Bibliothèques médicales à l’hôpital

Les éditions Lavoisier viennent de publier un nouvel ouvrage dans la collection Médecine Sciences : « Bibliothèques médicales à l’hôpital. Histoires, rôles, perspectives »

Trois auteurs différents pour plusieurs bibliothèques originales :

Gérard Tillès, médecin à l’hôpital Saint-Louis, évoque les bibliothèques des salles de garde et la bibliothèque Henri-Feulard ;

Véronique Leroux-Hugon, anciennement conservateure de la bibliothèque Charcot à l’UPMC ;

Armelle Martin, responsable du pôle « Politique documentaire médicale et scientifique de l’AP-HP », pour la documentation médico-pharmaceutique à l’AP-HP.

Le sujet est d’actualité, une journée d’étude sur les bibliothèques hospitalières sera organisée à l’ENSSIB le 5 octobre 2015. Une enquête a d’ailleurs été lancée en parallèle pour tenter d’ébaucher une cartographie des bibliothèques et centres de documentation des établissements de santé (à remplir avant le 18 septembre).

À l’occasion de la sortie de cet ouvrage, Gérard Tillès a accepté de répondre à quelques questions (merci à lui) :

En 1995 vous avez soutenu une thèse sur l’histoire des bibliothèques médicales et des musées des hôpitaux de l’AP-HP. En quoi cet ouvrage est-il le prolongement de ce travail universitaire ?

J’ai en effet préparé au début des années 1990 une thèse d’histoire consacrée aux bibliothèques médicales et aux musées des hôpitaux de l’Assistance publique à Paris, sujet auparavant peu exploré. Le sujet m’avait été suggéré par le Pr Jacques Poirier qui dirigeait le service d’histo embryologie de l’hôpital Henri-Mondor et par ailleurs animait un séminaire d’histoire des sciences, des idées et des religions que j’avais suivi pour préparer un DEA d’histoire.

J’avais à vrai dire une place quelque peu privilégiée pour travailler sur les bibliothèques médicales et les musées des hôpitaux de l’AP-HP. Depuis 1987 je faisais en effet partie d’une équipe de dermatologues animée par Daniel Wallach, médecin de Saint-Louis qui occupait les fonctions de Secrétaire général de la bibliothèque Henri-Feulard. Cette équipe était alors chargée d’indexer les articles de thérapeutique des revues de dermatologie, c’est-à-dire d’extraire les mots clés les plus pertinents. Les mots clés étaient alors saisis sur une base de données informatique – qui sans doute paraîtrait bien rudimentaire aujourd’hui (nous étions à la fin des années 1980) – accessible grâce à un outil alors quasi-révolutionnaire : le Minitel.

Les dermatologues ayant une ligne téléphonique, c’est-à-dire tous, pouvaient ainsi de leur domicile ou de leurs cabinets de consultations se connecter à la base de données informatique et obtenir les références du ou des articles qui répondraient à leur préoccupation. Tout cela sans être présent physiquement dans une bibliothèque puisqu’il était bien sûr possible de commander des photocopies d’articles expédiées par la poste ou encore par un autre outil de communication : le fax. Ces deux outils, minitel et fax ont sans aucun doute contribué grandement à faciliter l’accès à la documentation médicale, notamment pour les lecteurs les plus éloignés des bibliothèques. Revers de la médaille, ils ont aussi contribué à éloigner les lecteurs des bibliothèques mouvement qui s’est bien sûr amplifié avec les bases de données les plus performantes sur internet.

Dans la mesure où je participais à ces activités de documentation, que par ailleurs j’avais été formé à la dermatologie à Saint-Louis dans les années 1970, je pouvais appréhender assez facilement le fonctionnement d’une bibliothèque hospitalière en dermatologie. De plus comme vous le savez, une des originalités de la bibliothèque de Saint-Louis – nommée bibliothèque Henri-Feulard en hommage à son premier conservateur mort en 1897 dans l’incendie du bazar de la Charité – est de faire partie d’un ensemble musée-bibliothèque réunis dans un seul bâtiment inauguré en 1889. Le musée dont il s’agit contient un peu plus de 4800 moulages en cire de maladies de la peau, ce qui en fait la plus importante collection au monde de cires des maladies de la peau.

Dans ce contexte c’est de manière assez naturelle que le Pr Poirier qui a dirigé ma thèse m’a proposé de travailler sur l’histoire des bibliothèques médicales – dont la bibliothèque Charcot et le centre de documentation de l’AP-HP – et des musées des hôpitaux de l’Assistance publique depuis leurs créations jusqu’à l’année de la soutenance c’est-à-dire 1995, il y a donc 20 ans.

Pour l’ouvrage récent dont vous parlez, co-écrit avec Véronique Leroux-Hugon qui fut conservateure de la bibliothèque Charcot et Armelle Martin, actuelle responsable du Centre de documentation de l’AP-HP, j’aurais pu proposer le titre «20 ans après» mais il était déjà pris…

Plus sérieusement, l’importance des changements depuis 20 ans en matière de documentation et de gestion des bibliothèques justifiait me semble-t-il de s’intéresser à ce sujet. Les bases de données informatiques ont considérablement progressé, l’accès en ligne peut être effectué de n’importe quel endroit, à n’importe quelle heure, de très nombreux articles peuvent être obtenus gratuitement pour ne citer que quelques aspects. Tout ceci ne pouvait pas aller sans une restructuration des bibliothèques comme le montre l’ouvrage concernant la bibliothèque de Saint-Louis et encore plus concernant la bibliothèque Charcot qui n’existe plus.

