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Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 13  >

[Ms BIU Santé 2007, fo 245 ro | LAT | IMG]

Fièvre synoque putride chez un jeune homme
[consultation non datée]

Consultation médicale pour un jeune homme […] [a][1][2]

Pour exercer la médecine avec méthode et raison, comme Galien l’a très clairement énoncé, [3] la maladie qui se présente à nous doit être précisément […] caractérisée ; ensuite et dès que possible, l’issue doit en être présagée ; enfin, il faut entreprendre son traitement. Puisque la bonne manière de remédier a jusqu’alors été observée chez ce patient, et continuera de l’être, je me contenterai d’effleurer sommairement le sujet : j’expliquerai brièvement ce que je pense moi-même, en premier lieu, du diagnostic du mal qui l’affecte, en deuxième lieu, de son pronostic, et en dernier lieu, de son traitement.

Le pouls rapide et précipité, la soif extraordinaire, la chaleur ardente et mordante, et d’autres symptômes de ce genre indiquent indubitablement et prouvent avec éclat que notre malade est en proie à une fièvre ; mais toute fièvre peut être soit essentielle, soit symptomatique. [1][4] Son caractère essentiel se caractérise notamment par le fait qu’elle a débuté d’elle-même, sans avoir été précédée d’aucune autre maladie. Ensuite, une fièvre première est soit éphémère, soit putride, soit hectique. [2][5][6] Celle-ci n’est pas éphémère parce qu’elle a incommodé le malade depuis déjà plusieurs jours ; elle n’est pas non plus hectique, parce que la substance charnue des parties solides n’est pas détruite ; il s’agit donc d’une fièvre putride. Ajoutez à cela que tous les signes de putréfaction y sont évidents : chaleur ardente et mordante, à tel point qu’elle se fait rudement sentir à la palpation du corps ; pouls et respiration inégaux ; urine sanglante dès le commencement de la maladie ; [3][7] disposition précédemment saine du corps. En outre, la fièvre putride peut être intermittente ou ne pas l’être, comme celle qui se présente à nous : elle est continue puisqu’il n’y a jamais eu de période d’apyrexie. [4][8] Trois mots qualifient cette fièvre non intermittente : συνεχης, συνοχος και καυσος, continua, continuens et ardens[5] Il y a deux sortes de synoques, putrides et non putrides ; [6][9] mais celle-ci est une synoque putride provoquée par un pourrissement du sang qui se trouve enfermé et corrompu dans les gros vaisseaux situés entre les aisselles et les aines, comme l’indiquent, à l’évidence, l’âpreté même de la chaleur, les urines épaisses, rouges et troubles, la douleur de tête perpétuelle, dont la compagne est une envie presque irrépressible de dormir ; et je ne doute pas qu’à cette plénitude s’ajoute, d’une manière ou d’une autre, une cacochymie, laquelle est bilieuse. [7][10][11][12] Je résume en peu de mots le diagnostic complet de la maladie : son espèce est une synoque putride ; sa cause est l’abondance de sang en putréfaction ; la partie affectée est l’ensemble de presque tous les viscères, mais principalement ceux que contiennent les première et seconde régions du corps. [8]

Quant au pronostic, puisque la maladie est aiguë, on ne peut à coup sûr que funestement présager de sa guérison, en invoquant l’édit d’Hippocrate (aphorisme 19 de la 2e section) : Των οξεων νοσηματων ου παμπαν ασφαλεες αι προδιαγορευσιες, ουτε της υγειης, ουτε του θανατου. [9][13] De graves symptômes torturent le patient, annonçant assurément qu’il est en péril : insomnies, divagations, douleurs violentes autour des viscères, agitation du corps, lipothymie, [10][14] dyspnée, soif, perte de l’appétit, crudité visible dans les fèces et les urines, [11] traits du visage fort altérés, hypocondres durs, [15] contractés et douloureux, et autres manifestations de cette sorte ; mais les forces encore robustes, la vigueur de la jeunesse et le fait que la maladie puisse s’accorder avec sa nature, ses bonnes habitudes de vie, son âge et la saison où nous sommes, n’ôtent pas tout espoir de guérison.

