L. 736.  >
À Charles Spon, le 17 novembre 1662

Monsieur, [a][1]

Pour réponse à la vôtre du 7e de novembre, de laquelle je vous remercie de tout mon cœur, je vous dirai que ma dernière vous doit avoir [été] rendue ou envoyée de chez M. Falconet, comme j’espère que celle-ci ira par même route. Pour les 100 livres de MM. de Tournes, [2] je crois que les avez reçues par le commis de M. Troisdames, [3] lesquelles vous donnerez, s’il vous plaît, à celui qui viendra de leur part avec un récépissé. Pour le ballot de livres qu’ils me doivent envoyer, combien que je n’y sache rien de suspect, j’approuve fort votre avis et vous prie d’en avertir M. Falconet qui vous le mettra entre les mains ; et par après, vous prendrez votre temps et loisir de me l’envoyer par le coche d’eau. [4] Je suis ici le médecin et le bon ami du maître de ce coche qui vient de la Saône à Auxerre [5] et delà, à Paris. Le jeune Falconet [6] est en dangereux poste car il aime bien la débauche, laquelle est fort fréquente à Montpellier. [7] Dieu lui fasse la grâce de s’amender et d’y profiter, mais il n’aime guère l’étude et est grand hypocrite. Utinam nunquam pœniteat patrem, virum optimum, eo misisse filium[1] Pour moi, je suis ravi d’en être déchargé : nimia laborat protervia et stolida procacitate ; [2][8] il est de ces jeunes gens d’Horace, Cereus in vitium flecti, monitoribus asper, etc. Utinam Deus illi immittat meliorem mentem[3][9] Il a assez d’esprit, mais il aime bien mieux le jeu que l’étude et n’a besoin que d’argent pour jouer : qua utinam careat[4] afin qu’il ne joue point. [10] Je vous remercie d’avoir parlé du Cardan [11] à M. Huguetan, [12] c’est M. le premier président [13] qui m’en a parlé plus de six fois ; encore m’en a-t-il parlé avec bonté et témoigné de vouloir servir, et en récompenser ces deux Messieurs si telle pensée leur venait en volonté. Je me persuade aisément qu’ils sont engagés ailleurs, d’où ils espèrent davantage, his bene sit, per me sint omnia protinus alba ; [5][14] mais un premier président est un petit roi et fait bon l’avoir pour ami. Celui-ci n’est point autrement libéral, mais il est reconnaissant, et aime les savants et les honnêtes gens. Quand sera donc fait le Cardan ? aura-t-il un grand index pour les dix tomes ? Je sais bien tout ce que me mandez du P. Théophile Raynaud, [15] je suis seulement en peine quand seront achevés les deux premiers tomes des 18, car ce bonhomme est bien vieux. [6] Pour vous sauver la peine d’écrire encore à M. Sorbière, [16] attendez un peu que je lui aie parlé et que je lui aie montré votre lettre. Notre M. Piètre [17] se porte mieux, mais il a présentement la goutte [18] assez douloureuse, et a 54 ans, il est plus vieux que vous d’un an car il est né l’an 1608. Pour le livre du sieur Serrier, [19] non valde moror[7] Ce n’est qu’un écolier qui, au lieu d’étudier et d’apprendre, fait des livres ; mais le temps y est, Scribimus indocti doctique poemata passim[8][20] J’ai regret de la mort du sieur Verny ; [9][21] au moins, avant que de mourir, il a tâché de servir le public et a écrit de son métier qu’il entendait bien, tout autrement mieux que M. Serrier n’entend les fièvres. Je suis bien aise de savoir que l’on imprime, mais chez qui ? le Code théodosien[10][22] Voilà un impôt sur ma bourse, mais je le prends en gré car c’est un grand livre, fort bon et d’usage. Je l’achèterai dès qu’il sera fait si je suis encore au monde. M. Alex. Morus [23] se porte mieux. Il est mon bon ami, nous nous sommes rencontrés plusieurs fois et avons bu ensemble. Mes deux fils vous rendent votre salut et vous remercient. Carolus [24] vous enverra bientôt son livre avec une petite lettre de remerciement. [11][25] J’ai vu le jeune Bauhin [26] qui est un garçon sage et bien fait. Vallot [27] a été malade d’une grande fluxion sur la poitrine, et fort douloureuse. Il a été saigné plusieurs fois et ensuite purgé[28] il se lève. Guénault [29] l’a mis au lait [30] quo solo utitur pro alimento et medicamento ; [12] il est asthmatique [31] et a un mauvais poumon. Quand Vautier [32] fut bien malade, il prit Vallot pour son médecin ; je ne sais si celui-ci fait mieux, mais je sais bien qu’un homme sage ne fit jamais son médecin son héritier. Guénault passe 76 ans et a encore bon appétit. On parle déjà de cette succession en cas que mort arrive. Le monde est plein de gens altérés et affamés, et qui songent fort au bien d’autrui. Les jurisconsultes disent que le titre du droit, de acquirendo rerum dominio[13] est le titre des habiles gens. Le roi [33] est encore ici, on dit qu’il n’ira à Dunkerque [34] qu’après que la reine [35] sera accouchée, ce qu’on remet au 28e de novembre. [14][36] Notre querelle avec le pape [37] dure toujours, quelques-uns disent que c’est de la besogne pour ce printemps. M. Fouquet [38] est toujours prisonnier, mais on dit qu’il n’en aura que le mal. On parle ici de plusieurs suppressions d’offices que le roi veut faire. Dieu soit loué si le peuple, qui est dans la dernière extrémité de misère, en peut être soulagé.

