Vers un thésaurus historique du langage médical

La BIU Santé se réjouit  de la bourse qui a été accordée à Nathalie Rousseau (MCF Sorbonne Université – Faculté des Lettres / UMR 8167 Orient & Méditerranée Textes Archéologie Histoire) lors de la première vague de l’appel à projet CollEx, dans la catégorie «bourse numérisation».

Ce financement va permettre de définir, en collaboration étroite entre la chercheuse et la bibliothèque, les spécifications d’une application informatique d’interrogation multilingue à destination des chercheurs spécialistes du vocabulaire médical. Le programme permettra de mieux mettre en valeur le vaste corpus de 50 dictionnaires médicaux et encyclopédies (XVIIe-XXe s.) déjà dématérialisé et en partie indexé dans la bibliothèque numérique Medic@ (331 365 pages scannées, 452 vol. pour ces seuls dictionnaires).

«Établissant le lien entre mots français, anglais, latins et grecs, l’application [adossée à la bibliothèque numérique Medic@] fournira des métadonnées capitales pour le développement du programme de recherche “Le lexique médical du grec ancien : analyses des Anciens et analyses des Modernes” de l’équipe “Médecine grecque” (UMR 8167) […] elle donnera aussi accès à un large public à la compréhension de termes d’origine grecque ou latine devenus opaques alors qu’ils forment l’essentiel du vocabulaire scientifique.»

Il s’agit donc d’une seconde phase pour les projets de numérisation de la BIU Santé : après les mises en ligne nombreuses (plus de 4.5 millions de pages scannées dans Medic@), et qui se continueront, le travail s’enrichit par la mise en place d’outils de recherche mettant en valeur ces numérisations.

L’équipe Médecine grecque, internationalement reconnue, à laquelle appartient Nathalie Rousseau, collabore de longue date avec la BIU Santé. Ce partenaire accompagne la bibliothèque numérique Medic@ depuis ses débuts, pour le corpus des médecins de l’Antiquité.

En savoir plus

«Lexiques techniques et commentaires scientifiques» sur le site de l’équipe Médecine grecque.

 

 

 

 

[Expo] Se soigner au Japon : plantes et pharmacopée (XVIIe-XXe s.)

La Bibliothèque interuniversitaire de Santé et le Musée d’Histoire de la médecine organisent une exposition consacrée aux plantes et à la pharmacopée japonaises dans le cadre de Japonismes 2018, qui marque la célébration du 160e anniversaire des relations diplomatiques franco-japonaises et le 150e anniversaire de l’ère Meiji (1868). Intitulée «Se soigner au Japon : plantes et pharmacopée (« XVIIe-XXe siècle)», l’exposition est installée au Musée d’Histoire de la médecine, 12 rue de l’École-de-Médecine, Paris 6e, du lundi 22 octobre 2018 au mercredi 9 janvier 2019. Une sélection d’objets et documents, exceptionnellement rassemblés dans ce très beau musée, illustrent l’influence réciproque de ces deux régions du monde concernant les questions de santé et de thérapeutique, à partir de l’ère Edo et plus encore à partir l’ère Meiji en 1868.

Pr Flückiger (au milieu) et Shimoyama (à droite). Collection Georgin

Organisée selon un récit en trois temps, l’exposition présente la pharmacopée japonaise ainsi qu’une sélection de plantes qui la composent. Elle s’intéresse ensuite à la figure de Junichirô Shimoyama (1853-1912), considéré comme le fondateur de la pharmacie moderne japonaise. Elle aborde enfin deux approches thérapeutiques typiquement japonaises : le moxa et la médecine Kampo, intégrée aujourd’hui au système de santé japonais.

Collection du Pr Shibata, 1957. Source : Musée François Tillequin – Collections de matière médicale

 

Les objets et documents exposés proviennent des collections patrimoniales de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé, du Musée d’Histoire de la médecine, du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, des collections de matière médicale du Musée François Tillequin ainsi que de  collections privées.

Le Musée d’Histoire de la médecine est ouvert tous les jours de 14h à 17h30 sauf les jeudi, dimanche et jours fériés.

 

Octobre : Les dievx de la BIV se mettent en mouvement

« Je suis fasciné par le mouvement, qui est le signe le plus apparent de la vie. »
(Étienne-Jules Marey)

Télécharger le calendrier d’octobre 2018.

