Ebooks Karger à la BIU Santé

La BIU Santé vient d’acheter définitivement 99 ebooks de l’éditeur Karger, sur la base des consultations enregistrées pendant l’année 2017-18 – merci à tous pour votre participation !

Top 5 des ebooks Karger les plus consultés par les lecteurs de la BIU Santé en 2017-18 :

Pour 2018-2019, la BIU Santé renouvèle le dispositif et propose 2330 ebooks de l’éditeur Karger en médecine et pharmacie, couvrant de nombreuses disciplines :

Anatomieebooks karger, Biologie, Cardiologie, Chirurgie, Dermatologie, Endocrinologie, Gastroentérologie, Génétique, Gériatrie, Hématologie,
Immunologie, Maladies infectieuses, Médecine du sport, Microbiologie,
Néphrologie, Neurologie, Nutrition, Obstétrique,
Oncologie, Ophtalmologie, Otorhinolaryngologie, Pédiatrie, Pharmacologie, Pneumologie, Psychiatrie/Psychologie, Radiologie.

Ces livres électroniques sont ouverts à la consultation jusqu’au 30/06/2019.

Les plus consultés seront acquis définitivement par la BIU Santé à l’issue de la période de test.

Pour accéder à distance à ces ressources depuis ce billet, il est nécessaire de disposer de codes ENT Paris Descartes. Ces ebooks sont par ailleurs accessibles à tous depuis les postes publics de la BIU Santé.

Thomas Violet

Le Syndrome de Garcin : une thèse (1927), un récit (2018)

Fin mars 2018, le récit de Jérôme Garcin, «Le Syndrome de Garcin», a reçu le prix «Humanisme et Médecine», créé en 2001 par le Collège Français de Pathologie Vasculaire, dont le thème, cette année, était : «La médecine, une histoire de famille ?»

Issu de deux lignées ancestralement vouées  à l’exercice et à l’enseignement de la médecine comme à un sacerdoce, Jérôme Garcin (Le Masque et la plume, Le Nouvel Obs) retrace la généalogie de ses ancêtres.

«Familles hippocratiques», par alliance chez les Garcin, de père en fils chez les Launay, perpétuant une  tradition endogamique, dont  les deux éminents grands-pères  de l’auteur sont issus : Raymond Garcin (1897-1971) le neurologue et Clément Launay (1901-1992),  pédopsychiatre.

«Premier de cordée», Alexis Boyer (1757-1833), fils d’un tailleur et d’une mercière, du fond de sa Corrèze «ignorait encore le protocole que sa fille allait inaugurer puisqu’il épousa Gabrielle-Adélaïde Tripot, la fille d’une blanchisseuse qui le soigna d’une fièvre typhoïde avec un simple bouillon de légumes». Ayant gagné Paris, il  devint professeur, chirurgien et baron d’Empire, donna en mariage sa fille Adélaïde à un professeur de pathologie chirurgicale, inaugurant cette dynastie de gendres, à la fin de laquelle le grand-père paternel tant aimé de Jérôme, le neurologue Raymond Garcin, s’inscrira comme sixième du genre.

Collection BIU Santé Médecine  Collection de portraits : Garcin, Raymond M. Mathieu J.
Réf. image : CIPB1710

Nostalgique de son île natale de la Martinique, Raymond Garcin, lycéen puis étudiant  boursier à Paris, affronte la 1ère Guerre mondiale, puis démobilisé, devient externe et interne dans le service du Professeur  de Clinique des maladies du système nerveux, Georges Guillain, à la Salpêtrière. Celui-ci, appréciant à leur juste valeur ses qualités morales et médicales, ne tarde pas à lui accorder la main de sa fille aînée.

Raymond Garcin fonde sa spécialisation de neurologiste sur une très grande culture générale, qu’attestent le nombre et la valeur de ses publications de pure pathologie médicale en rapport avec la neurologie. Sa thèse sur le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs crâniens (1927) deviendra classique en quelques années sous le nom de syndrome de Garcin.

De la cruelle expérience de la deuxième guerre mondiale sortira, en 1942, Traitement des blessures et des lésions traumatiques crânio-cérébrales récentes, prix Montyon de Médecine et de Chirurgie de l’Académie des Sciences. L’humanité de Raymond Garcin, à la IIIème armée, devient légendaire et ne le quittera pas dans sa pratique. «Écoutez vos malades, ce sont vos seuls maîtres.»

