L. latine reçue 11.  >
De Roland Desmarets de Saint-Sorlin,
Avant 1653

[Desmarets, livre ii, page 395 | LAT | IMG]

Épître xliv.

Cette lettre doit être liée à la précédente, [1] qui touche à l’instruction des enfants dans les belles-lettres, car elle contient la méthode que les adultes y appliquent[a][1][2]

Je me rappelle vous avoir dit, voilà quelques mois, que je vous écrirais une lettre sur l’instruction littéraire des enfants ; et ce de bon droit et selon ma propre expérience, car j’ai tracé un chemin à suivre pour qu’ils progressent mieux et plus facilement dans les belles-lettres ; [3] et qui bien plus est, [Desmarets, livre ii, page 396 | LAT | IMG] sur l’expérience qu’ils ont acquise, après qu’ils ont quitté les écoles, pour les aviser de ce qu’il leur faudra encore faire, et de quel pied continuer à avancer dans leurs études. Sur le moment, je vous ai répondu ne pas avoir la force de montrer la méthode à suivre pour les instruire quand ils sont plus âgés, ou de fournir les préceptes requis pour transmettre les connaissances. Voici pourtant, mon cher Patin, que j’ai maintenant changé d’avis : il m’a semblé bon de vous exposer non pas, bien sûr, comment devrait être enseignée chacune des disciplines (parce que cela dépasse de loin ma capacité et que le très savant Jean-Louis Vivès l’a déjà fait, [2][4] tout comme bien d’autres, œuvrant chacun dans son domaine de compétence), mais un petit nombre de préceptes généraux, qui pourraient être utiles à tous ceux qui désirent progresser dans l’étude des lettres et des arts libéraux, tout particulièrement en philologie, quelle que soit leur profession et en allant plus loin qu’il n’est ordinaire, ainsi qu’à ceux qui, sans se consacrer exclusivement à aucun savoir particulier, décident de survoler tous les auteurs, avec l’ambition qu’on les dise un jour érudits. [3] Le mieux, à mon avis, est de s’intéresser d’abord brièvement aux plus éminents auteurs grecs et latins, et de n’y prélever que ce qui permet d’en percevoir le goût et de les juger ; pour ensuite les parcourir un par un, de bout en bout, selon le temps dont nous disposerons. Autrement si tous veulent, en [Desmarets, livre ii, page 397 | LAT | IMG] principe, ardemment évoluer, comme il est normal, la plus grande partie de leur vie y aura été consacrée avant qu’ils n’aient pu se plonger dans tous les savoirs. Ensuite, ce conseil leur sera utile : qu’ils acquièrent une connaissance de la géographie antique et moderne, par l’examen de quelques atlas, avant de lire les riches commentaires des géographes et les ouvrages qui décrivent sommairement toutes les terres, tels ceux de Mela, [5] pour le monde antique, et de Cluvier, [6] pour le monde nouveau. La chronologie, qui tient le compte des temps, doit être abordée séparément dans un abrégé, tel le Rationatium temporum de Petavius [7] qui remplit cet office, bien qu’il soit assez volumineux. [4] Il faut aussi succinctement y ajouter les abrégés qui exposent l’histoire de tous les peuples : celui de Sulpice-Sévère, [8] qui a développé l’histoire sacrée depuis la création du monde jusqu’à son siècle ; celui de Justinus, [9] qui a résumé Trogue ; [10] celui de Florus, [11] qui a relaté l’histoire romaine avec autant de sérieux que d’élégance [5] Une aide viendra aussi de l’un des auteurs modernes qui ont établi un bref recueil de l’histoire universelle, car chercher à connaître celle de chacune des nations à partir des historiens qui l’ont écrite requiert un infini travail, auquel toute une vie, même longue, ne suffirait guère. Toutefois, l’étude individuelle de certains d’entre eux [Desmarets, livre ii, page 398 | LAT | IMG] devra, autant que possible, être ensuite entreprise, pour l’agrément et l’utilité de leur histoire. On ne peut en effet s’en tenir à ces abrégés, où n’est enseigné que l’indispensable : il faut arriver à libérer du temps pour feuilleter les sources, où les auteurs ont narré tous les faits par le menu, en concentrant principalement son esprit sur les affaires des Romains, car elles ont été amples et grandioses, et aussi parce que nous avons quotidiennement en main les ouvrages de nombreux auteurs latins, qu’il faut mieux connaître que tous les autres. Chacun doit en priorité lire l’histoire de sa propre nation, et surtout celle qui touche à l’époque contemporaine, sans, je pense, devoir prendre la peine d’y insister. Il en va de même pour le passé récent des peuples qui nous sont limitrophes ; on y pénétrera d’autant mieux qu’on connaît leur langue sans besoin de traduction. Il faut notamment n’ignorer ni l’italien ni l’espagnol, qui ont les mêmes racines latines que le français ; et en tout premier connaître la langue italienne, qui possède d’éminents écrivains, tant en prose qu’en vers. Je rappellerai ici aussi en passant qu’il faut de même lire les excellents ouvrages de nos auteurs, pour ne pas devenir hôtes et étrangers en notre propre patrie, ni, ce qui est tout à fait exécrable, écrire ou parler notre langue maternelle [Desmarets, livre ii, page 399 | LAT | IMG] en commettant des fautes. On doit néanmoins formellement éviter que le zèle ne s’éparpille en voltigeant d’un sujet à l’autre : [6] habet enim, comme dit Sénèque, ista lectio variorum auctorum, et omnis generis voluminum aliquid vagum, et instabile, et delectat, non prodest[7][12] C’est ainsi que les gens studieux, bien qu’ils aient pris quelque livre en main, l’abandonneront aussitôt et passeront à un autre ; mais ce peut être aussi qu’après avoir lu quelque auteur difficile, ils ne veuillent distraire un esprit qu’une longue concentration a lassé et épuisé. J’estime qu’une bibliothèque doit être peu fournie au début car, vaste et riche, elle incitera les délicats à délaisser ce qui leur répugne, pour se régaler de tout ce qu’elle contient de bien plus savoureux. Il est en effet difficile, devant une table somptueuse et copieuse, d’empêcher sa main de prendre divers mets qui nuisent à l’estomac, tout comme, devant une immense collection de volumes, de ne pas se laisser emporter par la variété des livres, ce qui est préjudiciable aux bonnes études. Après qu’on aura lu quelque bon livre, qu’on ne répugne surtout pas à en dresser un résumé complet. Vt enim, observe Quintilien, cibos mansos, ac propè liquefactos demittimus, ita lectionem non crudam, sed muta iteratione mollitam, et velut confectam memoriæ tradendam esse [8][13] Pendant tout le cours de la vie, mais surtout au commencement des études, il convient vraiment de se consacrer surtout à lire les auteurs anciens ; et si on a pris de temps en temps la liberté de les délaisser pour lire les modernes, [Desmarets, livre ii, page 400 | LAT | IMG] qu’il faut choisir avec discernement, on devra revenir sans tarder aux anciens, car leur doctrine est beaucoup plus assurée et riche, leur jugement est plus élaboré et solide, leurs sentences ont plus de solidité et de vivacité, leur style est plus éloquent et varié. Quand on aura un peu progressé dans les études, on devra se délecter de toutes les nouveautés, à condition qu’elles soient de bon aloi. Si un livre inepte et futile vous tombe entre les mains, ce qui peut se voir dès les premières lignes, il faut le laisser de côté car ces mauvais livres ne doivent pas vous faire perdre le temps qu’il convient de consacrer aux bons, et surtout à ceux de l’Antiquité. Pour