L. française reçue 2.  >
De Samuel Sorbière,
non datée (printemps 1651)

Monsieur, [a][1][2]

Vous pouvez bien vous plaindre de ce qu’en quelques-unes de mes lettres il m’arrive de parler selon les sentiments que j’ai de votre rare mérite, et je ne trouve pas mauvais que votre modestie me défende de m’en expliquer aussi souvent que je vous écris ; mais je ne saurais vous obéir lorsque vous m’ordonnez de ne dire jamais ce que je pense d’une personne que j’estime infiniment et de laquelle je prends un singulier plaisir de me représenter toutes les actions. Quoi ! Monsieur, vous voudriez que je ne disse rien de l’amitié que vous avez témoignée au bonhomme Caspar Hofmannus, [3] professeur en médecine en l’Université de Nuremberg, [4] du secours que vous lui avez donné sans qu’il vous le demandât, du soin que vous avez pris de ses œuvres et de l’ouverture que vous lui avez faite de votre bourse, qui est une chose que plusieurs tiennent plus soigneusement fermée que leur cœur. Je ne puis point me taire de cette générosité, ni de la dépense que vous faites tous les jours en vos doctes correspondances, ni de mille autres choses qui font rechercher votre conservation en pleine santé presque autant que l’on souhaite vos visites lorsque l’on est malade. Néanmoins, ce ne sera pas maintenant que je vous ferai de la peine par la liberté de mes discours et je m’abstiendrai ici de faire autre chose que désigner les titres des chapitres sur lesquels je pourrais vous incommoder. Il suffit de vous avoir montré que je vous connais bien et que je puis parler pertinemment de votre vertu, que j’en ai les actes en main et que je puis vérifier tout ce que j’en aurais à dire. Il reste que je réponde à vos questions curieuses aussi bien qu’à vos plaintes injustes et que je vous informe de ce que vous désirez savoir. Les animadversions de feu mon oncle [5] sur Josèphe [6] sont entre les mains de sa veuve qui les garde comme un trésor, [1][7][8] duquel elle espère de retirer une bonne somme d’argent. Je ne sais s’il se trouvera quelque docte curieux assez riche pour acheter des écritures indigestes qui demanderaient beaucoup de loisir et d’érudition talmudique afin qu’elles pussent être mises en état de voir le jour. Quas vero author ipse cum non absoluisset, moriens pro non inchoatis haberi voluit[2] Je ne crois pas non plus que nous ayons jamais aucun ouvrage posthume de Walæus [9] qui nous promettait entre autres un Celsus[10] mais qui se tua de mon temps en se traînant vers ses malades tout indisposé qu’il était et en éprouvant sur lui-même les remèdes qu’il préparait pour les autres. La mort de cet homme, qui a été deux ans à Leyde mon plus proche voisin, et celle de Veslingius, [11] tous deux décédés en la fleur de leur âge, pleins de savoir et d’industrie, sont une perte irréparable pour la médecine. Celle de Barlæus, [12] de laquelle vous me demandez quelques circonstances, n’est pas de ce rang, quoiqu’il fût très galant homme, car il se trouvera toujours plus d’excellents poètes que d’excellents médecins. Lorsque j’étais à Amsterdam, [13] on parlait diversement de la fin de sa vie, comme s’il y avait eu de la mélancolie qui l’eût avancée. [3][14] Il est vrai qu’ayant fait une oraison funèbre en vers sur la mort du prince d’Orange [15] et que le docteur Spanheim [16] en ayant prononcé une en prose, il supporta très impatiemment l’inégalité de leur récompense. [4] Car, comme disait plaisamment M. de Saumaise, [17] on fit une étrange bévue, donnant la paye de cavalier au fantassin et celle de fantassin au cavalier : [5] Barlæus n’eut que 500 livres et l’autre eut 500 écus. De ce dernier, je ne vous puis dire que ce que l’on publiait lorsqu’il fut décédé, [6] que Saumaise l’avait tué et que Morus [18] avait été le poignard. L’histoire est longue et pour la toucher en peu de mots, je n’ai à vous dire, si ce n’est que M. de Saumaise n’aimait point feu M. Spanheim par quelque jalousie d’esprit et de réputation dans l’École ; que pour le mortifier, il fit appeler en Hollande M. Morus, duquel il ne connaissait que le nom, mais qui était le fléau et l’aversion de son collègue ; que le docteur remua ciel et terre pour l’empêcher de venir, et qu’il mourut lorsqu’il eut nouvelles que son adversaire était en chemin. [7] Cependant, il faut