L. latine 2.  >
À Johann Caspar I Bauhin,
le 9 septembre 1638

[Universitätsbibliothek Basel, cote Frey-Gryn Mscr II 18:Nr. 64, page 1 | LAT | IMG]

Très distingué Monsieur et très vénérable ami, [a][1]

Je n’ai reçu de vous aucune autre lettre que celle que m’a portée, le 8e de juillet, M. Johann Rudolf Wettstein, très honnête et sage jeune homme. [1][2] Quittant la France, il méditait un voyage en Angleterre. Il m’a maintes fois promis de repasser me voir quand il en reviendrait, avec alors tout le loisir de visiter ma bibliothèque. [3] S’il s’en retourne, il n’y a rien qu’il n’obtiendra de moi, en son nom et au vôtre, tant je l’ai trouvé honnête, sage et avisé. Dieu fasse qu’il nous revienne, et que sain et sauf, il rende enfin son salut aux lares paternels. [2][4] Votre jeune homme de Colmar, [3][5] sain d’esprit et robuste de corps, m’a récemment rendu visite à son retour d’Angleterre, et m’a annoncé qu’il se mettrait bientôt en marche vers votre pays ; j’ai donc écrit celle-ci d’une plume hâtive, pour ne pas vous tenir plus longtemps dans l’attente de mes lettres et de nos nouvelles. Apprenez donc de moi par la présente ce qui se passe ici. Pour notre bonheur et celui de toute la France, et Dieu veuille que ce soit aussi pour celui de toute la chrétienté, ce dimanche 5e de septembre, un peu avant midi, notre reine très-chrétienne, épouse de Louis xiii, a accouché d’un fils (nous appelons dauphin le fils premier-né du roi de France, comme étant duc de Dauphiné), au très grand plaisir et sous les applaudissements de tous. [4][6][7][8][9] Je souhaite que ce prince nouveau-né conterat caput serpentis[5] et rétablisse la paix dorée que voilà bannie depuis bien trop longtemps, pour notre immense malheur et celui de tous. Notre reine et l’enfant royal se portent bien. Toutefois, depuis l’accouchement de la reine, le roi est un peu incommodé par quelques paroxysmes d’une fièvre tierce, mais ils sont légers ; peut-être est-ce par excès de joie. [10][11] Le cardinal de Richelieu, qui est à la tête de toutes nos affaires, assiège Le Catelet avec l’armée royale ; [6][12][13] c’est une petite ville que les Espagnols nous avaient prise voilà deux ans, aux frontières de leurs Flandres. [14] Pour des raisons obscures, la reine mère, Marie de Médicis, a quitté les Pays-Bas espagnols pour se rendre en Hollande, et le prince d’Orange l’a accueillie en grande pompe à La Haye. [15][16][17] On dit qu’elle est sur le point de partir en Angleterre ; j’en doute pourtant, et crois même qu’il n’en est rien. [7] J’ignore tout à fait ce que ce suprême arbitre des affaires a décidé concernant une si grande héroïne, lui dont un commandement détermine tout ; mais ne sais qu’une seule chose, c’est que la paix, de quelque façon qu’elle se fasse, l’emportera sur ces querelles et rivalités de notre cour. [8] Ô paix dorée ! ne te reverrons-nous donc jamais avec un visage souriant ?

