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Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 19  >

[Ms BIU Santé no 2007, fo 251 ro | LAT | IMG]

Observation d’une fièvre tierce durant trois mois chez un homme de la cinquantaine
[mémorandum non daté] [a][1][2]

Une céphalée tourmente cet homme de bien depuis de nombreuses années, mais particulièrement et tout dernièrement depuis l’hiver passé, où ce mal de tête l’a souvent et sévèrement torturé. Depuis le début de l’été, sa douleur a certes diminué, mais ne s’est pas complètement dissipée, et il est vrai que le malade ορθοσταδην habuit[1][3] Si les attaques de cette maladie invétérée ont assailli notre homme par intervalles, elles ne l’ont en effet pas contraint à s’aliter ; il était libre, de la même manière qu’une personne bien portante, d’aller et venir, de travailler aux champs et de mener ses affaires. Toutefois, quand est venue l’inclémence des caprices automnaux, la maladie, qui était tapie en embuscade, a bondi, faisant s’exprimer la matière morbifique qui était renfermée dans son vieux foyer, c’est-à-dire dans la gorge. Étant la première enflammée, [4] un enrouement a, comme il se doit, d’abord vivement saisi notre homme pendant deux jours ; après avoir simplement sucé du sirop de violettes, [5] il s’est mieux senti, mais la matière s’est détournée, tombant des parties vitales et thoraciques (ce qui faisait peser un péril d’étouffement) dans les parties génitales et intestinales, qu’elle a attaquées. Elle y a provoqué et y provoque encore une oppression, de sorte que rien ne passe plus par les intestins, pas même un vent n’est émis ; la voie étant barrée, ces flatuosités remontent donc des parties basses ; refluant ainsi vers le haut, elles sortent par la bouche ; ce qui provoque des renvois continuels, mais sans engendrer de douleur vive. Je suis donc d’avis que la maladie siège dans les parties concaves du foie et qu’elle y est bloquée par l’obstruction rebelle de la première région tout entière. [6] Une preuve que sa cause est l’écoulement persistant d’une humeur visqueuse et pituiteuse, [7] venant de la tête, vient du fait qu’une douleur violente tourmente le malade quand il tousse et quand il se secoue. [2][8]

On m’a donc fait venir la veille à mi-journée ; je pensai devoir administrer sur-le-champ un lavement pour évacuer la matière flatueuse, [9] et prescrivis un cathartique [10] à prendre le surlendemain matin. Le clystère a ramené quantité de spyratodes, [3][11] c’est-à-dire de globules semblables à des crottes de chèvres, durcis par la sécheresse, noircis par l’ardeur fébrile et par leur long séjour dans les intestins. La purgation a fait expulser beaucoup de matières pituiteuses et visqueuses. Cela fait, le malade demeure néanmoins si solidement ancré dans sa première maladie que les vents ne peuvent toujours pas sortir des intestins, qui se trouvent maintenant comme agités par un mouvement péristaltique en sens inverse de la normale, car il pousse de bas en haut, au lieu de haut en bas. [4][12] De là vient au malade une dissipation des forces, comme dans la lipothymie, [13] puisque, tel un brouillard dense, des esprits épais et nébuleux lui assiègent le cœur, provoquant sa légère difficulté à respirer, puisqu’ils attaquent le diaphragme en le distendant par leur abondance et leur densité. Tels ont été les préludes de la maladie qui frappe le patient, il faut maintenant chercher à en découvrir l’espèce.