rendre cette louange à la mémoire de ce docte Allemand, je dis même de l’aveu de M. de Saumaise, qui ne prodiguait pas les siennes, Qu’il avait la tête forte et bien remplie d’érudition, qu’il était propre aux affaires, ferme et adroit, ardent et laborieux. Il faisait des leçons publiques en théologie quatre fois la semaine, il en faisait de plus d’une sorte de privées à ses écoliers ; il écoutait les proposants ; il prêchait en deux langues, la sienne et la nôtre ; il visitait les malades ; il écrivait une infinité de lettres ; il composait en même temps deux ou trois livres sur des sujets tout différents ; il assistait tous les mercredis au Conseil de Son Altesse qui l’attirait à La Haye ; [19] il était recteur de l’Université ; [20] et parmi toutes ces occupations, il ne laissait pas de faire la recette et la dépense de sa maison qui était pleine de pensionnaires. Je ne puis pas porter mon jugement de son antagoniste sans vous le rendre suspect pource qu’il est mon intime ami depuis le collège, c’est-à-dire depuis plus de 25 ans, et que j’ai livré pour lui des batailles où le P. Jarrige [21] s’est rencontré ; [8] mais il est certain et tout le monde avoue qu’il a l’esprit tout de feu, qu’il a de vastes pensées, qu’il brille et qu’il éclate extraordinairement. Le R.P. Denis, [22] duquel je vous ai parlé en mes lettres précédentes, est un bon père capucin d’Avignon fort rompu en la lecture des saintes Écritures. [23] Il les a lues depuis trente ans sept fois toutes les années, le Nouveau Testament en grec et le Vieil en hébreu. Or, comme il est prodigieusement versé dans l’Histoire ancienne, il a entrepris un docte travail de Personis et locis Scripturæ sacræ, comme d’autres ont déjà fait de Animalibus[9] Il n’y a aucun lieu dont il soit fait mention qu’il ne décrive exactement, ni aucune personne de laquelle il ne donne la généalogie ou ne dise tout ce qu’on en peut apprendre. Vous avez vu l’Onomasticon Glandorpii sur l’Histoire romaine, [10][24] le dessein de ce docte religieux est tout semblable sur un sujet différent. Quant au Cornelius ab Hoghelande[25] duquel vous avez Cogitationes de œconomia animalis[11] c’est un gentilhomme catholique grand ami de M. Descartes. [26] Lorsque je demeurais à Leyde, il exerçait une médecine charitable et ne demandait des pauvres gens qu’il traitait qu’un fidèle rapport du succès de ses remèdes ; et comme il était ravi d’entendre que les affaires succédaient bien, qu’on se portait un peu mieux ou qu’on était entièrement guéri, il ne se rebutait point aussi de sa pratique lorsqu’on lui disait que la maladie était empirée, qu’un tel symptôme était survenu et qu’à la quarantième selle le pauvre patient était expiré. Car il était fort homme de bien, il louait Dieu de toutes choses ; et voyant, par le moyen de ses trois éléments, des raisons de tous les phénomènes, desquelles il se satisfaisait, il ne désespérait jamais de remédier une autre fois aux plus fâcheux inconvénients de sa pharmacie. J’ai été souvent dans son laboratoire, et je l’ai vu plusieurs fois au vestibule de son logis en pantoufles et en bonnet de nuit, distribuant de huit à neuf heures du matin et de une à deux heures après midi des drogues qu’il tirait d’un cabinet qui en était bien pourvu. Son père [27] avait travaillé au grand œuvre [28] et même il en a écrit, si je ne me trompe. [12] Mais le fils ne se servait de la chimie que pour la médecine, et il n’employait les remèdes de cet art qu’au défaut des communs et des galéniques qu’il mettait premièrement en usage. Et en voilà assez, Monsieur, pour ce courrier. Je vous entretiendrai une autre fois plus à loisir des autres savants dont vous me demandez des nouvelles, car je sais un peu mon Heinsius, [29] mon Jehan de Laet, [13][30] mon Beverovicius, [31] mon Heereboord, [14][32] mon Triglandius [33] et mes autres gens de lettres de la nouvelle Attique. [15] Je nomme volontiers de ce nom les Pays-Bas [34] puisque les sciences s’y étaient transportées, chose étrange ! lorsqu’ils devinrent le champ de la guerre, comme si Pallas s’était piquée d’y retenir le nom de Minerve [35] et d’être la maîtresse de ces Provinces à plus de titre que Mars n’en avait de s’en dire le maître. [16][36][37] Je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Sorbière.