[Universitätsbibliothek Basel, cote Frey-Gryn Mscr II 18:Nr. 64, page 2 | LAT | IMG] Avec les ravages de la guerre, nul lieu n’est ici laissé de reste à Pallas : [18] la furie de Mars réduit au silence presque toutes les boutiques de libraires et officines d’imprimeurs. [9][19] On ne publie ici presque rien de nouveau, hormis des fictions qu’on appelle chez nous des romans, que les dames de la cour accueillent avec avidité en attendant la fin de la guerre et le retour de leurs maris. De leurs tanières, des moines oisifs sortent aussi toujours des opuscules de dévotion, pour se jouer du petit peuple ignorant. [20] Mises à part ces chimères, on n’a ici à peu près rien publié depuis trois ans qui soit digne d’attention. Pour caresser les apothicaires, notre doyen [21] a pris soin d’achever notre antidotaire, déjà presque prêt à paraître depuis longtemps. On va maintenant l’imprimer, avec la résignation plutôt que l’approbation de notre École ; il verra donc enfin le jour, même αεκητι θεων, [10] car il est quasi terminé. C’est un petit volume in‑4o, à l’instar de l’antidotaire de Lyon, intitulé Codex medicamentarius Parisiensis[11][22] Je vous en destine et dédie un exemplaire ; aussitôt que vous m’aurez indiqué celui qui vous le portera en toute sécurité, je le lui remettrai. M. René Moreau, notre collègue et professeur royal, homme très savant et de grande érudition, prépare je ne sais quoi sur une Bibliothèque de quelque médecine ; [12][23] mais on doute de quand cela pourra paraître, en raison des diverses et très lourdes occupations qui le retiennent chaque jour auprès d’une infinité de malades. M. Pierre Seguin, premier médecin de la reine très-chrétienne et plus ancien maître de notre École, [24][25] est bien malade d’une double tierce, compliquée d’une fièvre continue ; [26] il a passé 72 ans et je redoute bien fort qu’il ne s’en aille en ce lieu ouvert à tous, unde negant redire quenquam[13][27] Un moine italien dénommé Thomas Campanella, appartenant à l’Ordre des dominicains, qui a récemment publié ici des Quæstiones physiologicæ, politicæ, ethicæ, etc. in‑fo, va encore faire paraître sa Metaphysica dans le mois qui vient, à nouveau in‑fo[28] J’ai vu cet homme de nombreuses fois, et l’ai soigné pour des crises de rhumatismes et pour soulager ses douleurs de podagre ; [29][30] il me paraît fort savant et pourvu d’une mémoire très acérée, supérieure à celle de tous ceux que j’ai connus ; mais son langage est fort barbare, [31] ce qui rend sa conversation désagréable, parce qu’il parle sans cesse, ne sait pas se taire ni interrompre le flot de ses paroles. Il tire grande gloire de déclarer qu’il n’est pas aristotélicien [32] à tous ceux qui disputent contre lui ; comme il n’adhère à aucune école de pensée, il paraît rechercher quelque manière chrétienne de philosopher, mais je ne sais dans quel dessein. [14] Saumaise a récemment publié un livre de Usuris, en Hollande, dont une seconde partie paraîtra prochainement. [15][33] J’apprends que M. Daniel Heinsius, homme très érudit et sans conteste le prince des lettrés qui subsistent aujourd’hui, transpire sur [Universitätsbibliothek Basel, cote Frey-Gryn Mscr II 18:Nr. 64, page 3 | LAT | IMG] l’édition de son Nouveau Testament grec et latin, avec d’excellents commentaires (tels que rien de meilleur ne peut rester après lui), bien que maints auteurs aient déjà glorieusement transpiré sur le même labeur, comme Érasme (dont chez vous reposent les os, et au nom de qui j’ai très souvent prié pour votre cité de Bâle) et Théodore de Bèze, natif de Vézelay. [16][34][35][36][37][38] Ici dans le faubourg Saint-Victor, sur les deniers royaux, l’empirique de La Brosse établit un jardin des plantes médicinales, qu’on appelle Jardin du roi ; [39][40][41][42] et ce avec l’aide de M. de Bullion, surintendant des finances, [43] auprès de qui ce vaurien de La Brosse, qui sait à peine lire, jouit d’une faveur absolue ; voilà bien pourtant les mœurs de notre époque ! J’apprends qu’il va bientôt publier un catalogue de toutes ses plantes ; s’il le fait, je vous l’enverrai. [17] Mais vous, très distingué Bauhin, qui possédez tant et tant de talents, qui en savez tant, ne pouvons-nous espérer quelque production de vos veilles, ou alors ne reste-t-il rien à publier de feu votre très distingué père qui puisse illuminer la médecine ? [44] C’est ce que tous les hommes de bien souhaitent et espèrent de votre érudition hors du commun. Si votre compatriote Platter est de vos amis, transmettez-lui, s’il vous plaît, mes salutations ; j’attends de lui une réponse à ma dernière lettre. [18][45] Si je puis ici vous être utile à tous deux, faites-le-moi savoir, mon cher Bauhin que j’honore fort, pour que je m’acquitte de ce devoir envers vous, moi qui désire par-dessus tout rendre service à de très respectés et très illustres personnages. En attendant, que Dieu tout-puissant vous conserve sains et saufs de tout danger ; tout comme moi, qui toute ma vie serai votre très obéissant et très dévoué

