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À André Falconet, le 30 octobre 1665

Monsieur, [a][1]

Je viens de recevoir votre dernière par les mains de Monsieur votre frère, je vous remercie de l’affection que vous avez pour moi et pour mon fils Charles ; peut-être que quelque jour il aura l’occasion de vous aller voir à Lyon. Je n’ai point besoin du catalogue de la foire de Francfort, [2] on y met trop de faussetés. J’aime mieux avoir un livre nouvellement imprimé à Genève chez MM. de Tournes [3] in‑4o, Io. Dallæi de Scriptis Dionysii, etc. [1][4] C’est un ouvrage plein de doctrine et qui réfutera beaucoup d’erreurs de l’ancienne histoire ecclésiastique, laquelle contient aussi bien des faussetés. Le P. Théophile [5] ne se vend point ici, on en allègue pour raison que l’on en refait plusieurs cartons à Lyon. Ils n’en vaudront pas mieux, c’est châtrer un auteur après sa mort ; à force de trop attendre, j’en ai passé mon envie qui peut-être ne reviendra plus, non eadem est ætas, non mens, sed tempus acerbum[2][6] avec grande apparence et appréhension de pis.

Les Hollandais sont allés braver les Anglais jusque dans leurs ports, [7] comme ceux-ci étaient venus jusqu’au Texel. [3][8] Le roi de Danemark [9] est résolu d’envoyer un ambassadeur en Hollande et à Paris ; on dit que ce serait le même qui était ici il y a trois ans, savoir M. Hannibal Sehested. [10] Apparemment, ce roi voudrait procurer quelque accord entre les Anglais et les Hollandais. [4] Cet ambassadeur était fort agréable à notre roi, [11] il me témoignait beaucoup d’affection, mais il me paya trop mal ; à cela près, il était excellent homme et grand personnage. La plupart de nos malades n’entendent point leur devoir du côté des grâces qu’ils doivent à un médecin. Je vous baise les mains et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, ce 30e d’octobre 1665.


1.

Jean Daillé (v. note [15], lettre 209) : De Scriptis, quæ sub Dionysii Aeropagitæ et Ignatii Antiocheni nominibus circumferuntur, libri duo quibus demonstratur illa subdititia esse, diu post martyrum, quibus falso tribuuntur, obitum ficta… [Deux livres sur les Écrits qui circulent sous les noms de Denis l’Aéropagite et d’Ignace d’Antioche, où l’on montre que ce sont des apocryphes posthumes, fabriqués longtemps après la mort des martyrs à qui ils sont faussement attribués…] (Genève, Jean-Antoine et Samuel de Tournes, 1666, in‑4o).

2.

« je n’ai plus le même âge ni le même esprit [Horace, Épîtres, livre i, lettre 1, vers 4], mais les temps sont durs ». Ce propos désenchanté touchait aux œuvres complètes du P. Théophile Raynaud récemment éditées (v. note [2], lettre 797), dont on réimprimait des feuilles (cartons) pour éviter une censure (v. note [2], lettre 325).

3.

La flotte hollandaise harcelait les côtes britanniques. Dans son Journal, Samuel Pepys a parlé de sa navigation menaçante dans l’embouchure de la Tamise en octobre 1665, mais le mauvais temps fit qu’il n’y eut ni bataille navale ni débarquement.

Là-dessus, Guy Patin faisait allusion à la bataille de Scheveningen (v. note [30], lettre 324), le 10 août 1653, au cours de la première guerre anglo-hollandaise (1652-1654), où la flotte des Provinces-Unies s’était engagée contre celle d’Angleterre qui tenait le blocus de l’île hollandaise du Texel. Les républicains anglais avaient emporté la victoire et l’amiral hollandais Tromp avait été mortellement blessé au début du combat.

4.

V. note [7], lettre 735, pour Hannibal Sehested.

En février 1666, le roi du Danemark, Frédéric iii, allait s’engager contre les Anglais dans la seconde guerre anglo-hollandaise qui enflammait alors tout le nord de l’Europe.

a.

Bulderen no ccclxxix (tome iii, pages 109‑110).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 30 octobre 1665.
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(Consulté le 19.02.2020)

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