Le médecin et la mort

Un récent dossier de What’s Up Doc a étudié la relation des soignants à la mort,  pointant l’inéluctabilité de cette rencontre, annoncée ou pas,  qui, pour être  traumatisante, fait partie intégrante de la pratique et de la déontologie de la profession.

Choisir la carrière médicale « expose à des expériences professionnelles précoces et inhabituelles de contact avec la mort et avec le corps mort » (1). Comment, en France, les médecins, les soignants, en vivent-ils l’irruption ou la proximité ? Comment les externes, les internes, dont la détresse émotionnelle face au décès des patients ne trouve pas toujours à s’exprimer, sont-ils formés et entourés ? Quand leur mission devient « curative » et « palliative », quels rapports les soignants entretiennent-ils avec leurs patients ?

Le médecin face à la mort

« Voir quelqu'un mourir, j'ai peur de trouver ça normal ».Nina, étudiante en médecine, face au difficile "apprentissage" de la mort en milieu hospitalier. (Re)voir "Devenir médecin" : http://bit.ly/2mqQiHa

Publiée par France 2 sur Mardi 14 mars 2017

La « médicalisation » de la mort

Comme le souligne Anne Carol, dans Les médecins et la mort, XIXe-XXe siècle, « il y a quelque chose de paradoxal à parler de médicalisation de la mort. Comment la médecine pourrait-elle s’approprier ce qui signe son échec, ce qui marque, justement, les limites de son pouvoir ? » (2)

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Les fonds d’ordonnanciers au pôle Pharmacie

[Les pharmaciens], in « Némésis médicale illustrée » / FABRE, François, Lithographie d’Honoré Daumier
Quinze fonds d’ordonnanciers datant des XIXe et XXe siècles sont désormais consultables sur place au pôle Pharmacie de la BIU Santé. Ces documents sont des registres où le pharmacien d’officine consigne les produits et préparations pharmaceutiques prescrits sur ordonnance. Les inventaires de ces fonds sont disponibles sur la page dédiée aux fonds spécifiques de la BIU Santé. Ils seront prochainement signalés dans Calames, le catalogue en ligne des archives et manuscrits de l’Enseignement supérieur. Continuer la lecture de « Les fonds d’ordonnanciers au pôle Pharmacie »

Présentation d’ouvrages sur Helena Rubinstein

Affiche de l’exposition. Source image : [Réclame Clinique de beauté Helena Rubinstein] in « La parfumerie moderne », vol. 23-24, 1930.
Dans le cadre de l’exposition «Helena Rubinstein : l’aventure de la beauté» qui se déroule jusqu’au 25 août 2019 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, le pôle Pharmacie de la BIU santé vous propose une présentation d’ouvrages sur cette impératrice de la beauté.

La sélection d’ouvrages proposée est consultable du jeudi 11 avril au mardi 11 juin 2019. Alors n’hésitez pas à feuilleter, et même emprunter les documents les plus récents sur cette femme d’exception. À cette occasion, nous exposons également des documents issus de nos collections patrimoniales sur le thème de la beauté au début du XXème siècle.

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Vers un thésaurus historique du langage médical

La BIU Santé se réjouit  de la bourse qui a été accordée à Nathalie Rousseau (MCF Sorbonne Université – Faculté des Lettres / UMR 8167 Orient & Méditerranée Textes Archéologie Histoire) lors de la première vague de l’appel à projet CollEx, dans la catégorie «bourse numérisation».

Ce financement va permettre de définir, en collaboration étroite entre la chercheuse et la bibliothèque, les spécifications d’une application informatique d’interrogation multilingue à destination des chercheurs spécialistes du vocabulaire médical. Le programme permettra de mieux mettre en valeur le vaste corpus de 50 dictionnaires médicaux et encyclopédies (XVIIe-XXe s.) déjà dématérialisé et en partie indexé dans la bibliothèque numérique Medic@ (331 365 pages scannées, 452 vol. pour ces seuls dictionnaires).

«Établissant le lien entre mots français, anglais, latins et grecs, l’application [adossée à la bibliothèque numérique Medic@] fournira des métadonnées capitales pour le développement du programme de recherche “Le lexique médical du grec ancien : analyses des Anciens et analyses des Modernes” de l’équipe “Médecine grecque” (UMR 8167) […] elle donnera aussi accès à un large public à la compréhension de termes d’origine grecque ou latine devenus opaques alors qu’ils forment l’essentiel du vocabulaire scientifique.»