Guy Patin natif de Beauvaisis, docteur en médecine de Paris.

De la bienfaisante ville de Paris, le 9e de septembre 1638.

Je sais depuis longtemps que M. Sennert est mort. Beaucoup de gens attendent pourtant encore de lui bien des nouveautés qu’en mourant il a laissées à publier par ses héritiers ; mais est-ce vrai que nous aurons enfin de lui quelque nouvel ouvrage qui n’a pas paru avant son décès ? [19][46] Quand vous en aurez le loisir, écrivez-moi s’il vous plaît ; peu m’importe que ce soit bref, mais écrivez-moi. Vale, et choyez et aimez en retour votre Patin qui vous aime sans s’en cacher.


a.

Universitätsbibliothek Basel, cote Frey-Gryn Mscr II 18:Nr.64, autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite « À Monsieur/Monsieur [Johann Caspar i] Bauhin,/ Docteur en Médecine,/ et Professeur en/ Anatomie,/ À Bâle », sans annotation du destinataire.

Bauhin a néanmoins enrichi la lettre de quelques repères écrits dans la marge. Je les ai signalés, en début de lignes et en italique, dans la transcription du texte latin et insérés dans les notes de la traduction. Ces annotations peuvent mener à croire que Bauhin avait l’intention de publier un jour sa correspondance, mais il n’en a pas eu le loisir.

1.

Ce jeune voyageur était Johann Rudolf ii Wettstein (1614-1684), premier fils et troisième enfant de Johann Rudolf i (1594-1666), homme politique et diplomate suisse qui devint maire de Bâle en 1645. Johann Rudolf i enseigna plus tard le grec et la théologie à l’Université de Bâle, et en fut nommé deux fois recteur.

La Bibliothèque universitaire de Bâle conserve et met en ligne (G2 I 8:Bl.141, référence que Marie-France Claerebout m’a fort aimablement signalée) une lettre de Johann Rudolf ii à Johann Caspar i Bauhin, datée de Paris le 29 mai (julien)/8 juin (grégorien) 1638, pour le féliciter de sa nomination au rectorat de l’Université de Bâle, en ajoutant, à la fin :

Salutat Te, Vir excellentissimus Dn. D. Patinus ; cujus humanitatem nunquam pro dignitate celebrare potero. Scribet ad Te propediem.

[Le très distingué M. Patin vous salue ; jamais je ne pourrai louer sa gentillesse autant qu’elle elle le mérite. Il vous écrira bientôt]. {a}


  1. Notre édition ne contient pas d’autre lettre que Patin ait écrite à Bauhin en 1638. Les trois suivantes sont de 1641.

Bauhin a repris le nom Wettstein dans la marge.

2.

Dieux domestiques romains, les lares se distinguaient en plusieurs catégories ; les lares paternels (lares patrii) étaient ceux des ancêtres, auxquels on rendait le culte des parentales (parentalia, v. note [8], lettre 1025).

3.

V. note [2], lettre latine 1, pour le jeune Durninger originaire de Colmar (Colmariensis, adjectif que Johann Caspar i Bauhin a repris dans la marge).

