Autres écrits
Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : i  >

Du séné [a][1][2]

Comme autrefois un grand politique romain, très savant et fort consommé dans l’étude des bonnes lettres, disait, après Platon, [3] qu’il ne pouvait assez dignement louer la philosophie, en tant qu’elle est la maîtresse de la vie, et qu’elle conduit l’homme dans un droit chemin d’honneur et de vertu, empêchant qu’il ne se fourvoie en aucune façon, ou qu’il ne s’emporte dans les désordres de l’injustice ou du vice, duquel les occasions se rencontrent à tout moment dans la vie humaine ; [1][4] ainsi, j’avoue ingénument que je ne saurais assez hautement priser le séné, entre tous les médicaments purgatifs[5] pour les divers, très bons et très utiles services qu’il rend à la médecine, au malade et aux médecins, plus que toute autre sorte de remède. Lui seul fait plus qu’une boutique tout entière et bien fournie de toutes les drogues qu’on nous apporte du Midi ou du Levant. Il purge aisément et en toute assurance toute sorte de gens, jeunes et vieux, pauvres et riches, bilieux [6] et pituiteux, [7] mélancoliques [8] et sanguins. [9] Il fait ce qu’il doit et ce que peut requérir de son usage le prudent médecin, tant à purger les princes et grands seigneurs, que les hommes du commun et de la lie du peuple. Il n’y a partie au corps humain à laquelle le séné, pour ses diverses vertus, ne fasse bien, et de laquelle il ne tire de mauvaises humeurs, tôt ou tard, ou tout seul, par consécution, [2] ou poussé et aidé par quelque autre remède, comme rhubarbe, [10] sirop de roses pâles [11] ou de fleurs de pêcher. [12] C’est celui de tous les remèdes qui se prend avec le plus d’assurance et de facilité, qui convient à toutes sortes de maladies, et même en celles qui se font par abondance d’humeurs séreuses, en ce qu’il ôte les obstructions qui empêchent que les autres remèdes ne passent, et qui traite le plus innocemment tous ceux qui en usent.

Les anciens Grecs ne l’ont point connu, et plût à Dieu qu’ils en eussent parlé ! Leur autorité nous servirait bien aujourd’hui à rembarrer la médisance de ceux qui le blâment et le méprisent. Et néanmoins, la nécessité l’a mis en crédit et l’a établi par-dessus tous les autres remèdes, de sorte que le séné fait aujourd’hui, lui tout seul, plus de miracles en médecine que toute la chimie [13] ensemble et tous les fourneaux des paracelsistes. [14] Il a commencé d’entrer en usage sous les postérieurs grecs, et principalement par Actuarius, [15] et même Aétius, [16] qui vivait dans le temps d’Arcadius et d’Honorius, [17][18] tous deux fils du grand Théodose, [19] sur la fin du troisième siècle, environ l’an 395, l’a assez clairement décrit. [3] Après ces derniers Grecs, les Arabes [20] sont venus qui, par la commodité des navigations et du commerce de leur pays, qu’ils ont eu avec les Persans et les Indiens, ont hautement et dignement loué le séné comme le plus excellent de tous les purgatifs, et en toutes sortes de maladies. Mésué, [21] qui a été le plus grand praticien entre les Arabes et qu’on a dit avoir vécu plus de cent ans, en a dit tant de bien que je ne puis en dire davantage. [4]

