À Claude II Belin, le 18 janvier 1633
Note [5]

« que peu de remèdes pour bien soigner, mais choisis et éprouvés ».

Les Piètre étaient une grande famille d’éminents médecins parisiens, que Guy Patin tenait dans la plus haute estime et dont plusieurs membres furent ses maîtres et amis.

  • Simon i (1518-1584) fut le premier médecin de ce nom qui ait acquis la célébrité. Il était natif de Brie, à Varède, aux environs de Meaux. Son père, qui était un riche cultivateur, le fit étudier à Paris ; il y fut reçu docteur régent de la Faculté de médecine en 1549 et en fut doyen de novembre 1564 à novembre 1656. Sous son décanat, le 30 juillet 1656, la Faculté prononça son décret solennel contre l’antimoine. Jean i Riolan, son gendre (époux d’Anne Piètre, v. note  [9], lettre 22), le cacha dans l’abbaye Saint-Victor pendant le massacre de la Saint-Barthélemy (1572), ce qui l’empêcha, comme protestant, de partager le malheureux sort de bien d’autres savants. Simon Piètre fut consulté dans la dernière maladie du roi Charles ix. Il n’a laissé que six consultations qui sont imprimées à la fin du Consiliorum medicinalium liber [Livre des Consultations médicales] de Jean Fernel (Turin, 1589, v. note [5], lettre 732). Piètre défendit par son testament qu’on l’enterrât dans une église. Il reposa donc dans le cimetière de Saint-Étienne-du-Mont, sous une pierre portant cette inscription que fit graver Philippe Piètre, son fils, avocat au Parlement (Elogia de Jean Papire Masson, tome ii, page 388 ; v. note [11], lettre 35) :

    Simon Pietre vir pius et probus, hic sub dio sepeliri voluit, ne mortuus cuiquam noceret, qui vivus omnibus profuerat.

    [Simon Piètre, homme pieux et probe, a voulu être enterré en plein air, pour que mort il ne cause du tort à quiconque, lui qui vivant a été utile à tous].

    De son mariage (1586) avec Anne Sanguin, fille d’un procureur au Châtelet, Simon i eut huit enfants, dont six fils, desquels deux devinrent médecin (Lehoux, page 103). V. note [36] des Affaires de l’Université en 1650-1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine, pour Philippe Piètre, avocat au Parlement de Paris, né vers 1567.

  • Simon ii (1565-1618), surnommé le Grand Piètre, était le fils aîné de Simon i. Reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1586, il y enseigna avec éclat, commentant savamment Hippocrate et Galien. En 1594, il devint professeur au Collège royal de France, succédant à Gourmelen (v. note [42], lettre 104). L’usage était alors de dicter des cahiers à ses auditeurs. Simon Piètre se bornait à 12 ou 15 lignes par leçon, dont il donnait le développement de vive voix. Ce médecin, si suivi dans les Écoles, était très recherché du public comme praticien.

    Simon ii avait épousé Geneviève Marescot, fille de Michel i (v. note [14], lettre 98). Leur fille Geneviève se maria avec Claude Charles (v. note [10], lettre 7), et leur nièce Anne, avec son collègue René Moreau (v. note [28], lettre 6). La Correspondance a aussi parlé de leur fils Julien, trésorier du roi en Picardie (v. note [1], lettre latine 173). Le Grand Piètre mourut, dit-on, d’une fièvre pourprée qu’il contracta en soignant un malade que l’on découvrit trop brusquement sous ses yeux. Il a fort peu publié par comparaison avec l’immense prestige dont il a joui :

    • Disputatio de vero usu anastomoseon vasorum cordis in embryo [Discussion sur l’utilité véritable des vaisseaux anastomotiques du cœur chez l’embryon] (Tours, 1593, in‑8o) ;

    • Lienis censura in acerbam admonitionem Andreæ Laurentii [Critique de la rate contre l’acerbe admonition d’André Du Laurens] (Tours, 1593, in‑8o) ;