Ces éléments nouveaux justifiaient ainsi de faire un nouvel état des lieux à partir de l’histoire plus ancienne des bibliothèques, ce qui, du moins nous l’espérons, permet d’avoir une vision plus pertinente du sujet.

Pourquoi ces trois ensembles : bibliothèque Henri-Feulard (Saint-Louis), bibliothèque Charcot (Salpêtrière), documentation AP-HP ?

La nouvelle bibliothèque Charcot

Ces trois bibliothèques ont été retenues pour plusieurs raisons : tout d’abord les responsables ont favorablement accueilli le projet et ont été d’accord pour faire l’effort de rédaction nécessaire ; ensuite comme on le peut le voir à la lecture de l’ouvrage, chacune d’elle a été fondée dans des circonstances particulières et a eu un statut différent des deux autres, disparité qui est une des caractéristiques des bibliothèques médicales de l’AP-HP : ainsi la bibliothèque de Saint-Louis est gérée à la fois par une association 1901 et par l’administration de l’hôpital, la bibliothèque Charcot qui eut un statut universitaire fut un prolongement de la collection personnelle de son fondateur, la bibliothèque du centre de documentation AP-HP dont l’origine est à chercher dans les bibliothèque de salles de garde a eu un statut administratif et associatif ; autre intérêt, les liens culturels privilégiés entre les bibliothèques concernées et les spécialités médicales qu’elles représentent : bibliothèque Henri-Feulard à Saint-Louis, alma mater de la dermatologie en France, bibliothèque Charcot à la Salpêtrière, lieu de naissance de la neurologie.

En bref, il nous a semblé que ces quelques éléments étaient suffisants pour réunir ces trois bibliothèques dans un même ouvrage.

À votre avis quelle sera la place des bibliothèques dans l’hôpital dans les années à venir ?

Centre de Documentation Médico-Pharmaceutique AP-HP (photo APHP)

À vrai dire, jusqu’ici mon intérêt s’est plus porté vers l’histoire que vers la prédiction beaucoup plus aléatoire ! Cela dit j’ai évoqué quelques-unes des transformations observées depuis la fin des années 1980 et qui ont donné aux bibliothèques un visage nouveau.

Comme vous l’observez sans doute tous les jours à la BIU Santé les lecteurs sont pour l’essentiel des étudiants qui viennent réviser leur cours ou lire des ouvrages en libre accès.  L’offre de livres – qui ne sont pas référencés comme les périodiques dans les bases de données – peut d’ailleurs être considérée comme un des rôles à remplir par les bibliothèques, pour autant que leurs budgets leur permettre d’en acquérir régulièrement.

Dans le même temps que le nombre de lecteurs diminuait, on a pu aussi observer une évolution du métier de documentaliste-bibliothécaire rendu plus «technique» par la nécessité de maîtriser les bases de données et d’en expliquer l’utilisation à des lecteurs qui ne savent pas toujours les utiliser au mieux. On peut penser que cette évolution du métier de documentaliste va se poursuivre.

Un autre rôle que doivent remplir les bibliothèques, du moins si les moyens alloués sont suffisants, est celui de conserver le patrimoine que représentent les collections d’ouvrages et de périodiques. Toutes les revues ne sont pas accessibles en version numérique et les versions papiers sont fragiles et nécessitent un entretien régulier. Ceci est encore plus vrai pour les revues et livres plus anciens, même si la numérisation apporte une réponse à ce problème.

À l’hôpital les bibliothèques médicales connaissent le même genre de problèmes. Elles conservent pour les lecteurs l’attrait de la spécialisation et de la proximité du lieu de travail.

Êtes-vous un utilisateur régulier de la BIU Santé ? Quel est votre rapport à la bibliothèque ?

Je suis en effet un utilisateur régulier de la BIU Santé que je fréquente pour la richesse de son fonds de périodiques et d’ouvrages que je suis amené à lire pour des travaux d’histoire. Sans flagornerie aucune, les conditions de lecture et de communication des périodiques sont agréables. Je suis bien sûr préoccupé par les très importantes réductions budgétaires imposées à la BIU Santé dont malgré les explications avancées j’ai un peu de mal à comprendre la pertinence lorsqu’il s’agit du savoir médical donc de la qualité des soins.

En savoir plus

Consulter l’ouvrage à la BIU Santé

La thèse de G. Tillès sur les bibliothèques médicales, tome 1 et tome 2

Les moulages du musée de l’hôpital Saint-Louis ont été numérisés et sont consultables via le site de la BIU Santé

Le site de la bibliothèque Charcot (BUPMC)

Bibliothèques médicales à l'hôpital : histoires, rôles, perspectives
Editeur: Paris , Lavoisier-médecine sciences
ISBN: 978-2-257-20618-3
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