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À Johann Wilhelm Mannagetta, le 6 décembre 1662

[Ms BIU Santé 2007, fo 120 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Wilhelm Mannagetta, archiatre impérial, à Vienne.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous écris ces quelques mots pour vous faire savoir que je suis en vie et en bonne santé, et entièrement disposé à vous rendre service. Dieu veuille que vous viviez et vous portiez bien pendant encore de nombreuses années. Le plus jeune de mes deux fils, prénommé Charles [2] (qui, comme son frère Robert, [3] est docteur en médecine de Paris), avant d’embrasser la médecine, s’était adonné à l’étude de la langue grecque, de la philosophie, de la géographie et de l’histoire ; mû par quelque désir curieux d’accumuler beaucoup de savoir (il était alors jeune adolescent, mais non sans mérite ni talent), il s’était acquis avec bonheur la connaissance de l’histoire romaine par les monnaies de bronze, d’argent et d’or, depuis la République jusqu’à César Auguste. [4] Ayant mené cette étude dans son jeune âge, il l’a reprise à ses heures perdues et comme pour se distraire, après qu’il a été reçu docteur en médecine ; suivant l’esprit et le dessein du très distingué Fulvio Orsini, [5] il a augmenté son livre de Familiis Romanis d’observations dont nul ne se plaindra. Il les a tirées de toutes les monnaies qu’il a en sa possession ou qu’il a vues chez des amis curieux de cette matière, dont il y a très grand nombre à Paris ; ou que, sur la volonté et l’ordre de notre roi très-chrétien en personne, il a vues dans la chambre du trésor qu’on tient sous garde particulière dans le Louvre, notre palais royal. [6][7] De ce qu’il possède ou a examiné, il a tiré une édition nouvelle, dont voici deux exemplaires qu’il vous envoie : [1] le premier est relié, vous l’offrirez, s’il vous plaît, de la part de mon fils, à votre prince, l’empereur germanique et parfaitement invincible César ; [8] le second, en blanc, sera pour vous et vous le placerez, relié à votre mode, dans votre bibliothèque, où vous le conserverez pour vous de notre part. Je vous présente donc ma présente lettre comme une supplique, vous demandant de tenir notre modeste présent pour agréable. Nous n’avons ici rien de nouveau en librairie, mais dans les deux prochains mois, nous aurons le Cardan complet, en dix tomes in‑fo, de la nouvelle édition qu’on imprime à Lyon. [9] Les savants hommes attendent ici de jour à autre, venant d’Angleterre, le grand ouvrage du très distingué M. Samuel Bochart, pasteur de Caen, de Animantibus sacræ Scripturæ[10] Cet auteur est tout à fait versé dans les langues orientales, la Massore, le Talmud et autres livres des rabbins. [2][11][12][13] Nous attendons aussi ces prochains mois un livre remarquable, savoir le Diogenes Laertius de Vitis philosophorum, grec et latin in‑fo, avec les annotations de Casaubon, d’Aldobrandini et de notre très savant Ménage. [3][14][15][16][17] Il y a encore d’autres imprimeurs qui discutent entre eux pour rééditer un très bon livre, le Jacobus Hollierus de Morbis internis, avec les annotations, les commentaires et les explications de Louis Duret, Antoine Valet et Jean Haultin, médecins de Paris ; ce sera un grand ouvrage in‑fo[4][18][19][20][21] Un autre médite une nouvelle édition des Opera omnia de Melchior Sebizius, médecin de Strasbourg, en deux tomes in‑fo ; [5][22] un autre encore s’est attelé à publier quelques manuscrits du très distingué Caspar Hofmann, [23] que j’ai ici en ma possession ; il me les a laissés dans son testament, [et sa fille me les a cédés] ; [6][24] je n’ai pu jusqu’à ce jour en obtenir [Ms BIU Santé 2007, fo 121 ro | LAT | IMG] l’édition par ceux d’ici car la longue durée des guerres a érodé et presque épuisé leurs ressources. [7] Mais en voilà assez de mes bagatelles ; je cesse donc et vous envoie mes profonds saluts. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et continuez de nous aimer.

De Paris, le 6e de décembre 1662.

De tout cœur votre Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal. [8]


1.

V. note [11], lettre 736, pour l’édition augmentée par Charles Patin (Paris, 1663) de l’ouvrage de Fulvio Orsini « sur les Familles et les monnaies romaines » (Rome, 1577).

2.