M. Alex. Morus est guéri à ce que j’apprends depuis deux heures de M. Du Four [39] (par ci-devant médecin de M. de Vendôme) qui l’a traité dans cette maladie dernière, savoir d’une fluxion sur la poitrine avec une fièvre continue, [40] assisté des bons et fidèles conseils de M. Élie Béda, sieur des Fougerais, [41] vénérable et détestable charlatan [42] s’il en fût jamais ; mais il est homme de bien, à ce qu’il dit, et n’a jamais changé de religion que pour faire fortune et mieux avancer ses enfants. O virum bonum ! [15]

Mais dites-moi, s’il vous plaît, pourquoi y a-t-il tant de fautes en votre Bauderon in‑4o ? [16][43] Il y en a de tant de sortes qu’elles me font pitié. On faisait autrefois à Lyon tout autrement mieux, je pense que les hommes se lassent de bien faire et que tandem fiet effetum sæculum[17][44] MM. Huguetan et Ravaud n’ont-ils point fait encore imprimer quelque première page de leur Cardan pour l’envoyer çà et là en divers lieux et le faire connaître ?

On dit que la négociation de l’accord du pape avec le roi est tout à fait rompue, qu’il n’y a point d’espérance de paix et que nous aurons la guerre en Italie le printemps prochain. On fait ici des prières publiques pour obtenir de Dieu un heureux accouchement pour la reine. Pour moi, je souhaite qu’il nous en vienne un petit prince qui fasse rabattre la taille [45] et cause la diminution de tant d’impôts [46] que les deux derniers cardinaux ont mis par toute la France. On dit que le pape est malade et que le roi d’Espagne [47] a promis de donner passage par le Milanais [48] quand le roi voudra envoyer en Italie une armée contre le pape pour assiéger ses villes. Mais quand cela sera et que nous nous serons bien vengés du pape par ce moyen-là, que deviendra la catholicité du roi d’Espagne dont le pape et les jésuites font tant de bruit ? [18][49] Je vous supplie de faire mes recommandations à M. Anisson, comme aussi à M. Huguetan l’avocat. Te et tuam saluto. Vale.

Tuus ex animo, Guido Patin[19]

De Paris, ce 17e de novembre 1662.


1.

« Pourvu qu’avoir envoyé son fils là-bas ne cause jamais de regret au père, qui est un excellent homme. »

2.

