L. latine 195.  >
À Johann Georg Volckamer,
le 18 mai 1662

[Ms BIU Santé no 2007, fo 106 vo | LAT | IMG]

Au très distingué Johann Georg Volckamer, à Nuremberg.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je réponds à votre très agréable lettre reçue hier, mais en peu de mots. J’attendrai patiemment la réponse du très distingué M. Rolfinck, [1][2] ainsi que les opuscules et disputations de votre Université que vous avez collectées pour moi ; [3] vous pourrez les envoyer à Lyon, à notre ami Spon, [4] ou directement à Paris, à M. Nicolas Picques, [5] avec qui je m’occuperai de votre concitoyen. Je vous enverrai les deux opuscules de Pierre Petit, de Motu animalium spontaneo et de Lacrymis, ainsi que le Paradoxum orthodoxum de Henri Bourgeois. [2][6][7] J’accepterai volontiers cet ouvrage de cura magnetica, que vous avez mentionné ; [3][8][9] quant à moi, je vous enverrai les Imagines virorum illustrium. J’attends une lettre de M. Marten Schoock, son ouvrage de Fermentatione n’a pas encore paru. [4][10] J’ai du chagrin pour la mort de M. Nicolaï. [11] Je salue vos très savants compatriotes, en particulier M. Dilherr [12] et M. Felwinger, dont j’ai enfin le livre de ratione ditescendi, in‑8o, le Brevis Commentatio de Senatoribus, in‑8o, et les Dissertationes politicæ, in‑8o[5][13] Grâce à vous, je souhaite pouvoir me procurer tous les autres livres qu’il a écrits et je les crois nombreux, il les loue souvent dans ses Dissertationes politicæ ; mettez-y aussi le Cupressus funerea du très distingué Dilherr ; [6] je vous en rembourserai sans difficulté toute la dépense. Vale, excellent homme, et aimez-moi.

De Paris, ce jeudi 18e de mai 1662.

Votre Guy Patin de tout cœur.


a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, ms BIU Santé no 2007, fo 106 vo.

1.

La dernière lettre de Guy Patin à Werner Rolfinck dont on ait trace était datée du 8 février 1662.

2.

V. notes [6], lettre 897, et [8], lettre 717, pour les traités de Pierre Petit « sur le mouvement spontané des animaux » (Paris, 1660) et « sur les Larmes » (Paris, 1661), et [5], lettre 577, pour le « Paradoxe orthodoxe » de Henri Bourgeois (possible pseudonyme de Petit) sur la nature humorale du sang (Paris, 1659).

3.

« sur le traitement magnétique » : v. note [28] de l’« L’homme n’est que maladie » (1643), pour le Theatrum sympatheticum [Amphithéâtre sympathique] (Nuremberg, 1662), compilation que ses imprimeurs ont dédiée à trois médecins de Nuremberg, dont Johann Georg Volckamer. Il y est amplement question du magnétisme médical, notion hermétique, alors émergente, que le Dictionnaire de Trévoux a ainsi définie (au xviiie s.) :

« Terme dont quelques chimistes se servent pour signifier une certaine vertu qui fait qu’une chose sent en même temps que l’autre, soit de la même manière, soit d’une manière différente. Magnetismus, sympathia. C’est ce qu’on appelle autrement sympathie. Le fondement du magnétisme consiste, à ce que dit Ettmüller, {a} dans l’archée ou esprit vital, {b} dont une portion étant détachée du corps et attachée à un autre sujet, reçoit diverses altérations ; sur quoi elle forme diverses idées semblables aux diverses passions de l’âme. L’archée fait la même chose dans le tout que dans la portion, et prend diverses déterminations, selon la diversité des idées. Il y a, par exemple, dans l’archée du sang qui sort d’une plaie, une idée de fureur et d’indignation qui vient à s’apaiser par l’application de l’onguent magnétique, à raison de l’usnée ou mousse de crâne humain, ou par la poudre de sympathie, {c} à raison du soufre anodin de vitriol ; {d} la même idée s’apaise pareillement dans l’archée de la partie blessée, à cause du symbole d’unité qui est entre eux ; d’où il arrive que tous les symptômes qui proviennent de cette idée, s’arrêtent d’abord, et l’empêchement n’est pas plus tôt ôté que la partie est guérie. Ainsi la même altération que la poudre de sympathie donne à l’esprit vital du sang sorti de la plaie, est donnée à l’esprit vital de la partie distante qui n’est qu’un et même esprit. Ce fondement du magnétisme n’est pas fort solide ; et cette idée de fureur et d’indignation de l’archée, ou esprit vital, de même que le symbole d’unité qu’il y a entre l’archée du sang sorti de la plaie et celui de la partie blessée, sont des termes qui, en bonne philosophie, ne signifient absolument rien. »


  1. Michaël Ettmüller (1644-1683), médecin chimiste allemand qui enseigna la botanique, la chirurgie et la médecine à Leipzig.