en venir aux commentaires, il faut éviter le nombre immense de ceux qui se sont attaqués de toutes parts à la totalité des auteurs anciens ; on ne doit leur prêter aucune attention, hormis ceux qui sont brefs et qui émanent des grammairiens antiques, quand nous disposons encore aujourd’hui de leurs écrits. Il vaut mieux passer outre une phrase qu’on ne comprend pas que perdre beaucoup de son temps à lire ces interprétations verbeuses et le plus souvent inutiles ; et vous aurez plus vite fait de lire deux ou trois auteurs qu’un seul de ces commentateurs. Qui voudrait s’acquérir quelque renom dans les lettres doit imiter l’application de Pline [14] à l’étude et l’assiduité absolument incroyable qu’il y a déployée : Ille perire omne tempus arbitrabatur, quod non studiis impartiretur, et nihil unquam [Desmarets, livre ii, page 401 | LAT | IMG] legit, quod non excerperet[9][15] dit de lui le fils de sa sœur. Pour recueillir quelque fruit de ses travaux et amasser quelque nourriture potentiellement utile de ses diverses lectures, il est utile d’extraire de tous les livres dignes d’être consultés ce qu’ils ont de plus remarquable, et d’en prendre note ; mais pour ce faire, c’est à chacun d’adopter la méthode qu’il jugera la meilleure. Pour ma part et en cette matière, j’approuve l’idée de glaner les passages les plus notables et de les transcrire dans un commentaire : coutumes sortant de l’ordinaire, faits dignes de mémoire dans un récit, paroles élégantes et ingénieuses, puissantes sentences touchant aux mœurs ou à la sagesse. Ce qui est relatif à la grammaire fera l’objet de notes séparées quand se présente un tour nouveau, un sens inaccoutumé donné à un mot, ou un vocable rare. Plus tard, l’essentiel de ces extraits, que les Anciens appelaient electa[10] pourront être classés et répartis sous divers intitulés, en sorte qu’on saura sous quelle rubrique trouver ce qu’on cherche quand on en aura besoin. À mon avis, toutefois, ce qui compte le plus n’est pas tant de se farcir la mémoire d’une quantité de connaissances, que de se meubler l’esprit et de soigneusement cultiver son intelligence. Il ne convient pourtant pas d’imiter quantité de nos contemporains, même fort érudits, qui occupent tout leur temps [Desmarets, livre ii, page 402 | LAT | IMG] à examiner les subtilités des dictionnaires, et à y ajouter des mots et les fanfreluches des critiques et des grammairiens. [16] Ceux-là jamais n’approuvent aucun livre, si méticuleuse qu’en ait été l’édition, mais sont toujours dans l’embarras ; ils passent même d’ailleurs la mesure quand ils mettent une extrême minutie à examiner et éplucher les rites des Anciens jusque dans leurs moindres détails. Le nombre de ces chicaneries est tel que Quintilien a dit que les ignorer serait peut-être à compter parmi les vertus d’un grammairien ; [11] et il faudrait chercher dans les livres des choses bien plus importantes et opportunes, au lieu de s’user à tourner autour des mots et des faits inutiles et de minime conséquence. On doit donc s’appliquer aux études avec jugement et extrême prudence, pour ne pas perdre son temps et son escrime à se surcharger l’esprit de vanités et de subtilités, et ne pas abuser immodérément de nos loisirs et du temps que nous consacrons aux lettres. D’autant qu’il convient de ne pas prêter seulement grand soin à la lecture, mais aussi au style, en suivant l’exemple de Cicéron qui, tour à tour, dans sa jeunesse, tantôt lisait, tantôt écrivait et commentait, tantôt s’exerçait à la déclamation. [12][17] Imitons donc en cela les meilleurs Anciens, qui furent des maîtres en l’art d’écrire et en tout ce qui touche autrement aux études ; et avant tout ledit Cicéron, en qui resplendissent toutes les vertus d’un brillant écrivain et qui fut le tout premier en éloquence, dont nos mains doivent assidûment [Desmarets, livre ii, page 403 | LAT | IMG] user les pages. Pour en extraire la substance, nous devons prêter moins d’attention à son vocabulaire et à l’élégante harmonie de son discours (car là n’est pas l’essentiel, bien que ce ne soit pas négligeable), [13][18] qu’à l’ordre et à la clarté de son propos, à l’enchaînement des faits, certes parfois complexe, mais libre et dégagé ; et plus que tout, son attention à ce que ses phrases n’aient rien de puéril, rien de trop recherché ou d’inepte, mais à ce que tout y soit sensé, sincère et réfléchi. Redoutons avant tout les défauts qu’ont la plupart des auteurs de notre siècle, qui entreprennent d’écrire sans avoir longtemps médité et ruminé la question qu’ils ambitionnent de traiter, ni s’être pourvus de toutes les connaissances qui y sont nécessaires : ce faisant, ils passent plutôt pour des goinfres de livres plutôt que pour de bons et élégants écrivains. Tandis que les Anciens apportent et comme engendrent tout d’eux-mêmes, et citent rarement une référence, hormis quand ils en ont besoin, si se présente une difficulté digne de garantie, nos auteurs, au contraire, n’apportent rien d’important qui leur soit propre, et sur des questions claires et attestées, ils produisent non pas une preuve unique, mais toutes celles qu’ils connaissent de leurs prédécesseurs, en les recopiant même mot à mot. Ce qui rend leur discours inégal et par trop erratique, c’est qu’ils rassemblent de toutes parts ce que les autres ont dit avant eux et y ajoutent ce qu’ils savent eux-mêmes sur le sujet auquel il s’attaquent, [Desmarets, livre ii, page 404 | LAT | IMG] bien que tout ce qu’ils en disent soit déjà parfaitement connu et n’ajoute rien à l’affaire. Cela ne doit sembler ni grand ni fort louable, puisque cette méthode ne repose pas sur leur intelligence, mais seulement sur leur mémoire, et sur la possession et la consultation de nombreux livres. Ils pêchent néanmoins surtout par leur discernement car, pour sembler avoir tout lu, ils vont jusqu’à citer les auteurs obscurs, qui ne méritent pas d’être lus ni évalués ; et à Dieu ne plaise, ils prennent aussi soin de les réfuter et farcissent leur discours, à tout bout de champ et tout à fait hors de propos, de corrections portant sur quelque passage, ou de ce qu’ils ont tiré des glossaires ou des niaiseries des grammairiens. Le débutant doit porter grande attention à tout cela dès qu’il s’appliquera à écrire et devra examiner à quel point les modernes ne s’accordent pas avec le modèle des Anciens : eux n’écrivaient presque rien où le jugement ne le disputait pas à la doctrine et à l’élégance. Pour finir (car je n’ai pas eu l’intention de rassembler ici tout ce qui a trait à la question), certains me trouveront peut-être téméraire et audacieux quand, pour céder à votre dessein, mon cher Patin, j’ai pu faire mine de passer pour un maître en présentant à des adultes une méthode pour étudier, et la voie à suivre pour y progresser ; mais qui me connaît saura ne pas me taxer d’arrogance ou [Desmarets, livre ii, page 405 | LAT | IMG] de hardiesse, mais de cette douceur et liberté de mœurs qui m’habituent à bavarder sur tout ce qui se voit dans les lettres et à en livrer de bon cœur mes avis. J’ai donc moins écrit cela dans l’intention de donner des leçons, que dans celle d’exposer mon jugement en la matière ; et je ne m’indignerai pas d’être contredit, me réjouissant même que quelqu’un y contribue mieux que moi, car je n’ignore pas qu’on peut beaucoup enrichir la discussion. Vale.