V. notes [8], lettre 749, pour les Opera omnia de Jérôme Cardan (Lyon, 1663) et [14], lettre 585, pour le livre de Samuel Bochart « sur les Animaux de la Sainte Écriture » (Hierozoïcon, Londres, 1663).

La Massore est une critique philologique sur le texte biblique (Torah), destinée à en fixer la forme exacte ; compilé lui aussi par des rabbins, le Talmud est une recueil des lois, coutumes, traditions et opinions des anciens juifs.

3.

V. note [17], lettre 750, pour cette édition (Londres, 1664) du « Diogène Laërce sur les Vies des philosophes [de l’Antiquité] », commentée par d’érudits auteurs.

4.

Les Jacobi Hollerii… De morbis internis, Lib. ii [Deux livres de Jacques Houllier… sur les Maladies internes], avec les commentaires de Louis Duret et Antoine Valet (Paris, 1572, v. note [10], lettre 11) avaient été réédités en 1577, 1588 et 1611. Ils avaient reparu dans les Iacobi Hollerii… omnia Opera practica [Œuvres pratiques complètes de Jacques Houllier…] (éditées par René Chartier, Genève, 1623, v. note [9], lettre 131). Guy Patin en annonçait la nouvelle édition (Paris, 1664, v. note [14], lettre 738).

L’épître dédicatoire du libraire (Jacques Dallin) est adressée Viro clarissimo ac eruditissimo Guidoni Patin, Doctori Medico Parisiensi, Professori Regio, Facultatis antehac Decano [au très distingué et très savant Guy Patin, docteur en médecine de Paris, professeur royal, naguère doyen de la Faculté] :

Non abs re, Vir Clarissime, tuis auspiciis, ut fausto ac felici Numine, magnum hoc Opus in lucem denuo prodit, non solum à Medicinæ Candidatis, sed etiam à sapientissimis ubique terrarum medendi facultate viris maximopere expetitum, non ut antehac mendis erroribusque refertum sed tersum, expolitum, et maiori volumine tertiaque parte auctum. Tanta est illius fama et existimatio, propter variam et profundam illam quam in se continet eruditionem ac utilitatem quæ ex eo decerpi potest, ut multorum in Arte exercitatissimorum fœtura dici possit. Quatuor enim illustres ac eximij Medici Parisienses, fereque coævi, ad illius perfectionem id totum præstiterunt, quod humana mens efficere potest, ita ut Herculeis suis laboribus iugibusque vigilijs, Artem à veteribus inventam, à multis postea vel malitia vel inscitia neglectam, omnium usui cultiorem tradiderint. Primus eorum est Iacobus Hollerius, qui Textum composuit, eique subiunxit Scholia doctissima, ipso textu præstantiora. Postea Ludovicus Duretus, Ennarationibus et Annotationibus illustravit. Tertio Antonius Valetius, optimis Exercitationibus locupletavit. Tandem Ioannes Hautinus, Scholia et Observationes addidit. An quatuor illis, an Tibi plus debeam nescio, qui ad me tanti Operis editionem novam concitasti, et cujus gratia hunc laborem tanta diligentia et cura adgressus sum, ut nihil desiderari possit. Quare fœtus hic tuus dici potest, vel saltem Tibi lucis debet usuram : estque sane quod omnes Artis Medicæ amantes illum læti alacresque excipiant et complectantur, plurimumque Tibi debere profiteantur, et gratias inde maximas agant. Quod vero mearum est partium, impræsentiarum nunc exsolvo, dum huncce Librum Tibi dico et consecro, Tibique uni totum acceptum refero. Nec video cui tot doctissimorum Medicorum vigiliæ aptius possint inscribi, qui in ea Arte tanta cum laude versaris, ut non solum cum illis quatuor, sed etiam cum priscis Medicinæ Principibus contendere videaris. Tu qui omni virtutum genere ornatus semper in votis habuisti, ut studium tuum assiduum omnemque laborem, non Tibi, sed utilitati publicæ consecrares, nullis parcens vigiliis, nullis sumptibus in comparandis Libris : qui singularis et reconditioris Doctrinæ, Eruditorum hospitium Bibliothecam instruxisti, omnigena meliorum Librorum copia refertissimam, ac tanquam Musarum et Apollinis ædem construxisti, quique in ipsorum dignotione supra omnes mortales excellis. Tu vera Phœbi soboles nunquam ullum temporis momentum præterlabi sinis, quo non cogites aut agas aliquid in ægrorum tuorum solatium, vel ad docendam in Regia Aula Cameracensi plusquam trecentos Auditores, illam Artem qua nemo carere potest. Qui Artem quam profiteris et calles apprime, non solum exornas orationis tuæ suavitate et doctrinæ ubertate, sed etiam perficis. Qui cum omnibus de quæ re voluerint pro arbitratu potes disserere, ac tanquam alter Protagoras, implicitorum et altissimorum nodorum ex tempore difficultatem tollis, non absque maximo Tuorum Auditorum emolumento, applausu et admiratione. Nolo, Vir Clarissime, singulas tuas dotes percurrere, ne iuste ab omnibus cum illo reprehendar qui Homeri Iliada in iuglande nuce includere se velle gloriabatur. Laudent Te qui Tua fide, industria et consilio usi sunt, qui ex eo perfecta sanitate fruuntur, quorum certe infinitus est numerus, et apud quos,

