L. 270.  >
À Charles Spon,
le 3 novembre 1651

Monsieur, [a][1]

Ce 24e d’octobre. Ma dernière, qui était de trois grandes pages, vous fut envoyée du même jour qu’elle est datée, savoir du mardi 17e d’octobre. Depuis ce temps-là, nous avons toujours attendu les courriers du duc d’Orléans [2] et du prince de Condé, [3] desquels on espère un accord ; nous les attendons encore et attendrons peut-être longtemps. Le roi [4] est encore à Bourges ; [5] on parle d’un voyage de Poitiers, [6] nil tamen est æque incertum[1] Le vieux duc de Bavière [7] est mort en Allemagne, il était le grand patron et fauteur des jésuites. [2][8] Le pape [9] était revenu en convalescence, les dernières lettres portent qu’une récidive l’a attrapé ; quand elle l’aurait étouffé, il n’y aurait point grande perte, telles gens que lui ne manquent jamais de successeur, non plus que les riches de parents. J’ai ici traité quelques jours malade [10] un libraire de Lyon nommé M. Rigaud, [11] que j’ai trouvé fort honnête homme. Il est ami intime, à ce que j’ai connu, de M. Falconet ; [12] mais croyez-moi qu’il est aussi bien fort le vôtre et qu’il fait très grand état de vous. Je l’estime de ce qu’il n’est point médisant, en quoi il est fort dissemblable de nos libraires de Paris qui se déchirent cruellement les uns et les autres. Je lui ai quelquefois parlé de MM. Huguetan [13] et Ravaud, [14] et ne m’en a jamais dit que du bien. J’apprends par un marchand, qui est ici le grand facteur [15] de la reine de Suède, [16] que M. de Saumaise [17] est arrivé en Hollande et qu’entre autres présents que cette reine lui a faits, elle lui a donné 10 000 écus en argent comptant. [3] Dieu garde de mal cette princesse qui traite si bien et récompense si libéralement les savants. Enfin, notre M. Bourdelot [18] est parti pour aller être son premier médecin, [4] à 12 000 livres par an, à la place de M. Du Rietz, [19] que l’on dit s’en venir demeurer à Nîmes ; si cela est, peut-être qu’il vous verra à Lyon en passant, et peut-être moi à Paris. Depuis la bataille que le roi d’Angleterre [20] a perdue, on ne savait ce qu’était devenu ce prince. On le soupçonnait caché en Angleterre, les autres pensaient qu’il eût été tué, d’autres qu’il eût été noyé par ceux auxquels il se serait fié en se sauvant après la bataille ; mais rien de tout cela, il s’est finement sauvé et est ici depuis le 29e d’octobre. La reine d’Angleterre, [21] sa mère, et quantité de ses amis furent au-devant de lui jusqu’à Saint-Denis [22] et à Pontoise. [5][23] On parle ici d’un accommodement de la reine [24] avec M. le Prince et que pour cet effet, M. le duc d’Orléans se dispose pour un grand voyage jusque devers Bordeaux ; [25] je ne tiens pas l’accord impossible si on en va jusque-là. Le Mazarin [26] est devers Sedan, [27] d’autres disent qu’il est même dans le château. Il voudrait bien entrer plus avant, mais jusqu’ici, il n’a osé ; fortassis in posterum ausurus [6] si la reine lui fait connaître qu’il y ait quelque assurance pour sa peau.