Il reste le traitement, qui doit recourir aux trois sortes de remèdes : régime alimentaire, [16] opération manuelle [12] et pharmacie. Le régime doit être froid et humide, interdire complètement le vin, [17] ainsi que les mets salés et poivrés ; mais consister seulement en bouillons réfrigérants, assaisonnés avec beaucoup de verjus [18] ou de jus de citron, [19] en œufs frais, en pommes cuites ; pour boisson, de l’eau d’orge dans laquelle auront bouilli des chicoracées. [13][20][21] La phlébotomie [22] convient parfaitement pour évacuer l’humeur peccante qui est dans les gros vaisseaux car, comme Galien l’a très clairement écrit, au livre ii de la Méthode, inciser la veine est ce qu’il y a de plus salubre dans les fièvres, non seulement dans les continues, etc. [14] Pour un rafraîchissement plus sûr et pour évacuer les rebuts des excréments en décomposition, on pourra surtout injecter, de temps à autre, un lavement [23] composé de réfrigérants et d’émollients, avec du miel, [24] du sucre, [25] etc. Pour ôter la douleur de tête, il faut appliquer de l’oxyrrhodin sur le front. Pour modérer l’ardeur et la douleur des reins, on enduira les lombes avec du cérat de Galien oxycraté. [15][26][27][28][29][30] Voilà mon avis sur le diagnostic, le pronostic et le traitement de l’affection que vous me soumettez. [16][31]

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1.

Essentiel et symptomatique sont deux adjectifs encore utilisés de nos jours en médecine pour qualifier respectivement : une maladie idiopathique ou protopathique, naissant d’elle-même dans la partie atteinte, et une maladie sympathique ou deutéropathique, conséquence d’une autre, qui sévit ailleurs dans le corps (v. notule {j}, note [6] de la Consultation 12).

2.

Une fièvre était dite éphémère (ou journalière) si elle ne durait qu’un jour. Jean Fernel a consacré le chapitre iii (pages 224‑227), livre quatrième de sa Pathologie (Paris, 1655, v. note [1], lettre 36) à ce genre d’accès :

« Au commencement de l’accès, on ne sent que peu ou point de frisson ; et si on en sent, c’est seulement lorsque le corps, étant rempli de mauvaises humeurs, envoie beaucoup d’exhalaisons, chaudes et âcres, qui frappent les parties nerveuses, étant rabattues, {a} ou à cause que le froid resserre la peau, ou bien d’autant que {b} les pores sont bouchés. Il ne s’ensuit aucun symptôme fâcheux, ni douleur véhémente, ni grande agitation du corps. […]

Les causes précédentes et évidentes de la fièvre journalière sont toutes celles qui introduisent une intempérie excessivement chaude : l’ardeur du soleil et de tout ce qui nous environne ; la lassitude et le travail véhément ; les veilles, les jeûnes, la trop forte application et contention de l’esprit, par la colère, par les soins, par la tristesse ou par la crainte. Or, les plus fâcheuses de toutes sont : la crudité, {c} soit qu’elle vienne de gourmandise et pour avoir trop mangé, soit pour avoir bu du vin trop fort, ou pour avoir mangé des fruits ou des viandes gâtées ; toute rétention des évacuations naturelles, comme du ventre et des urines ; la suppression de la sueur ou des vapeurs par l’épaisseur et constipation {d} de la peau, à cause du froid ou des bains astringents ; les tumeurs et bubons des émonctoires, et surtout des aines, causés du travail ; {e} et les cruelles douleurs qui enflamment le corps et agitent les humeurs. […]

Quand la fièvre journalière dure plus d’un jour, sans diminution, sans sueur, ou si, après la sueur, elle demeure en même état, il y a danger qu’elle ne se change ou en synoque, ou en putride, ce que l’on pourra discerner par les signes de la fièvre dont on se doute, et qui semble plus imminente. » {f}


  1. En s’y retranchant.

  2. Parce que.

  3. L’indigestion : « Ces aliments laissent des crudités et < une > indigestion dans l’estomac » (Furetière).

  4. Constriction des pores cutanés, qui assurent la transpiration.

  5. On appelait émonctoire toute « glande qui sert à décharger les humeurs superflues du corps » (Thomas Corneille) ; il s’agissait ici des lymphonœuds ou relais lymphatiques de l’aine, dont la fonction exacte (drainer la lymphe émanant des membres inférieurs et du périnée) n’était pas encore connue au temps de Fernel.