Il s’agit donc d’une seconde phase pour les projets de numérisation de la BIU Santé : après les mises en ligne nombreuses (plus de 4.5 millions de pages scannées dans Medic@), et qui se continueront, le travail s’enrichit par la mise en place d’outils de recherche mettant en valeur ces numérisations.

L’équipe Médecine grecque, internationalement reconnue, à laquelle appartient Nathalie Rousseau, collabore de longue date avec la BIU Santé. Ce partenaire accompagne la bibliothèque numérique Medic@ depuis ses débuts, pour le corpus des médecins de l’Antiquité.

En savoir plus

«Lexiques techniques et commentaires scientifiques» sur le site de l’équipe Médecine grecque.

 

 

 

 

[Expo] Se soigner au Japon : plantes et pharmacopée (XVIIe-XXe s.)

La Bibliothèque interuniversitaire de Santé et le Musée d’Histoire de la médecine organisent une exposition consacrée aux plantes et à la pharmacopée japonaises dans le cadre de Japonismes 2018, qui marque la célébration du 160e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises et le 150e anniversaire de l’ère Meiji (1868). Intitulée «Se soigner au Japon : plantes et pharmacopée (« XVIIe-XXe siècle)», l’exposition est installée au Musée d’Histoire de la médecine, 12 rue de l’École-de-Médecine, Paris 6e, du lundi 22 octobre 2018 au mercredi 9 janvier 2019. Une sélection d’objets et documents, exceptionnellement rassemblés dans ce très beau musée, illustrent l’influence réciproque de ces deux régions du monde concernant les questions de santé et de thérapeutique, à partir de l’ère Edo et plus encore à partir l’ère Meiji en 1868.

Pr Flückiger (au milieu) et Shimoyama (à droite). Collection Georgin

Organisée selon un récit en trois temps, l’exposition présente la pharmacopée japonaise ainsi qu’une sélection de plantes qui la composent. Elle s’intéresse ensuite à la figure de Junichirô Shimoyama (1853-1912), considéré comme le fondateur de la pharmacie moderne japonaise. Elle aborde enfin deux approches thérapeutiques typiquement japonaises : le moxa et la médecine Kampo, intégrée aujourd’hui au système de santé japonais.

Collection du Pr Shibata, 1957. Source : Musée François Tillequin – Collections de matière médicale

 

Les objets et documents exposés proviennent des collections patrimoniales de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé, du Musée d’Histoire de la médecine, du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, des collections de matière médicale du Musée François Tillequin ainsi que de  collections privées.

Le Musée d’Histoire de la médecine est ouvert tous les jours de 14h à 17h30 sauf les jeudi, dimanche et jours fériés. Le musée sera fermé du 22 décembre 2018 inclus au 3 janvier 2019 inclus.

Pour aller plus loin

BLUM, Catherine ; BONTE, Frédéric. « Exposition Se soigner au Japon : plantes et pharmacopée (xviie-xxe siècle) ». Dans Histoire des sciences médicales, 2018, 52 (4), pp. 499-500.

BLUM, Catherine ; BONTE, Frédéric. « Regards sur la pharmacopée du Japon, xviie-xxe siècle ». Dans e-sfhm, n° 1, 2019, pp. 4-23.

Liste des œuvres exposées

[ANDO, Keisyu ?]. Zentai Shinron (= Western Medicine), 1857.
Collection Frédéric Bonté

BLANQUIER, Raoul (1869-?). Des magnoliacées et de leurs produits. [S.l.] : [s.n.], 1893.
Disponible dans Medic@
BIU Santé (Pôle pharmacie) : Prix Ménier 1893

BLUME, Carl Ludwig. Collection des Orchidées les plus remarquables de l’Archipel Indien et du Japon. Amsterdam, C. G. Sulpke, 1858-1859.
Disponible dans la bibliothèque numérique de l’Université Goethe (Francfort-sur-le-Main)
BIU Santé (Pôle pharmacie) : RES 27

