L. latine 292.  >
À Thomas Bartholin,
le 10 avril 1664

[Ms BIU Santé no 2007, fo 168 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Thomas Bartholin, à Copenhague.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je pense très souvent à vous et à vos frères, [2] et ce souvenir ne me vient jamais en tête sans une certaine joie intérieure. Avant que votre ambassadeur du Danemark, le très noble M. Hannibal Sehested, [3] ne retourne en votre pays, j’avais remis un paquet pour vous à M. Biermann [4] et un autre à l’intendant de ce même ambassadeur. [5] J’ignore si vous les avez tous deux reçus, mais désire l’apprendre de vous sans tarder et attends votre réponse sur ces deux envois, ainsi que votre jugement sur la nouvelle édition de l’Hollierus de Morbis internis[6] avec les commentaires de Louis Duret, [7] Antoine Valet [8] et Jean Haultin, [9] in‑fo[1] que contenait le second de ces deux paquets. Chez un gentilhomme Norvégien, nommé M. Anderson, [10] j’ai récemment rencontré un jeune homme bien né et de bonnes mœurs, étudiant en médecine, qui s’appelle Matthias Jacobæus ; il m’a dit vous être apparenté, ce qui m’a mis en joie. [2][11] Souffrez donc qu’à de nombreux titres je vous demande de m’écrire dès que quelque étudiant parmi vos ouailles vient à Paris. Écrivez-moi aussi ce que je puis espérer de votreCelse[12][13] dont vous promettiez l’édition il y a un an. Notre ami Johannes Antonides Vander Linden est mort à Leyde il y a un mois, d’une fièvre continue et d’un catarrhe pulmonaire brutal, [14][15] qui a étouffé son homme au 7e jour de la maladie. [3][16] Je vous donne pourtant avis que je n’ai pas voulu m’étonner de la mort d’un si grand homme : il vénérait Hippocrate, [17] mais haïssait Galien, [18] et s’attribuait pour titre de gloire d’en dire du mal dans les écoles et hors des écoles ; si bien que Galien a abandonné celui qui ne l’entendait point et qui, à cause de cela, n’a accepté aucune phlébotomie pendant tout le cours de sa maladie. [19] Væ victis ! [4] Il importe tant d’être sage, il vivrait encore s’il n’avait pas haï Galien et s’il avait observé sa divine méthode pour son propre cas. Ô le malheureux médecin qui ne se soigne pas lui-même et qui professe un art qu’il ne comprend pas ! Mais vous, très distingué Monsieur, prenez grand soin de votre santé et écrivez-nous de temps en temps ; et saluez de ma part, en attendant, Messieurs vos frères, et MM. Wormius et Simon Pauli ; [20][21] ainsi qu’en votre corps diplomatique, le noble M. Giöe et M. Biermann, auxquels je vous prie d’ajouter le très éminent M. de Parsberg, [22] intendant ou éphore de votre prince sérénissime, [23][24] ainsi que son médecin, M. Leigar. [5][25] Nous n’avons ici rien de nouveau en la république des lettres : on prépare à Lyon sur la Saône une nouvelle édition des Opera de Sennert. [6][26] Daignez, je vous prie, visiter et saluer de ma part l’excellent M. Hannibal Sehested, s’il vit en votre pays, ainsi que, où qu’il soit, notre malade, le noble M. Rosenkrantz, [27] et son éphore, M. de Lodberg, qui est un homme supérieurement savant et dont l’érudition n’a rien de trivial. [7][28] Les dieux vous conservent, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, ce jeudi 10e d’avril 1664.

À M. Utenbogard, le 30e d’avril 1664. [8]


a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a envoyée à Thomas Bartholin, ms BIU Santé no 2007, fo 168 vo.

1.

V. note [14], lettre 738, pour la réédition (Paris, 1664), dédiée à Guy Patin et réalisée avec son aide, du livre de « [Jacques] Houllier sur les Maladies internes » avec ses commentaires, et ceux de Louis Duret, Antoine Valet et Jean Haultin.

2.

Anna Bartholin, sœur de Thomas et épouse de Jacob Matthiesen (1602-1660), évêque d’Aarhus, avait eu deux fils qui devinrent médecins, connus sous le patronyme de Jacobæus (Jacobæi dans le manuscrit), qui était celui de leur grand-père paternel, le médecin danois Matthias Jacobæus (mort en 1637).

3.

V. notes :

4.

