L. latine 412.  >
À Johann Theodor Schenck, le 6 novembre 1666

[Ms BIU Santé no 2007, fo 210 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Theodor Schenck, docteur en médecine à Iéna.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Quel bonheur ! J’ai reçu avec immense joie votre très agréable lettre et vous en remercie de tout cœur ; tout comme pour ces deux volumes reliés que vous avez envoyés à Francfort, il y a un an, à M. Scheffer. [2] Voilà quelques années, il fut un de mes auditeurs [3] et depuis lors, il est resté mon ami et mon évergétès ; [1] je suis pourtant étonné qu’il ne m’ait rien écrit à leur propos depuis tant de temps ; j’en viens même à douter qu’il les ait reçus, puisque je n’en ai jamais entendu parler. Je voudrais donc que vous lui écriviez pour lui demander de me les faire parvenir en empruntant la voie sûre qu’il connaît, c’est-à-dire M. Du Clos, médecin de Metz. [4] Vous n’avez aucune raison de vous soucier pour votre dépense, car j’ai de quoi vous rembourser et je satisfais toujours mes créanciers. J’écrirai donc à M. Scheffer afin que, sur votre requête, il règle la somme que vous aurez indiquée pour ces deux livres ; de mon côté, je la lui ferai rembourser par des marchands parisiens qui, tout au long de l’année, envoient chaque semaine quelqu’un à Francfort. Ces deux volumes que vous m’avez destinés me font vraiment monter l’eau à la bouche et je souhaite déjà les avoir en mains : je pourrai y découvrir et apprendre bien des choses que je n’ai jamais vues ni encore pu savoir de personne. [2] Leur attente ne cessera de m’inquiéter et de me tourmenter, elle ne me laissera pas dormir en paix tant que je ne les aurai pas en mains, comme il m’est maintes fois arrivé depuis 40 ans que je garnis ma bibliothèque, qui est aujourd’hui très riche et pourvue des meilleurs ouvrages. [5] J’ai ici les Epistolæ de Thomas Reinesius ; [6] il s’agit d’un excellent livre, et je connais parfaitement et de longue date la singulière érudition d’un si éminent auteur. [3] Je souhaite pouvoir lui être ici utile en quelque façon. Je me suis soigneusement procuré tout ce qu’il a écrit car je le vénère comme une grande étoile de brillante clarté dans le firmament littéraire. Saluez-le s’il vous plaît de ma part, ainsi que votre doyen, M. Werner Rolfinck, remarquable et très distingué vieillard. [7] Tous deux furent jadis amis d’un homme illustre, le regretté Caspar Hofmann, qui fut un soleil parmi les savants dont l’omniscience a fait briller votre Allemagne ; il m’a aussi jadis compté au nombre de ses amis, ce que je puis facilement prouver, tant par les nombreuses lettres qu’il m’a écrites, que par les deux livres qu’il a bien voulu me dédier. [4][8][9] Nul n’estime ici l’opiat de l’Orviétan [10][11] et je pense qu’il ne peut en rien contribuer à guérir la dysenterie. [12] C’est un médicament extrêmement chaud ; un charlatan italien, [13] un imposteur qui va débitant quantité de sornettes au petit peuple, comme à d’autres qui veulent être dupés, a coutume [Ms BIU Santé no 2007, fo 211 ro | LAT | IMG] de le vendre sur le Pont-Neuf [14] aux jours de fête. Cette composition ne diffère guère de celle qu’on appelle communément dans les officines la thériaque diatessaron. [15] Ce vaurien s’était gagné grand renom en prétendant qu’elle était le plus puissant antidote contre tous les poisons (nos Français disent un puissant et grand contrepoison) ; [5] mais cette réputation n’a été que de brève durée : son succès et son crédit n’ont pas été à la hauteur de ses promesses verbeuses, emphatiques et démesurées. Il en a pourtant longtemps imposé à la populace ignorante et sotte, mais il ne trompe aujourd’hui plus personne. La dysenterie est à proprement parler une fièvre des intestins, comme la goutte [16] est une fièvre des articulations. [6][17][18][19] De nombreuses parties sont affectées dans la dysenterie : foie, intestins, pancréas et mésentère, dont l’intempérie instille une sérosité qui irrite les intestins, ce qui provoque des douleurs coliques très aiguës. [20] Dans un tel mal, notre principal remède est la phlébotomie, [21] souvent itérative, aux deux bras, en proportion de la pléthore, [22] de la fièvre, de la douleur et des autres symptômes, en ménageant les forces du malade ; mais cette affection se termine très fréquemment par une gangrène [23] de l’intestin ou par une défaillance du foie avec dégoût mortel des aliments. Quand la violence de la maladie a été réduite, ou du moins contenue, par la phlébotomie et par les lavements nombreux, [24] rafraîchissants et détergents, on recourt aux purgatifs [25] doux comme la casse, [26] le séné, [27] la rhubarbe, [28] la confection universelle, [29] le sirop de chicorée mélangé avec de la rhubarbe, [30] etc. Nous nous passons ainsi facilement du laudanum des chimistes, [31] de l’opium, [32] de l’opiat de l’Orviétan, et d’autres poisons tous exactement semblables. L’essentiel est que cette purge soit toujours généreuse. J’ai ici le traité grec d’Oribase, [33] c’est-à-dire les Collectanea anatomica ex Galeno, in‑8o, 1556, que je vous enverrai si vous le voulez. [7] Si d’autres livres se présentent, je vous les achèterai et vous les enverrai ; ne vous inquiétez pas du prix, je souhaite vous les offrir tous. Je voudrais savoir si on ne vend pas chez vous quelque ouvrage contre la thériaque, car je médite une thèse publique pour la vilipender et pour dénoncer les multiples abus qui en découlent. [8][34][35] Mais je reviens aux dépenses que vous avez faites à mon profit pour acheter des livres : M. Volckamer, [36] par qui vous recevrez ma présente, vous les remboursera, et j’aurai soin de lui faire rendre l’argent par M. Nicolas Picques, le marchand parisien. [37] En attendant, voyez et indiquez-moi ce que vous désirez venant de notre France, ou du moins de notre bienfaisante ville de Paris. Vale, très distingué Monsieur, et continuez de m’aimer comme vous faites.