a.

Lettre imprimée, non datée, que Roland Desmarets de Saint-Sorlin a écrite à Guidoni Patino Doctori Medico Parisiensi Facultatis Decano [Guy Patin, docteur en médecine de Paris, doyen de la Faculté] (ce qui indique une date antérieure à 1653) : Desmarets, livre ii (Paris, 1655), Epistola xliv (pages 395‑405).

1.

Lettre xliii (livre ii, pages 392‑395) de Roland Desmarets, adressée à Jean Chapelain, {a} non datée et intitulée :

Academiarum proprie dictarum morem commendat : quarum exempla apud veteres extare ait : et Capellanum laudat, quod huius instituti Cardinali Richelio inprimis auctor fuerit.

[Recommande la coutume des académies dignes de ce nom : dit que leur modèle existe depuis l’Antiquité, et loue Chapelain pour avoir été le principal auteur de celle qui a été instituée par le cardinal Richelieu]. {b}


  1. Un des membres les plus influents de l’Académie française, v. note [15], lettre 349.

  2. En 1635, v. note [2], lettre 329.

Desmarets y prône brièvement l’enseignement du latin et du grec aux enfants, mais l’essentiel de sa lettre fait étalage de sa propre érudition littéraire et de son élégante plume latine (s’il est permis de qualifier ainsi un style si châtié qu’il en devient par endroits difficile à comprendre, et plus encore à traduire). Il enduit tant Chapelain de flatteries qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’il espérait un jour faire partie des « immortels », à l’instar de son frère puîné, Jean Desmarets de Saint-Sorlin (v. note [23], lettre 223), qui y avait été nommé dès la première promotion (mars 1634).