BOYLE, James. A treatise on moxa, as applicable more particularly to stiff joints; illustrated by cases and plates, with some general observations on spinal diseases. Londres, Callow and Wilson, 1825.
Disponible dans Medic@
BIU Santé (Pôle médecine) : 35597

Échantillon d’agar-agar, modèle réduit de pilon et mortier.
Musée François Tillequin – Collections de matière médicale, Paris

Échantillons de matière médicale provenant du Japon : Cnidium officinale, Coix lachryma jobi, Coptis japonica ; Ophiogon japonicus, Scutellaria baicalensis
Musée François Tillequin – Collections de matière médicale, Paris

Ecole supérieure de pharmacie de Paris. Collection des matières médicales [carte postale] A. Breger frères (rue Thénard, Paris), 1904 (circa).
Dossier 316 pièce 16.
Disponible dans la Banque d’images et de portraits de la BIU Santé

HAGENDORN, Ehrenfrid. Tractatus physico-medicus de catechu, sive terra japonica, in vulgus sic dicta, ad normam Academiae naturae-curiosorum. Iéna, J.Bielkii ,1679.
Disponible dans la Bayerische Staatsbibliothek Digital
BIU Santé (Pôle pharmacie) : RES 19440

INABA, Fuminori. Fukusho Kiran, 1800 circa.
Collection Frédéric Bonté

KAEMPFER, Engelbert. Histoire naturelle, civile, et ecclésiastique de l’empire du Japon. La Haye, P. Gosse & J. Neaulme, 1729.
BIU Santé (Pôle pharmacie) : RES 517-1 et 2

Marcon, L. I. Dissertation sur l’action du moxa. Thèse de la Faculté de médecine de Paris. Paris, Didot, 1826.
BIU Santé (Pôle médecine) : 35597
Disponible dans Medic@

Pharmacopoea Japonica. Tokyo, Insetsu Kyoku, 1886. Note : édition latine Conseil national de l’Ordre des pharmaciens
BIU Santé (Pôle pharmacie) : P 50099-1

Poupée Tsoë-Bosi, XVIIIe siècle.
Musée d’histoire de la médecine, Paris : Inv. 90.170.1

Publicités, sac et sachets de médicaments japonais, fin xixe-première moitié du XXe siècle
LABORATOIRES MOTOSADA INUBUSHI. Keishintan, Katsujugan [Publicité]. Awa, [s.d].
LABORATOIRE TAKATA-SEYIAKU. Reizinto [Publicité pour un médicament destiné aux femmes].
Collection Frédéric Bonté

SARLANDIERE, Jean-Baptiste. Mémoires sur l’électro-puncture, considérée comme moyen nouveau de traiter efficacement la goutte, les rhumatismes et les affections nerveuses, et sur l’emploi du moxa japonais en France, suivis d’un traité de l’acupuncture et du moxa… par le chevalier Sarlandière,… Paris, chez l’auteur…, et chez Melle Delaunay…, 1825.
Disponible dans Medic@
BIU Santé (Pôle médecine) : 90958, t.416, n° 5

SHIBATA, Shōji ; OHTSUKA, Shōji ; SAITO, Hiroshi. Recent advances in ginseng studies : proceedings of the international Ginseng seminar, held in Sanjo Kaikan, University of Tokyo, April 1, 1989. Tokyo, Hirokawa publishing, 1990.
BIU Santé (Pôle pharmacie) : 117559

SHIMOYAMA, Junichirô. Pharmaceutical botany lecture. Tokyo, Meiji Medical Lecture Society, [1895].
Collection Frédéric Bonté

SHIMOYAMA, Junichirô. Pharmacognosie. 16e édition revue et augmentée par Yasuhiko Asahina et Naoichi Fujiwara, 1924.
Collection Frédéric Bonté

The Pharmacopoeia of Japan. Tokyo, Pharmaceutical Society of Japan, 1907.
Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, Paris
BIU Santé (Pôle pharmacie) : P 50099-3

THUNBERG, Carl Peter. Flora Japonica sistens plantas insularum Japonicarum secundum systema sexuale emendatum redactas ad XX classes, ordines, genera et species cum differentiis specificis, synonymis paucis, descriptionibus concinnis et XXXIX iconibus adjectis. Leipzig, I. G. Mülleriano, 1784.
Disponible sur Biodiverstiy Heritage Library
BIU Santé (Pôle pharmacie) : RES 11809