« il est affligé d’une excessive effronterie et d’une stupide insolence » ; Martial (Épigrammes, livre i, xli, vers 18‑20) :

Non cuicumque datum est habere nasum :
Ludit qui stolida procacitate,
Non est Tettius ille, sed caballus
.

[Il n’est pas donné à tout le monde d’avoir le nez fin : qui badine avec une stupide insolence n’est pas un Tettius, mais une simple rosse].

3.

« “ Comme une cire molle, il se laisse façonner au vice, regimbe aux avertissements, etc. ” [Horace, Art poétique, v. note [4], lettre 177]. Puisse Dieu lui mettre du plomb dans la cervelle ! »

4.

« pourvu qu’il en manque ».

Guy Patin avait couvé Noël Falconet sous son aile pendant quatre années, et le voilà qui le traitait d’hypocrite, insolent et débauché ! Les premiers éditeurs des Lettres (1683) ont supprimé ce passage, préférant sans doute en épargner la lecture à Noël, alors encore vivant. Lui et son mentor avaient dû, en se séparant, échanger des paroles bien âpres, mais les lettres de Patin ne nous en ont rien appris de plus. Jusque dans ses dernières à André Falconet, il n’en a pas moins continué de lui parler fort régulièrement de Noël avec tendresse et sympathie, pour en savoir des nouvelles et se rappeler à son meilleur souvenir.

Les emportements affectifs (déversements d’atrabile) dont Patin était coutumier apparaissent ici dans toute leur vigueur.

5.

« ce serait bien, pour moi tout serait blanc comme neige » : per me equidem sint omnia protinus alba nil moror [pour moi, je veux bien que tout soit blanc comme neige] (Perse, v. note [5], lettre 66).

Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud étaient en train d’imprimer les Opera omnia de Jérôme Cardan à Lyon (achevé le 17 avril 1663). On décidait alors du dédicataire, qui fut bien, finalement, le premier président Guillaume de Lamoignon (v. note [8], lettre 749).

6.

Le P. Théophile Raynaud était alors âgé de 75 ou 76 ans (v. note [8], lettre 71). Guy Patin parlait ici des deux premiers des 20 tomes de ses Opera omnia, tam hactenus inedita, quam alias excusa, longo authoris labore aucta et emendata [Œuvres complètes, déjà éditées comme encore inédites, enrichies et corrigées par le long travail de l’auteur] éditées par les soins du R.P. Jean Bertet (Lyon, Horace Boissat et Georges Remeus, 1665, 19 volumes in‑fo, et Cracovie, Annibal Zangoyski, 1669, un volume in‑4o, pour le tome xx) :

  1. Theologia Patrum, ad templorum et scholarum usum. Christus Deus homo [Théologie des Pères, pour l’usage des églises et des écoles. Le Christ, Dieu fait homme] ;

  2. De attributis Christi Theologia Patrum [Théologie des Pères sur les attributs du Christ] ;

  3. Moralis disciplina [Discipline morale] ;

  4. De virtutibus et vitiis, accurata et florulenta Tractatio [Enseignement soigné et fleuri sur les Vertus et les vices] ;

  5. Naturalis, sive Entis increati et creati, intra supremam abstractionem, ex Naturæ lumine investigatio [Recherche du naturel, ou de l’Être créé et incréé, dans l’intérieur de la suprême abstraction, d’après la lumière de la Nature] ;

  6. Eucharistica [Eucharistiques] ;

  7. Marialia [Mariales] ;

  8. Hagiologium Lugdunense [Hagiologie lyonnaise] ;

  9. Hagiologium exoticum [Hagiologie des autres contrées] ;

  10. Pontificia [Pontificales] ;

  11. Critica sacra [Critique sacrée] ;

  12. Miscella sacra [Variétés sacrées] ;

  13. Opusculorum miscella philologica [Variétés philologiques des opuscules] ;

  14. Opuscula moralia [Opuscules moraux] ;

  15. Heteroclita spiritualia et anomala pietatis, cælestium et infernorum [Irrégularités spirituelles et anomalies de la piété, des cieux et des enfers] ;

  16. seconde partie des Heteroclita spiritualia (v. note [2], lettre 651) ;

  17. Ascetica [Ascétiques] ;

  18. Polemica [Polémiques] ;

  19. Operum omnium indices generales [Index généraux des œuvres complètes] ;

  20. Apopompæus admodum rara, tomus vigesiumus et posthumus per anonymum novissime digestus [Reliquats de très grande rareté, vingtième tome posthume que composa tout récemment une main anonyme].

