Les catalogues de produits pharmaceutiques dans Medica

Laboratoire de préparateur en chef, Établissements Goy.

Un nouveau corpus en histoire de la pharmacie vient enrichir la bibliothèque numérique Medica.

Il s’agit d’un ensemble de catalogues de produits pharmaceutiques appartenant au Fonds de dotation pour la gestion et la valorisation du patrimoine pharmaceutique, structure fondée par le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, en partenariat avec la BIU Santé. Un portail intitulé « Art et patrimoine pharmaceutique », accessible gratuitement en ligne, vous permet d’explorer une partie des richesses de ce fonds.

Catalogue des Etablissements Goy, 1899

Au début du XXe siècle, les droguistes développent leurs activités et proposent aux pharmaciens d’officine des catalogues imprimés, ou « Prix-courant ». Ces derniers recensent les matières premières nécessaires à la fabrication des préparations magistrales ainsi que les médicaments inscrits au Codex et des spécialités. Ces drogueries – la Pharmacie centrale de Paris (1852), les Établissements Goy (1878) ou encore la Cooper (1907) pour ne citer que les plus connues d’entre elles – peuvent être considérées comme de véritables précurseurs de l’industrie pharmaceutique. Ces deux dernières usines sont par ailleurs largement représentées au sein du corpus.

Pilules Peny. Institut du Dr Calvet, s.d.

Même si tous les catalogues ne sont pas datés, on peut raisonnablement circonscrire l’ensemble du corpus à la première moitié du XXe siècle. Le plus souvent organisés par catégories de produits (capsules, chocolats médicamenteux, vins médicinaux…), ces catalogues, dont certains sont particulièrement soignés d’un point de vue éditorial, indiquent le « prix courant » de chaque produit. Ils assortissent souvent ces derniers d’illustrations les représentant ou d’ étiquettes qui orneront les conditionnements des spécialités. Les pastilles MBC, « Pastilles Menthol Cocaïno-boraté », créées en 1895 et destinées à soigner les « affections de la gorge », sont par exemple le produit phare des Établissements Goy.

Ces catalogues fournissent de précieuses informations, commerciales et scientifiques, sur les médicaments et produits pharmaceutiques proposés et autorisés à la vente à une époque donnée. Certains d’entre eux ne se limitent pas à l’énumération de leur fonds de commerce, ils s’enrichissent par exemple d’une présentation historique de la société, comme c’est le cas pour la maison Parke-Davis ou de vues photographies de leurs ateliers, à l’instar des Établissements Goy. D’autres possèdent des annotations manuscrites, probablement ajoutées là par le pharmacien pour qui il s’agit avant tout d’un outil de travail.

Catherine Blum

Les comptes rendus de l’Académie nationale de Pharmacie en ligne dans Medica

La collection des comptes rendus des séances publiques de l’Académie nationale de Pharmacie est en ligne dans la bibliothèque numérique de la BIU Santé pour la période 1809-1960. Cette réalisation est le fruit d’un travail de coopération entre l’Académie et la BIU Santé.

Statuts de la Société libre des pharmaciens de Paris, 1796, Reg. 39

L’Académie nationale de Pharmacie est l’héritière directe de la Société de pharmacie de Paris créée le 3 août 1803, elle-même issue de la Société libre des pharmaciens de Paris fondée en 1796. Son premier président n’est autre qu’Antoine-Augustin Parmentier, célèbre pharmacien et agronome. La Société a pour but de concourir aux progrès des sciences et spécialement de la pharmacie, de la chimie, de la botanique et de l’histoire naturelle. Reconnue d’utilité publique le 5 octobre 1877, elle prend le nom d’Académie en 1946, puis d’Académie nationale en 1979. Une revue publiée à partir de 1943, les Annales pharmaceutiques françaises, contribue à son rayonnement.

Pipette automatique présentée par M. Limousin. Séance publique du 24 novembre 1880

La publication contient les comptes rendus des travaux des différents membres de l’Académie, la liste des membres qui la composent, les remises de Prix récompensant les travaux scientifiques éminents, ainsi que le récit des événements qui ponctuent la vie de l’Académie*. Ces éléments permettent de retracer non seulement l’activité de l’Académie et de ses membres, mais aussi de dresser un tableau évolutif de l’état de la recherche en sciences pharmaceutiques, et en creux, le portrait d’une communauté de savants, praticiens et chercheurs entièrement dédiés à l’essor d’une même discipline. Depuis les débuts de la Société de pharmacie de Paris, cette communauté a considérablement évolué : exclusivement composée de pharmaciens parisiens à ses débuts, son rayonnement s’accroît au fil des ans à l’ensemble du pays et hors de France, grâce à la présence de membres répartis sur tout le territoire et de membres correspondants étrangers. En 2005, elle est officiellement ouverte aux non-pharmaciens et accueille médecins, scientifiques, vétérinaires et juristes.