Semper honos, nomenque Tuum, laudesque manebunt.

Certe laudabunt Te posteri, quibus ut semper vivas, et Libros et Liberos dedisti, illos quidem ad emendandam, hos vero ad exercendam disciplinam utilissimam Artem Medicam. Robertum et Carolum, utrumque Doctorem Medicum Parisiensem intelligo, quorum alterum Professorem Regium cooptasti, alterum Professorem Pathologicum iamiam designavit Vestra Schola Parisiensis. Utriusque ius est et se, et Parentem prædicare et laudare. Quare vale, qui valere dignus es, qui cum summa æternaque tui Nominis gloria, totius Orbis valetudinem curas, et diu vale, et feliciter vive ; quod toto animo exoptat Tibi addictissimus Iacobus Dallin, Bibliopola Parisiensis.

[Très distingué Monsieur, ce n’est pas sans raison que ce grand ouvrage est réédité sous vos auspices, et placé sous votre heureux et favorable nom. Les étudiants en médecine, tout comme ceux qui, partout sur terre, sont déjà fort expérimentés en l’art de remédier, l’ont vivement espéré, non pas rempli d’erreurs et de fautes comme précédemment, mais correct, poli, et grandement augmenté et d’une troisième partie. {a} Pour ce que cet ouvrage renferme d’érudition diverse et profonde, et pour l’utilité qu’on peut en tirer, sa renommée et sa réputation sont si grandes qu’on peut dire de lui qu’il est l’enfant de nombreux hommmes les plus aguerris du métier. De fait, quatre illustres et éminents docteurs en médecine de Paris, presque contemporains, l’ont porté au plus haut degré de perfection que l’esprit humain puisse atteindre ; à tel point que, par leurs travaux herculéens et par leurs veilles incessantes, ils ont livré à l’usage de tous l’art très respecté que les Anciens ont inventé, mais qu’ensuite beaucoup ont négligé, que ce soit par malice ou par ignorance. Le premier d’entre eux est Jacques Houllier qui a colligé le Texte, puis y a adjoint de très savantes Scolies, plus remarquables encore que le texte lui-même. Louis Duret l’a ensuite éclairé de Commentaires et d’Annotations. En troisième, Antoine Valet l’a enrichi d’excellents Essais. Jean Haultin y a enfin ajouté des Scolies et des Observations. Je ne sais si je dois plus à ces quatre-là qu’à vous, qui m’avez vivement incité à procurer une nouvelle édition de cet ouvrage et grâce à qui j’ai entrepris ce travail avec tant de diligence et de soin qu’il ne peut rien laisser à désirer. On peut dire qu’il est votre enfant, ou plutôt qu’il vous doit d’avoir vu le jour et d’être exactement devenu ce que tous ceux qui aiment l’art médical recevront et embrasseront avec joie et enthousiasme ; ils déclareront vous en être extrêmement redevables et vous en remercieront profondément. Mais pour ma part et pour le présent, je vous règle maintenant ma dette en vous dédiant et consacrant ce livre pour solde de tout compte. Je ne vois pas à qui d’autre que vous pourraient être assignées les veilles de tant de très savants médecins, vous qui excellez tant en cet art que vous semblez pouvoir vous comparer non seulement avec ces quatre-là, mais aussi avec les antiques élites de la médecine. Vous qui, paré de toutes les vertus, avez toujours souhaité consacrer vos études assidues et tout votre labeur non pas à votre propre intérêt, mais à celui du public, n’épargnant nulle peine et nulle dépense pour vous procurer des livres ; vous qui avez assemblé la bibliothèque de la particulière et très profonde doctrine, celle des hôtes savants, toute emplie d’une abondance variée des meilleurs livres, bâtie comme un sanctuaire des Muses et d’Apollon, et qui surpassez tous les mortels en leur connaissance. Véritable descendant de Phébus, {b} vous ne laissez jamais échapper une heure de votre temps sans méditer ou accomplir quelque chose pour le soulagement de vos malades, ou pour instruire plus de trois cents auditeurs au Collège royal de Cambrai en cet art dont personne ne peut se passer. Vous qui, par l’agrément de votre éloquence et la richesse de votre science, non seulement embellissez l’art que vous professez et maîtrisez suprêmement, mais l’élevez au plus haut degré de perfection. Vous qui pouvez disserter avec tous de ce qu’ils voudront et qui, comme un autre Protagoras, {c} tranchez sur-le-champ la difficulté des nœuds entremêlés et les plus complexes, non sans susciter le plus grand intérêt, les applaudissements et l’admiration de vos auditeurs. Je ne saurais, très distingué Monsieur, énumérer tous vos dons sans encourir le juste blâme de tous, comme celui qui se glorifiait de vouloir enfermer l’Iliade d’Homère dans une noix. {d} Vous loueront ceux qui ont joui de votre confiance, de votre zèle et de vos conseils pour en tirer le bénéfice d’une parfaite santé ; leur nombre est infini et en eux