Ce 2d de novembre. J’ai ici vu malade un de vos libraires de Lyon nommé M. Rigaud l’aîné, lequel m’était venu saluer céans de la part de M. Falconet qui est son bon ami ; le même fait pareillement grand état de vous. Nous avons parlé ensemble de plusieurs livres, et du commerce des libraires et des nouvelles impressions. Je lui ai offert de lui donner quelque chose à imprimer de notre bon ami feu M. Hofmann ; [28] comme j’ai vu qu’il avait bonne opinion de cet auteur, il s’y est offert et m’a dit qu’il ferait tout ce que je lui dirais, et à telle condition que je voudrais. Je lui avais dit auparavant que je ne lui demanderais point d’argent, combien que la troisième partie de ce que je lui voulais donner pour faire un in‑fo assez raisonnable lui eût coûté toute seule 50 écus, dont j’avais céans la quittance de la fille de l’auteur ; que je me contenterais de plusieurs exemplaires. Il m’a répondu qu’il m’en donnerait ce que je voudrais. Ce sont ses Chrestomathies physiol. et pathol., à la première partie desquelles j’ajouterai les trois traités du même auteur qui avaient été si longtemps cachés en Hollande, apud Ianssonium, bibliopolam Amsteldamensem[7][29] savoir de Spiritibus et calido innato, de Partibus similarib. [30] et de Humoribus, afin de rendre ce traité physiologique de beaucoup plus parfait. Peut-être, si vous le trouvez bon, y pourrions-nous bien ajouter, propter similitudinem materiæ [8] et pour rendre l’œuvre plus accomplie, le petit livret in‑12 réimprimé en Hollande, lequel contient de Usu cerebri, de Usu lienis, de Ichoribus, Varias lectiones, etc. ; [9][31] mais cela ne sera que selon votre avis. Maintenant, je vous prie de me conseiller si j’en dois traiter avec M. Rigaud, qui se présente à moi et de bonne grâce. Je l’avais par ci-devant offert à MM. Huguetan et Ravaud qui n’en ont fait compte. [10] Je n’ose espérer de trouver ici personne qui l’imprime de longtemps et si nous n’avons la paix générale, mais quand sera-ce ? C’est un dépôt duquel je suis chargé et que, de bonne foi, je dois rendre au public le plus tôt que je pourrai, comme j’ai toujours eu envie de faire. De plus, je puis mourir et ma mort reculerait l’exécution de cette affaire. Voyez donc, Monsieur, où j’en suis, et me conseillez s’il vous plaît. Vous savez que medicus est inventor occasionis [11] et que le plus habile du métier est celui qui sait mieux l’empoigner : dois-je attendre une autre occasion, se présentera-t-elle bientôt ? celle-ci n’est-elle point assez bonne ? Je vous conjure de me répondre à la proposition que je vous en fais. Je vous prie aussi de faire mes recommandations à MM. Gras, Falconet et Garnier. Faites-moi la faveur de m’éclaircir de ce que l’on m’a dit : M. Barancy [32] imprime-t-il à Lyon quelque chose de M. de Gassendi ? [33] On dit qu’il fait un livre de Animalibus[12] On dit ici que le P. Théophile Raynaud [34] n’est plus à Lyon, mais qu’il est retourné à Rome pour leur chapitre général, auquel ils doivent élire un nouveau général. [13][35] J’eusse bien souhaité qu’il eût fait imprimer quelque chose à Lyon, et surtout sa continuation de Bellarmin [36] de Scriptoribus ecclesiasticis[14]

Mais à propos de l’édition de nos manuscrits de feu M. Hofmann, pourrez-vous bien avoir le loisir de jeter quelquefois l’œil sur les tierces avant que l’imprimeur [37] tire, [15] ou bien répondre quelquefois au correcteur qui pourra vous consulter sur l’intelligence de l’écriture de l’auteur ? Car sans vous et vos bonnes grâces, je ne pense point que cette affaire se pût jamais bien faire à Lyon, ou sans moi à Paris, vu qu’il faut un médecin qui préside à cet ouvrage, qui doit être fort exactement correct, pour la diversité des termes du métier qui se rencontrent en un si grand œuvre qui, en récompense, sera fort bon s’il est bien correct. M. Rigaud semble bien espérer quelque chose de votre bienveillance pour cela : voyez donc si la mémoire du défunt, qui a été notre bon ami, si le public, pour lequel vous avez toujours eu de la passion comme un homme de bien doit faire, et même si ma considération et mes prières envers vous pourront obtenir quelque chose de votre temps et de votre patience pour cet effet ; car autrement, j’aurais tort d’envoyer ma copie à Lyon, n’y sachant personne à qui je m’y voulusse fier. Faites-moi aussi la faveur de me mander ce que vous pensez du dit M. Rigaud, c’est celui qui est marié et qui s’appelle Pierre, et si vous êtes d’avis que je traite avec lui. Je ne lui demande point d’argent, mais je prendrai des exemplaires en récompense. Voilà ce que j’ai à vous dire pour le présent, vale qui valde dignus es, et me quod hactenus fecisti amare perge[16] Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 3e de novembre 1651.