Le pôle Pharmacie de la BIU Santé conserve les archives de la Société depuis ses origines jusqu’à la fin du XIXe siècle.

* Toutes les séances publiques n’ont pas nécessairement fait l’objet d’une publication séparée par la Société de pharmacie. On peut néanmoins les retrouver dans le Journal de pharmacie et de chimie, partiellement numérisé dans Gallica, par exemple ici pour l’année 1868 ou encore ici pour l’année 1871.

Catherine Blum

Van Horne, Sagemolen. Comment ça va les écorchés ? Ça va bien !

Rappelons qu’en juin 2016 à la BIU Santé, quatre grands volumes de myologie ont été attribués à l’anatomiste Johannes Van Horne (1621-1670) et au peintre Marten Sagemolen (c.1620-1669). Avec les dessins de Gérard de Lairesse pour l’anatomie de Bidloo (qui sont également à la BIU Santé), ils constituent à notre connaissance le plus vaste ensemble de dessins d’anatomie du XVIIe siècle hollandais, et l’un des plus grands fonds de dessins d’anatomie humaine pour l’époque moderne.

Après un travail de documentation qui a permis de confirmer l’identité des dessins et de retracer une partie de l’histoire de leur provenance, il fallait améliorer leur état physique et les conditions de leur conservation.

Les atlas ont été jugés suffisamment intéressants pour que soit mise en place une coopération entre la Bibliothèque nationale de France, le Centre de recherche et de restauration des musées de France et la BIU Santé. La générosité de plusieurs mécènes a permis que les bonnes intentions se transforment en une opération concrète.

Grâce à Isabelle Bonnard (experte en restauration, BnF) et Natalie Coural (responsable de la filière Arts graphiques – Photographies, C2RMF) en particulier, les opérations ont été organisées en plusieurs temps en y associant deux restauratrices indépendantes spécialisées en arts graphiques, Nadège Dauga et Nathalie Silvie, missionnées pour étudier la matérialité du corpus (techniques graphiques et papiers) et assurer la conservation curative du corps d’ouvrage des volumes :

  • Démontage des documents hors de leur reliure, en raison des contraintes exercées par les reliures sur les dessins et de l’état de conservation médiocre de la structure des reliures (coutures altérées ou trop serrées, cuir des couvertures très fragilisé). Ces états ont décidé d’un démontage justifié de l’ensemble du corpus, de façon à permettre un travail de restauration des dessins aussi efficace que possible.
  • Constat d’état très détaillé avec établissement d’une base de données informatique, prélèvements, campagne photographique, analyse des techniques graphiques, dépoussiérage approfondi, consolidations des parties en péril, rapport d’étude final. Les restauratrices indépendantes travaillent sur cette première phase dans un atelier mis à leur disposition par le C2RMF – juste en face du château de Versailles. Ce travail, long, délicat et virtuose, atteint une étape décisive : le 2 avril, trois des quatre volumes quitteront Versailles, embellis, dans un état grandement amélioré et avec une documentation très précieuse sur chacun des dessins qui les constituent. Ils seront suivis à la mi-mai par le quatrième volume. On peut espérer d’intéressants renseignements lors de la synthèse des données à propos des techniques mises en œuvre (papiers, techniques graphiques), mais aussi peut-être de l’organisation d’un atelier de dessinateur au XVIIe siècle et sur les usages ultérieurs des dessins.
  • Les quatre volumes dûment conditionnés rejoindront le Centre technique de conservation Joël-le-Theule de la Bibliothèque nationale de France, au château de Sablé-sur-Sarthe. Ils y seront d’abord numérisés : cette opération sera en effet plus facile et moins risquée à réaliser sur des dessins en feuilles séparées que sur des albums reliés.
  • Ensuite ils seront remontés dans leurs reliures originales restaurées à cette occasion par des restaurateurs de la BnF. Le parti a été pris de les remonter dans leur reliure d’origine, à l’exception toutefois des plus grands des dessins. Ceux qui portent la cote Ms 30 étaient conditionnés dans une reliure de toile noire du début du XXe siècle, fort laide, et dont
    Nathalie Silvie présente les grandes planches mises à plat et restaurées issues du Ms 27. (A droite, Isabelle Bonnard.)