À Orange < sans date >.


a.

Sorbière no lxiv (pages 440‑446), lettre de Samuel Sorbière « À Monsieur Patin, docteur en médecine de la Faculté de Paris, et professeur du roi », sans date.

Imprimée juste après la lettre lxiii que Sorbière avait écrite d’Orange (et non de Leyde, v. sa note [21]), au début de 1651, cette autre lettre à Guy Patin, écrite d’Orange, est sans doute à dater du printemps suivant, avec deux arguments : 1. à son retour de Leyde en France, Sorbière s’était installé à Orange en juillet 1650 ; 2. le contenu porte sur des faits survenus aux Pays-Bas et sur des personnes qui y étaient mortes avant cette date (avec pour seul anachronisme, l’avis de Claude Saumaise sur la solde des armées, v. infra note [5]).

1.

V. note [17], lettre 95, pour Samuel Petit, pasteur à Nîmes, et pour ses travaux restés inédits sur les œuvres de Flavius Josèphe. La mère de Samuel Sorbière, prénommée Louise, était sœur de Samuel Petit. À 25 ans, Petit avait épousé une prénommée Catherine, fille d’Isaac Cheiron, docteur en droit et professeur en l’Académie de Nîmes.

2.

« L’auteur lui-même a voulu en mourant [1643] qu’on les tînt pour non commencées puisqu’il ne les avait pas achevées. »

3.

Guy Patin a annoncé à Charles Spon que Barlæus était mort le 14 février 1648 en se jetant dans un puits (v. note [72], lettre 150).

4.

Ces deux discours sont intitulés :

5.

Claude i Saumaise a savamment débattu sur la solde des cavaliers et des fantassins de l’ancienne armée romaine dans le xxie et dernier chapitre (page 242) de son De Re militari Romanorum liber. Opus posthumum [Livre sur l’Art militaire des Romains. Ouvrage posthume] (Leyde Jean Elsevier, 1657, in‑4o). {a}

M. Le Beau (Mémoires de littérature, tirés des registres de l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres… tome 41e, Paris, Imprimerie royale, 1780) en a donné la critique dans son 34e Mémoire sur la légion romaine, De la Paie du soldat légionnaire (pages 196‑197) :