    • Nova demonstratio et vera historia anastomoseon vasorum cordis in embryo cum corollario de vitali facultate cordis in eodem embryo non otiosa [Nouvelle démonstration et histoire vraie des vaisseaux anastomotiques du cœur chez l’embryon, avec un corollaire sur la faculté vitale du cœur chez ce même embryon] (Tours, 1593, in‑8o) ;

    • v. note [13], lettre 153, pour les traces d’annotations sur les ouvrages chirurgicaux de Paul Éginète et d’Étienne Gourmelen que Patin a attribuées au Grand Piètre.

    L’anatomiste Jean ii Riolan (v. note [7], lettre 51), son neveu, vouait une admiration sans bornes à Simon ii Piètre. Il l’a proclamée dans le Præmonitio ad lectorem et auditorem [Avertissement au lecteur et auditeur] de son Encheiridium… (Paris, 1648, v. note [25], lettre 150) :

    Equidem fateor ex eius Acroasi, et lectionis publicis, plurima didicisse, sed candide profiteor, absque ullo præiudicio, vel contemptu, qui illum præcessere : Neminem a centum annis ex Schola nostra prodiisse, in omnibus Medicinæ partibus doctiorem, et peritiorem Medicum, in curandis morbis, etiam Pestilentibus, ab omnibus formidatis et repudiatis, audaciorem, cum summa tamen pridentia, et sagacitate ingenij incredibili, quam assiduus sæpe comes apud ægros peste laborantes admiratus sum. idque faciebat sine quæstu, Vir integerrime vitæ, sola pietate Christiana ductus.

    Verum, summo omnium bonorum dolore, meo præsertim, et singulorum aliorum iuniorum Doctorum (quos secum apud ægros deducebat, præsertim pauperes ; neque enim tale quid sinunt divites, et qui opibus affluunt Lutetiæ Parisiorum) mors nimium sæva et præfestinata, eximium illum Heroem ac præstantissimum Medicum nobis invidiose ac infeliciter rapuit anno ætatis 54. die Iunij 24. anni Christiani 1618. Dicam verbo, sed verissime, etiam fremente invidia ; fuit Simon Pietreus, Vir Clarissimus, Doctor Medicus Parisiensis ac Professor Regius, ab Hippocrate, Galeno et Fernelio, omnium Medicorum Princeps, et summo suo merito Antesignanus : ideoque istud Epitaphium eius memoriæ beatissimique Manibus, dico atque consecro, duobus hisce Virgilij versibus comprehensum.

    Vir bonus et sapiens, qualem vix repperit unum
    Millibus e multis hominum consultus Apollo.

    Eius vita tanquam exemplar perfecti et integerrimi Medici describenda foret : Hunc laborem libenter susciperem, qui mores eius ac ingenium per viginti annos exploravi et observavi, nisi meum Elogium eius laudes detereret, quia rudi stylo scriptum, atque suspectum, quoniam mihi consanguineus erat et Avunculus.

    [Assurément je reconnais avoir beaucoup appris de ses conférences et leçons publiques, mais je confesse de bonne foi, sans aucun préjudice ni mépris pour ses pérédécesseurs, que de cent ans notre École n’a produit aucun médecin plus docte en toutes les parties de la médecine, ni plus expert à traiter les maladies, même pestilentielles, que tous redoutent et veulent éviter ; lui s’y montrait fort audacieux, sans toutefois s’y départir de la plus extrême prudence et d’une incroyable pénétration d’esprit, qu’en compagnon assidu j’ai souvent admirée au chevet des pestiférés. Et en homme qui menait la vie la plus pure, il faisait cela gratuitement, conduit par la seule charité chrétienne.