    la composition chimique était un danger pour les documents : elle ne sera pas conservée. Ceux qui se trouvaient pliés en accordéon à la fin du Ms 27, et qui ont beaucoup souffert de ce conditionnement, ont été démontés, mis à plat, et consolidés : nous avons trouvé que les plier à nouveau n’aurait plus été du respect pour un objet historique, mais un fétichisme de l’ancien. Comme les dessins du Ms 30, ils seront donc conditionnés dans des portefeuilles spécialement conçus, qui permettront à la fois leur bonne conservation, une éventuelle exposition sans démontage préalable, et une manipulation à des fins d’étude facilitée.

  • Enfin, après un peu plus de deux ans de travaux, ils viendront reprendre leur place à la BIU Santé, dans un meuble conçu pour mieux les stocker qui sera construit d’ici là.

Dans la seconde partie de 2020, nous espérons qu’un colloque pourra se tenir autour de ses ouvrages qui sont loin de nous avoir donné tout le savoir qu’ils peuvent nous apporter.

Nous remercions les  mécènes qui nous ont permis de mener à bien ce projet. Retrouvez-les sur notre page dédiée.

Jean-François Vincent

 

Un projet mené par la BIU Santé dans le cadre de ses missions nationales CollEx.

 

 

Vers un thésaurus historique du langage médical

La BIU Santé se réjouit  de la bourse qui a été accordée à Nathalie Rousseau (MCF Sorbonne Université – Faculté des Lettres / UMR 8167 Orient & Méditerranée Textes Archéologie Histoire) lors de la première vague de l’appel à projet CollEx, dans la catégorie «bourse numérisation».

Ce financement va permettre de définir, en collaboration étroite entre la chercheuse et la bibliothèque, les spécifications d’une application informatique d’interrogation multilingue à destination des chercheurs spécialistes du vocabulaire médical. Le programme permettra de mieux mettre en valeur le vaste corpus de 50 dictionnaires médicaux et encyclopédies (XVIIe-XXe s.) déjà dématérialisé et en partie indexé dans la bibliothèque numérique Medic@ (331 365 pages scannées, 452 vol. pour ces seuls dictionnaires).

«Établissant le lien entre mots français, anglais, latins et grecs, l’application [adossée à la bibliothèque numérique Medic@] fournira des métadonnées capitales pour le développement du programme de recherche “Le lexique médical du grec ancien : analyses des Anciens et analyses des Modernes” de l’équipe “Médecine grecque” (UMR 8167) […] elle donnera aussi accès à un large public à la compréhension de termes d’origine grecque ou latine devenus opaques alors qu’ils forment l’essentiel du vocabulaire scientifique.»

Il s’agit donc d’une seconde phase pour les projets de numérisation de la BIU Santé : après les mises en ligne nombreuses (plus de 4.5 millions de pages scannées dans Medic@), et qui se continueront, le travail s’enrichit par la mise en place d’outils de recherche mettant en valeur ces numérisations.

L’équipe Médecine grecque, internationalement reconnue, à laquelle appartient Nathalie Rousseau, collabore de longue date avec la BIU Santé. Ce partenaire accompagne la bibliothèque numérique Medic@ depuis ses débuts, pour le corpus des médecins de l’Antiquité.

En savoir plus

«Lexiques techniques et commentaires scientifiques» sur le site de l’équipe Médecine grecque.

 

 

 

 

Les thèses d’Ancien Régime sortent des combles

Héritière de la bibliothèque de l’ancienne Faculté de médecine de Paris, la BIU Santé conserve en ses murs certains documents et archives produits par cette institution, témoins précieux de la vie et du fonctionnement d’une faculté depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à sa suppression à la Révolution française.

Parmi eux, la collection des thèses d’Ancien Régime est longtemps restée un trésor peu mis en valeur. Sa récente numérisation et sa mise en ligne dans la bibliothèque numérique Medic@ entendent remédier à cette anomalie.

