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Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Présentation  >

Notice introductive [1]

Hormis la plupart des thèses médicales qu’il a disputées ou présidées, [1] le seul ouvrage imprimé que Guy Patin ait écrit de bout en bout est son Traité de la conservation de santé par un bon régime et légitime usage des choses requises pour bien et sainement vivre. Il ne fait aucun doute qu’il soit de sa plume, même s’il n’y a apposé son nom qu’au bas de l’épître dédicatoire, à son ami Charles Guillemeau, [2] de la Seconde édition augmentée de moitié (Paris, Jean Jost, 1632, in‑12 ; Gallica).

Le Traité de Patin a été inséré anonymement dans toutes les éditions ultérieures du Médecin charitable de Philibert Guybert. [2][3] Il occupe, par exemple, les pages 426‑560 de Toutes les œuvres charitables de Philibert Guybert, dédiées à Patin par le libraire Jean Jost. [3][4]

Dans sa lettre du 10 novembre 1643 à Charles Spon, Patin s’est humblement flatté d’être l’auteur discret de la Conservation de santé. Pourtant, sa modestie semblait feinte car il existe une coïncidence frappante de dates entre son premier portrait gravé [4][5] et la parution de son livre, en prévision probable du renom qu’il devait lui conférer (et qu’il lui conféra effectivement), moins de cinq ans après sa réception au grade de docteur régent de la Faculté de Paris (décembre 1627).

Une citation de Plutarque prolonge le titre du Traité de la conservation de santé :

O sanitas, quam divinum et suave condimentum ! [5][6]

Comme ses Leçons au Collège de France, ses Consultations et mémorandums, et ses Observations médicales (écrites avec Charles Guillemeau), ce livre est précieux pour qui veut bien pénétrer la doctrine médicale de Patin, qui est omniprésente dans sa correspondance. Ici limitée aux choses ou qualités dites non naturelles du corps humain, [7] elle est exposée en termes fort intelligibles. Son principe dominant est encore en honneur de nos jours et ressortit à la plus pure doctrine d’Hippocrate et de Galien : [6][8][9] l’hygiène est, en chacun de ses aspects (respirer, manger, boire, dormir, procréer, etc.), la clé d’une santé bien « tempérée » ; son respect prévient la survenue des maladies. La pathologie et la thérapeutique n’apparaissent que de manière fugace et allusive dans la Conservation de santé, dont le dessein est de promouvoir le bien-être au seul prix du bien-vivre, à l’abri des maux et des remèdes qu’elles imposent.

Le Traité de Patin appartient à la vaste collection des « Régimes de santé », écrits en langue vernaculaire, qui connurent un grand succès auprès du public non médical aux xvie et xviie s., en faisant la fortune des imprimeurs qui les éditaient. [7] À y regarder de près, ils se copiaient volontiers les uns les autres, différant principalement par le plus ou moins de foi ou d’exécration que leur auteur vouait aux qualités occultes, [10] en lien avec l’arabisme [11] et le paracelsisme. [12] Patin a bien sûr énergiquement banni tous ces préceptes novateurs, qu’il jugeait extravagants et dangereux, pour délivrer à ses lecteurs ce qu’on peut appeler une rhapsodie hippocrato-galénique : de façon fort livresque, quoique curieuse et même amusante aujourd’hui, car il pimentait son propos de quelques remarques originales ou saugrenues, il rabâchait en français ce que tous les médecins dogmatiques européens de ce temps-là écrivaient en latin sans se lasser. Ici, comme presque partout ailleurs, Patin a plus brillé par son style et par son mordant que par ses idées ; et les quarante années qui ont suivi la parution de son Traité n’ont guère contribué à le faire sortir de ses ornières ni à le débarrasser de ses œillères. [8]

Table des chapitres de ce livret


1.

En particulier Estne totus homo a natura morbus ? [Par nature, l’homme n’est-il pas tout entier maladie ?] (1643) et An sanguis per omnes corporis venas et arterias jugiter circumfertur ? [Le sang circule-t-il continuellement en parcourant toutes les veines et artères du corps ?] (1670) qui sont intégralement transcrites, traduites et commentées dans notre édition.

2.