M. Du Prat [38] m’a dit depuis son retour que Mlle Spon [39] m’avait fait l’honneur de lui parler quelquefois de moi ; je me sens obligé de tant plus à sa bonté pour cette courtoisie et vous prie de me permettre que je la salue ici, avec l’offre tout entier de mon très humble service. [17]

On imprime ici un nouveau livre de Balzac [40] in‑8o intitulé le Socrate chrétien, qui fera bien du bruit : il est là-dedans pour les molinistes, [41] mais il se doit tenir pour assuré que les jansénistes [42] ne lui pardonneront point ; ils valent mieux que lui et sont plus savants que lui. [18][43]

Ceux d’Angoulême [44] ont peur du siège tant ils voient lever de soldatesque alentour de leurs quartiers. [19]

Adieu Monsieur.


a.

Ms BnF Baluze no 148, fo 3, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon. » ; Jestaz no 53 (tome ii, pages 773‑778). Note de Charles Spon au revers, en regard de l’adresse : « 1651./ Paris, 3 novemb./ Lyon 24 dud./ Rispost./ Ad. 28 dud. »

1.

« rien n’est pourtant aussi incertain. »

La lettre du 17 octobre à Charles Spon est perdue. V. note [3], lettre 269, pour la tentative de conciliation avec Condé menée par le duc d’Orléans et pour le nouveau voyage du roi en direction du sud-ouest. Leurs Majestés étaient revenues de Bordeaux le 15 novembre 1650 et étaient reparties, mais cette fois sans Mazarin (en exil à Brühl), pour Poitiers le 27 septembre 1651. Elles allaient quitter Bourges le 25 octobre pour arriver à Poitiers le 31 octobre en passant par Issoudun, Châteauroux, Buzançais, Le Blanc et Chauvigny.

2.

Le duc électeur de Bavière, Maximilien ier le Grand (v. note [54], lettre 150), venait de mourir à Ingolstadt le 27 septembre. Son fils aîné, Ferdinand-Marie, allait lui succéder (v. note [4], lettre 405).

3.

Pierre Bidal (v. note [35], lettre 237) était le riche négociant de Paris qui s’y occupait des intérêts de la reine Christine de Suède. Claude i Saumaise était parti pour Stockholm en août 1650. Rappelé par les curateurs de l’Académie de Leyde disant que « le monde ne pouvait pas se passer de la présence du soleil, ni leur Université de celle de Saumaise » (Michaud), il avait alors entrepris le périple de son retour qui dura près de six mois.

4.

Guy Patin a mentionné avec fierté la nomination de Pierre Bourdelot au service médical de Christine de Suède dans les Commentaires de son décanat (v. note [12] des Actes de la Faculté de médecine de Paris pour 1651‑1652).

5.

Journal de la Fronde (volume i, fos 505 ro‑506 ro, octobre 1651) :

