L. 593.  >
À André Falconet, le 27 février 1660

Monsieur, [a][1]

Je viens de recevoir votre lettre du 13e de janvier, de laquelle je vous remercie. Si vous avez eu du froid chez vous, nous en avons aussi notre part à Paris. On m’a dit que votre M. Anisson [2] imprimait Baronius. [1][3] Feu M. Naudé, [4] qui n’était point menteur, m’a dit que Lucas Holstenius [5] de Hambourg, [2][6] qui est à Rome chanoine de Saint-Jean-de-Latran, [7] lui avait dit qu’il pouvait montrer huit mille faussetés dans Baronius et les prouver par les manuscrits de la Bibliothèque vaticane [8] qu’il a aujourd’hui en garde. [3]

Il se plaida le 21e de ce mois une cause à la Grand’Chambre entre les médecins et les chirurgiens [9][10] de cette ville. L’avocat des chirurgiens dit bien des choses qui ne servaient de rien à son fait, comme, entre autres, que Rome avait été 300 ans sans médecins et que les Romains avaient chassé Archagatus, [11] mais il n’ajouta pas ce qu’en dit Pline, [12] que c’était à cause de sa cruauté à brûler et à couper car les juges eussent reconnu par là que c’était un chirurgien. [4] Il conclut enfin et pria la Cour de permettre aux chirurgiens de porter la robe et le bonnet pour marque de l’honneur qu’ils méritent par leur doctrine en chirurgie, quoiqu’ils n’aient point de littérature. [13] Ne voilà-t-il pas une demande bien ridicule et une conclusion bien extravagante, avez-vous jamais vu doctrine sans littérature ? Mais tout est bon dans la bouche d’un avocat qui tâche de rendre bonne une cause qui ne vaut rien. Aussi n’est-ce pas sans raison qu’Aristote [14] a appelé cette profession l’art de mentir. Dès qu’il eut fini, M. Lenglet, [15] recteur de l’Université, [16] professeur en rhétorique dans le Collège du Plessis, [17] natif de notre ville de Beauvais, [18] âgé de 26 ans, [5] a harangué pour l’Académie de Paris contre les chirurgiens, sous la direction et intendance des médecins pour lesquels il parlait et intervenait. Tout ce qu’il a dit a été fort bien reçu, bien prononcé et fort écouté. Comme il achevait, les dix heures ont sonné et la Cour s’est levée. Il n’y avait plus que M. l’avocat général Talon [19] à parler et à donner ses conclusions, ce qui lui fut remis à la quinzaine. Si on leur permettait des robes et des bonnets pour leur prétendue doctrine en chirurgie, il faudrait en accorder autant aux apothicaires [20] pour leur doctrine en pharmacie, et ceux-ci n’auraient-ils pas bonne grâce, quand il faudrait donner des lavements [21] ou faire l’onguent rosat [22] et diapalme, [6][23] d’être ainsi équipés ? Enfin saint Luc [24] a été plus fort que saint Côme. M. Talon a fait merveille pour obtenir de la Cour que ces gens fussent rangés à leur devoir. Il leur a été défendu d’user d’aucun titre de bachelier, [25] licencié, [26] docteur ou professeur en chirurgie. Les chirurgiens en sont fort étourdis, ils nous menacent d’une requête civile : tel menace qui a grand peur. Les apothicaires vont pareillement plaider contre eux pour les empêcher de faire la pharmacie et vendre les médecines. Cette affaire qu’ils ont perdue contre nous les rangera peut-être à leur devoir. Il y en a déjà six de malades et ils seront assez glorieux pour en mourir de dépit. Ils disent que voilà un grand affront pour saint Côme, peut-être sont-ils assez sots pour prétendre que ce saint fasse encore quelque miracle. [27] Quoi qu’ils fassent, il faudra pourtant obéir à l’arrêt. [7] Quand M. l’avocat général aura fait son plaidoyer, l’on fera imprimer le tout, et alors vous en aurez. [8] On imprime ici une vie de Galien [28][29] qui sera une pièce curieuse et critique ; [9] elle pourra paraître en même temps que l’arrêt. [30]

Votre abbé hydropique [31] est en grand danger et vous lui ferez un plaisir extrême de l’empêcher de mourir, aussi bien que de ne lui pas donner du vin d’absinthe, [32] comme fit M. de R. [33] l’an passé : siccitas et marcor viscerum nulla arte emendantur, adeo magni ad vitam est momenti viscera non exsiccari ; interea vero admodum probo quæ a te sunt proposita[10] On espère ici que ceux de Marseille rachèteront leur citadelle. [11][34] Nous savons bien que M. le prince de Conti [35] a le Languedoc,; [36] que M. le duc d’Anjou [37] a le duché d’Orléans, réservés la baronnie d’Amboise [38] et le comté de Blois, [39] mais on lui donne aussi le duché de Valois. On dit que Mme la duchesse d’Orléans [40] doit arriver ici demain et que le roi [41] lui donne la jouissance du bien du défunt son mari [42] pour deux ans.