4.

V. notes [9], lettre 38, pour le titre de dauphin, et [2], lettre 43, pour la naissance tant désirée et fêtée de Louis Dieudonné, futur roi Louis xiv.

Johann Caspar i Bauhin a écrit Delphini nativitas [Naissance du dauphin] en marge de ce passage.

5.

« écrase la tête du serpent », application au petit dauphin et à la guerre de Trente Ans des paroles du Salve, horologium [Salut, cadran solaire] qu’on chantait à l’office de la Conception de la Sainte Vierge :

Solis hujus radiis
Maria coruscat,
Consurgens aurora,
In conceptu micat ;
Lilium inter spinas,
Quæ serpentis conterat
Caput : pulchra ut luna,
Errantes collustrat
.

[Quand se lève l’aurore, Marie étincelle aux rayons de ce soleil, elle brille en sa conception ; lis parmi les épines, elle écrase la tête du serpent ; belle comme la Lune, elle illumine les égarés].

6.

V. note [2], lettre 40, pour le siège et la prise du Catelet aux Espagnols, le 14 septembre 1638.

7.

V. notes [12], lettre 43, pour ces pérégrinations de la reine mère Marie de Médicis en exil, et [8], lettre 66, pour Frédéric Henri de Nassau, prince d’Orange et stathouder des Provinces-Unies.

8.

En marge de ce passage, Johann Caspar i Bauhin a écrit le mot Pax [Paix] ; lointaine espérance des traités de Westphalie (1648), dont les premières négociations furent engagées en 1642.

9.

V. notes [13], lettre 6, pour Pallas (Minerve), déesse de la sagesse, des sciences et des arts, et [16], lettre de Samuel Sorbière écrite au printemps 1651, pour Mars, dieu romain de la guerre.

En marge de ce passage, Johann Caspar i Bauhin a écrit le mot Typographia [Imprimerie].

10.

« contre le gré des dieux ».

En marge de ce passage, Johann Caspar i Bauhin a écrit les mots Antidotarum Parisiense [Antidotaire de Paris].

11.

V. note [8], lettre 44, pour la publication de cet antidotaire (Codex medicamentarius, seu Pharmacopœa Parisiensis) sur l’instigation contestée du doyen Philippe ii Hardouin de Saint-Jacques, car l’antimoine y était approuvé.

V. note [37], lettre 104, pour Le grand Dispensaire médicinal publié à Lyon en 1624.

12.

Pour essayer de donner une cohérence à la phrase latine, de Bibliotheca cujusdam medicæ parat nescio quid, j’y ai remplacé medicæ [femme médecin] par medicinæ [médecine] ; mais sans pour autant parvenir à lui trouver un sens qui corresponde à un projet identifié : la publication, alors fort lointaine (Lyon, 1650), de la Medicina practica [Médecine pratique] de François Feynes (v. note [12], lettre 252), tirée de la bibliothèque de René Moreau, ne me semble pas apporter une solution plausible à l’énigme.

13.

« d’où, dit-on, nul ne revient » (Catulle, v. note [11], lettre 237).

En dépit du sombre pronostic de Guy Patin, Pierre i Seguin, vécut encore dix ans.

14.

Les éditions de Tommaso Campanella {a} que j’ai trouvées ne sont pas in‑fo :

Ce passage établit incontestablement que Guy Patin a conversé avec Campanella, mais assurément pas que les idées sceptiques de ce sulfureux dominicain l’ont convaincu.

15.

De Usuris liber, Claudio Salmasio auctore [Livre sur l’intérêt des emprunts, par Claude i Saumaise] (Leyde, Elsevier, 1638, in‑8o).

La seconde partie a paru un an plus tard : De Modo usurarum [Livre sur la Manière de prêter avec intérêt] (ibid. et id., 1639, in‑8o).

16.