Ce mois-ci, les dievx de la BIV mettent à l’honneur le travail d’Étienne-Jules Marey (1830-1904). Médecin, physiologiste et inventeur français, il a fortement contribué à l’avancée de la physiologie. Partant du principe que nos sens ne sont pas assez affutés pour étudier un mouvement, Marey met à profit son ingéniosité en adaptant des machines utilisées en physique pour enregistrer graphiquement les mouvements du corps ou dans le corps. Ceux-ci peuvent ainsi être mesurés, quantifiés, et analysés : c’est la méthode graphique.

Le mouvement par l’image

On doit à Étienne-Jules Marey l’invention du sphygmographe direct, en 1863, qui retranscrit le tracé du pouls sur une bande de papier. Source : Medic@ – Marey, Etienne-Jules. – La méthode graphique dans les sciences expérimentales et principalement en physiologie et en médecine.

Le cliché qui illustre ce calendrier correspond à une évolution du travail de Marey. Toujours dans le but d’étudier les mouvements des hommes et de certains animaux, notamment les oiseaux, il utilise la photographie pour capter ce que l’œil ne peut voir. C’est ainsi qu’il créé en 1882, la Station physiologique du Parc des Princes à Boulogne-sur-Seine où il expérimente un nouveau procédé : la chronophotographie. Cette technique consiste à prendre en rafale des instantanés sur une plaque de verre photosensible. Celle-ci est exposée brièvement plusieurs fois, grâce à un obturateur rotatif placé derrière l’objectif, qui laisse passer la lumière par intermittence. Il est ainsi possible d’obtenir sur une même photographie les mouvements décomposés d’un homme ou d’un animal.

Pour mener à bien son travail, Étienne-Jules Marey fait aménager dans sa station un hangar peint en noir, de dix mètres sur dix, équipé de panneaux et de rideaux amovibles, afin d’adapter sa surface à l’usage de la chronophotographie.

De la photographie au film

Pour étudier les mouvements avec plus de précision, Marey et son collaborateur Georges Demeny font breveter un modèle de caméra argentique en 1890. La décomposition photographique du mouvement ne figure plus sur une même plaque, mais image après image sur un rouleau non perforé, au rythme de douze clichés par secondes.

Pour en savoir plus

Vous trouverez dans Médic@ de nombreux ouvrages numérisés concernant les travaux de Jules-Étienne Marey.

La BIU Santé y consacre l’exposition virtuelle la science du mouvement et l’image du temps, réalisée sous l’égide de Marta Braun (Ryerson University), à partir des plaques numérisées par le Collège de France. Elle retrace le travail du physiologiste, à travers 473 plaques photographiques.

Fabien LAFAGE

Le fichier Jacques Léonard dans la Base biographique

Des manuscrits dans la base de données

Comme nous l’avons indiqué il y a peu, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé a récemment rénové sa Base biographique, qui contient actuellement 51 000 noms de médecins ou de personnes ayant un rapport avec la santé en général.

Nous venons de charger un nouveau lot dans la Base biographique. Il s’agit de 4330 fiches réalisées par Jacques Léonard, historien de la médecine décédé en 1988 (cotes : Ms 5531-1 à -3 et Ms 5531-5 pour le fichier). Ces fiches manuscrites, au format A5, rangées initialement dans des boîtes à chaussures, sont le résultat de l’immense dépouillement d’archives réalisé par Jacques Léonard pour ses thèses (Les médecins de l’ouest au XIXe siècle, thèse d’État, Paris IV, Paris, 1978, et Les Officiers de santé de la Marine française de 1814 à 1835, thèse de doctorat 3ème cycle, Rennes, 1967). Elles donnent des informations brutes sur des médecins pour la plupart peu connus, et dont l’immense majorité n’était pas présents notre Base biographique – en somme, tous les petits bonshommes qui ont mis en œuvre la médecine réelle dans l’Ouest de la France au XIXe siècle, et dans la Marine au début du même siècle.

Ces informations devraient être utiles notamment aux historiens de la médecine, aux historiens locaux, et aux généalogistes.

Le chargement des fiches de Jacques Léonard rend hommage à la générosité de Mme Jacqueline Léonard, donatrice de cet ensemble. Il constitue une valorisation effective des données de la recherche, une notion fort à la mode dans les discussions entre professionnels de la documentation.

Par ailleurs, il va dans le sens de la valorisation de données hétérogènes, qui est une particularité de notre Base biographique : elle contient en effet aussi bien des notices biographiques sous différentes formes, que des références bibliographiques d’articles ou de livres consultables sur place, des liens hypertextes vers des imprimés numérisés à la BIU Santé ou ailleurs, des portrait ou bien, comme dans ce cas, des liens vers des documents manuscrits numérisés.