L’origine du mal siège sans aucun doute dans les veines du mésentère, [14] où sont tombées des humeurs froides, mais épaisses ; une obstruction les y a corrompues, elles y ont allumé un incendie et ont attiré du sang dans la concavité du foie, [5] pour l’enclore dans un espace si étroit que, les veines étant obstruées, il a été privé de perspiration et d’aération, [15] engendrant ainsi ardeur et putréfaction dans la capsule inférieure du foie. Les signes s’en sont manifestés hier par un exanthème siégeant, au côté droit, sur tout le flanc, la hanche et la cuisse. [6][16] On peut logiquement en conclure qu’un incendie est né dans les veines du foie et dans sa partie concave, selon la règle établie par Hippocrate au livre de Humoribus : quæ propinqua quæque communia, ea primum et maxime affici solent ; [7][17] il appelle surgeons les pustules, tout comme les exanthèmes, qui ont coutume d’apparaître dans les lieux voisins du viscère atteint, parce que la qualité de cette humeur bouillonnante indiquerait la qualité semblable du viscère voisin. [8][18][19] En premier est alors apparue une lassitude, de l’espèce qu’on qualifie de tensiva ; on peut supposer qu’elle a engendré la fièvre durable et rebelle qui lui a succédé, car il est clair qu’au début, la matière responsable de la fièvre n’était pas encore cuite, mais surabondait tant qu’il lui fallait déborder et s’épandre dans l’insertion de tous les muscles, ce qui a provoqué la lassitudo tensiva[9] Il est impossible de penser qu’il eût pu en être ainsi si la vigueur de la nature et de la faculté excrétrice avait été robuste : la nature, qui toujours triomphe, n’a en effet jamais rien fait croître sans l’avoir d’abord cuit ; mais comme il n’y avait, au début, aucune coction, ce sont donc la furie et l’assaut de l’humeur dominante qui ont provoqué cet écoulement. Ajoutez-y l’agitation ou le dégoût de toutes les parties et structures, qui est une preuve que l’abondance des humeurs engourdit leurs fonctions, ce que Galien tient pour la pire des choses. [20] Ajoutez-y même encore le ventre gonflé par l’irruption des flatulences, ce qui est extrêmement dangereux dans la fièvre. Jusqu’à maintenant, elle se rallume chaque troisième jour, et ce avec un frisson, auquel la chaleur ne succède que longtemps après, et non pas immédiatement. La fièvre n’est donc pas seulement continue, mais aussi très manifestement tierce intermittente, comme le prouvent aussi les urines crues, fort teintées de bile, [21] sans encore présenter le moindre sédiment ; en outre, une atteinte du foie se manifesterait par des signes spécifiques. Cela ayant été exposé, avant [Ms BIU Santé no 2007, fo 251 vo | LAT | IMG] d’en venir aux remèdes, vous devez être prévenu de l’antipathie que cet homme a pour les médicaments ; elle est si vive qu’il est presque incapable de recevoir du diagrède, [22] même à toute petite dose, sans éprouver une dissipation des forces et une dysenterie ; [23] non plus que de la casse, [24] au delà d’une once, sans fréquente lipothymie. Pour ma part, je pensais qu’il convenait d’amoindrir la matière morbifique avec ce qu’on appelle un bol de casse ; [10][25] et qu’ensuite, il fallait préparer la matière demeurant bloquée autour du diaphragme et responsable de la tierce, en l’attisant avec un apozème. [26] La matière fébrile serait alors chassée de là par un cathartique, donné à petite dose, suffisant à mettre les intestins en mouvement, pour que la matière s’écoulât du corps en étant accompagnée de coliques, [27] un peu comme chez un dysentérique. Voilà pourquoi j’ai été contraint de provoquer ce flux de ventre [28] et ces tranchées. Pour tempérer véritablement l’ardeur du sang, je jugeais qu’il fallait frictionner l’épine dorsale, là où est logée la veine cave dans son ascension vers le cœur, [11] avec un onguent, [29] après le repas, quand le malade voulait s’apprêter à dormir. La matière opiniâtre n’obéissant pourtant pas à ces remèdes, nous avons pensé qu’il fallait la préparer et la cuire par fomentation, [30] de sorte qu’ainsi mûrie et adoucie, elle se prêtât plus complaisamment à l’expulsion par le cathartique. Néanmoins, ayant tenté cela sans résultat, et l’ardeur étant restée égale et identique à ce qu’elle était depuis le début, j’ai estimé devoir recourir à la phlébotomie, [31] pour tirer jusqu’à deux poêlettes de sang, [32] puis renouveler la potion de rhubarbe sus-décrite, [12][33] et ensuite, modérer l’ardeur des humeurs par un apozème. Tout cela n’ayant été absolument d’aucune utilité, nous avons entrepris de devancer et de surprendre l’accès fébrile en injectant, une heure avant sa survenue, un clystère convenablement composé ; mais le frisson inaugural de l’accès est survenu avant que le lavement ait fait sortir quelque matière que ce soit. Le malade estima qu’on l’avait très mal et désagréablement traité car, en plus du frisson, il avait eu à subir une injection dans le fondement. Comme il était fort oppressé par le frisson, il m’a rappelé ; je l’ai engagé à être courageux, lui disant que, sous l’effet du clystère, il allait se décharger l’intestin d’un grand fardeau d’humeurs ; et de fait, dès que le refroidissement a été dissipé, la chaleur a commencé à se répandre, et sous l’effet du clystère, la matière enflammée a été expulsée à trois reprises, mais avec douleur et angoisse ; l’accès ne fut pourtant en rien plus bref ni moins pénible. C’est pourquoi le surlendemain nous nous sommes appliqués à raccourcir l’accès fébrile et à le rendre moins rude en employant un autre stratagème : on a fait boire un vomitif au début du frisson, quand survenait la nausée, c’est-à-dire l’envie improductive et l’effort de vomir, en vue de seconder et d’amplifier le dessein avorté de la nature ; mais le malade n’a rien vomi du tout. Cette tentative a pourtant été utile car elle a amoindri et assoupi l’âcreté de la matière qui irritait l’orifice de l’estomac, elle a rendu plus douce l’ardeur de la bile, elle a atténué l’épaisseur et l’opiniâtreté des humeurs ; mais je n’ai plus osé proposer de vomitifs au malade, craignant de lui endommager l’estomac. De fait, entre autres signes et bonnes raisons, cela fut salutaire pour lui car il ne s’est jamais détourné de la nourriture et a toujours volontiers accueilli les aliments qu’on lui a présentés. La maladie en était déjà à son troisième mois ; la fièvre ne cédant pas et le malade s’affaiblissant jour après jour, je commençais à craindre qu’il ne nous congédiât ; ou même qu’ayant épuisé une grande portion de son humide radical, [34] il ne vînt à succomber à la véhémence de la fièvre, en conjonction avec la longue durée de la maladie et avec l’épuisement progressif des forces. Comme il éprouvait, de longue date, une véritable aversion pour tout genre de médicament et tenait pour suspect tout ce qui sortait de la pharmacie, nous avons recouru à la fourberie et à la tromperie, ou plutôt à la ruse bien intentionnée, en usant du procédé que voici : puisqu’il répugnait à la purgation et qu’elle ne lui relâchait pas le ventre, nous avons ordonné qu’au moins un jour sur deux, le matin, quand il était sans fièvre, il bût un bouillon de pruneaux, [35] espérant ainsi amollir le ventre et obtenir la guérison, après que la matière fébrile aurait été évacuée de la sorte.

