François Delaporte (1941-2019)

Nous apprenons avec tristesse le décès du Professeur François Delaporte, survenu ce 29 mai.

François Delaporte, 2017. Universidade Federal de Goiás

François Delaporte était l’ami de la bibliothèque. Il était aussi aimé de ceux des bibliothécaires qui le connaissaient, du magasinier au directeur. 

Ses passages au service d’histoire de la médecine, dont nous étions privés depuis trop de mois, étaient un plaisir. Avec François Delaporte entraient un humour et une chaleur humaine originaux, séduisants et sans arrogance. Son savoir, qui était grand, s’accompagnait occasionnellement d’une capacité à se prendre les pieds dans les cotes qui nous donnait  l’impression agréable de lui servir à quelque chose. Il ne lisait pas la même chose que tout le monde, et il lisait beaucoup. – Il était enfin de ces gens pour qui il vaut la peine de maintenir une grande bibliothèque, parce qu’ils lisent vraiment les livres et qu’ils en font un miel à eux. 

Ses conseils, qu’il donnait sans façons et sans attendre de contrepartie, ont été précieux pour prendre bien des décisions petites ou grandes. Et pour la BIU Santé, il aura été le compagnon des bons comme des mauvais jours.

La bibliothèque lui doit aussi le don récent d’une partie de sa bibliothèque de travail (2017).

De plus savants que nous rendront hommage à son œuvre. Il nous manquera beaucoup et nous chérissons sa mémoire.

Jean-François Vincent
Service d’histoire de la santé


Philosophe, historien des sciences de la vie et de la médecine, François Delaporte était professeur à l’Université de Picardie Jules-Verne à Amiens. Il fit sa thèse sous la direction de Michel Foucault, et fut l’élève et le secrétaire de Georges Canguilhem.

Quelques titres de livres parmi ses œuvres donneront une idée de ses thèmes de recherche :

  • Histoire de la fièvre jaune : naissance de la médecine tropicale. (Préface de Georges Canguilhem.) Paris : Payot, 1989.
  • Le savoir de la maladie : essai sur le choléra de 1832 à Paris. Paris : Presses universitaires de France, 1990.
  • La maladie de Chagas : histoire d’un fléau continental. Paris : Ed. Payot & Rivages, 1999.
  • Anatomie des passions. Paris : Presses universitaires de France, 2003.
  • Figures de la médecine. (Préface d’Emmanuel Fournier.) Paris : les éditions du Cerf, 2009.
  • Duchenne, Guillaume-Benjamin. La fabrique du visage : de la physiognomonie antique à la première greffe : avec un inédit de Duchenne de Boulogne. Turnhout : Brepols, cop 2010.
  • Transplanter : une approche transdisciplinaire : art, médecine, histoire et biologie ; sous la direction de François Delaporte, Bernard Devauchelle et Emmanuel Fournier. Paris : Hermann, 2015.

Collaborations récentes :

  • Dictionnaire de la pensée médicale, publié sous la direction de Dominique Lecourt. Paris, France : Presses universitaires de France, 2004.
  • Foucault, Michel. Œuvres. I ; édition publiée sous la direction de Frédéric Gros. Paris : Gallimard, 2015. (Bibliothèque de la Pléiade).

Des pirates belges pour achever les Dievx de la BIV

Les DieVx de la BIV bouclent la boucle. Ils ont commencé le 1er avril 2016  avec un «super original» de Bourgery : un dessin de Jacob en vue du grand Traité complet de l’anatomie de l’homme comprenant la médecine opératoire. Ils saluent finalement la galerie avec des reproductions de reproductions de reproductions (mais rares, quand même) du même Bourgery : des «contrefaçons belges» de l’Anatomie élémentaire.

Télécharger le calendrier de décembre 2018.

La bibliothèque vient d’acquérir chez deux libraires parisiens quelques exemples de planches en couleur de l’Anatomie élémentaire de Jean-Marc Bourgery (1797-1849), provenant de deux éditions belges contrefaites.

Les trois illustrations ci-dessus à retrouver dans notre banque d’images :

L’original de N. H. Jacob et le texte qui l’accompagne ;

La copie de 1840 ;

La copie de 1853.