Les manuscrits sont ainsi rendus directement utilisables alors que d’ordinaire, l’accès à ce type de documents étant un peu difficile (unicité, visibilité généralement plus faible que celle des imprimés, difficultés de lecture, etc.), ils sont sous-exploités.

L’hétérogénéité de notre base n’est bien sûr pas un mérite en soi. Elle prend seulement acte du fait que les données biographiques sont de nature hétérogène. L’usager ne cherche pas un livre, un article numérisé ou un manuscrit : il cherche de l’information biographique, sous quelque forme que ce soit.

La plupart du temps, les fiches de Jacques Léonard sont lisibles et compréhensibles. Elles ont cependant été écrites pour lui-même et non pour la diffusion : certaines indications codées ne nous sont pas intelligibles.

Il n’en reste pas moins que la masse importante de données présentée ici servira aux chercheurs, nous n’en doutons pas.

Jean-François Vincent

Service d’histoire de la santé

Exposition virtuelle sur la maladie de Parkinson

C’est en 1817 que ce qui allait devenir «la maladie de Parkinson» a été décrit pour la première fois, par le médecin anglais du même nom.

Le King’s College de Londres a organisé fin 2017 une exposition sur ce thème, Parkinson of the disease, pour les 200 ans de cette publication. À cette occasion, la BIU Santé a fourni quelques images de la thèse de Constantin Tretiakoff de 1919 sur ce même sujet.

 

Cette exposition est désormais consultable en ligne, sur le site du King’s College. Avec les extraits de la thèse de Tretiakoff prêtés par la BIU Santé.

Fabien Lafage

En savoir plus

Documents sur la maladie de Parkinson dans notre bibliothèque numérique Medic@

Clichés en lien avec la maladie de Parkinson dans notre banque d’images

Les photographies de dermatologie de Félix Méheux

Notre banque d’images (plus de 230.000 clichés libres de droits pour la plupart) s’enrichit encore de nouvelles collections en provenance de l’hôpital Saint-Louis.

Le service des archives de l’AP-HP a reçu en 2012 les archives du Musée des moulages et de la bibliothèque Henri-Feulard de l’hôpital Saint-Louis. Parmi celles-ci, de nombreuses photos réalisées par Félix Méheux (1838-1908) : 194 images dont 146 tirages sur papier albuminé collés sur carton et 36 photographies aquarellées. Cette collection appartient autant à l’histoire d’une technique (la photographie) qu’à celle d’une discipline médicale (la dermatologie).

La production de Félix Méheux s’inscrit dans un contexte particulier à l’hôpital Saint-Louis, celui de la restauration de l’influence de l’école française de dermatologie à la fin du XIXe s. L’utilisation de la photographie permet d’illustrer les cas cliniques publiés dans les revues. Support essentiel pour l’enseignement et la recherche clinique, elle restitue avec exactitude et à un coût moindre la réalité. Le noir et blanc des clichés est parfois réhaussé à l’aquarelle pour donner une image fidèle du sujet.

Sans formation scientifique ou médicale, Félix Méheux intervient pendant plus de dix ans au tournant du XXe siècle, à l’hôpital Saint-Louis à la demande des médecins. Il collabore également avec d’autres hôpitaux (Broca, Hôtel-Dieu) ou l’Institut Pasteur. Les photographies de syphilis, alors préoccupation quotidienne des dermato-syphiligraphes, représentent une part significative de la collection.

En 2017, les archives de l’APHP ont fait numériser ces documents : à la fois pour préserver ces archives fragiles, et pour les diffuser plus largement : c’est le cas depuis le mois de juin sur le site de la BIU Santé, à l’adresse suivante.

Elles viennent s’ajouter aux autres numérisations issues du musée de l’hôpital Saint-Louis

En savoir plus

Présentation du fonds sur le site de la BIU Santé (rubrique Les collections de dermatologie de l’Hôpital Saint-Louis)

L’ensemble des documents numérisés sur le site de la BIU Santé

Félix Méheux, artiste dermatographe, dans « Patrimoine en revue », publication de l’APHP.

Un exemplaire exceptionnel des Reports of medical cases de Richard Bright (1789-1858)

Richard Bright, parmi de nombreuses autres contributions à la médecine et à la science, est célèbre pour ses travaux sur la pathologie du rein.

Portrait de Richard Bright (1789–1858). In: Thomas Joseph Pettigrew, Medical Portrait Gallery vol. 2 (1838) [Source: Wikimedia]
Célèbre ? Il a été à vrai dire plutôt dédaigné par l’histoire de la médecine en langue française.