Nous en avons de deux sortes : l’une vient d’Orient, et l’autre croît en Europe, dans le duché de Toscane et en quelques autres endroits d’Italie. [22] Le séné de Levant est tout autrement meilleur et plus fort que celui qui vient en Europe. Il purge toutes sortes d’humeurs visqueuses, crasses, épaisses, mélancoliques, brûlées, adustes, [5] bilieuses et pituiteuses, et laisse aux parties internes une astriction [23] médiocre qui les fortifie après le travail qu’elles ont eu d’une purgation. Les Indiens ne se servent que des follicules du séné ; [24] mais les follicules nous manquant, nous sommes obligés de nous passer de ses feuilles, [6] lesquelles sont très bonnes lorsqu’elles sont grandes, pleines et encore verdâtres (car pour être toutes vertes, cela ne se peut, elles vivent trop loin et perdent leur première verdeur dans la longueur du chemin). Ses feuilles qui sont blanchâtres, desséchées et non entières, ou petites, doivent être rejetées comme de nulle valeur. Jean Fernel, docteur régent de la Faculté de médecine à Paris et premier médecin du roi très-chrétien Henri ii [25][26] ou, pour dire mieux et plus hardiment, le premier médecin de l’Europe depuis Galien, [27] et à qui la médecine a plus d’obligation qu’à tous les premiers médecins des rois précédents, de ceux qui sont et qui seront, et par conséquent, très capable d’être cru, a si dignement, si éloquemment et si généreusement loué le séné au liv. 5 de sa Méthode, ch. 10, que je ne puis rien ajouter à ses louanges. [7][28] Tous les autres médecins de la Chrétienté l’ont imité et en ont, par leurs doctes écrits, conseillé l’usage comme du meilleur remède du monde, du plus utile et du plus innocent. Il purge, ce disent-ils (et il est vrai), le cerveau et tous les organes des sens, le cœur, le poumon, le foie, la rate ; il ôte et emporte les obstructions des viscères ; il décharge le ventricule, [8][29] le pancréas et le mésentère, les hypocondres, les intestins, les reins et la vessie ; il décharge particulièrement tout le bas-ventre ; fait du bien aux femmes grosses, aux vieillards, aux enfants et à toute sorte d’âge ; est très bon aux fièvres continues, [30] quand il est donné à propos et que le temps est venu de purger. Bref, le séné est comme la manne du Ciel [31] entre les remèdes qui purgent, le secours des pauvres, le soulagement des riches et le triomphe de la vraie médecine ; du grand et familier usage duquel toute la France se sert aujourd’hui très heureusement, dont elle a l’obligation particulièrement aux médecins de Paris qui l’ont exalté partout pour ses excellentes et presque divines vertus. Après notre grand Fernel, le séné a été prisé dignement, et selon son mérite, par Jean Tagault, [32] Sylvius, [33] Matthiole, [34] Heurnius, [35] Daniel Sennert, [36] Caspar Hofmann, [37] Massaria, [38] Bauhin, [39] Dodoens, [40] Lobel [41] et Pena, [42] Daléchamps, [43] et autres savants modernes ; et même Antoine Mizaud, [44] natif de Molusson en Dauphiné, [45] en a fait un traité exprès, qui se trouve traduit en français. [9] Je puis hardiment et saintement jurer que le séné est le meilleur remède entre tous les bons qui sont aujourd’hui en usage ; et qu’Hippocrate [46] et Galien [47] l’eussent fortement recommandé s’ils l’eussent connu, et s’en fussent tout autrement mieux servi qu’ils ne faisaient de leur scammonée, [48] ellébore, [49] peplis, [50] espurge, [51] coloquinte, [52] suc de concombre sauvage, [53] tithymales [54] et hermodactes ; [10][55] lesquels tous ensemble ne valent pas et ne peuvent tant faire de bien à quelque malade que ce soit qu’une once de séné, quand elle est bien employée. Je ne parle point de ceux qui, par un esprit de contradiction et pour l’intérêt qu’ils prétendent au débit de leurs autres drogues, tâchent de décrier le séné dans l’esprit du peuple, disant qu’il est chaud, qu’il brûle et dessèche les entrailles, qu’il les excorie, et qu’il donne des vents et des tranchées. [56] Ces faussetés et ces mensonges ne méritent pas que je m’amuse à les réfuter. Le vrai, seul et unique moyen de n’être point trompé en telles occasions est de voir et de reconnaître de quel esprit est poussé celui qui parle, savoir : si c’est en intention de contredire les sages et les experts, et les grands personnages, pensant par ce moyen paraître plus habile homme et plus entendu ; ou si c’est son intérêt et son profit qui lui fasse proférer des discours si peu raisonnables ou véritables. Mais laissons là ces médisants qui blâment ce qu’ils ne connaissent pas, et ajoutons seulement à sa louange qu’étant naturellement le meilleur et le plus sûr en son usage, entre tous les purgatifs, il est aussi le plus facile à préparer : soit qu’on le prenne en substance, tout fraîchement pulvérisé (et en ce cas-là, il est bien fort) ; soit que l’on mette cette poudre dans de la casse mondée [57] pour, après, être prise par morceaux ; [11][58] soit qu’on le prenne en infusion dans un bouillon et, en ce cas-là, il ne faut qu’un quart d’heure pour faire une bonne médecine, juste, loyale et à vil prix, même à un prince ou à un pape, ou dans un verre de tisane commune, [59] ou d’eau froide, ou de limonade, [60] ou d’un jus de pruneaux ; [61] soit qu’on y ajoute de la rhubarbe ou quelque sirop purgatif.

