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À Gilles Ménage, le 20 juillet 1651

[…] [a][1][2]

Page 86, versu x, je voudrais dire Pithou in suis Adversariis[1][3] vu que le français n’est point intelligible. J’ai vu de savants hommes se moquer de celui qui avait dit Turnèbe en ses Adversaires. [2][4] Il est encore en la page 95, 193, 196, etc. [3]

Page 104, sur le mot Beanus. J’ai un traité grotesque en latin, fait par un Allemand, de Beanis[4]

Page 111, vers. antepenult. lege Bauhinus[5] et mettez après le mot de Commentateur [5] que personne n’a mieux parlé du bézoar que M. Guillemeau, médecin ordinaire du roi, et de la Faculté de Paris, dans ses observations françaises qu’il a faites sur sa belle thèse l’an 1648. [6][6]

Page 134, vers. 17, il faut mettre le sieur d’Aubigné[7][7]

Page 177, à la fin du mot Caniculares, on pourrait ajouter que le Père Petau a remarqué quelque chose de beau de cette Canicule, dans ses livres de Doctrina temporum, et qu’elle n’est pas comme le peuple pense au mois de juillet. [8][8] Houllier, Comment in aphorismos Hipp., dit que le peuple se trompe au fait de la canicule, et qu’elle est passée quand elle semble commencer. [9][9][10]

Page 180, sur le mot de Carême[10] M. Rigault en son Commentaire sur Tertullien, libro de jejunio, raconte diverses espèces de Carême. [11][11][12]

Page 189, Cerevisia quod cerebrum visat, ou quasi cerebris vis[12][13]

Page 294, vers. 8 après médecine, ajoutez : [13] où sur la fin de l’examen rigoureux qui dure une semaine entière, pour faire des nombreux bacheliers, l’examen finissant sur les six heures du soir, les anciens ont droit d’une légère collation, qu’on appelle vinum et species, qui sont des échaudés, des raisins, de l’eau et du vin. [14][14]

Page 337, sur la fin de la diction Galets, Rabelais a parlé de Ulrich Galet, de Chinon, comme d’un homme illustre. [15][15][16]

Page 345, à Gazette[16] J’apprends que Gazetta en italien signifie une pie, qui est un animal babillard, comme notre Gazette est babillarde. [17][17]

Page 376, Gesner [18] appelle en latin le hareng harengus : [18][19] les anciens n’ont point connu ce poisson ; est species thrissæ ; [19] il ne se pêche que par delà la Hollande vers la mer Baltique, qui étaient des pays presque inhabités à cause de la grande barbarie de ces pays septentrionaux. Le mot de hallex chez les anciens non est nomen piscis, sed condimenti piscium, aliud a muria[20] Le hareng ne se pêche aujourd’hui que vers la mer Baltique, et en nul autre endroit de l’Europe.

Page 450, Aquarioli dicebantur olim famuli prostibulares, qui mulieribus suppeditabant aquam et subministrabant, ut pudenda sua lavarent post coïtum[21] Quelque interprète l’a dit ainsi, en expliquant ces vers d’Ovide,

Ne ve suæ possent intactam scire ministræ
Dedecus injecta dissimulavit aqua
[22][20]

Page 482, tout en haut, moutons à la grande laine sont ainsi appelés de vieux écus d’or qui ont un agneau pascal d’un côté. J’en ai céans un à votre service ; et ai toujours ouï expliquer de la sorte les moutons à la grande laine de Rabelais. [23][21]

Page 488, Nicotiana vocatur à nonnullis Catharimaria ; à barbaris Petun : [24][22][23] c’est une espèce de hyoscyame du Pérou ; c’est ainsi que l’appelle Dodoens. [25][24] C’est une herbe narcotique qui a de la malignité ; les Indiens l’appellent Tabaco. Neander librum scripsit de Tabacologia[26][25] J’ai céans une belle thèse en médecine, qui a été soutenue l’an 1626 et en laquelle je me souviens d’avoir disputé, laquelle conclut ainsi : Ergo nulli bono tabaccocapnia per nares et os[27][26] Cette fumée est maligne, ennemie du cerveau et des viscères, surtout du poumon, du cœur et de l’estomac. Barclay en son Euphormion sur la fin a fait de fort beaux vers contre cette plante et contre la tabacocapnie, [28][27] que l’on pourrait aussi appeler tobacomanie[29] pour le grand nombre des fous qui s’y amusent. Le Mascardi, savant Italien, a fait une dissertation contre cet abus ; [30][28] et Raphael Thorius en a fait un grand poème, imprimé en Hollande, tout exprès. Le poème est latin, il était anglais, ut revocaret ab usu istius venenatæ tabacocapniæ suos populares[31][29] J’ai céans tous ces livres à votre service.

Scorbut, page 599, [32] morbus est lienis, Galeno incognitus, quem tamen videbat Hippocrates. Ejusmodi affectus non est dicendus stomacace, ut vulgo enuntiatur, sed stomacacce : κακκη enim apud Aristophanem in Nubibus est merda ; et est ni fallor a Latino caco, ut est alioqui mirus in his nequam poeta. Ideo στομακακκη est oris fœtor. [33][30][31][32][33][34][35] Plusieurs modernes en ont parlé et traité expressément, comme Wierus, Martinus, Eugalenus, Horstius, Sennertus, Reusnerus et alii multi, quos possem adfere[34][36][37][38][39][40][41] Cette maladie est rare partout, hormis vers la mer Baltique, où les mauvaises eaux, faute de bonnes, gâtent la rate et corrompent les autres viscères : témoin la corruption des gencives, la puanteur de la bouche, l’obstruction de rate, les ulcères des jambes, le ventre durci et constipé.

Page 654, [35] le mot de variola[42] est fort ancien : outre ce qu’en a dit M. de Saumaise, [43] un certain Marius Episcopus Aventicensis, qui vivait il y a près de mille ans, en a parlé. C’était l’évêque d’Avenches, dont l’évêché a été transféré à Lausanne, qui appartient aujourd’hui à Messieurs de Berne. [44] Le passage en est beau : c’est dans le tome ier du recueil des histoires de feu M. du Chesne, page 215, in medio, anno 4. consul. Iustini, ind. 3[36][45]

Page 714, vers. 7, la rue près des Innocents, où sont les marchands de soie, doit être nommée la rue aux fers[37][46]

Page 775, au milieu de la page, Bru n’est pas une épousée, mais la femme de mon fils. [38]

Page 811, [39] Ange Politien præfatione in Menæchmos a dit en parlant des moines, pavidamque plebem teritant minaciis[40][47][48][49]

Page 838, Sirop [41] est plutôt dit à συραω, id est traho. [42][50]

Page 839, Spagirique [43] est dit de, Zwingero in Examine principorum chymicorum, cap. i, page. 11, απο του σπαν, quod vellere, divellere, et αγειρειν quod congregare significat : ibi quidem heterogenea, hic homogenea[44][51][52][53]

Iohannes de Hortis, alias des Jardins, Medicus Paris. et regius, obiit ultima die Ianuarii, 1548. Factus fuerat Doctor in nostra Facultate anno 1523[45][54][55]

C’est de la part de votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

Le 20e de juillet 1651.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Gilles Ménage à Guy Patin, le 20 juillet 1651.
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(Consulté le 20.09.2019)

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