THUNBERG, Carl Peter. Voyages de C. P. Thunberg, au Japon par le cap de Bonne-Espérance, les isles de la Sonde… Paris, Benoît Dandré, 1796.
BIU Santé (Pôle pharmacie) : 5244-1 et 2

TITSINGH, Isaac. Beschreiving an het naalde steeken en moxa branden. XIXe siècle.
Disponible dans Medic@
BIU Santé (Pôle médecine) : Ms. 45

TSUDSIOKA, S. MURAI, J. Catalogue of the collection of Japanese and Chinese drugs. Tokyo, 1883.
BIU Santé (Pôle pharmacie) : 119939

YONAN. Botanique japonaise : livres Kwa-wi. Paris, F. Savy, 1873
BIU Santé (Pôle pharmacie) : 13020

 

Visite de la SHP à Baugé-en-Anjou

Plusieurs membres de la Société d’histoire de la pharmacie ont récemment participé à l’inauguration d’une nouvelle salle de l’hôtel-Dieu de Baugé-en-Anjou, à l’invitation de Jacques Gravé, président de l’association Sauvegarde du patrimoine pharmaceutique. Y sont présentées les boiseries d’une ancienne pharmacie familiale du Puy-en-Velay.

Photo Sauvegarde du patrimoine pharmaceutique

Cette officine située rue Pannessac au Puy-au-Velay a été tenue par François Chambonnet jusqu’à sa retraite en 2010. Les boiseries remarquables qu’elle abritait avaient été achetées par son grand-père, Antonin Merle, en 1900. L’association Sauvegarde du patrimoine pharmaceutique s’en est porté acquéreuse en 2011, le nouveau propriétaire des lieux ne souhaitant pas les conserver sur place. Ainsi ont-elles pu être mises en valeur, après restauration, par la mairie de Baugé-en-Anjou dans l’hôtel-Dieu de la ville. Les pots d’origine, dispersés aux enchères, ont été remplacés par des objets provenant de l’association et d’un collectionneur privé.

L’hôtel-Dieu de Baugé-en-Anjou recèle déjà une apothicairerie du XVIIe s. classée monument historique. Comportant plus de 600 objets rares, dont 150 silènes (boîtes d’apothicaire cylindriques ou rectangulaires en bois peint servant à la conservation de drogues), elle a fonctionné jusque dans les années 1960, et est désormais ouverte à la visite.

En savoir plus

Retrouvez les détails de cette inauguration dans le dernier numéro de la Revue d’histoire de la pharmacie (LXVI, n°399, pp. 368-370), consultable au pôle Pharmacie de la BIU Santé.

Baugé-en-Anjou, nouveau foyer pour le patrimoine pharmaceutique par Julie Chaizemartin dans le Quotidien du pharmacien (abonnés, consultable  à la BIU Santé)

Le site de la Société d’histoire de la pharmacie

Le site de l’association Sauvegarde du patrimoine pharmaceutique

Les dievx de septembre, Kafka et slip en lin

C’est la rentrée et son cortège de bonnes résolutions. Pour adopter une meilleure hygiène de vie avant les excès de fin d’année, les Dievx de la BIV vous proposent de vous intéresser au système du bon docteur Müller (qui n’était d’ailleurs pas médecin).

Télécharger le calendrier de septembre 2018.

Mon système – 15 minutes de travail par jour pour la santé par J.P. Müller traduit sur la cinquième édition danoise par E. Philipot.

Jørgen Peter Müller (1866-1938) est un auteur danois, qui après avoir étudié la théologie devint lieutenant du génie puis ingénieur civil. Enfant chétif, il se transforma au fil des ans en un sportif accompli, via une méthode qu’il partage dans ses ouvrages. Avis aux amateurs, il n’y a pas de page Wikipédia en français le concernant !

La présente édition de Mon système, disponible au pôle Médecine de la BIU Santé, est enrichie de 44 photographies, parfois croquignolettes. Car pour illustrer ses exercices, l’auteur n’hésite pas à se mettre lui-même en scène, dans un appareil souvent minimaliste, voire inexistant (ses ouvrages seront d’ailleurs soupçonnés de pornographie, en ce début du XXe siècle sortant tout juste du puritanisme victorien).