    Mais au grand regret de tout le monde, et principalement de moi, et de tous les autres jeunes docteurs (qu’il menait avec lui à la pratique auprès des pauvres, car les gens fortunés, et ceux qui jouissent des richesses de Paris, ne le permettent point), la mort trop cruelle et trop hâtée nous ravit cet immense héros et excellent homme, en la 54e année de son âge, le 24e du mois de juin, l’an 1618. Je le dirai d’un mot, mais en toute sincérité, et même en frémissant d’envie : Simon Piètre, docteur en médecine de Paris et professeur royal, fut un très éminent homme et, après Hippocrate, Galien et Fernel, le premier de tous les médecins, et par son immense mérite, celui qui en mena la troupe, marchant devant leur étendard. En épitaphe, je dédie et consacre donc ces deux vers de Virgile à sa mémoire et à ses très heureuses mânes :

    Vir bonus et sapiens, qualem vix repperit unum
    Millibus e multis hominum consultus Apollo
    . {a}

    On devrait bien décrire sa vie, comme le modèle d’un médecin parfait et très intègre ; j’entreprendrais d’autant plus volontiers ce travail que j’ai reconnu et observé pendant l’espace de vingt ans, ses mœurs et son esprit ; mais pourtant mon éloge pourrait déroger à ses louanges, n’ayant pas le style assez relevé ; qui d’ailleurs serait suspect, parce qu’étant mon oncle, il était du même sang que moi].


    1. « Homme bon et sage, qu’Apollon [v. note [8], lettre 997] bien avisé a eu du mal à découvrir, unique parmi des milliers et des milliers de mortels » (deux premiers vers d’un poème anonyme, attribué à Virgile).

    La généalogie des Piètre montre que Simon ii était le centre d’un vaste cercle de médecins orthodoxes, tous docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris, et pour plusieurs, professeurs royaux. Ce réseau était celui auquel s’identifiait Guy Patin.

  • Nicolas (1571-1649) était le troisième fils de Simon i. Docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1598, il en fut le doyen de novembre 1626 à novembre 1628, puis son doyen d’âge (l’ancien ou Antiquor scholæ magister). Hormis quelques thèses, il n’a rien laissé d’imprimé. Patin l’appelait « mon bon maître » ou « mon cher maître » ; v. lettre latine 404, pour le plus appuyé des hommages qu’il lui a rendus dans sa correspondance.

  • Jean (1608-1666), fils aîné de Nicolas, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1634, doyen de novembre 1648 à novembre 1650 ; Patin lui succéda dans cette charge. Jean Piètre fut victime d’une « attaque cérébrale » avec épilepsie à rechutes (signalée par Patin en janvier 1665, sans doute une tumeur du cerveau) et mourut le 18 janvier 1666. Il avait été collègue et fort ami de Patin, qui le jugeait bien plus savant que son père Nicolas. Avec Jean s’éteignait la lignée des Piètre, médecins de la Faculté de Paris. V. note [7], lettre 166, pour les deux frères avocats de Jean, prénommés Simon iii et Germain.

  • Un autre Jean Piètre, dont Patin n’a guère parlé, cousin de Simon ii et de Nicolas, nommé docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1611, en avait été doyen de 1628 à 1630. Mort le 19 septembre 1632 (Comment. F.M.P., tome xii, fo 298 ro), il était fils d’un chirurgien nommé Simon Piètre (ms Montaiglon, Collège de France, page 71, et Lehoux, page 8), dont l’Index funereus… dit qu’il était natif de Paris, mort le 4 juillet 1614, et « issu de cette famille qui a fourni un éminent docteur à la Faculté de médecine, et des hommes distingués en leur art au Collège des chirurgiens » (pages 35-36).

Patin a très abondamment chanté les louanges de la famille Piètre à l’intention de ses correspondant car, ayant fort peu publié, ils n’étaient gère connus en dehors de Paris.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 janvier 1633. Note 5

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0015&cln=5

(Consulté le 01.12.2020)

Licence Creative Commons