes jouant aux dés pour deviner laquelle périrait la première, quant une tuile détachée du toit va tomber sur la tête de celle qui est au milieu (page 158 de l’édition française de Lyon, 1549).

  2. « “ Il y a trois manières de faillir dans la vie humaine : soit par excès, en agissant autrement qu’il ne faut, c’est-à-dire en en faisant plus qu’on ne devait ; soit par négligence, en n’ayant pas mis assez de soin dans l’exécution de ce qu’on devait faire ; soit par oubli, en omettant d’accomplir ce à quoi on s’était engagé ” (ibid. page 103). » {a}


    1. Transcription mot pour mot d’un commentaire de Johann Thuille (page 103) sur l’emblème xvii, Lapsus ubi ? quid feci ? aut officii quid omissum est ? [Où ai-je failli ? comment-ai-je fait ? ou en quoi ai-je négligé mon devoir ?], illustré par le sage exemple (mais tout de même assez curieux) des grues qui volent en se lestant d’une pierre pour ne pas se laisser dévier par le vent (page 38 de l’édition française de Lyon, 1549), avec cette explication (qui laisse planer quelque obscurité) :

      « Tout vice et défaut gît ou en faire mal, qui est trop faire ; ou laisser le bien, qui est point faire ; ou ne faire assez bien son devoir, qui est trop peu faire. De quoi les grues donnent exemple, qui, en volant portent pierres, pour n’être trop arrêtantes en l’air, ni trop peu pesantes à l’arbitre du vent. Et de ces trois choses doit chacun à la fin du jour rendre compte à soi-même. »

  3. « “ Clément d’Alexandrie distingue trois sortes de rire : le meidiama, qui est le rire des dieux ; le kichlismos, qui est celui des prostituées ; le kagchasmos, qui est celui de l’effronté, avec des relents libidineux. {a} D’autres disent que le premier est naturel, et qu’il faut plutôt l’appeler hilarité, et ce fut par exemple celui de Sarah, l’épouse d’Abraham ; {b} que le deuxième relève de la stupidité, c’est le fou rire de tous les niais ; et que le troisième traduit la malice, comme celui de Cham quand il raillait la turpitude de son père ” {c} (ibid. page 471). » {d}


    1. Clément d’Alexandrie, théologien et philosophe grec du iie s. est reconnu Père de l’Église. La première partie de cette triade est inspirée par le chapitre v, Du Rire dans le livre ii de son traité intitulé Le divin Maître ou le Pédagogue :

      « Ce doux relâchement des fibres du visage qui se fait comme par l’harmonie de quelque instrument est appelé d’un mot grec qui signifie sourire [μειδιαμα, meidiama]. Si le visage des hommes modestes s’épanouit davantage, c’est rire. Les éclats de rire qui défigurent le visage reçoivent un nom différent, quand ce sont des femmes ou des hommes qui les poussent. Le nom que l’on donne au rire éclatant des femmes [κιχλισμος, kichlismos] signifie un rire immodeste et lascif, et il ne convient qu’à des courtisanes. Celui que l’on donne au rire des hommes [καγχασμος, kagchasmos] en exprime l’insolence et l’impureté. L’insensé, quand il rit, élève la voix ; mais le sage sourit à peine, parce que le sage est tout autrement affecté que l’insensé. »

    2. Passage de La Genèse (18:9‑15, v. note [83] du Traité de la Conservation de santé, chapitre ii, pour les huit qui les précèdent) où trois envoyés de Dieu rendent visite à Abraham et à Sarah (Sara), son épouse, et leur annoncent la naissance inespérée d’Isaac :

      « Ils lui demandèrent : “ Où est Sarah, ta femme ? ” Il répondit : “ Elle est dans la tente. ” L’hôte reprit : “ Je reviendrai chez toi l’an prochain ; alors ta femme Sarah aura un fils. ” Sarah écoutait, à l’entrée de la tente, qui se trouvait derrière lui. Or Abraham et Sarah étaient vieux, avancés en âge, et Sarah avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes. Donc, Sarah rit en elle-même, se disant : “ Maintenant que je suis usée, je connaîtrais le plaisir ! Et mon mari qui est un vieillard ! ” Mais Yahvé dit à Abraham : “ Pourquoi Sarah a-t-elle ri, se disant : ‘ Vraiment, vais-je encore enfanter, alors que je suis devenue vieille ? ’ Y a-t-il rien de trop merveilleux pour Yahvé ? À la même saison l’an prochain, je reviendrai chez toi et Sarah aura un fils. ” Sarah démentit : “ Je n’ai pas ri ”, dit-elle, car elle eut peur, mais il répondit : “ Si, tu as ri. ” »

    3. Genèse (9:24, v. notule {e}, note [13] du Traité de la Conservation de santé, chapitre iii) : Cham, fils de Noé, découvre son père ivre, nu dans sa tente ; Cham se serait moqué de lui, mais ses frères, Sem et Japhet, couvrent leur père de son manteau ; au réveil, Noé apprend ce qui s’est passé et maudit Chanaan, fils de Cham. L’offense de Cham et le transfert du châtiment de Noé sur son petit-fils sont obscures, mais ont fait l’objet de multiples exégèses.

      V. note [19], lettre 309, pour l’assimilation des descendants de Cham (Chananéens) aux libertins athées.

    4. Cette triade est la copie d’un commentaire de Johann Thuille (page 471) portant sur les mots ridens Venus [Vénus en rit] dans l’emblème cxiii d’Alciat, Fere simile ex Theocrito [Presque semblable au précédent, tiré de Théocrite] (l’emblème cxii est intitulé Dulcia quandoque amara fieri [Les douceurs deviennent parfois amères]) : le texte et sa vignette montrent une mère qui console son enfant qu’une abeille a piqué (page 137 de l’édition française de Lyon, 1549).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit. Note 34

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(Consulté le 20.06.2021)

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