2.

V. note [14], lettre 409 (première des trois références citées), pour les 20 livres de Disciplinis [sur les Disciplines] (Lyon, 1551), le plus célèbre ouvrage de Jean-Louis Vivès, qui a aidé l’enseignement des belles-lettres en Europe à sortir de l’aristotélisme et de la scolastique.

3.

Pour désigner les érudits (catégorie savante à laquelle il s’estimait appartenir), Roland Desmarets utilisait deux synonymes grecs : polyhistor (v. note [6], lettre 52) et polymathês (v. notule {a}, note [18], lettre 172).

4.

Dionysii Petavii Aurelianensis e Societate Iesu Rationarium temporum in partes duas, libros tredecim tribtum. In quo ætatum omnium sacra profanaque historia Chronologicis probationibus munita summatim traditur. Editio Tertia nonnullis accessionibus auctor facta, Auctore recognita.

[Registre des temps, distribué en deux parties et treize livres, {a} par Denis Petau, {b} prêtre de la Compagnie de Jésus, natif d’Orléans : où est sommairement enseignée l’histoire de toutes les époques en s’appuyant sur des preuves chronologiques ; troisième édition que l’auteur a revue et augmentée de quelques annexes]. {c}


  1. La première partie, divisée en neuf livres, est la chronologie des faits la création du Monde (selon la Genèse) à l’année 1632. La seconde partie, dite technique, en quatre livres, porte sur la méthode à employer pour établir les dates dans les différentes civilisations.

  2. V. note [6], lettre 54.

  3. Paris, Sébastien Cramoisy, 1636, in‑8o de 301 pages ; première édition en 1633.

V. notes [32], lettre 527, et [232], lettre 151, pour les géographes Pomponius Mela (ier s.) et Philippe Cluvier (xviie s.).

5.

Iustini histortiarum ex Trogo Pompeio Lib. xliv. cum notis Isaaci Vossii.

[Les 44 livres des histoires que Justin a tirées de Trogue Pompée, {a} avec les notes d’Isaac Vossius]. {b}


  1. Justin (Marcus Junianus Justinus), historien romain du iiie ou ive s. n’est connu que pour cet ouvrage, où il a résumé les Histoires Philippiques, aujourd’hui perdues, de Trogue Pompée (v. note [33] du Borboniana 3 manuscrit).

  2. Leyde, Elsevier, 1640, in‑12 de 310 pages avec, à la fin, 36 pages de notes et commentaires d’Isaac Vossius (v. note [19], lettre 220) : il s’agissait de l’une des plus récentes éditions disponibles au début des années 1650.

V. notes [53], notule {a}, du Patiniana I‑4, et [4], lettre 435, pour les historiens latins Sulpice-Sévère (ive s.) et Florus (ier s.).

6.

Je n’ai pas trouvé meilleure et plus courte traduction de desultorium studium, qui ne dissipe rien du sens qu’y mettait Roland Desmarets. En latin, desultor désigne le « cavalier qui saute d’un cheval sur un autre » (Gaffiot), et desultorius est l’adjectif qui en dérive ; studium est le zèle appliqué à l’étude. Littré est le seul de mes dictionnaires à avoir défini l’adjectif « désultoire » et m’aurait autorisé le « zèle désultoire », mais en étant persuadé d’être abscons ; « zèle vagabond » m’aurait paru perdre une partie du sens de desultorium studium.

7.

« cette lecture d’auteurs divers et de toutes sortes de volumes a quelque chose d’aventureux et de mouvant, mais elle régale sans être utile »

Roland Desmarets a mis à sa sauce, en le prolongeant, le propos de Sénèque le Jeune (Lettres à Lucilius, épître ii) :

Illud autem vide, ne ista lectio auctorum multorum et omnis generis uoluminum habeat aliquid uagum et instabile.

[Veille néanmoins à ce que cette lecture d’auteurs divers et de toutes sortes de volumes n’ait en soi quelque chose d’aventureux et d’instable].

8.

Quintilien (v. note [4], lettre 244), Institution oratoire, livre x, chapitre i :

« De même que nous déglutissons les aliments après les avoir mâchés et presque liquéfiés, ce que nous lisons ne doit pas être transmis tout cru à notre mémoire, mais après avoir été amolli et comme entièrement digéré. »

9.

Roland Desmarest réunissait, en en inversant l’ordre, deux extraits d’une lettre de Pline le Jeune (livre iii, épître v), parlant de son oncle, Pline l’Ancien :

« Il jugeait perdu tout le temps qu’il ne consacrait pas à étudier, {a} et jamais il ne lut rien sans en tirer des notes ». {b}


  1. § 16.

  2. § 10.

10.

Morceaux choisis.

11.

En citant à nouveau Quintilien (v. supra note [8]), Roland Desmarets permettait au lecteur de connaître sa principale source d’inspiration pour cette partie de sa lettre. Le chapitre viii du premier livre de l’Institution oratoire se termine sur ce vigoureux assaut contre les grammairiens, dont la lecture renforce et enjolive celui de Desmarets : {a}

Persequi quidem, quid quis umquam vel contemptissimorum hominum dixerit, aut nimiæ miseriæ aut inanis iactantiæ est et detinet atque obruit ingenia melius aliis vacatura.

Nam qui omnis etiam indignas lectione scidas excutit, anilibus quoque fabulis accommodare operam potest : atqui pleni sunt eius modi impedimentis grammaticorum commentarii vix ipsis, qui composuerunt, satis noti.