  6. V. infra note [6] pour la fièvre synoque.

V. note [8], lettre 98, pour la fièvre hectique, la plus grave de toutes.

3.

En latin, crudus a le double sens de cru et de saignant ; cruda urina pouvait donc ici à la fois désigner l’urine crue (v. note [9] de la Consultation 15) et l’urine sanglante, celle qui caractérise l’hématurie et dont Jean Fernel a parlé en ces termes dans sa Pathologie (v. supra note [2]), au chapitre xiii, Que signifie chaque couleur des urines, du livre troisième (pages 186‑187) :

« L’urine saigneuse, soit qu’elle ressemble seulement à quelque lavure de chair fraîche, et comme à de la sanie, {a} soit qu’elle ressemble à du sang tout pur, quand elle est entièrement refroidie, on y trouve au fond comme certain grumeau de sang caillé. Cette urine devient telle par le froissement des reins, ou par l’ouverture de leurs veines, d’où le sang sort aussitôt, ce qui arrive ordinairement par la pesanteur de la pierre. {b} Ceux-là se trompent fort qui attribuent aussi cette sorte d’urine à la débilité du foie car à peine peut-on comprendre que le sang sorte d’ailleurs avec l’urine, sans que les reins soient offensés. C’est pourquoi, quand on rend des urines mêlées de sang, si ni les lombes ni les reins ne sont point blessés par une chute ou par quelque coup, cela provient de la pierre qui écorche les reins, lors principalement que l’on fait quelque exercice trop véhément. Cette urine est souvent précédée d’une autre, trouble et noire, qui présage une prochaine néphrétique. »


  1. V. note [11], lettre de François Rassyne, datée du 27 décembre 1656.

  2. Calcul dû à la lithiase urinaire

En attribuant exclusivement l’hématurie à l’atteinte lithiasique ou traumatique des reins et de leurs cavités excrétrices (bassinets, uretères), Fernel ignorait ses causes tumorales, infectieuses et inflammatoires, pouvant affecter l’ensemble de l’arbre urinaire ou l’organisme tout entier (états septiques diffus, en particulier). De nos jours, une hématurie accompagnant une fièvre oriente en tout premier vers une pyélonéphrite (infection bactérienne du haut appareil urinaire).

4.

En grec dans le manuscrit, απυρεξια (apyrexia, v. note [1], lettre 68).

5.

« continue, lisse et ardente », où sont traduits :

  • par « continue », synékhês (συνεχης) et continua ;

  • par « lisse », synokhos (συνοχος) et continuens, synoque, c’est à-dire sans rémission ni redoublement (v. infra note [6]) ;

  • et par « ardente », kausos (καυσος) et ardens, le causus étant dans Hippocrate « une espèce de fièvre rémittente caractérisée par une chaleur et une soif excessives » (Littré DLF).

6.

Jean Fernel a consacré les chapitres iv et v (pages 227‑232) du livre quatrième de sa Pathologie (v. supra note [2]) aux fièvres synoques (v. note [3], lettre latine 104).

  • Définition et catégories

    « La fièvre synoque, que nous appelons contenante, est la première de toutes celles qui procèdent du vice de l’humeur. Cette sorte de fièvre travaille sans relâche, n’irrite pas beaucoup, et ne reçoit point d’intermission que lorsqu’elle vient à cesser entièrement. Or, il y en a de deux sortes : l’une sans putréfaction, et l’autre putride. »

  • Synoque simple, non putride

    « La synoque qui ne procède point de putréfation est donc une certaine ébullition et simple inflammation, qu’on appelle phlogose. {a} Or, comme la masse du sang qui sert de matière à cette fièvre est partout de même sorte, et en tout semblable à soi-même, aussi l’inflammation dont elle est affectée est-elle d’une seule et même sorte et ne souffre presque qu’un accès depuis le commencement jusqu’à la fin. […]

    Entre les causes, celles-ci peuvent beaucoup, savoir est : une grande astriction et constipation de la peau, {b} et la redondance du sang, provenant ou de la suppression de l’évacuation qui a coutume de se faire par les hémorroïdes, par les mois, ou par les narines, {c} ou bien de l’usage excessif des viandes de bon suc, qui sont chaudes et de grande nourriture. C’est pourquoi celui qui, ayant la température bonne, {d} mène une vie déréglée, est ordinairement sujet à cette espèce de fièvre ; comme encore celui qui, se portant bien, se remplit néanmoins beaucoup de vin et se gorge de chair ; car ces personnes engendrent quantité de sang chaud, lequel ne se corrompt pas facilement. »

