À Claude II Belin, le 27 avril 1632
Note [9]

Le père de Guy, François Patin (mort le 12 janvier 1633), était avocat et intendant de Gaspard de Monceaux d’Auxi. Sa mère, d’une bonne famille d’Amiens, était née Claire Manessier, fille de Jean Manessier, qui fut échevin de la ville d’Amiens en 1592-93 et pendant l’occupation espagnole (v. la lettre à Charles Spon du 13 juin 1644, lettre 106).

Guy Patin tirait grande fierté (et jolie richesse de sa belle-famille) : il avait épousé le 10 octobre 1628 Jeanne de Janson (d’après sa signature, mais qu’on trouve aussi écrit Jansson, Jeanson ou Jeansson ; 1607-7 juillet 1677), fille de Pierre de Janson, riche marchand de vin à Paris (mort en 1652, âgé de 81 ans), et de Catherine Janson-Lestourneau (morte en 1651, âgée de 84 ans), apparentée aux Miron (v. note [9], lettre 82). Sans citer la source de sa citation, Vuilhorgne a écrit de Jeanne Patin :

« S’il fallait en croire un ennemi de Guy Patin, Renaudot, elle n’aurait pas eu que ces seuls défauts, {a} et l’amour outré de l’argent n’aurait pas été le moindre de ses travers : “ Il vaut mieux faire dire des messes, dit Renaudot, pour une femme huguenote, confessant en mourant sa foi catholique, que faire comme la femme de G. Patin, qui, au pain bénit, mit l’autre jour, au lieu d’un écu d’or, un sol à la clef enfermé dans du papier. ” » {b}


  1. Le mauvais caractère de Jeanne Patin. Un heureux hasard nous a conservé un billet de mauvaise humeur qu’elle a écrit à son mari vers 1667 (v. l’Intermède des Leçons au Collège de France).

  2. Ironie curieuse car « un sol à la clef » ne désigne pas une pièce particulière de l’ancienne monnaie, mais une manière d’indiquer, sur une portée musicale, qu’il faut diéser (hausser d’un demi-ton) le fa, le do et le sol, ce qui se marque par un signe # écrit au début de chacune des trois lignes correspondant à ces notes. On dit donc aujourd’hui « trois dièses à la clef » et non plus « un sol à la clef ». Si c’était ce qu’il voulait dire, Théophraste Renaudot aurait donc dû écrire « un sol à la clef sur un papier plié » plutôt qu’« un sol à la clef plié dans un papier ».

Dans un message du 3 septembre 2015, Emmanuel Clause, généalogiste, se réfère à ses propres recherches archivistiques et à un ouvrage de Claire Châtelain (issu en partie de sa thèse d’Histoire sur la famille Miron, soutenue en 2001 sous la direction de Robert Descimon) Chronique d’une ascension sociale. Exercice de la parenté chez les gands officiers (xviexviie siècles) (Paris, Éditions de l’EHESS, 2008) pour éclaircir les lien entre Jeanne Janson et les Miron :

  • Jeanne était par sa mère petite-fille de Claude Lestourneau, commissaire au Châtelet, et de son épouse Jeanne Bastonneau ; cette dernière était cousine germaine de Madeleine Bastonneau (morte en 1614), épouse de Gabriel iii Miron (mort vers 1572, fils de François ii Miron, premier médecin du roi, v. note [9], lettre 82), père de Robert i (v. note [20], lettre 180) ; c’est ainsi que Guy Patin pouvait se dire cousin (issu de germain et par alliance) des Miron ;

  • Jeanne avait un frère et une soeur ; Antoine Janson épousa en 1645 une dénommée Marie Le Lièvre ; Gabrielle Janson (morte en 1686) eut deux maris, Claude Bourdon, avocat, procureur du prince de Condé, et Joseph Dupont de Carles ;

Le premier enfant du couple Patin se prénommait Robert (Paris 11 août 1629-Cormeilles-en-Parisis 1er juin 1670). Alors âgé de deux ans et neuf mois, les lettres de son père l’ont successivement montré bachelier en médecine (1648), licencié (1650) puis docteur régent (1651) de la Faculté de médecine de Paris, et enfin professeur au Collège de France en survivance de son père (1667). Marié en 1660 à Catherine Barré (v. note [11], lettre 611), Robert avait eu pour parrain Robert i Miron et pour marraine, Suzanne de Monceaux d’Auxi, femme de Fontenay-Mareuil, ambassadeur en Angleterre. Tous les détails de sa vie se trouvent dans la suite des lettres de son père.

Jeanne Patin mourut en 1682. Un avis conservé aux Archives nationales (liasse AN Y3994A, page 1098, Geneanet), daté du 18 août de ladite année, par-devant un officier de justice dénommé Jean Lecamus, enregistre le fait que le « sire Louis Patin, émancipé d’âge » (c’est-à-dire mineur sous tutelle car la majorité civile n’était déclarée qu’à l’âge de 25 ans) a été convoqué pour « donner avis s’il acceptera ou renoncera à la succession de défunte damoiselle Jeanne Janson, ci-avant femme et veuve de Me Guy Patin, ci-avant docteur en médecine, son aïeulle paternelle ». Le jeune homme préféra « renoncer à la succession de ladite défunte […], attendu qu’elle lui est plus onéreuse que profitable ». Ce petit-fils peu enclin à hériter les dettes de son grand-père était Ignace-Louis Patin : fils aîné de Robert, il avait eu 21 ans en juin précédent et allait devenir avocat au Parlement (v. note [16], lettre 985). V. note [2] de Comment le mariage et la mort de Robert Patin ont causé la ruine de Guy pour la profonde indigence dans laquelle Jeanne Patin se trouva plongée à la mort de son mari en 1672.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 27 avril 1632. Note 9

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(Consulté le 29.11.2020)

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