L’année 1948, capitale pour lui, marque son retour définitif à la Salpêtrière, division Mazarin, où il dirige bientôt un service pilote  et crée une unité de microscopie électronique, qu’il dirigera toujours après sa retraite en 1968. Ses fonctions, professeur titulaire d’une  chaire  de clinique neurologique, secrétaire général de la Société de neurologie, vice-président de congrès neurologiques internationaux, membre de l’académie de Médecine, son œuvre publiée, importante et variée, sont à mettre au premier plan.

Même lorsqu’il se détendait en famille, en peignant d’après nature à Saint-Laurent-sur-Mer, en compagnie de son petit-fils Jérôme, «ce sémiologue ne se reposait jamais […] le monde était pour lui un malade menacé dont, en même temps, il fixait la beauté provisoire, diagnostiquait le symptôme et voulait absolument traduire le silence». On rapporte que «ses examens sémiologiques, où il faisait preuve d’une « patience contemplative presque irritante », avaient toujours la précision et l’élégance d’une « œuvre d’art »».

Clément Launay, grand-père maternel de l’auteur, est, quant à lui, spécialisé en médecine  puis en neuro-psychiatrie pour les enfants, chef de service à l’hôpital Hérold, professeur à la faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie nationale de médecine. Les deux hommes se sont croisés, rencontrés sans être intimes.

Il avait lu Freud, était l’ami de Françoise Dolto, entreprit une psychanalyse et cherchait dans le milieu familial «la source des régressions intellectuelles, des stagnations affectives de l’enfant, de ses troubles du comportement et du langage». Clément Launay fonda  le premier centre médico-psycho-pédagogique et se consacra également à la question de l’adoption.  Il demandait à la psychiatrie de traiter différemment les adultes et les enfants, dont il avait le souci de favoriser la personnalité, l’originalité, ambitionnant de «préparer le petit d’homme à exercer plus tard sa pleine liberté, et de ne jamais empêcher un destin de s’accomplir».

Ces deux personnages, intimement liés à l’enfance et à la jeunesse de l’auteur, donnent lieu à des portraits attachants en même temps qu’au  panégyrique d’une tradition médicale qui place l’humain, l’humanité, l’humanisme au centre de sa pratique et de son éthique. Et qui possède sa propre temporalité, distincte des grandes dates du calendrier national – cours, publications, congrès,  ses hauts-lieux – La Salpêtrière, l’Hôtel-Dieu, Laennec, Bicêtre, Trousseau, Hérold, l’académie de Médecine…

Launay, Clément  Collection BIU Santé Médecine : Collection de portraits. Réf. image : CIPB1900

Et Jérôme Garcin, dont la vie a été précocement marquée par les deuils familiaux, qu’il exorcise en écrivant, de conclure : «Quelle consolation ou quelle argumentation, enfin, suis-je donc allé chercher en visitant cette dynastie de mandarins ? Peut-être l’idée toute simple que si soigner, c’est sauver des vies, écrire, c’est les prolonger.»

Emmanuelle Prévost

Bibliographie

Ouvrages de Raymond Garcin et Clément Launay disponibles à la BIU Santé, ou accessibles en ligne, bibliothèque Medic@ :