Tout ce début de lettre a été omis dans l’édition de Bulderen.

7.

« je ne m’en soucie pas le moins du monde ». V. note [12], lettre 402, pour cette réédition de la Pyrétologie… [Étude des fièvres] (Lyon, Huguetan et Ravaud, 1663, in‑12) de Trophime Serrier, médecin d’Arles.

8.

« Savants ou ignorants, nous écrivons tous des poèmes » (Horace, Épîtres, livre ii, lettre 1, vers 117).

9.

La mort de François Verny, « apothicaire juré de l’Université de médecine de Montpellier », éditeur de la Pharmacopée de Bauderon (v. note [3], lettre 726), n’était qu’un faux bruit dont Guy Patin est convenu dans sa lettre à Charles Spon du 17 octobre 1667.

10.

Codex Theodosianus cum perpetuis commentariis Iacobi Gothofredi, Viri Senatorii et Iurisconsulti huius sæculi eximii. Præmittuntur chronologia accuratior, cum chronico historico, et prolegomena : subjiciuntur Notitia Dignitatum, Prosopographia, Topographia, Index rerum, et Glossarium nomicum. Opus posthumum ; diu in foro et schola desideratum, recognitum et ordinatum ad usum Codicis Iustinianei, opera et studio Antonii Marvillii Antecessoris Primicerii in Universitate Valentina.

[Code Théodosien {a} avec les commentaires continus de Jacques Godefroy, {b} éminent conseiller de parlement et jurisconsulte de ce siècle. Précédé d’une chronologie très soigneuse, avec une chronique historique, et de prolégomènes ; suivi d’une notice des dignités, d’une prosopographie, d’une topographie, d’un index des choses et d’un glossaire des noms. Ouvrage posthume, longtemps désiré à la Cour et à l’Université, inspecté et mis en ordre suivant le Code justinien par les soins et le travail d’Antoine de Marville, {c} professeur de droit et doyen d’âge en l’Université de Valence]. {d}


  1. Établi sur l’ordre de l’empereur romain d’Orient Théodose ii au ve s. (v. notule {b-viii}, note [56] du Patiniana I‑4), le Code théodosien est un recueil des ordonnances et des lois qui avaient été promulguées dans l’Empire depuis le règne de Constantin ier (306-337, v. notes [24] du Naudæana 3).

    Avec le Digeste justinien (v. note [22], lettre 224), qui l’a mis à jour un siècle plus tard, il forme la base écrite du droit romain, rédigé pour la première fois au ve s. av. J.‑C. (Douze Tables, v. note [11] de l’Autobiographie de Charles Patin).

  2. Mort en 1652, v. note [5], lettre latine 360.

  3. Éminent juriste (1609-1693) qui a aussi exercé la profession d’avocat à Grenoble.

  4. Lyon, Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, 1665, in‑fo de 462 pages, pour le premier de 6 tomes en 4 volumes.

11.

Familiæ Romanæ in antiquis numismatibus ab Urbe condita, ad tempora divi Augusti. Ex bibliotheca Fulvii Ursini. Cum adiunctis Antonii Augustini, Episc. Ilerdensis. Carolus Patin, Doctor Medicus Parisiensis, restituit, recognovit, auxit.