Danielis Heinsii sacrarum Exercitationum ad Novum Testamentum Libri xx. In quibus Contextus Sacer illustratur, SS. Patrum aliorumque sententiæ examinantur, Interpretationes denique antiquæ aliæque ad eum expenduntur. Quibus Aristarchus Sacer, emendatior nec paulo auctior, Indicesque aliquot uberrimi accedunt.

[Vingt livres d’Essais sacrés de Daniel Heinsius {a} sur le Nouveau Testament. Le texte sacré y est rendu lumineux, les sentences des Saints Pères de l’Église et d’autres auteurs y sont examinées, et enfin y sont pesées avec soin les interprétations anciennes et autres qu’on en a données. On y a ajouté l’Aristarchus Sacer, {b} corrigé et fort augmenté, et quelques très riches index]. {c}


  1. V. note [4], lettre 53.

  2. Danielis Heinsii Atistarchus Sacer, sive ad Nonni in Johannem Metaphrasin Exercitationes. Quorum priori parte Interpres examinatur, posteriori Interpretatio ejus cum Sacro Scriptore confertur : in utraque S. Evangelistæ plurimi illustrantur loci. Accedit Nonni et S. Evangelistæ contextu : tres item Indices : unus Sylburgii in Nonnum Græcus ; duo recentes in Aristarchum ; alter Græcus, alter Latinus.

    [L’Aristarque {i} sacré, ou les Essais de Daniel Heinsius sur la Paraphrase de Nonnos sur l’Évangile de Jean. {ii} La première partie examine l’interprète, et la seconde compare son interprétation au texte de l’Auteur sacré ; les deux éclairent de nombreux passage du saint Évangéliste. Avec les textes juxtalinéaires de Nonnos et du saint Évangéliste, ainsi que trois index : celui du vocabulaire grec de Nonnos établi par Sylburg, {iii} et deux nouveaux sur Aristarchus, {i} l’un du grec et l’autre du latin]. {iv}

    1. Le souverain Maître (saint Jean).

    2. Nonnos de Panopolis, poète grec du ive s., a mis en vers l’Évangile selon saint Jean.

    3. Friedrich Sylburg, v. note [11], lettre 117.

    4. Leyde, Bonaventure et Abraham Elsevier, 1627, in‑8o.

  3. Leyde, Elsevier, 1639, in‑4o.

Guy Patin se souvenait ensuite de deux éminents commentateurs du Nouveau Testament :

17.

V. note [3], lettre 60, pour Guy de La Brosse, ses disputes avec la Faculté de médecine de Paris et son Catalogue des plantes du Jardin royal publié dès 1636. La détestation jalouse que Guy Patin nourrissait contre ce confrère semblait ici lui embrumer la mémoire.

En marge de ce passage, Johann Caspar i Bauhin a écrit les mots Brossæi hortus [Jardin de La Brosse].

18.

En marge de ce passage, Johann Caspar i Bauhin a écrit le mot Edenda [Ouvrages à publier].

Il n’a rien subsisté de la correspondance que Guy Patin a échangée avec Felix ii Platter (v. note [12], lettre 363).

19.

Daniel Sennert était mort le 21 juin 1637 à Wittemberg. V. note [12], lettre 44, pour l’édition de ses Opera [Œuvres] par Guy Patin (Paris, 1641), qui avait peut-être déjà ce dessein en tête.

s.

Universitätsbibliothek Basel, Frey-Gryn Mscr II 18:Nr.64, page 1.