Bourgery est un des auteurs majeurs de l’anatomie du XIXe siècle. Il a fait appel à de brillants dessinateurs spécialisés,  en particulier Jacob et Léveillé, qui ont contribué à placer au plus haut les standards de qualité de l’iconographie dans leur domaine. Les deux éditions de son Traité – la première en noir et blanc (Paris : C. Delaunay, 8 vol., 1831-1846[1]); la seconde, posthume, en couleur (Paris : L. Guérin, 9 vol., 1866-1871[2]) – sont des chefs-d’œuvre, qui ont marqué l’iconographie anatomique, et qui sont peut-être les plus beaux exemples de la production éditoriale médicale, tout à fait remarquable, de cette époque.

En marge de la première édition du grand Traité, l’éditeur Crochard a produit une Anatomie élémentaire, constituée de vingt planches de très grand format (89 x 52 cm). Il me semble qu’on nommerait cela un produit dérivé, aujourd’hui. Comme c’était souvent le cas, deux présentations étaient proposées à la vente : en noir et blanc, et coloriée (un coloriage qui, à cette époque, se faisait à la main, dans des ateliers spécialisés[3]). La bibliothèque possédait déjà un exemplaire en noir et blanc complet (Paris : Crochard, 1836-1839[4]), et six planches en couleur imprimées et coloriées à Paris[5].

Mais le succès du Bourgery a dépassé les frontières : au plus tard en 1840, la Société typographique belge Ad. Wahlen et Cie[6] a contrefait les vingt planches ; un peu plus tard (sans doute vers 1853[7]), l’éditeur Méline, Cams et Cie, associé au Comptoir des éditeurs, fait paraître une autre édition, d’un rendu assez différent. Un autre éditeur encore, la Société encyclographique des sciences médicales, a produit une édition en 1843 ; nous n’en avons pas vu d’exemplaire[8].

Qu’en était-il des droits de propriété intellectuelle? Eh bien, il n’en était pas question (sauf dans les protestations des éditeurs français, naturellement). À cette époque, et jusqu’au début du Second Empire, aucun traité ne protégeait les productions éditoriales. L’industrie de l’édition belge a donc produit légalement un nombre très important d’éditions non autorisées, tout particulièrement à partir de la production éditoriale française.

Myologie. Aponévrologie. Pl. 7. Plan latéral. Bourgery, Jean-Marc. Jacob, Nicolas-Henri. – [Anatomie élémentaire en 20 planches…]. – Bruxelles : Méline Cans et Cie éditeurs, Comptoir des éditeurs (H. Dumont, gérant). Cote BIU Santé : CISD0087
En littérature dans la première partie du XIXe siècle, l’édition belge a même parfois publié en volumes des œuvres dont la parution originale en feuilleton s’achevait à peine dans les journaux français, produisant ainsi des éditions originales (les «préfaçons»[9]). Au point que Jacques Hellemans peut écrire : «Durant toute la première moitié du XIXe siècle, c’est principalement dans les éditions belges que le monde lit les œuvres des écrivains français.»[10] C’est à la littérature seule qu’il pense, pas aux sciences, je crois.

Une convention pour la garantie réciproque de la propriété littéraire et artistique, conclue le 22 août 1852 entre la France et la Belgique[11] et ratifiée le 12 avril 1854[12], transforma profondément la situation au détriment de l’industrie belge, et mit fin au piratage.

«[L’ ]accord impos[a] notamment un inventaire dans les librairies en France et en Belgique des éditions imprimées […]. Un timbre uniforme sera[it] apposé sur tous les ouvrages correspondant dans un délai de trois mois. Au-delà, toute réimpression non autorisée et dépourvue de timbre sera[it] considérée comme illicite[13].» La présence du timbre sec sur nos planches indique qu’elles étaient en vente durant la période où le timbrage était encore possible. Que les âmes sensibles à la protection des droits de la propriété intellectuelle se rassurent donc : la BIU Santé ne peut pas être considérée comme receleuse de contrefaçons illégales, du moins pas à cause de ces planches. Produites quand la loi n’interdisait pas encore de le faire, elles ont été dûment régularisées après la ratification de la loi avant d’être vendues.