L’importance de Bright fut pourtant très grande, et reconnue par ses contemporains, notamment français. Un compte rendu détaillé des “recherches sur l’hydropisie dépendant d’un état morbide des reins” (sur le premier volume des Reports of medical cases, 1827) paraît en 1830 dans les Archives générales de médecine. L’œuvre de Bright est abondamment discutée par Pierre François Olive Rayer (1793-1867) dans son important Traité des maladies des reins (1839-1841), et c’est à partir de 1831 que le même Rayer a travaillé sur ce sujet ou qu’il a fait travailler ses élèves de la Pitié. Toute l’œuvre de Bright fit à sa mort l’objet d’un long article d’Ernest Charles Lasègue (1816-1883) : Richard Bright, sa vie et ses œuvres. In : Archives générales de médecine, 1859, p. 257-274. “C’est un devoir pour la presse médicale, y écrivait-il en introduction, de rendre un dernier hommage à un médecin si justement illustre, et dont le nom restera éternellement attaché à une des plus grandes découvertes pathologiques de notre temps”. Cet article de Lasègue est à ma connaissance le plus long travail en français consacré à Bright.

Continuer la lecture de « Un exemplaire exceptionnel des Reports of medical cases de Richard Bright (1789-1858) »

Expo Zanzucchi : Trace et lumière des simples et portraits d’insectes

En plus des Illuminures à la mairie du 17e arrondissement de Paris, Pierre Zanzucchi expose également dans le sud de la France : «Trace et lumière des simples et portraits d’insectes».

Cette nouvelle exposition a lieu à l’Harmas Jean-Henri-Fabre (site du Muséum d’histoire naturelle de Paris), à Sérignan-du-Comtat du 18 mai au 31 octobre 2018.

Cette bâtisse fut la «dernière demeure du grand scientifique et écrivain du 19ème siècle. Propriété classée Monument  Historique et Maison des Illustres, c’est le lieu où Fabre a observé les insectes et rédigé la plupart de son œuvre littéraire foisonnante. Il y a peint aussi quelques 600 aquarelles de champignons, rassemblé plus de 20 000 planches d’herbier léguées avec sa demeure au Muséum.»

En plus des peintures issues de l’herbier du pôle Pharmacie de la BIU Santé, l’artiste expose des portraits d’insectes inspirées des souvenirs entomologiques de Fabre. En outre, le visiteur pourra se promener dans le jardin remarquable, riche 20 arbres historiques et de 500 espèces végétales différentes plantées par le naturaliste.

En savoir plus

Le site de Pierre Zanzucchi

La page de l’exposition sur le site de l’Harmas

L’exposition virtuelle, Vies d’herbier, par Pierre Zanzucchi

L’exposition Zanzucchi «Trace et Lumière des simples» au musée d’Histoire de la médecine (2017)

Harmas Jean-Henri-Fabre, 445, route d’Orange
Sérignan-du-Comtat, Provence-Alpes-Côte-d'Azur
84830
FR

Le Syndrome de Garcin : une thèse (1927), un récit (2018)

Fin mars 2018, le récit de Jérôme Garcin, «Le Syndrome de Garcin», a reçu le prix «Humanisme et Médecine», créé en 2001 par le Collège Français de Pathologie Vasculaire, dont le thème, cette année, était : «La médecine, une histoire de famille ?»

Issu de deux lignées ancestralement vouées  à l’exercice et à l’enseignement de la médecine comme à un sacerdoce, Jérôme Garcin (Le Masque et la plume, Le Nouvel Obs) retrace la généalogie de ses ancêtres.

«Familles hippocratiques», par alliance chez les Garcin, de père en fils chez les Launay, perpétuant une  tradition endogamique, dont  les deux éminents grands-pères  de l’auteur sont issus : Raymond Garcin (1897-1971) le neurologue et Clément Launay (1901-1992),  pédopsychiatre.

«Premier de cordée», Alexis Boyer (1757-1833), fils d’un tailleur et d’une mercière, du fond de sa Corrèze «ignorait encore le protocole que sa fille allait inaugurer puisqu’il épousa Gabrielle-Adélaïde Tripot, la fille d’une blanchisseuse qui le soigna d’une fièvre typhoïde avec un simple bouillon de légumes». Ayant gagné Paris, il  devint professeur, chirurgien et baron d’Empire, donna en mariage sa fille Adélaïde à un professeur de pathologie chirurgicale, inaugurant cette dynastie de gendres, à la fin de laquelle le grand-père paternel tant aimé de Jérôme, le neurologue Raymond Garcin, s’inscrira comme sixième du genre.