[Les Familles romaines dans les médailles antiques, depuis la fondation de Rome jusqu’à l’époque du divin Auguste. {a} Tiré de la bibliothèque de Fulvius Ursinus. {b} Avec les annexes d’Antonius Augustinus, évêque de Lérida. {c] Charles Patin, docteur en médecine de Paris, les a restitués, revus et augmentés]. {d}


  1. Premières années de l’ère chrétienne.

  2. Fulvio Orsini (Rome 1529-ibid. 1600), philologue et antiquaire italien (v. note [7] du Borboniana 7 manuscrit pour son savant livre sur les sources grecques de Virgile [Anvers, 1568]), a été bibliothécaire des Farnèse.

    L’édition originale de son ouvrage de numismatique, repris par Charles Patin, porte le titre de Familiæ Romanæ quæ reperiuntur in antiquis numismatibus ab Urbe condita ad tempora Divi Augusti… [Les Familles romaines qui se trouvent dans les médailles antiques depuis la fondation de Rome jusqu’à l’époque du divin Auguste…] (Rome, héritiers de Francisco Tramezini, 1577, in‑fo illustré de 402 pages).

  3. V. note [3], lettre de Hermann Conring, datée du  24 septembre 1663.

  4. Paris, Jean Du Bray, Pierre Varriquet et Robert Ninville, 1663, in‑fo illustré de 429 pages.

    Le privilège du roi est daté du 7 février 1662. Achevé d’imprimer pour la première fois le 7 septembre 1662, ce somptueux in‑fo avait été « registré sur le livre de la communauté des libraires et imprimeurs » de Paris le 6 mai précédent. Le CCFr signale des éditions contrefaites (sans nom, ni lieu, mais probablement en Hollande).


Après une épître dédicatoire à Louis xiv, précédée de son majestueux portrait dessiné par N. Mignard et gravé par P. van Schuppen en 1662, on trouve le portrait de Charles Patin (Carolus Patin, Doctor Medicus Parisiensis, æt 29, 1662 [Charles Patin, docteur en médecine de Paris, âgé de 29 ans, 1662]) imprimé et gravé par Le Fébure, avec ces vers de François Ogier, le prieur (v. note [5], lettre 217) :

In effigiem Caroli Patin, operibus Fulvii Ursini a se editis et auctis præfixam.
Ursini et faciem, Lector, si forte requiris,
Desine Pictoris sollicitare manum.
Persimilem Ursino se præstitit ecce Patinus,
Utrumvis videas, semper utrumque vides
.

[Sur le portrait de Charles Patin, mis en tête des œuvres de Fulvius Ursinus qu’il a éditées et augmentées.
Cesse, lecteur, si d’aventure tu le réclames, de presser la main du peintre pour un portrait d’Ursinus. Voici Patin qui s’est montré tout à fait semblable à Ursinus : que tu voies l’un ou l’autre, tu les vois tous deux].

Vient ensuite une préface latine de Louis-Henri de Loménie, comte de Brienne (dont Guy Patin a parlé dans sa lettre à André Falconet datée du 29 janvier 1664, v. note [6], lettre 766). Elle se termine sur ces mots :

Interim victura feretur Patino gloria, qui Ursini labores suis demersit, non aliter quam bicornis Rhenus post innumera terrarum spatia perlustrata, immoritur auxiliaribus aquis.

[En attendant, puisse Patin jouir d’une durable gloire, lui dont les propres travaux ont submergé ceux d’Orsini, de la même manière que le Rhin, {a} après avoir parcouru d’innombrables territoires, achève sa course après avoir été nourri par les eaux de ses affluents]. {b}


  1. Rhenus bicornis est un autre nom de Rhenus Pater, personnification divine du Rhin (v. note [5], lettre de Reiner von Neuhaus, datée du 13 juin 1652).

  2. Manière élégante de proclamer que Charles Patin n’avait pas plagié (comme on allait le lui reprocher) mais copieusement enrichi le livre d’Orsini.

