À Claude II Belin, le 14 mai 1630
Note [9]

Guy Patin disait de Gabriel Naudé (Paris 2 février 1600-Abbeville 1653) qu’il était l’un des plus chers amis. Après ses humanités, Naudé avait étudié la médecine à Paris et était allé se faire recevoir docteur à Padoue en 1626. Son goût pour les livres s’était manifesté dès l’enfance et ne le quitta plus de toute sa vie. Il était revenu à Paris en 1628, mais bientôt après le cardinal Bagni (v. note [12], lettre 59) l’avait emmené à Rome où il se fit connaître par quelques dissertations sur divers objets d’antiquité. Richelieu le rappela en 1642 pour lui confier le soin de ses livres ; mais le cardinal étant mort peu après, Naudé passa au service de Mazarin dont il constitua la très riche bibliothèque (40 000 volumes en 1649).

En 1652, pendant la Fronde, cette belle collection fut vendue malgré les supplications de l’érudit qui, moyennant 3 500 livres (tout son avoir), racheta les ouvrages de médecine. Quand Mazarin reprit le pouvoir, il montra peu de reconnaissance pour Naudé, qui se trouva heureux d’accepter les offres de Christine, reine de Suède (v. note [11], lettre 127) ; mais le climat de Stockholm ne convenant pas à sa santé, il repassa en France et mourut près du terme de son périple, à Abbeville le 29 juillet 1653.

Naudé a laissé de nombreux ouvrages d’érudition dont on trouve la trace au fil des lettres de Patin. On a rangé les deux amis au nombre des libertins érudits (v. note [9], lettre 60). Dans ses écrits politiques, Naudé pâtit encore d’avoir excusé toutes les actions du pouvoir, qui ne peut jamais avoir tort, selon lui, puisqu’il n’agit que pour sa conservation. Cette maxime l’a conduit, par exemple, à louer le massacre de la Saint-Barthélemy (Considérations politiques… 1639, v. note [5], lettre 925).

Patin a qualifié Naudé, célibataire endurci, de « terrible puritain du péripatétisme » (v. note [4], lettre 608). Il évoquait ici son De Antiquitate et dignitate Scholæ medicæ Parisiensis Panegyris. Cum orationibus encomiasticis ad ix Iatrogonistas laurea Medicinæ donandos. Auctore Gabr. Naudæo, Paris. Phil. [Panégyrique de l’ancienneté et dignité de l’École de médecine de Paris ; avec les éloges des neuf bacheliers lauréats de médecine. Par Gabriel Naudé, philiatre de Paris] (Paris, Jean Moreau, 1628, in‑8o, Gallica). Ce titre est suivi de la devise de Naudé qui, on le remarque, ne se targuait que du titre de philiatre (étudiant en médecine) de Paris, n’y ayant pas même atteint le grade de bachelier (iatrogonista, « enfant de médecine ») : Divitiis animosa suis [Fière de ses trésors] (attribut de la vertu dans Claudien, Panégyrique sur le consulat de Malius Theodorus, vers 5). Le privilège est daté du 2 août 1628 et la première dédicace, au Collège des médecins de Paris (alors dirigé par le doyen Nicolas Piètre), du 1er du même mois. La seconde dédicace (pages 10‑11) est adressée au chancelier de l’Université de Paris (v. note [39] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine de Paris en 1651‑1652, dans les Commentaires de Guy Patin sur son décanat) qui avait invité Naudé à prononcer ce discours (bien qu’il ne fût pas docteur en médecine de Paris) :

Pareo lubens tuis mandatis (Illustrissime Cancellarie) meque acerrimi tui judicii censura ad hanc præconiis, aut potius Encomiastæ provinciam selectum, coram te sisto ; ut qui mihi onus illud gravissimum imposuisti, et periculosæ plenum opus aleæ injunxisti ; sic etiam, et vires ad illud sustinendum, et mentem ad fortiter agendum, et linguam omni vinculo solutam ad eloquendum, ex singulari benevolentiæ tuæ consuetudine non deneges : atque mihi in procinctu ad dicendum constituto, jam jamque laboriosissimos Iatrogonistas ad Bravium, et Coronam vocanti, tanta, tamque benigna gratiæ non vulgaris, et favoris aura cum insigni potestatis tuæ concessa lenius aspiret ; ut, o Brabeuta sapientissime !

Dulcem qui strepitum Pieri temperas,
O mutis quoque piscibus
Donature cygni si libeat sonum,
Totum muneris hoc tui sit,

Quod dicam, quod orem, quod laudem, quod placeam.

[Je me soumets volontiers, très illustre chancelier, à vos ordres et à la censure de votre jugement si pénétrant. M’ayant choisi pour prononcer ce discours, ou plutôt cet éloge, je me présente à vous comme à celui qui m’a imposé cette très lourde charge et cette tâche pleine de péril. Aussi donc, par votre habituelle et particulière bienveillance, vous ne dédaignerez ni l’énergie que j’ai mise à y parvenir, ni mon ardeur à le faire hardiment, ni ma langue déliée de toute entrave à déclamer. Dans cette joute oratoire que je me suis assignée pour inviter bientôt les enfants de médecine à la victoire et à la couronne, soufflera la si grande et bienveillante réputation de grâce hors du commun et de faveur, qui s’accorde avec la distinction de votre pouvoir. En sorte que, ô très sage arbitre !

« toi qui modères le doux murmure de Pierus, toi qui donnerais le chant du cygne aux poissons morts, si on t’en confiait la charge », {a}

voilà ce que je dis, ce que je plaide, ce que je loue, ce qui m’est agréable.


  1. Citation d’Horace dont Naudé a fourni la source (Odes, livre iv, 3, vers 18‑21). Pierus est le père des Muses.

Les deux odes préliminaires prouvent combien leurs auteurs, Pierre Gassendi et Guy Patin, étaient amicalement liés à Naudé. La première (pages 12‑14) est une longue parénèse (exhortation). Le quatrain de Patin, son compagnon d’études (alors tout jeune docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, reçu en décembre 1627), se lit plus facilement (page 14) :

Dum reddis luci Asclepi, Naudæe, nepotes
Doctaque turba libro stat rediviva tuo ;
Iamdudum meritis numquam peritura reponis
Præmia, et Iatricæ redditur artis honos
.

[Ô Naudé, voici que tu amènes à la lumière les enfants d’Esculape, et leur docte troupe s’en trouve revivifiée. Tu confères maintenant leurs prérogatives éternelles à ceux qui les ont bien méritées, et tu honores l’art de soigner].

Le discours de paranymphe recense sans grand relief les gloires passées et présentes de la Faculté de médecine de Paris. Viennent enfin les éloges (discours encomiastiques) des neuf licenciés de 1628, rangés dans leur ordre (lieu) de mérite : Nicolas Brayer de Château-Thierry (v. note [2], lettre 111), Pierre Guénault d’Orléans (v. note [6], lettre 97), Sébastien Rainssant de Châlons-en-Champagne (v. note [6], lettre 240), Jean-Baptiste Ferrand d’Angers (v. note [38], lettre 523), Jean Vacherot (v. note [11], lettre 325), Nicolas Héliot (v. note [4], lettre 164) et Hugues Chasles (v. note [25], lettre 417) de Paris, Georges Joudouin de Rouen (v. infra, note [10]), et enfin Jean Complainville de Paris (v. note [11], lettre 7).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 14 mai 1630. Note 9

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(Consulté le 26.01.2021)

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