De Paris, le 6e de novembre 1666.

Vôtre de tout cœur, G.P.


1.

Évergétès ou évergète : « ce nom est purement grec [ευεργετης], et signifie bienfaiteur. Nous retenons ce nom dans notre langue pour quelques princes ou rois de Syrie et d’Égypte successeurs d’Alexandre [le Grand], auxquels on le donna : car nous disons Ptolomée Évergétès, roi d’Égypte ; Antiochus Évergétès, roi de Syrie, monta sur le trône 139 ans avant J.‑C. ; Alexandre Évergétès » (Trévoux).

2. V. notes [4], lettre latine 52, pour l’Historia de Sero sanguinis [Essai sur le Sérum du sang] (Iéna, 1663), et [4], lettre latine 295, pour l’Historia plantarum generalis [Histoire générale des plantes] (Iéna, 1656) de Johann Theodor Schenck.

Guy Patin attendait ces deux ouvrages depuis déjà plus de deux ans ; il n’en a accusé réception qu’au début de sa lettre à Schenck du 28 février 1669, car ils étaient restés longuement bloqués à Francfort puis à Paris, en raison des procédures que les libraires y avaient engagées tout récemment (15 septembre 1666) contre Charles Patin et son père (v. le début des Déboires de Carolus).

3.

V. note [4], lettre 557, pour les « Lettres » de Thomas Reinesius et Caspar Hofmann(Leipzig, 1660).

4.

De toute cette correspondance, notre édition ne conserve qu’une seule lettre, celle que Caspar Hofmann écrivit à Guy Patin au printemps 1646.

Patin avait lui-même assuré l’édition des deux ouvrages qu’Hofmann (mort en 1648) lui a dédiés :

  • ses deux livres de Medicamentis officinialibus [sur les Médicaments officinaux] (Paris, 1646, v. note [7], lettre 134) ;

  • ses Opuscula medica [Opuscules médicaux] (Paris, 1647, v. note [10], lettre 140).