Raymond GARCIN

  1. Garcin R. Physiologie normale et pathologique des nerfs crâniens: trijumeau, nerf vestibulaire glosso-pharyngien, pneumogastrique, spinal et grand hypoglosse. Paris: Masson; 193X.
  2. Garcin R. Le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs craniens: contribution à l’étude des tumeurs de la base du crâne thèse pour le Doctorat en médecine [Internet]. [Paris]: A. Legrand; 1927. Disponible sur: http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?epo1111
  3. Garcin R. Les ataxies: rapport de neurologie. Paris: Masson et Cie; 1933.
  4. Garcin R, Bertrand I. Etude anatomo-clinique d’un cas d’hémiballismus. Lésion dégénérative du corps de Luys et de la zona incerta. Poitiers: Société française d’imprimerie et de librairie; 1933.
  5. Garcin R, Bertrand I, Frumusan P. Etude anatomo-clinique d’un cas de syndrome de Parinaud et de myoclonies rythmiques du voile du palais. Paris: Masson; 1933.
  6. Garcin R, Bertrand I, Thévenard A, Schwob RA. Sur un cas de melanoblastome diffus primitif des centres nerveux: étude anatomo-clinique. Paris: Masson; 1933.
  7. Garcin R, Chevalley M, Bize R. Etude anatomique d’un cas de dysostose cranio-faciale. Maladie de Crouzon. Paris: s.n.; 1934.
  8. Garcin R, Halbron P. Contribution à l’étude des migraines accompagnées et en particulier de la physiopathologie des migraines ophtalmiques accompagnées. Paris: Masson; 1934.
  9. Garcin R, Petit-Dutaillis D, Sigwald J. Tumeur latente de l’angle fronto-cerebelleux révélée tardivement par un syndrome de sclérose en plaques aiguë sur la valeur diagnostique. Paris: Masson; 1934.
  10. Garcin R, Bertrand I. Etude expérimentale des lésions du névraxe consécutives aux chocs anaphylactiques répétés et aux injections réitératives espacées d’albumine étrangère: Sur quelques considérations pathogéniques applicables à la pathologie humaine. Paris: s.n.; 1935.
  11. Garcin R, Bertrand I, Laplane R. Sur certaines lésions histologiques du névraxe consécutives aux chocs anaphylactiques et aux injections réitératives espacées d’albumines étrangères chez l’animal. Paris? s.n.; 1935.
  12. Garcin R, Bertrand Y, Petit-Dutaillis D. Compression medullaire par épidurite chronique staphylococcupie chez une diabétique. Paris: Masson; 1935.
  13. Garcin R, Kipfer M. Réaction pupillaire tonique à la convergence et immobilité à la lumière au cours d’une paralysie unilatérale de la IIIe paire associée à une double atteinte trigémellaire: Excentration marquée et de topographie variable de la pupille au repos. Paris: Masson; 1935.
  14. Garcin R, Rouguès L, Laudat M, Frumusan. Syndrome thomsenien et syndrome mysoedemateurx cliniquement associés: début simultané et évolution parallèle Etude clinique. Paris: Masson; 1935.
  15. Garcin R. Sclérose en plaques familiale ou paraplégie spasmodique familiale à forme de sclérose en plaques. Paris: Masson; 1936.
  16. Garcin R, Deparis M, Hadji-Dimo A. Hémiplégie spasmodique de l’adulte avec atrophie musculaire tardive considérable: Contribution à l’étude pathogénique des atrophies musculaires de l’hémiplégie cérébrale de l’adulte. Paris: Masson; 1936.
  17. Garcin R, Kipfer M. A propos du phénomène de l’excitation pupillaire variable. Paris: Masson; 1936.
  18. Garcin R, Darquier J, Tiret J. Sur deux cas de cataplexie. Paris: Masson; 1937.
  19. Garcin R, Legrand G, Bernard P. Sur un cas de fissures osseuses symétriques imulant des fractures spontanées (syndrome de Milkman) d’étiologie inconnue avec guérison clinique et réparation radiographique sous l’influence d’un traitement calcique et vitaminé. Sur l’intérêt pronostique de la connaissance de ce syndrome. Paris: s.n.; 1937.
  20. Garcin R, Varay A, Hadji-Dimo A. Effondrement vertébral aigu au cours d’une maladie osseuse de Paget. Quadriplégie transitoire. Syndrome de Brown-Séquard résiduel. S. l.: Hadji-Dimo; 1937.
  21. Garcin R. Contribution à l’étude semeiologique des tremblements, intentionnels et des hyperkinésies volitionnelles. Paris: Masson; 1938.
  22. Garcin R, Varay A, Hadji-Dimo A. Document pour servir à l’étude des troubles du shéma corporel (sur quelques phénomènes moteurs, gnosiques et quelques troubles de l’utilisation des membres du côté gauche au cours d’un syndrome temporo-pariétal par tumeur, envisagés dans leurs rapports avec l’agosognosie et les troubles du shéma corporel). Paris: Masson; 1938.
  23. Garcin R, Kipfer M. Syndrome de Claude Bernard – Horner et troubles oculo-sympathiques dans les lésions du thalamus optique. Paris: Masson; 1939.
  24. Garcin R, Guillaume J. Traitement des blessures et des lésions traumatiques cranio-cérébrales récentes. Paris: Masson et Cie, libraires de l’Académie de médecine; 1942.
  25. Garcin R, Pestel M. Thrombo-phlébites cérébrales. Paris: Masson; 1949.
  26. Garcin R. Titres et travaux scientifiques du Dr Raymond Garcin. Paris: Masson; 1953.
  27. Garcin R, Oeconomos D. Les aspects neurologiques des malformations congénitales de la charniere cranio-rachidienne. Paris: Masson; 1953.
  28. Garcin R. Addendum aux titres et travaux scientifiques (1953-1960) du Dr Raymond Garcin. Paris: Masson et Cie; 1960.
  29. Garcin R, Zülch KJ, Lazorthes G. Pathologie vasculaire de la moelle: Rapports presentés à la XXVe Réunion Neurologique Internationale (Paris, 5-6 juin 1962). Paris: Masson et Cie; 1962.
  30. Godlewski S, Dry J, Garcin R. Les anomalies congénitales de la charnière cervico-occipitale. Paris: Expansion scientifique française; 1964.
  31. Garcin R. Le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs craniens: contribution à l’étude des tumeurs de la base du crâne thèse pour le Doctorat en médecine [Internet]. [Paris]: BIUM; 2003. Disponible sur: http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?epo1111
  32. Garcin R. Bibliothèque numérique Medic@ – BIU Santé, Paris [Internet]. [cité 3 mai 2018]. Disponible sur: http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?do=fullsearch&tout=garcin+raymond&op=OU&tout2=garcin+raymond&statut=charg