« Dans le troisième mémoire où j’ai exposé l’état de la cavalerie romaine jusqu’au temps des Gracques, j’ai promis d’éclaircir un passage de Sosipater Charisius {b} où il semble qu’il soit parlé d’une paie des cavaliers. Ce grammairien cite un passage de Caton l’Ancien, {c} dans un discours où il proposait une augmentation de paie pour la cavalerie, ut plura æra equestria fiant. Voici les termes de Caton, de æribus equistribus, de duobus millibus actum. Priscien {d} qui allègue le même passage, le donne plus entier. Le voici : Nunc ego arbitror oportere institui, ne quo minus duobus millibus ducentis sit ærum equestrum. De æribus equestribus, de duobus millibus actum est. {e} C’était sans doute la conclusion de l’article dans lequel Caton avait montré que ce qu’on donnait aux cavaliers n’était pas suffisant et qu’il y fallait ajouter deux cents sesterces. {f} Ni Saumaise, ni Valtrinus {g} qui ont employé ce passage, ne me paraissent pas avoir rencontré juste. Le premier veut que Caton ait proposé d’ajouter deux cents as à leur paie ; mais jamais deux mille as ni deux mille deux cents as ne firent la paie du cavalier. Il est toujours le triple du fantassin qui reçut d’abord trois as par jour et qui en recevait cinq du temps de Caton. C’était d’abord pour le cavalier neuf as par jour, et ensuite quinze ; ce qui fait par année deux sommes fort au-dessus de deux mille as. Valtrinus entend ces deux mille as de la somme que fournissait la République pour la nourriture des chevaux, et il a raison en ce point. Mais Valtrinus ajoute que cette contribution cessa lorsqu’on établit pour le cavalier une paie triple de celle du fantassin : ce qui ne s’accorde pas avec ce que dit Caton. Voici à mon avis le sens de ce passage : la taxe imposée sur les veuves riches subsista depuis Servius {h} jusqu’à Caton l’Ancien, et servait à défrayer le cavalier de la nourriture de son cheval : c’est ce que Caton appelle ici æria equestria, et non pas la paie propre du service du cavalier qui était triple de celle du fantassin. Les fourrages ayant augmenté de prix à mesure que la République devenait plus riche, Caton proposa d’ajouter deux cents as. »


  1. Une référence de Sorbière à un ouvrage posthume de Saumaise (mort en 1653) mettrait en doute la date (printemps 1651) que je propose d’attribuer à la présente lettre (v. supra note [a]) ; toutefois, de 1642 à 1650, Sorbière avait beaucoup côtoyé Saumaise à Leyde et pouvait fort bien avoir eu oralement connaissance de son avis érudit sur la solde des militaires romains : « comme disait [et non écrivait] plaisamment M. de Saumaise… »

  2. Grammairien latin du ive s. de notre ère.

  3. V. note [5] de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot.

  4. Priscien ou Priscian de Césarée, v. deuxième notule {a}, note [4], lettre 137.

  5. « Je juge maintenant que l’ærum equestrum ne soit pas inférieur à deux mille deux cents [as]. C’en est fini des deux mille pour les æra equestra. »

  6. Sic pour as, la sesterce valait deux as et demi.

  7. Joannes Antonius Valtrinus, jésuite : De re militari veterum Romanorum libri septem [Sept livres sur l’organisation militaire des anciens Romains] (Cologne, Hermann Mylius, 1617, in‑8o, première éditon en 1597).

  8. Servius Tullius, sixième roi légendaire de Rome au vie s. av. J.‑C.

6.

Guy Patin a signalé la mort inopinée de Friedrich i Spanheim, professeur de théologie à Leyde, survenue le 14 mai 1649 (v. note [48], lettre 209).

7.

Bayle a expliqué cet épisode de la vie d’Alexandre More (Morus) {a} qui, tout jeune encore, avait obtenu la chaire de grec de l’Académie de Genève :