« Le 29 au matin, la nouvelle étant venue que le roi d’Angleterre {a} était arrivé incognito en Normandie, le duc d’York, son frère, partit aussitôt pour lui aller au-devant et M. le duc d’Orléans lui envoya un carrosse. Il coucha ce jour-là à Écouis {b} et parce qu’il avait mandé qu’il arriverait le lendemain à Paris, la reine d’Angleterre et M. le duc d’Orléans lui allèrent au-devant le 30 ; mais étant arrivés à Asnières, une lieue d’ici, ils apprirent qu’il était encore à 10 heures du matin à Magny {c} et qu’ainsi, il ne pouvait arriver que fort tard à Paris, ayant encore 14 lieues à faire ; ce qui les obligea à revenir sur leurs pas, et ce roi n’arriva qu’à dix heures du soir. On raconte la fortune qu’il avait courue en cette façon : il dit qu’il n’avait guère plus de 12 000 hommes à Worcester {d} et que Cromwell en avait plus de 40 000 ; que son infanterie se défendit d’abord assez bien, mais que la cavalerie écossaise ayant lâché le pied, il fallut qu’il cédât à la force et au grand nombre de ses ennemis ; en sorte que ne lui restant plus que 2 000 chevaux, il dit aux chefs qu’il n’était pas d’avis d’aller avec eux et qu’il allait prendre une autre route avec la moindre compagnie qu’il pourrait ; que sur cela, il partit de son camp avec le duc de Buckingham, {e} milord Wilmot, {f} son premier gentilhomme de la Chambre et cinq ou six personnes seulement, qui s’en allèrent à travers champs dans la maison d’un seigneur catholique, en sorte qu’il n’y eut que milord Wilmot qui demeura avec le roi ; lequel ayant pris l’habit d’un soldat et s’étant lui-même coupé les cheveux, prit un guide qui l’avait autrefois conduit à Worcester, qui savait fort bien les lieux d’alentour et qui lui était fort affectionné. Il lui donna 69 ou 80 jacobus {g} qu’il avait et se mit en chemin à pied avec eux pour aller à Bristol, à l’embouchure de la rivière de Severn, où milord Wilmot l’alla joindre par un autre chemin ; mais peu après qu’il fut parti pour y aller, quantité de cavalerie ayant paru de loin sur le chemin qu’il tenait, {h} le guide le mena dans une forêt voisine et le fit monter sur un arbre fort touffu où il monta aussi avec lui. Il y demeura caché depuis les six heures du soir jusqu’à onze et pendant qu’il y était, deux ou trois mille chevaux de ses ennemis passèrent sous cet arbre qui était au bord du chemin. Enfin, étant passés, le guide le conduit, à la faveur de la nuit, à pied six lieues durant, jusqu’à Bristol dans la maison d’un autre catholique, d’où il alla chez un autre, et il demeura quelques jours dans la cache où l’on cache d’ordinaire les prêtres ; et pendant qu’il y était, on le vint chercher dans cette maison fort exactement sans le pouvoir trouver, quoiqu’il y eût été reconnu par des domestiques. Delà, il fut chez d’autres catholiques jusque dans la ville d’Exeter vers le pays de Cornouailles ; delà, chez d’autres catholiques plus près de Londres. Enfin, il se trouva chez un qui fut d’avis qu’il allât dans Londres, estimant qu’il s’y pourrait mieux cacher qu’en tout autre endroit ; et pour cet effet, il révéla ce secret à sa fille, laquelle il fit partir à cheval, en croupe derrière le roi, pour aller à Londres, sous prétexte de craindre les désordres des gens de guerre à la campagne. Lorsque le roi fut proche de Londres, le frère aîné de cette fille, qui ne savait pas le secret, le rencontra ; et ne connaissant point le roi, qui était assez mal vêtu, demanda à sa sœur pourquoi elle se faisait conduire par un homme de si mauvaise mine, et qu’elle avait tort de n’avoir pas choisi un meilleur conducteur, ajoutant même d’autres paroles plus désobligeantes ; à quoi elle répondit qu’elle avait cru que, dans un temps de guerre, on prendrait moins garde à elle, étant en la compagnie de cet homme que d’un autre de meilleure apparence, et passa comme cela. Le roi étant entré de cette façon dans Londres, demeura trois jours caché chez trois ou quatre catholiques, n’ayant trouvé d’asile ni de refuge que chez ces sortes de personnes, desquelles il se loue fort. Il y fut même reconnu en trois différents endroits et néanmoins, il ne fut pas découvert. Il mangea et prit du petun {i} avec quelques soldats de Cromwell qui le prenaient pour un de leurs camarades ; mais enfin, le bruit ayant commencé à se répandre par la ville qu’il y était, il en sortit et s’en alla dans un port où il fut reconnu par un matelot qu’il pria de lui < faire > passer la mer ; mais ce matelot refusa de l’embarquer, disant qu’il y allait de sa tête et promettant néanmoins de ne le découvrir jamais. Ensuite, un autre matelot entreprit de le passer après l’avoir aussi reconnu, mais il souhaita qu’il ne sût point le lieu où il débarquerait ; et de fait, Sa Majesté ne l’a pas voulu dire, ni celui où elle s’embarqua, ni même nommer aucun de ceux qui l’ont réfugiée afin de ne mettre personne en peine. Néanmoins, les catholiques qui sont ici appréhendent fort que ce qu’il en a dit leur fasse tort en Angleterre et que le général ne souffre pour les particuliers qui l’ont retiré ; ce qui l’a obligé de prier ceux à qui il l’avait dit de ne le publier pas, et même de faire publier qu’il n’est vrai qu’il ait été chez les catholiques. Milord Wilmot est arrivé avec le roi, et il y a nouvelle que le duc de Buckingham et deux autres seigneurs de ses plus affidés sont arrivés en Hollande. »


  1. En titre seulement, sous le nom de Charles ii.

  2. Huit kilomètres au nord des Andelys (v.  note [60] du Faux Patiniana II‑4).

  3. Magny-en-Vexin.

  4. Le 13 septembre, v. note [16], lettre 266.

  5. V. note [2], lettre 993.

  6. Henry Wilmot, premier comte de Rochester en décembre 1652.

  7. Pièces d’or anglaises, v. note [15], lettre 128.

  8. Suivait.

  9. Tabac.

6.