Après le repas, vers neuf heures, on mettait à tremper dans les pruneaux à faire cuire un nouet de lin empli d’une demi-once de séné [36] sans fenouil (pour que le malade ne soupçonne pas la fraude), [37] et le tout bouillait pendant la nuit entière, de façon que la qualité venteuse du séné se dissipât sans diminuer son pouvoir purgatif. [13] Le patient a absorbé ce breuvage vingt-cinq fois [Ms BIU Santé no 2007, fo 252 ro | LAT | IMG] et n’a pas eu le moindre soupçon qu’on y eût ajouté un évacuant. On ne peut dire dans quelle mesure exacte il en a tiré profit ; mais le fait est bien qu’il a dès lors rejeté, à deux, trois et quelquefois quatre reprises par jour, des matières moussantes, ardentes, rougeâtres, bilieuses, noires et mélancoliques. [38] Le jour où il était attaqué par un accès fébrile, on évacuait l’intestin par un lavement s’il ne se vidait pas spontanément, ou si la selle de la veille avait été de fort maigre abondance ; et la matière fébrile s’étant ainsi écoulée doucement et peu à peu, le malade a été libéré de sa fièvre, au quatrième mois exactement. Un autre remède l’a admirablement soulagé : dès que la fièvre commençait, nous ordonnions que lui soit préparé un bouillon avec de la viande de veau ou de poule, [39] ou des herbes rafraîchissantes comme laitue [40] ou pourpier [41] assaisonné avec de l’oseille. [42][43] Il consommait ces potages clairs, non gras, à pleine écuelle, quatre fois par jour : petit-déjeuner, dîner, souper et médianoche, [14] à moins que l’accès fébrile n’y fît parfois obstacle. On les remplaçait alors par des apozèmes qui rafraîchissaient le corps et atténuaient l’ardeur de la fièvre ; ce qui se faisait d’autant plus rapidement que ces bouillons, par une certaine familiarité de substance, avaient copieusement irrigué le foie et les parties solides. On lui en préparait de frais tous les jours et il est étonnant qu’il ne s’en soit jamais lassé. On le nourrissait aussi de viandes bouillies de poulet, de pigeon et de perdrix ; il pouvait difficilement les avaler sans les accompagner de jus d’orange ; [44] au dîner, il lui arrivait de manger du poulet bouilli un peu avant que le frisson fébrile le saisît. Les signes annonciateurs d’un accès (bâillements, étirements des membres, refroidissements du bout du nez) en avertissaient le malade ; et alors, pour diminuer la sensation de froid, il s’emmitouflait soigneusement dans des draps bien chauds, avec ses vêtements et sous ses couvertures. Une fois la froidure complètement dissipée, cela faisait apparaître la chaleur jusqu’à provoquer un grincement des dents. Quand il frissonnait, on lui ordonnait de mâchonner un clou de girofle, [45] et de se couvrir entièrement la tête de linges et de coussins mous ; on lui interdisait de boire avant qu’une grande et ardente chaleur l’envahît. Quand elle éclatait, avec une violence telle que, souvent, il se mettait à tenir des propos incohérents, on lui faisait prendre en une seule lampée une demi-once de sirop de violettes versée dans une demi-livre d’eau d’orge bouillie, en agitant bien ; on répétait la même potion deux ou trois fois selon l’intensité de l’ardeur, puis on abandonnait le patient à la suée. Cette boisson, ainsi présentée au bon moment, tempérait l’ardeur, provoquait une transpiration et des urines en abondance, mais sans nuire, car les sueurs mettaient fin à tous les accès. [46] Ce dont il faut pourtant beaucoup s’étonner, c’est que, plus de deux mois entiers après que la fièvre eut cessé, la sueur a continué de l’inonder presque chaque nuit. Comme il m’en demandait la raison, je lui répondis que cela était dû en partie aux reliquats de la matière fébrile : chez un quasi-quinquagénaire tel que lui, la nature n’avait pas pu l’évacuer en un seul assaut critique, et à cause de la période hivernale, et à cause de ce qu’il avait mangé étant souffrant et avant de l’être ; et ce en vertu de l’aphorisme 41, quatrième section : Sudor multus ex somno factus absque aliqua causa manifesta, copiosore uti cibo corpus significat ; quod si non accipienti id accidat, eget evacuatione ex cacochymia non quidem succrescente, sed superstite, ergo[15][47] Cela lui évitera aussi d’être secoué par une toux. De fait, il ne suera plus quand, devenu plus libre de sortir de chez lui et de reprendre ses activités, grâce à la clémence de l’air printanier, la dépense sera redevenue égale à la nourriture qu’il consomme. Quand nous l’avions vu dans la vigueur de sa fièvre, nous avions ajouté aux bouillons susdits des feuilles de chicorée sauvage [48] et des racines de fenouil pour faciliter plus efficacement la diurèse et la sudation. Pour la même raison, nous lui avions même ordonné de prendre au dîner un tout petit peu de vin blanc, mais cela avait suffi à lui indisposer l’estomac et nous le lui avions donc interdit. [Ms BIU Santé no 2007, fo 252 vo | LAT | IMG] Autrement, pendant toute la durée de la fièvre, il avait consommé du vin, mais vieux et très mouillé d’eau. Quand, parfois, la soif le torturait, nous la trompions soit avec des petits morceaux de court-pendu macérés dans de l’eau de rose avec du sucre ; [16][49] soit avec des petits morceaux de citron macérés pendant deux heures dans de l’eau pure souvent renouvelée, et mélangés avec du sucre dans de l’eau de rose, pour enlever l’acidité de ce suc, ennemie de l’estomac ; [50] soit encore avec des cerises confites et macérées dans l’eau, mais débarrassées de leur sucre parce qu’il provoque la soif et rend la langue et la bouche pâteuses. Quand elle apparaît spontanément au cours d’une fièvre, cette viscosité de la bouche, de la langue et des crachats annonce qu’elle durera longtemps ; ceux à qui naissent des dépôts visqueux autour des dents souffriront de fièvre plus intense, car ils naissent en raison de l’intensité de la chaleur, et de l’ardeur qui dessèche la matière pituiteuse et épaisse. Chez notre malade, les accès fébriles n’ont jamais eu une régularité parfaite : ils revenaient certes à la date exactement attendue, mais ils commençaient toujours la veille ou se prolongeaient le lendemain. En outre, quand il avait des nuits d’insomnie et que je n’avais pas osé lui appliquer quoi que ce fût sur le front et sur les tempes, par crainte d’un catarrhe qui lui eût été nuisible, je lui administrais un somnifère sec ; [51] mais à vrai dire, pour restaurer les forces de l’estomac, brisées par l’absorption de médicaments, je lui conseillais de ne recourir à ce complément qu’une heure avant le repas. [17]

Une seule et même fièvre peut provenir de foyers divers et multiples. Quand cela arrive, l’évacuation doit être particulière à chacun des foyers : sudation pour la surcharge veineuse, saignée pour la céphalée, vomissement pour la cardialgie. [52] N’allez pas vous étonner que le médecin ait parfois à faire face à tant d’évacuations critiques lors d’une fièvre : à l’imitation de ce que fait la nature, il doit les attaquer et en venir à bout. [18]

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1.