J.P. Müller et sa moustache (source Wikipédia)

Succès d’édition à l’époque (plus de 10.000 exemplaires pour la 5e édition, 30.300 pour le présent tirage en français), Mon système bénéficia d’au moins cinq éditions françaises  jusqu’en 1930. L’ouvrage aurait été publié à plus de 2 millions d’exemplaires à travers le monde et traduit en plus de 20 langues. On peut d’ailleurs en trouver en ligne des rééditions contemporaines, qui vantent son programme en 6 semaines et 18 exercices.

« [Ce livre] parle au lecteur sur un ton persuasif, convaincant et avec une autorité irrésistible. »

 

Comme Kafka (qui était un grand admirateur de cette méthode) vous y découvrirez «les divers systèmes de gymnastique en chambre (30 ans d’expérience)», les «vêtements de dessous rationnels» (spoiler : vive le lin !), «les soins à donner aux pieds» («Un pied mal entretenu a quelque chose du cadavre») et qu’une température modérée de 15° est bénéfique dans les appartements (l’auteur est danois).

Derrière ces titres surannés se dessine une hygiène de vie dont bien des aspects demeurent d’actualité. Tant et si bien que les exercices Muller sont encore pratiqués par de nombreux adeptes aujourd’hui, dans le monde entier.

À noter en fin d’ouvrage une réclame pour «les meilleurs vêtements de dessous du XXe s.». Avis aux publicitaires, un autre encart demeure disponible en-dessous, mais réservé à des tubs ou des pommes d’arrosoir. À bon entendeur…

En savoir plus

Kafka’s Calisthenics (article de Slate en anglais)

 

Les photographies de dermatologie de Félix Méheux

Notre banque d’images (plus de 230.000 clichés libres de droits pour la plupart) s’enrichit encore de nouvelles collections en provenance de l’hôpital Saint-Louis.

Le service des archives de l’AP-HP a reçu en 2012 les archives du Musée des moulages et de la bibliothèque Henri-Feulard de l’hôpital Saint-Louis. Parmi celles-ci, de nombreuses photos réalisées par Félix Méheux (1838-1908) : 194 images dont 146 tirages sur papier albuminé collés sur carton et 36 photographies aquarellées. Cette collection appartient autant à l’histoire d’une technique (la photographie) qu’à celle d’une discipline médicale (la dermatologie).

La production de Félix Méheux s’inscrit dans un contexte particulier à l’hôpital Saint-Louis, celui de la restauration de l’influence de l’école française de dermatologie à la fin du XIXe s. L’utilisation de la photographie permet d’illustrer les cas cliniques publiés dans les revues. Support essentiel pour l’enseignement et la recherche clinique, elle restitue avec exactitude et à un coût moindre la réalité. Le noir et blanc des clichés est parfois réhaussé à l’aquarelle pour donner une image fidèle du sujet.

Sans formation scientifique ou médicale, Félix Méheux intervient pendant plus de dix ans au tournant du XXe siècle, à l’hôpital Saint-Louis à la demande des médecins. Il collabore également avec d’autres hôpitaux (Broca, Hôtel-Dieu) ou l’Institut Pasteur. Les photographies de syphilis, alors préoccupation quotidienne des dermato-syphiligraphes, représentent une part significative de la collection.

En 2017, les archives de l’APHP ont fait numériser ces documents : à la fois pour préserver ces archives fragiles, et pour les diffuser plus largement : c’est le cas depuis le mois de juin sur le site de la BIU Santé, à l’adresse suivante.

Elles viennent s’ajouter aux autres numérisations issues du musée de l’hôpital Saint-Louis

En savoir plus

Présentation du fonds sur le site de la BIU Santé (rubrique Les collections de dermatologie de l’Hôpital Saint-Louis)

L’ensemble des documents numérisés sur le site de la BIU Santé

Félix Méheux, artiste dermatographe, dans « Patrimoine en revue », publication de l’APHP.

Les thèses d’Ancien Régime sortent des combles

Héritière de la bibliothèque de l’ancienne Faculté de médecine de Paris, la BIU Santé conserve en ses murs certains documents et archives produits par cette institution, témoins précieux de la vie et du fonctionnement d’une faculté depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à sa suppression à la Révolution française.

