À Charles Spon, le 28 mars 1643
Note [22]

Théodore Turquet de Mayerne (Genève 1573-Chelsea 15 mars 1655), baron d’Aubonne, fils de Louis (v. note [6], lettre 128), était filleul de Théodore de Bèze (v. note [28], lettre 176). Il avait étudié la médecine à Heidelberg puis à Montpellier, où il avait reçu le bonnet de docteur en 1597. Venu à Paris, il avait été nommé médecin de l’ambassade, menée par le duc de Rohan, que Henri iv envoya à la diète de Spire (1600). De retour dans la capitale, Mayerne se mit à faire des cours publics pour les jeunes chirurgiens et pharmaciens. La Faculté vit avec ombrage cet empiètement sur ses droits. Pour sévir, elle profita des éloges qu’il prodiguait aux remèdes chimiques qu’elle proscrivait comme étant des innovations dangereuses. En décembre 1603, elle porta donc un décret, rendu dans les termes les plus injurieux, qui interdisait à Mayerne de consulter (v. note [11], lettre 128). Cet éclat scandaleux ne lui fit pas de tort : il n’en vit pas moins croître sa réputation, et dut seulement renoncer à faire des leçons de chimie et de pharmacie. La réputation de Mayerne ayant gagné la Grande-Bretagne par la guérison d’un seigneur anglais qu’il avait suivi à Londres, il avait été nommé en 1611 premier médecin du roi Jacques ier qui le combla d’honneurs et de dignités. Il remplit la même charge sous le règne de Charles ier et se retira à Chelsea après l’exécution du roi en 1649 (O in Panckoucke).

D’autres détails sur la vie de Théodore Mayerne-Turquet se trouvent dans la lettre du 16 novembre 1645 à Charles Spon.

Chimie (ou chymie) est un mot d’origine incertaine, probablement grecque (khumia, khêmeia, mélange), repris en arabe (cham, kimia). Son invention remonte au tout début de l’Antiquité (âge du bronze ancien, ve millénaire av. J‑C), avec l’apparition de la métallurgie, qui prit un grand essor en Crète à l’époque minoenne (iiie millénaire). L’emploi des substances métalliques en médecine est très douteux dans Hippocrate (ve s. av. J‑C), avec le mystérieux tetragonum (v. note [7], lettre 54), mais avéré dans Galien (iie s. de notre ère), qui a notamment décrit l’emploi externe (emplâtres, onguents, collyres) de l’antimoine (v. note [11], lettre latine 38) et du chalcanthum (ancêtre du vitriol, v. note [3] de l’observation x). Au Moyen Âge, les Arabes et les Persans (v. note [4], lettre 5) ont développé ces préceptes, enrichi considérablement la science et la terminologie chimiques, puis infiltré leur savoir en Europe. La chimiatrie (médecine chimique), d’abord confondue avec l’alchimie, y a pris son essor à la Renaissance ; cette authentique révolution est jalonnée par les noms de deux grands novateurs médicaux, le Suisse Théophraste Paracelse (v. note [7], lettre 7), suivi par le Flamand Jan Baptist Van Helmont (v. note [11], lettre 121). Ils secoulèrent violemment le vieux dogmatisme humoral et principalement botaniste, hérité d’Aristote, d’Hippocrate et de Galien, pour y substituer une conception métallique et cosmique des maladies et de leur traitement, qui préconisait l’administration orale (et non plus seulement externe, topique) de remèdes chimiques.

L’école médicale dogmatique parisienne, à laquelle Guy Patin adhérait sans réserve, rejetait avec horreur, mépris et férocité la chimiatrie et ses partisans (paracelsistes et helmontistes). L’emploi de l’antimoine (v. note [8], lettre 54) a cristallisé l’opposition farouche entre les deux camps et suscité, pendant un siècle (1566-1666), les incessantes querelles qui émaillent la correspondance de Patin. Les divagations et les duperies des alchimistes (transformation du plomb en or, pierre philosophale, fabrication de fausse monnaie, invention de panacées secrètes, etc.) lui servaient d’arguments, aussi faciles que spécieux, pour accabler aveuglément les chimistes.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 28 mars 1643. Note 22

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(Consulté le 22.09.2019)

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