Semper honos, nomenque Tuum, laudesque manebunt. {e}

La postérité chantera certainement vos louanges, vous lui avez donné et des livres, qu’elle devra certes amender, mais aussi des enfants qui enseigneront l’art médical le plus salutaire. Je veux parler de Robert et de Charles, tous deux docteurs en médecine de Paris : vous avez désigné le premier pour vous succéder dans la chaire royale, et vos Écoles de Paris ont dès à présent élu le second professeur de pathologie. Tous deux ont le droit, tout comme leur père, de se vanter et de se glorifier. Portez-vous donc bien, vous qui êtes digne de vous bien porter. Vous qui, pour la plus haute et éternelle gloire de votre renom, veillez au bien-être du monde entier, soyez longtemps en bonne santé et vivez heureux, comme le souhaite de tout cœur votre très dévoué Jacques Dallin, libraire de Paris].


  1. Les commentaires, jusque-là inédits, de Jean Haultin.

  2. Apollon, v. note [2], lettre 997.

  3. V. note [17], lettre 176.

  4. Oculorum acies vel maxime fidem excedentia invenit exempla. in nuce inclusam Iliadem Homeri carmen in membrana scriptum tradit Cicero [L’acuité de la vision se manifeste par des phénomènes incroyables : Cicéron (dans un de ses livres aujourd’hui perdu) rapporte que l’Iliade d’Homère, écrite sur une feuille de parchemin, fut renfermée dans une coquille de noix] (Pline, Histoire naturelle, livre vii, chapitre xxi).

  5. « Toujours subsisteront votre gloire, votre nom, vos louanges » (Virgile, Énéide, chant i, vers 609).

La déclaration qui suit le Privilège du roi (non daté, imprimé à la fin du livre) reflète les discussions entre les libraires dont Guy Patin faisait état :

« Et ledit Sieur Sauvin a cédé et transporté le droit de son privilège à Jacques Dallin, marchand libraire, suivant l’accord fait entre eux. »

5.

Ce projet de publier les œuvres complètes de Melchior Sebizius n’a pas abouti.

6.

Un effacement de l’encre a rendu la dernière ligne de la page difficile à lire ; le passage entre crochets est une reconstitution plausible, mais sujette à caution.

V. note [11], lettre 186, pour les 50 écus que Guy Patin avait versés en 1649 à Sabina Laux, fille de Caspar Hofmann, pour obtenir le manuscrit de ses Chrestomathies physiologiques et pathologiques.

7.

Pour rendre la syntaxe intelligible, j’ai remplacé diuturnitatæ (qui ne correspond à aucune forme latine attestée) par diuturnitate (ablatif de diuturnitas) dans la phrase manuscrite : quorum editionem hactenus hactenus impetrare non potui à nostris hominibus, quorum opes bellorum diuturnitatæ valde sunt attritæ, peneque exhaustæ.

8.

Ici s’arrête ce que nous avons de la correspondance entre Guy Patin et Johann Wilhelm Mannagetta (mort en 1666) : la présente lettre et celle du 18 février précédent. Si leur échange s’était limité à cela, il faudrait croire que l’archiatre de Vienne eût été insensible au grand cas que Patin faisait de sa personne et de son souverain, l’empereur germanique, en leur offrant deux exemplaires du savant livre de Carolus sur les Familles romaines. Cela est peu vraisemblable car Mannagetta avait estimé Patin digne de lui recommander son parent, Maximilian Honorius Zollikofer (v. note [14], lettre 750, ce dont Patin l’avait remercié au début de la lettre susdite).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Wilhelm Mannagetta, Ms BIU Santé 2007, fos 120 vo‑121 ro.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 120 vo.