  • Synoque putride

    « La fièvre synoque putride est la continue qui provient de la pourriture du sang. […] Le sang se pourrit en deux façons : l’une générale lorsque, par la violence de la chaleur outre nature, les substances dissemblables, qui sont dans la masse du sang, viennent à se séparer les unes des autres, et la bile jaune et subtile se démêle d’avec la noire, qui est terrestre et grossière […] ; l’autre façon en laquelle le sang se pourrit est lorsque, sans aucune séparation ou division des substances, toute la masse du sang vient à se corrompre avec puanteur ou mauvaise odeur. […]

    Au reste, les causes en sont plus fortes que celles de la simple et apportent non seulement de l’inflammation, mais aussi de la putréfaction. La plus efficace de toutes, c’est non la simple constipation du cuir, {e} mais une vraie obstruction formée par la quantité d’humeurs grossières et gluantes, laquelle ne bouche pas seulement les pores de la peau, mais aussi les petites veines du foie et des autres parties du corps. Combien donc que le corps fût entièrement sain et, toutes les humeurs sincères et selon la nature, parce néanmoins que l’obstruction étant grande et que la fraîcheur du dehors ne peut entrer au-dedans, de même que les excréments subtils, âcres et fuligineux {f} ne peuvent sortir dehors, de là vient que la chaleur naturelle est suffoquée ; et faut de nécessité que tout ce qui est de chaud et humide dans le corps vienne à se pourrir. Quelquefois aussi cette fièvre s’éprend au rencontre de semblables choses pourries. » {g}


    1. Mot grec (phlogos) : inflammation ou phlegmasie (même étymologie).

    2. Resserrement et constriction des pores de la peau.

    3. Action, tenue pour bienfaisante, des saignements hémorroïdaires (v. note [8] de la Consultation 11), des règles et des épistaxis (hémorragies nasales).

    4. Bon tempérament, c’est-à-dire jouissant d’un mélange bien équilibré des humeurs corporelles.

    5. La peau, tenue (à juste titre) pour le régulateur thermique principal du corps humain.

    6. Ayant l’apparence de la suie (v. note [4], chapitre i du Traité de la conservation de santé).

    7. Lien tacite avec la peste, le typhus ou la typhoïde.

7.

La plénitude (v. note [46], lettre 433) désigne la quantité excessive des humeurs, et la cacochymie (v. note [8], lettre 5), leur qualité viciée (peccante).

8.

La tête et le thorax (v. note [1], lettre 151).

9.

« Dans les maladies aiguës, les prédictions soit de la mort, soit de la santé, ne sont absolument pas sûres » (Littré Hip, volume 4, page 475).

10.

la lipothymie (pâmoison) est une perte de conscience : « affection dans laquelle, outre le pouls petit et faible plus ou moins à proportion que la lipothymie est plus ou moins dangereuse, les sens internes et externes, et le mouvement animal, tant volontaire que naturel, sont abolis en quelque façon. La respiration même est fort obscure ou imperceptible. Ce mot est grec, leipothumia, défaillance [leipein, abandonner] des esprits [thumos, âme]. Il est fort important d’observer que les commencements de la lipothymie ressemblent à un assoupissement et à une envie de dormir. Ainsi les femmes hystériques paraissent fort assoupies dans les grands accès quand elles vont tomber effectivement dans la lipothymie. Celles que le travail de l’accouchement a assoupies semblent vouloir dormir, et cela vient de la lipothymie qui les menace. Les grandes saignées et les autres évacuations excessives de sang causent un certain assoupissement qui est le commencement de la lipothymie » (Thomas Corneille).