Collection BIU Santé Médecine  Collection de portraits : Garcin, Raymond M. Mathieu J.
Réf. image : CIPB1710

Nostalgique de son île natale de la Martinique, Raymond Garcin, lycéen puis étudiant  boursier à Paris, affronte la 1ère Guerre mondiale, puis démobilisé, devient externe et interne dans le service du Professeur  de Clinique des maladies du système nerveux, Georges Guillain, à la Salpêtrière. Celui-ci, appréciant à leur juste valeur ses qualités morales et médicales, ne tarde pas à lui accorder la main de sa fille aînée.

Raymond Garcin fonde sa spécialisation de neurologiste sur une très grande culture générale, qu’attestent le nombre et la valeur de ses publications de pure pathologie médicale en rapport avec la neurologie. Sa thèse sur le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs crâniens (1927) deviendra classique en quelques années sous le nom de syndrome de Garcin.

De la cruelle expérience de la deuxième guerre mondiale sortira, en 1942, Traitement des blessures et des lésions traumatiques crânio-cérébrales récentes, prix Montyon de Médecine et de Chirurgie de l’Académie des Sciences. L’humanité de Raymond Garcin, à la IIIème armée, devient légendaire et ne le quittera pas dans sa pratique. «Écoutez vos malades, ce sont vos seuls maîtres.»

L’année 1948, capitale pour lui, marque son retour définitif à la Salpêtrière, division Mazarin, où il dirige bientôt un service pilote  et crée une unité de microscopie électronique, qu’il dirigera toujours après sa retraite en 1968. Ses fonctions, professeur titulaire d’une  chaire  de clinique neurologique, secrétaire général de la Société de neurologie, vice-président de congrès neurologiques internationaux, membre de l’académie de Médecine, son œuvre publiée, importante et variée, sont à mettre au premier plan.

Même lorsqu’il se détendait en famille, en peignant d’après nature à Saint-Laurent-sur-Mer, en compagnie de son petit-fils Jérôme, «ce sémiologue ne se reposait jamais […] le monde était pour lui un malade menacé dont, en même temps, il fixait la beauté provisoire, diagnostiquait le symptôme et voulait absolument traduire le silence». On rapporte que «ses examens sémiologiques, où il faisait preuve d’une « patience contemplative presque irritante », avaient toujours la précision et l’élégance d’une « œuvre d’art »».

Clément Launay, grand-père maternel de l’auteur, est, quant à lui, spécialisé en médecine  puis en neuro-psychiatrie pour les enfants, chef de service à l’hôpital Hérold, professeur à la faculté de médecine de Paris, membre de l’Académie nationale de médecine. Les deux hommes se sont croisés, rencontrés sans être intimes.

Il avait lu Freud, était l’ami de Françoise Dolto, entreprit une psychanalyse et cherchait dans le milieu familial «la source des régressions intellectuelles, des stagnations affectives de l’enfant, de ses troubles du comportement et du langage». Clément Launay fonda  le premier centre médico-psycho-pédagogique et se consacra également à la question de l’adoption.  Il demandait à la psychiatrie de traiter différemment les adultes et les enfants, dont il avait le souci de favoriser la personnalité, l’originalité, ambitionnant de «préparer le petit d’homme à exercer plus tard sa pleine liberté, et de ne jamais empêcher un destin de s’accomplir».

Ces deux personnages, intimement liés à l’enfance et à la jeunesse de l’auteur, donnent lieu à des portraits attachants en même temps qu’au  panégyrique d’une tradition médicale qui place l’humain, l’humanité, l’humanisme au centre de sa pratique et de son éthique. Et qui possède sa propre temporalité, distincte des grandes dates du calendrier national – cours, publications, congrès,  ses hauts-lieux – La Salpêtrière, l’Hôtel-Dieu, Laennec, Bicêtre, Trousseau, Hérold, l’académie de Médecine…

Launay, Clément  Collection BIU Santé Médecine : Collection de portraits. Réf. image : CIPB1900

Et Jérôme Garcin, dont la vie a été précocement marquée par les deuils familiaux, qu’il exorcise en écrivant, de conclure : «Quelle consolation ou quelle argumentation, enfin, suis-je donc allé chercher en visitant cette dynastie de mandarins ? Peut-être l’idée toute simple que si soigner, c’est sauver des vies, écrire, c’est les prolonger.»