Exceptionnelle, cette collection l’est entre autres par sa complétude. En effet, si on trouve des thèses d’Ancien Régime dans de nombreuses bibliothèques françaises[1], c’est, à notre connaissance, la seule collection qui comprend la suite ininterrompue de la production d’une seule et même faculté pendant près de trois siècles (début XVIsiècle – fin XVIIIe siècle). Les Commentaires de la Faculté de médecine[2] nous permettent de savoir qu’il se soutenait déjà des thèses en 1395. Sans doute cette pratique est-elle encore plus ancienne, la collection de la BIU Santé commence, elle, à la date (déjà très reculée) de 1539.

La plus ancienne thèse de médecine conservée à la BIU Santé, présidée par Jacques de Forment en 1539.

En fait de thèses, les documents parvenus jusqu’à nous peuvent paraître bien légers pour un œil contemporain : cinq paragraphes écrits en latins sur le recto d’une grande feuille ou plus tard sous la forme d’un livret de quatre ou huit pages (les thèses faisant plus d’une vingtaine de pages se comptent sur les doigts d’une main[3]). D’autres types de thèses ne faisaient pas du tout l’objet d’un texte imprimé et nous avons uniquement connaissance du sujet traité par l’intermédiaire de billets d’invitation conservés pour la période allant de 1730 à 1754, et par les mentions régulières faites de ces thèses dans les Commentaires à partir de 1576.

Il faut dire que l’exercice auquel les bacheliers étaient soumis – ou plutôt les exercices puisque un étudiant soutenait six ou sept thèses durant ces trois années en tant que bachelier à la Faculté – n’a rien à voir avec celui des thésards actuels. Pas de défense d’un travail personnel (les textes étaient souvent écrits par les présidents, parfois repris plus tard par d’autres bacheliers sous une autre présidence…), mais plutôt un exercice de rhétorique où durant plusieurs heures l’impétrant était soumis aux questions et contradictions des autres bacheliers et docteurs-régents de la Faculté. Dans de très rares cas, ces textes ont été traduits : on peut ainsi savoir, si «la situation de la colline de Meudon est aussi salutaire qu’elle est agréable» ou si «la méthode d’Hippocrate est le plus certaine, la plus seure & la plus excellente de toutes à guarir les maladies» sans nécessairement entendre le latin.

Portrait de Hyacinthe-Théodore Baron (1707-1787) ouvrant le premier volume de la collection des thèses

Aucun règlement n’imposait aux facultés de conserver ces documents, ce qui explique que bon nombre d’entre eux ait disparu. Si la BIU Santé conserve une collection aussi importante, c’est grâce à l’intérêt personnel de deux doyens de la Faculté de médecine, Hyacinthe Théodore Baron père (1686-1758) et fils (1707-1787) pour ces travaux[4]. Ils ont réuni les thèses qu’ils ont trouvées, ont fait recopier celles qui manquaient et ont organisé la collecte systématique des thèses sous leurs décanats. Un catalogue imprimé a été rédigé à la suite de cette collation. Leurs successeurs ont poursuivi cette collecte jusqu’en 1778. Les thèses les plus tardives ont été rassemblées par Noé Legrand, bibliothécaire de la faculté de médecine au début du XXe siècle, en un volume dans lequel ont été insérées des pages blanches pour représenter les thèses qu’il savait avoir été soutenues mais dont nous n’avions pas d’exemplaire. En 2015, un don de la bibliothèque de médecine et de pharmacie de Bordeaux nous a permis de compléter en partie ces lacunes[5].

Ce sont ainsi près de 4 000 thèses et billets d’invitation, de 1539 jusqu’en 1793, qui ont été regroupés, reliés en 26 volumes (9 volumes in-folio, 17 in-quarto). On trouve aussi dans la collection quelques thèses soutenues dans des facultés de province (Montpellier, Reims…), ainsi que des pièces relatives à la vie de la Faculté (des listes de docteurs-régents, statuts et décrets de la Faculté, arrêts de la cour du Parlement…).