Les 12 dédicaces, en prose ou en vers latins, sont signées Pierre i Seguin, Jacques Mentel, Denis Dodart, François Ogier, Charles Du Périer, Pierre Petit, Reinerus Neuhusius, et Carolus Florus (Advoc. Paris.), et surtout Guy Patin et Charles Spon :

Guido Patin, Doctor Medicus Parisiensis et Professor Regius.
Et meum esse puto, Carole Fili, tua hæc studiorum laborumque oblectamenta fausta precatione prosequi. Felices quorum gaudia crimine vacant : quanto feliciores, quorum voluptas fructum habet, atque in laboris vicissitudine positum otium est.
Vale
.

Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal.
Carolus mon fils, comme je crois être mon devoir, j’ai accompagné de mon heureuse prière ces distractions de tes études et de tes travaux. Heureux ceux dont les plaisirs sont libres de crime ; combien plus heureux encore sont ceux dont le plaisir produit un fruit, et dont le loisir vient en récompense du labeur.
Salut].

Ad Carolum Patinum, D.M.P., illustrem Æsculapii Musarumque Politiorum alumnum.
Patine, gentis lucidum sidus tuæ,
Semonis heres digne litterarii,
Cui Doctiorum cunctus assurgit chorus,
Applaudo chartis publicare quas paras :
Lectoribusque tam coævis gratulor,
Quam postfuturis, tale visuris Opus :
In quo obsoleta magna tot Quiritium
Felice graphio lucem in almam nomina
Phœnicis instar vindicantur a rogis,
Vita fruantur, ut perenni in posterum,
Sic æmularis optime Æsculapium
Quem Fama tradit suscitasse mortuos :
Tibi ergo, ut illi, fata post novissima,
Sublimia inter astra debetur locus.
Carolus Sponius, Doct. Med. Lugdun
.

[À Charles Patin, docteur en médecine de Paris, illustre disciple d’Esculape {a} et des Muses les plus polies.
Patin, brillante étoile de ta race, digne héritier de Sémon le littéraire, {b} en l’honneur de qui le chœur entier des plus savants se lève, j’applaudis aux pages que tu t’apprêtes à publier et je me réjouis des lecteurs qui, tant aujourd’hui que dans le lointain futur, viendront admirer un tel ouvrage. Un heureux poinçon y ramène à la vie, dans la lumière nourricière, les grands noms usés de tant de Romains, comme pour les venger des bûchers de Phénix, {c} afin que, désormais et à jamais, tu sois comme l’émule de l’éminent Esculape qui pouvait, dit-on, ressusciter les morts. Après les tout derniers oracles, ta place, comme la sienne, devra se tenir parmi les plus hautes étoiles.
Charles Spon, docteur en médecine de Lyon].


  1. V. note [5], lettre 551.

  2. Sémon : dieu de la bonne foi chez les Sabins, autrement nommé Fidius ou Sancus.

  3. Oiseau fabuleux des Égyptiens qui renaît éternellement de ses cendres (v. notule {b}, note [38], lettre Naudæana 4).

Viennent enfin les préfaces de Fulvio Orsini puis de Charles Patin, suivies d’amples remerciements de Charles à ceux qui l’ont aidé directement, ou par leurs livres et leurs encouragements, dont Louis Savot (v. note [10], lettre 54), etc. ; v. note [5], lettre latine 199, pour les vers de Reiner von Neuhaus.

Le livre lui-même est la réunion de deux ouvrages :

  • Familiæ Rom. ex Antiq. Num. [Les familles romaines d’après les médailles antiques] de Fulvio Orsini (pages 1‑315), illustré de très nombreuses gravures reproduisant des médailles ;

  • Ex libro de familiis Romanorum Antonii Augustini, Ep. Ilerdensis [D’après le livre d’Antonius Augustinus, évêque de Lérida, sur les familles des Romains] (pages 313 [sic pour 316]‑424), sans illustrations.

12.

« qu’il utilise pour tout aliment et médicament ».

13.

« sur la manière d’obtenir la propriété des choses », titre d’un chapitre du Digeste justinien (v. note [22], lettre 224).

14.

La reine accoucha d’Anne-Élisabeth de France le 18 novembre ; l’enfant mourut le 30 décembre suivant.