Emmanuelle Prévost

Bibliographie

Ouvrages de Raymond Garcin et Clément Launay disponibles à la BIU Santé, ou accessibles en ligne, bibliothèque Medic@ :

Raymond GARCIN

  1. Garcin R. Physiologie normale et pathologique des nerfs crâniens: trijumeau, nerf vestibulaire glosso-pharyngien, pneumogastrique, spinal et grand hypoglosse. Paris: Masson; 193X.
  2. Garcin R. Le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs craniens: contribution à l’étude des tumeurs de la base du crâne thèse pour le Doctorat en médecine [Internet]. [Paris]: A. Legrand; 1927. Disponible sur: http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?epo1111
  3. Garcin R. Les ataxies: rapport de neurologie. Paris: Masson et Cie; 1933.
  4. Garcin R, Bertrand I. Etude anatomo-clinique d’un cas d’hémiballismus. Lésion dégénérative du corps de Luys et de la zona incerta. Poitiers: Société française d’imprimerie et de librairie; 1933.
  5. Garcin R, Bertrand I, Frumusan P. Etude anatomo-clinique d’un cas de syndrome de Parinaud et de myoclonies rythmiques du voile du palais. Paris: Masson; 1933.
  6. Garcin R, Bertrand I, Thévenard A, Schwob RA. Sur un cas de melanoblastome diffus primitif des centres nerveux: étude anatomo-clinique. Paris: Masson; 1933.
  7. Garcin R, Chevalley M, Bize R. Etude anatomique d’un cas de dysostose cranio-faciale. Maladie de Crouzon. Paris: s.n.; 1934.
  8. Garcin R, Halbron P. Contribution à l’étude des migraines accompagnées et en particulier de la physiopathologie des migraines ophtalmiques accompagnées. Paris: Masson; 1934.
  9. Garcin R, Petit-Dutaillis D, Sigwald J. Tumeur latente de l’angle fronto-cerebelleux révélée tardivement par un syndrome de sclérose en plaques aiguë sur la valeur diagnostique. Paris: Masson; 1934.
  10. Garcin R, Bertrand I. Etude expérimentale des lésions du névraxe consécutives aux chocs anaphylactiques répétés et aux injections réitératives espacées d’albumine étrangère: Sur quelques considérations pathogéniques applicables à la pathologie humaine. Paris: s.n.; 1935.
  11. Garcin R, Bertrand I, Laplane R. Sur certaines lésions histologiques du névraxe consécutives aux chocs anaphylactiques et aux injections réitératives espacées d’albumines étrangères chez l’animal. Paris? s.n.; 1935.
  12. Garcin R, Bertrand Y, Petit-Dutaillis D. Compression medullaire par épidurite chronique staphylococcupie chez une diabétique. Paris: Masson; 1935.
  13. Garcin R, Kipfer M. Réaction pupillaire tonique à la convergence et immobilité à la lumière au cours d’une paralysie unilatérale de la IIIe paire associée à une double atteinte trigémellaire: Excentration marquée et de topographie variable de la pupille au repos. Paris: Masson; 1935.
  14. Garcin R, Rouguès L, Laudat M, Frumusan. Syndrome thomsenien et syndrome mysoedemateurx cliniquement associés: début simultané et évolution parallèle Etude clinique. Paris: Masson; 1935.
  15. Garcin R. Sclérose en plaques familiale ou paraplégie spasmodique familiale à forme de sclérose en plaques. Paris: Masson; 1936.
  16. Garcin R, Deparis M, Hadji-Dimo A. Hémiplégie spasmodique de l’adulte avec atrophie musculaire tardive considérable: Contribution à l’étude pathogénique des atrophies musculaires de l’hémiplégie cérébrale de l’adulte. Paris: Masson; 1936.
  17. Garcin R, Kipfer M. A propos du phénomène de l’excitation pupillaire variable. Paris: Masson; 1936.
  18. Garcin R, Darquier J, Tiret J. Sur deux cas de cataplexie. Paris: Masson; 1937.
  19. Garcin R, Legrand G, Bernard P. Sur un cas de fissures osseuses symétriques imulant des fractures spontanées (syndrome de Milkman) d’étiologie inconnue avec guérison clinique et réparation radiographique sous l’influence d’un traitement calcique et vitaminé. Sur l’intérêt pronostique de la connaissance de ce syndrome. Paris: s.n.; 1937.
  20. Garcin R, Varay A, Hadji-Dimo A. Effondrement vertébral aigu au cours d’une maladie osseuse de Paget. Quadriplégie transitoire. Syndrome de Brown-Séquard résiduel. S. l.: Hadji-Dimo; 1937.
  21. Garcin R. Contribution à l’étude semeiologique des tremblements, intentionnels et des hyperkinésies volitionnelles. Paris: Masson; 1938.
  22. Garcin R, Varay A, Hadji-Dimo A. Document pour servir à l’étude des troubles du shéma corporel (sur quelques phénomènes moteurs, gnosiques et quelques troubles de l’utilisation des membres du côté gauche au cours d’un syndrome temporo-pariétal par tumeur, envisagés dans leurs rapports avec l’agosognosie et les troubles du shéma corporel). Paris: Masson; 1938.
  23. Garcin R, Kipfer M. Syndrome de Claude Bernard – Horner et troubles oculo-sympathiques dans les lésions du thalamus optique. Paris: Masson; 1939.
  24. Garcin R, Guillaume J. Traitement des blessures et des lésions traumatiques cranio-cérébrales récentes. Paris: Masson et Cie, libraires de l’Académie de médecine; 1942.
  25. Garcin R, Pestel M. Thrombo-phlébites cérébrales. Paris: Masson; 1949.
  26. Garcin R. Titres et travaux scientifiques du Dr Raymond Garcin. Paris: Masson; 1953.
  27. Garcin R, Oeconomos D. Les aspects neurologiques des malformations congénitales de la charniere cranio-rachidienne. Paris: Masson; 1953.
  28. Garcin R. Addendum aux titres et travaux scientifiques (1953-1960) du Dr Raymond Garcin. Paris: Masson et Cie; 1960.
  29. Garcin R, Zülch KJ, Lazorthes G. Pathologie vasculaire de la moelle: Rapports presentés à la XXVe Réunion Neurologique Internationale (Paris, 5-6 juin 1962). Paris: Masson et Cie; 1962.
  30. Godlewski S, Dry J, Garcin R. Les anomalies congénitales de la charnière cervico-occipitale. Paris: Expansion scientifique française; 1964.
  31. Garcin R. Le syndrome paralytique unilatéral global des nerfs craniens: contribution à l’étude des tumeurs de la base du crâne thèse pour le Doctorat en médecine [Internet]. [Paris]: BIUM; 2003. Disponible sur: http://www.bium.univ-paris5.fr/histmed/medica/cote?epo1111
  32. Garcin R. Bibliothèque numérique Medic@ – BIU Santé, Paris [Internet]. [cité 3 mai 2018]. Disponible sur: http://www.biusante.parisdescartes.fr/histoire/medica/resultats/index.php?do=fullsearch&tout=garcin+raymond&op=OU&tout2=garcin+raymond&statut=charg