Nam Didymo, quo nemo plura scripsit, accidisse compertum est, ut, cum historiæ cuidam tamquam vanæ repugnaret, ipsius proferretur liber, qui eam continebat.

Quod evenit præcipue in fabulosis usque ad deridicula quædam, quædam etiam pudenda, unde inprobissimo cuique pleraque fingendi licentia est, adeo ut de libris totis et auctoribus, ut succurrit, mentiantur tuto, quia inveniri qui numquam fuere non possunt : nam in notioribus frequentissime deprenduntur a curiosis. Ex quo mihi inter virtutes grammatici habebitur aliqua nescire. {b}

« S’attacher à tout ce qui a été dit par de misérables écrivains serait un excès d’ineptie ou une vaine parade d’érudition, outre que cela embarrasse et surcharge l’esprit, et fait perdre un temps qu’on emploierait plus utilement à autre chose.

Quiconque serait curieux d’étudier toutes ces rhapsodies, indignes d’être lues, pourrait aussi trouver de quoi s’instruire dans les contes de vieilles femmes. Cependant les cahiers des grammairiens sont remplis d’un pareil fatras, et à peine peuvent-ils se reconnaître dans leur propre travail.

On sait ce qui arriva à Didyme, qui poussa si loin la manie des compilations : on racontait devant lui une histoire à laquelle il refusait d’ajouter foi ; pour le convaincre, on lui présenta un livre de lui, qui la contenait. {c}

Mais c’est surtout dans les récits fabuleux que cet abus va jusqu’au ridicule, et même jusqu’à l’effronterie. Comme alors la fiction peut se donner carrière, rien n’arrête un grammairien sans conscience : il va jusqu’à supposer des livres entiers, des auteurs, au gré de son imagination ; et il peut mentir en toute sûreté, bien certain qu’on ne le convaincra pas d’imposture sur ce qui n’exista jamais, tandis que sur des choses véritables on s’expose à être relevé par les érudits. Je mets donc au rang des qualités d’un grammairien d’ignorer certaines choses. » {d}


  1. V. note [3], lettre 34, pour le nom de grammairien qu’on attachait à celui de Joseph Scaliger pour dénoncer les abus de ses commentaires critiques.

  2. J’ai emprunté son excellente traduction française au Quintilien édité par Désiré Nisard (Paris, 1842, page 37).

  3. V. notule {a}, note [25] du Faux Patiniana II‑7, pour le grammairien Didyme d’Alexandrie que Sénèque a dit avoir écrit quatre milliers de livres dénués de tout intérêt.

  4. Mise en italique de la conclusion de Quintilien qui a directement inspiré Desmarets.

12.

Cicéron s’est souvenu de son apprentissage des lettres dans le chapitre lxxxix (numéroté xc dans certaines éditions) de son dialogue intitulé Brutus, sur les orateurs illustres de son temps (rédigé en 46 av. J.‑C., pendant la dictature de Jules César) :

Reliqui qui tum principes numerabantur in magistratibus erant cotidieque fere a nobis in contionibus audiebantur. Erat enim tribunus plebis tum C. Curio, quamquam is quidem silebat, ut erat semel a contione uniuersa relictus ; Q. Metellus Celer non ille quidem orator sed tamen non infans ; diserti autem Q. Varius C. Carbo Cn. Pomponius, et hi quidem habitabant in rostris ; C. etiam Iulius ædilis curulis cotidie fere accuratas contiones habebat. Sed me cupidissumum audiendi primus dolor percussit, Cotta cum est expulsus. Reliquos frequenter audiens acerrumo studio tenebar cotidieque et scribens et legens et commentans oratoriis tantum exercitationibus contentus non eram. Iam consequente anno Q. Varius sua lege damnatus excesserat. Ego autem iuris ciuilis studio multum operæ dabam Q. Scæuolæ P.F., qui quamquam nemini se ad docendum dabat, tamen consulentibus respondendo studiosos audiendi docebat. Atque huic anno proxumus Sulla consule et Pompeio fuit. Tum P. Sulpici in tribunatu cotidie contionantis totum genus dicendi penitus cognouimus ; eodemque tempore, cum princeps Academiæ Philo cum Atheniensium optumatibus Mithridatico bello domo profugisset Romamque uenisset, totum ei me tradidi admirabili quodam ad philosophiam studio concitatus.

[À peu près tous les jours, dans les assemblées publiques, j’allais entendre tous ceux qu’on comptait alors pour les tout premiers orateurs parmi les magistrats. Caius Curion était tribun de la plèbe, mais se taisait depuis le jour où toute l’assemblée l’avait conspué ; sans parler comme un enfant, Quintus Metellus Celer n’était pas grand orateur ; plaidant avec éloquence, Quintus Varius, Caius Carbo et Cnæus Pomponius occupaient le devant de la tribune ; Caius Julius, édile curule, {a} y déclamait aussi, presque quotidiennement, des discours soigneusement limés. J’étais très avide de les écouter, mais fus le premier à être affligé par l’exil de Cotta. {b} Avec un zèle extrême, j’allais fréquemment entendre discourir les autres, ; chaque jour j’écrivais, je lisais, je commentais, {c} sans jamais me trouver rassasié de ces exercices oratoires. L’année suivante, Quintus Varius, condamné par l’application de sa propre loi, avait connu l’exil. {d} Je travaillais avec grande ardeur à étudier le droit civil auprès de Quintus Scævola, fils de Publius : {e} sans se consacrer à l’enseignement de qui que ce soit, il instruisait les étudiants qui écoutaient ses réponses aux demandes d’avis. L’année suivante, Sylla et Pompeius étant consuls, {f} j’ai acquis une connaissance approfondie de toutes les manières de discourir en écoutant tous les jours Sulpicius plaider au tribunal. {g} À la même époque, Philon, directeur de l’Académie, arriva à Rome, après que la guerre de Mithridate l’eut chassé de son pays en compagnie d’autres aristocrates athéniens ; {h} c’est son patronage qui m’a poussé à me consacrer entièrement et avec un zèle admirable à étudier la philosophie]. {i}


  1. Caius Julius Cæsar Strabo Vopiscus (vers 130-87 av. J.‑C.), arrière-arrière-grand-oncle de Jules César, a été édile curule en 90. Cicéron avait alors 16 ans.