Vir clarissime et amice colendissime,

Nullam aliam a te accepi Epistolam, præter eam quam mihi
attulit honestissimus et modestissimus juvenis M. Ioan. Rodolphus
Wettstein Wettstein, 8. Iulij, qui discedens a Gallia, Anglicam meditabatur
peregrinationem ; qui multoties mihi pollicitus est, se ex Anglia
reducem, ad me reversurum, et bibliothecam meam majore otio
lustraturum : si redeat, suo tuoq. nomine, nihil est quod
a me non impetret, adeo probrum, prudentem et modestum
deprehendi : faxit Deus ut ad nos remeret, patriosq. lares
salvus et incolumis tandem resalutet. Iuvenis vester Colma-
Colmariensis riensis, mente sanus et corpore validus, invisit me nuper
reversus ex Anglia, mihiq. renuntiavit se brevi ad vos profe-
cturum ; hanc ideo epistolam festinante calamo exaravi, ne
diutius in mearum literarum et rerum nostrum expectatione
te detinerem. Hac igitur præsenti epistola quid hic agatur, à
me habeto. Christianissima noster Regina, Ludovici 13.
Delphini/ nativitas uxor, die Dominico v. Sept. paulo ante meridiem, feliciter
nobis et toti Galliæ, utinam et universo orbi Christiano !
peperit filium, (Delphinum vocamus Galli primogenitum
regis, tamquam ducem Delphinatium) summo omnium favore
atq. applausu. Utinam princeps ille nuper natus conterat
caput serpentis, aureamq. pacem reducat, summo nostro
et omnium malo jamdudum nimis exulantem. Regina nostra
regiusq. infans belle se habent. Rex vero leviter confli-
ctatus est paroxysmis aliquot febris tertianæ, ab ipso
partu Regniæ, sed levibus ; ex nimio fortasse gaudio. Cardin-
nalis Richelius, qui summæ rerum præest, cum exercitu regio
obsedit Castelletum ; urbiculam quandam quam ante bien-
nium nobis surripuerant Hispani, in limitibus sui Belgii.
Regina mater Maria Medicæa occultis quibusdam ex causis
derelicto Belgio, Bataviam ingressa est, et Hagæ Comitis
honorifice excepta a principe Auriaco : dicitur profectura
in Angliam ; hæreo tamen, nec firmiter credo : quamvis
nesciam prorsus quid de tanta heroina statuerit summus
ille rerum arbiter, ad cujus nutem moventur omnia : hoc
Pax unum scio : singulis istis aulæ nostræ jurgijs et contentionibus
pacem qualiscumq. illa esset, multo prævalituram : O pax
Aurea, nunquamne te iterum ridenti facie videbimus.

t.

Universitätsbibliothek Basel, Frey-Gryn Mscr II 18:Nr.64, page 2.

Nullus hîc grassante bello, relictus est locus Palladi : omnes
Typographia prope bibliopolarum tabernæ et typographorum officinæ,
Marte furente silent : nihil hîc fere excuditur novi, præter
fabulas quasdam, quas nostri vocant des Romans, quæ a
mulierib. aulicis avide excipiuntur, belli finem et maritorum
suorum reditum expectantibus : superstitiosi quoq. libelli
quidam semper prodeunt ex otiosorum Monachorum latibulis,
quo imperitæ plebeculæ ludificant : præter ista figmenta
vix aliquid à triennio dignum hîc excusum est. Decanus
noster ut pharmacopolis faveat, Antidotarium nostrum
Antidotarum parisiense jamdiu fere paratum curavit absolvi : nunc excudetur,
non tam probante nostra Schola quam tolerante :
lucem tamen tandemq. videbit, etiam αεκητι θεων : prop[e]
enim ad umbilicum pervenit ; libellus est ad instar Antido-
tarij Lugdunensis, in 4. cum hoc lemnate. Codex
medicamentarius Parisiensis
. Unum exemplar tibi
voveo, et dedico, statim ei tradendum quem indicaveris
qui tuto tibi reddat. D. Renatus Moreau, Collega noster
et professor regius, vir eruditissimus et multæ lectionis,
de Bibliotheca cujusdam medicæ parat nescio quid, sed
dubium quandonam proditurum ob varias et nimias
occupationes quib. in infinitis ægris quotidie detinetur.
D. Petrus Seguynus, Christianissimæ reginæ Medicus primarius,
et antiquior scholæ nostræ magister, pessime habet ex
duplici tertiana continuæ implicita : annum superat
ætatis suæ 72. unde summopere vereor ne transeat
ad communem illum locum unde negant redire quenquam.
Monachus quidam Italicus, Thomas Campanella dictus, ex ordine
Dominicanorum nuper hîc edidit quæstiones Physiologicas,
politicas, ethicas etc. in fol. intra mensem adhuc editurus
suam Metaphysicam, adhuc in folio. Vidi hominem multoties,
eique feci Medicinam pro rheumaticis affectibus, et pro lenien-
dis podagræ doloribus ; videtur mihi doctissimus : supra omnes
quotquot novi homines memoria pollet acerrima : sed admodum
barbarus est in sermone, et ex eo in mutuis colloquijs im-
portunus, quod semper loquatur, nesciat tacere, neq.
finem facere dicendi : summo sibi ducit honori, profitendo
omnibus adversus eum disputantibus, se non esse Aristotelicum ;
dum nulli sectæ addictus est, videtur Christianum quoddam
philosophandi genus affectare, quod an assequunturus sit
nescio. Salmasius nuper emisit librum de Usuris, editum
apud Batavos : cujus pars secunda brevi proditura est. D.
Danieleum Heinsium, virum eruditissimum, et literatorum
qui hodie supersunt, facile Principem, audio insudare in