V. note [26], lettre 150, pour l’Institutionum suarum medicarum Epitome [Abrégé de ses Institutions médicales] (Paris, 1648) qu’Hofmann avait dédié à Robert Patin, fils aîné de Guy.

5.

L’italique est en français dans le manuscrit.

« Il y a une sorte de thériaque appelée diatessaron [du grec dia, avec, et tessares, quatre], à cause qu’elle est composée de quatre ingrédients, qui sont la racine d’aristoloche, celle de gentiane, la myrrhe et les baies de laurier. Cet antidote est bon pour les maladies froides, tant du cerveau que de l’estomac. C’est aussi un remède contre la piqûre du scorpion et le poison avalé » (Thomas Corneille).

V. note [14], lettre 336, pour Cristofero Contugi, dit l’Orviétan, et sa panacée à laquelle Guy Patin donnait le nom d’opiate (v. note [6], lettre 81).

6.

Ces deux assertions montrent bien que le mot fièvre était à l’époque synonyme d’inflammation locale, avec retentissement général.

Réaction d’un tissu, d’un organe ou d’un organisme vivant à une agression, quelle qu’en soit la nature (traumatique, infectieuse, immune, chimique…), l’inflammation se définissait déjà par la tétrade (ou signes cardinaux) de Celse (De Medicina [La Médecine], livre iii, chapitre x, édition de Johannes Antonides Vander Linden, Leyde, 1657 [v. note [20], lettre de Charles Spon, datée du 28 août 1657], page 139, lignes 12‑14) :

Notæ vero inflammationis sunt quatuor, rubor, et tumor, cum calore, et dolore.

[En vérité, l’inflammation se manifeste par quatre signes : rougeur, tuméfaction, chaleur et douleur].

La longue définition donnée par Thomas Corneille explique ce qu’on pensait exactement de cette notion centrale de la pathologie au xviie s. après la découverte de la circulation sanguine :

« Tumeur produite par le sang qui, abordant incessamment sans s’écouler à proportion, s’arrête dans quelque partie où il se ramasse. Ainsi la cause prochaine de toutes les inflammations est le sang qui déborde parce que son retour est empêché. Supposé, par exemple, qu’à chaque battement du cœur, il arrive une demi-drachme de sang à chaque partie, d’où il n’en revienne qu’un scrupule, il en reste demi-scrupule qui déborde, {a} et à chaque pulsation la quantité du sang s’augmentant toujours, produit nécessairement une inflammation. Comme le sang qui cause l’inflammation est rouge et chaud, il faut que la partie soit de même chaude et rouge, et le sang venant toujours sans s’en retourner, la partie se distend, et la douleur suit la distension. L’épaisseur et la coagulation du sang sont pour l’ordinaire les causes universelles des inflammations. Les signes sont la tumeur, la rougeur, la chaleur et la douleur. L’inflammation en général se dissipe, ou suppure, ou dégénère en squirre ou en gangrène. {b} La dissipation {c} est la meilleure manière et, aprés elle, la suppuration lors que l’inflammation se change en abcès. {d} L’inflammation où l’acide abonde et prédomine, et qui dégénère en squirre, est mauvaise, à cause de la tumeur qui est opiniâtre et que l’on ne peut guérir que très difficilement. La plus dangereuse de toutes est celle qui arrive par le mouvement du sang absolument arrêté dans la partie, et qui dégénère en gangrène.

La décoction de l’herbe ou de la racine de chiendent est salutaire dans l’inflammation de la luette, pour laquelle le chènevis légèrement cuit dans de l’oxycrat est un très bon gargarisme. {e}

L’inflammation du ventricule {f} a les mêmes causes que les autres inflammations en général, et surtout les choses âcres ou viciées qu’on avale. Elle est accompagnée de symptômes très violents, ce qui la rend un mal terrible, fort aigu et souvent désesperé quand, dans le commencement, les forces sont abbatues.