Bref, tout ainsi que Platon confesse que la Nature n’a donné aux hommes aucune liqueur qui soit meilleure que le vin, [12][62] de même, j’avoue ingénument que Dieu n’a donné ni fait connaître aux hommes aucun médicament qui approche en bonté, en facilité et assurance d’être pris, pour ses singulières et divines vertus, ni rien de si excellent comme le séné, sans lequel une bonne médecine ne saurait être entière ni parfaite ; quoi qu’en disent, à l’encontre, ceux qui ont grand regret de le voir si prisé, si commun et à si bon marché, si usité, reconnu si bon, si innocent et si utile à toutes sortes de maladies. Les chimistes mêmes s’en servent, mais ils font semblant de le mépriser, tant à cause qu’on le prépare trop facilement qu’afin d’introduire et de mettre en usage des drogues plus chères, de faire valoir leurs préparations et de mettre en crédit leur idole commune, qui est l’antimoine, [63] duquel je vais parler aussi succinctement que véritablement, et sans aucune passion que la vérité.

> Retour au sommaire des 11 observations


1.

Ces préceptes philosophiques sont ceux de Cicéron. Ce qu’il a écrit sur le procès intenté contre le sénateur Publius Rutilius Rufus, injustement accusé d’extorsion, en donne un exemple parmi bien d’autres (De l’Orateur, livre i, chapitre liii) :

Nam cum esset ille vir exemplum, ut scitis, innocentiæ cumque illo nemo neque integrior esset in civitate neque sanctior, non modo supplex iudicibus esse noluit, sed ne ornatius quidem aut liberius causam dici suam, quam simplex ratio veritatis ferebat. […] Quod si tu tunc, Crasse, dixisses, qui subsidium oratori ex illis disputationibus, quibus philosophi utuntur, ad dicendi copiam petendum esse paulo ante dicebas, et, si tibi pro P. Rutilio non philosophorum more, sed tuo licuisset dicere, quamvis scelerati illi fuissent, sicuti fuerunt pestiferi cives supplicioque digni, tamen omnem eorum importunitatem ex intimis mentibus evellisset vis orationis tuæ. Nunc talis vir amissus est, dum causa ita dicitur, ut si in illa commenticia Platonis civitate res ageretur. Nemo ingemuit, nemo inclamavit patronorum, nihil cuiquam doluit, nemo est questus, nemo rem publicam imploravit, nemo supplicavit; quid multa ? Pedem nemo in illo iudicio supplosit, credo, ne Stoicis renuntiaretur.

[Ce généreux citoyen, la probité même, le modèle de l’intégrité et de la vertu, loin de paraître en suppliant devant ses juges, ne permit pas même qu’on employât pour sa défense d’autre preuve que la justice, d’autre éloquence que la vérité. (…) Si vous eussiez été chargé de cette cause, vous, Crassus, qui tout à l’heure prétendiez que l’art oratoire doit appeler à son aide les principes des philosophes ; si vous eussiez pu défendre Rutilius, non pas à leur manière, mais à la vôtre, votre éloquence eût triomphé de toutes les ruses de la scélératesse, et vous eussiez arraché les âmes à l’oppression cruelle sous laquelle les retenaient des pervers, dignes du dernier supplice. Mais nous perdîmes le plus vertueux des Romains parce que sa cause fut plaidée comme elle eût pu l’être dans la république imaginaire de Platon. {a} Point de gémissements, point d’exclamations ni de plaintes lamentables ; personne qui invoquât la compassion d’un ton suppliant, personne qui implorât la république, personne enfin qui dans ce jugement mémorable osât frapper du pied la terre ; de peur sans doute que le bruit n’en vînt aux oreilles des stoïciens]. {b}


  1. Pour dire que plaider la vérité et le droit, sans fard ni pathos, avait échoué, menant à la condamnation.

  2. Autrement dit, « ne réveillât Zénon [v. note [8], lettre 340] dans son tombeau ».

2.

Latinisme (consecutio, conséquence) : par conséquence directe, sans intermédiaire ni adjuvant.

3.

Les « postérieurs grecs » sont les auteurs médicaux grecs tardifs, c’est-à-dire postérieurs à Galien (iie s. de notre ère).