  2. Caius Aurelis Cotta s’exila temporairement de Rome au début des années 80, fut élu consul en 75 et mourut en 73.

  3. Mise en exergue du passage repris par Desmarets : souvent cité, mais rarement référencé avec précision.

  4. En l’an 90, le tribun Quintus Varius Severus avait fait adopter la Lex Varia qui poursuivait les politiciens rebelles au Sénat. La date de sa mort est inconnue.

  5. Quintus Mucius Scævola, consul en 95, mourut assassiné en 83.

  6. Sylla (v. note [14] du Borboniana 5 manuscrit) et Pompeius Rufus ont été élus consuls en 88.

  7. Le jurisconsulte et orateur romain Servius Sulpicius Rufus, né vers 105, élu consul en 51, mourut en 43.

  8. V. note [4] de la Consultation xi pour Mithridate vi Eupator, roi du Pont, mort en 63, qui avait assiégé et pris Athènes en 86.

    Philon de Larissa, philosophe athénien, douzième scoliarque (directeur) de l’Académie de Platon, mourut à Rome en 79.

  9. Cet extrait authentifie le propos de Desmarets, et renseigne sur l’éducation oratoire, juridique et philosophique de Cicéron. Quant à son style littéraire, si âprement débattu (v. infra note [13]), il apparaît nettement ici qu’il avait le défaut d’être ambigu : deux traductions françaises que j’ai consultées (V. Verger, 1816, pages 706‑709, et Itinera Electronica, 2004) interprètent en effet différemment maints détails du texte.

13.

Sans prendre franchement parti, Roland Desmarets effleurait la vive querelle qui, au xvie s., avait opposé Érasme et Jules-César Scaliger sur les qualités et les défauts du style cicéronien qui a longtemps servi de modèle aux auteurs néo-latins (v. note [8], lettre 584).

p.
Desmarets, livre ii, page 395

Epistola xliv.

Hæc epistola superiori est attexenda, quæ est de puerorum in literis institutione. nam metho- dum continet, quâ adultiores in studiis u- tantur.

Cum tibi ante aliquot menses meam de
puerorum in literis institutione darem
epistolam, memini te dicere, id rectè qui-
dem, et ex vsu à me esse factum, quòd pue-
ris 
{a} viam muniuissem, quâ faciliùs, et me-
liùs in literis progrederentur, verùm magis


  1. Sic pour puerorum.

q.
Desmarets, livre ii, page 396

ex vsu fore, eosdem, postquam scholas re-
liquissent, monere, quid iam esset facien-
dum, et quo pede deinceps in studiis pro-
cedendum : ad quod tum respondi, non
mearum esse virium, adultiores studendi
methodum docere, quóve pacto tradendæ
essent disciplinæ, præcepta dare. Verùm
nunc, mi Patine, mutato consilio mihi vi-
sum est, non quidem de singulis disciplinis
dicere, quomodo sint docendæ, (id enim
longè meum superat captum, et fecit inter
alios Ludouicus Viues vir doctissimus, et
multi in sua quisque arte :) sed pauca quæ-
dam generalia præcepta tradere, quæ om-
nibus prodesse possint, cuiuscunque pro-
fessionis sint, vlteriùs quàm vulgus solet,
in literis, studiisque humanioribus progre-
di cupientibus, et maximè Philologis, ac
iis qui nulli scientiæ propriè addicti per om-
nes scriptores volitare destinant
πολυιστορες
que, et
πολυμαθεις aliquando dici ambiunt.
Optimum igitur esse iudico optimos quos-
que scriptores siue Græcos, siue Latinos ini-
tio strictim attingere, et ex iis quædam de-
libare tantùm, ut eorum gustum aliquem
capiant, et de illis possint iudicare, postea
singulos, cùm per tempus licuerit, à capite
ad calcem percursuri. alioqui si velint in

r.
Desmarets, livre ii, page 397

prinicipio totos sedulò, ut par est, euoluere,
maior fortasse vitæ pars antè elapsa fuerit,
quàm vniuersos portuerint inspicere. Se-
cundùm id consilium vtile erit, antequam
vberes Geographorum commentarios le-
gant, mediocrem cognitionem parare Geo-
graphiæ antiquæ, et recentis ex tabularum
aliquot inspectione, et Geographorum le-
ctione, qui summatim terras omnes descri-
psere, ut Melæ, qui de antiquo situ orbis
scripsit, Cluuerij, qui de novo. Chrono-
logia etiam, quæ tempora numerat, ex
compendio aliquo carptim est attingenda,
quale est Petauij Rationarium temporum,
quod cùm sit satis amplum, huic rei suffice-
re potest. breuiter quoque omnium popu-
lorum historia per epitomas est addiscenda,
vt Sulpitij Seueri, qui ab orbe condito ad
sua vsque tempora sacram historiam dedu-
xit ; Iustini, qui Trogum in compendium
redegit ; Flori, qui res Romanas pari gra-
uitate, et elegantiâ attigit : ad quam rem
insuper assumere inuuabit aliquem ex recen-
tibus, qui totius orbis historiarum breue
corpusculum fecerunt. nam res omnium
gentium ex singulis Historicis petere res est
infiniti laboris, et cui vita etiam longa vix
suffecerit : quibus tamen singillatim no-