L’inflammation des intestins a du rapport à celle du ventricule. Outre les causes communes qui les enflamment, ils sont enflammés tantost par le miséréré, tantôt par une hernie, et tantôt par une contusion externe. {g} Cette inflammation se connaît en ce qu’on apperçoit au lieu enflammé une tumeur ronde et résistante, à cause que les intestins paraissent entortillés et durs comme une corde. On sent une douleur véhémente au même endroit. Le ventre est non seulement constipé, mais encore souvent retiré. On rejette la matière fécale par la bouche {h} comme dans le miséréré ; la fièvre est aiguë et les tranchées des intestins {i} vont en montant. Les symptômes sont plus doux quand l’inflammation est aux gros intestins ; mais ils sont plus grands et plus dangereux quand ce sont les intestins grêles qui sont affligés, et alors la douleur et la chaleur occupent le milieu du ventre.

L’inflammation du fondement est causée par une violente percussion d’une cause externe, ou par l’irritation des choses poivrées ou vitriolées qu’on y applique. Les hémorroïdes {j} supprimées produisent aussi fort souvent l’inflammation dans l’intestin rectum ou au fondement. Cette inflammation se connaît par la douleur avec pulsation, à cause des artères hémorroïdales et du mouvement du sang répercuté qui excite ce sentiment. La pulsation est tantôt lente et obscure, quand l’inflammation est interne, et tantôt sensible au doigt qu’on applique extérieurement ou avec lequel on presse l’anus.

Le mésentère {k} est bien plus sujet aux inflammations que les autres parties, à cause qu’il a une infinité de vaisseaux qui portent le sang, et un nombre prodigieux de petites glandes. Il s’enflamme quelquefois seul, et quelquefois les intestins s’enflamment aussi. La dysenterie et la hernie en sont les deux causes principales. Dans cette inflammation, on sent un poids à l’abdomen. La chaleur occupe le nombril et la poitrine, quand le malade se tourne, et il y a une douleur avec pulsation enfoncée dans l’abdomen, et une espèce de tension au-dessous du ventricule au fond de l’abdomen sans beaucoup de dureté. Dans l’inflammation du nombril, la tumeur est moins enfoncée, et la fièvre qui s’y joint est différente selon la diversité de la partie enflammée.

Il n’y a point d’inflammations plus fréquentes que celles dont les parties internes de la poitrine sont affligées. Elles viennent toutes d’une certaine acidité du sang, et sont comprises sous le nom général de pleuro-pneumonie, qui prend divers noms ensuite. L’inflammation des poumons, c’est-à-dire des deux lobes, est ce qu’on appelle péripneumonie ; et s’il n’y a que la moitié du poumon qui soit enflammée, on la nomme pleuresie. {l}

L’inflammation du foie s’appelle hépatite, et celle des reins néphrétique. L’inflammation de la vessie urinaire, a rarement des causes internes, mais les externes sont très fréquentes. Ce sont les contusions et les coups violents reçus à la région du pubis. Elle succède particulièrement à la taille de la pierre mal faite ou mal traitée. Les signes sont l’ardeur, la tumeur et la douleur, à la region du pubis et de la vessie, qui s’augmentent par le moindre attouchement. On la connaît encore par la suppression d’urine dans la vessie {m}, par la fièvre aiguë qui a plus ou moins de violence suivant l’inflammation, par les insomnies et par les délires. Cette inflammation est rare à cause que la vessie a des vaisseaux fort déliés ; mais elle est si dangereuse que les malades en meurent souvent le quatrième ou le septième jour.

L’inflammation des membranes du cerveau est appellée frénésie {n} par les modernes, et l’inflammation des yeux, ophtalmie. Il y a aussi une inflammation des oreilles, qui vient quelquefois d’elle-même par une cause interne. Elle produit une ardeur extrême dans l’oreille, et une douleur véhémente et continue avec pulsation. Souvent on y remarque de la rougeur au dehors, selon que l’inflammation est plus ou moins profonde. Elle s’étend jusqu’aux joues et aux tempes quand elle est grande, et plus elle est enfoncée, plus la pulsation est vive aussi bien que la douleur. Alors la fièvre, le délire, et même les mouvements convulsifs surviennent. Cette inflammation se dissipe, ou dégénère en abcès qui laisse après soi un ulcère. Bartholin rapporte une chose fort extraordinaire d’un abcès à l’oreille : il en sortit une dent avec le pus sans qu’il en manquât aucune à la mâchoire. Horstius parle d’un abcès d’oreille qui causa la migraine.