« peut-être l’osera-t-il plus tard ».

Ayant quitté Brühl le 12 octobre, Mazarin (Journal de la Fronde, volume i, fos 504 vo et 505 ro) :

« passa le 17e d’octobre proche de la ville de Liège et s’en alla à Huy ; {a} d’où s’étant réfugié dans Alme, {b} qui en est tout proche, il y demeura quelques jours en attendant un passeport de l’archiduc Léopold et un convoi pour passer en France ; mais cependant, ne se trouvant pas en sûreté dans la ville d’Alme, il se retira dans un château qu’il y a, sur l’avis qu’il eut que le comte de Tavannes s’avançait avec les troupes de M. le Prince vers Dinant pour lui empêcher le passage ; mais depuis, on dit qu’il est venu à Sedan. Il a fait faire des propositions de paix au duc de Lorraine afin de se pouvoir servir de ses troupes contre M. le Prince seulement, ce duc ne voulant pas les faire servir contre les Espagnols ; mais il est bien éloigné de l’accommodement et < le > recherche avec autant d’empressement de la part de M. le Prince que celle de ce cardinal. »


  1. Sur la Meuse, 30 kilomètres en amont de Liège.

  2. Amay, sur la Meuse, 25 kilomètres en amont de Liège.

7.

« chez Jansson, libraire d’Amsterdam ».

Guy Patin avait sauté sur l’occasion pour relancer son projet de faire publier les manuscrits des Chrestomathies et trois autres traités de Caspar Hofmann (v. note [14], lettre 150) : « des Esprits et de la chaleur innée, des Parties similaires et des Humeurs ». Il avait acheté ces inédits à la fille de l’auteur après sa mort, le 3 novembre 1648 (v. note [17], lettre 192).

La notion de parties similaires et dissimilaires appartient aux subtilités de l’antique histoire naturelle, héritée d’Aristote et de Platon.

8.

« à cause de la similitude de matière ».

9.

Je n’ai pas trouvé ce « petit livret in‑12 réimprimé en Hollande », mais deux ouvrages de Caspar Hofmann qui se rapportent à son contenu :

10.

Faire compte d’une chose : être dans l’intention de la faire, ne pas en repousser l’idée.

11.

« le médecin est celui qui sait saisir l’occasion » (adage de Galien).

12.

Ce traité de Gassendi « sur les animaux » n’a pas été imprimé séparément du reste de ses œuvres complètes.

13.

Le général des jésuites, Francésco Piccolomini, élu le 21 décembre 1649, était mort le 17 juin 1651 (v. note [24], lettre 246). Son successeur, Luigi Cottifredi, allait être élu le 21 janvier 1652 pour mourir le 12 mars suivant.

14.

Le P. Théophile Raynaud {a} n’a pas fait imprimer son augmentation de l’ouvrage du cardinal Robert Bellarmin {b} intitulé :

De Scriptoribus Ecclesiasticis Liber unus, cum adiunctis indicibus undecim, et brevi Chronologia ab Orbe condito usque ad annum m. dc. xii… Editio recognita, et ab Autore ipso auctior facta.

[Un livre sur les Écrivains ecclésiastiques, avec 11 index ajoutés et une brève Chronologie allant de la création du monde jusqu’à l’an 1612… Édition revue et augmentée par l’auteur]. {c}


  1. V. note [8], lettre 71.

  2. V. note [16], lettre 195.

  3. Lyon, Horace Cardon, 1613, in‑4o de 250 pages pour la première partie (liste des auteurs depuis Moïse jusqu’à l’an 1500), et 37 pages pour la seconde partie (chronologie allant d’Adam à l’an 1612) ; première de plusieurs éditions.