« a gardé l’habitude d’aller et venir. » Anuce Foës a commenté ce mot grec (page 462, première colonne, de son Œconomia Hippocratis, Francfort, 1588, v. note [23], lettre 7) :

Ορθοσταδην : adverbium est apud Hippocr. quod in erectum stando significat, aut eorum more qui erecti stant, et de leviter ægrotantibus dicitur, qui erecti et obambulantes placide morbum circonferunt, necdum decumbere coguntur, velut gravibus morbis afflicti, ex quo decubitu morbi initium circumscribendum esse.

[Orthostadên est chez Hippocrate un adverbe qui signifie « en se tenant debout » ou « à la manière de ceux qui se tiennent debout », et qu’on dit de ceux qui sont légèrement malades et qui traversent paisiblement la maladie en se promenant, sans être forcés de s’aliter, ou de ceux qui sont affligés d’une grave maladie dans laquelle il faut, au début, interdire le décubitus].

2.

Chez un patient souffrant d’épisodes chroniques de céphalée, l’aggravation de la douleur par la toux et par les mouvements de la tête (si tel était bien le siège de la douleur incriminée) n’oriente guère vers un diagnostic précis et n’écarte pas celui de migraines banales (v. note [11], lettre 469), qui peuvent ne pas toujours affecter qu’un seul côté de la tête (hémicrânie).

La raucité de la voix (enrouement) témoigne d’une angine (pharyngo-laryngite ou esquinancie, v. note [4], lettre 490) et mérite à mon avis plus d’attention car elle inaugurait le long cortège de symptômes relatés dans la suite de l’observation, mais sans avoir de rapport obligatoire avec les maux de tête ordinaires du malade. V. note [14], lettre 301, pour le péril d’étouffement que pouvait faire redouter une angine inflammatoire suffocante, rare mais dramatique complication d’un « mal de gorge ». Néanmoins, les troubles de la déglutition engendrés par l’inflammation du pharynx (orifice supérieur de l’œsophage) pouvaient perturber l’absorption de la nourriture et la digestion.

3.

Spyratode (nom masculin) est ma traduction française du mot latin spiratodeum (nom neutre), qui est absent des dictionnaires usuels. Il appartenait pourtant bel et bien à la langue médicale hippocratique, comme en atteste l’Œconomia d’Anuce Foës (v. supra note [1]) à la seconde colonne de la page 581 :

Σπυρας, αδος, η, idem quod σπυραθος, caprini stercoris pilula aut globulus. Sumitur autem pro pilula Hippocrati, quod sit instar globuli aut stercoris caprini, libr. 2. περι γυναικ. […] τρεις καταπτειν σπυραδας, pilulas tres devorandas exhibe.

[Spuras, ados, ê, {a} est le même mot que spurathos, globule ou boulette de crotte de chèvre. Hippocrate l’emploie pour pilule, parce qu’elle ressemble {b} à une crotte de bique, au livre ii des Maladies des femmes (…) : treis kataptein spuradas, prescris trois pilules à avaler]. {c}


  1. Nominatif puis suffixe génitif du mot, suivis de son genre (féminin).

  2. En grec, le suffixe odês marque la ressemblance.

  3. Dans le même livre (Littré Hip, volume 8, page 391), pour le déplacement de l’utérus (hystérie), Hippocrate recommande, « si la matrice pèsse sur les aines », de « prendre des crottes de chèvre et du poil de lièvre, mouiller avec de l’huile de phoque, et administrer en fumigation ».

En lien un peu plus direct avec l’observation ici rapportée, on lit cette brève explication dans les Consilia medicinalia [Consultations médicales] de Guillaume Baillou (Paris, 1635, v. note [19], lettre 17), livre i, consultation xxvi, page 63 :

Quum tantum pituita liquida vitium facit, illa remista apparet excrementis, quæ spiratodea vocantur.

[Quand l’anomalie vient seulement d’une pituite limpide, elle apparaît mêlée aux excréments, qu’on appelle alors spyratodes].

4.

Péristaltique : « se dit d’un mouvement qui est propre aux intestins, qui se forme par le moyen des fibres ou filaments transversaux et circulaires de ses tuniques, lorsque les boyaux se retirent et se resserrent d’en haut contre bas, afin de pousser dehors les excréments, et les humeurs nuisibles, par leur compression ; et quand ce mouvement vient à se dépraver, c’est ce qui cause la colique et la passion iliaque qu’on appelle le miséréré [v. note [5], lettre de Charles Spon, datée du 6 avril 1657]. […] Ce mot est grec et signifie “ ce qui est envoyé alentour ” » (Furetière).

5.

Traduction de in hepatis sima superficie : l’adjectif latin simus signifie camus, aplati ; sa racine grecque (simos) lui donne ici le sens de creux (concave) ; l’auteur de l’observation orientait son raisonnement, de plus en plus ardu, vers la face inférieure du foie (v. note [1] de la Consultation 18).

6.

Pour donner une cohérence aux indications de jour (veille, surlendemain, hier) et aux temps employés pour la conjugaison des verbes, il faut considérer que l’observation a été rédigée à des dates différentes, à mesure que se déroulait la maladie.

Héritée des conceptions médicales de l’Antiquité et phénomène proche de la transpiration (v. note [3], lettre 924), la perspiration, ou respiration insensible, se faisait au travers de pores invisibles situés dans la peau et dans les membranes des organes ; elle contribuait à l’entrée de l’esprit vital (air) dans les parties du corps, ainsi qu’à l’élimination des déchets (superfluités) qui s’y étaient accumulés. En physiologie moderne, la perspiration (respiration cutanée) existe dans diverses espèces animales, mais ne joue qu’un rôle négligeable dans les échanges gazeux du corps humain.

On donne le nom savant d’exanthème (mot grec formé sur ex, dehors, et anthein, fleurir) à toutes les sortes d’éruptions cutanées ; par opposition aux énanthèmes, qui intéressent la paroi (muqueuse) des cavités internes du corps.

