Une nouvelle publication par Jacqueline Vons et Stéphane Velut : André Vésale, livres III et IV de la Fabrique du corps humain (1543)

La Fabrique de Vésale et autres textes. Page d’accueil

Après les Pièces liminaires, le Livre I, et le Livre VII, Jacqueline Vons et Stéphane Velut viennent d’achever l’édition, la transcription et la traduction commentée des livres III et IV de La Fabrique du corps humain d’André Vésale, dans le cadre des éditions critiques proposées par la BIU Santé.

La Fabrique de Vésale et autres textes. Introduction du livre IV

 

 

 

Ces deux livres sont complémentaires : le Livre III contient une description morphologique des veines et des artères, le Livre IV est consacré au système nerveux ; Vésale y revendique la pratique anatomique comme source principale de savoir ; de nombreux schémas didactiques et figures en pleine page ont été dessinés par Vésale lui-même, des observations et des interventions personnelles nuancent la description générale du corps humain.

La Fabrique de Vésale et autres textes. Aperçu de l’édition du livre III

 

Les traductions des textes préliminaires aux autres ouvrages de Vésale sont également en ligne : La Paraphrase (1537), Les six tables anatomiques (1538), La Lettre sur la saignée (1539), L’Epitome (1543), La Lettre sur la racine de Chine (1546), L’Examen des Observations de Fallope (1564), Les Œuvres complètes (1725).

 

Medica a 20 ans : naissance et croissance d’une bibliothèque numérique au début du XXIe siècle 3/3

 Voici le troisième et dernier billet d’une série de 3 sur l’histoire de Medica – rédigé par Lou Delaveau, conservatrice-stagiaire Enssib, à l’occasion des 20 ans de la bibliothèque numérique Medica. Retrouvez le premier billet ici  et le second là 

III. Vers une Galaxie Medica

Medic@ dans le paysage des bibliothèques numériques

Les différents états de la politique documentaire de Medic@ soulignent que la bibliothèque numérique est « complémentaire des autres produits élaborés par le Service d’histoire de la santé (base bio-bibliographique des médecins, pharmaciens et autres professionnels de santé, expositions virtuelles, renseignements à distance…) » [1]. Un même thème pourra ainsi être décliné via les divers outils mis en place par la bibliothèque. À titre d’exemple, un corpus sur Etienne-Jules Marey, réalisé en collaboration avec le Collège de France et l’Académie nationale de Médecine, est versé dans Medica en 2006 et accompagne la mise en ligne d’une exposition virtuelle[2]. C’est ce type de projet « à forte valeur ajoutée » qui est privilégié par l’équipe pour définir le positionnement de Medic@ dans un contexte de concurrence croissante et d’essor de géants numériques – on pense notamment au développement de Google print, puis Google Book, à partir de 2004. Quelle place pour Medic@, que certains interviewés décrivent comme une « PME », voire une « épicerie fine » ? Une note de service, qui témoigne du lancement d’une importante campagne de numérisation par la Wellcome Library, invite à réfléchir à la place qu’occupent les ressources de la BIUM dans le panorama des bibliothèques numériques, et s’inquiète même de l’avenir des collections papier dans les bibliothèques en général[3]. D’autres archives attestent d’un souhait d’initier une coopération nationale pour la numérisation du patrimoine médical imprimé[4].

Dans ces circonstances, l’articulation des différents services développés par la BIUM ne peut qu’être un atout. Un outil tient une place toute particulière dans ce réseau documentaire : il s’agit de la Banque d’images et de portraits , dont nous avons déjà parlé. Sous la responsabilité d’Estelle Lambert, la Banque d’images s’est en effet progressivement étoffée grâce aux illustrations signalées lors de l’indexation des pages numérisées pour alimenter Medica : elle comporte aujourd’hui 264 000 images. La base biographique est une autre ressource essentielle du Service d’histoire de la santé qui permet notamment de relier les différents contenus grâce à des notices d’autorités. De la sorte, Medica prend la forme d’un réseau interconnecté de bases : elle déborde même des contours de la BIU Santé puisqu’outre les numérisations de ses fonds et d’exemplaires d’institutions partenaires, elle agrège aussi plus de 100 000 notices d’autres bibliothèques, via le protocole OAI-PMH.

Les années 2010 : plusieurs changements marquants.

L’accueil de Medica au 7/11/2011 et au 3/03/2016 , avec respectivement une mention du pôle Pharmacie et le logo de la nouvelle BIU Santé (Internet Archive Wayback Machine).

En 2011, la BIUM change de nom, fusionne avec la BIUP (Bibliothèque interuniversitaire de Pharmacie) et devient la BIU Santé. C’est tout un nouveau champ disciplinaire qui s’ouvre alors pour Medic@, dont témoignent des réalisations telles que la reconstitution virtuelle de la bibliothèque du Collège de Pharmacie. Puisque le pôle Pharmacie ne dispose pas d’un scanner équivalent à celui du pôle Médecine, des concertations fréquentes sont organisées entre les deux équipes, quoique – de l’aveu de Catherine Blum, conservatrice arrivée à la BIU Santé Pharmacie en 2016 – l’éloignement des deux sites ne facilite pas le transport et la numérisation des formats les plus volumineux ! Les liens noués par la BIU Pharmacie avec différents organismes spécialisés dans le domaine des sciences pharmaceutiques et de la cosmétologie renforcent aussi le caractère incontournable de la BIU Santé dans le paysage de la recherche en histoire des sciences.

Deux exemples curieux de documents conservés au pôle Pharmacie : Au Chat des Alpes. Froid humidité : ennemis de santé : 1940-1941, Voiron, Isère : Au Chat des Alpes, 1940. BIU Santé Pharmacie 69321.
Pharmacie Chaumel. Le Baume Oco : Souvenir de l’expo 1889. [Paris] : [s.n.], 1889.BIU Santé Pharmacie RES 69389.

                        

 

Cette place prépondérante est confortée par une stratégie d’ouverture des données : en 2013, la BIU Santé adopte la “Licence Ouverte” pour ses documents du domaine public et encourage ses partenaires à faire de même. Les images des collections, tirées de Medic@ ou de la Banque d’images et de portraits, circulent donc activement sur le Net. Ce succès inspire à la BIU Santé un partenariat avec l’association Wikimédia France pour verser dans la médiathèque Wikimédia Commons les clichés en haute définition de certains corpus tout en menant un travail d’alignement et de référencement des métadonnées associées. Après une première phase menée à bien en 2017, un deuxième chapitre s’ouvre en 2020. Cette politique de collaboration passe également par un travail conjoint avec des bibliothèques-sœurs de par le monde : en 2017, Medica intègre le consortium Medical Heritage Library sous l’action de Solenne Coutagne. La Medical Heritage Library   qui fête également un anniversaire en 2020 – ses dix ans ! –  offre, ainsi que le rappellent Véronique Boudon-Millot et Jean-François Vincent dans un article récent[5], de nouvelles fonctionnalités aux lecteurs consultant les collections de la BIU Santé par cette porte d’entrée : notamment un OCR performant et une interface de visualisation plus ergonomique sur Internet Archive.  Un dernier changement marque enfin cette décennie :  le nom même de Medica s’offre une nouvelle jeunesse et se voit amputé de son vilain « @ » !

L’accueil de Medica au 17/11/2020, avec le logo d’Université de Paris. On note la disparition du @ de Medica.

Le tournant 2020 : et au-delà ?

Le développement d’une solution « sur mesure » pour Medica dans les années 2000, qui avait l’avantage de permettre une grande réactivité et souplesse, a certes quelques inconvénients. L’équipe souhaiterait implémenter aujourd’hui un affichage mosaïque, la possibilité de faire pivoter et défiler les pages, l’affichage latéral de la table des matières… Autant de petits détails susceptibles de rendre la consultation plus confortable  mais qui se heurtent aux caprices d’un système ayant parfois mal vieilli et peu documenté, ainsi qu’au manque de temps et de main d’œuvre… Le langage Lasso original, désuet, a cependant pu être traduit en PHP par Olivier Ghuzel, ingénieur d’études et informaticien rattaché au Service d’histoire de la santé. Un projet est en cours pour reprendre l’archivage pérenne au CINES des données de la bibliothèque numérique, dont le poids désormais écrasant a dépassé les capacités de l’application qui lui était originellement dédiée, et est désormais stocké dans une base de données MySQL. Dans un constant souci d’améliorer les fonctionnalités de la base et la circulation de l’information, l’équipe s’intéresse aussi aux opportunités du modèle IIIF qui permet de diffuser des images sur le web de manière standardisée et de les rendre consultables, modifiables par d’autres applications extérieures à la bibliothèque. Une telle évolution permettrait, en interne, de simplifier considérablement le traitement des images mais aussi de bénéficier de nouveaux modes de visualisation, de navigation et d’interaction avec les images.

Mais l’avenir de Medica est aussi étroitement lié aux contours administratifs de la nouvelle Université de Paris. Après une première fusion avec le SCD Paris Descartes en octobre 2019, la BIU Santé intègre en effet la Direction générale déléguée aux bibliothèques et musées d’Université de Paris (DGDBM), suite à la fusion des universités Paris Descartes et Paris Diderot en 2020. Dans ce nouveau chapitre de l’histoire de la BIU Santé, Medica semble pouvoir constituer la figure de proue de la valorisation patrimoniale des bibliothèques de l’université fusionnée. L’équipe réfléchit actuellement à la place qu’elle occupera dans ce nouvel univers documentaire : il s’agit à la fois de moderniser les fonctionnalités de la bibliothèque numérique (en cohérence avec les futures autres collections), de les pérenniser mais également de préserver la singularité de cet outil que le contexte sanitaire rend d’autant plus incontournable. Medica est aujourd’hui appréciée par un large public, bien connue de ses lecteurs fidèles mais aussi bien identifiée par les nouveaux chercheurs en histoire des sciences, dont je faisais moi-même partie il n’y a pas si longtemps. Espérons que ce billet de blog aura fait sourire les premiers et intrigué les seconds que nous invitons à cliquer ICI pour entamer leur exploration de la Galaxie Medica : nous leur souhaitons de fructueuses découvertes !

Lou Delaveau, avec l’aide de l’équipe du Service d’histoire de la santé


Sources

-Archives consultées

 Archives du directeur de la BIU Santé relatives au Service d’histoire de la santé : cartons 95, 96, 97, 98, 99, 100, 104, 105.

-Entretiens (par ordre alphabétique)

Catherine Blum : actuelle responsable des collections et fonds patrimoniaux à la BIU Santé Pharmacie, entrée à la BIU Santé en 2016.

Guy Cobolet : directeur de la BIUM/BIU Santé de 2000 à 2018.

Solenne Coutagne : actuelle responsable de Medica, entrée à la BIU Santé en 2014

Olivier Ghuzel : ingénieur d’études, attaché au Service d’histoire de la santé (notamment  en charge de la maintenance de Medica), entré à la BIU Santé en 2013.