La bibliothèque possède des exemples d’autres éditions contrefaites belges dans le domaine scientifique, par exemple l’édition de l’atlas du Traité de phrénologie humaine et comparée de Joseph Vimont[14]. Mais tout compte fait, ces exemples ne paraissent pas très nombreux. La consultation de grands catalogues internationaux ne donne pas non plus l’impression que les contrefaçons belges ont inondé le monde médical. Le sujet serait sans doute à creuser.

Ce qui est sûr, c’est que nos nouvelles planches ne sont pas fréquentes dans les bibliothèques (ni ailleurs sans doute !) Elles témoignent à la fois du succès de l’œuvre de Bourgery, et de l’état du marché éditorial international durant le second quart du XIXe siècle.

Jean-François Vincent

[1] Gallica.
[2] Medic@.
[3] Sur ce sujet, voir l’important projet : Bourgery & Jacob. Dissection d’un atlas anatomique du XIXe siècle. Dirigé par Olivier Poncer, André Bihler et Martial Guédron. (2018 ; consulté le 10 décembre 2018). En ligne sur Internet: http://www.bourgery-jacob.hear.fr
[4] Cote BIU Santé : 1893. Numérisé dans Medic@.
[5] Banque d’images et de portraits.
[6] Cette édition est mentionnée en 1840 dans Delécluze, «Des travaux anatomiques de M. le Docteur Bourgery», IN : Revue de Paris. Bruxelles : Société typographique belge Ad. Wahlen et Cie, 1840.
[7] Cette édition est probablement de 1853 ou 1854 : elle a été coéditée par l’éphémère «Comptoir des éditeurs», dont les productions que l’on peut repérer dans Unicat, le catalogue collectif belge, sont datées de ces deux années.
[8] Le texte de cette édition est accessible dans Google Books.
[9] Sur ce mot. L’éditeur Méline a ainsi publié Le curé de village de Balzac «au moins dix-huit mois avant l’édition parisienne sous forme de livre» (Martyn Lyons. «La contrefaçon belge». IN Histoire de l’édition française, t. 3, p. 272-273).
[10] Dictionnaire encyclopédique du livre. Paris : Cercle de la librairie, 2002 ; t. 1, art. Belgique, p. 240.
[11] Jules Delalain. Législation de la propriété littéraire et artistique ; suivie des Conventions internationales (Nouvelle édition revue et augmentée). Paris: Delalain, 1858.
[12] Le texte est accessible dans Google Books.
[13] Léo Mabmacien. «La contrefaçon belge de livres à l’époque romantique». Blog Bibliomap : le monde autour des livres anciens et des bibliothèques. Consulté le 25 novembre 2018.
[14] Bruxelles : Établissement encyclographique, 1841. En ligne ; à comparer avec l’édition originale de Paris et Londres chez J.-B. Baillière, 1831.

En novembre, les dieVx passent la pommade

Il y a des dieVx à revendre dans le calendrier de ce mois-ci, grâce à un document tout nouvellement acquis par la bibliothèque.

Télécharger le calendrier de novembre 2018.

Jacques André Millot candidat. François Chopart président. De uteri prolapsu. Parisiis : In Regiis chirurgicorum scholis. 1771. Cote BIU Santé : CISE 141

La thèse soutenue au Collège royal de chirurgie le 30 décembre 1771 par Jacques André Millot, sous la présidence de François Chopart, est une grande affiche (96 cm x 67 cm) imprimée sur deux feuilles accolées, dont nous n’avons pas localisé pour l’instant d’autre exemplaire. Elle appartient à la famille des «thèses à image».

Mais qu’est-ce qu’une thèse, qu’est-ce qu’une thèse à image, qu’est-ce qu’une thèse de chirurgie ? Tous ces mots sont des faux amis, qui nous poussent dans les horreurs de l’anachronisme. Qui sont Millot et Chopart, et qu’est-ce qu’entrer au Collège royal de chirurgie ? Que représente enfin cette grande image solennelle ?