Clément LAUNAY

  1. Launay C. Des tumeurs adénoïdes ou hypertrophies partielles de la mamelle. [Paris]: Imp. Rignoux; 1863.
  2. Launay C. Contribution à l’étude clinique et biologique de la maladie de Charcot et de ses formes anormales. [Paris]: A. Legrand; 1931.
  3. Launay C, Lemoyne de Morgues J, Laurence G. Précis de médecine infantile. Paris: Masson; 1948. (Collection de précis médicaux).
  4. Launay C, Soulé M. L’Adoption: ses données psychologiques et sociales. Paris: Ed. Sociales françaises; 1954. (Problèmes humains, techniques sociales).
  5. Launay C, Duché D-J. L’enfant physiquement handicapé: rôle médico-social du médecin. Paris: Doin & Cie; 1958. (Bibliothèque de thérapeutique médicale).
  6. Launay C. L’hygiène mentale de l’écolier: de 6 à 10 ans. Paris: Presses universitaires de France; 1959. (Paideïa).
  7. Launay C, Grenet P, Verliac F. Précis de médecine infantile. 2. éd. entièrement nouv. Paris: Masson; 1961.
  8. Launay C. Dyslexie. Paris: Choay; 1966. (Les Monographies Choay).
  9. Launay C, Houzel D. Dyslexie. Paris: Laboratoire Choay; 1968. (Les monographies Choay).
  10. Launay C, Soulé M, Veil S. L’adoption: données médicales, psychologiques et sociales. 3. éd., revue et mise à jour. Paris: Editions sociales françaises; 1968.
  11. Launay C, Davy C, Col C. Les enfants difficiles dans l’exercice journalier de la médecine praticienne. Paris: Maloine; 1969. (Pour le praticien).
  12. Launay C (1901-1992) A du texte, Borel-Maisonny S (1900-1995) A du texte. Les troubles du langage, de la parole et de la voix chez l’enfant (2 éd. revue et corrigée) / par Clément Launay et S. Borel-Maisonny ; avec la collaboration de A. Brauner, F. Brauner, Cl. Brocard, C. Chevrie… [etc.] [Internet]. Paris: Masson; 1975 [cité 27 avr 2018]. Disponible sur: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k48148712
  13. Launay C, Borel-Maisonny S. Les troubles du langage, de la parole et de la voix chez l’enfant. 2e édition revue et corrigée. Paris: Masson; 1975.