« Malheur aux vaincus ! », v. note [24], lettre 360.

5.

V. note [2], lettre latine 260, pour Christoffer Parsberg, éphore (intendant) du prince de Danemark, futur roi Christian v, et pour Leigar, son médecin.

6.

V. notes [3], lettre 819, et [6], lettre 827, pour la réédition des « Œuvres » de Daniel Sennert par Charles Spon (Lyon, 1666 et 1676).

7.

Les biographies danoises de Janus Rosenkrantz (v. note [11], lettre latine 255) citent son hofmester (précepteur, ici éphore, v. note [2], lettre 762) Christen Lodberg. Son érudition dut compter dans la passion des livres qui fit le renom de son élève ; pourtant exigeant en la matière, Guy Patin s’en émerveillait encore six mois après lui avoir dit adieu.

8.

Annonce en français de la lettre latine qui suit dans le ms BIU Santé no 2007 (fo 168 vo), mais non dans la chronologie (elle est datée du 10 mai 1664).

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 168 vo.

Clarissimo viro Thomæ Bartholino, Hafniam.

De Te Fratribúsque tuis sæpissime cogitavi, Vir Cl. nec unquam
absque interno quodam gaudio in animum mihi recurrit isthæc cogitatio.
Priusquam vir nobiliss. D. Annib. Sesteedt, Legatus vester Danicus, ad
vos reverteretur, ad Te misi fasciculum per D. Biermannum : alterum quoq.
tradidi ejusdem legati Œconomo : an utrumque acceperis nescio : de quo à
Te statim edoceri cupio, et responsum tuum super utroque expecto : ut
et judicium tuum de nova Editione Hollerij de morbis internis, cum
Commentarijs Lud. Dureti, Ant. Valetij, et Io. Hautini, in fol.
qui
secundum fasciculum componit. Nuper apud quendam nobilem Norwegum,
dictum D. Anderson, obvium habui ingenuum quendam et bene moratum
adolescentem, Artis Medicæ studiosum, qui vocatur Matthias Iacobi ;
ille mihi renuntiavit se Tibi affinem esse, quod mihi lætitiam quamdam
renovavit. Patere ergo ut multiplici nomine Te rogem, ut ad me scribas,
quum primum ex vestris ovis studiosus aliquis Parisios appellet : scribe quoq.
quid velis ut sperem de tua editione Corn. Celsi, quam ante annum pol-
licebaris. Amicus noster Io. Ant. Vander Linden ante mensem obijt
Leidæ, ex febre continua et catarrho ferino in pulmonem, qui hominem
suffocavit die 7. morbi : sed Te moneo, noli mirari obitum tanti
Viri ; colebat Hippocratem, sed Galenum oderat, eiq. in Scholis, et
extra Scholas, maledicere palmarium reputabat : sicque desertus fuit
à Galeno, qui Galenum non intelligebat, ideóq. nullam in toto morbo
venæ sectionem admisit : væ victis ; tanti est sapere ; adhuc viveret
si Galenum non odisset, et divinam ejus methodum in seipso servasset. O
infelicem Medicum qui sibi ipsi non medetur, et artem profitetur quam non
intelligit ! Tu v. vir Cl. valetudinem tuam cura diligenter, et ad nos
aliquando scribe : interea v. nomine meo saluta Dominos fratres tuos, Dominum
Wormium, et Sim. Paulli :
ut et de Legatione vestra, Dominum virum nobilem
D. Guen, et D. Biermannum : quib. rogo ut adjungas virum præstan-
tissimum, serenissimi Principis vestri gubernatorem sive ephorum, D. de
Parsberg :
et ejus Medicum D. Leigar. Nihil hîc habemus novi in Rep.
literaria : Operum D. Sennerti nova Editio adornatur Lugduni ad Ararim.
Vestrum olim Legatum, virum eximium, D. Annib. Sesteedt, si apud vos
vivat, nomine meo invise precor, et saluta. ^ Dij Te servent, Vir Cl.
et me ama. Parisijs, die Iovis, x. Aprilis, 1664.

A M. Utenbogard, le
30. d’Avril, 1664.

^ ut et ægrum nostrum, nobilem undequaque virum, D. de Rosencrants, et
ejus ephorum, virum apprimè doctum et neutiquam proletariæ eruditionis,
virum optimum D. de Lodberg.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Thomas Bartholin, le 10 avril 1664

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(Consulté le 17/06/2024)

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