L. 1027.  >
À Johann Caspar I Bauhin,
le 23 janvier 1658

Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre belle et agréable lettre des mains de M. Scultetus, qui est un fort honnête homme. [1][2] J’ai été ravi de savoir de vos nouvelles et ai été fort réjoui d’apprendre qu’êtes en bonne santé. Pour moi, je me porte, Dieu merci, assez bien ; je n’ai guère d’autre incommodité que du froid, auquel j’ai eu peine de m’accoutumer au commencement de cet hiver. Mon âge de 56 ans passés ne m’apporte encore aucune incommodité, ni de pierre, ni de goutte. [3][4] Je n’ai point grand-peur de cette dernière, dans l’exercice que je me suis donné toute ma vie ; joint qu’elle me prendrait pour un autre si elle me venait, car je ne l’ai jamais méritée ; mais pour l’autre, savoir la pierre, est quod metuam sequentibus annis ; [2] vous savez mieux que moi que M. le président de Thou a dit dans sa belle Histoire que Calculus est sedentium ad libros miserum stipendium[3][5][6] J’ai deux fils docteurs en médecine de notre Faculté, dont l’aîné a 27 ans, [7] et l’autre 24. [8] Les autres deux plus jeunes auront d’autres emplois. [9][10] Je crois que vous savez bien que M. Riolan est mort il y a tantôt un an : il mourut le 19e de février de l’an 1657, âgé de 80 ans moins cinq heures. [11] J’ai succédé à sa charge de professeur du roi, de laquelle j’avais pris possession trois ans avant sa mort. [4][12] Vous m’avez autrefois donné des thèses in‑4o de votre Université ; [13] n’en avez-vous plus d’autres à me donner, pour lesquelles je vous offre ce qu’il vous plaira de deçà ? Je vous prie d’y penser et d’en faire un paquet, si en avez à m’envoyer, que pourrez adresser à Lyon à mon bon ami M. Spon, [14] docteur en médecine, qui en paiera le port de Bâle à Lyon, et qui par après, me les enverra ici. Excusez mon importunité et croyez que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 23e de janvier 1658.

On imprime ici pour la 4e fois l’Enchiridium Anatomicum et Pathologicum Riolani, in‑8o, augmenté de quelques traités. [5][15] On fait aussi à Lyon une nouvelle édition de toutes les œuvres de Ioan. Heurnius, in‑fo[16] et un recueil de toutes celles d’un grand personnage qui fuit popularis vester[6] savoir Thomas Erastus, [17] que j’aime d’affection particulière. M. Vander Linden, professeur à Leyde, travaille pour une nouvelle édition de l’Areteus, grec et latin, in‑fo[7][18][19] On achève à Lyon toutes les œuvres de feu M. Gassendi, en six tomes in‑fo[8][20] Il mourut ici l’an 1656, le 24e d’octobre, âgé de 65 ans. On fait ici une Bible avec divers commentaires, laquelle aura dedans bien des impostures et des menteries. [21] Nous en attendons une autre meilleure d’ailleurs. [22] Vale et me ama[9]


a.

Universitätsbibliothek Basel, cote Handschriften. SIGN.: G2 I 9:Bl. 82 (v. note [a], lettre 1020) : autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite « À Monsieur/ Monsieur [Johann Caspar i] Bauhin,/ Docteur en Médecine, et/ Professeur ordinaire,/ À Bâle » ; sans autre annotation lisible du destinataire que « Monsieur Patin », dans le coin supérieur droit de la feuille.

1.

V. note [14], lettre 504, pour Scultetus (Andreas Schulze), médecin natif de Hambourg qui avait reçu le bonnet de docteur en médecine à Bâle en 1657.

2.

« c’est ce que je redoute dans les années à venir ».

3.

« le calcul est le misérable tribut que doivent payer ceux qui passent leur temps assis devant des livres » : v. note [3], lettre 802, pour la source de cette citation.

4.

V. note [29], lettre 372.

5.

V. note [37], lettre 514, pour la 4e édition (Paris, 1658) du « Manuel anatomique et pathologique » de Jean ii Riolan.

6.

« qui fut votre compatriote ».

V. note [12], lettre 446, pour la réédition lyonnaise (1658) des œuvres complètes de Jan i van Heurne. L’édition de celles de Thomas Éraste est restée à l’état de projet.

7.

Ce projet de Johannes Antonides Vander Linden n’a pas abouti.

8.

V. note [20], lettre 528.

9.

« Vale et aimez-moi. »

V. notes [10], lettre 557, pour la Biblia maxima du R.P. franciscain Jean de La Haye, parue à Paris en 1660, et [33], lettre 525, pour la Biblia sacra, polyglotte et protestante, parue à Londres en 1657 et que Guy Patin disait attendre avec plus d’envie (mais son importation en France devait se heurter à quelques obstacles).


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Caspar I Bauhin, le 23 janvier 1658

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1027

(Consulté le 26/04/2024)

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