Don Flandrin : la correspondance d’un étudiant en pharmacie au milieu du XIXe siècle

Autoportrait au fusain de Joseph III Flandrin, 1874

La BIU Santé a récemment accueilli dans ses collections un fonds d’archives retraçant le parcours professionnel, politique et familial de Joseph III Flandrin (1837-1903), pharmacien originaire de Grenoble. Cet ensemble d’archives a été donné à la bibliothèque par l’un de ses descendants, Georges Flandrin, médecin et hématologue ayant effectué sa carrière aux hôpitaux Saint-Louis et Necker à Paris. Il documente plus particulièrement la période étudiante de la vie de Joseph Flandrin et la correspondance que celui-ci entretenait avec son père, percepteur et botaniste.

Joseph Flandrin appartient à une famille grenobloise composée d’artistes et de médecins. Il s’oriente vers des études de pharmacie qu’il effectue à l’École supérieure de pharmacie de Paris de 1860 à 1864, Il effectue son internat à l’hôpital Lariboisière puis à l’Hôtel-Dieu, avant de retourner dans sa région d’origine pour exercer en officine. A partir des années 1870, il s’engage dans plusieurs sociétés de secours mutuel et participe à diverses  commissions municipales portant notamment sur des questions de santé publique, telles que le travail des enfants.

Groupe d’internes en pharmacie de l’hôpital Lariboisière, 1863

Le fonds d’archives se compose majoritairement de lettres échangées entre Joseph et son père durant ses années d’études à Paris de 1861 à 1864. La fréquence et le contenu de ces lettres témoignent de l’étroite relation qui existait entre les deux correspondants. Les fondements de cette relation sont non seulement familiaux mais également intellectuels et économiques : Joseph est dépendant financièrement de sa famille. S’il reçoit plus de lettres de son père qu’il ne lui en envoie, il se montre néanmoins fort loquace dans ses écrits : il aborde le contenu académique de sa formation, les multiples événements qui ponctuent sa scolarité, comme par exemple la visite d’une délégation étrangère. Il n’omet pas non plus des questions plus triviales, telles que l’argent dont il a besoin pour faire retoucher son costume. Ses lettres fourmillent de détails et anecdotes et constitue ainsi une véritable chronique de la vie d’un étudiant parisien au milieu du XIXe siècle.

Joseph Flandrin par Auguste Mollard

Les correspondants de Joseph Flandrin se diversifient avec le temps. Il commence ainsi à échanger à partir de 1863 avec Adèle Ricard, mère de sa future épouse et fille d’un pharmacien d’officine à Grenoble. Le fonds d’archives documente également ses jeunes années au collège du Pont de Beauvoisin puis au lycée de Grenoble, ainsi que la période plus tardive de sa vie, évoquant ses multiples engagements politiques et scientifiques. Une photographie des internes en pharmacie de l’hôpital Lariboisière en 1863 ainsi qu’un autoportrait au fusain complètent et illustrent ces archives familiales.

Le fonds Georges Flandrin est actuellement en cours d’inventaire et de numérisation à la BIU Santé. Un mémoire d’étude en histoire de la pharmacie exploitant ces sources inédites est également en cours de rédaction. Pour toute question relative aux conditions d’accès à ce fonds, vous pouvez écrire à info-hist@biusante.parisdescartes.fr.

Nous profitons de cette publication pour remercier à nouveau Monsieur Georges Flandrin ainsi que son épouse pour leur don à la BIU Santé, pour l’accueil qu’ils nous ont réservé et pour toutes les informations relatives à l’histoire de leur famille et de leur collection qu’ils nous ont communiquées.

Pour en savoir plus sur la famille Flandrin :

  • Senot-Tercinet, Marie-Amélie. Jules Flandrin : examen sensible : œuvres de 1889-1914. [Exposition. Grenoble. Musée de l’ancien évêché. 2008-2009]. Lyon, Libel, 2008. Disponible sur Issuu : https://issuu.com/libel/docs/flandrin_issuu (consulté le 2 mai 2018).

Catherine Blum