Estelle Lambert, actuelle responsable de la Banque d’images et de portraits, entrée à la BIU Santé en 2002.

Henry Ferreira-Lopes : chef du Service d’histoire de la santé de 1999 à 2004

Bernadette Molitor : Bibliothécaire à la BIU Santé de 1974 à 2014, en charge de l’histoire de la médecine et du fonds ancien.

Pierre Morris : photographe dans le service, actuellement en charge de l’indexation de la base biographique, entré à la BIUM en 1983.

Jacques Gana : chef du service informatique de la BIUM / BIU Santé, de 1995 à 2017.

Jean-François Vincent : chef du Service d’histoire de la santé, entré à la BIU Santé en 2004, ci-devant responsable de Medica (2004-2014).


[1] « La politique documentaire de Medic@ », dernière version de mai 2015. https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/assets/pdf/histmed-medica-poldoc-medica-fra-octobre2013.pdf .

[2] Mail du 4/05/2006 (Jean-François Vincent) – Archives, c. 97. L’exposition virtuelle est la suivante : https://www3.biusante.parisdescartes.fr/marey/debut.htm.

[3] « Numérisation de masse et avenir des fonds patrimoniaux : considérations sur le fonds ancien de la BIUM et son avenir proche » c. 104 (non daté, vers 2008 ?)

[4] Divers documents – Archives, c. 104.

[5] Boudon-Millot (Véronique), Vincent (Jean-François), « Medical Heritage Library: La plus grande bibliothèque médicale numérique du monde », dans médecine/sciences, EDP Sciences, 2020, 36 (10), p. 924-928. https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02960793

Medica a 20 ans : naissance et croissance d’une bibliothèque numérique au début du XXIe siècle 2/3

 Voici le deuxième billet d’une série de 3 sur l’histoire de Medica – rédigé par Lou Delaveau, conservatrice-stagiaire Enssib, à l’occasion des 20 ans de la bibliothèque numérique Medica. Retrouvez le premier billet ici et la troisième

II. Du Corpus des médecins de l’Antiquité à la « bibliothèque » Medic@ : quelques exemples

Avec et pour les chercheurs.

Coupure de presse du Quotidien du médecin du 2/03/2002 évoquant la campagne pour la restauration de la statue de Bichat.

Les différents cartons d’archives relatives au Service d’histoire de la santé regorgent de courriels imprimés dans les premières années du XXIème siècle et qui témoignent des contacts nourris avec des chercheurs, « public en or » et véritables « piliers » de la bibliothèque. Ces échanges reflètent les recherches personnelles – car on « n’attrape pas les mouches avec du vinaigre » – mais aussi les thèmes à la mode et les sujets d’actualité.  En 2002, le bicentenaire de la mort de Xavier Bichat inspire la mise en ligne d’un corpus dédié. Ce concours de circonstances profite à la statue du médecin et anatomo-pathologiste située dans la cour de l’Université et dont l’état piteux aiguillonne les bibliothécaires et chercheurs ayant participé au dossier : elle est restaurée à cette occasion. D’autres corpus bénéficient d’interfaces de recherche spécifiques comme les dictionnaires et les périodiques, premières sources consultées par les lecteurs néophytes. Des contributeurs célèbres, comme Jean Starobinski, apportent aussi leur pierre à l’édifice Medic@ en rédigeant des présentations de dossiers.

Corollaires de cette expertise développée sur la valorisation numérique du patrimoine, la BIUM organise de nombreux colloques qui renforcent sa position dans le paysage de la recherche en histoire de la santé mais resserrent aussi ses liens avec des sociétés et académies savantes : elle héberge leurs sites web et participe parfois même à leurs publications[1]. La pluridisciplinarité est le maître-mot. Une collaboration plus active est également entérinée avec le Musée d’histoire de la médecine qui partage les murs du 12 rue de l’école de médecine[2]. En 2005, la consultation mensuelle de Medic@ s’établit à 130 000 pages consultées pour plus de 10 000 visiteurs[3].

Page d’accueil de Medic@ le 6/06/2006, d’après les archives du net (Internet Archive Wayback Machine).

Il va sans dire que les contacts avec les chercheurs et chercheuses de la première heure se poursuivent au long cours. En 2009, Le Corpus électronique des médecins de l’Antiquité, désormais constitué de 180 volumes et témoin de longue date des relations étroites entre la BIUM et le laboratoire « Médecine grecque » reçoit le prix Plottel de l’Académie des inscriptions et belles lettres[4]. Ainsi que le précise le dossier de candidature, plus d’un million de pages ont été téléchargées en 2007 et 60 % de connexions sont issues de l’étranger, ce qui atteste du rayonnement de la BIUM à l’international après une première décennie d’existence.

De la persistance du papier ….

Flyer promotionnel pour la mise en ligne et les reprints du corpus hippocratique. L’annonce vante le caractère quasi totémique du fac-similé, substitut auréolé du prestige de l’édition originale.

En dépit de son « @ », Medic@ n’est pas envisagée au départ comme une collection strictement dématérialisée. En 2000, l’équipe de la bibliothèque prévoit de faire réaliser des reprints pour satisfaire les demandes de chercheurs et sociétés savantes adeptes de fac-similés. La bibliothèque développe donc au fur et à mesure des numérisations un catalogue de réimpressions qu’elle diffuse elle-même ou via des diffuseurs professionnels, pour peu que le nombre de souscriptions – fixé à quelques dizaines d’exemplaires[5] – ait été atteint. Plusieurs formules, standard ou plus luxueuses, sont proposées[6]. Un soin tout particulier est apporté aux choix des titres : « Arkana » est par exemple retenu avec l’accord d’un éditeur pour son caractère mystérieux susceptible d’attirer les lecteurs férus de sciences occultes. Le service prévoit également de fournir des supports cédéroms. Toutefois, une partie de l’équipe de la BIU Santé avoue aujourd’hui avoir été mal à l’aise face à cette distribution commerciale. Les demandes se faisant rares, les reprints sont progressivement abandonnés et Medic@ se déleste de ses assises matérielles pour se transformer, de « collection » hybride, en bibliothèque entièrement numérique.

… au tout numérique !

Medic@ ne rassemble pas des photographies mais des numérisations : les reproductions des documents n’étaient donc pas réalisées dans le laboratoire photographique précédemment mentionné.  Un scanner, d’abord en noir et blanc, avait été loué dès les débuts de l’entreprise auprès de la société Arkhênum, dont l’un des employés rejoindra, après un changement de carrière, l’équipe des magasiniers du Service d’histoire de la santé.

Encart sur la page d’accueil de Medica au 3/02/2004  témoignant de tentatives en interne pour implémenter un OCR à titre expérimental (Internet Archive Wayback Machine).

Des échanges avec Arkhênum font aussi état des recherches concernant les possibilités d’océrisation, c’est-à-dire de reconnaissance des caractères[7]. En raison d’un coût élevé, du nombre de documents concernés et de résultats décevants pour les éditions antérieures à 1850, cette fonctionnalité sera abandonnée pour un certain temps. En 2004, Jean-François Vincent vient remplacer Henry Ferreira-Lopes, qui avoue aujourd’hui s’être inspiré de son expérience à la BIUM pour développer la bibliothèque numérique de la Bibliothèque municipale de Besançon, dont il est le directeur. A partir de 2008, la Bibliothèque nationale de France réoriente ses subventions au pôle associé qu’était la BIUM pour encourager la numérisation. Même si une étroite coopération documentaire avec Gallica existait dès les débuts de Medica, ces subventions permettent d’entériner la politique documentaire et le champ d’action de Medic@ par rapport à celui de Gallica et favorise une synergie entre les deux bibliothèques. Deux filières de numérisation sont mises en place à la BIUM : les documents rares ou fragiles sont traités en interne tandis que les corpus très volumineux, homogènes, dont la numérisation et l’indexation sont aisées, sont externalisés. Un scanner couleur sera acquis en 2012.

 

 

 

 

A suivre… Comment Medic@ devint-elle Medica ? Retrouvez l’épisode trois de l’histoire de Medica sur le blog de la BIU Santé à partir du 7 décembre 2020.


[1] La BIUM collabore ainsi avec l’Académie nationale de chirurgie pour faire paraître en ligne à partir de 2002, un journal électronique trimestriel, « Les e-mémoires de l’Académie nationale de chirurgie »- Archives, c. 99.

[2] Convention établissant un partenariat de recherche entre la BIUM et le Musée- Archives, c. 99.

[3] Tableau des consultations- Archives, c. 100

[4] Dossier pour le prix Pottel- Archives, c. 101.

[5] Mail du 13/04/2001  (Henry Ferreira-Lopes) – Archives, c. 95 et « La Politique documentaire de Medica », version mai 2006, p. 4 – Archives, c. 96.

[6] Mail du 5/10/2001  (Guy Cobolet) – Archives, c. 100.

[7] Un devis établi en janvier 2005 indique qu’un traitement OCR pour une centaine d’ouvrages numérisés s’élèverait alors à 4000 euros (sans correction du texte brut obtenu) – Archives, c. 95.

Livre d’or des 20 ans de Medica

Dans le cadre des 20 ans de Medica, nous avons demandé à des institutions partenaires ayant participé à l’enrichissement de cette bibliothèque numérique et à quelques chercheurs et usagers de raconter une anecdote et de souhaiter un joyeux anniversaire à Medica.

Ce livre d’or est ouvert à tous grâce aux commentaires en fin de billet, donc n’hésitez pas à contribuer !

Bibliothèque Henri Ey

« Bon anniversaire Medica !

Merci pour tes contenus dédiés à la neuropsychiatrie, en particulier nos périodiques préférés, les Annales médico-psychologiques, la Revue neurologique et le Congrès des aliénistes. Bravo à ton équipe pour l’enrichissement régulier de tes collections et l’amélioration continue de tes outils de recherche. Nos lecteurs et nous, on est fans !

la Bibliothèque Henri Ey du GHU Paris psychiatrie & neurosciences »

Natalie Pigeard 

« 20 ans de Medica ! Déjà ! Cela ne nous rajeunit pas 😉  Écrire pour medica sur l’histoire des femmes médecins, aider à choisir les documents constituant le dossier, c’était sympa de bosser avec les amis du service d’histoire de la médecine ! Et puis Medica, avec ses possibles recherches dans les revues, les dictionnaires, les catalogues de thèses, pouvoir télécharger un pdf etc., facilite bien mes recherches ! Bon anniversaire Medica ! »

Professeur François Legent 

« J’ai recours à Medica depuis une quinzaine d’années, la première fois fut à l’occasion d’un congrès sur la Maladie de Menière. La quête de documents concernant la biographie de ce médecin me fit découvrir l’importante numérisation réalisée par la BIU Santé. Cette modernisation facilitait considérablement la recherche permettant notamment, d’apprendre que Menière avait été médecin de l’Institution des Sourds-Muets, ce qu’ignorait une grande partie du corps médical.