Les inflammations érysipélateuses {o} viennent d’un acide occulte mêlé avec le sang même sans excès, qui fait que le sang se grumelle, soit que la lymphe trop acide, soit que quelque autre chose d’externe le lui communique. »


  1. La drachme (environ 4 grammes) contenait trois scrupules.

  2. V. notes [19], lettre 436, pour le squirre, et [17], lettre 41, pour la gangrène.

  3. Dissipation : « perte ou déperdition insensible qui se fait des petites parties d’une chose ; c’est l’écoulement par lequel elles se détachent et se perdent » (Trévoux).

  4. V. note [14], lettre 13.

  5. La description des inflammations locales commence par celle de l’angine (pharyngite) : v. notes [2] de la Consultation 4, pour le chiendent, [9], lettre 353, pour le chènevis, dérivé du chanvre (cannabis), et [2], lettre 427, pour le vinaigre oxycrat.

  6. Estomac.

  7. V. note [5], lettre de Charles Spon datée du 6 avril 1657, pour le misérés ou occlusion intestinale aiguë, dont l’étranglement des hernies est une des causes.

  8. Vomissements fécaloïdes (et non fécaux, à proprement parler), caractéristiques du stade tardif des occlusions intestinales.

  9. V. note [2], lettre 267.

  10. V. note [11], lettre 253

  11. V. note [4], lettre 69.

  12. Définition contestable, mais admissible si on y entend que l’épanchement de liquide inflammatoire dans la plèvre est l’effet d’une pneumonie sous-jacente, généralement unilatérale. Quoi qu’il en soit, c’est de loin l’inflammation la plus souvent mentionnée par Guy Patin.

  13. V. note [10], lettre 209, pour la suppression des urines, dont l’absence dans la vessie est la marque d’une anurie ou, plus rarement, d’une occlusion des voies urinaires hautes, dans le cas où un seul rein fonctionne.

  14. Les méningites graves sont une des causes de ce qu’on appelait la frénésie (v. note [34], lettre 216).

  15. V. note [16], lettre 41.

7.

V. note [9], lettre latine 61, pour les Oribasii Collectanea Artis medicæ, ex Galeni Commentariis [Mélanges de l’Art médical d’Oribase, d’après les commentaires de Galien] (Paris, 1556).

8.

V. note [3], lettre latine 392, pour une autre annonce de cette thèse contre la thériaque présidée par Guy Patin (et ce pour la dernière fois de sa vie) le 5 mars 1671.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Theodor Schenck, ms BIU Santé no 2007, fos 210 vo‑211 ro.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 210 vo.

Cl. viro D. Io. Theodoro Schenkio, Med. Doct. Ienam.

Bonum factum, Vir Cl. Summo enim cum gaudio suavissimam tuam
accepi, pro qua gratias Tibi ago quantas possum maximas ; ut et pro duobus
istis voluminibus compactis, quæ ab anno misisti Francofurtum, ad D. Schefferum :
Istpse fuit hîc ante aliquot annos Auditor meus ; ab illo tempore fuit Amicus et Evergetes : et
tamen miror, quod à tanto tempore de illis nihil ad me scripserit : imò an ea acceperit dubito, cùm
de illis nihil quidquam audiverim : idcirco Te rogatum velim, ut eum moneas per
literas, et ad me transmittat per viam tutam quam novit : i. per D. du Clos, Med.
Metensem.
De pretio non est quod cures, habeo enim quod refundam liberaliter, et satis-
faciam creditoribus meis : scribam itaq. ad D. Schefferum, ut ex indicina tua summam
persolvat quam indicaveris, pro illis duobus, et ego illi restituam per mercatores
Parisinos, qui agunt Francofurti per totum annum, et singulis hebdomadis. Revera
salivam mihi movent ista duo volumina, à Te mihi comparata, et utinam ad manus
meas jam pervenissent : in quib. multa possum videre et discere, quæ numquam vidi,
nec ahuc à quoquam rescire potui : anxium me atque sollicitum detinebit sæpius
eorum expectatio, et somnum interturbabit quousque ea accipiam : quod sæpius
mihi contigit ab annis 40. à quib. instruo Bibliothecam, quam hodie habeo instru-
ctissimam et locupletissimam. Thomæ Renesij Epistolas hîc habeo : librum qui-
dem optimum : et jampridem notissimam habeo tanti Viri singularem eruditionem :
cui utinam hîc aliquomodo utilis esse possem : quæcumque ille scripsit, ea singula
studiosè mihi comparavi : eum enim colo tanquam [m]agnum sidus eximiæ claritatis
in cælo literario. Eum, si placet saluto, cum clariss. et optimo Sene, Decano
vestro, D. Guern. Rolfincio : ambo fuerunt olim amici Viri Illustris,
Casp. Hofmanni, beatæ memoriæ, qui Sol fuit inter viros eruditos, qui
vestram Germaniam illustrarunt sua polymatheiâ : et ille quoque
olim me habuit in Amicorum suorum numero : quod facilè probare possem,
tum per varias Epistolas quas ad me scripsit, tum per tres duos libros quos lubens
volens Nomini meo inscripsit. Opiatam Orvietanam nemo hîc
æstimat : nec quidquam conferre posse reor ad dysenteriæ curationem :
est medicamentum impensè calidum, quod agyrta quidam Italus, et impostor
quid nugacisssimus tunicato popello, ut et alijs qui volunt decipi, vendere