J’entretins hier M. le premier président [43] tout seul un quart d’heure. Il me dit qu’il avait envoyé à M. Pithou, [44] conseiller de la Cour exilé, [12] la lettre du roi pour revenir au Palais. J’en suis bien aise car ce M. Pithou est mon bon ami et un peu mon parent, aussi me fait-il l’honneur de m’appeler ainsi. On dit que les autres exilés reviendront aussi les uns après les autres. [45] Notre bonhomme Guérin [46] mourut hier âgé de 89 ans. [13] Tout le monde va ici saluer M. le Prince. [47] Le président Viole [48] est ici. Mme la Princesse [49] est encore en Normandie. On nous menace de guerre en Allemagne. Les officiers du duc d’Orléans maudissent ici horriblement Guénault [50] et son vin émétique [51][52] avec lequel il a tué M. le duc d’Orléans. On parle ici de lui faire un beau service à Notre-Dame, [53] où Messieurs des cours souveraines [54] assisteront, le Parlement, la Chambre des comptes, la Cour des aides[55] l’Hôtel de Ville, comme aussi l’Université. Je fus le député de notre Compagnie l’an 1643 à Saint-Denis, [56] aux obsèques du feu roi. [57] Nos chirurgiens [58] de Paris nous demandent pardon, mais c’est comme les chiens qu’on fouette bien fort, malgré eux : quand les soldats terrassés par frère Jean, [59][60] avec son bâton de la croix [61] criaient Frère Jean, je me rends, il leur répondait Force t’est, et aussitôt leur donnait dronos ; [14] il en faut faire de même à ces mâtins qui nous auraient accablés s’ils avaient pu, et le feront à l’avenir s’ils peuvent. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 27e de février 1660.


1.

Il a été publié bien plus tard chez les frères Anisson et Jean Posuel, à Lyon, une Annalium Eccelsiasticorum Eminentissimi cardinalis Cæsaris Baronii Continuatio ab anno m.c.xcvii. quo is desiit, ad finem m.dc.xlvi. per Henricum Spondanum… [Continuation des Annales ecclésiastiques de l’éminentissime cardinal Cesare Baronio, depuis l’an 1197, où il s’est arrêté, jusqu’à l’an 1646, par Henri de Sponde…] (1678, 2 volumes in‑fo) ; v. note [21], lettre 408 pour Sponde et la première édition de sa Continuatio (Paris, 1641).

Néanmoins, en 1660, paraissait déjà à Lyon, à la fois chez Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, et chez Jérôme De La Garde, en 2 volumes in‑fo, un :

Henrici Spondani Mauleosolensis Apamiarum in Gallia Narb. Episcopi et Regi Christianissimo a sanctioribus Consiliis, Epitomes Annalium Ecclesiasticorum Cæsaris Baronii, S.R.E. Presb. cardinalis Bibliothecarii Apostolici. Editio postrema mendis innumeris quæ Superiores irrepserant expurgata.

[Abrégé par Henri de Sponde, natif de Mauléon, évêque de Pamiers en Gaule Narbonaise et conseiller du roi très-chrétien, des Annales ecclésiastiques de Cesare Baronio, cardinal de la sainte Église romaine, bibliothécaire apostolique. Dernière édition purgée des innombrables fautes qui s’étaient glissées dans les précédentes].

2.

Lucas Holstenius (Luc Holste, Hambourg 1596-Rome 1661) s’était rendu à Leyde dans l’intention d’étudier la médecine, mais il y avait renoncé pour s’adonner aux littératures anciennes sous la direction d’érudits comme Voss, Heinsius et Meursius. De retour dans sa ville natale, après un voyage en Italie, il s’était vu refuser le poste de sous-directeur du gymnase et avait quitté l’Allemagne pour toujours. D’Angleterre (1622), il était venu en 1624 à Paris pour s’y faire catholique et se lier avec le légat du pape, le cardinal Francesco Barberini, qu’il accompagna à Rome en qualité de secrétaire et de bibliothécaire. Dès lors son avenir était fait, il fut comblé de canonicats. En 1629, il avait reçu la mission de porter au nonce Santa-Croce, à Varsovie, le chapeau de cardinal, et il l’eût obtenu lui-même sans la mort d’Innocent x. Il s’employa activement à convertir divers hauts personnages, mais s’opposa aux excès de zèle de la congrégation de l’Index qui condamnait trop systématiquement les ouvrages d’auteurs protestants.