« Ayant exercé cette charge environ trois ans, il succéda à celles que M. Spanheim, qu’on avait appelé à Leyde, laissa vacantes, qui étaient celle de professeur en théologie dans l’Académie et celle de ministre dans l’Église de Genève. Comme il était grand prédicateur et qu’il avait joint avec cette qualité beaucoup de littérature, il ne faut pas s’étonner que tous ses collègues n’aient pas été de ses amis. Mais il faut avouer qu’il y avait bien d’autres choses qui lui suscitaient des traverses ; car sans parler de ses mœurs, qui dans tous les lieux où il a vécu ont été un objet de médisance par rapport à l’amour des femmes, ses meilleurs amis demeuraient d’accord qu’il avait beaucoup d’imprudence et qu’il était fort mal endurant. {b} Quoi qu’il en soit, il se forma dans Genève deux partis, l’un pour lui, l’autre contre lui ; et il ne faut pas douter que le premier de ces deux partis ne fût composé, non seulement des personnes qui avaient de l’estime et de l’amitié pour M. Morus, mais aussi des personnes qui, sans l’aimer ni sans l’estimer, voyaient leurs ennemis à la tête du parti contraire. L’on voit tous les jours des exemples de cela. Je ne sais comment M. Morus se procura les bonnes grâces de M. de Saumaise, mais il est certain que celui-ci attira l’autre dans les Provinces-Unies. Quelques-uns prétendent que ce fut pour chagriner M. Spanheim qui avait été brouillé à Genève avec M. Morus. »


  1. V. note [63], lettre 211.

  2. Patient.

Après avoir donné en note les extraits de la lettre de Samuel Sorbière à Guy Patin, Bayle (note B) ajoute :

« La lettre que M. Spanheim écrivit à Vossius au mois de mars 1648 mérite d’être considérée et peut servir de confirmation à quelques-unes des choses que Sorbière vient de nous dire. On y trouve en particulier ce fait-ci : que M. Godefroi (professeur en droit à Genève) n’avait écrit un témoignage si avantageux et si glorieux à M. Morus que par haine pour M. Spanheim ; celui-ci menaçait de faire savoir au public tout ce qui s’était passé à Genève par rapport aux {a} bons témoignages que M. Morus y avait obtenus, et quelle avait été la vie et la conduite de M. Morus. J’apprends par la même lettre que M. Morus protesta avec serment aux magistrats de Genève qu’il n’avait point eu en vue M. Spanheim dans la harangue dont je parlerai ci-dessous. […] Disons un mot sur ses harangues : il en prononça trois à Genève qui sont fort belles, la latinité en est plus docte qu’élégante ; il aimait les phrases peu communes et les significations de mots dont on ne trouvait presque point d’exemples ; de ces trois harangues, il y en a une qui est un panégyrique de Calvin {b} et une autre qui a pour titre de Pace, {c} dans laquelle il condamna fortement, sans nommer personne, MM. Amyraut et Spanheim qui étaient en guerre ouverte sur la grâce universelle ; il leur dit leurs vérités comme il faut, ce fut une véritable mercuriale, il s’en donna à cœur joie. »


  1. Par contraste avec les…

  2. V. note [11], lettre 226.

  3. « de la Paix », v. note [63], lettre 211.

8.

V. note [25], lettre 246, pour Pierre Jarrige ; Journal des Sçavans, juin 1754, page 356 :

« Cet emportement de Saumaise passait quelquefois de ses écrits dans sa conversation et pouvait aller très loin quand la contradiction l’irritait. M. Spanheim et lui ayant pris querelle au sujet de M. Morus, ami de l’un, ennemi de l’autre, les injures, les démentis, les reproches de calomnies allaient être suivis de coups si Mme de Saumaise, le P. Jarrige et Sorbière ne s’étaient trouvés là pour les séparer. »

9.

Au moment où il écrivait sa lettre, Samuel Sorbière ne pouvait pas citer l’ouvrage de Samuel Bochart « sur les animaux [de la Sainte Écriture] » (Hierozoïcon, paru à Londres en 1663, v. note [43], lettre 240) ; il se référait aux six livres de Ioannis Busthamantini Camærensis, apud Complutensis, philosophiae, et medicinæ primariæ, moderatoris publici, de Animantibus Scripturæ sacræ… [sur les Animaux de la Sainte Écriture, de Juan Bustamante de la Camara, recteur, et premier professeur de philosophie et médecine d’Alcala de Henares…] (Alcala de Henares, veuve de Juan Gracian, 1595, 2 parties en un volume in‑4o, et Lyon, Ant. Pillchotte, 1620, 2 volumes in‑8o).