    V. note [4], lettre 188, pour la définition médicale de la sympathie.

  2. Entité créée par Paracelse et développée par Jan Baptist Van Helmont (v. note [11], lettre 121).

  3. V. note [28] de « L’homme n’est que maladie » (1643), pour l’onguent hopliatrique, l’usnée et la poudre de sympathie.

  4. « Paracelse et Van Helmont recommandent fort le soufre anodin de vitriol (sulfate, v. note [13], lettre 336) pour sa vertu anodine à apaiser les douleurs et les furies de l’archée. Ce sont leurs termes. Ce soufre est le soufre fixe du cuivre, dont pourtant on ne le sépare pas immédiatement, mais < par l’intermédiaire > du vitriol de cuivre, c’est-à-dire du cuivre ouvert par l’esprit de soufre, parce qu’on en tire le soufre plus aisément. Il y a un soufre qui a rapport à ce soufre anodin dans le Mars [le fer] et dans le vitriol de Mars, mais la vertu en est beaucoup moindre que celle du soufre du vitriol de cuivre ou de Vénus » (Académie, 1694).

4.

V. notes [5], lettre latine 157, pour la collection de « Portraits d’hommes illustres » qu’on vendait alors à Paris, et [3], lettre 723, pour le livre de Marten Schoock « sur la Fermentation » (Groningue, 1663).

5.

De Johann Paul Felwinger :

6.

Cupressus Funerea, sive Disputatio Historica de antiquo ritu funerum præcipue in Ecclesia. Quam, Deo Uno et Trino adjuvante, sub præsidio Viri clarissimi et excellentissimi Dn. Johannis Michaelis Dilherri M. Oratoriæ, Historiarum et Poeseos Prof. Publ. longe celeberrimi, Dn. Præceptoris, Fautoris et Promotoris sui, omni animi submissione ac observantia æternum colendi, publice ventilandam proponit Ακροατηριω Philosophico, ad Cal. Junij Johannes Preisschuchius Ohrano-Thuring.

[Le Cyprès funéraire, ou Thèse historique sur le rite antique des funérailles, principalement dans l’Église ; avec l’aide de Dieu qui est un et trois à la fois, Johann Preissuch, natif de Thuringe, l’a disputée publiquement le 1er juin en l’auditorium de philosophie, sous la présidence du très distingué et très éminent Johann Michael Dilherr, de loin le plus célèbre professeur public d’éloquence, d’histoire et de poésie, son précepteur, promoteur et protecteur, qu’il honore et honorera éternellement de toute l’obéissance et soumission dont son esprit est capable]. {a}


  1. Iéna, Ernst Steinmann, 1636, in‑4o ; thèse réimprimée sour le numéro xv (pages 446‑470) dans le Johannis Michaelis Dilherri, Franci, Disputationum Academicarum, præcipue Philologicarum, Tomus Primus… [Premier tome des Thèses académiques, principalement philologiques (au nombre de 26), de Johann Michael Dilherr…] (Nuremberg, Wolfgang Endter, 1652, in‑4o ; il a paru la même année un autre tome, intitulé Tomus novus, contenant 23 autres thèses).

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 106 vo.

Clar. viro D. Io. Georgio Volcamero, Noribergam.

Suavissimæ tuæ heri acceptæ sic respondeo, sed paucis, Vir Cl. D. Rol-
finckij
responsum patienter expectabo : ut et libellos tuos, et Disputationes
à Te collectas : quas mittere poteris Lugdunum, ad Sponium nostrum : vel
rectà Lutetiam, ad D. Nic. Picques : cum quo agam de Cive tuo. Libellos
duos Petri Petiti, de spontaneo animalium motu, et de Lacrymis ad Te mittam :
ut et Henr. Citadini Paradoxum Orthodoxum ; et libenter accipiam Opus
illud cujus meministi, de cura magnetica : ego v. mittam Imagines viro-
rum Illustrium
. Mart. Schoockij literas expecto : cujus Opus de Fer-
mentatione
nondum exijt in lucem. Ægrè fero viri optimi D. Nicolaï obitum.
Doctissimos viros vestrates saluto, præsertim Dilherrum et Felvingerum :
hujus habeo tandem de ratione ditescendi librum : 8. brevem Commentationem
de Senatoribus, 8. cum Dissertationib. politicis, 8.
Quæcumque alia
scripsit, quæ multa esse puto, et qualia sæpe laudantur in ejus Dissertationib.
politicis
, utinam per Te habere possem : ut et Cl. Dilherrum, in Cupresso
funerea
 : pro quib. omne pretium facile refundam. Vale, vir optime, et
me ama. Parisijs, die Jovis, 18. Maij, 1662.

Tuus ex animo Guido Patin.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Georg Volckamer, le 18 mai 1662

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(Consulté le 21/04/2024)

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