V. notes :

  • [3], lettre de Charles Spon, datée du 21 novembre 1656, pour Actuarius, médecin de Constantinople au Moyen Âge (xiexiiie s.) qui a mentionné le séné (senna) dans le chapitre viii, De purgantibus medicamentis [Les médicaments purgatifs], livre v de sa Methodus medendi [Méthode pour remédier] (Opera [Œuvres], Lyon, Jean de Tournes et Guillaume Gazeau, 1556, in‑8o, page 436) ;

  • [4], lettre de Charles Spon, datée du 21 novembre 1656, pour Aétius d’Amide, médecin de Constantinople au ve s., dont je n’ai pas trouvé la preuve qu’il ait « assez clairement décrit » le séné.

Flavius Arcadius (377-408), premier empereur romain d’Orient, de 395 à sa mort, était le fils aîné de Théodose ier, dit le Grand, dernier empereur romain à régner sur l’Empire unifié (379-395). Flavius Honorius (384-423), frère cadet d’Arcadius, fut le premier empereur romain d’Occident, de 395 à sa mort.

Quitte à tordre la vérité historique, Guy Patin n’admettait que la mort dans l’âme que le séné, son purgatif favori, était bel et bien inventé par les Arabes (v. note [4], lettre 5), et que ni Hippocrate ni Galien ne l’avaient connu.

4.

V. note [25], lettre 156, pour Jean Mésué, médecin persan chrétien (nestorien) du ixe s. La description du séné occupe le chapitre 15, De senna, livre ii de son traité de Medicamentis simplicibus [des Médicaments simples], pages 85 vo‑87 ro dans ses Opera [Œuvres] commentées par Johannes Costa et Giovanni Manardi (Venise, Juntæ, 1568, in‑6o).

Les deux commentateurs nient que Dioscoride (au ier s.) et Galien (au siècle suivant) aient pu parler du séné sous le nom d’empétrum, et en attribuent les premières mentions certaines à Actuarius et Avicenne.

5.

V. notes :

  • [18], lettre 509, pour l’adjectif aduste, synonyme de « brûlé » ;

  • [6], lettre 15, pour le séné d’Égypte ; celui qui poussait en Toscane était peu estimé des médecins, car bien moins efficace.

6.

Pour « nous contenter » (sens moral de « se passer », attesté par Furetière).

Les follicules du séné sont les gousses qui renferment sa semence ; elles sont plus purgatives que ses feuilles (Littré DLF).

7.

Début du chapitre intitulé Des médicaments qui ôtent la bile noire, lesquels, à cause de cela, on appelle mélanagogues (pages 369‑370) de la Thérapeutique universelle de Jean Fernel (1554 ; édition française de Paris, 1655, v. note [1], lettre 36) :

« Le séné, chaud et sec au commencement du second degré, plus excellent en ses gousses qu’en sa semence ou en sa feuille, est un peu amer et astringent, purge parfaitement bien la mélancolie aduste, la bile et la pituite grossière, non pas incontinent des lieux éloignés, {a} mais particulièrement de la rate, puis aussi des autres viscères, des hypocondres et du mésentère, dans lesquels est l’égout de toutes les impuretés ; car à peine se trouve-t-il de médicament qui attire avec tant d’efficace de ces endroits-là les humeurs grossières et corrompues, ou < qui > évacue les tumeurs endurcies, ou qui, en se glissant dans les veines déliées, {b} ouvre si bien leurs vieilles obstructions ; et toutefois, il ne saurait ôter les eaux des hydropiques, encore qu’elles soient fort proches. {c} Il est uniquement profitable aux maladies longues et lentes, engendrées par l’impureté des viscères ou par une vieille obstruction, comme fièvres lentes et invétérées, mélancolie, épilepsie, gale, dartres, taches du corps, lèpre, et enfin toute sorte d’impureté. Il aiguise aussi les sens, réjouit le cœur, se rendant quelquefois importun par des tranchées, {d} non pas à cause qu’il excite des flatuosités, mais parce que les humeurs qui sont fortement attachées et ordinairement âcres ne se peuvent arracher sans douleur. On n’a pourtant jamais remarqué qu’il ait ou raclé les intestins, ou provoqué le sang. Il purge doucement mais lentement, sans avoir aucune qualité dangereuse, sinon qu’il est un peu fâcheux à l’estomac. Il est utile aux jeunes garçons et aux vieillards, et n’est pas nuisible aux femmes enceintes. Il faut le mêler avec des choses qui fortifient l’estomac et qui aiguillonnent sa vertu, laquelle est un peu paresseuse, comme gingembre, cannelle ou spica, {e} et avec celles qui purgent doucement et sans tranchées, {d} comme sont bouillons gras, prunes, jujubes, raisins cuits, violettes, guimauves, polypodes, {f} et les sirops qui en sont composés. En poudre, on le donne jusques à deux drachmes, et en décoction, depuis trois drachmes jusques à six. Étant délayé de demi-once jusques à une once. »