Clément LAUNAY

  1. Launay C. Des tumeurs adénoïdes ou hypertrophies partielles de la mamelle. [Paris]: Imp. Rignoux; 1863.
  2. Launay C. Contribution à l’étude clinique et biologique de la maladie de Charcot et de ses formes anormales. [Paris]: A. Legrand; 1931.
  3. Launay C, Lemoyne de Morgues J, Laurence G. Précis de médecine infantile. Paris: Masson; 1948. (Collection de précis médicaux).
  4. Launay C, Soulé M. L’Adoption: ses données psychologiques et sociales. Paris: Ed. Sociales françaises; 1954. (Problèmes humains, techniques sociales).
  5. Launay C, Duché D-J. L’enfant physiquement handicapé: rôle médico-social du médecin. Paris: Doin & Cie; 1958. (Bibliothèque de thérapeutique médicale).
  6. Launay C. L’hygiène mentale de l’écolier: de 6 à 10 ans. Paris: Presses universitaires de France; 1959. (Paideïa).
  7. Launay C, Grenet P, Verliac F. Précis de médecine infantile. 2. éd. entièrement nouv. Paris: Masson; 1961.
  8. Launay C. Dyslexie. Paris: Choay; 1966. (Les Monographies Choay).
  9. Launay C, Houzel D. Dyslexie. Paris: Laboratoire Choay; 1968. (Les monographies Choay).
  10. Launay C, Soulé M, Veil S. L’adoption: données médicales, psychologiques et sociales. 3. éd., revue et mise à jour. Paris: Editions sociales françaises; 1968.
  11. Launay C, Davy C, Col C. Les enfants difficiles dans l’exercice journalier de la médecine praticienne. Paris: Maloine; 1969. (Pour le praticien).
  12. Launay C (1901-1992) A du texte, Borel-Maisonny S (1900-1995) A du texte. Les troubles du langage, de la parole et de la voix chez l’enfant (2 éd. revue et corrigée) / par Clément Launay et S. Borel-Maisonny ; avec la collaboration de A. Brauner, F. Brauner, Cl. Brocard, C. Chevrie… [etc.] [Internet]. Paris: Masson; 1975 [cité 27 avr 2018]. Disponible sur: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48148712
  13. Launay C, Borel-Maisonny S. Les troubles du langage, de la parole et de la voix chez l’enfant. 2e édition revue et corrigée. Paris: Masson; 1975.

