L. latine 157.  >
À Johann Georg Volckamer, le 25 février 1661

[Ms BIU Santé 2007, fo 99 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, à Nuremberg.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous remercie pour votre dernière, ainsi que pour les Disputationes de M. Rolfinck que vous avez envoyées à M. Spon avec les Epistolæ de Reinesius ; [1][2][3][4] mais dites-moi, s’il vous plaît, si ce très savant Reinesius n’a pas écrit un petit livre en latin où il a trouvé bon licere Medico ægris suis interdum exhibere medicamenta quædam electa, pharmacopolis invitis et reluctantibus[2][5][6] comme un philiatre allemand me l’a raconté à son propos. Écrivez-moi, je vous prie, si cela est vrai, et achetez-moi alors, s’il vous plaît, cet opuscule et envoyez-le-moi.

Mais qui donc a mis dans la tête de votre Endter de procurer une nouvelle édition des Opera omnia de Gregor Horst ? [7][8][9] Peut-être a-t-il entrepris cela sur le conseil de M. Johann Daniel Horst, archiatre du prince de Hesse, qui est un homme fort savant et fort mon ami. [3][10][11] Au profit de l’un comme de l’autre, j’aiderai à la vente de ce livre et le recommanderai à mes auditeurs ; [12] de sorte que je contribuerai selon mes moyens à faire rentrer votre imprimeur dans ses frais et que, par ma recommandation, beaucoup de gens connaîtront les œuvres médicales de Gregor Horst, excellent homme et très utile écrivain. Dieu fasse que le même Endter veuille accomplir semblable travail sur nos œuvres manuscrites de feu le très distingué Hofmann ! [13] J’attendrai patiemment ce livre de Gregor Horst avec vos Disputationes academicæ[4][14][15][16] L’excellent M. Picques vous salue. [17] On vend ici les portraits de princes, de rois, de reines, de nombreux présidents et conseillers du Parlement ; je suis disposé à vous les envoyer si vous en voulez ; il s’y trouve bien moins de savants hommes, notamment de médecins. [5] Écrivez-moi ceux que vous voudriez ; j’y adjoindrai quelques-unes de nos thèses, surtout de celles qu’on a disputées depuis plus d’un an. Étant pathologiques et thérapeutiques, elles sont en effet meilleures et plus savantes que celles qu’on a imprimées au cours de la dernière année, qui ne sont que physiologiques, et partant moins utiles. [6][18][19][20] Je vous rembourserai très largement l’argent que vous aurez dépensé pour le livre de Horst et pour les autres. Notre cardinal Mazarin est ici fort malade d’un pourrissement des viscères et d’une hydropisie de poumon. [21][22] Pendant bien des mois, les médicastres auliques, parfaitement ignorants de la plus pure médecine, l’ont soigné, mais n’importe comment ; ensuite pourtant, la reine mère a appelé en consultation les anciens de notre Compagnie ; [23] ils l’ont estimé incurable et perdu. J’apprends que c’en est fini de lui, en raison d’un très profond épuisement de tout le corps, d’une consomption, d’une fièvre lente, d’une orthopnée, de suffocations nocturnes et d’autres symptômes. [24][25][26] Voilà qui mène assurément, marche après marche, au repos éternel, s’il existe après la mort pour de tels politiques. Saluez, s’il vous plaît, vos excellents collègues, et M. Nicolaï en tout premier. [27] Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et continuez de m’aimer comme vous faites.

Votre Guy Patin de tout cœur.

De Paris, ce vendredi 25e de février 1661.


1.

V. notes [2], lettre latine 150, pour les « Thèses » de Werner Rolfinck (Nuremberg, 1656) et [4], lettre 557, pour les « Lettres » de Thomas Reinesius (Leipzig, 1660).

2.

« qu’un médecin se permette de prescrire parfois à ses malades certains médicaments choisis contre le gré et la volonté des pharmaciens » : v. note [4], lettre latine 127, pour ce propos de Thomas Reinesius dans sa Chimiatria (Gera, 1624).

3.

La numérotation des deux éditions répertoriées des Gregorii Horstis Senioris του μακαριτου Operum medicorum… [Œuvres médicales de feu Gregor (ii) Horst l’Ancien…], par les soins de ses deux fils, Gregor [iii] et Johann Daniel (v. note [28], lettre 662), laisse perplexe :

  • la plus ancienne est apparemment celle de Nuremberg (Johann Andreas et Wolfgang le Jeune, son héritier, et les Endter, 1660, 3 volumes in‑fo), mais elle est sous-titrée Tertia editione [3e édition], sans trouver les deux précédentes ;

  • l’autre est sans doute une contrefaçon hollandaise (Gouda, Willem vanden Hoeve, 1661, 2 volumes in‑4o).

Guy Patin ne se plaignait pas ici de cette novæ editionis [nouvelle édition] (par les Endter à Nuremberg) pour sa numérotation incompréhensible, mais pour un motif plus mordant qu’il avait confié à Charles Spon, datée du 7 janvier 1661 : « je n’en suis point marri, mais il me semble qu’il y a bien de meilleurs livres que cela à réimprimer ».

V. note [9], lettre 218, pour Wilhelm vi, landgrave de Hesse-Kassel depuis 1637.

4.