L’éruption unilatérale rapportée par l’auteur de l’observation pourrait évoquer un zona (v. note [8], lettre de François Teveneau, datée du 25 février 1657), mais sa grande étendue (flanc, hanche et cuisse) et l’absence de douleurs (brûlures) et de vésicules associées ne plaident guère pour ce diagnostic.

7. « les parties qui sont voisines et celles qui sont communes sont ordinairement affectées en premier et le plus durement » ; Hippocrate, Περι χυμων [Des Humeurs] :

  • traduction latine de René Chartier (tome viii, page 541, texte vi), Quæ propinqua, et communia sunt affectibus, ea prima et maxime vitiantur ;

  • traduction française dans Littré Hip (volume 5, page 483, fin du § 4), « Les parties confinant et communes aux lieux affectés sont lésées les premières et le plus ».

8.

Je n’ai pas trouvé où Hippocrate a donné cette explication exacte et employé ce mot de « surgeons » (stolones en latin, parablastaï en grec) pour désigner les pustules (v. note [2], lettre 490). Le § 618 des Prénotions coaques (Littré Hip, volume 5, page 729) énonce néanmoins ce pronostic ressemblant à ce qu’écrivait l’auteur de la consultation :

« Les éruptions herpétiques, au-dessus de l’aine, se développant vers le flanc et le pubis, annoncent que le ventre est en mauvais état. »

Il y avait une part de vrai dans cet oracle d’Hippocrate : herpès et zona sont les résurgences cutanées d’une infection ancienne par un virus de la famille herpétique (herpèsvirus, v. notule {b}, note [16], lettre 524) ; leur réveil (surtout dans le cas de l’herpès) peut être déclenché par l’affection d’un organe profond, proche ou distant de l’éruption.

9.

En néolatin, l’adjectif tensivus signifie tensif : « qui est accompagné de tension. La douleur ressentie pendant la formation d’un abcès est tensive » (Littré DLF).

La lassitudo tensiva est à interpréter comme une lassitude qui s’accompagne d’une tension douloureuse diffuse des muscles et de leurs attaches (tendons), équivalente à des courbatures.

V. note [3], lettre 228, pour l’évolution de la maladie hippocratique en trois phases : crudité, coction et crise.

10.

Bol ou bolus (comprimé) : « médicament préparé en sorte qu’on le puisse avaler en un ou plusieurs morceaux : on lui a donné de la casse en bol. Ce remède a été inventé pour ceux qui ont répugnance à prendre les remèdes en liqueur, ou pour avaler les remèdes qui par leur pesanteur resteraient au fond du verre, comme le mercure, l’antimoine. On fait les bols avec des électuaires, des confections, des conserves, des pulpes, des poudres, des sels, des huiles, essences, extraits, sirops, etc. » (Furetière).

11.

La veine cave inférieure transporte le sang venu des membres inférieurs et du bassin. Elle se forme au niveau de la cinquième et dernière vertèbre lombaire, par la jonction des deux veines iliaques communes. De là, elle remonte vers le cœur en longeant le flanc droit du rachis (épine dorsale), jusqu’à l’atrium droit (oreillette droite), après avoir reçu ses affluents venus des reins et du foie.

12.

repetendam potionem suprascriptam ex rheo : assertion surprenante car c’est la première apparition de la rhubarbe purgative dans les méandres de cette narration. V. note [5], lettre 70, pour la définition de la poêlette (vasculum) de sang.

13.

Prunes séchées au soleil ou dans un four, les pruneaux étaient à la base de préparations laxatives, dont le diaprun (v. note [38], lettre 150). L’Encyclopédie méthodique a détaillé leur emploi médicinal :

« La décoction épaisse des pruneaux acides convient très bien pour combattre la constipation ; plus étendue d’eau, cette décoction sert d’excipient pour les potions purgatives, et elle est employée avec avantage dans les cas de fièvres inflammatoires ou bilieuses, dans les ardeurs d’entrailles, les irritations intestinales, dans les catarrhes, les dysenteries, les phlegmasies des membranes muqueuses intestinales, toutes les fois qu’il s’agit seulement de faciliter les évacuations alvines. Les pruneaux cuits sont l’un des aliments que l’on accorde le plus souvent aux malades et aux convalescents ; ils sont nourrissants, légèrement purgatifs, et leur décoction, convenablement édulcorée avec du sucre, forme une boisson tempérante assez agréable. »

La ruse du médecin à l’égard du malade consistait à lui faire consommer un fruit, au lieu d’un médicament purgatif venant de chez l’apothicaire, dont il ne voulait pas entendre parler. La duperie consistait à mêler discrètement des remèdes nettement plus puissants à cette potion d’apparence anodine.

Un nouet (nodulus linteus) était un « petit paquet de quelque drogue enfermé dans un nœud de linge, qu’on fait tremper ou bouillir dans une liqueur pour lui en donner le goût, ou lui en communiquer la vertu » (Furetière).

Le fenouil (v. note [62], lettre latine 351, pour l’étymologie de ce mot), plante aromatique au goût très puissant, encore consommée de nos jours, possède quelques vertus thérapeutiques, qu’on mettait alors à profit (Chomel, 1741) :

« Les feuilles et les semences de fenouil sont bonnes pour éclaircir la vue et pour la fortifier ; elles provoquent le lait aux nourrices, elles fortifient l’estomac et adoucissent les âcretés de la poitrine. La semence, prise après le repas, chasse les vents, aide la digestion et fait bonne bouche quand on la mâche. »

Le séné est un puissant purgatif (v. note [6], lettre 15), mais avec l’inconvénient d’être aussi extrêmement venteux (générateur de flatulences intestinales, v. note [3], lettre 160). Pour pallier cela, on l’associait souvent à un remède carminatif, c’est-à-dire « qu’on applique aux coliques et autres maladies flatueuses pour dissiper les vents », tel que le fenouil (ce qui aromatisait la potion de manière très spécifique).

14.

Le dîner (prandium) était le repas de la mi-journée (aujourd’hui le déjeuner) ; le souper (cæna), celui du soir (aujourd’hui le dîner) ; et le médianoche, celui « qui se fait au milieu de la nuit, particulièrement dans le passage d’un jour maigre à un jour gras, après quelque bal ou réjouissance : on a fait hier chez le roi un médianoche après un grand bal ; chez les bourgeois on l’appelle un réveillon » (Furetière).