Les dievx du 18e emmaillotent les enfants

Ce mois-ci les DIEVX DE LA BIV ont l’honneur de recevoir Florence Fesneau, qui achève une thèse en histoire de l’art moderne sous la direction du Pr Étienne Jollet (université Paris 1). Ses recherches portent sur Le sommeil et ses représentations : dormeurs et dormeuses au XVIIIe siècle.

Sa dernière publication, «Les secrets plaisirs de la voyeuse au temps des Lumières» est parue dans le numéro 37 de la revue Lumen. Membre actif du GRHAM, Florence Fesneau est co-organisatrice de la prochaine journée d’étude du groupe : «Le mou : saisir la mollesse de la matière au motif dans les arts visuels à l’époque moderne» qui se tiendra le 13 juin à l’INHA.

Nous la remercions chaleureusement de sa passionnante contribution.

Télécharger le calendrier de mai 2018.

Emmailloter les enfants au XVIIIe siècle

Anon., Enfant endormi dans son berceau, gravure dans Nicolas Andry de Boisregard, L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, Paris, Vve Alix, 1741, face p. 258.

Le XVIIIe siècle exprime un intérêt renouvelé pour le bien-être de l’enfant[1] qui se manifeste non seulement dans la littérature de nouvelles, mais aussi dans la littérature médicale adressée à un large public, ainsi que dans les gravures d’illustration qui accompagnent ces ouvrages, dont deux sont ici prises en exemple.

En 1741 Nicolas Andry de Boisregard publie L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, ouvrage dans lequel il professe cette science nouvelle dont il a créé le nom en rapprochant deux mots grecs (ortho : droit ; paido : enfant). Dans un des chapitres de ce livre, l’auteur observe «que la plupart des enfans n’ont les pieds en dedans, & d’autres difformités, que par la faute des Nourrices, qui les emmaillotent mal[2].» La gravure qui illustre le propos montre un enfant endormi tout nu, le corps libre de toute entrave avec un petit coussin à ses pieds. Il ne s’agit pas encore de proclamer la fin du maillot, mais de montrer comment les nourrices pourraient mieux emmailloter les enfants en fixant les pieds talon contre talon «par le moyen d’un petit coussinet engagé entre les deux pieds de l’enfant & figuré en forme de cœur, dont la pointe seroit mise entre les deux pieds de l’enfant, & la base entre les deux extrémités de ses pieds[3]». Le procédé permettrait ainsi de diminuer fortement le nombre «de cagneux & de cagneuses[4]». Andry reconnaît que «l’art d’emmailloter les enfants, n’est pas une petite chose[5]», mais il ne le réprouve pas, pour autant que les nourrices ne garrotent pas les enfants «comme si c’étoient des ballots qu’elles eussent à envoyer dans quelque Païs éloigné» et qu’elles les changent régulièrement de telle manière à «les tenir dans la propreté nécessaire à leur accroissement & à leur santé[6]

Nicolas de Launay d’après Hubert-François Gravelot, Frontispice dans Raulin, Joseph, De la conservation des enfants, Paris, Merlin, 1768, BIU Santé.

Le débat prend de l’ampleur quand, en 1762, Jean-Jacques Rousseau préconise dans l’Émile l’abandon du maillot au profit de langes flottants[7] . En 1768 et 1769, le médecin-accoucheur Joseph Raulin[8] fait paraître un ouvrage en deux volumes traitant De la conservation des enfants, Ou les moyens de les fortifier, de les préserver & guérir des maladies, depuis l’infant de leur existence, jusqu’à l’âge  de leur puberté. Le premier tome est orné d’un frontispice qui résume le propos, en montrant des enfants à tous les stades de leur développement sous l’œil bienveillant d’Esculape. Raulin professe une nouvelle manière d’élever les enfants et bataille pour que les nouveau-nés soient enfin débarrassés du carcan que représente le maillot disposé en bandes si serrées qu’il empêche tout mouvement et nuit à un développement harmonieux[9]. La nourrice de la gravure suit les recommandations de Raulin : elle tient dans ses bras un enfant entouré d’un simple lange flottant et le nourrisson qui se trouve à côté d’elle, dans le berceau, a les bras libres. Raulin préconise d’ailleurs une juste utilisation du berceau dans lequel l’enfant doit être à son aise sans pouvoir se blesser. Il indique que les nourrices doivent agir avec modération et savoir ne pas se montrer trop brutales dans l’usage du berceau : «il est certain que si l’on berce un enfant dès qu’il a tété, on trouble sa digestion ; si on l’agite violemment, comme l’on a coutume de le faire pour l’empêcher de crier, on s’expose à des accidents dangereux[10].» L’éventuel risque que représentent des mouvements trop brusques du berceau est résolu dans la gravure car le grand panier d’osier tressé dans lequel repose tranquillement le nourrisson est sur pieds fixes, comme le préconisait déjà Rousseau dans l’Émile[11].