Le Traité de Guy Patin a accompagné le Médecin charitable de Philibert Guybert (v. note [25], lettre 6) à partir de sa 17e édition (Paris, 1632).

Philippe Albou a publié une précieuse Histoire des « Œuvres charitables » de Philibert Guybert (Histoire des sciences médicales, 1998, xxxii : 11‑24).

3.

Épître de l’édition de Paris, 1648 (v. note [30], lettre 277) :

« À Monsieur Monsieur Patin,
docteur régent en la Faculté de médecine, à Paris.

Monsieur,

Notre auteur ayant, tant qu’il a vécu, su maintenir puissamment, avec crédit et réputation, les œuvres qu’il avait faites, il est arrivé que, depuis sa mort, {a} quelques ignorants (jaloux de la gloire qu’il s’était légitimement acquise) ont tâché par toutes voies de le mettre en mauvaise odeur parmi le peuple ; {b} et, reconnaissant que sa probité les empêchait d’avoir prise sur lui, ils en ont à dessein fait contrefaire de très méchantes impressions afin que, par ce moyen, on attribuât à une personne de si sainte intention la malicieuse volonté de ses ennemis. C’est, Monsieur, ce qui m’a excité (pour l’obligation que j’ai à la mémoire de M. Guybert) vous prier de trouver bon que je vous dédie cette édition nouvelle, laquelle a été revue, corrigée et augmentée par lui-même peu avant son décès, m’assurant que pendant qu’elle s’autorisera de votre protection, on ne croira jamais qu’elle a été corrompue par une quantité de remèdes inutiles, tirés des écrits de Wecker et Paracelse, {c} ainsi que sont celles qui ne sont de mon impression, d’autant plus encore que tout le monde sait que vous, qui pratiquez la médecine avec tant d’intégrité, de bonheur et de courage, ne permettez jamais qu’une chose passât sous votre aveu sans l’avoir auparavant bien examinée. Agréez donc, s’il vous plaît, que je vous présente par devoir ce que l’auteur même, s’il retournait au monde, vous offrirait avec justice, et croyez que, s’il n’égale votre mérite, ce n’est pas faute de bonne volonté puisque je vous donne ce que j’ai de plus cher, lequel j’accompagne du désir que j’ai d’être toute ma vie,

Monsieur,

votre très humble et très obéissant serviteur

J. Jost. {d}


  1. Né vers 1579, Philibert Guybert était mort le 21 juillet 1633.

  2. Dans son article sur les Œuvres charitables (1998, v. supra note [2]), Philippe Albou a fait état (page 14) du mauvais accueil que les apothicaires parisiens lui avaient réservé dès sa première édition (1623)

  3. La mention de l’obscur Wecker (orthographié VveKer) laisse ici perplexe par comparaison avec l’immense renommée de Paracelse (v. note [7], lettre 7).

    Il s’agissait de son disciple Johann Jakob Wecker (v. note [20], lettre 1033), rendu célèbre par les très nombreuses éditions de ses De secretis libri xvii [Dix-sept libres sur les secrets] (Bâle, 1560, pour la première d’entre elles), traduits en français sous le titre de Grand Trésor, ou Dispensaire et antidotaire, tant général que spécial, ou Particulier des remèdes servant à la santé du corps humain. Dressé en latin par Jean Jacques Wecker, D.M. de Bâle, et depuis fait français et enrichi d’annotations et notes de plusieurs compositions par lui omises, et d’une infinité d’autres rares secrets tirés des plus excellents auteurs de la médecine et pharmacie chimique. Avec une brève et facile méthode d’extraire les facultés des médicaments et de corriger tellement toutes sortes de minéraux qu’on ne puisse recevoir nuisance ni dommage aucun par l’usage d’iceux. Le tout par Jean du Val, D.M. d’Issoudun (Genève, Étienne Gamonet, 1616, in‑4o). Ce livre était antérieur à la première édition du Médecin charitable de Philibert Guybert (1623), mais visait le même but de vulgarisation et devait se trouver en concurrence directe avec lui, comme le montre sa Préface du traducteur aux pharmaciens français :