Le R.P. Denis d’Avignon (1596-1665) portait, avant d’entrer en religion, le nom de Pierre de Rives. Il avait pris en 1615 l’habit de capucin et devint un habile controversiste. Il possédait parfaitement le latin, le grec et l’hébreu. Son labeur « sur les personnages et les lieux de la Sainte Écriture » a été publié dix ans plus tard sous le titre de Triplex tractatus sacræ Scripturæ, in quo multa præclare dilucidantur ad sacrum textum spectantia [Triple traité de la Sainte Écriture où sont très nettement éclaircies bien des choses qui regardent le texte sacré] (Lyon, 1660, in‑fo) (G.D.U. xixe s.).

10.

Onomasticon Historiæ Romanæ, Ioanne Glandorpio Auctore : Quo veluti per satyram de Familiis et reliquis illustrib. personis Rom. quæ simul a bonis auctoribus, simul aliis id genus priscis monumentis celebrantur, collecta expositio est : Ad historiam Rom. dextre et integre cognoscendam apprime cum utile tum necessarium. Addita præcipuarum Familiarum Stemmata eodem auctore : Adhæc Cognominum et Agnominum Index accuratus : Auctorum item, quorum testimoniis auctor usus est, Catalogus. Editionis post auctoris mortem adornatæ occasionem et rationem, quæque eam in rem collata opera sit, docet Reineri Reineccii præfatio.

[Onomastique {a} de l’Histoire romaine, par Ioannes Glandorpius : {b} où est exposé ce qui a été recueilli sur les familles et les autres illustres personnes de Rome, tant chez les bons auteurs qui les ont célébrées, comme par satire, que dans d’autres écrits de ce genre avec, du même auteur, les généalogies des principales familles ; aussi utile que fort nécessaire pour connaître entièrement et correctement l’histoire romaine. Le même auteur y a ajouté les généalogies des principales familles romaines, avec un soigneux index des noms et prénoms, ainsi que la liste des écrivains dont il a utilisé les témoignages. La préface de Reinerus Reineccius {c} explique les circonstances et les raisons de cette édition qui paraît après la mort de l’auteur, et tout le soin qu’on a pris pour ce faire]. {d}


  1. Dictionnaire des noms propres.

  2. Johann Glandorp (mort en 1564), philologue allemand, n’était pas un « docte religieux » : l’épithète Monaster. ajoutée à son nom à page 1 de son livre signifiait qu’il était natif de Münster (Monasterium), et non qu’il était moine.

  3. L’historien allemand Reinard Reyneke (1541-1595).

  4. Francfort, Claudius Marnius et Iohann. Aubrius, héritiers d’Andreas Wechelus, 1589, in‑fo de 928 colonnes.

11.

Corn. ab Hogelande Cogitationes, quibus Dei Existentia ; item Animæ Spiritalitas, et possibilis cum corpore unio, demonstrantur : necnon brevis Historia Œconomiæ corporis animalis proponitur, atque Mechanice explicatur.

[Cogitations de Corn. ab Hogelande, {a} où sont démontrées : l’Existence de Dieu, ainsi que la Spiritualité de l’Âme et son union possible avec le corps ; et où est proposée et brièvement expliquée une histoire de l’économie du corps animal]. {b}


  1. Cornelis van Hoghelande (1590-1662), médecin et théologien catholique de Leyde.

  2. Amsterdam, Louis Elsevier, 1646, in‑12 de 296 pages, dédié à René Descartes

12.

Le principal ouvrage de Theobaldus van Hoghelande, natif de Middelbourg (Hollande), père de Cornelis, est intitulé :

De alchemiæ Difficultatibus… Liber in quo docetur quid scire, quidque vitare debeat veræ Chemiæ studiosus ad perfectionem aspirans : et multæ philosophorum propositiones obscuræ et difficiles explicantur.