s.
Desmarets, livre ii, page 398

scendis, propter historiæ vtilitatem, et iu-
cunditatem, opera, quantùm licebit, post-
ea erit insumenda. neque enim in his epi-
tomis est subsistendum, per quas strictim
res discuntur, vsquedum liceat auctores
ipsos, qui omnia pleniùs persecuti sunt, per
otium euoluere. Sed præcipuè rebus gestis
Romanorum animum intendere oportet.
cùm enim amplæ, et magnificæ fuerint, et
aliunde tam multos scriptores Latinos quo-
tidie in manibus habeamus, notiores quàm
reliquæ nobis esse debent. nam suæ cuique
nationis historiam maximè legendam esse,
et præsertim eam, quæ nostra tempora pro-
piùs attingit, monere non operæ pretium
esse existimo : idem de finitimarum gen-
tium rebus dictum puta : quæ vt meliùs, et
sine interprete noscantur, illarum natio-
num linguæ sunt addiscendæ, præcipuè I-
talica, et Hispanica, quæ, cùm, ut et no-
stra, à Latina proficiscantur, non debent
ignorari : cùm Italica præsertim egregios
siue in stricta, siue in soluta oratione scripto-
res habeat. Hîc quoque obiter monebo ex
nostris auctoribus etiam eximios esse le-
gendos, ne velut domi peregrini simus, et
hospites, et in patria lingua, quod turpis-
simum est, siue scribendo, siue loquendo

t.
Desmarets, livre ii, page 399

peccemus. desultorium autem studium
maximè vitandum est.
Habet enim, ut ait
Seneca,
ista lectio variorum auctorum, et om-
nis generis voluminum aliquid vagum, et insta-
bile, et delectat, non prodest. Itaque cùm li-
brum aliquem in manus studiosi sumpse-
rint, eum non statim abiiciant, et ad alium
recurrant, nisi fortè post difficilem aliquem
auctorem animum diutino studio fessum, et
exhaustum, amœniore aliqua lectione re-
creare velint. Delicatos verò, et multo fa-
stidio suauiora quæque degustantes faciet
ampla, et locuplex bibliotheca, qualem
initio minimè comparandam esse iudico.
Vt enim in lauta, et opipara cœna à variis
cibis, qui plurimùm stomacho nocent, ma-
num abstinere difficile est, sic in volumi-
num ingenti copia varios libros, quod stu-
diis obest, non attingere. Cùm autem ali-
quis bonus liber perlectus fuerit, eum uti-
que ex integro resumere ne pigeat.
Vt enim
cibos mansos, ac propè liquefactos demittimus, ita
lectionem non crudam, sed muta iteratione mol-
litam, et velut confectam memoriæ tradendam es-
se Quintilianus monet. Per omnem verò
vitam, sed præsertim initio studiorum, au-
ctores antiqui maximè legendi : et si aliquando
ad nouos diuertere libuerit, quorum dele-

u.
Desmarets, livre ii, page 400

ctum habere oportet, statim ad priores re-
deundum. in his enim multò abundantior,
et certior est doctrina, politius, et firmius
iudicium, robur sententiarum fortius, et
vegetius, eloquendi facultas maior, et v-
berior. Cùm verò paulùm in studiis pro-
gressi fuerint, omnia noua, modò sint pro-
ba, sunt degustanda : nam si liber ineptus,
et futilis in manus incidat, quod intra pri-
mos statim versus deprehendi potest, abii-
ciendus est, nec tempus in eiusmodi scriptis
terendum, quod bonis, et præcipuè veteri-
bus insumere oportet. Quantum ad com-
mentarios attinet, vasti, qui omnes anti-
quos scriptores vndique inuaserunt, præci-
puè deuitandi, nec vlli nisi breues inspi-
ciendi, et si quos veterum grammaticorum
etiamnum habemus : præstat enim locum
aliquem non intellectum præterire, quàm
multùm temporis in verbosis istiusmodi, et
plerumque inanibus interpretibus consu-
mere : et citiùs duos, aut tres auctores, quàm
vnum istorum commentariorum legeris.
Plinij autem in studiis sedulitatem, et in-
stantiam planè incredibilem, eum qui in li-
teris nomen aliquod habere volet, imitari
couenit.
Ille perire omne tempus arbitrabatur,
quod non studiis impartiretur, et nihil unquam

v.
Desmarets, livre ii, page 401

legit, quod non excerperet, vt de eo refert soro-
ris filius. Itaque vt fructum aliquem ex stu-
diis colligat, et ex varia lectione aliquid in
penum, quod sibi vsui esse possit, congerat,
ex omnibus libris, qui lectione non indigni
sint, maximè insignia excerpere, et adno-
tare oportet. sua autem cuique pro arbitrio
excerpendi est methodus : mihi verò pro-
batur in rebus, et sententia notabilia excer-
pi, et in commentarium referri, nimirum
ritum aliquem insignem, in historia res me-
moriâ dignas, scitè et argutè dicta, gno-
mas graues ad mores, aut ad prudentiam
pertinentes : nam quæ Grammaticam
pertinent, seorsum sunt adnotanda, vt si
qua
καινοπρεπεια occurrat, si qua vocabuli
significatio non vulgaris, aut verbum ali-
quod rarum. Eorum excerptorum præci-
pua, quæ electa vocabant veteres, postea
sub titulis certis ordine collocari poterunt ;
vt, cùm opus erit, ex quibus locis in vna-
quaque materia res petendæ erunt, statim
agnoscatur. Sed in studiis meâ sententiâ
præcipuum est, non tam memoriam pluri-
marum rerum cognitione implere, quàm
iudicium instruere, ingeniúmque excolere,
nec plurimorum huius ævi etiam erudito-
rum morem æmulari conuenit, qui toti