    « Ceux qui, par un long travail et continuelle expérience, ont beaucoup appris et beaucoup pris de peine à verser la quintessence de leur savoir dans leurs écrits, pour le communiquer à la postérité, n’ont rien eu en plus grande recommandation (Messieurs et très chers frères) que de suivre une vraie méthode et bon ordre pour faire tant mieux glisser et reposer leurs conceptions dedans l’esprit des lecteurs. Mais, combien qu’ils aient tous visé à ce but, tous ne l’ont pas pourtant atteint car, si nous considérons les écrits de ceux de notre profession (sans donner atteinte ni mettre sur la touche ceux des autres) combien en trouverons-nous dont le titre et l’épître promettent assurément aux lecteurs cette méthode mère du savoir, où toutefois nous ne voyons que des promesses bien vêtues de paroles et toutes nues d’effets ? Plusieurs grands médecins, tant anciens que modernes, ont bien dressé des dispensaires, mais il est impossible d’en trouver deux qui aient suivi un même ordre, ce qui peut servir de preuve suffisante pour les convaincre de désordre, vu que la vérité n’a qu’un visage et que son contraire est un fin Prothée qui se métamorphose et déguise en mille formes. »

  4. V. note [17], lettre 15, pour le libraire parisien Jean Jost. Son épître à Guy Patin laisse penser que le dédicataire avait contribué à l’édition du livre, et mis la main à la rédaction de la dédicace (comme il était alors très coutumier de le faire).

4.

V. notes [3], lettre 116, pour la lettre à Charles Spon, et [2], lettre latine 231, pour la description du premier des trois portraits originaux connus de Guy Patin.

5.

« Ô que la santé est un suave et divin assaisonnement ! », Plutarque, fin du chapitre 8 des Préceptes d’hygiène (traduit du grec par Victor Bétolaud, 1870) :

« On regarde comme pleine de justesse cette parole de Prodicus, {a} “ que des assaisonnements, le meilleur c’est le feu ”. On peut dire avec non moins de vérité que l’assaisonnement le plus divin et le plus délicat, c’est la santé. Qu’ils soient bouillis, rôtis, ou cuits, des aliments ne sauraient causer aucun plaisir, aucune satisfaction à des personnes malades, ou ivres, ou ayant le mal de mer ; mais l’appétit pur et naturel d’une personne qui se porte bien lui fait trouver tout exquis et délicieux ; comme dit Homère “ Tout est avidement saisi, tout, dévoré. ” »


  1. Prodicos de Céos, philosophe présocratique grec du ve s. av. J.‑C.

6.

V. note [13] des Pièces liminaires de la Conservation de santé pour la définition précise des choses ou qualités non naturelles, naturelles et contre nature du corps humain.

Hippocrate (8 extraits transcrits dans les notes de notre édition) et Galien (28 extraits) sont de très loin les deux auteurs que Guy Patin a le plus cités dans son Traité. Les modernes, comme Jean Fernel, Jean de Renou et quelques autres, y occupent un bien moindre rang.

Pour ma part, j’ai volontiers recouru aux précieux ouvrages de Fernel (10 extraits) pour éclaircir les propos de Patin, en évitant, du mieux que j’ai pu, de le (et de me) ridiculiser par des anachronismes médicaux.

7.

Dans son article Le régime de Guy Patin : de l’enseignement à la polémique (Histoire des sciences médicales, 2016, l : 467‑476), Magdalena Kozluk (v. note [2], lettre 68) a donné une fine analyse critique du Traité en le rattachant au contexte historique si particulier des régimes de santé, dont elle est une éminente historienne. Depuis le temps de Patin, ils n’ont jamais cessé de garnir à profusion les rayons des libraires, en brodant à l’infini sur l’idée que tout un chacun est acteur de son propre bien-être et de sa longévité.

8.

Pour terminer ma critique sur un sourire, Furetière ne dit pas des œillères (œuillières) qu’elles empêchent le cheval de regarder sur les côtés, mais que « ce sont des morceaux de cuir posés à côté des yeux pour les garantir des coups du fouet du Chartier » (v. note [13], lettre 271, pour Jean Chartier, qui fut l’un des plus virulents antagonistes de Guy Patin).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Présentation.
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(Consulté le 29.11.2021)

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