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Note [13]

V. supra note [7], pour la description de la valvule iléo-cæcale par Salomon Alberti. Celle des valvules veineuses (v. note [12] de Thomas Diafoirus et sa thèse) est généralement attribuée à Girolamo Fabrizio (Fabrice d’Aquapendente, v. note [10], lettre 86), dont Éloy dit qu’Alberti fut un des disciples à Padoue.

L’existence de valvules dans les veines et la découverte de leur fonction ont permis à William Harvey de comprendre la circulation du sang (v. note [12], lettre 177). Thomas Lauth a résumé les grandes étapes de ce progrès décisif dans son Histoire de l’anatomie (Strasbourg, F. G. Levrault, 1815, in‑4o, tome premier, pages 425‑428) :

« La structure des veines est encore essentiellement distinguée de celle des artères par les valvules placées à leur surface interne. La découverte de ces valvules n’appartient pas à J. Sylvius, comme l’a dit Rolfinck, {a} Sylvius parlant seulement des rebords élevés à l’origine des grandes veines, et ne décrivant pas les replis valvuleux placés au milieu de ces vaisseaux. On est plus fondé à reconnaître pour auteur de cette découverte soit Canannus, {b} soit J. Fabrice, et c’est en faveur de ce dernier qu’Albinus en réclame l’honneur, {c} parce qu’il prétend que Canannus n’a vu que les rebords qui s’élèvent à la naissance des branches veineuses. Je n’ai pas pu vérifier ce point, n’ayant pas pu me procurer le traité de Canannus ; et j’en suis d’autant plus fâché que les auteurs contemporains, en parlant de cette découverte, paraissent avoir eu en vue les véritables valvules. Amatus de Portugal remarque que le sang ne peut pas traverser la veine azygos en sens inverse, {d} l’air même qu’on y souffle par un tuyau y étant arrêté par les valvules qu’il a vues, en 1547, à Ferrare, sur une douzaine de cadavres et d’animaux. Il ajoute que Canannus a fait la même remarque. Les véritables valvules paraissent trop clairement indiquées ici pour penser qu’on ait entendu par cette dénomination le rebord du tronc veineux, qui se divise en deux branches. La manière douteuse dont Fallope s’exprime est un autre argument favorable à l’opinion que je viens d’exposer : {e} il dit qu’Amatus prétend avoir remarqué dans les veines des couvercles ou valvules semblables à celles qui existent à l’orifice des vaisseaux du cœur ; Fallope savait donc qu’il avait été question, de son temps, des vraies valvules, propres à arrêter le cours du sang. Que Fallope ait nié l’existence de ces valvules et qu’il ait soutenu qu’on s’est toujours trompé au sujet de la direction du sang, cette assertion ne peut nuire en rien au véritable état des choses. Si la découverte de ces valvules paraît douteuse à l’égard de Canannus, Fabrice, au moins, est dans le cas d’en partager la gloire avec Piccolomini, {f} qui dit que tous les anatomistes ont oublié de parler des valvules innombrables placées dans la cavité des veines, et semblables aux valvules des vaisseaux du cœur. D’autres attribuent la découverte des valvules dans les veines à un savant étranger à la médecine. Vesling, par exemple, informa Thomas Bartholin, pendant son séjour à Padoue, que Jér. Fabrice tenait la connaissance de ces valvules de Fra Paolo Sarpi, anecdote répétée par Grisselini dans la vie de ce célèbre religieux. {g} Au reste, il faut distinguer la découverte des valvules de leur description. Fabrice fit, en 1579, la démonstration de ces parties à ses élèves dans la ville de Padoue. Le rapport en étant parvenu à Salomon Alberti, qui avait précédemment une idée vague de l’existence de ces valvules, il procéda, sur cet avertissement, à un examen plus attentif. Alberti écrivit à ce sujet un petit traité dans lequel il reconnaît qu’il a été guidé par les observations de Jér. Fabrice. {h} Celui-ci parle, de son côté, avec éloge du traité d’Alberti dans la dédicace à la nation germanique placée à la tête de son propre traité sur les valvules, {i} où il en réclame la découverte ; et il me semble qu’on doit l’en croire car Fabrice, qui dit que Fra Paolo Sarpi lui fit remarquer la mobilité de l’iris, {j} aurait de même fait honneur à ce religieux de la découverte des valvules, si elle appartenait à celui-ci. Par la même raison, je crois que Fabrice ignorait ce qui s’était passé à Ferrare au sujet des valvules, et que ce fut vraiment lui qui en fit la découverte ; mais Alberti en donna la première description, et Fabrice, une seconde plus détaillée.

Elles ressemblent, dit-il, par leur figure, à la rognure d’un ongle ; elles sont formées par une membrane mince et dense ; elles s’ouvrent vers le tronc de la veine, et se ferment dans la direction opposée ; elles sont communément placées par paires, mais il y en a aussi qui sont isolées. Fabrice a représenté les valvules dans un grand nombre de veines incisées en long, et sur le bras vivant et lié ; il remarque qu’on voit aussi les valvules quand les veines sont variqueuses, et il reconnaît que le mouvement du sang en est retardé. Il est donc bien extraordinaire qu’il n’ait pas deviné la véritable direction du sang dans les veines, qui se trouvait en quelque sorte sous ses yeux. »


  1. V. note [9], lettre 9, pour Sylvius (Jacques Dubois) ; Werner Rolfinck a correspondu avec Guy Patin.

  2. Giovanni Battista Canani (ou Cananni, 1515-1579), anatomiste de Vérone, est auteur d’une Anatomes en deux livres parue à Turin en 1574, aujourd’hui introuvable.

  3. Bernhard Albinus (1653-1721), médecin allemand, professeur à Leyde, est auteur d’un discours de Ortu et progressu Medicinæ [sur l’Origine et le développement de la médecine] (Leyde, 1702, in‑4o).

  4. V. note [2], lettre 232, pour Amatus Lusitanus.

    Née dans les lombes, la veine azygos draine la partie postérieure du thorax. Elle se jette dans la veine cave supérieure après avoir longé le flanc gauche du rachis. Elle est ainsi nommée (sans sœur, impaire) parce qu’elle n’existe que d’un côté.

  5. Gabriel Fallope, anatomiste de Padoue (v. note [16], lettre 427).

  6. V. infra note [15] pour Arcangelo Piccolomini.

  7. V. notes [19], lettre 192, pour Johann Vesling, et [13], lettre 467, pour Fra Paolo Sarpi. Thomas Bartholin a correspondu avec Guy Patin.

  8. « De valvulis membranaceis quorundam vasorum anno 1579 detectis [Sur les valvules membraneuses de certains vaisseaux, observées en 1579], imprimé en 1584, et dans S. Alberti Orationes tres, Norimb. [Trois Discours, Nuremberg], 1589 » (note de Lauth).

  9. De venarum Ostiolis [Les Ostioles des veines] (Padoue, Lorenzo Pasquati, 1603, in‑fo).

  10. Muscle contractile de la pupille oculaire.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 16, note 13.
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(Consulté le 18.02.2020)

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