[thème de l’image ci-dessous : le réservoir de Bethezda]

Disdier, François-Michel candidat. Jallet Nicolas – René président. Paris, 1750. Une autre thèse à image de la BIU Santé (cliquez dessus pour la numérisation originale). Cote 318, coll. artistiques FMP.

 

Les thèses de l’Ancien régime n’étaient pas ces travaux de recherche parfois monumentaux et normalement originaux qui sont aujourd’hui les «chefs-d’œuvre» réclamés au candidat en échange du plus haut diplôme universitaire, le doctorat. Ni même les mémoires, moins épais et moins souvent originaux, qui sont demandés pour l’obtention du doctorat en médecine. Depuis le Moyen Âge, l’étudiant, à la Faculté de médecine notamment, devait défendre plusieurs thèses au cours de sa formation : c’est-à-dire qu’il devait se soumettre, au cours de cérémonies réglées de plusieurs heures, au feu des questions de ses maîtres et de ses pairs, sur un sujet connu à l’avance. Cette cérémonie  dans certains cas (mais pas dans tous) devait s’accompagner d’une publication. La thèse de médecine écrite compta longtemps cinq paragraphes, pas un de plus ni de moins, sous la forme d’une affiche. En voici un exemple ordinaire du XVIIe siècle :

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Le fichier Jacques Léonard dans la Base biographique

Des manuscrits dans la base de données

Comme nous l’avons indiqué il y a peu, la Bibliothèque interuniversitaire de Santé a récemment rénové sa Base biographique, qui contient actuellement 51 000 noms de médecins ou de personnes ayant un rapport avec la santé en général.

Nous venons de charger un nouveau lot dans la Base biographique. Il s’agit de 4330 fiches réalisées par Jacques Léonard, historien de la médecine décédé en 1988 (cotes : Ms 5531-1 à -3 et Ms 5531-5 pour le fichier). Ces fiches manuscrites, au format A5, rangées initialement dans des boîtes à chaussures, sont le résultat de l’immense dépouillement d’archives réalisé par Jacques Léonard pour ses thèses (Les médecins de l’ouest au XIXe siècle, thèse d’État, Paris IV, Paris, 1978, et Les Officiers de santé de la Marine française de 1814 à 1835, thèse de doctorat 3ème cycle, Rennes, 1967). Elles donnent des informations brutes sur des médecins pour la plupart peu connus, et dont l’immense majorité n’était pas présents notre Base biographique – en somme, tous les petits bonshommes qui ont mis en œuvre la médecine réelle dans l’Ouest de la France au XIXe siècle, et dans la Marine au début du même siècle.

Ces informations devraient être utiles notamment aux historiens de la médecine, aux historiens locaux, et aux généalogistes.

Le chargement des fiches de Jacques Léonard rend hommage à la générosité de Mme Jacqueline Léonard, donatrice de cet ensemble. Il constitue une valorisation effective des données de la recherche, une notion fort à la mode dans les discussions entre professionnels de la documentation.

Par ailleurs, il va dans le sens de la valorisation de données hétérogènes, qui est une particularité de notre Base biographique : elle contient en effet aussi bien des notices biographiques sous différentes formes, que des références bibliographiques d’articles ou de livres consultables sur place, des liens hypertextes vers des imprimés numérisés à la BIU Santé ou ailleurs, des portrait ou bien, comme dans ce cas, des liens vers des documents manuscrits numérisés.

Les manuscrits sont ainsi rendus directement utilisables alors que d’ordinaire, l’accès à ce type de documents étant un peu difficile (unicité, visibilité généralement plus faible que celle des imprimés, difficultés de lecture, etc.), ils sont sous-exploités.

L’hétérogénéité de notre base n’est bien sûr pas un mérite en soi. Elle prend seulement acte du fait que les données biographiques sont de nature hétérogène. L’usager ne cherche pas un livre, un article numérisé ou un manuscrit : il cherche de l’information biographique, sous quelque forme que ce soit.

La plupart du temps, les fiches de Jacques Léonard sont lisibles et compréhensibles. Elles ont cependant été écrites pour lui-même et non pour la diffusion : certaines indications codées ne nous sont pas intelligibles.

Il n’en reste pas moins que la masse importante de données présentée ici servira aux chercheurs, nous n’en doutons pas.