Ainsi se présenta l’occasion d’ajouter aux documents déjà numérisés par vos soins, des articles et un choix de livres anciens concernant non seulement l’ORL mais aussi la surdimutité. Ce regroupement réalisait dès lors une véritable bibliothèque numérique unique dans ce domaine. »

Dr Olivier Walusinski 

« Medica est un service irremplaçable pour travailler chez soi, conçu voici 20 ans en prévision du confinement prévisible. Devenu adulte, sa riche variété et son indexation au mot permettent aussi bien une recherche précise qu’une recherche extensive. Deux questions. Les ouvrages scannés pour un achat avec le système EOD deviennent-ils, après ce paiement, accessibles à tous via Medica ? Si non, il faudrait y remédier. N’y a-t-il pas un moyen de remédier aux pannes récurrentes bien trop fréquentes ? Si l’accès est impossible le samedi, il faut attendre le lundi que le système soit à nouveau en fonction. Et pendant le confinement, c’est encore plus long. Bravo à Medica et souhaits de continuation et de perfectionnement. »

Annie Bitbol-Hespériès 

« Je suis venue travailler à la réserve de la Bibliothèque (alors la BIUM) il y a plus de vingt-cinq ans, pour consulter les deux éditions du Theatrum anatomicum de Caspar Bauhin. Ce traité illustré du grand professeur d’anatomie à Bâle, publié en 1605 à Francfort, complété en 1621, suit l’ordre de la dissection dans un Théâtre anatomique. Il offre, sous un format réduit et en les actualisant des gravures issues de la rénovation de l’iconographie anatomique inaugurée par la publication du grand traité d’André Vésale en latin sur la Fabrique du corps humain (1543).

J’ai ensuite régulièrement fréquenté la salle de la réserve, où j’ai trouvé des conditions de travail optimales pour mes recherches, non seulement en raison de la richesse des collections historiques bien conservées, mais encore grâce à la compétence et à la disponibilité des conservateurs et bibliothécaires qui se sont succédé, sans oublier l’efficacité des magasiniers. Comme la plupart des lecteurs maintenant, j’y viens avec mon ordinateur. Mais il y a plus de vingt-cinq ans, ce n’était pas le cas et je prenais des notes au crayon, sur des feuilles de papier.

C’était avant la création de la formidable collection Medica (Medic@), qui est vite devenue une référence internationale. La mise en ligne intégrale d’ouvrages patrimoniaux consultables à tout moment fait revivre à distance les livres précieux. C’est une chance pour tous ceux dans le monde qui s’intéressent à l’histoire de la médecine. Outre la conversion en format électronique d’ouvrages imprimés souvent reliés et ayant appartenu à des propriétaires prestigieux, cette bibliothèque virtuelle propose des collections regroupant les livres électroniques dans des dossiers thématiques.

Parmi les ressources offertes par cette bibliothèque numérique, j’apprécie particulièrement le dossier thématique sur la Mélancolie présenté par Jean Starobinski, qui fut un célèbre professeur de littérature française à l’université de Genève, mais aussi un médecin psychiatre chargé d’enseignement en histoire de la médecine, et un fin musicologue. Je me souviens de la satisfaction de Monsieur Cobolet, qui dirigeait alors la bibliothèque, lorsqu’il m’a annoncé que le prestigieux auteur de la thèse de médecine sur l’Histoire du traitement de la mélancolie avait accepté de proposer une introduction sur ce thème. Depuis l’Antiquité grecque, de nombreux traitements visaient à guérir cette pathologie complexe mettant en jeu la relation entre l’esprit et le corps, ou entre l’âme et le corps et pouvant ouvrir vers le génie ou conduire à la folie. Il s’agissait notamment de réguler la célèbre bile noire puisque telle est la signification du mot mélancolie, issu de la langue grecque. La bile noire -imaginaire mais illustre dans la tradition médicale et chez les philosophes- était une des quatre humeurs définissant la Nature de l’homme dans la Collection hippocratique, avec le sang, le phlegme ou pituite, et la bile jaune. Pour chasser l’excès de bile noire, les prescriptions citaient le népenthès, breuvage à base de plantes à la composition variable, censé dissiper la tristesse et apporter l’oubli, mais aussi la musique, ainsi que les voyages pour chasser le spleen des aristocrates anglais, puis des patients huppés, sans oublier la prise d’hellébore, plante aux propriétés purgatives réputée pour soigner la folie. Comment guérir la mélancolie et ses degrés : l’hypocondrie, la dépression, la folie ? Où situer l’origine de cette pathologie pour prescrire des thérapeutiques adaptées ? Ne s’agit-il pas d’une affection essentiellement psychique qui appelle des remèdes psychologiques et la création d’une nouvelle catégorie de thérapeutes : les psychiatres ? Ce qui est intéressant dans la présentation de Jean Starobinski, c’est l’hommage qu’il rend au livre Saturne et la mélancolie par Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl, ouvrant ainsi la médecine humorale traditionnelle sur la peinture (Dürer et sa gravure Melencolia I) et rappelant le lien que la médecine a longtemps entretenu avec l’astrologie.

Parmi les documents électroniques mis à disposition des lecteurs internautes par Medica figurent aussi les gravures, illustrations et portraits présentés dans la banque d’images qui s’enrichit régulièrement.

La consultation de livres électroniques est particulièrement appréciable en temps de confinement, et devient une ressource indispensable lorsque l’éducation à distance se répand dans l’enseignement supérieur en raison de la pandémie. J’offre mes meilleurs souhaits de bon anniversaire à Medica pour ses vingt ans dans un contexte sanitaire particulier. Je lui souhaite longue vie.

Mais j’attends avec impatience la fin du deuxième confinement pour retourner dans la salle de la réserve de la BIUS, y être entourée par de vrais livres reliés posés sur d’élégants rayonnages, au-dessous des portraits de médecins célèbres, et avoir le bonheur de discuter avec les bibliothécaires : n’est-ce pas cela aussi la vie d’une bibliothèque ? »

 

Bruno Bonnemain, Académie nationale de Pharmacie, Société d’histoire de la pharmacie  

« Medica est un outil formidable pour les historiens de la médecine et de la pharmacie. Il permet de rendre accessible en ligne de nombreux documents originaux, et des périodiques qui ont été très importants, comme le bulletin des sciences pharmacologiques ou le dictionnaire Vidal. On peut espérer que ce catalogue déjà très important s’enrichisse encore dans les prochaines années et complète les efforts de numérisation de la BNF. Très bon anniversaire à Medica !! »

Frédéric Bonté, LVMH Recherche  

« Medica , vingt ans déjà !, une richesse exceptionnelle et très vaste base de données pour tout chercheur en histoire de la pharmacie et en cosmétologie. Comprendre l’évolution des sciences c’est aussi redécouvrir des sources d’inspirations, des démarches,  des raisonnements et  les intégrer dans la réflexion qui permet de construire les innovations de demain.  Explorer  Médica, c’ est aussi nous ouvrir à des  mondes scientifiques, nouer des contacts improbables avec des spécialistes et élargir notre réseau  de connaissances.  N’oublions pas, chacun, de participer à son enrichissement.  Un grand Merci à toutes les équipes qui la font vivre. »

Jacqueline Vons 

« J’ai l’impression que c’était hier… J’ai découvert Medic@ à la manière d’un chat, prudemment d’abord, en jouant avec la souris, et puis très vite elle est devenue un outil indispensable. Très vite aussi, j’ai goûté la sensation de liberté qu’autorisent les vagabondages nocturnes d’un auteur à l’autre, d’une époque à l’autre. Mais on s’habitue facilement à vivre au milieu de milliers de livres, alors, pour nous surprendre toujours, Medic@ a proposé de nouveaux itinéraires à travers des expositions, des images, des journées d’études, bref autant de réalisations qui réalisent la gageure de rendre presque concret ce qui est virtuel. Tout cela grâce au dynamisme, à l’enthousiasme et au professionnalisme de toute une équipe au service de l’histoire de la médecine, du patrimoine et de sa valorisation. Qu’ils soient tous et toutes remerciés ici.  

Et puis un jour, l’aventure commença pour moi aussi avec la première traduction en français de la Fabrique de Vésale bientôt rejoint par Eustache et Patin : une belle récompense, une belle leçon de modestie parmi tous ces grands.  

Alors oui, souhaitons bon anniversaire à Medic@. Rendez-vous dans cinq ans, pour le quart de siècle avec, n’en doutons pas, d’autres belles innovations… »

Le Fonds de dotation pour la gestion et la valorisation du patrimoine pharmaceutique 

« Medica fête cette année ses 20 ans et nous sommes heureux de participer à cette célébration. Grâce au professionnalisme et au dynamisme des équipes qui l’animent depuis sa création, Medica offre à tous, spécialistes comme grand public, un espace de connaissance, de réflexion et de partage autour de l’histoire de la santé. Son rôle dans la préservation et la transmission du patrimoine écrit de la santé est majeur et nous nous réjouissons du travail accompli ensemble depuis plusieurs années pour la valorisation de nos fonds d’histoire de la pharmacie. Bon anniversaire ! »

Hélène Cazes, University of Victoria, Canada 

« Et s’il n’y avait pas eu Medica ? Je crois que, sans la bibliothèque virtuelle, son organisation par corpus, auteurs, domaines, mots-clés, sans l’accueil fait aux chercheurs par une équipe incroyablement savante et généreuse, sans les pages-portails, sans les liens vers les bibliothèques virtuelles, le monde serait plus petit et plus plat. Il ne tournerait pas rond mais tournerait en rond, en ressassant la même histoire du progrès médical et des grands textes. En tout cas, mon petit monde : je vis sur une île à l’extrême occident du Canada, en un lieu enchanteur dépourvu de fonds anciens. La rencontre avec Medica, qui s’écrivait alors Medic@, m’a donné bien plus qu’un accès, par écran, aux livres que je ne peux pas consulter sans traverser un continent et un océan : elle m’a donné un horizon, un paysage avec des lignes de recherche, des outils, des images haute définition et… une dimension de recherche, la séance en bibliothèque à distance. Après, aller sur Medical Heritage Library, Wellcome Library ou ailleurs me semblait évident —j’avais appris et m’y retrouvais même s’il m’y manque, toujours aujourd’hui, la page d’accueil sobre, précise, hiérarchisée de Medica. Partenaire essentiel de mes deux derniers projets (Enfin Vésale vint… sur l’historiographie médicale et l’héroïsation de ses personnages, et Perfecta, La perfection du corps féminin 16-18, sur les genres de l’anatomie aux temps de la querelle des femmes), Medica est un espace où chercher et déployer une histoire de la médecine hors des sentiers de la linéarité. En fait, c’est ma République de la recherche. Immenses mercis à ses artisans, pour leur vision, leur rigueur et leur travail !