15.

« Quand une grande sueur vient après le sommeil, sans cause apparente, c’est une marque que le corps a consommé trop de nourriture ; donc, si cela arrive en dehors de cette circonstance, c’est qu’une mauvaise humeur a besoin d’en être évacuée, non parce qu’elle s’y est reformée, mais parce qu’elle y subsiste. »

Directement et fidèlement traduit du grec dans Littré Hip (volume 4, pages 517‑519), cet aphorisme est plus laconique :

« Une sueur abondante, s’établissant après le sommeil, sans aucune cause apparente, indique une alimentation trop copieuse ; et si cela arrive chez une personne qui ne mange pas, c’est signe qu’elle a besoin d’évacuation. »

16.

Le court-pendu, courpendu ou capendu (curtipendulum) est une variété de pomme : « il est tout à fait de figure de pomme et d’une grosseur raisonnable ; il est gris-roussâtre d’un côté, et assez chargé de vermillon de l’autre ; la chair en est très fine, et l’eau très douce et fort agréable ; on en mange depuis le mois de décembre jusqu’en février et mars ; mais il ne lui faut pas donner le temps de devenir trop ridé, parce qu’alors il est insipide » (Trévoux). Furetière l’appelle capendu, expliquant que : « quelques-uns tiennent que son nom vient de ce qu’on le pend par le cap ou la tête, pour le conserver ; d’autres, parce qu’il a la queue fort courte, prétendent qu’il faut dire courpendu. »

17.

Par sa durée (trois mois) et par ses signes d’accompagnement (angine, douleurs épigastriques, ralentissement du transit intestinal, exanthème unilatéral du flanc et de la cuisse), cette fièvre, survenant chez un patient de la cinquantaine, apparemment migraineux, ne correspond au diagnostic d’aucune maladie infectieuse ou inflammatoire que je sois parvenu à reconnaître. En en copiant la longue observation et en la conservant dans ses archives, Guy Patin laisse à penser qu’il la tenait pour extraordinaire et mystérieuse, tout comme on peut la juger encore aujourd’hui.

18.

Ce paragraphe supplémentaire est sans rapport convaincant avec l’observation qui l’a précédé. Peut-être s’agit-il d’un commentaire que Guy Patin y a librement ajouté.

L’abouchement de l’œsophage à l’estomac porte le nom de cardia, « à cause de son voisinage du cœur et des sensations douloureuses qu’on y éprouve parfois et que l’on rapportait au cœur » (Littré DLF).

La cardialgie est une « douleur violente qu’on sent vers l’orifice supérieur de l’estomac, accompagnée de palpitation de cœur [v. note [5] de l’observation viii], de défaillance, d’envie de vomir, etc. » (Trévoux) ; on dit aujourd’hui épigastralgie.

a.

Copie autographe d’un mémorandum non daté relatant l’observation détaillée d’un patient atteint d’une maladie longue, riche et complexe ; Guy Patin n’en est vraisemblablement pas l’auteur (car son style usuel ne s’y retrouve pas) ; Pimpaud, Document 20, pages 78‑90.

s.

Ms BIU Santé 2007, fo 251 ro.

Bonum hunc virum cephalalgia multis ab annis exercet, præsertim verò novissimè
exacta hyeme, et graviter et sæpe capitis illo dolore fuit divexatus ; superveniente
æstatis tempore remisit quidem dolor ille, sed non penitus intermisit, nam æger
ορθοσταδην habuit. Etsi enim inveterati illi morbi insultus ex intervallis hominem
adorirentur, non tamen lecto ipsum affligebant, sed licebat interim perinde ac
sano, progredi, rusticari et negotia agere : At supervenientis autumnalis inæqualitatis
inclementia, morbum in insidijs latentem patefecit, atque expressionem fecit materiæ
morbificæ veteri foco conclusæ, in fauces, indicio est quod leniter primùm irritatis faucibus,
raucedo duos dies hominem corripuit : verùm solo syrupi violacei suctu, celeriter hinc
melioribus ægri rebus delapsa aversionem ex à partibus vitalibus et thoracicis, quibus
suffocationis periculum minabatur, in naturales et alvinas habuit, in quas impressione
facta, ea oppressionem intulit infertq. adhuc, ut nihil deorsum per intestina, nequidem flatus
exspirare possit, itaq. interclusa via ab inferis partibus flatus illi resilientes et reciproci,
sursum per os, sine tamen gravis doloris sensu, assiduè regerantur, ex quo morbi existentiam
in cavis partib. hepatis, et totius primæ regionis contumaci obstructione defixam
esse arbitror : cuius causa sit perennis à capite humoris lenti et pituitosi delapsus,
indicio est quod si quando tussiat et commoveatur, gravis ipsum exercet dolor.

Accersitus ergo pridie à meridie, sensi primo quoque tempore clysterem esse inijciendum ad
flatulentæ materiæ evacuationem, perendie verò manè catharticum exhibui ; ex clystere
multa spiratodea, seu caprarum sphærulis similia, dura à siccitate, nigra ab
ardore febrili, et mora in intestinis ; purgatione verò multa pituitosa et lenta
deiecit ; verùm peracta purgatione sic penitus priore morbo substitit, ut ne nunc qui-
dem flatus queant erumpere, intestinis nunc iam velut motis motu peristaltico naturali
contrario, infernè sursum, non supernè deorsum ; hinc ægro virium languor velut
lipothymicus, dum à crassis et nebulosis spiritibus tanquam densa caligine cor obside-
tur, hinc spirandi levis difficultas, dum ab ijsdem crassitie et copia distendentibus
diaphragma impetitur. Atque hæc morbi præludia fuerunt, nunc quæ morbi species
ægrum habeat, exquirendum.