Jean-François Vincent

Service d’histoire de la santé

Prix 2018 de la SFHM

La Société Française d’Histoire de la Médecine décerne chaque année des prix donnant droit au titre de lauréat de la Société.

Les prix concernent des mémoires de master ou des thèses consacrés à l’histoire de la médecine, publiés ou soutenus, en langue française, durant les 24 derniers mois.

Ces prix sont attribués de la manière suivante :
– l’un au titre d’une thèse de médecine ;
– et l’autre au titre d’une thèse ou d’un mémoire de master émanant d’une faculté ou d’une école « autre que médicale ».

Félix Vicq d’Azyr. Frontispice du Traité d’anatomie et de physiologie (F-A Didot, 1786).

Chaque prix donne droit à une médaille de la Société gravée au nom du lauréat et sera accompagné d’un chèque (d’un montant variable décidé chaque année par le CA), à condition que le candidat assiste à la séance de proclamation et de remise des prix lors de la séance solennelle du mois de mars.

Les candidats doivent envoyer deux exemplaires de leur mémoire ou thèse, accompagnés d’une notice biographique, avant 31 décembre 2018 à l’adresse suivante :

Jean-François Vincent
Bibliothèque Interuniversitaire de Santé
12, rue de l’École-de-Médecine
75270 PARIS Cedex 06

En savoir plus

Pour tout renseignement, contacter Jean-François Vincent, tél : 01 76 53 19 65 ; email : jean-francois.vincent@biusante.parisdescartes.fr

Page de présentation du prix et palmarès des années précédentes

Un exemplaire exceptionnel des Reports of medical cases de Richard Bright (1789-1858)

Richard Bright, parmi de nombreuses autres contributions à la médecine et à la science, est célèbre pour ses travaux sur la pathologie du rein.

Portrait de Richard Bright (1789–1858). In: Thomas Joseph Pettigrew, Medical Portrait Gallery vol. 2 (1838) [Source: Wikimedia]
Célèbre ? Il a été à vrai dire plutôt dédaigné par l’histoire de la médecine en langue française.

L’importance de Bright fut pourtant très grande, et reconnue par ses contemporains, notamment français. Un compte rendu détaillé des “recherches sur l’hydropisie dépendant d’un état morbide des reins” (sur le premier volume des Reports of medical cases, 1827) paraît en 1830 dans les Archives générales de médecine. L’œuvre de Bright est abondamment discutée par Pierre François Olive Rayer (1793-1867) dans son important Traité des maladies des reins (1839-1841), et c’est à partir de 1831 que le même Rayer a travaillé sur ce sujet ou qu’il a fait travailler ses élèves de la Pitié. Toute l’œuvre de Bright fit à sa mort l’objet d’un long article d’Ernest Charles Lasègue (1816-1883) : Richard Bright, sa vie et ses œuvres. In : Archives générales de médecine, 1859, p. 257-274. “C’est un devoir pour la presse médicale, y écrivait-il en introduction, de rendre un dernier hommage à un médecin si justement illustre, et dont le nom restera éternellement attaché à une des plus grandes découvertes pathologiques de notre temps”. Cet article de Lasègue est à ma connaissance le plus long travail en français consacré à Bright.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la Base biographique de la BIU Santé

Une nouvelle version lancée ce jeudi

La Base biographique de la BIU Santé a été restructurée, et sa nouvelle version vient d’être publiée.

La Base biographique de la BIU Santé, le 24 mai 2018

La Base biographique, c’est aujourd’hui un ensemble de 46231 fiches nominatives, et de 83761 sources distinctes. On peut espérer y trouver des informations et des références bibliographiques sur toute personne ayant contribué à l’histoire de la santé, de tous les lieux, de toutes les époques.

 

Réorganisation des données

Sans doute l’usager occasionnel de la Base biographique ne sera-t-il pas bouleversé lors de son prochain passage par le changement qui s’est opéré.

C’est même notre souhait que ses habitudes de recherche ne soient pas trop perturbées. Un outil de recherche doit être aussi simple que possible, et il n’est pas nécessaire qu’il paraisse perfectionné ou innovant, mais seulement qu’il rende le service qu’il doit rendre, et mieux qu’hier si possible.