Hélène Cazes, University of Victoria, Canada »

Véronique Boudon-Millot, Directrice de recherche au CNRS, UMR 8167 Orient et Méditerranée, Sorbonne Université 

« Les anniversaires sont l’occasion de se remémorer les naissances. C’est avec fierté et émotion que je me souviens de celle de Medica à laquelle j’ai, dès le début, été associée par Guy Cobolet, et qui nous a valu quelques années plus tard (en 2008) de recevoir le prix Plottel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et d’organiser ensemble plusieurs colloques, tous publiés, qui mettent en lumière les richesses de ses collections : Lire les médecins grecs à la Renaissance, De Boccard, 2004 ; René Chartier (1572-1654) éditeur et traducteur d’Hippocrate et Galien, De Boccard, 2012 ; Hippocrate et les hippocratismes : médecine, religion, société, Paris, AIBL, 2014. Car il n’est sans doute pas excessif de dire que Medica, grâce à la mise en ligne d’éditions parfois inaccessibles, a révolutionné les méthodes de tous ceux qui travaillent sur les textes médicaux. Et depuis le début, que de chemin parcouru ! Alors, longue vie à Medica désormais présente jusque sur les plateformes américaines et tous nos remerciements aux bibliothécaires dont l’assidu et patient travail contribue chaque jour à cette réussite. »

Dr J-M Mouthon 

« Merci à toutes celles et ceux qui sélectionnent, mettent en ligne, corrigent et tiennent à jour les textes de Medica dans le vaste site de la BIU Santé, indispensable outil pour les chercheurs et passionnés en Histoire de la médecine. Cette consultation accessible à tous permet aussi de temps à autre des découvertes fortuites, ignorées jusque là. Que ses concepteurs persévèrent, surtout en ces temps de restrictions sanitaires avec les épidémies imprévisibles et dévastatrices, présentes et peut-être futures, qui limitent, voire même empêchent la consultation sur place des documents. Bonne continuation.

J-M Mouthon »

Claire Crignon 

« Souvenirs de deux grands projets réalisés grâce aux conservateurs de la BIU santé, toujours dévoués, passionnés par leur travail, dans cet espace hors du temps de la réserve où le petit clic-clac de l’horloge égrène doucement ses notes, permettant au chercheur ou à la chercheuse de remonter le cours du temps en plongeant dans les archives de la société anatomique de Paris où dans un traité d’anatomie du 17e siècle. Médecine et anthropologie au 17e siècle, histoire de la constitution de la collection Dupuytren, débats sur l’homéopathie au 19e siècle, quelques exemples de découvertes et de plaisirs de lecture ! Merci à vous.

Claire Crignon, MCF Sorbonne Université ».

Rafael Mandressi, Directeur de recherche, Centre Alexandre Koyré

 « Je prends peu de risques en affirmant que la section historique du site web de la BIU Santé est aujourd’hui l’ensemble le plus riche et le mieux organisé de ressources en ligne pour et sur l’histoire de la médecine. La bibliothèque numérique Medica en est le socle. Je l’ai connue en 2004, et n’ai cessé depuis de m’en servir comme outil de recherche. Indispensable, sobrement solide dans sa croissance continue, Medica est aussi précieuse que le formidable patrimoine écrit qu’elle met à la disposition du public, dont la communauté des chercheurs. Au moment de célébrer ses premières deux décennies d’existence, il faut surtout saluer chaleureusement l’effort, la générosité et l’intelligence de celles et ceux qui l’ont faite et la font chaque jour. Nous sommes nombreux à leur être grandement redevables. »

Xavier Cailleau, Chargé de mission partenariats et GLAM, Wikimédia France 

« Toute l’équipe de Wikimédia France se joint à moi pour souhaiter un très bel anniversaire à la bibliothèque numérique Médica ! Le moment était bien choisi pour relancer le partenariat, de surcroît à quelques mois des 20 ans de Wikipédia. Nous avons la chance et le plaisir de collaborer avec la Bibliothèque Interuniversitaire de Santé depuis 2016. C’est une histoire de portraits, versés sur la médiathèque libre Wikimedia Commons, qui nous a permis de rencontrer des agents investis et passionnés, prêts à plonger au cœur des nouveaux usages du numérique collaboratif. Nous espérons poursuivre ce partenariat encore longtemps pour la valorisation de leurs précieux fonds et continuer à célébrer le libre partage des savoirs. »

François Léger (Directeur-adjoint de la bibliothèque de l’Académie nationale de médecine 

« Un beau jour, de retour d’une consultation sur Medic@ des Annales des maladies de l’oreille et du larynx (otoscopie, laryngoscopie, rhinoscopie), mon regard amusé se posa sur un autre ouvrage de la bibliothèque, que j’ouvris au hasard :

« Oui, Messieurs, loin de vous, au fort de mes travaux, 

J’ai lu que l’on formoit votre Corps de Héros ;

Qu’il renfermoit déja l’élite des Chymistes,

Et des Chirurgiens, & des Anatomistes, 

Et des grands Médecins ; que la Société 

En mérite absorboit l’antique Faculté ; 

Et que de six cents ans d’honorable mémoire, 

Elle prenoit le poids, & couronnoit la gloire. »

Le Preux, Paul-Gabriel, Lassone, ou la Séance de la Société royale de médecine, comédie en 3 actes et en vers, [Paris], 1779, p. 23, disponible sur Medic@.

Un périodique fondateur, une comédie légère et oubliée : voilà toute la richesse de Medic@. La rivalité entre la Société royale de médecine et la Faculté n’est plus qu’un objet d’histoire, et nous, bibliothécaires, nous réjouissons de l’épanouissement d’une bibliothèque numérique qui est depuis 20 ans un de nos plus solides outils de travail. Nous sommes bien sûr fiers d’avoir pu très modestement contribuer, avec quelques-uns de nos volumes et manuscrits, à la richesse de la collection. Les projets en cours sont la plus sûre promesse de la vie longue et prospère que nous souhaitons pour Medic@. »

Micheline Ruel-Kellermann, Histoire de l’art dentaire

« Vingt ans déjà, pour moi c’est presque hier. Et chaque année, chaque mois, chaque semaine sont mis en ligne des documents, des livres, des revues, une immense chance actuelle que chacun devrait mesurer. Pouvoir, la plupart du temps, travailler à son bureau, découvrir des œuvres dont nous ne soupçonnions parfois même pas l’existence est un bonheur formidable. Ah, si j’avais eu Medica, moi qui suis loin dans le siècle dernier lorsque, en activité, j’élaborais mes thèses  et où je courrais les librairies pour trouver le livre ou les revues anciennes qui pourraient m’aider, et quelques fois pour un seul chapitre ! Et où je sacrifiais mes vacances pour mener à bien mes recherches en bibliothèque ! Très bel anniversaire Medica et un immense merci à tous ceux qui y travaillent et qui facilitent considérablement la vie de tous les chercheurs »

Archives de l’AP-HP – message de Marie Barthélemy 

« Le partenariat des Archives de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris avec le service Histoire de la santé de la BIU Santé a permis la mise en ligne de 194 photographies dermatologiques de la collection Félix Méheux. Ces photographies provenant des archives du Musée des moulages de l’hôpital Saint-Louis complètent utilement l’ensemble documentaire du musée déjà disponible sur le site de la Biu Santé.

Constituées dans un but pédagogique, les photographies aquarellées de la collection Méheux sont aussi le témoignage des qualités techniques et artistiques du photographe et offrent un rendu très réaliste des maladies représentées. Leur accès en ligne permet de préserver les documents originaux tout en les diffusant auprès d’un plus grand nombre de chercheurs. Merci la Biu Santé et longue vie à Medica ! »

Musée de l’AP-HP – message de Agnès Virole 

« Le musée de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris est fier de pouvoir, grâce à l’Association du Musée virtuel de l’art dentaire, montrer depuis 2013 ses collections dentaires issues de la donation du musée Pierre Fauchard. Ces pièces, pour certaines uniques au monde, sont mises en valeur par le remarquable travail du MVAD et de la BIU Santé. Un grand merci à l’Association et à Médica! »

École nationale des chartes 

« L’École nationale des chartes adresse ses meilleurs vœux d’anniversaire à Medica, réservoir inestimable de trésors susceptibles d’inspirer bien des sujets de recherche ! Merci à toute l’équipe du Service d’histoire de la santé, emmenée par Jean-François Vincent, pour les nombreuses ressources qu’elle propose en ligne et pour son accueil toujours enthousiaste des jeunes promotions de chartistes. La promenade dans les magasins, la visite de la salle de lecture, la présentation de la Fabrica de Vésale et de ses nombreuses adaptations… Voilà, à n’en pas douter, un précieux complément des cours et autant de moments marquants pour les élèves et étudiants. À bientôt – nous l’espérons – pour de nouvelles rencontres et de nouvelles découvertes imprimées ! »

François Zanetti, Maître de conférences, Université de Paris 

« Medica existait déjà quand j’ai fait mes premiers pas en histoire de la médecine. Que de moments partagés et de services rendus depuis ! J’ai une reconnaissance particulière pour les périodiques médicaux de la fin du XVIIIe siècle : Journal de médecine (sous ses diverses dénominations), Gazette de santé et bien sûr Histoire et mémoires de la Société royale de médecine qui ont grandement facilité mes premières recherches. Et cette précieuse collection de dictionnaires !… Tout cela interrogeable et téléchargeable librement et sans inscription, grâce à une interface extrêmement stable et robuste.

MERCI à celles et ceux qui ont permis à Medica de naître, de croître et de se transformer ! 

BON ANNIVERSAIRE Medica ! »

Enssib

« En quelques années Medic@ est devenue une référence dans les domaines de l’histoire de la médecine, de l’odontologie et de la pharmacie ; une réussite qui illustre parfaitement l’importance aujourd’hui centrale de la valorisation des ressources et des services qui l’accompagnent. De fait, la maîtrise de ces compétences numériques d’une part, de médiation d’autre part, est devenue incontournable pour les professionnels des bibliothèques. Il s’agit ici de rendre accessible au plus grand nombre des documents historiques aux contenus foisonnant, riches et variés, là de protéger, rendre visible et mettre en avant des savoirs tombés dans le domaine public. Par ses formations et les fructueuses collaborations entretenues avec les équipes de la BIU Santé, l’Enssib est fière de pouvoir y contribuer et souhaite aux équipes de Medic@ 20 nouvelles années de succès. »

Loïc Capron

« Les 20 ans de Medica : infinie gratitude d’un consommateur assidu

La Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin (dont la 3e édition va bientôt être mise en ligne) n’aurait jamais vu le jour en 2015, ni grandi depuis, sans la BIU Santé et sans Medica, son gigantesque appendice numérique.

Parmi les innombrables trésors que Medica offre au public, j’admire tout particulièrement son incomparable collection des thèses médicales d’Ancien Régime et ses manuscrits.

J’encourage ardemment la numérisation de ces pièces parce qu’elles sont exclusives et encore inexploitées pour leur plus grande partie, et que leur fragilité ne recommande pas de les mettre entre les mains de tous les curieux.

Quant aux manuscrits, par exemple, j’ai tout particulièrement tiré profit du Recueil Peÿrilhe (ms 2007), qui contient une copieuse quantité de lettres et brouillons conservés par Patin, et la collection des Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, dont 14 des 24 volumes sont déjà librement ouverts aux chercheurs que ne rebutent pas les plumes latines des doyens qui se sont succédé tous les deux ans depuis 1395 jusqu’à 1786.