Loret (Muse historique, livre xiii, lettre xliv, du samedi 11 novembre 1662, page 569, vers 87‑130) :

« Ces jours passés, on oyait dire
Que, d’ici, le roi notre Sire
Partait avec intention
D’aller prendre possession
De Dunkerque, ville frontière,
Maintenant à nous tout entière ;
Mais ce voyage est différé,
Et l’on tient pour tout assuré
Qu’il ne doit prendre cette peine
Qu’après les couches de la reine.

Certes, ce rachat important
Avec cinq millions comptant
Est une mémorable marque
Des bontés d’icelui monarque :
Comme il a le courage haut,
Il la pouvait prendre d’assaut,
Toutes choses lui sont possibles,
Et ses armes sont invincibles ;
Mais, voulant doucement régner,
Il aime bien mieux épargner
La vie et le sang de ses hommes
Que non pas de si grosses sommes,
Que par un amas assez prompt
Il tira de son propre fonds,
Pour rendre, sans mort et sans noise,
La susdite ville française,
Comme elle fut autrefois
Sous plusieurs de nos défunts rois.
Et pour prouver ce que j’avance,
Que dans Dunkerque notre France
Eut de la vogue et du crédit,
Un homme du pays m’a dit
Que, par une antique police,
Aux tribunaux de la justice,
Les magistrats qui sont commis
De Madame sainte Thémis, {a}
En révérant notre langage
Le mettent toujours en usage
Pour exposer leurs règlements,
Leurs sentences et jugements.
Que la chose soit véritable,
Ou que ce ne soit qu’une fable,
Je fais ici savoir à tous
Que Dunkerque, enfin, est à nous. »


  1. Déesse grecque de la Justice, v. note [13], lettre 1011.

15.

« Ô le bon homme ! »

16.

V. note [3], lettre 726, pour la Pharmacopée de Brice Bauderon, rééditée à Lyon en 1662.

17.

« à la fin un siècle impuissant nous viendra », Pline le Jeune, Épîtres (livre v, xvii) :

Faveo enim sæculo ne sit sterile et effetum.

[Car mon plus vif désir est que notre siècle ne soit pas impuissant et stérile].

18.

Les éditions antérieures (Bulderen et Reveillé-Parise), qui ont beaucoup remanié cette lettre, y ont ajouté ici cet amusant passage :

« On dit que M. de Roquelaure a proposé de beaux moyens pour envoyer une grande armée en Italie, savoir que M. de Liancourt fournira 20 000 jansénistes, M. de Turenne 20 000 huguenots, et lui, fournira 10 000 athées : voilà 50 000 hommes qui n’épargneraient point le pape ; vous voyez comme dans l’affliction publique les courtisans ne laissent pas de railler. »

Cette insertion est plausible puisque le duc de Roquelaure (v. note [34], lettre 524) était réputé pour ses mots d’esprits, mais c’est un lambeau que les transcripteurs ont extrait d’une autre lettre qu’ils ont irrémédiablement dépecée. Toutes les allusions à Rome et au pape (Alexandre vii) avaient ici trait à l’affaire des gardes corses (v. note [1], lettre 735).

19.

« Je vous salue ainsi que votre épouse. Vôtre de tout cœur, Guy Patin. »

a.

Ms BnF no 9358, fos 206‑207, « À Monsieur/ Monsieur Spon,/ Docteur en médecine,/ À Lyon » ; Du Four (édition princeps, 1683), no cvii (pages 323‑325), et Bulderen, no cclxxxi (tome ii, pages 328‑329), fort abrégée ; Reveillé-Parise, no cccxlix (tome ii, pages 471‑475) à Charles Spon (dont la seconde partie est datée du 19 décembre), et no dciii (tome iii, pages 410‑411) à André Falconet.

À côté de l’adresse, de la main de Spon : « 1662./ Paris, adi 17 novemb./ Lyon, 24 dudit./ Rispost./ Adi 28 ditto […]. »


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 17 novembre 1662.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0736
(Consulté le 04.12.2022)

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