À sa mort, Holstenius légua sa précieuse bibliothèque aux augustins et partagea ses manuscrits entre le pape, la reine Christine et la ville de Hambourg. Il avait des connaissances fort étendues en littérature ancienne, et possédait à fond les antiquités ecclésiastiques et profanes. Il a laissé une multitude de petits ouvrages, et surtout d’innombrables annotations, soit sur les auteurs classiques, soit sur les écrivains et érudits qui avaient étudié l’Antiquité avant lui (G.D.U. xixe s.).

3.

L’Esprit de Guy Patin a repris et étendu ce passage (v. note [28‑2] du Faux Patiniana II‑2) sur les sources de Baronius et les abus des historiens.

Sanctuaire pontifical romain, Saint-Jean-de-Latran a été le premier siège de la papauté (Trévoux) :

« Prudence {a} en parle. Constantin {b} ayant fait bâtir cette église, elle fut appellée basilique constantinienne, autrement l’église du Sauveur, à cause que pendant que saint Sylvestre {c} en faisait la dédicace, l’image du Sauveur apparut sur la muraille ; mais comme l’empereur fit faire près de cette église un baptistère, et que les baptistères avaient l’image de saint Jean-Baptiste, on lui donna aussi le nom de Saint-Jean-de-Latran, {d} qui lui est resté, quoique son véritable nom soit celui de Saint-Sauveur, et que ce soit sous ce nom que l’Église solennise le 9 novembre la dédicace de cette église. Sixte v {e} fit rebâtir le palais de Latran, et Innocent x a fait réparer l’église de Saint-Jean-de-Latran. » {f}


  1. V. note [59] du Borboniana 2.

  2. V. note [24] du Naudæana 3.

  3. Pape de 314 à 335, contemporain des deux précédents.

  4. Latran (Laterano) est le nom d’une colline de Rome.

  5. V. note [45] du Naudæana 1.

  6. V. note [2], lettre 112, pour Innocent x. Du iveau xviie s., les papes ont résidé dans le palais du Latran qui jouxte la basilique. De 1123 à 1512-1517, cinq conciles ont siégé au Latran.

Les chanoines réguliers de la Congrégation de Saint-Sauveur de Latran avaient l’église de Saint-Jean-de-Latran pour chef-lieu (ibid.) :

« Dom Gabriel Penot, qui a écrit l’histoire de cette congrégation, dont il était, prétend qu’il y a eu depuis les apôtres une succession non interrompue de clercs vivants en commun, et que c’est de ces clercs que les papes établirent à Saint-Jean-de-Latran, après que Constantin l’eut fait bâtir. Mais ce ne fut que sous Léon ier, vers le milieu du ve siècle, que les chanoines de Saint-Jean-de-Latran commencèrent à vivre en commun. Ils possédèrent cette église pendant huit cents ans, depuis Léon ier jusqu’à Boniface viii {a} qui la leur ôta l’an 1294. pour y mettre des chanoines séculiers. Eugène iv les y rétablit 150 ans après. Diverses congrégations ont été unies à celle de Saint-Jean-de-Latran, et cet Ordre s’est étendu jusqu’en Pologne et en Moravie. »


  1. V. note [40] du Grotiana 2.

4.

V. note [10], lettre 589, pour ce que Pline a écrit d’Archagatus. Se plaidait alors à la Grand’Chambre l’appel des chirurgiens contre l’arrêt rendu en leur défaveur le 7 février 1660 (v. note [2], lettre 591).

5.

Pierre Lenglet (Beauvais, vers 1634-1707) devint professeur royal d’éloquence latine en 1675.

Le Supplément à l’histoire du Beauvaisis par M. Simon, conseiller au présidial de Beauvais (Paris, Guillaume Cavelier, 1704, in‑8o) dit de lui (page 59) qu’il :

« a beaucoup brillé de son temps pour son éloquence et les poésies qu’il a fait imprimer à la louange de plusieurs personnes, dont les remerciements ne l’ont pas enrichi. »

Le Collège du Plessis était l’un des grands collèges de l’Unversité de Paris. Situé rue Saint-Jacques, à côté du Collège des jésuites (Clermont, futur Louis-le-Grand, v. note [2], lettre 381), il avait été fondé par Geoffroy du Plessis, protonotaire apostlique de France au xive s., pour héberger les écoliers pauvres venant de plusieurs diocèses (Tours, Saint-Malo, Évreux, Rouen, Sens, Reims). Richelieu le rattacha à la Sorbonne en 1642. Ses bâtiments ont été rasés en 1862 après avoir hébergé diverses institutions académiques.