La richesse de la collection imprimée mérite aussi être les louanges : les œuvres complètes d’Hippocrate (par Littré), de Galien (par Kühn), de Pline (par Littré), parmi des milliers d’autres ouvrages indispensables. Tout ces ouvrages indispensables peuvent certes presque toujours se trouver ailleurs sur la Toile ; mais Medica m’a plongé dans une délicieuse extase quand j’y ai découvert la reproduction des deux livres de Medicamentis officinalibus [des Médicaments officinaux] de Caspar Hofmann (Paris, 1646) entièrement annotés par Patin : quelle inestimable pépite ! Sans elle je ne serai jamais parvenu à éditer la lettre que Patin a écrite à Sebastian Scheffer le 24 mai 1665.

Mon travail sur la médecine du xviie siècle n’est bien sûr qu’un vivant exemple des infinis services que Medica sait rendre tous les jours aux internautes, confortablement installés devant leur ordinateur.

Mille bravos, mille mercis, bon anniversaire et très longue vie à Medica, c’est-à-dire à celles et ceux qui l’ont conçue et l’enrichissent quotidiennement avec une admirable ardeur.

Loïc Capron. »

L’équipe Gallica

« Depuis 20 ans, toujours fidèle à ses objectifs et à son ambition de partager au plus grand nombre l’histoire de la médecine, Medica s’est octroyée une place privilégiée parmi les bibliothèques numériques patrimoniales en sciences.
L’autre grande « Dame » du savoir, Gallica, de trois ans son aînée et toujours présente pour la soutenir, donne à voir à ce jour presque 60 000 documents en provenance de Medica et de la Banque d’images et de portraits- BIU Santé. On y retrouve livres, périodiques, thèses mais également objets médicaux, portraits, cartes postales. Leur valorisation et leur classement en dossiers thématiques et chronologiques font de Medica une référence dans le monde médical.
Nous espérons que Gallica et Medica continuent à cheminer ensemble de façon toujours plus rapprochée pour enrichir encore plus l’accès au patrimoine médical français et universel.
Bon vent à Medica et à ses brillants navigateurs qui œuvrent jour après jour pour sauvegarder et faire connaître l’histoire de la Médecine. Comme Gallica nous l’enseigne, on ne peut pas comprendre le présent sans connaître et apprécier le passé.

L’équipe Gallica »

Medica a 20 ans : naissance et croissance d’une bibliothèque numérique au début du XXIe siècle 1/3

Voici le premier billet d’une série de 3 sur l’histoire de Medica – rédigé par Lou Delaveau, conservatrice-stagiaire Enssib, à l’occasion des 20 ans de la bibliothèque numérique Medica. Le second billet est accessible ici et le troisième

« Medica a vingt ans, que le temps passe vite
Madame, hier encore elle était si petite… »

Medica, la bibliothèque numérique de la BIU Santé, fête cet automne les vingt ans de sa mise en ligne. Elle rassemble aujourd’hui 22 000 documents et en signale plus de 310 500 conservés dans d’autres institutions. Devant le chemin parcouru depuis 2000, l’étonnement et le ravissement des lecteurs et des équipes ne sont pas si éloignés de ceux  que chantait Serge Reggiani, dont ces deux vers sont parodiés[1]… Toutefois, la comparaison s’arrête assez vite avec le texte de cette chanson douce-amère car c’est avec un enthousiasme toujours renouvelé que l’équipe du Service d’histoire de la santé, dans ses configurations successives, a fait grandir et a alimenté celle qui apparaît aujourd’hui comme l’une des plus importantes bibliothèques numériques spécialisées en histoire de la santé et le troisième acteur français pour la numérisation en bibliothèques[2]. Les témoignages des collègues qu’il m’a été donné d’interviewer lors de mon stage à la BIU Santé[3], ainsi que les archives du Service d’histoire de la santé, ont fourni la matière de ce billet de blog sur l’histoire de Medica[4]. Comment Medica (d’abord baptisée Medic@) a-t-elle vu le jour ? Comment s’est-elle imposée comme une bibliothèque incontournable pour les chercheurs, au-delà du paysage même de l’enseignement supérieur ? Découvrons-le ensemble…

Liesse au Service d’histoire de la santé : Medica a 20 ans ! [Une cure à Vittel], BIU Santé Médecine, CISA0061.

I. Les premiers pas : le corpus des médecins de l’Antiquité (automne -hiver 2000)

Plantons le décor

Qu’il nous soit permis de présenter succinctement le foyer dans lequel Medica naît[5]. La Réserve, futur Service d’histoire de la santé est créée en 1962 à l’instigation de la conservatrice des bibliothèques et historienne Paule Dumaître. La BIU Santé s’appelle alors la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris et ce n’est qu’en 1979 qu’elle prend le nom de Bibliothèque interuniversitaire de médecine (BIUM)[6]. La fusion avec la Bibliothèque interuniversitaire de pharmacie conduit à la création de la BIU Santé en 2011. Valoriser le patrimoine médical et développer des services pour les chercheurs en histoire, à l’égal de ceux rendus au public scientifique fréquentant la grande salle de lecture, deviennent les objectifs de la minuscule équipe, dont fait partie Bernadette Molitor, entrée à la bibliothèque en 1974. L’équipe s’étoffe progressivement et, à partir de la fin des années 1990, des premières réalisations témoignent d’une volonté de prendre le tournant de l’informatisation : la mise en ligne d’un site web par Jacques Gana, conservateur féru d’informatique (1996), puis la numérisation du catalogue manuscrit du fonds ancien (340 000 notices) ainsi que la création d’une exposition en ligne sur les frontispices médicaux (1999).

L’ancien laboratoire photographique (photographie m’ayant été donnée par Pierre Morris, photographe de la BIU Santé).

A cette époque, la BIUM peut compter sur la présence du laboratoire photographique créé par le Dr André Hahn (directeur de la bibliothèque jusqu’en 1970) : ce service alors inédit pour une bibliothèque universitaire[7] a sans doute ancré très précocement une culture de diffusion des images des collections, ce dont témoigne l’élaboration d’une Banque d’images et de portraits (1999)[8].

C’est sous la direction de Guy Cobolet, directeur de la BIUM (puis de la BIU Santé) de 2000 à 2018, que le chantier « Medic@ » est lancé. Une précédente expérience à l’École française d’Athènes, à savoir la numérisation du Bulletin de correspondance hellénique, avait marqué ce dernier et lui inspire l’idée de profiter des nouvelles opportunités informatiques pour développer des ressources résolument « modernes » en sciences humaines, à l’image des bases de données médicales. La création de Medic@ est confiée à Jacques Gana, à partir de la version 4 du logiciel de gestion de bases de données FileMaker Pro : celui-ci offre à l’époque, pour un prix de 2300 FF, un modèle d’application autorisant une recherche plein texte, un serveur web avec un langage de programmation intégré et un environnement client-serveur performant. Ces bases FileMaker, entretenues en interne, puis avec l’aide d’un prestataire, La Source, ont constitué le fondement des outils utilisés par l’équipe du Service d’histoire de la santé jusqu’à récemment ! Henry Ferreira-Lopes, fraîchement arrivé à la BIUM, fait aussi partie de l’équipe dont il se souvient comme d’une « bande d’amis » enthousiasmée par une « époque héroïque ». Le ton est donné : la BIUM souhaite profiter de la grande richesse de ses fonds spécialisés pour se positionner sur le « créneau » médical et conforter par là « sa place de bibliothèque de référence au niveau international » [9]. En effet, « le temps n’est plus où seule la possession de riches collections assurait aux bibliothèques une position de choix. Il faut maintenant être présent sur les réseaux de communication, et seuls les “portails’’ de qualité semblent avoir un réel avenir ». L’idée n’est pas anodine car une partie de la profession pointe à l’époque le risque d’une chute de fréquentation des lecteurs en présentiel et craint aussi une forme de dépossession des collections, alors que les reproductions photographiques constituent un apport financier pour l’institution.

Hippocrate, Galien et les autres

Des contacts très privilégiés avec les chercheurs – qui caractérisent encore aujourd’hui le Service d’histoire de la santé – permettent aux bibliothécaires d’identifier précisément les besoins de leur lectorat « de niche ». Certaines éditions sont rares et difficilement consultables. Plutôt que d’opter pour un florilège d’éditions hétéroclites, l’équipe fait le choix de porter son attention sur une source fondamentale de l’histoire de la médecine : la collection hippocratique. Un rapport sur la diffusion sur Internet des éditions anciennes d’Hippocrate adressé à Guy Cobolet souligne qu’une telle mise en ligne « représenterait une étape importante des conditions de la recherche en philologie et en histoire des sciences » et un « modèle à suivre en matière de communication des fonds patrimoniaux » [10]. Les besoins des chercheurs excèdent en effet ce que peuvent offrir les « diffusions numériques en direction du grand public cultivé ». Ce « véritable outil de recherche » sera donc constitué de cinq éditions de la Renaissance ainsi que de l’édition de référence d’Émile Littré pour un total de 10 500 pages.

Le corpus hippocratique aujourd’hui.

Préfacé par Marie-Laure Montfort, chercheuse et lectrice de la BIUM ayant rédigé le rapport précédemment cité, le corpus hippocratique est mis en ligne le vendredi 20 octobre 2000. Le mois suivant, une salve de mails envoyée pour en faire la publicité mentionne une rubrique du site web de la BIUM intitulée « Collection Medic@[11] ». Cette collection reçoit également l’ISSN 1164-8678[12]. Voilà donc la date de naissance de notre bibliothèque numérique !

Pour communiquer sur l’heureux événement, l’équipe peut alors compter sur son épais carnet d’adresses. Selon une expression recueillie en interview, les conservateurs faisaient « leurs propres hommes-sandwichs » : le carton 95 des archives contient ainsi des listes de contacts griffonnés au crayon, ainsi que des pochettes entières des confirmations d’envoi des mails – ou quasi  faire-part de naissance ! – adressés à différents collègues et réseaux de chercheurs. Un mail daté du 17 janvier 2001 nous apprend que le corpus hippocratique avait reçu, trois mois environ après sa diffusion en ligne, 1000 visites (998 très exactement), un résultat que le directeur juge « très encourageant »[13].

Le corpus des médecins de l’Antiquité s’enrichit par la suite d’autres collections : Galien, Pline (2001), Celse (2002) et d’autres auteurs « mineurs », qui fournissent des occasions de travailler de concert avec des chercheurs, chercheuses et philologues, notamment ceux issus du laboratoire « Médecine grecque » de l’UMR « Orient et Méditerranée » dirigé par Jacques Jouanna. Le modèle des présentations introductives devient caractéristique de la collection et un argument pour encourager la coopération et les prêts. En effet, si ces corpus en ligne sont essentiellement constitués des exemplaires de la BIUM, ils intègrent aussi des ouvrages conservés dans d’autres institutions : ainsi, l’Académie nationale de médecine prête une édition vénitienne de 1490 dont la numérisation vient compléter le corpus galénique[14].