Donc, notre chercheur percevra peut-être, cela nous l’espérons, une meilleure organisation des données. Il trouvera peut-être que les informations qui sont données sont plus claires et mieux expliquées.

Enrichissements

Un fait essentiel est toujours difficilement perceptible lorsqu’on consulte une base de données : c’est la dimension de ce réservoir d’informations. Sur ce point, nous avons la satisfaction d’annoncer que la nouvelle version contient nettement plus de données que la précédente.

Notamment, le dépouillement systématique de quelques grosses sources biographiques systématiques (par exemple le Dictionnaire historique de la médecine ancienne et moderne d’Eloy (1778), le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales de Dechambre (1864- 1889), ou le Dictionary of medical biography de W. et H. Bynum (2007) comblent des lacunes qui résultaient du mode de constitution de la version précédente de la base biographique. Le développement de celle-ci était en effet, légitimement d’ailleurs et très utilement, fondé surtout sur le dépouillement au fil de l’eau des entrées de documents dans les fonds de la bibliothèque. On y trouvait ainsi et on y trouve toujours des sources rarement citées ailleurs, mais on pouvait regretter que certains noms importants ne soient pas du tout présents, parce que le hasard des publications et des entrées ne les avaient pas fait rencontrer. Ces lacunes devraient être plus rares.

Prise en charge de données hétérogènes

D’autre part, la nouvelle base biographique est structurée pour pouvoir prendre en charge des données de nature très hétérogène. Essayons de nous expliquer.

Et ceci se passait dans des temps très anciens…

À l’origine, la Base biographique de la BIU Santé était un fichier bio-bibliographique. Les fiches, de très petit format, comportaient un nom, quelques informations de base (dates et lieux, profession, parfois quelques indications sur la carrière), et surtout les références bibliographiques de documents imprimés et d’articles présents dans la collection de la bibliothèque.

Ce fichier a été transformé au début de notre siècle en une base de données informatique, sur le même modèle.

Complexification

Puis, peu à peu, grâce aux possibilités offertes par l’informatique, des données assez diverses se sont agglomérées autour de ce noyau principal de références bibliographiques (qui continuait à se développer).

Aux noms des personnes présentes ont été liés les portraits numérisés dans la Banque d’images et de portraits.

On a signalé également des portraits qui n’ont pas fait l’objet d’une numérisation (souvent pour des raisons de droit de propriété intellectuelle), mais qui existent dans la collection.

On y a adjoint, grâce à la coopération de la bibliothèque de l’Académie de médecine, les appartenances à cette compagnie (“Membre de l’Académie de médecine”), ou la présence d’un “Dossier à l’Académie de médecine”. On a versé l’intégralité du contenu du Fichier Laborde, un important dépouillement d’archives effectué sous la direction de Léon de Laborde, garde général des Archives de l’Empire à partir de 1857, qui permet notamment de repérer tout un monde de médecins et de chirurgiens du XVIe et du XVIIe siècles.

Des chercheurs,  Pierre Moulinier et Jean-Marie Mouthon, nous ont permis de charger des dépouillements d’archives et des notices biographiques rédigés par eux.

À mesure que les années passaient, la base de données devenait ainsi plus riche, mais aussi plus compliquée, et plus difficile à gérer et à documenter.

Une hétérogénéité inévitable

Pourtant, il était évident que cette complexité allait encore croître : en effet, le développement de la numérisation, à la BIU Santé et dans le monde, rendait indispensable de pouvoir ajouter à la base biographique une très grande diversité de données directement accessibles en ligne et de partout, et non seulement les nécessaires références aux collections imprimées consultables sur place à la bibliothèque.

C’est cette diversité de données que nous essayons de mieux gérer dans notre nouvelle base en ligne.

On trouvera déjà de très nombreux liens entre la base biographique et les ressources biographiques que fournit la bibliothèque numérique Medic@. Des milliers de liens ont été créés, principalement vers des dictionnaires pour l’instant, et vers les précieux “Titres et travaux scientifiques”, ces curriculum-vitae dont la bibliothèque conserve une riche collection largement numérisée. Mais nous verserons prochainement d’autres ressources.