4 000, le chiffre paraît imposant mais rapportée à la période couverte, la production est finalement assez modeste, une dizaine de thèses seulement étaient imprimées chaque année. Si l’on rajoute à cela le fait que les bacheliers soutenaient plusieurs thèses chacun, on se rend assez vite compte que le nombre de personnes réellement concernées par l’exercice et a fortiori membres de la Faculté de médecine (que ce soit en tant que bachelier, puis en tant que docteur-régent) est assez faible : en moyenne, au XVIIe siècle, sept nouveaux bacheliers intégraient la Faculté tous les deux ans…

Les premières thèses étaient donc des grands placards, écrits à la main sur papier ou parchemin. À partir de 1569, on voit apparaître les premières thèses imprimées[6]. En 1662, les thèses prennent systématiquement la forme de livret[7], même si les placards demeurent une pratique courante jusqu’en 1724, ainsi un grand nombre de thèses existent dans la collection Baron dans les deux formats :

Thèse cardinale de Claude Quiqueboeuf, soutenue en 1622, et présidée par Guillaume du Val : An aqua vino salubrior ?
Première page de cette même thèse, au format in-quarto

 

 

 

 

 

 

 

 

Si la plupart des thèses ont un aspect un peu austère, répliquant à l’infini la même présentation, utilisant les mêmes bois gravés pour les en-têtes, on voit apparaître au début du XVIIe siècle, accompagnant les dédicaces, des frontispices gravés qui vont prendre des proportions considérables à partir des années 1625-1630 : peu à peu, on fait appel à des graveurs de talent tels que Mellan, Roussel ou Firens. Les candidats peuvent ainsi dépenser une somme d’argent importante pour faire illustrer leurs thèses avec magnificence. Dans le courant du XVIIIe siècle, des critiques sur les dépenses somptuaires liées aux thèses et à la cérémonie de soutenance ont peu à peu fait décliner cette pratique.

Dédicace de la thèse de Claude Séguyn soutenue le 8 janvier 1643 à Claude Gallard, conseiller au parlement dessiné et gravé par Mellan. La Paix, Mars et la Justice entourent son écusson armorié.

Nous espérons que cette numérisation permettra de mieux faire connaître cet ensemble. En effet, les derniers travaux connus (de nous en tout cas) sur cette collection datent du début du XXe siècle lorsque Noé Legrand, bibliothécaire à la Faculté de médecine et Anna Delage, docteure en médecine, les ont étudiées pour rédiger l’un un catalogue, l’autre sa thèse de médecine. Or de nombreuses questions restent en suspens ou méritent d’être réétudiées : d’où venaient les bacheliers de la Faculté ? Quels ont été ou comment ont évolué les sujets des thèses au fil du temps ? Jusqu’à quel point des docteurs-régents prenaient-ils les thèses au sérieux ? Quel savoir se fabriquait-il à l’occasion de ces exercices et de ces publications ? Dans quelle mesure la thèse a-t-elle été un moyen de diffusion du savoir médical ? Ces questions ne sont bien sûr que des pistes de réflexion qui font écho aux questions que se sont posées les bibliothécaires lors du traitement de cette collection.

En croisant l’étude de cette collection avec celle des Commentaires de la Faculté de médecineautre collection exceptionnelle de la bibliothèque, un grand pan de l’histoire de la faculté reste à (ré)écrire…

Solenne Coutagne

Bibliographie partielle

Voir aussi, dans la même édition, les reproductions, textes intégraux et traductions commentées de deux thèses quodlibétaires écrites et présidées par Guy Patin : «Annexe. Une thèse de Guy Patin. ″L’homme n’est que maladie″ (1643)» () et «Annexe. Thomas Diafoirus et sa thèse».

  • Delage, Anna. Histoire de la thèse de doctorat en médecine d’après les thèses soutenues devant la Faculté de médecine de Paris. Thèse d’exercice de Médecine. Paris : Librairie de la Faculté de médecine Ollier-Henry, 1913
  • Legrand, Noé. La collection des Thèses de l’Ancienne Faculté de Médecine de Paris depuis 1539 et son Catalogue inédit jusqu’en 1793. Paris : Honoré Champion, 1913 (en ligne sur Medic@)
  • Meyer, Véronique. L’illustration des thèses à Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle : peintres, graveurs, éditeurs. préface de Bruno Neveu ; [sous la responsabilité de la] Commission des travaux historiques de la Ville de Paris. Paris : Paris Musées, 2002

 

[1] Pour n’en citer que quelques-unes, on en trouve à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à la bibliothèque Mazarine, à la BIU Cujas, à la bibliothèque de la Sorbonne. Plus spécifiquement, on trouve des thèses en médecine à la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, ou à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg par exemple.