t.

Ms BIU Santé no 2007, fo 211 ro.

solet ad Pontem novum, diebus festis : vix differt talis compositio ab
ea quæ vulgò vocatur in Officinis, Theriaca diatessaron. Magnam
famam sibi conciliaverat iste Nebulo, dum eam esse polliceretur
summum alexipharmacum adversus omnia venena ; (Galli nostri
dicunt, un puissant et grand contrepoison :) sed illa fama fuit
exigui temporis : verbosis et ampullatis atque sesquipedalibus ejus
promissis defuit eventus atque fides : ideóq. licet imperitæ ac
stultæ plebeculæ antehac imposuerit, nemo tamen amplius hodie
decipitur. Dysenteria propriè loquendo est febris intestinorum, ut
arthritis febris articulorum. In dysenteria multæ partes afficiuntur,
hepar, intestina, pancreas et mesenterium, à quib. intemperatis
stillat serum acerrimum quod vellicat intestina, unde tormina
et dolores acutissimi : in tali affectu nobis summa præsidia sunt
venæ sectio, etiam sæpius repetita, ex utroq. brachio, pro ratione
plenitudinis, febris, doloris et aliorum symptomatum, pro virium
modulo : et sæpe desinit affectus iste in gangrænosim instestini,
vel atoniam hepatis, cum άποςιτία lethali. Domito, vel
saltem represso morbi vigore, per venæ sectionem, per enemata crebra,
refrigerentia et detergentia, blanda purgantia revocantur in usum,
qualia sunt cassia, sena, rheum, confectio universalis, syr. de chicorio
compos. cum rheo, etc. sic facilè abstinemus à laudano Chymi-
starum, ab opio, ab Opiata Orvietana, et alijs consimilibus
venenis : sed benigna semper esse debet ipsa catharsis. Hîc habeo
tractatum Oribasij Græcum, nempe Collectanea Anatomica ex
Gal. in 8. 1556.
quem mittam si volueris : si alia occurrant, eos
Tibi emam et mittam : de pretio ne sis sollicitus : omnia Tibi voveo.
S[cir]e velim annon aliquid prostet apud vos contra Theriacam :
Disputationem enim publicam meditor adversus eam, et multiplices
abusus qui eam insequuntur. sed redeo ad impensas à Te pro me
factas in emendis libris : eas Tibi restituet D. Volcamerus, per quem
hancce meam accipies, et ego illi reddi curabo per D. Nic. Picques
Mercatorem Parisinum. Interea v. vide et indica mihi quid cupias ex
nostra Gallia, aut saltem ex alma Lutetia Parisiorum. Vale, Vir Cl.
meq. quod facis amare perge. Parisijs, 6. Nov. 1666.

Tuus ex animo, G.P.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Theodor Schenck à Guy Patin, le 6 novembre 1666.
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(Consulté le 23.10.2021)

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