Présentation de Medic@ en date du 4/04/2002, d’après les archives du net (Internet Archive Wayback Machine).

Premiers défis techniques

La structure de Medica a peu évolué depuis ce premier corpus. Elle prend la forme d’un répertoire d’images jpeg explorable page à page, ou chapitre par chapitre, grâce à un sommaire résultant de l’indexation des parties de l’ouvrage numérisé. Le choix du format jpeg, peu lourd, et le développement en interne, expliquent aujourd’hui les coûts réduits de mise en place et de fonctionnement, en dépit du nombre d’images accessibles via Medica[15]. Les premières sauvegardes des numérisations sont réalisées sur CD, avant qu’un archivage sur serveur distant ne soit mis en place à partir de 2005.

Il est à noter que l’affichage ne permet pas un continuum défilable des images et semble poser, en 2000, certaines difficultés d’affichage dont témoignent les archives du service. L’arobase même de « Medic@ » se révèle bientôt problématique car elle n’est pas indexée par les moteurs de recherche, ce qui force les internautes à tronquer le nom de la bibliothèque numérique. Les polices exotiques ne sont pas en reste : un mail d’une chercheuse souligne en novembre 2000 que certains caractères s’affichent mal et que des modifications en faveur des utilisateurs de PC « pénalisent » les propriétaires de Mac ![16] D’après Jacques Gana, il s’agissait alors d’un problème récurrent d’affichage sur le web qui ne sera résolu que par la mise au point de Google Fonts et la création de la police Unicode Cardo.

L’équipe de la BIUM est enfin contrainte de procéder à des choix stratégiques en fonction des navigateurs les plus utilisés au tournant des années 2000 : 8% des internautes accèdent à Medic@ depuis le navigateur des MacIntosh, 11% utilisent Netscape. Internet explorer, utilisé par plus de 80% des usagers devient le seul navigateur avec lequel la BIUM décide d’assurer une compatibilité à 100%, en dépit des foudres potentielles des « anti-microsoftiens »[17].

A suivre… Medic@ n’en restera pas là ! Retrouvez l’épisode deux de l’histoire de Medica sur le blog de la BIU Santé le 30 novembre !


[1] Je ne suis pas la seule à utiliser cette référence, en témoigne cette contribution de Lydie Bodiou et Véronique Mehl pour l’ouvrage La religion des femmes en Grèce ancienne (Presses universitaires de Rennes, 2009) découverte après la rédaction de ce billet. https://books.openedition.org/pur/141102.  Le texte du premier couplet de la chanson est le suivant : « Votre fille a vingt ans, que le temps passe vite / Madame hier encore elle était si petite / et ses premiers tourments sont vos premières rides, Madame, et vos premiers soucis ». Le texte est de Georges Moustaki (1969).

[2] Après l’infrastructure de recherche Recolnat et Persée cf. « Étude CollEx-Persée sur la numérisation au service de la recherche » réalisée par le Cabinet Six & Dix, 2018, p. 5. https://www.collexpersee.eu/etude-sur-la-numerisation-au-service-de-la-recherche/

[3] La liste des interviews figure en fin du troisième volet de ce billet.

[4] Nous avons consulté les cartons 95 à 100 et 104 à 105 des archives du directeur de la BIU Santé relatives au Service d’histoire de la santé. Ils seront désignés dans les notes de la sorte : « Archives, c. … ».

[5] Nous profitons de ce sous-titre pour adresser un clin d’œil à nos collègues de la BnF dont l’« enfant » Gallica fêtait, il n’y a pas si longtemps, son 20e anniversaire également ! https://gallica.bnf.fr/blog/09012018/gallica-20-ans-deja?mode=desktop

[6] Samion-Contet (Janine), Ségal (Alain), Éloge à Paule Dumaître (1911 -2002), dans Histoire des sciences médicales, tome XXXVIII, no 1, 2004, p. 19-26, notamment p. 21-22. https://www.biusante.parisdescartes.fr/sfhm/hsm/HSMx2004x038x001/HSMx2004x038x001x0019.pdf

[7] Samion-Contet (Janine), La bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris: 1733-1970, Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2017, p. 67.

[8] Note « Patrimoine et Internet à la BIUM » 01/06/2000 – Archives, c. 95.  La banque d’images existait depuis longtemps sous la forme de classeurs rouges rassemblant des clichés : ces derniers sont numérisés et versés avec les reproductions effectuées pour les expositions numériques.

[9] Note « Patrimoine et Internet à la BIUM » 01/06/2000 – Archives, c. 95.

[10] Montfort (Marie-Laure), « Rapport sur la diffusion par internet des éditions anciennes d’Hippocrate », 20/04/2000 – Archives, c. 95, p. 4. Idem pour les citations suivantes.

[11] Mail du 15/11/2000 (Guy Cobolet), pour une mention de Medic@ dans la Bibliotheca Classica Selecta – Archives, c. 95.

[12] Un autre ISSN (1773-6935) concerne la collection d’imprimés : http://www.sudoc.fr/088439070.

[13] Mail du 17/01/2001 (Guy Cobolet). D’après Jacques Gana, les statistiques de consultation ont été mesurées dès les débuts de Medica grâce à l’outil Funnel Web.

[14] Lettre du 20/11/2000 (Guy Cobolet au Secrétaire perpétuel de l’Académie Nationale de Médecine), au sujet des exemplaires INC A11 et INC A12 – Archives, c. 95.

[15] « Étude CollEx-Persée sur la numérisation au service de la recherche » réalisée par le Cabinet Six & Dix, 2018, p. 5.

[16] Mail du 27/11/2000 (une lectrice à Guy Cobolet) – Archives, c. 95.

[17] Mail du 18/12/2000 (Jacques Gana) – Archives, c. 95 ; mail du 12/09/2005 (Jacques Gana) – Archives, c. 100.

Medica fête ses 20 ans !

– Medica ?

Medica est la bibliothèque numérique patrimoniale de la BIU Santé.

Fondée en 2000, elle diffuse aujourd’hui en ligne 22 000 documents numérisés issus des collections de la bibliothèque et en signale plus de 310 500 conservés dans d’autres institutions. Elle est l’une des plus importantes bibliothèques numériques de l’enseignement supérieur français et rassemble des sources incontournables en histoire des sciences et histoire de la santé.

Le programme des festivités :

  • Vous voulez en savoir plus sur l’histoire de cette bibliothèque par ceux qui l’ont créée et enrichie au fil de ces vingt dernières années : consultez notre série de billets de blog !
  • Nous vous proposons un calendrier de l’Avent avant l’heure avec chaque jour une numérisation marquante
  • Souhaitez un bon anniversaire à Medica en contribuant au Livre d’or. Un témoignage, une anecdote de recherche ou un simple vœu d’anniversaire, à vos claviers !
  • Nous communiquerons autour de cet anniversaire avec #20ansMedica. N’hésitez pas à relayer ou l’utiliser sur les réseaux sociaux vous aussi.

Manuscrits, incunables, atlas d’anatomie, revues et journaux, dictionnaires médicaux, thèses de la Faculté de médecine… Explorez et feuilletez les collections patrimoniales de la BIU Santé, téléchargez librement les documents en Licence Ouverte et découvrez les corpus documentaires constitués par l’équipe de la bibliothèque et des chercheurs et chercheuses partenaires.

Complétez vos recherches dans Medica grâce aux autres ressources développées par la BIU Santé.

  • La Banque d’images et de portraits est idéale pour mener des recherches iconographiques parmi les 264 000 images mises en ligne par la BIU Santé et ses partenaires
  • La Base biographique propose 60 000 notices sur des personnalités médicales
  • Des expositions virtuelles et des éditions critiques commentées sont également disponibles en ligne.

 

Un exemplaire armorié du De Homine de Descartes (1677)

Notre collègue Ludovic Berthe a remonté des magasins de la bibliothèque un objet qui nous a surpris, et qui intéressera peut-être certains lecteurs.

Il s’agit d’une reliure du XVIIe siècle, portant sur les deux plats de larges  rondelles de papier fort, de couleur beige rosé, qui dissimulent les armes d’un ancien possesseur. Le livre est un exemplaire du Tractatus de homine et de formatione foetus (Amsterdam: D. Elzevier, 1677), de Descartes.

Descartes. De homine (1677). Plat supérieur, éclairage vertical.
Descartes. De homine (1677). Plat supérieur, éclairage vertical. (BIU Santé. Licence ouverte. Photo: Elise Porez, BIU Santé.)

Non content d’avoir déniché ce livre, qu’une erreur de cote dans notre catalogue rendait difficilement trouvable, Ludovic Berthe est parvenu à identifier ces armes pourtant bien dissimulées. Comme le démontrent les images publiées dans ce billet, les deux plats portent le fer n° 1 du prieuré de Saint-Martin-des-champs, tel qu’il est décrit dans la base Bibale de l’IRHT et dans le Manuel de l’amateur de reliures armoriées françaises d’Olivier, Hermal et Roton (n° 2303). La bibliothèque de Saint-Martin-des-champs était considérable à la fin du XVIIIe siècle (au moins 40 000 volumes, d’après Alfred Franklin, Les anciennes bibliothèques de Paris : églises, monastères, colléges, etc., 1867). Elle fut confisquée à la Révolution.

Descartes. De homine (1677). Plat inférieur, éclairage en haut à gauche.
Descartes. De homine (1677). Plat inférieur, éclairage en haut à gauche. (BIU Santé. Licence ouverte. Photo: Elise Porez, BIU Santé.)
"Reliure aux armes du prieuré Saint-Martin-des-Champs (Paris) OHR 2303 fer no. 1" dans la base Bibale-IRHT/CNRS (permalink : http://bibale.irht.cnrs.fr/34102). Consultation du 23/10/2020.
« Reliure aux armes du prieuré Saint-Martin-des-Champs (Paris) OHR 2303 fer no. 1 » dans la base Bibale-IRHT/CNRS (permalink : http://bibale.irht.cnrs.fr/34102). Consultation du 23/10/2020.

Ce n’est pourtant pas juste après la Révolution que le livre est entré dans le  fonds de la bibliothèque de l’École de santé. Cela aurait pu être, puisque beaucoup de livres confisqués à des maisons religieuses ont été récupérés par nos premiers bibliothécaires dans les « dépôts littéraires » de Paris. Ce livre est entré  beaucoup plus tard, si on en croit sa cote, 48138: dans le registre d’entrée-inventaire, elle correspond à une entrée en 1893 seulement. Bien qu’à cette époque le registre d’entrée-inventaire ne différencie malheureusement pas les entrées par acquisition onéreuse et les entrées par don, on peut penser qu’il s’agit d’un don: la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris n’aurait sans doute pas acheté une édition de Descartes du XVIIe siècle en 1893 (ni une édition plus récente d’ailleurs, probablement).