[2] Histoire de la Faculté de 1395 jusqu’à 1786 écrite par 194 doyens contenus dans 25 volumes manuscrits : ils comprennent la liste des docteurs régents, les comptes rendus des assemblées et délibérations, les relations des cérémonies, l’énumération des examens subis, les thèses soutenues, l’indication des procès, les inventaires des biens… Ils n’ont été édités que pour les années 1395 à 1560 et 1777 à 1786.

[3] Nous citerons ici l’exemple exceptionnel de la thèse soutenue par Théophile de Bordeu le 25 février 1754, portant sur les eaux minérales d’Aquitaine, qui fait 74 pages !

[4] Une autre collection faite par un autre doyen, Thomas-Bernard Bertrand, est conservée à la bibliothèque (ms 2308-ms 2320). Moins complète que celle de H.-T. Baron, elle est réputée ne contenir aucune thèse qui ne se trouverait pas dans la collection Baron. Mais, en réalité, l’étude et le dépouillement de cette collection reste à faire.

[5]  Il ne nous manque plus que 39 thèses soutenues entre 1778 et 1793. A bon entendeur !

[6] La première thèse imprimée est celle soutenue par Claude Bazin en 1563, présidée par Claude Bailly et dont le titre est : « An mas celerius foemina tardius conformatur ? »

[7] La collection des thèses in-quarto commence en 1597 mais la suite ininterrompue ne commence qu’à partir de 1662. Les thèses précédentes ne sont qu’une petite fraction de celles soutenues précédemment qui se trouvent toutes dans la collection in-folio. Ce sont d’ailleurs souvent des rééditions postérieures : par exemple la thèse de Jérôme Taquet, soutenue en 1597 porte la date de 1649 dans sa mention d’édition.

[Medical Heritage Library] 13 698 documents de la BIU Santé disponibles

Le 19 janvier dernier, nous vous annoncions que la BIU Santé allait «petit à petit» compléter l’impressionnante collection de la Medical Heritage Library (si vous ne savait pas de quoi il s’agit, vous pouvez relire ce billet de blog).

[Caricature] Le Professeur John Bland-Sutton (B. Moloch) – Chanteclair
Le projet a avancé beaucoup plus vite que ce que nous avions anticipé et, deux mois plus tard, ce n’est pas sans fierté que nous vous annonçons qu’il y a très exactement 13 698 documents provenant des fonds de la bibliothèque en ligne sur Internet Archive au sein de la collection «Medical Heritage Library» ! 13 698 documents qui correspondent à la totalité des documents de la bibliothèque numérisés depuis 2001 et tombés dans le domaine public.  13 698 documents qui sont désormais consultables avec des  fonctionnalités inédites (téléchargement des images en haute définition, reconnaissance de caractères, formats d’export variés, recherche plein texte, pour en citer quelques-unes).

La rapidité avec laquelle ce versement a été fait n’aurait pas été possible sans la collaboration efficace d’Internet Archive, nous les en remercions vivement !

Nous vous souhaitons de belles découvertes dans les collections d’ici et d’ailleurs !

Ps : Vous pouvez désormais retrouver certaines de nos numérisations mises en avant via le compte Facebook de la MHL.

Breaking news : La BIU Santé rejoint la Medical Heritage Library !

En octobre 2017, la BIU Santé a intégré la liste des principaux contributeurs de la Medical Heritage Library. Ainsi rejoint-elle un certain nombre d’établissements prestigieux tels que  :

La Medical Heritage Library (MHL) est un consortium des plus grandes bibliothèques de médecine du monde. Son but principal est de promouvoir la libre diffusion des ressources historiques en médecine. Elle s’emploie donc à créer une collection thématique cohérente et la plus complète possible pour l’étude de l’histoire de la médecine et des disciplines affiliées.  Dans cette perspective, la MHL c’est avant tout une bibliothèque numérique (hébergée sur la plateforme Internet Archive) où vous pouvez chercher, consulter, télécharger les collections historiques numérisées d’une quarantaine de bibliothèques américaines, canadiennes, britanniques (et donc maintenant française).