Ces « Thèses universitaires » correspondaient sans doute au Collegium anatomicum. Clarissimorum Virorum Julii Jasolini Locri, Marci Aurelii Severini Thurii, Bartholomæi Cabrolii Aquitani, per quos singulos collatæ operæ posteriore paginæ facie patescent. Collect. et Promot. Ioanne Georgio Volcamero Norimbergensis Reipublicæ Med. [Collège anatomique. Recueil des œuvres des très distingués Giulio Jasolini (v. note [5], lettre latine 16), Marco Aurelio Severino (v. note [31], lettre 150), Barthélemy Cabrol (Técou 1529-Gaillac 1603, chirurgien et professeur d’anatomie à Montpellier), dont la liste complète est présentée sur la page suivante. Réunies et éditées par Johann Georg Volckamer, médecin de la République de Nuremberg] (Hanovre, Jean Aubry, 1654, in‑4o et Francfort, Hermann von Sande, 1668, in‑4o). Les nombreuses thèses anatomiques que contient ce recueil concernent essentiellement l’accumulation de graisse et de liquide (péricardite) autour du cœur, les voies biliaires et l’ostéologie.

5.

Portraits des rois de France avec un sommaire discours contenant les principales actions de leur règne, leurs naissances, mariages, décès et autres remarques curieuses. Depuis Pharamond jusques au roi Louis xiiii (Paris, sans date [vers 1661], Louis Boissevin, in‑4o).

L’édition disponible sur Gallica compte 213 portraits ; chacun est accompagné d’une notice de quelques lignes ; après les rois, reines, princes et grands de la cour, viennent les prélats puis les magistrats ; mais je n’y ai vu aucun médecin.

6.

Au printemps de 1660, année paire, les bacheliers de médecine parisiens avaient soutenu et publié leurs premières thèses quodlibétaires portant sur un sujet physiologique (choses dites naturelles). En 1659, année impaire (« depuis plus d’un an »), la promotion précédente de bacheliers avait disputé ses secondes quodlibétaires sur un sujet pathologique (choses dites contre nature) et ses cardinales sur un sujet thérapeutique (choses dites non naturelles, v. note [13] des pièces liminaires du Traité de la conservation de santé).

V. note [1], lettre 1, pour une explication détaillée des thèses de médecine parisiennes.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, Ms BIU Santé 2007, fo 99 ro.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 99 ro.

Clarissimo viro D. Io. Georgio Volcamero, Noribergam.

Gratias ago de postrema tua, Vir Cl. ut et de Disp. D. Rolfinckij,
quas misisti ad D. Sponium, cum Epistolis Reinesij. Verùm dic sodes,
nónne Reinesius ille, vir doctissimus, scripsit libellum Latinum, quo
probavit licere Medico ægris suis interdum exhibere medicamenta quædam
selecta, pharmacopolis invitis et reluctantibus
. Hoc quidam Germanus
Philiatros mihi retulit de Reinesio : scribe, precor, an sit verum : quod si
verum fuerit, libellum quoq. ipsum eme ac mitte, si placet.

Sed quis Endtero vestro mentem illam injecit procurandæ novæ
editionis omnium Operum Greg. Horstij ? Hoc forsan aggressus est, consilio
D. Io. Dan. Horstij, Principis Hessorum Archiatri, viri quidem doctiss.
et Amici singularis : et in utriusq. gratiam, ejusmodi Exemplarium distra-
ctionem promovebo, eámq. recentem editionem Auditoribus meis commendabo,
ut tot sumptib. pro virili mea beari possit vester Typographus, et
optimi viri, utilissimiq. Scriptoris Greg. Horstij Opera medica, mea
commendatione commend multis innotescant. Sed utinam idem Endterus vellet eandem
operam præstare in MS. nostris Operib. του μακαριτου Cl. Hofmanni !
Librum ipsum Greg. Hostij cum Academicis vestris Disputationib.
patienter expectabo. D. Picques, vir optimus Te salutat. Hîc
vænales prostant multæ effigies virorum Principum, Regum,
Reginarum, multorum Præsidum et Senatorum, quas Tibi mittenda[s]
destino, si volueris : literatorum virorum, et præsertim Medicorum sunt
multæ pauciores : scribe de singulis quid volueris. Ijs quoq. de Thesibus
nostris
aliquid adjungam, præsertim de ijs quæ ante annum dispu-
tabuntur : sunt enim meliores ac eruditiores quæ postremo anno typis
mandantur, quatenus Pathologicæ et Therapeuticæ : prioris anni
sunt dumtaxat Physiologicæ, ideóq. minus utiles. Pretium à Te
impensum pro Horstiano libro et alijs, amplissimè refundam. Noster
Card. Mazarinus hîc fortiter ægrotat, ex marcore viscerum, et
hydrope pulmonis. Aulici medicastri, purioris Medicinæ valde ignari,
per multos menses ei fecerunt si non Medicinam, quocumque modo Medicinam,
postea v. Seniorum nostri Ordinis consilium à Regina Matre expe-
tierunt, postquam eum agnoscerunt deploratum et ανιατον : sed
audio actum esse de illo, propter summam universi corporis extenuationem,
tabem, febrem lentam, orthopnœam, d nocturnas suffocationes, et
alia symptomata, quib. tanquam certissimis gradibus itur ad requiem
sempiternam, si quæ sit pro talibus Politicis post obitum. Optimos
viros Collegas tuos, si placet, saluta, imprimis v. D. Nicolaï. Vale,
Vir Cl. méq. quod facis, amare perge.

Tuus ex animo G.P.

Parisijs, die Ven.
25. Febr. 1661.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Georg Volckamer à Guy Patin, le 25 février 1661.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1190
(Consulté le 15.10.2019)

Licence Creative Commons "Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron" est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.