Si l’iconographie se prête volontiers à la diffusion des thèmes rousseauistes[12], elle témoigne aussi de résistances qui ne seront vaincues qu’à la toute fin du siècle. Les petites filles – en particulier celle représentée de dos levant les bras vers le cerf-volant de son frère dans la gravure de Gravelot – continuent en effet de voir leurs mouvements entravés par le port du corset qui marque fortement la taille, en dépit l’opinion professée par Raulin dans son ouvrage : «On donne des corps de jupe aux enfans à l’âge de sept à huit mois ; on les avoit déjà mis à la torture par le maillot, on délivre alors les extrémités de ce supplice, pour mettre dans une plus grande contrainte, les viscères & les entrailles, & pour mutiler les os[13]

[1] Philippe ARIES, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Plon, 1960.

[2] Nicolas ANDRY DE BOISREGARD, L’Orthopédie, ou l’Art de prévenir et de corriger dans les enfants les difformités du corps, Le tout par des moyens a la portée des Peres & des Mères & des personnes qui ont des enfans à élever, Paris, Vve Alix, 1741, p. 258.

[3] Id.

[4] Id.

[5] Id.

[6] Ibid. p. 259.

[7] Jean-Jacques ROUSSEAU, Œuvres, L’Émile, Paris, Werdet et Lequien, 1826, t. I, p. 58 : «Au moment que l’enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu’on lui en donne d’autres qui le tiennent plus à l’étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot ; des langes flottants et larges, qui laissent tous ses membres en liberté, et ne soient ni assez pesants pour gêner ses mouvements, ni assez chauds pour empêcher qu’il ne sente les impressions de l’air.»

[8] Joseph RAULIN (1708 – 1784) est mieux connu pour son Traité des affections vaporeuses du sexe, publié en 1758, qui marque un tournant dans l’histoire des maladies des femmes, car il est l’un des premiers à totalement adapter la théorie fibrillaire à la pathologie féminine cf. DORLIN, Elsa, La matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la Nation française, Paris, La Découverte, 2006.

[9] Joseph RAULIN, De la conservation des enfants, Ou les moyens de les fortifier, de les préserver & guérir des maladies, depuis l’infant de leur existence, jusqu’à l’âge  de leur puberté, Paris, Merlin, 1769, t. II, p. 118 – 139.

[10] Ibid., p. 133.

[11] ROUSSEAU, 1826, t. I, p. 58 : «Je dis un berceau, pour employer un mot usité faute d’autre, car d’ailleurs je suis persuadé qu’il n’est jamais nécessaire de bercer les enfants, et que cet usage leur est souvent pernicieux

[12] Anne SANCIAUD-AZANZA, «L’évolution du costume enfantin au XVIIIe siècle : un enjeu politique et social», Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. 46 n°4, Octobre-Décembre 1999, p. 770 – 783.

[13] RAULIN, 1769, t. II, p. 255.

Nouveaux Ebooks Karger à la BIU Santé

La BIU Santé propose plus de 2000 ebooks de l’éditeur Karger en médecine et pharmacie, couvrant de nombreuses disciplines :

ebooksAnatomie, Biologie, Cardiologie, Chirurgie, Dentisterie, Dermatologie, Endocrinologie, Gastroentérologie, Génétique, Gériatrie, Hématologie,
Immunologie, Maladies infectieuses, Médecine du sport, Microbiologie,
Néphrologie, Neurologie, Nutrition, Obstétrique,
Oncologie, Ophtalmologie, Otorhinolaryngologie, Pédiatrie, Pharmacie, Pneumologie, Psychiatrie/Psychologie, Radiologie.

Ces livres électroniques sont ouverts à la consultation jusqu’au 30/06/2018.