Dans les prochains mois, la base biographique permettra ainsi d’exploiter le considérable fichier manuscrit que la famille de Jacques Léonard a donné à la BIUM lors du décès de ce chercheur en 1988, qui est constitué par le dépouillement de milliers de dossiers d’archives sur des médecins de l’ouest de la France au XIXe siècle.

Nous travaillons également à repérer dans les périodiques que nous avons numérisés les nécrologies innombrables qu’ils contiennent. Si nous en avions les moyens, nous pourrions également nous attaquer à des ressources qui se trouvent dans d’autres bibliothèques numériques ou bases de données en ligne.

Nous serions heureux de nouer de nouvelles collaborations avec des chercheurs ou des institutions, que ce soit pour signaler des ressources distantes ou pour inclure directement de nouvelles biographies rédigées. Le champ est immense, plus grand que nos forces. L’intérêt permanent du public pour la biographie nous semble justifier des efforts importants.

Les utilisateurs verront également que nous avons fait notre possible pour documenter les dépouillements que nous avons effectués. Il est indispensable d’accumuler des données : il est utile aussi de dire d’où elles viennent, et quelles sont les sources qui ont été exploitées (et donc quelles sont celles qui ne l’ont pas été). De plus, certaines de ces ressources – le fichier Laborde déjà nommé par exemple – ont absolument besoin d’être expliquées : la documentation des sources est une nécessité qui est liée à l’hétérogénéité du contenu. Cet effort de documentation nous est d’ailleurs indispensable à nous aussi, pour savoir où nous en sommes et mieux organiser nos dépouillements.

Une base techniquement plus ouverte

Enfin, la base nouvelle manière est plus ouverte, et nous nous efforcerons de l’ouvrir encore davantage dans la prochaine étape technique de son développement.

Ouverture aux moteurs de recherche

Jusque là, la base biographique appartenait au «web caché», comme on dit : on n’en trouvait pas tout le contenu par l’intermédiaire des moteur de recherche du web comme Google. La nouvelle architecture devrait permettre que les moteurs de recherche viennent lire le contenu de la base, et le proposent donc à leurs utilisateurs, c’est-à-dire à nous tous.

Les identifiants d’autorité à l’horizon

Notre prochaine étape technique, dans la mesure de nos forces, sera de lier nos données avec d’autres jeux de données disponibles, plus précisément d’abord avec ce que les professionnels de la documentation appellent les «données d’autorité».

Les données d’autorité répondent d’abord à un besoin pratique de gestion des collections, en différenciant les homonymes dans les catalogues, ou en liant entre eux les différents noms d’une même personne ; ainsi on peut indiquer quel est le Jean Durand qui a écrit un certain livre (qui n’est pas le Jean Durand qui a écrit tel autre livre) ; et on peut fournir, à celui qui cherche les ouvrages de Jacobus Sylvius, ceux qui sont notés sous le nom de Jacques Dubois.

Mais l’informatique a donné un rôle accru à ces données d’autorité et aux numéros d’identification qui les accompagnent : si vous savez quel est le numéro qui désigne une personne, vous avez en principe la possibilité de joindre ensemble toutes les informations qui contiennent ce numéro d’identification. Par exemple, si vous savez que Sigismond Jaccoud a un identifiant 64023688  dans la base de données internationale VIAF, vous pouvez récupérer les informations qui s’y trouvent liées parce qu’elles utilisent également cet identifiant, notamment les diverses pages Wikipedia (https://en.wikipedia.org/wiki/Sigismond_Jaccoud, https://fr.wikipedia.org/wiki/Sigismond_Jaccoud, etc.), les données de Worldcat Identities, mais aussi les données bibliographiques qui concernent Jaccoud dans les catalogues de bibliothèques, etc. Ce numéro pourrait permettre aussi, en principe, que d’autres outils informatiques viennent à leur tour puiser dans la Base biographique.

L’usage de ces identifiants devrait se développer dans les temps qui viennent : nous espérons que la base biographique est aujourd’hui mieux préparée à s’intégrer dans le paysage documentaire qui se met en place. Le chemin, il faut le dire, est encore un peu long pour nous, mais l’essentiel est de pouvoir le commencer.