u.

Universitätsbibliothek Basel, Frey-Gryn Mscr II 18:Nr.64, page 3.

edendo novo suo Testamento Latino Græco, cum commen-
tarijs optimis, (ut nihil ab eo nisi optimum manare potest,)
quamvis in eodem labore antehac cum laude insudariunt
viri summa laude digni optimus Erasmus, (cujus ossa in
urbe vestra recubant, et cujus nomine Basileæ vestræ mul-
toties bene precatus sum) et Th. Beza, Vezelius. Hic
in suburbio D. Victoris, regijs impensis, exstruitur a Brossæo
Brossæi/ hortus Empirico, Hortus Iatricus, regius dictus ; ad hoc auxiliante
D. de Bullion, summo regij ærarij præfecto, apud quem
summâ pollet gratiâ nebulo ille Brossæus, qui vix
unquam legere novit. Sed sunt isti mores nostrorum temporum.
Audio eum brevi publicaturum catalogum omnium suarum
plantarum : si fecerit, ad te mittam. Tu vero, clarissime
Edenda Bauhine, qui tot et tanta possides, qui tam multa
novisti, estne quod aliquid speremus ex tuis lucubrationibus ?
vel nihilne superest edendum ex clarissimi Patris του
μακαριτου, quod possit rem Medicam illustrare ? tumq.
sane optant et sperant boni quique ex tua eruditione
non vulgari. Si tibi sit familiaris Platerus vestras,
fac si placet ut meo nomine salutem accipiat, a quo
ultimarum mearum responsum expecto. Si quid autem
utriq. vestrum profuturum hic possim, fac quæso mi
Bauhine, quem plurimum colo, ut resciam, et eo meo
in vos officio defungar quo maxime viris dignissimis
et illustrissimis inservire cupio. Interea servet vos
Deus Opt. Maximus salvos et incolumes ab omni periculo :
me quoque, qui toto vitæ tempore futurus sum

Tibi obsequentissimus et
addictissimus Guido Patinus,
Bellovacus, Doctor Medicus Parisiensis.
Ex alma Lutetia Parisisiorum,
9. Septembris, 1638.

Scio jampridem obijsse D. Sennertum : à quo tamen adhuc nova
multa expectant multi, quæ moriens ille suis edenda reliquit :
verumne est nos ex eo aliquid novum et ante mortem
non editum tandem habituros ? ubi per otium tibi licuerit,
scribe si placet, quam paucis volueris, nil refert, modo
scribas. Vale et Patinum tuum non obscure amantem
fove et redama.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Caspar I Bauhin, le 9 septembre 1638

Adresse permanente :
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(Consulté le 03/03/2024)

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