Les différences entre lipothymie, évanouissement et syncope (v. note [14], lettre 554) sont ténues et discutables (J.‑B. Monfalcon, in Panckoucke, 1812-1822) :

« Beaucoup de nosologistes distinguent la lipothymie de la syncope ; ils la regardent comme le premier degré de ce dernier état, qui est caractérisé par la suspension complète de l’exercice des sens, de la sensibilité, de la mémoire et de la circulation. Il est évident que les distinguer et les décrire séparément, c’est multiplier sans raison les espèces ; leur nature, leurs causes, leurs traitements ne diffèrent point. La lipothymie devient presque toujours syncope. Plusieurs auteurs se servent indistinctement de l’une ou l’autre de ces expressions pour désigner le même état : tant de motifs puissants m’autorisent à regarder comme un abus des nosologistes d’étudier séparément la syncope et la lipothymie. […] Les deux mots grecs, que les Latins ont rendu par animi deliquium et dont nous avons fait cette expression, lipothymie, peignent fort bien le ralentissement de l’action du cœur et la suppression, plus ou moins longue, de la puissance nerveuse. Au reste, qu’importe le nom, si nous connaissons bien la maladie ? »

11.

La dyspnée est une gêne à respirer.

La crudité est ici à prendre pour la mauvaise digestion des aliments (v. supra notule {c}, note [2]).

12.

J’ai traduit chirurgia par son sens étymologique d’« opération manuelle » (kheirourgia, de kheir, main, et ergon, œuvre, en grec) car, dans le cas décrit, la phlébotomie (saignée veineuse), pratiquée par un barbier sur la prescription du médecin, était le seul recours « chirurgical » envisageable (et effectivement recommandé par Guy Patin, v. infra note [14]).

13.

L’eau d’orge était la base de ce qu’on appelait alors la tisane (v. note [12], lettre 15).

Les chicoracées (v. note [48], lettre latine 351) sont des « plantes qui tiennent de la nature de la chicorée, comme le pissenlit, les laitues, etc. » (Académie).

14.

Galien, Méthode pour remédier, livre xi (et non ii comme indiqué dans le manuscrit), chapitre xv (Kühn, volume 10, page 785, traduit du grec) :

Saluberrimum igitur, ut prædiximus, est in febribus venam incidere, non continentibus modo, verum etiam aliis omnibus quas putrescens humor concitat, ubi præsertim nec ætas nec vires prohibent.

[Comme nous l’avons précédemment dit, inciser la veine est ce qu’il y a de plus salubre dans les fièvres, non seulement dans les continues, mais aussi dans toutes les autres qu’engendre une humeur putride, particulièrement quand ni l’âge ni les forces du malade ne l’interdisent].

15.

Ces deux médicaments topiques (v. note [2], lettre 213) étaient :

  • l’oxyrrhodin ou vinaigre rosat, liniment (v. note [27], lettre 421) composé d’huile de roses et de vinaigre (oxycrat, v. note [2], lettre 427) ;

  • le cérat de Galien, onguent formé d’une émulsion d’eau, d’huile d’olive et de cire d’abeille ; l’oxycrater consistait à le « briser, dissoudre avec du vinaigre » (Trévoux) pour aboutir au ceratum Galeni oxycratum.

16.

Sans contexte épidémique orientant vers une peste ou un typhus (v. note [56], lettre 229), cette fièvre synoque putride, grave et de longue durée, évoque une forme lente de septicémie (infection du sang) : une typhoïde (v. note [1], lettre 717) en premier lieu, à cause de l’obscurcissement des facultés mentales et de l’hématurie (inconstante mais possible) ; toutefois, plusieurs autres diagnostics sont aujourd’hui envisageables (tuberculose, endocardite, etc.).

Je ne doute pas que Guy Patin soit l’auteur de cette consultation.

s.

Ms BIU Santé 2007, fo 245 ro.

Consilium medicum pro iuvene […]