Les plus consultés seront acquis définitivement par la BIU Santé à l’issue de la période de test.

En 2017, le même dispositif a permis à la BIU Santé d’acheter définitivement 96 livres électroniques les plus consultés.

Consulter la liste des 96 ebooks acquis définitivement en 2017.

Top 5 des ebooks Karger les plus consultés par les lecteurs de la BIU Santé en 2017 :

Pour accéder à distance à ces ressources depuis ce billet, il est nécessaire de disposer de codes ENT Paris Descartes. Ces ebooks sont par ailleurs accessibles à tous depuis les postes publics de la BIU Santé.

Thomas Violet

RHippocrate le 23/2 : La recherche sur l’embryon

Les rencontres d’Hippocrate

Logo rencontres d'HippocrateLa prochaine « Rencontre d’Hippocrate » aura lieu le jeudi 23 février 2017,

sur le thème «La recherche sur l’embryon».

Conférence prononcée par Arnold MUNNICH, pédiatre et généticien français, créateur et chef du département de génétique médicale de l’hôpital Necker-Enfants malades.

La conférence aura lieu dans l’amphithéâtre Frézal (15, rue de l’École-de-Médecine, site des Cordeliers, 2e étage) de 18h à 20h30. Elle sera filmée puis mise en ligne à l’adresse suivante.

L’accès à ces rencontres est libre et ne nécessite pas d’inscription.

Retrouvez le programme 2016-2017 et les vidéos des sessions précédentes en cliquant sur ce lien.

Vous pouvez également consulter les bibliographies élaborées par les BU de Paris Descartes en cliquant ici.

Continuer la lecture de « RHippocrate le 23/2 : La recherche sur l’embryon »

Partage d’expériences avec Arnold Munnich (22/2)

La seconde conférence «Nos médecins-chercheurs : partages d’expériences» aura lieu à la faculté de médecine Paris Descartes le lundi 22 Février à 18h (amphi Frézal, 15, rue de l’École-de-médecine – Paris 6è).

Avec Arnold MUNNICH, pédiatre-généticien, directeur et fondateur du département génétique de l’hôpital universitaire Necker-Enfants malades.

conference-600x200Ces conférences sont des «rencontres entre les étudiants et des grands témoins de la recherche en médecine à Paris Descartes.

L’ objectif est de permettre le partage d’une expérience de la recherche en médecine, en rendant accessible les déterminants, humains et scientifiques, de la recherche et la trajectoire personnelle de cette recherche : les études de médecine, le choix d’une discipline, le choix d’une thématique, les errances, les découvertes, les rencontres, la structuration d’un lien entre exercice de la médecine et exercice de la recherche, et d’une façon générale tout ce qui rend vivante cette expérience.

Ces rencontres sont internes à la Faculté, à destination privilégiée des étudiants et ouvertes également aux hospitalo-universitaires de la Faculté.
Elles se veulent interactives, propices aux échanges… et nouvelles vocations !»

Debut: 02/22/2016 06:00 pm
Fin: 02/22/2016
Duree: 1 heures:
15, rue de l'Ecole-de-Médecine, amphi Frézal, 2e étage
Paris, Île-de-France
75006
FR

Naissance et petite enfance à la cour de France

Nous vous en parlions sur ce blog en avril 2013 : la journée d’étude internationale Naissance et petite enfance à la cour de France aura lieu cette semaine, les 27 et 28 février.

Elle est organisée par Cour de France.fr en collaboration avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord ; avec le soutien du programme interuniversitaire « Formes du savoir de 1400 à 1750 » (Maison des Sciences de l’Homme Aquitaine), l’université Paris 13 et le CRESC (Centre de recherche sur les espaces, les sociétés et les cultures).

Cette journée se tiendra à la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord.

Pour consulter le programme complet, cliquez ici.

Y interviendront notamment :

Jacqueline Vons : « Maladies, morts et jalousies dans La santé du
prince ou le soing qu’on y doit observer de Rodolphe
Le Maistre (1616) » ;

Bernadette Molitor, de la BIU Santé : « L’émergence de la pédiatrie à la Cour et la Maison médicale des enfants de France au XVIIIe siècle. »

 

Continuer la lecture de « Naissance et petite enfance à la cour de France »