Hommage à Robert Martin (1928-2014)

Hommage à Robert Martin (1928-2014), ingénieur chimiste et spécialiste mondial de la réaction de Fries

C’est avec tristesse que nous avons appris la nouvelle du décès de Robert Martin, survenu le 5 mai dernier, à l’âge de 86 ans. Utilisateur assidu de la BIU Santé Pharmacie depuis de nombreuses années, Robert Martin avait été contraint, ces derniers temps, de déléguer à son fils, Éric, la poursuite des recherches bibliographiques destinées aux ouvrages de chimie organique qu’il publiait chez Springer Verlag. Nous voulions lui rendre hommage en communiquant quelques éléments de biographie scientifique que sa famille a eu la gentillesse de bien vouloir nous transmettre.

Robert Martin

Né le 4 janvier 1928, Robert Martin a mené une carrière professionnelle bien remplie, tout d’abord à la Société des produits chimiques auxiliaires (SPCA), devenue aujourd’hui Abax Industries, puis dans de grands groupes pharmaceutiques comme Roussel-Uclaf et Sanofi. Chez Sanofi, il occupa le poste de chef de laboratoire à l’usine de Massy (1959-1985), puis de responsable assurance et contrôle qualité du Département de Chimie (1985-1987).

Il a également mené une carrière scientifique hors du commun. Au plan universitaire, il a acquis ses premiers diplômes en fréquentant les cours du soir du Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), qu’il qualifiait de « magnifique école du courage ». Il a ainsi obtenu son diplôme d’Ingénieur du CNAM en 1961, avec un travail de recherche sur la réaction de Fries, y consacrant des heures incalculables, y passant même ses samedis et dimanches. Il a ensuite complété sa formation scientifique à la faculté des sciences de l’université Paris VI où il a obtenu successivement les diplômes de Docteur Ingénieur en 1964 et de Docteur ès Sciences en 1972. Sa thèse de doctorat a été soutenue à l’École normale supérieure (ENS), ce qui représentait pour lui « la reconnaissance suprême pour un autodidacte ».

Ses diplômes en poche, sa passion pour la chimie organique l’a très rapidement conduit à consacrer du temps à la recherche, et plus particulièrement à la réaction de Fries et à ses applications. Il effectuait lui-même toutes les expériences, les caractérisations complètes des produits obtenus, ainsi que la recherche bibliographique liée à chaque synthèse. C’est dans ce but qu’il a fréquenté assidûment la bibliothèque de la faculté des sciences d’Orsay et celle de la faculté de pharmacie de Paris.

De 1987 à 1991, pendant les 4 premières années de sa retraite, il a poursuivi ses recherches comme chercheur invité  à l’Institut Curie de Paris (Laboratoire de recherche du Département de chimie), qui, selon ses proches, « lui a réservé un accueil chaleureux et procuré un cadre d’échange scientifique de très haut niveau ». Au cours de ces années et des suivantes, il a publié plusieurs ouvrages et travaux de chimie organique, certains en collaboration avec l’Institut Curie et d’autres avec l’université de Mayence (Allemagne). Il n’a hélas pas pu voir la parution de son dernier ouvrage, en cours de publication chez Springer Verlag qu’il a conçu et rédigé avec son collègue le Dr. Jean-Pierre Buisson. Il aura toutefois eu la satisfaction de savoir que cet ouvrage – décrivant la synthèse de plus de 5.200 produits ! – avait été accepté par l’éditeur. Aujourd’hui encore, dans le monde de la chimie organique, on peut considérer Robert Martin comme l’un des spécialistes mondiaux de la réaction de Fries.

Malgré cette vie bien remplie, il n’a pas ménagé ses efforts pour encourager et aider de jeunes scientifiques en les faisant bénéficier de son expérience et de ses conseils.

La bibliothèque a été heureuse d’accueillir ce chercheur singulier et de l’aider dans son travail en lui fournissant toute la documentation dont il pouvait avoir besoin. « Monsieur Martin » était connu de tous et une place en salle avait officieusement fini par lui être réservée. Infatigable bibliographe, il savait parfaitement se frayer un chemin au cœur de l’imposante collection imprimée des Chemical Abstracts (CAS), difficilement accessible au profane, pour atteindre le but qu’il s’était fixé.

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