Ad Medicinam via et ratione faciendam, morbus qui proponitur accurate […]
internoscendus est, deinde eventus tempestivè præsagiendus, tum eius aggredienda [curatio]
ut præclarè est à Galeno proditum. Quocirca, ut huic ægrotanti medendi methodum [hac-]
tenus servatam, et in posterum servandam, summatim perstringam, primo loco de [morbi]
quo laborat diagnosi, secundo de prognosi, postremo de curatione, quid ipse senti[am]
breviter explicabo. Laborantem nostrum febre corripi pulsus celer et frequens, [sitis]
præter na[tur]am, calor acer ac mordax, et alia id genus symptomata satis supérqu[e]
indicant, et abundè testantur. Omnis .a. febris vel est ess[ent]ialis, vel symptoma[tica.]
Quod v. hæc ess[ent]ialis sit, vel ex eo constat quod per se nullóque alio præcedente morb[o]
primùm prehenderit. Dein, febris primaria, vel est ephemera, vel putrida, vel hectica. Epheme[ra non]
est, quia iam per plures dies ægrotantem afflixit ; nec hectica, quia carnosa partium solidaru[m]
substantia non est labefactata ; [er]go putrida febris est : adde quod conspicua sunt in hac omni[a]
putredinis indicia, calor acer et mordax, adeo ut tangentis sensum acriter feriat ; pulsus et res[-]
piratio inæqualis ; urina ab initio cruda, ac neutra corporis constitutio prægressa. Putrida porro
febris vel est intermittens, vel non intermittens : hæc .a. quæ nobis offertur est non intermittens,
siquidem ad απυρεξιαν nequaquam desinit. Triplex .a. celebratur hæc febris non intermittens,
συνεχης, συνοχος και καυσος, continua, continuens et ardens. Synochi duæ sunt species, putris
et imputris, hæc .a. est synochus putris, à sanguine putrefacto, et in maioribus vasis inter
alas et inguina positis, concluso et corrupto, quod quidem indicant caloris ipsius acrimonia, urin[æ]
crassæ, rubræ, turbidæ, dolor capitis perpetuus, cuius ferè comes est inexpugnabile dormiendi
desiderium : nec dubito ipsi plenitudini coniunctam esse aliquo modo cacochymiam, eámque
biliosam. Itaque, ut totius morbi diagnosim paucis contraham, spe[ci]es morbi est synochus
putris ; causa putrescentis sanguinis copia ; pars affecta, viscera prope omnia, præcipuè .v. ea
quæ in prima et secunda corporis regione continentur.

Quod ad prognosin attinet, cùm morbus acutus sit, salus profectò non potest nisi d[irè]
promitti, ex edicto Hipp. aph. 19. sect. 2. Των οξεων νοσηματων/ ου παμπαν ασφαλεες/ αι προ[δι]αγορευσιες, ουτε/ της υγειης, ουτε του/ θανατου. Acutorum, ait, morborum non omnino tutæ sunt
prædictiones neque salutis, neque mortis. Gravia quippe symptomata quæ laborantem
excruciant, periculum portendunt, nempe vigiliæ, deliria, vehementes circa viscera dol[ores,]
corporis inquietudo, lipothymia, dyspnœa, sitis, inappetentia, cruditas in deiectionibus et [in]
urinis conspicua, facies admodum contraria naturali, hypochondria dura, tensa et dolen[tes]
et alia id genus. Sed vires adhuc constantes, ætasque valida, et morbus naturæ, habitui,
ætati et tempori consentaneus, spem salutis non adimunt.

Superest curatio trib. organis perficienda, diæta, chirurgia et pharmacia. Diæta debet
esse frigida et humida, ab omni vino, carere, rebus salsis et piperatis aliena ; sed tantum iusculis
refrigerantibus, omphacio multo vel succo limonum condîtis, ovis recentibus, pomis coctis ;
pro potu aqua hordei, in qua cichoracea bullierint. Ad evacuandum humorem in maiorib. vasi[s]
peccantem, maximè confert venæ sectio ; nam ut præclarè scriptum reliquit Gal. ii. Meth. Sa[lu-]
berrimum est in febrib. venam incidere, non continentib. modò, etc. Poterit et inijci ad tuti[iorem]
refrigerium, et sordescentium excrementorum evacuandam colluviem, aliquando enema ex refrig[erantibus]
et emollientib. compositum, cum melle, saccaro, etc. Ad dolorem capitis propulsandum oxyr[rho-]
dinum fronti admovendum : ad renum dolorem et ardorem contemperandum, cerato Gal[eni]
oxycrato inungantur lumbi. Hæc est mea de propositi affectus diagnosi, prog[nosi et]
eiusdem curatione sententia.

a.

Manuscrit autographe de Guy Patin ; Pimpaud, Document 13, pages 50‑54.

Une lacune du coin supérieur et du bord droits de la feuille a supprimé de nombreux mots ; deux fragments ont résisté à mes tentatives de reconstitution.

Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 13.
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(Consulté le 04.06.2020)

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