Vous trouverez par exemple dans MHL un nombre important de publicités pour les cigarettes datant des années 60 : https://archive.org/details/tobacco_leo23e00

À ce jour, plus de 215 000 documents numérisés de toutes sortes (imprimés, manuscrits, collection iconographique, enregistrements audios, enregistrements vidéos…) du XIIIe au XXe siècle sont accessibles en ligne. La BIU Santé va, petit à petit, compléter cet impressionnant catalogue avec ses propres documents qui sont (et resteront) disponibles en ligne dans la bibliothèque numérique Medic@ et la banque d’images et de portraits. Plus de 15 000 documents viendront ainsi s’ajouter à la MHL. La collection de la BIU Santé, complétée et enrichie par les collections des autres bibliothèques participantes, gagnera ainsi considérablement en valeur et en visibilité.

Autres gains majeurs, nos lecteurs vont pouvoir bénéficier dans ce nouvel environnement de fonctionnalités très pratiques, utiles, parfois très attendues. Depuis la plateforme Internet Archive :

  • Toutes les images seront directement téléchargeables en haute définition. (NB : Étant placées sous licence ouverte – Etalab, elles sont toutes librement et gratuitement réutilisables à condition de mention de la source «BIU Santé (Paris)»).
  • Nos documents feront tous l’objet d’une océrisation ;
  • Ils seront exportables dans un grand nombre de formats (Text, Daisy, PDF, Epub, Kindle…) ;

Le site de la MHL propose de son côté d’autres outils qui pourraient s’avérer aussi très utiles pour les chercheurs qui voudront exploiter les données que nous mettons à disposition :

  • Un moteur de recherche plein texte dans la totalité du contenu des documents de la collection «Medical Heritage Library» ou dans n’importe quel sous-ensemble (il sera par exemple possible de restreindre la recherche aux documents de la BIU Santé) a été développé par l’université de Harvard ;
  • Via l’outil ArchiveSpark, l’extraction des données (pour des opérations de fouille de texte par exemple) est à l’étude.
Thèse de médecine de Jean Poisson, 1682

Un échantillon est déjà en ligne, en attendant un versement plus massif dans les mois qui viennent. On y trouve le Traité complet de l’anatomie de l’homme de Bourgery et Jacob, le Traité des accouchemens de Maygrier, des manuscrits (les statuts des épiciers apothicaires de Paris, traité de médecine du XVe s.), des dessins originaux (de Léveillé et de Reignier), des albums photographiques (album de l’internat, album des blessés de la face de la guerre de 1870), le Traité des drogues de Pomet, quelques placards contre la peste nouvellement acquis… Vous y trouverez aussi quelques thèses illustrant la collection exceptionnelle que nous conservons à la BIU Santé (toutes les thèses de médecine de Paris depuis 1539) dont la thèse de baccalauréat en médecine de Jean Poisson, soutenue en 1682, présidée par Nicolas Liénard, dessinée, gravée et éditée par Louis Cossin, exceptionnelle par la taille imposante et la finesse de l’illustration de sa dédicace.

Bonne balade !

Solenne Coutagne

En savoir plus

L’annonce en anglais sur le site de la MHL

Nouvelle numérisation à la BIU. Sentez !

Extrait de La parfumerie française et l’art dans la présentation, 1925

Née en Orient et aujourd’hui fleuron de la culture française, la parfumerieet la cosmétique en général – inscrit son histoire dans celle de l’hygiène et de la mode.

Le XIXe siècle et l’industrialisation marquent un véritable tournant avec l’avènement des procédés chimiques qui se substituent peu à peu aux produits naturels. À partir de 1860, les usines des parfumeurs quittent Paris pour la proche banlieue et Grasse est le second pôle de la parfumerie française[1]. Comme le soulignait fort justement Madame de Staël, «La parfumerie moderne, c’est la rencontre de la mode, de la chimie et du commerce».

La parfumerie française et l’art dans la présentation, 1925

 

Reflet du développement considérable qu’elle connaît depuis, La Parfumerie française et l’art dans la présentation est un volumineux ouvrage qui retrace l’histoire des différentes maisons de parfums, dont un grand nombre a disparu aujourd’hui, des pratiques commerciales et des procédés de fabrication. Véritable arrêt sur image en 1925, l’ouvrage fleure bon une époque révolue aux effluves de rose, de lavande et de violette.

La BIU Santé vous propose de découvrir cet ouvrage riche d’informations et de nombreuses illustrations sur le site de Medic@. Sa numérisation s’inscrit dans le cadre d’une collaboration avec un programme de l’ANR, Littépub, qui s’intéresse à l’histoire croisée de la littérature et de la publicité.