6.

L’onguent diapalme, ainsi nommé parce qu’on y faisait entrer une décoction de feuilles de palmier et qu’on remuait le mélange avec une spatule en bois du même arbre, était une sorte d’emplâtre siccatif composé essentiellement de litharge [v. notule {c}, note [14], lettre 181], de sulfate de zinc et de corps gras (Littré DLF).

L’onguent rosat était à base de roses.

7.

L’Esprit de Guy Patin a aussi repris et étendu ce passage (v. note [28‑3] du Faux Patiniana II‑2) sur les fâcheuses conséquences de ces disputes pour les malades.

8.

Plaidoyer de Monsieur Talon, avocat général, inséré dans l’arrêt de 1660, avec le prononcé dudit arrêt, confirmatif de l’union des chirurgiens jurés et barbiers chirurgiens, à la charge de soumission à la Faculté de médecine,… avec défenses de prendre qualité de bacheliers, licenciés, docteurs et Collège… (sans lieu ni nom, 1660, in‑fo).

La substance de ce plaidoyer se lit aussi dans la version intégrale de l’arrêt du Parlement, imprimé à Paris, 1660, pages 57‑65 (v. note [12], lettre latine 131).

9.

Claudii Galeni Chronologicum Elogium, R.P. Philippo Labbeo Scriptore, cum Iacobi Mentelii V.C. ad eundem Epistola.

[Éloge chronologique de Claude Galien, par le R.P. Philippe Labbe, {a} avec une lettre que le très illustre Jacques Mentel {b} lui a adressée]. {c}


  1. V. note [11], lettre 133.

  2. V. note [6], lettre 14.

  3. Paris, Claude Cramoisy, 1660, in‑8o de 56 pages.

    Comme toutes celles qui ont été imprimées avant et depuis, cette vie de Galien est entièrement tirée des écrits qui lui sont attribués (faute d’autre source antique qui ait parlé de lui).

La dédicace du P. Labbe à Mentel est datée de Paris, le 1er janvier 1660 (v. note [4], lettre 598). Six mois plus tard, le même P. Labbe publiait un autre livre sur le même sujet (v. note [5], lettre 612) qu’il allait dédier à Guy Patin.

10.

« nulle médecine ne vient à bout de la sécheresse et putréfaction des viscères, tant il est vital de leur conserver leur humidité ; cela dit, j’approuve tout à fait ce que vous avez proposé. »

Henri de Rhodes, médecin de Lyon, avait administré de ce vin d’absinthe à M. Tevenet, procureur de Lyon malade, qui mourut pourtant (v. note [1], lettre 587). Guy Patin craignait qu’on ne refît là-bas la même erreur avec un abbé hydropique.

11.

Le 16 octobre 1659, on avait déchiré un ordre du roi en plein hôtel de ville de Marseille, insolence sans précédent, si indocile qu’eût pu être cette cité. Les troupes royales avaient occupé Marseille le 20 janvier 1660 ; le 11 février, on y posait la première pierre de la citadelle Saint-Nicolas ; le 2 mars, Louis xiv pénétrait dans la ville par la brèche (R. et S. Pillorget).

Relation véritable, contenant ce qui s’est passé à Marseille en exécution des ordres du roi. Ensemble l’arrêt rendu par la Chambre de justice établie par Sa Majesté contre les séditieux et rebelles, et l’entrée de leurs Majestés en ladite ville par la brèche (sans lieu ni nom, ni date, in‑4o de 3 pages) :

« Quoique les rois ne puissent pratiquer une vertu plus digne d’eux que la clémence, il y a des occasions où ils ne sauraient négliger l’usage de la justice sans hasarder le repos de leurs sujets. Cette considération a obligé le meilleur monarque du monde à l’employer pour la tranquillité de Marseille qui depuis longtemps se trouvait troublée par quelques factieux, dont il n’y en a toujours que trop grand nombre dans les États les plus heureux et les plus florissants. Ayant donc résolu de faire construire une citadelle pour retenir désormais les esprits turbulents dans leur devoir, l’onzième du mois de février, le duc de Mercœur, {a} assisté des sieurs de Fourille et Pradel, du chevalier de Maupeou et de tous les officiers du régiment des gardes qui sont en garnison dans cette ville-là, comme aussi du chevalier de Clerville, commis par le roi à l’intendance des fortifications de Provence, en posa la première pierre au bruit de tout le canon, tant de la ville que des vaisseaux et des galères qui étaient dans le port, et qui firent leurs salves après celles de deux bataillons des gardes françaises et suisses postés à l’endroit où l’on construit cette forteresse. Mais comme il ne suffit pas de se précautionner contre l’avenir et qu’il fallait venger les insultes faites aux bons et véritables sujets de Sa Majesté, et même à la dignité des lois et au respect du souverain, elle établit au même lieu une Chambre de justice pour faire procès aux principaux auteurs des divisions passées. À quoi ayant incessamment travaillé, elle a rendu arrêt […].