Pourquoi ces rondelles de papier sur les armes ? S’est-il agi, pour un vendeur, de rendre l’ouvrage plus facile à commercialiser, en masquant sa provenance? Ce serait curieux, puisque ces rondelles avivent la curiosité plutôt qu’elles ne l’évitent. Elles dévalorisent aussi un assez joli volume, car le fer utilisé est décoratif et prestigieux. Faut-il plutôt imaginer une pratique qui se rapprocherait du vandalisme révolutionnaire, qui a conduit à marteler tant de marques héraldiques sur les bâtiments?

Cet exemplaire, avec sa particularité intrigante, fait partie d’un ensemble conséquent d’éditions anciennes de Descartes dans la collection de la BIU Santé. Pour le seul traité de l’homme, on y trouve les éditions latine (1 exemplaire) et française (2 exemplaires) de 1664, les éditions latine et française de 1677 (2 exemplaires de chacune), l’édition française de 1729, l’édition des Oeuvres de Descartes de 1842 (Charpentier). Les bibliothécaires médecins avaient une vision large de ce qui pouvait trouver place dans une bibliothèque médicale. Nous avons souvent l’occasion de nous réjouir de cette variété.

Medica et son environnement

Il y a 20 ans, le service d’histoire de la santé de la BIU Santé mettait en ligne ses premiers ouvrages numérisés et créait ainsi Medica, une bibliothèque numérique spécialisée en histoire de la santé qui compte désormais comme une des plus importantes de l’enseignement supérieur français. La politique de développement des ressources numériques en histoire de la santé s’est par la suite poursuivie régulièrement jusqu’à donner aujourd’hui un ensemble touffu et cohérent d’outils, débordant largement les fonctionnalités d’une bibliothèque numérique classique.

Dans le cadre d’un travail interne, le service d’histoire de la santé a créé une présentation visuelle de toutes ces ressources afin de montrer synthétiquement le panorama de ce qu’il propose et d’exposer ses choix stratégiques pour valoriser au mieux les collections qu’il conserve et les données qu’il collecte.

Cette présentation permet donc:

  • de préciser le périmètre de l’écosystème de Medica
  • d’introduire chaque outil, avec un focus sur le noyau constitué de la bibliothèque numérique stricto sensu, la base bio-bibliographique et la banque d’images et de portraits,
  • de décrire les contenus et leur provenance, les fonctionnalités, les différents acteurs qui interviennent dans leur constitution
  • d’expliciter les liens internes entre ces ressources
  • de montrer le déploiement du contenu de ces outils sur d’autres plateformes et interfaces du web.

Pour visionner la présentation en plein écran, vous pouvez cliquer ici.

Il nous a paru intéressant et utile de mettre cette vue d’ensemble à disposition d’un public plus large que le cercle des collègues de la bibliothèque et de l’université auquel elle était originellement destinée, afin d’informer tout d’abord et de susciter – peut-être – des discussions et des échanges de pratiques.

Solenne Coutagne

JNBDS : rendez-vous en 2021 !

En 2017, 2018 et 2019, la BIU Santé accueillait les Journées nationales des bibliothécaires et documentalistes en santé (JNBDS).

L’année universitaire 2019-2020 devait elle aussi se clore sur cet événement enthousiasmant et fédérateur. Malheureusement, les circonstances en ont décidé autrement et nous avons eu le regret de devoir annuler cette quatrième édition.

Rendez-vous apprécié des professionnels de la documentation issus d’établissements variés répartis sur tout le territoire national, cette rencontre est l’occasion d’échanger sur les pratiques, de mutualiser les idées et les expériences, de jeter les bases de nouveaux projets et de futures collaborations.

Lors des JNBDS, ateliers, conférences, temps d’échange et de convivialité se succèdent au cours d’une journée estivale intense et riche de ce que chacun apporte avec soi (qu’il s’agisse de projets professionnels ou de spécialités culinaires régionales).

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Accueil et ouverture de l’édition 2019.

Fruits de la collaboration de la BIU Santé (Direction des bibliothèques d’Université de Paris), du réseau RNDH (réseau national des documentalistes hospitaliers) et du Sidoc (Sciences Infirmières DOCumentation), les JNBDS ont pour vocation de rassembler autour de thématiques communes bibliothécaires et documentalistes : accueil des publics, services d’aide à la recherche, fourniture de document, utilisation des bases de données, formation des usagers, connaissance de l’environnement éditorial propre aux disciplines de santé…

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Atelier et interventions en plénière dans le Grand Amphithéâtre
du 12 rue de l’École de Médecine lors de l’édition 2019.

Nul doute que la période particulière que nous traversons depuis plusieurs mois aura des répercussions sur nos pratiques professionnelles. Plus que jamais, l’existence d’un réseau de professionnels de la documentation partageant des expériences et des valeurs communes a révélé son importance dans un monde où la diffusion de l’information scientifique est au cœur d’enjeux majeurs et résolument contemporains.

Nous espérons donc vous accueillir nombreux en 2021 à l’occasion de la quatrième JNBDS !

En attendant, vous pouvez dès à présent retrouver les vidéos et supports de présentation des années précédentes sur notre site internet :

JNBDS 2017

JNBDS 2018

JNBDS 2019

Le comité d’organisation des JNBDS

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Portrait de groupe dans le grand escalier du 12 rue de l’École de Médecine lors de l’édition 2019.

 

Les fermetures de la bibliothèque, de 1395 au 17 mars 2020

Ce mardi 17 mars quelques minutes avant midi, nous étions quelques-uns à sortir par la porte du hall du 12, rue de l’École de médecine. Dans les deux heures précédentes, nous avions rangé quelques documents en cours de traitement, jeté des boîtes de petits gâteaux qui auraient pu tenter les rongeurs, vidé les réfrigérateurs, débranché des bouilloires et diverses machines électriques, fermé les portes, baissé les stores, vérifié la fermeture des fenêtres, arrosé quelques plantes à l’avenir compromis. Puis chacun est rentré chez soi au plus vite, sa première “attestation de déplacement dérogatoire” en poche,  par des rues déjà plus vides que celles d’un dimanche du mois d’août, en espérant que tout irait bien dans la bibliothèque durant les semaines suivantes.

Seules les personnes chargées de la sécurité des bâtiments sont entrées dans les locaux depuis un mois. Ni lecteurs, ni bibliothécaires.

Y a-t-il eu d’autres longues fermetures dans l’histoire de cette bibliothèque? Lesquelles? Question de curiosité, qui est l’occasion d’une promenade dans le temps long, où il y a plus de données absentes que de connaissances d’ailleurs. Sans prétention, voici quelques jalons concernant l’histoire de nos fermetures (en ne parlant que du Pôle médecine et non du Pôle pharmacie).

« La » bibliothèque de 1395 à 2020

Rappelons de quel temps long il s’agit, et sous quelle multiplicité de noms et de réalités “la” bibliothèque y apparaît. Au long de plus de six siècles, il s’agit:

  • des livres de la Faculté de médecine (connus par une première liste de novembre 1395),
  • de la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris (ouverte au public le 3 mars 1746),

    Armes de l’ancienne faculté de médecine de Paris
  • de la bibliothèque de l’École de santé (1795, résultant pour commencer du rapprochement des collections de l’ancienne Faculté de médecine, de l’Académie et du Collège de chirurgie, de la Société royale de médecine notamment),
  • puis de l’École de médecine (1796, un autre nom pour une même chose),
  • puis à nouveau de la Faculté de médecine de Paris (décret du 17 mars 1808, qui dispose que “l’enseignement public, dans tout l’Empire, est confié exclusivement à l’Université”, dont les Facultés occupent le premier ordre),
  • puis de la bibliothèque de l’ancienne Faculté de médecine de Paris (après la réorganisation des facultés de médecine en 1970, on n’a pas trouvé d’autre nom pour la désigner),
  • puis de la Bibliothèque interuniversitaire C (1972; une structure trop complexe, qui n’a pas marché),
  • puis de la BIUM (Bibliothèque interuniversitaire de médecine, 1979),
  • puis de la BIU Santé (2011, après la fusion de la BIUM et de la Bibliothèque interuniversitaire de pharmacie ou BIUP),
  • puis d’une partie de la Direction des bibliothèques d’Université de Paris (2019, résultat de la fusion de la BIU Santé et du SCD de l’université Paris Descartes).

La valse des identités n’est pas finie, puisque l’année 2021 verra la fusion de la Direction des bibliothèques avec le SCD de l’ex-université Paris Diderot.

Horaires, vacances

“Fermeture”, il faut aussi préciser ce que l’on entend par là. A diverses époques de son histoire longue, la bibliothèque a fermé pendant des périodes de vacances. Aujourd’hui ces vacances sont courtes: deux semaines l’hiver et pas de fermeture l’été au Pôle médecine. Mais sous l’Ancien Régime par exemple, la bibliothèque était fermée deux mois et demi l’été, comme la Faculté, entre le 30 juin et le « jeudi après la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix » (14 septembre).

L’ouverture, en-dehors des périodes de vacances, est aujourd’hui la règle : actuellement, c’est tous les jours, onze heures par jour, de 9 heures à 20 heures sauf le dimanche et les jours fériés. Mais la bibliothèque de la Faculté de médecine, de son ouverture de 1746 jusqu’en 1792, ouvrait ses portes au public le jeudi après-midi, de deux heures ou deux heures et demie jusqu’à cinq ou six, selon la saison (conformément au statut qui fixait les devoirs du docteur-régent chargé de la bibliothèque); soit, si on compte bien, entre deux heures et demie et trois heures et demie par semaine…

On pourrait faire une autre fois l’histoire des ouvertures régulières, et donc des fermetures ordinaires, de la bibliothèque: ce serait un travail qui ne serait pas si facile, car les archives ne sont pas du tout complètes. Son interprétation pourrait être instructive: on aimerait comprendre par exemple comment les usagers des diverses époques se satisfaisaient (ou pas) de moments de lecture qui nous paraissent bien peu généreusement attribués.

Mais, dans la présente promenade, je n’ai cherché que les fermetures extraordinaires.

Les troubles de l’histoire

La bibliothèque a connu des fermetures qui sont liées aux troubles de l’histoire. La plus longue de toutes est due à la Révolution. C’est même plus qu’une fermeture, puisqu’il s’agit de la seule discontinuité radicale qu’a connue l’institution depuis le Moyen Âge.