Pour aller plus loin

Retrouvez une sélection de ressources en histoire de la parfumerie dans un billet précédemment publié sur notre blog.

On consultera utilement notre exposition virtuelle «Secrets de beauté» dédiée à la cosmétologie et le dossier Medic@ qui lui est associé, avec une introduction du Dr Jacques Chevallier.

Nous signalons également l’exposition qui vient de s’ouvrir au Musée international de la parfumerie de Grasse : Christian Dior, Esprit de parfum (17 mai – 1er octobre 2017)

[1] Rosine Lheureux, Une histoire des parfumeurs : France 1850-1910, Ceyzérieu, Champ Vallon, 2016.

Chloé Perrot, chargée de numérisation des collections

Chemist and druggist online

À l’instar de la BIU Santé avec Medic@, la Wellcome Library numérise également ses collections de périodiques anciens.

chemist

sequaLa Wellcome Library a donc récemment mis en ligne la collection complète de Chemist and Druggist, revue officinale publiée depuis 1859. La numérisation, qui court jusqu’à 2010, complète la collection locale du pôle Pharmacie de la BIU Santé (qui s’étend quant à elle de 1865 à 2007, avec quelques lacunes).

Vous pourrez désormais retrouver ce périodique, souvent appelée C+D, dans notre liste de revues électroniques.

À noter que les journalistes d’il y a un siècle s’intéressaient aux actualités pharmaceutiques des autres pays, et notamment la France.

En savoir plus

L’accès à la revue numérisée sur le site de la Wellcome Library.

« Chemist and Druggist » : 157 ans de pharmacie à portée de clic. Article dans le n°3291 du Quotidien du pharmacien [abonnés]

After 270 years of oblivion, Van Horne’s atlas of anatomy, a jewel of the 17th century, has been rediscovered

[French version of this post]

251 drawings from the Dutch Golden Age by Johannes Van Horne and Marten Sagemolen

van-horneIn 1656, in Amsterdam, Rembrandt painted his second Anatomy lesson. At the same time, in Leiden, in the Netherlands Golden Age that was brimming with artistic and scientific innovations, anatomy professor Johannes Van Horne and artist Marten Sagemolen were working on an unprecedented anatomical atlas of the muscles in color. Although it remained unpublished, the European intelligentsia celebrated this work. Then, strangely enough, these drawings fell into oblivion in the course of the 18th century.

Four large volumes comprising 251 drawings, systematically organized in several series and constituting a large part of this anatomical atlas, have just been identified in the collection of the BIU Santé (Health Inter-University Library).

The Library is now unveiling this jewel, which should be of major interest to both historians of medicine and sciences and historians of art.

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Identification was made by Hans Buijs (Fondation Custodia, Paris) on Friday, June 17, 2016. One single sentence found in the margin of a drawing dated 1654 revealed the name of the artist, but also, with absolute certainty, that of his patron, as well as important pieces of information on the constitution of the collection.

Marten Sagemolen’s signature, dated 1660 (Ms 29)
Marten Sagemolen’s signature, dated 1660 (Ms 29)
Johannes Van Horne’s name, in Ms 29
Johannes Van Horne’s name, in Ms 29

The very same sentence is indeed featured in the notes of famous physician Herman Boerhaave (1668-1738), one of the former owners of these volumes. Tim Huisman, in his doctoral dissertation in 2008, The Finger of God, Anatomical Practice in 17th-Century Leiden (Leiden University, 2008. p. 73 sq), published and documented these fragments. After examination of the four manuscripts under this bright new light, there can be no doubt whatsoever on their identity.

Small myology of the arm and shoulder, dated 1654 and signed by Marten Sagemolen (Ms 29)
Small myology of the arm and shoulder, dated 1654 and signed by Marten Sagemolen (Ms 29)

We publish an article that establishes the authenticity of the documents, gives part of their history, and provides an inventory of the four volumes. The article is subject to modifications: potential corrected versions will be available from the present column, at the same address.

Download the article: Johannes Van Horne and Marten Sagemolen’s myology: Four volumes of anatomical drawings of the Golden Age rediscovered
at the Bibliothèque interuniversitaire de santé (Paris)
, by Jean-François Vincent and Chloé Perrot (final version, August 31, 2016. License CC By-SA 4.0)

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