Nous comptons sur les utilisateurs pour nous signaler les défauts qu’ils trouveront, et nous faisons appel à leur indulgence critique.

Jean-François Vincent
24 mai 2018

Les Mémoires de la Société de la Faculté de médecine de Paris

La bibliothèque de la Société anatomique de Paris, récemment entrée en dépôt à la BIU Santé, comporte un ouvrage rare et, nous semble-t-il, peu connu.

Il s’agit d’un humble in-octavo à la reliure un peu endommagée, et qui plus est incomplet de ses dernières pages. Il n’y a pas de page de titre.

Une note manuscrite de Bricheteau suscite cependant la curiosité :

Annotation de la main de Bricheteau sur l’exemplaire qui a été donné à la Société anatomique par sa veuve.

« Cet ouvrage est très rare n’ayant été tiré qu’à très peu d’exemplaires n’ayant pas même je crois été mis dans le commerce. »

Si on le feuillette, ce volume de périodique présente un générique vraiment hors du commun. Qu’on en juge par les noms des auteurs des sept mémoires : Laennec, Dupuytren, Candolle, Nysten, Bayle, Deyeux. Seul ce dernier nom est bien oublié. On a là à la fois l’une des premières longues publications de Laennec, sur un sujet – la parasitologie – où on ne connaît pas tellement ses travaux ; et l’une des rares publications de Dupuytren, puisqu’il a laissé très peu de pages.

Continuer la lecture de « Les Mémoires de la Société de la Faculté de médecine de Paris »

La bibliothèque de la Société anatomique de Paris

La Société française de pathologie et l’université Pierre-et-Marie-Curie ont déposé à la BIU Santé les ouvrages qui composaient l’ancienne bibliothèque de la Société anatomique de Paris.

Cet ensemble de livres était conservé au Musée Dupuytren, dans les locaux qu’il occupait depuis 1967, au fond du cloître du 15, rue de l’École-de-Médecine.

Ces livres ont été les derniers objets à quitter les lieux lors de la fermeture du musée, en octobre 2016. Bref déménagement, puisque leur destination était au 12, de l’autre côté de la même rue. Les 270 cotes (SAP 1 à SAP 270), correspondant à des ouvrages publiés de 1565 à 1889, peuvent désormais être consultés à la BIU Santé et sont quasiment tous déjà signalés dans son catalogue. Dans les prochains mois, certains d’entre eux seront en outre numérisés dans la bibliothèque numérique Medic@ (nous tâcherons d’en présenter quelques-uns ici).

Ils rejoignent à la bibliothèque les archives de l’ancienne Société anatomique de Paris, qui y ont été déposées en 2013 et dont l’inventaire et le traitement devraient s’achever dans le courant de 2017. Ces archives peuvent d’ores et déjà être consultées au besoin. La Société française de pathologie et l’actuelle Société anatomique de Paris ont également participé financièrement à l’acquisition du 2e registre des séances de la société, ainsi qu’à la restauration de plusieurs autres volumes. Qu’elles en soient ici remerciées.

La Société anatomique a eu une histoire longue et assez tourmentée [1] . La collection dont il est ici question n’a semble-t-il été constituée que durant la première période de sa seconde vie, je veux dire après sa résurrection en 1826, et sous la très longue présidence de Jean Cruveilhier : les ouvrages publiés après son retrait en 1873 sont des exceptions dans ce petit ensemble.

C’est après la mort de Bichat, en 1802, que des étudiants de médecine brillants, élèves de l’École pratique de médecine, souhaitèrent se réunir pour poursuivre son œuvre tôt interrompue. Poursuivre l’œuvre de Bichat, c’était, selon les termes du compte rendu de la séance inaugurale du 12 Frimaire an XII (= 4 décembre 1803), s’occuper de « l’anatomie de l’homme sain et [de] celle de l’homme malade, [ainsi que de] la physiologie dans l’état de santé et dans celui de maladie » : vaste programme, à accomplir grâce à la nouvelle méthode anatomo-clinique. Des séances hebdomadaires réuniraient les membres de la Société. Des procès verbaux en seraient établis systématiquement.

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