  1. Sur-le-champ, des parties profondes.

  2. Menues.

  3. Superficielles (sous la peau et dans les plèvres).

  4. Coliques de ventre (v. note [2], lettre 267).

  5. Nom latin abrégé du spica-nard (spaca nardi, v. note [8] de l’observation vii).

  6. Plante de la famille des fougères.

8.

L’estomac ; ont précédé ou vont suivre tous les viscères du corps humain.

9.

V. note [30], lettre 277, pour Antoine Mizauld et son Opusculum de sena [Opuscule sur le séné] (Paris, 1572), traduit en français en 1648.

Molusson est une ancienne orthographe de Montluçon (Monlussonium en latin), ville natale de Mizauld (en 1510 ou 1520), dans le Bourbonnais, mais qu’aucune acrobatie géographique ne permet de situer dans le Dauphiné.

10.

Cette énumération des anciens purgatifs des Grecs introduit deux nouveaux médicaments dans notre lexique.

  • Le péplis, qu’Hippocrate appelait péplion (ce qui explique le péplium de la source imprimée) est une « espèce de tithymale [v. note [13], lettre 364] qui couvre la terre par quantité de tiges qu’elle pousse, longues d’un palme [quatre travers de doigts], ou d’un palme et demi, étendues çà et là. Ses feuilles sont opposées deux à deux, rougeâtres, épaisses, longues, arrondies au bout. Ses fleurs sont semblables à celles du tithymale, de couleur jaune. Ses semences sont oblongues, contenues dans un fruit relevé de trois coins. Sa racine est simple, un peu grosse et longue. M. Tournefort l’appelle Tithymalus maritimus folio aurito obtuso [Tithymale maritime à feuille obtuse et ourlée]. Le péplis naît sur le bord de la mer, il rend du lait qui purge fortement, de même que sa semence » (Trévoux).

  • Espèce de colchique, l’hermodacte et une « plante dont les feuilles sont de la longueur de deux palmes et ressemblent à celles du poireau ou de l’aphrodille [asphodèle], quoique plus étroites. Elle en a près de sa racine qui sont plus courtes. Du milieu de ses feuilles sort une tige déliée et verte, qui porte à sa cime une petite tête longuette en forme de poire, comme celle du Colchicum ephemerum, mais moindre. Elle a quatre racines qui sortent d’un même endroit et qui sont semblables aux doigts de la main, ayant même au bout une manière d’ongles blancs, ce qui la fait appeler par les Grecs hermodaktulos, de daktulos, doigt [et Hermês, Mercure]. Le reste de ses racines est de couleur pâle roussâtre, sans capillature [filaments], si ce n’est celle qui sort au-dessus de leur issue. C’est la seule partie de cette plante qui soit en usage dans la médecine, et qui porte absolument le nom d’hermodacte. Pour les bien choisir, il faut prendre les hermodactes qui sont blancs, gros, ronds, pleins, pesants et durs, sans carie. Ils sont bons à tirer la pituite crasse des jointures et à la faire jeter dehors par le bas-ventre, lorsqu’ils sont pris depuis une drachme jusqu’à deux dans une décoction convenable ; mais leur humidité flatueuse et excrémenteuse pouvant nuire à l’estomac, on s’en sert fort peu séparément et on les corrige en partie par le gingembre, et en partie par les myrobalans [v. note [6] du mémorandum 7] qui fortifient l’estomac et qui les font descendre au plutôt dans les intestins » (Thomas Corneille).

    La vertu antiarthritique de l’hermodacte préfigurait celle de la colchicine, extraite du colchique en 1820 et toujours en usage dans le traitement de la goutte.

11.

V. note [6], lettre 381, pour la manière de monder la casse afin de la faire prendre en comprimé (bol ou bolus).

12.

V. note [1], lettre 163, pour l’avis de Platon sur la bonté du vin.

a.

Méthode d’Hippocrate, Observation i, pages 41‑46. Pour faciliter la lecture, j’ai scindé le texte en paragraphes.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : i.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8154
(Consulté le 20.11.2019)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.