A frigidis quidem et lentis humoribus in mesenterij venas delapsis esse morbi
originem non est dubium, sed illi et obstructione computruerunt, atque incendium con-
ceperunt, et sanguinem simis hepatis partibus conclusum sic in angustum adduxerunt,
ut opilatis venis, perspiratione et ventilatione sanguis ille destitutus fuerit, atq.
fervorem ǂ et putredinem in hepatis sima superficie conceperit : Cuius fervoris signa heri se prodiderunt,
eruptis ad totum ilium dextrum, femur et coxam exanthematis latis, ex quo in
hepatis venis et sima eiusdem parte incendium conceptum esse colligitur, per regulam
Hipp. de humoribus positam, quæ propinqua quæq. communia, ea primum et maximè affici
solent, et pustulas tum exanthemata in locis visceri vicinis apparere solitas, stolones
appellat, quod humoris illius ebullientis conditio similem subiecti visceris conditionem
arguat. Præcessit lassitudinis ea species quæ tensiva dicitur, ex qua febris diuturnæ et
contumacis fit coniectura, cùm nempe initio, nondum materia cocta apparet, quod
tanta febrificæ materiæ copia subsit, ut exundare ipsam et effundi in totum mus-
culosum genus sit necesse, ex quo lassitudo tensiva : neq. enim putandum id fieri
valido naturæ et excretricis facultatis robore, cùm nihil enim antè excrevit excrevit
unquam victrix natura, quin priùs concoxerit, at per principia nulla coctio,
ergo humoris dominantis impetu et furore facta est illa effusio : adde iactationem
seu fastidium omnis loci et figuræ, unde indicium est gravatæ facultatis ab humo-
rum copia, quod ex Gal. est pessimum : adde et inflatam alvum sive flatuum eruptione,
quod in febre perniciosissimum est. Iam tertio quoque die repetit febris, et id cum
rigore, quem non statim, sed multò pòste calor excipit, ex quo non modò contumacem
esse, sed et tertianam intermittentem manifestè liquet, vel argumento urinarum
crudarum, et admodum bile tinctarum, et quæ nihil prorsus adhuc deponant : adde
quod affecti hepatis commemorata signa adsint. His ita expositis, antequam

t.

Ms BIU Santé 2007, fo 251 vo.

ad remedia veniamus, admonendi estis eius hominis eam esse cum pharmacis antipathiam
ut diagrediata vel tantula dosi exhibita, citra virium iacturam et dysenteriam
fere nequeat, imò nec sæpe cassiam, si unciam superet, citra frequentem leipothymiam.
Quod ad me attinet, censerem minuendam esse materiam hoc bolo cassiæ ; mox apparandam
materiam quæ circa præcordia hærens et accensa tertianam facit apozemate, hinc purgetur
materia febrifica cathartico quo leniusculo sic est commota alvus, ut illi ferè
dysenterico modo cum torminibus flueret, itaq. coactus sum effusiori alvo et dolori
torminoso ire obviam. Ad ardorem verò sanguinis temperandum, inunguendam censeo
dorsi spinam, cui incubat vena cava ad Cor ascendens, litu refrigerante à cœna,
cùm se componere volet ad dormiendum : sed cùm materia contumax his remedijs
non obediret, eam censuimus apparandam et coquendam fotu, quo sic cocta et mitifi-
cata materia cathartico trahenti esset obsequentior : sed cùm frustra hoc expe-
riremur, atq. idem æqualisq. qui ab initio exercebat ardor, censui repetendam esse
phlebotomiam, et detrahendum sanguinem ad duo vascula, quo facto repetendam
potionem suprascriptam ex rheo, mox apozemate temperandum humorum ardorem.
Sed cùm ne sic quidem quidquam proficere videremur, conati sumus antevertere
et præoccupare accessionem, iniecto hora una ante ipsius invasionem, clystere convenienti,
quod cùm factum fuisset, antè occupavit rigorifera accessio, quàm ex clystere
quidquam deiecisset : itaque putabat secum æger infelicissimè et pessimè agi, qui
unà cum rigore, clysterem in alvo haberet ; hinc cùm angeretur graviùs ex rigore, me
vocavit, iussi hominem bono esse animo, mox alvùm depositurum se vi clysteris, ma-
gnam humorum sarcinam ; et quidem simulatq. superato frigore, accensa materia
calor invadere cœpit, ter ducta est, sed cum dolore et anxietate, ex clystere.
Sed nihilo fuit brevior et tolerabilior accessio ; itaque postridie alio stratagemate
febrilem accessionem breviorem facere et decurtare studuimus vomitorio propinato, quum
sub rigoris principium nausea, id est inanis vomendi appetitus et conatus ipsum invaderet,
sequendum nempe et amplectendum naturæ imperfectum conatum : sed nec à vomitu
exclusit quidquam, hoc tamen profuit quod materiæ feritatem ventriculi orificium irri-
tantem lenivit et consopivit, bilis ardorem mitiorem reddidit, crassitiem et contuma-
ciam attenuavit : neque ausus sum fortius illi exhibere vomitorium, quod illi à noxa
ventriculi valdè timerem : hoc enim ipsi inter cetera signa bonásq. causas salubre
fuit, quod numquam cibum aversatus est, et ad oblata se bellè semper habuerit.
Ceterùm tertius iam mensis affectus erat, quum tamen haud febris mitesceret, et in dies
æger marcesceret, iámq. timere incipiebam, ne, si non febris vehementia de vita tol-
leretur, cum morbi diuturnitate, viribus languentibus, absumpta multi humidi radicalis
portione, ipse nobis deficeret : et verò iam pharmaci omne genus aversabatur, sus-
pectáq. habebat omnia quæ pharmacopola veniebant : itaque ipsi fucum fraudemque
seu dolum bonum hac arte fecimus ; iussimus ut quod cathartica aversaretur, neq.
illi descenderet alvus, saltem altero quoque die mane, quo à febrili accessione erat
immunis, iusculum prunorum dulcium hauriret, inde enim emolliendæ alvi spem esse,
unde vacuata materia febrili, spes esset sanitatis.