Cl. viro D.D. Io Guill. Mannagettæ, Archiatro Cæsareo, Viennam.

Pauca hæc ad Te scribo, Vir Cl. ut scias me vivere et valere, Tibi addi-
ctissimum : utinam Tu vivas et valeas in multos annos. Ex duob. filijs meis,
junior Carolus dictus (cum fratre Roberto, majore natu, etiam Doctor Med.
Paris.
) priusquam Medicinam amplexus esset, linguæ Græcæ, Philosophiæ, Geogra-
phiæ, et Historiæ studio deditus, curiosa quadam multa plura sciendi cupidine,
impulsus, (adolescentulo qualis tunc erat, nec indigno, nec indecenti,) Romanæ historiæ
notitiam per nummos æneos, argenteos et aureos stante Rep. usque ad
Cæsarem Augustum, feliciter sibi comparavit ; quod quidem junioris ætatis
studium, postquam Medicinæ Doctor fuit renuntiatus, horis subsecivis, et
quasi ludendo retractavit, et ad Fulvij Orsini, Viri Cl., mentem atque consi-
lium, ejus libro de Familijs Romanis A[nimadversione]m adjecit non pœnitendam,
ex tot Nummis quos penes se habet, vel quos vidit apud Amicos ejus rei
studiosos, quorum est ingens numerus Lutetiæ Parisiorum ; vel quos, ipso
Rege nostro Christianissimo sic volente et jubente, vidit in isto regio
Cimeliarchio, quod sub [secre]ta custodia salvatur in ipsa Lupara, i. domo
regia : ex quorum omnium inspectione vel possessione novam editionem
adornavit, cujus ecce duo Exemplaria ad Te mittit, unum compactum,
per Te si placet, Filij mei nomine offerendum, Invictissimo Cæsari, Princi-
[pi] vestro, Imperatori Germanico : alterum non compactum, tuum erit, et more
tuo compactum r[epones] in tua Biblioth[eca], ubi nomine nostri Tibi asservabis. Qua de causa, meam
hancce Epistolam, tanquam libellum supplicem Tibi offero, rogóq. ut communi
Musarum nomine, gratum habeas nostrum munusculum. De re literaria nihil hîc habemus novi,
verùm intra duos menses habebimus totum Cardanum, decem Tomis in
folio, nova editione typis mandatum Lugduni Celtarum. In dies
hîc expectatur à viris eruditis, magnum Opus Cl. Viri D. Sam. Bocharti,
Ecclesiastæ Cadomensis
, ex Anglia, de Animantib. sacræ Scripturæ.
Author ipse versatissimus est in Linguis Orientalibus, in Masora,
in Talmud, et alijs libris Rabbinorum
. Intra paucos menses expecta-
tur quoque liber eximius, nempe Diogenes Laertius, de vitis Philosophorum,
Græco-Latinus, in folio, cum Notis Is. Casauboni, Aldobrandini,
et Menagij nostri
, viri doctissimi. Sunt et alij Typographi, qui inter
se [agunt de] nova Editione libri optimi, Iac. Hollerij, de morbis internis, cum
Ennarationibus, Animadversionib. et Exercitationibus Lud. Dureti, Ant.
Valetij, et Io. Altini, Med. Paris
. Erit magnum Opus in folio : Alter
meditatur novam editionem omnium operum Melch. Sebizij, Medici Argento-
ratensis
, duob. tomis in folio : alius quoque sese accingit ad editionem
aliquot manuscriptorum, quæ hîc penes me habeo, Cl. viri Casp. Hofmanni ;
ejus [testament]o mihi derelicta, [filiaq. mihi decessa] ; quorum editionem
hactenus

t.

ms BIU Santé 2007, fo 121 ro.

hactenus impetrare non potui à nostris hominibus, quorum opes bellorum diuturni-
tatæ valde sunt attritæ, peneq. exhaustæ. Sed satis est ineptiarum nostra-
rum : idcirco desino, Teq. plurimum salvere jubeo, Vir Cl. Vale igitur,
et nos amare perge. Parisijs, 6. Dec. 1662. Tuus ex animo Guido Patin,
Doctor Med. Paris. et Professor regius.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Wilhelm Mannagetta à Guy Patin, le 6 décembre 1662.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1256
(Consulté le 17.11.2019)

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