Parmi eux, la collection des thèses d’Ancien Régime est longtemps restée un trésor peu mis en valeur. Sa récente numérisation et sa mise en ligne dans la bibliothèque numérique Medic@ entendent remédier à cette anomalie.

Exceptionnelle, cette collection l’est entre autres par sa complétude. En effet, si on trouve des thèses d’Ancien Régime dans de nombreuses bibliothèques françaises[1], c’est, à notre connaissance, la seule collection qui comprend la suite ininterrompue de la production d’une seule et même faculté pendant près de trois siècles (début XVIsiècle – fin XVIIIe siècle). Les Commentaires de la Faculté de médecine[2] nous permettent de savoir qu’il se soutenait déjà des thèses en 1395. Sans doute cette pratique est-elle encore plus ancienne, la collection de la BIU Santé commence, elle, à la date (déjà très reculée) de 1539.

La plus ancienne thèse de médecine conservée à la BIU Santé, présidée par Jacques de Forment en 1539.

En fait de thèses, les documents parvenus jusqu’à nous peuvent paraître bien légers pour un œil contemporain : cinq paragraphes écrits en latins sur le recto d’une grande feuille ou plus tard sous la forme d’un livret de quatre ou huit pages (les thèses faisant plus d’une vingtaine de pages se comptent sur les doigts d’une main[3]). D’autres types de thèses ne faisaient pas du tout l’objet d’un texte imprimé et nous avons uniquement connaissance du sujet traité par l’intermédiaire de billets d’invitation conservés pour la période allant de 1730 à 1754, et par les mentions régulières faites de ces thèses dans les Commentaires à partir de 1576.

Il faut dire que l’exercice auquel les bacheliers étaient soumis – ou plutôt les exercices puisque un étudiant soutenait six ou sept thèses durant ces trois années en tant que bachelier à la Faculté – n’a rien à voir avec celui des thésards actuels. Pas de défense d’un travail personnel (les textes étaient souvent écrits par les présidents, parfois repris plus tard par d’autres bacheliers sous une autre présidence…), mais plutôt un exercice de rhétorique où durant plusieurs heures l’impétrant était soumis aux questions et contradictions des autres bacheliers et docteurs-régents de la Faculté. Dans de très rares cas, ces textes ont été traduits : on peut ainsi savoir, si «la situation de la colline de Meudon est aussi salutaire qu’elle est agréable» ou si «la méthode d’Hippocrate est le plus certaine, la plus seure & la plus excellente de toutes à guarir les maladies» sans nécessairement entendre le latin.

Portrait de Hyacinthe-Théodore Baron (1707-1787) ouvrant le premier volume de la collection des thèses

Aucun règlement n’imposait aux facultés de conserver ces documents, ce qui explique que bon nombre d’entre eux ait disparu. Si la BIU Santé conserve une collection aussi importante, c’est grâce à l’intérêt personnel de deux doyens de la Faculté de médecine, Hyacinthe Théodore Baron père (1686-1758) et fils (1707-1787) pour ces travaux[4]. Ils ont réuni les thèses qu’ils ont trouvées, ont fait recopier celles qui manquaient et ont organisé la collecte systématique des thèses sous leurs décanats. Un catalogue imprimé a été rédigé à la suite de cette collation. Leurs successeurs ont poursuivi cette collecte jusqu’en 1778. Les thèses les plus tardives ont été rassemblées par Noé Legrand, bibliothécaire de la faculté de médecine au début du XXe siècle, en un volume dans lequel ont été insérées des pages blanches pour représenter les thèses qu’il savait avoir été soutenues mais dont nous n’avions pas d’exemplaire. En 2015, un don de la bibliothèque de médecine et de pharmacie de Bordeaux nous a permis de compléter en partie ces lacunes[5].

Ce sont ainsi près de 4 000 thèses et billets d’invitation, de 1539 jusqu’en 1793, qui ont été regroupés, reliés en 26 volumes (9 volumes in-folio, 17 in-quarto). On trouve aussi dans la collection quelques thèses soutenues dans des facultés de province (Montpellier, Reims…), ainsi que des pièces relatives à la vie de la Faculté (des listes de docteurs-régents, statuts et décrets de la Faculté, arrêts de la cour du Parlement…).