Ergo à cæna sub horam nonam unà cum prunis incoquendis admiscebatur nodulus linteus,
foliorum senæ semiuncia, sine fœniculo (ne dolum suspicaretur) refertus, bullie-
bat noctem totam, sic enim diuturna ebullitione flatulenta senæ qualitas
dissipabatur, nec purgandi vis minuebatur : hausit illud poculum bis decies

u.

Ms BIU Santé 2007, fo 252 ro.

quinquies, nec de admixto vacuativo est quidquam suspicatus : dici non potest
quantopere hinc iuvatus fuerit, nam inde bis et ter quaterque nonnunquam spu-
mantia, ardendia, rufa, biliosa, et atra, et melancholica deijciebat : quo die
febrili accessione tentabatur, si alvus haud sponte descenderat, aut præcedentis
diei parcior fuisset deiectio, perfundebatur alvus clystere ; et sic sensim et
blandè vacuata materia febrili, quarto demùm mense febre defunctus est.
fuit et alterum præsidium quo mirè est levatus, nempe statim à febris initio,
iussimus ut pararetur illi iusculum ex carne vitulina, gallinacea, herbis frigi-
dis, ut lactuca, portulaca, ex oxalide saporata ; talia in die iuscula liquida quater,
haud pinguia, plena lance, in ientaculo, in prandio,in cæna et media nocte hauriebat,
nisi aliquando febrili accessione impediretur : erant enim illi vice apozematis refri-
gerantis corpus et alterantis ardorem febris, quod eò citiùs fiebat, quod quadam
substantiæ familiaritate ea iuscula in et hepar et partes solidas quàm affatim
irrigarent ; parabantur illi quotidie nova, mirúmque, quod numquam ea
fastidierit : nutriebatur decocta carne pullorum, columbarum et perdicum : vix
carnes devorare poterat sine succo mali arantij, nonnunquam t[me] in prandio
elixis pullis cibabatur, paulò antequam febrilis rigor invaderet : oscitationes,
et pandiculationes, ac extremi nasi refrigerationes, tanquam accessionis prænun-
ciæ, ægrum occupabant, túmque linteis bene calentibus, quò frigoris minor
sensus esset, et vestimentis ac stragulis bene cooperiebatur, quo devicto frigore
calor citiùs emergeret ad stridorem dentium temperandum ; dum rigeret, iube-
batur caryophyllum unum ore versare, capite linteis et mollibus pulvinaribus
undique operto esse : prohibebatur bibere antequam multus ipsum et ardens
calor invaderet : quum igitur ardens emicaret calor, adeo ut sæpe absurda
loqui inciperet, tum syrupi violac. semuncia cum aquæ decoctionis hordei plusquam
selibra agitata et transvasata illi exhibebatur in unum haustum ; idem
haustus bis aut ter repetebatur pro ardoris ratione, hinc sudori tradebatur,
talis enim potus sic opportunè exhibitus, ardorem contemperabat, innoxiè sudorem
et urinas copiosè promovebat, nam singulæ accessiones sudoribus terminabantur.
Sed et quod mirandum magis, menses duos integros et plus eo à tempore quo febris
eum dimisit, singulis noctibus ferè sudore dissolvebatur ; quærenti ex me unde
id esset, respondi id esse partim ex reliquijs materiæ febrilis, quas Natura
illi ferè quinquagenario, critico uno impetu, exer excernere non potuisset, in
hyemali partim tempestate, partim ex eo quod ipse neque tunc laborans æquè ciba-
retur, ac antequam in morbum incidisset, per aphor. 41. sect. 4. Sudor multus
ex cib somno factus absque aliqua causa manifesta, copiosore uti cibo corpus significat :
quod si non accipienti id accidat, eget evacuatione ex cacochymia non quidem
succrescente, sed superstite, ergo : ut non commoveretur tussi : nam postquam per
vernalem aeris clementiam pleniùs domo exeundi, et ad solita negotia redeundi
erit libertas, postquam erit cibo par labor, non iam sudaturum, cùm
visus est vigorem febris attigisse, iusculis prædictis admiscebantur folia cichorij
sylvestris et radices fœniculi ad pleniùs urinam promovendam et sudores, quo
nomine etiam in prandio uti eum aliquoties iussimus albo vino tenuissimo, sed
ea tenuitate offendebatur ventriculus, itaque et […] interdiximus.

v.

Ms BIU Santé 2007, fo 252 vo.

Ceterùm usus est toto febris decursu, vino, sed dilutissimo et maturo ; sitim, si-
quando præter rationem urgeret acriùs, fallebamus frustulis curtipendulorum
in aqua rosacea cum saccharo maceratorum, frustulis mali citrij sæpius
mutata aqua communi per horas duas macerati, et saccharo cum aqua rosacea
affusi, quo eius succi acuties, ventriculo inimica tolleretur ; cerasis conditis
et in aqua maceratis, castratisque suo saccharo, quod sitim facit, et oris
ac linguæ lentorem facit inducit. Is lentor oris, linguæ et sputorum, si quando
in febribus per se contingat, febris longitudinem pollicetur : Quibus in
febribus lentores circa dentes nascuntur, ijs vehementiores fiunt febres,
nempe nascuntur caloris magnitudine, et ardore pituitosam et crassam
materiam exsiccante. Ceterùm huic ægro numquam redierunt stata hora
paroxysmi febriles, etsi suo et recto die redirent, sed semper vel antici-
pabant, vel subsequebantur : præterea, cùm insomnes noctes duceret, nec
auderemus quidquam fronti et temporibus, metu cath catarrhi, cui erat ob-
noxius, imponere, illi somniferum potum siccum concinnavi : et verò ad fractas
ventriculi vires medicamentorum assumptione recreandas, hoc illi condîtum
hora una ante cibum suasi usurpandum.

Unius et eiusdem febris varius et multiplex potest esse focus, quod cùm contingit ;
ut est focorum varietas, ea debet esse propria vacuatio, nempe venosi gravitatis
per sudorem, cephalalgiæ per hæmorrhagiam, cardialgiæ per vomitum,
et non sit mirum tot aliquando in eam febrem incidere criticas evacua-
tiones, Medico ad naturæ imitationem inchoandas et perficiendas.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 19.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8149
(Consulté le 05.12.2022)

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