w.
Desmarets, livre ii, page 402

sunt in apicibus syllabarum examinandis,
vocibúsque appendendis, et in criticis quis-
quiliis, et Grammaticis : nec in vllius libri
licèt accurata editione vnquam acquie-
scunt, sed semper hærent ; aliunde etiam
nimij in antiquorum ritibus vsque ad mi-
nutias, et extremam anxietatem enuclean-
dis, et observandis : quorum pleraque talia
sunt, ut ea ignorare Quintilianus fortasse
inter Grammatici virtutes habiturus fuerit,
et longè maiora, ac potiora in libris quære-
re, nec circa voces, résque minimi ponde-
ris, et inutiles consenescere oporteat. Cum
summa igitur cautione, et iudicio studiis
incumbendum est, ne in vanis, et subtilibus
addiscendis tempus, et opera perdamus,
ac intemperanter otio nostro, et literis ab-
utamur. Quoniam autem non solùm lectio-
ni, sed etiam stilo danda est opera, ídque
vicissim 
{a} exemplo Ciceronis faciendum, qui
cùm esset adolescens, nunc legebat, nunc
scribebat, et commentabatur, nunc decla-
mitabat, in ea re veteres optimos, vt cete-
rorum omnium ad studia pertinentium, ita
scribendi magistros imitemur, et maximè
eumdem Ciceronem, qui cùm omnibus
præclari scriptoris virtutibus effulgeat, et in
eloquentia sit princeps, assiduè manibus te-


  1. Coquille de l’imprimeur : vicissim [contrairement à] pour vicissatim [tour à tour].

x.
Desmarets, livre ii, page 403

rendus est. Vt igitur illius formam expri-
mamus, non tam eius verba consideranda
sunt, et ornata orationis concinnitas, (hoc
enim non præcipuum est, licèt magnum)
quàm ordo, et perspicuitas sermonis, et
contextus rerum minimè implicatus, sed
liber, et expeditus : maximéque attenden-
dum, vt nihil in sententiis sit puerile, nihil
longe arcessitum, nihil putidum, aut ine-
ptum, sed omnia sana, sincera, et gravia.
Cauenda verò sunt inprimis plerorumque
nostræ ætatis scriptorum vitia, qui non diu
considerato, nec apud se digesto, quod tra-
ctandum susceperunt, argumento, nec pro-
uisis rebus operi necessariis statim ad scri-
bendum se accingunt, et id tantùm agunt,
non ut boni, et elegantes scriptores, sed vt
librorum helluones videantur : cúmque an-
tiqui omnia ex se afferant, et quasi gignant,
et rarò testem proferant, nisi cùm opus est,
et dignus vindice nodus incidit ; illi contrà
nihil ferme adducunt, quod sit proprium,
et in rebus claris, et testatis, non vnum, sed
omnes quos norunt, testes producunt, ipsis
etiam eorum verbis prolatis ; quod inæqua-
lem, et nimis variam reddit orationem,
quidquid verò priores dixere, quidquid ipsi
sciunt, in materiam, quam tranctandam sus-

y.
Desmarets, livre ii, page 404

ceperint, undecunque cogerunt, licèt
longè peritum sit, et ad rem parum faciat.
quod non magnum videri debet, nec ad-
modum laudabile, cùm ea res non ingenio
constet, sed tantùm memoriâ, et multorum
librorum possessione, et inspectione. Sed
in hoc maximè peccant iudicio, quòd vt
nihil non legisse videantur, ignobiles etiam
scriptores, qui nec legi, nec expendi me-
rentur, citant, et, si Deo placet, illis quo-
que refutandis operam impendunt, et cor-
rectionem alicuius loci, vel aliquid petitum
è glossariis, aut è grammaticorum tricis in
medium sermonem planè alieno loco infer-
ciunt. Hæc tironi studiosè attendenda sunt,
cùm primùm ad scribendum se applicabit,
et quantùm ab antiquorum forma discre-
pent, considerandum : qui nihil fere scribe-
bant, in quo iudicium cum doctrina, et e-
legantia non certaret. Sed vt finiam, (ne-
que enim omnia quæ ad hanc rem spectant,
congerere mihi propositum est) quibusdam
fortasse temerarius, et audax videbor, quòd
dum consilio tuo, mi Patine, obsequor,
quasi pro magistro me venditarim, monen-
do quo pacto adultiores in studendi metho-
do, et viâ progrediantur. verùm qui me
nouerit, non id arrogantiæ tribuet, aut au-

z.
Desmarets, livre ii, page 405

daciæ, sed facilitati morum, et libertati,
quâ soleo quidquid in literis videtur, forsan
temerè, effutire, et consilia libenter dare.
Igitur hæc non tam præcipiendi animo scri-
psi, quàm vt sententiam hac in re meam ex-
ponerem : quam refelli non indignabor.
imò si quis meliora afferat, gaudebo : certè
quin multa his adiici possint, non nescius
sum. Vale
.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Roland Desmarets de Saint-Sorlin, Avant 1653

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(Consulté le 13/04/2024)

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