4 000, le chiffre paraît imposant mais rapportée à la période couverte, la production est finalement assez modeste, une dizaine de thèses seulement étaient imprimées chaque année. Si l’on rajoute à cela le fait que les bacheliers soutenaient plusieurs thèses chacun, on se rend assez vite compte que le nombre de personnes réellement concernées par l’exercice et a fortiori membres de la Faculté de médecine (que ce soit en tant que bachelier, puis en tant que docteur-régent) est assez faible : en moyenne, au XVIIe siècle, sept nouveaux bacheliers intégraient la Faculté tous les deux ans…

Les premières thèses étaient donc des grands placards, écrits à la main sur papier ou parchemin. À partir de 1569, on voit apparaître les premières thèses imprimées[6]. En 1662, les thèses prennent systématiquement la forme de livret[7], même si les placards demeurent une pratique courante jusqu’en 1724, ainsi un grand nombre de thèses existent dans la collection Baron dans les deux formats :

Thèse cardinale de Claude Quiqueboeuf, soutenue en 1622, et présidée par Guillaume du Val : An aqua vino salubrior ?
Première page de cette même thèse, au format in-quarto

 

 

 

 

 

 

 

 

Si la plupart des thèses ont un aspect un peu austère, répliquant à l’infini la même présentation, utilisant les mêmes bois gravés pour les en-têtes, on voit apparaître au début du XVIIe siècle, accompagnant les dédicaces, des frontispices gravés qui vont prendre des proportions considérables à partir des années 1625-1630 : peu à peu, on fait appel à des graveurs de talent tels que Mellan, Roussel ou Firens. Les candidats peuvent ainsi dépenser une somme d’argent importante pour faire illustrer leurs thèses avec magnificence. Dans le courant du XVIIIe siècle, des critiques sur les dépenses somptuaires liées aux thèses et à la cérémonie de soutenance ont peu à peu fait décliner cette pratique.

Dédicace de la thèse de Claude Séguyn soutenue le 8 janvier 1643 à Claude Gallard, conseiller au parlement dessiné et gravé par Mellan. La Paix, Mars et la Justice entourent son écusson armorié.

Nous espérons que cette numérisation permettra de mieux faire connaître cet ensemble. En effet, les derniers travaux connus (de nous en tout cas) sur cette collection datent du début du XXe siècle lorsque Noé Legrand, bibliothécaire à la Faculté de médecine et Anna Delage, docteure en médecine, les ont étudiées pour rédiger l’un un catalogue, l’autre sa thèse de médecine. Or de nombreuses questions restent en suspens ou méritent d’être réétudiées : d’où venaient les bacheliers de la Faculté ? Quels ont été ou comment ont évolué les sujets des thèses au fil du temps ? Jusqu’à quel point des docteurs-régents prenaient-ils les thèses au sérieux ? Quel savoir se fabriquait-il à l’occasion de ces exercices et de ces publications ? Dans quelle mesure la thèse a-t-elle été un moyen de diffusion du savoir médical ? Ces questions ne sont bien sûr que des pistes de réflexion qui font écho aux questions que se sont posées les bibliothécaires lors du traitement de cette collection.

En croisant l’étude de cette collection avec celle des Commentaires de la Faculté de médecineautre collection exceptionnelle de la bibliothèque, un grand pan de l’histoire de la faculté reste à (ré)écrire…

Solenne Coutagne

Bibliographie partielle

Voir aussi, dans la même édition, les reproductions, textes intégraux et traductions commentées de deux thèses quodlibétaires écrites et présidées par Guy Patin : «Annexe. Une thèse de Guy Patin. ″L’homme n’est que maladie″ (1643)» () et «Annexe. Thomas Diafoirus et sa thèse».