Après l’exécution de ce jugement, Leurs Majestés étant parties d’Aix le 2e de mars, arrivèrent le même jour en la ville de Marseille et y entrèrent par une brèche d’environ deux toises faite proche de la porte royale. Le duc de Mercœur et toute la noblesse les furent recevoir, et le sieur de Pilles fit harangue au roi et lui présenta les clefs qui lui furent en même temps remises, et avec grande acclamation du peuple et réjouissances publiques, Elles furent conduites aux maisons qui leur étaient préparées, et à la clarté d’un nombre infini de lumières, flambeaux et feux de tous côtés ; et le lendemain, les Corps rendirent leurs soumissions, et ensuite Sa Majesté visita la citadelle composée de quatre bastions déjà fort avancés. »


  1. Gouverneur de Provence.

La Grande Mademoiselle ne prisa guère son séjour à Marseille (Mlle de Montpensier, Mémoires, deuxième partie, chapitre ii, pages 433) :

« Pendant que l’on y était, il y avait des corps de garde de cavalerie et d’infanterie dans toutes les places, comme en une ville de guerre. On y demeura trois ou quatre jours, mais j’en fus deux dans mon lit avec la migraine. Je trouvais si pitoyable de voir ces galériens enchaînés dans les rues aller et venir. Cela me paraissait effroyable. L’on se promena un jour sur le port où on avait encore ces objets-là continuellement devant les yeux. Il y avait force vaisseaux et quelques galères, mais elles n’étaient pas toutes armées. Il y avait des boutiques le long du port, où je ne trouvai rien de si beau et de si rare que j’avais entendu dire que l’on trouvait. »

12.

Pierre ii Pithou (v. note [1], lettre 51) était en exil politique depuis 1653 (v. note [5], lettre 435).

13.

Survenue le 26 février, la mort de Denis Guérin, ancien de l’École (antiquior Scholæ Magister), allait provoquer un grave différend au sein de la Faculté de médecine de Paris ; il allait ternir la seconde année du décanat de François Blondel, affaire dont les lettres suivantes ont rendu l’écho.

14.

Rabelais, Gargantua, xxvii, Comment un moine de Seuillé sauva le clos de l’abbaye du sac des ennemis (v. note [101], lettre 166) :

« Si quelqu’un de sa vieille connaissance lui criait “ Ha frère Jean {a} mon ami, frère Jean je me rends. — Il t’est (disait-il) bien force ; {b} mais ensemble tu rendras l’âme à tous les diables. ” Et soudain lui donnait dronos. {c} Et si personne tant fut esprins {d} de témérité qu’il lui voulût résister en face, là montrait-il la force de ses muscles. Car il leur transperçait la poitrine par le médiastin {e} et par le cœur. […] Croyez que c’était le plus horrible spectacle qu’on vît oncques » {f}


  1. Jean des Entommeures.

  2. Tu y es bien forcé.

  3. Des coups.

  4. Enflammé.

  5. Partie médiane des viscères thoraciques.

  6. Jamais.

V. notes [2], lettre 348, pour le bâton de la croix, et [101], lettre 166 pour un autre extrait de ce chapitre.

a.

Réunion de deux lettres de dates très proches :

  • Du Four (édition princeps, 1683), no lxxxv (pages 275‑278), et Bulderen, no clxv (tome i, 428‑430), à Charles Spon, et Reveillé-Parise, no di (tome iii, pages 177‑179), à André Falconet, le 25 février ;

  • Bulderen, no clxvi (tome ii, pages 1‑3), à Spon, et Reveillé-Parise, no dii (tome iii, pages 179‑180), à Falconet, le 27 février 1660.

J’ai opté pour Falconet à cause de « votre abbé hydropique » : un prêtre catholique aurait répugné à se faire soigner par un médecin huguenot.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 27 février 1660.
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(Consulté le 04.12.2022)

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