[Les Difficultés de l’alchimie… Livre où est enseigné ce que celui qui étudie la véritable chimie et aspire à la perfection doit savoir et éviter, et où sont expliquées nombre de propositions obscures et difficiles des philosophes]. {a}


  1. Cologne, Henricus Flackenburg, 1594, in‑8o de 252 pages.

13.

Iohannes de Laet (Anvers 1581-Leyde 1649), géographe flamand, directeur de la Compagnie néerlandaise des Indes, très versé dans l’histoire et la géographie, a laissé des descriptions de diverses parties du monde écrites avec beaucoup de soin et d’exactitude (G.D.U. xixe s.) : v. notes [7], lettre de Samuel Sorbière, datée du 15 octobre 1646, et [1‑7] du Faux Patiniana II‑2, pour deux de ses ouvrages.

14.

Adriaan Heereboord (1613-1661), nommé professeur de philosophie à Leyde en 1641, était un des zélateurs de René Descartes dans cette université.

15.

V. note [1], lettre 349, pour Jacob Trigland, théologien de Leyde.

L’Attique est la région de Grèce qui entoure Athènes.

16.

La Minerve des Romains, déesse de la sagesse, des arts et des sciences (v. note [13], lettre 6), était la Pallas Athéna des Grecs ; l’épithète Pallas en faisait aussi celle de la guerre.

Mars était chez les Romains l’Arès des Grecs, dieu de la guerre, fils de Junon.Fr. Noël :

« Tout le monde connaît 1o. le jugement de Mars au conseil des 12 dieux, pour la mort d’Hallyrothius, fils de Neptune. Mars se défendit si bien qu’il fut renvoyé absous. 2o. La mort de son fils Ascalaphus, tué au siège de Troie, qu’il courut venger lui-même. 3o. Sa blessure par Diomède, dont Minerve conduisait la pique. 4o. Enfin, les amours de Mars et de Vénus chantées dans l’Odyssée et dans Ovide, le rets invisible tendu par Vulcain, et les captifs mis en liberté par l’époux déshonoré, et s’envolant, l’un en Thrace et l’autre à Paphos. […] {a} Les monuments représentent Mars d’une manière assez uniforme, sous la figure d’un homme armé d’un casque, d’une pique et d’un bouclier ; tantôt nu, tantôt avec l’habit militaire, même avec un manteau sur les épaules ; quelquefois barbu, mais le plus souvent sans barbe ; avec le bâton de commandement à la main, et portant sur la poitrine une égide avec la tête de Méduse. On le voit aussi sur un char traîné par des chevaux fougueux, qu’il conduit ou laisse diriger par Bellone. » {b}


  1. V. note [23], lettre 197, pour la Thrace ; Paphos est une ville de Chypre.

  2. Sœur ou épouse de Mars, v. note [3], lettre latine 29.

La guerre dont parlait Samuel Sorbière, qu’on a depuis dite de Quatre-Vingts Ans (1568-1648, v. note [53], lettre 156), était celle qui avait opposé les Pays-Bas septentrionaux à la Couronne d’Espagne, pour aboutir à l’indépendance des Provinces-Unies. Au cours de ce long conflit, l’expansion du calvinisme avait ouvert les universités hollandaises aux érudits français (comme Joseph Scaliger, René Descartes ou Claude i Saumaise) ou flamands méridionaux (comme Juste Lipse) épris de liberté philosophique et religieuse. Après avoir joui de ce bouillonnement intellectuel de 1642 à 1650, Sorbière était rentré en France pour enseigner à Orange, académie protestante de moindre renom, où il ressentait âprement la nostalgie de Leyde (v. sa lettre du 30 novembre 1650).


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Samuel Sorbière, non datée (printemps 1651)

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(Consulté le 05/03/2024)

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