  • Delage, Anna. Histoire de la thèse de doctorat en médecine d’après les thèses soutenues devant la Faculté de médecine de Paris. Thèse d’exercice de Médecine. Paris : Librairie de la Faculté de médecine Ollier-Henry, 1913
  • Legrand, Noé. La collection des Thèses de l’Ancienne Faculté de Médecine de Paris depuis 1539 et son Catalogue inédit jusqu’en 1793. Paris : Honoré Champion, 1913 (en ligne sur Medic@)
  • Meyer, Véronique. L’illustration des thèses à Paris dans la seconde moitié du XVIIe siècle : peintres, graveurs, éditeurs. préface de Bruno Neveu ; [sous la responsabilité de la] Commission des travaux historiques de la Ville de Paris. Paris : Paris Musées, 2002

 

[1] Pour n’en citer que quelques-unes, on en trouve à la Bibliothèque nationale de France, à la bibliothèque Sainte-Geneviève, à la bibliothèque Mazarine, à la BIU Cujas, à la bibliothèque de la Sorbonne. Plus spécifiquement, on trouve des thèses en médecine à la bibliothèque de la faculté de médecine de Montpellier, ou à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg par exemple.

[2] Histoire de la Faculté de 1395 jusqu’à 1786 écrite par 194 doyens contenus dans 25 volumes manuscrits : ils comprennent la liste des docteurs régents, les comptes rendus des assemblées et délibérations, les relations des cérémonies, l’énumération des examens subis, les thèses soutenues, l’indication des procès, les inventaires des biens… Ils n’ont été édités que pour les années 1395 à 1560 et 1777 à 1786.

[3] Nous citerons ici l’exemple exceptionnel de la thèse soutenue par Théophile de Bordeu le 25 février 1754, portant sur les eaux minérales d’Aquitaine, qui fait 74 pages !

[4] Une autre collection faite par un autre doyen, Thomas-Bernard Bertrand, est conservée à la bibliothèque (ms 2308-ms 2320). Moins complète que celle de H.-T. Baron, elle est réputée ne contenir aucune thèse qui ne se trouverait pas dans la collection Baron. Mais, en réalité, l’étude et le dépouillement de cette collection reste à faire.

[5]  Il ne nous manque plus que 39 thèses soutenues entre 1778 et 1793. A bon entendeur !

[6] La première thèse imprimée est celle soutenue par Claude Bazin en 1563, présidée par Claude Bailly et dont le titre est : « An mas celerius foemina tardius conformatur ? »

[7] La collection des thèses in-quarto commence en 1597 mais la suite ininterrompue ne commence qu’à partir de 1662. Les thèses précédentes ne sont qu’une petite fraction de celles soutenues précédemment qui se trouvent toutes dans la collection in-folio. Ce sont d’ailleurs souvent des rééditions postérieures : par exemple la thèse de Jérôme Taquet, soutenue en 1597 porte la date de 1649 dans sa mention d’édition.

Un exemplaire exceptionnel des Reports of medical cases de Richard Bright (1789-1858)

Richard Bright, parmi de nombreuses autres contributions à la médecine et à la science, est célèbre pour ses travaux sur la pathologie du rein.

Portrait de Richard Bright (1789–1858). In: Thomas Joseph Pettigrew, Medical Portrait Gallery vol. 2 (1838) [Source: Wikimedia]
Célèbre ? Il a été à vrai dire plutôt dédaigné par l’histoire de la médecine en langue française.

L’importance de Bright fut pourtant très grande, et reconnue par ses contemporains, notamment français. Un compte rendu détaillé des “recherches sur l’hydropisie dépendant d’un état morbide des reins” (sur le premier volume des Reports of medical cases, 1827) paraît en 1830 dans les Archives générales de médecine. L’œuvre de Bright est abondamment discutée par Pierre François Olive Rayer (1793-1867) dans son important Traité des maladies des reins (1839-1841), et c’est à partir de 1831 que le même Rayer a travaillé sur ce sujet ou qu’il a fait travailler ses élèves de la Pitié. Toute l’œuvre de Bright fit à sa mort l’objet d’un long article d’Ernest Charles Lasègue (1816-1883) : Richard Bright, sa vie et ses œuvres. In : Archives générales de médecine, 1859, p. 257-274. “C’est un devoir pour la presse médicale, y écrivait-il en introduction, de rendre un dernier hommage à un médecin si justement illustre, et dont le nom restera éternellement attaché à une des plus grandes découvertes pathologiques de notre temps”. Cet article de Lasègue est à ma connaissance le plus long travail en français consacré à Bright.

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