15.

Tierce : « se dit chez les imprimeurs de la troisième épreuve qu’on tire pour la corriger, avant que de tirer à fond » (Furetière).

16.

« vale, vous qui en êtes fort digne, et continuez de m’aimer comme vous l’avez fait jusqu’ici. »

17.

« Offre a été autrefois masculin » (Littré DLF).

18.

Socrate chrétien, par le Sr de Balzac ; {a} et autres œuvres du même auteur. {b}


  1. Jean-Louis Guez de Blazac, v. note [7], lettre 25.

  2. Paris, Augustin Courbé, 1652, in‑8o de 542 pages.

Composé de douze discours touchant à la dévotion, à la philosophie et aux belles-lettres, le Socrate Chrétien est long de 351 pages. Balzac explique ainsi son titre dans l’Avant-propos :

« Qu’on donne donc à mon livre le nom de Socrate, ou plutôt au livre d’un homme duquel je ne suis que le copiste dans la plupart des choses que vous lirez. […] Tout ce que je pense avoir de bon, c’est que j’estime en autrui la vertu que je n’ai pas : je suis du nombre des méchants, mais je suis du parti des gens de bien. Cela étant dit, mon éloge est fait, passons à celui de l’homme qui n’est pas moi mais qui, étant mon docteur et mon ami, a voulu que je justifiasse sa modestie et la mienne en rendant raison du nom que mes autres amis ont donné à notre livre. Ce nouveau Socrate a des qualités qui lui sont communes avec l’ancien […] ; mais au je ne sais rien du philosophe d’Athènes, il ajoute le je sais Jésus-Christ crucifié de l’apôtre des Gentils, et il croit que savoir cela c’est savoir tout. »

Malgré son Apologie contre le docteur de Louvain [Jansenius], à M. de Marca, président au parlement de Pau, depuis conseiller d’État ordinaire, et nommé par le roi à l’évêché de Couserans (pages 353‑386), le Socrate chrétien n’a pas déclenché la dispute que Guy Patin prévoyait. Il doit le peu de réputation qui lui est restée au portrait mordant que Balzac y a tracé (pages 267‑268) de François de Malherbe, {a} son défunt maître :

« Vous vous souvenez du vieux pédagogue de la cour, et qu’on appelait autrefois le tyran des mots et des syllabes, et qui s’appelait lui-même, lorsqu’il était en belle humeur, le grammairien à lunettes et en cheveux gris. N’ayons point dessein d’imiter ce que l’on conte de ridicule de ce vieux docteur. Notre ambition se doit proposer de meilleurs exemples. J’ai pitié d’un homme qui fait de si grandes différences entre pas et point, qui traite l’affaire des gérondifs et des participes comme si c’était celle de deux peuples voisins l’un de l’autre et jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire {b} avait accoutumé de dire que depuis tant d’années il travaillait à dégasconner la cour, et qu’il ne pouvait en venir à bout. La mort l’attrapa sur l’arrondissement d’une période, {c} et l’an climatérique {d} l’avait surpris délibérant si erreur et doute étaient masculins ou féminins. Avec quelle attention voulait-il qu’on l’écoutât, quand il dogmatisait de l’usage et de la vertu des particules ? » {e}


  1. V. note [7], lettre 834.

  2. En français.

  3. L’enjolivement d’une phrase.

  4. Malherbe mourut en 1628 à 73 ans, âge qu’il est curieux de qualifier de climatérique car il n’est pas multiple de sept (v. note [27], lettre 146).

  5. « Terme de grammaire : petit mot qui n’a qu’une syllabe ou deux, ou plus ; les articles, les interjections, plusieurs pronoms et adverbes sont des particules qu’on emploie avec grâce en toutes les langues. ; on les appelle proprement particules quand elles ne se déclinent ni ne se conjuguent point ; “ pas ” est une particule négative » (Furetière).

19.

Condé et son armée étaient sortis de Bordeaux pour gagner la Saintonge et l’Angoumois, et épargner de nouveaux ravages à la Guyenne. Ils avaient pris Saintes le 31 octobre. Venues de Paris et de Bourgogne, les troupes royales se concentraient à La Charité-sur-Loire pour aller affronter le prince rebelle.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 3 novembre 1651

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(Consulté le 13/04/2024)

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