Le 18 août 1792, la Faculté de médecine – comme les autres facultés – est supprimée. Sa bibliothèque est confisquée. A une date que j’ignore, les livres, qui se trouvaient au deuxième étage des anciennes Écoles de droit de la rue Saint-Jean-de-Beauvais furent déplacés, et stockés dans des “dépôts littéraires” (ces entrepôts où la Révolution a entassé les millions de livres des émigrés, des congrégations, des facultés, et dont la répartition a fait la richesse des bibliothèques publiques de France – dont la nôtre.) La bibliothèque de l’École de santé, qui hérita de toute la collection de la Faculté  et de plusieurs autres, n’ouvrit officiellement ses portes que plus de trois ans plus tard, le 17 octobre 1795, dans le bâtiment où nous la connaissons toujours, et où elle occupa surtout, pendant près d’un siècle, la salle donnant sur la cour d’honneur qui s’appelle aujourd’hui “salle Landouzy”. (D’après Franklin, Recherches… p. 75, c’est seulement à partir de 1800 que la bibliothèque a été installée dans cette salle; il cite Fourcroy, dans un discours de 1800 [Séance de l’École de médecine de Paris du 23 vendémiaire an IX. Sans doute cote BIU Santé: 90957 t. 254 n. 12, je n’ai pu vérifier], qui se réjouit de son déménagement. La bibliothèque a passé les années précédentes dans la galerie qui se trouvait au-dessus de la colonnade, et qui donnait sur l’actuelle rue de l’École de médecine.)

La politique a valu à la bibliothèque une longue fermeture en 1822 et 1823. A la rentrée solennelle du 18 novembre 1822, un chahut accueillit le vice-recteur, l’abbé Nicolle. C’est qu’il représentait l’abbé Frayssinous, nommé par le roi à la tête de l’Université. Cette nomination d’un membre du clergé à cette place était perçue comme une provocation par une partie des étudiants. Or, le pouvoir cherchait une occasion d’épurer la faculté, parce que certains professeurs restaient fidèles à la mémoire du gouvernement impérial. Ce chahut lui en donna l’occasion. La Faculé fut « supprimée » deux jours plus tard par ordonnance. C’est en février 1823 qu’une autre ordonnance la recréa, en mettant en retraite onze professeurs, parmi lesquels d’ailleurs Moreau de la Sarthe, professeur-bibliothécaire. Le 10 mars, la faculté rouvrit officiellement, lors d’une séance qui eut lieu dans la salle de la bibliothèque. Donc au terme d’une fermeture de près de quatre mois, la seconde plus longue de l’histoire pour la bibliothèque jusqu’à présent, et la seconde qui fut due à une suppression pure et simple de l’institution.

Les bouleversements successifs du XIXe et du XXe siècles se sont-ils accompagnés de périodes de fermeture? Les journées de 1830, de 1848, la guerre de 1870, la Commune, ont-elles perturbé le fonctionnement de la bibliothèque? Le contraire serait étonnant, mais je n’ai pas trouvé d’éléments déterminants dans les périodiques ni dans les livres que j’ai sous la main. Des indices indiquent tout de même de sérieuses perturbations à la Faculté de médecine en 1870 et 1871: des étudiants parisiens sont allés passer leurs examens à Montpellier ; l’ouverture des cours du second semestre a été retardée jusqu’à la fin mars 1871 (au moins.)

Durant les deux guerres mondiales, la bibliothèque a semble-t-il continué de fonctionner, avec des horaires réduits: de l’avantage de commencer les guerres pendant les vacances universitaires; cela permet aux bibliothèques de s’organiser pour ouvrir à la rentrée.

En revanche en mai 1968, la bibliothèque a été fermée, comme tous les établissements universitaires. Le personnel, se souvient notre collègue Janine Samion-Contet dans sa chronique de la bibliothèque, entrait dans le bâtiment avec un laissez-passer. Je ne sais dans quelle mesure (faible, j’imagine?) le fonctionnement interne de la bibliothèque a été touché par les grèves.

Hormis la Révolution donc, l’épisode de 1822, et peut-être 1870-71, les grands événements n’ont pas ou n’ont guère empêché les lecteurs de venir à la bibliothèque.

Les bâtiments

L’histoire des bâtiments a provoqué quelques fermetures, dont deux sont vraiment notables.

Ouverte à partir de 1746 rue de la Bûcherie, la bibliothèque a connu la décrépitude de ces lieux où la Faculté de médecine vivait depuis le XVe siècle. La Faculté de médecine, dans la misère, se vit attribuer les anciennes Écoles de droit, rue Saint-Jean-de-Beauvais, pour remplacer ses locaux qui menaçaient ruine, et elle y déménagea en 1775. On sait par les Commentaires (ces registres manuscrits où les doyens de la Faculté de médecine ont tenu le journal de leurs décanats de 1395 à 1786) qu’en conséquence de ce déménagement l’ouverture de la bibliothèque ne se fit pas cette année-là à la date habituelle.

Commentaires de la Faculté de médecine de Paris. Années 1764-1777. BIU Santé, Ms 23.

La bibliothèque s’est installée rue Saint-Jean-de-Beauvais dans les locaux du second étage en 1776. Y a-t-il eu un service provisoire entre septembre 1775 et cette date ? On l’ignore.

Après la Révolution et sa refondation, la bibliothèque a occupé l’actuelle salle Landouzy sans discontinuer depuis 1800, en servant dans des conditions de plus en plus difficiles un public de plus en plus nombreux. La Faculté, à l’étroit, ne parvint qu’après des décennies d’effort et d’attente à s’agrandir et, notamment, à mieux loger sa bibliothèque. Le projet retenu, celui de Léon Ginain, ne fut réalisé qu’avec beaucoup de délais. C’est le 4 décembre 1891 que, sans tambours ni trompettes, la grande salle que nous connaissons fut ouverte au public; apparemment cette ouverture ne fut pas précédée par une fermeture notable (il avait bien fallu pourtant déménager les collections?)

[La salle de lecture de la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris en 1900]
Mais ce nouvel aménagement ne fut pas longtemps suffisant: il fallut, en 1908, rehausser le plancher de la salle de trois mètres afin d’aménager, au-dessous, un vaste magasin capable, pour un moment plus court qu’on ne l’avait espéré, de stocker des collections dont l’accroissement se faisait avec une rapidité considérable. Et cette fois, pas moyen d’éviter une fermeture! Elle ne dura pourtant que du 1er juillet au mardi 3 novembre à 11 heures du matin. On peut juger ce délai court, vu l’ampleur des travaux qui furent effectués. C’est que la Faculté tournait à plein régime et que la bibliothèque recevait un public nombreux, à cette période où la médecine parisienne était au sommet de sa gloire.

Transformation de la salle de lecture. État des travaux, fin juillet 1908

La phase de grands travaux suivante eut lieu après la seconde guerre mondiale, de 1949 à 1952 pour l’essentiel: réalisation de la mezzanine où se trouve la “salle d’actualité” (qui fut d’abord la salle des périodiques), grands aménagements de magasins (côté Saint-Germain), réalisation du troisième étage de galeries aux murs de la salle de lecture. D’après Janine Samion-Contet (qui les a vu faire), ils furent réalisés “sans pour cela suspendre, dans la mesure du possible, l’activité de la Bibliothèque”.

Il n’y eut apparemment pas davantage de fermeture notable lorsque, en 1962, la bibliothèque put réaliser huit étages de magasins et une salle de réserve pour ses livres les plus rares et précieux, au bord de la rue Hautefeuille, grâce au départ de laboratoires vers la rue des Saints-Pères, et grâce à la démolition d’un immense amphithéâtre.

Les autres fermetures dont nous avons connaissance ont été brèves, et anecdotiques. En 1497, nous apprend Franklin, un vol de livres valut à son auteur trois mois de prison (c’était le bon temps) et à la bibliothèque une fermeture dont on ignore la durée. Un peu plus tard on acheta le nécessaire pour enchaîner les livres au bureau où on les consultait. (Par parenthèses, je ne crois pas avoir lu d’autres indications au sujet d’un local de bibliothèque médiéval, sinon un très étrange règlement en vers qui est édité  par Sabatier dans ses Recherches historiques sur la Faculté de médecine de Paris (1837) et aventureusement daté par lui de 1395. Il y avait quelque chose comme une salle de bibliothèque en tout cas.) Telle inondation, ou très récemment telle manifestation commerciale, ou telle émotion politique, ont conduit à des fermetures ponctuelles dont, quelques années après, on peinerait à retrouver la trace.

Au fil des siècles, deux ou peut-être trois fermetures ont été aussi longues que celle que le SARS-CoV-2 nous inflige à tous: celle, de durée inconnue, qui a accompagné le déménagement de 1775; celle qui a suivi la suppression de la Faculté en 1792; et celle qu’a imposé le réaménagement complet de la grande salle de lecture en 1908. Peut-être 1870-1871 ont-elles aussi été perturbées, il faudrait trouver plus d’éléments.

Remarquons pour finir que cette fermeture est la première où la bibliothèque est capable d’offrir un service significatif en ayant portes closes, grâce à la documentation numérique et au télétravail. Profitez-en. Pendant la fermeture la bibliothèque reste à votre service.

Jean-François Vincent
16 avril 2020 (mis à jour le 7 mai 2020)
avec l’aide de Carine Fréard, BIU Santé,
et le précieux concours de Juliette Jestaz, conservatrice à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris

Références

Commentaires de la Faculté de médecine de Paris
Cotes: Ms 1 à Ms 24
En ligne pour une large part dans Medica: https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?ms00001_00024

Bermingham, Michel.
Traduction des statuts des docteurs-régens de la faculté de médecine en l’université de Paris
Paris : Depoilly , 1754.
Cote : 90958 t. 62 n° 3.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?90958x62x03

Sabatier, J.C.
Recherches historiques sur la Faculté de médecine de Paris, depuis son origine jusqu’à nos jours. Paris, chez J.B. Baillière, 1837.
Cote : 39659.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?39659

Corlieu, Auguste.
L’ancienne faculté de médecine de Paris
Paris : V. Adrien Delahaye et Cie, 1877.
Cote : 34729.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?34729

Corlieu, Auguste.
Centenaire de la Faculté de médecine de Paris (1794-1894)
Paris : Imprimerie nationale, 1896.
Cote : 9858.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?09858×01

Franklin, Alfred.
« La Faculté de médecine »
In : Histoire générale de Paris : les anciennes bibliothèques de Paris, 1867-1873, pp. 13-65
Cote : 8880.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?08880

Franklin, Alfred.
Recherches sur la bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris
Paris, Aubry, 1864.
Cote : 350508.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/medica/cote?350508

Hahn, André; Dumaître, Paule; Samion-Contet, Janine.
Histoire de la médecine et du livre médical à la lumière des collections de la Bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris
Paris, Olivier Perrin, 1962

Samion-Contet, Janine.
La bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris : 1733-1970
Paris, Biblitohèque interuniversitaire de santé, 2017
Cote: HM Bibl Med 8

Guides de l’étudiant dans Medica (20 titres numérisés)
https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?intro=guideetu

Périodiques numérisés dans Medica
https://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/periodiques.php

En raison du confinement, je n’ai pas pu consulter la thèse d’André Hahn, La bibliothèque de la Faculté de médecine de Paris : aperçu historique de son développement et de son fonctionnement dans ses rapports avec l’évolution des sciences médicales et biologiques suivi d’un index complémentaire de bibliographie médicale (1929), mais le travail récent de Janine Samion-Contet y a largement recours. Je n’ai pu consulter aucun document d’archive non numérisé.