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À Vopiscus Fortunatus Plempius, le 8 décembre 1662

[Ms BIU Santé 2007, fo 121 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Vopiscus Fortunatus Plempius, à Bruxelles.

Très éminent Monsieur, [a][1]

Un savant jeune homme de Lille, [2] qui est un licencié de votre pays, m’a remis hier matin votre lettre datée du 23e d’octobre avec votre petit livre de Affectibus capillorum et unguium, pour lequel je vous adresse les plus amples remerciements dont je sois capable. [1][3] Je le lirai entièrement dès que j’en aurai le loisir. Je vous aviserai, en attendant, que j’ai jadis connu ici cet Écossais nommé Davidson, il y a 24 ans. [2][4][5] Ayant quitté Paris pour ne pas mourir misérablement de faim (car on avait découvert ses fourberies), il est parti en Pologne, sous le titre honorifique d’archiatre du roi de Pologne ; c’était, je pense, un titre mensonger, inventé pour voiler sous ce prétexte spécieux sa noblesse fictive, pour ne pas dire pire. Il avait alors en effet été acculé à la dernière extrémité, et il a quitté la France quum ex nullo ligno posset Mercurium facere[3][6] Il ne tirait aucun argent des largesses royales (qu’un vaurien aulique, pseudo-chimiste, lui avait fait espérer, grâce au grand pouvoir dont il jouissait à la cour et auprès de Mazarin, alors au sommet de sa puissance) [7] et il s’est volatilisé pour ses créanciers. Il s’est sauvé à l’étranger, fuyant la faim, cherchant à s’acquérir un nom, du renom et de l’argent en espérant convaincre qu’il était un très grand chimiste ; je préfère croire qu’il a été fort cacochymique ; [4][8][9] mais quoi qu’il ait pu faire en Pologne, sachez qu’il n’a jamais écrit en latin, ni ne l’a appris, et que pour écrire ses livres chimiques, il a recouru à la main d’un autre, à savoir celle d’un homme que je connais fort bien et dont je pourrais aisément vous dire le nom. [5] Si vous cherchez à savoir de moi par quels artifices un si grand vaurien a gagné sa vie pendant tant d’années à Paris, je vous dirai en peu de mots, mais avec vérité, ce que même lui a avoué : il feignait un diagnostic de vérole chez des nobles anglais, écossais, hollandais et allemands, dont il s’était prudemment acquis la bienveillance et l’amitié au nom d’une patrie commune et de secrets chimiques, et leur extorquait de l’argent pour la guérison de leur maladie fictive ; [10] mais ses fraudes ayant été découvertes et la faim le menaçant, cet homme a dû fuir en Pologne pour ne pas avoir à expier les châtiments d’une telle effronterie, car il n’a pas osé retourner dans son pays pour que ces mêmes concitoyens, qu’il avait fourbés et à qui il avait si malencontreusement vendu si souvent de la fumée, ne le reconnussent comme misérable pillard ou comme honteux banqueroutier. Mais en voilà assez de cet exécrable fripon, tout à fait indigne que nous parlions de lui dans nos lettres. Pierre Petit se porte bien, [11] quoiqu’il soit de texture délicate et de santé fragile comme le verre ; il est en effet venu au monde avec un petit corps extrêmement faible, dont les veilles excessives et le travail acharné érodent les forces déjà languissantes, et ses amis conviennent qu’il est parfaitement incapable de les supporter. Il est tout occupé à son Arétée et à un Tractatus de Lumine, adversus Isaac Vossium[6][12][13] Nous attendons encore le Lucrèce de Le Fèvre et l’ouvrage de Samuel Bochart ; [7][14][15][16] ainsi que [le Cardan complet en dix tomes in‑fo], [8][17] dans les deux prochains mois. L’un de nos [Ms BIU Santé 2007, fo 121 vo | LAT | IMG] libraires (espèce d’hommes qui pourtant est ici bien engourdie) [18] médite une réédition du livre de Morbis internis de Jacques Houllier, [19] docteur en médecine de Paris qui mourut il y a cent ans, avec ses scolies, les commentaires et les remarques de Louis Duret, [20] les explications d’Antoine Valet, [21] ainsi que les notes de Jean Haultin, [22] médecin de Paris, sur cet auteur qui n’ont encore jamais été publiées. [9] Ce Haultin a en tout cas été un praticien très remarquable, et un véritable Roscius en son métier ; [23] il est passé de vie à trépas en l’an 1616. On dit aussi qu’on prépare à Lyon une nouvelle édition des œuvres complètes de Melchior Sebizius, médecin très docte et très appliqué de Strasbourg ; [24] et en Angleterre, la nouvelle édition in‑fo du Diogène Laërce grec et latin avec les notes de grands hommes, Isaac Casaubon, Aldobrandini et Gilles Ménage. [10][25][26][27][28] J’entends dire ici que chauffe sous les presses hollandaises un grand ouvrage de feu David Blondel, [29] savant français qui mourut il y a quelques années à Amsterdam, aveugle et fort âgé. Cet ouvrage est contre les Annales ecclesiastici du cardinal Baronius. [11][30] On prépare aussi à Lyon une nouvelle édition des œuvres complètes de Lazare Rivière, in‑fo[12][31] Ainsi sera notre France ou du moins, par le fait d’imprimeurs très avides de nouveaux profits, ainsi deviendra-t-elle Ægyptus Homerica, quæ bona multa et mala multa eandem proferet[13][32] Thomas Bartholin, mon ami depuis 32 ans, donnera dans quelques mois un tome d’Epistolæ medicæ ; et ensuite, il songera à promouvoir la nouvelle édition du Celse, avec les commentaires de Johan Rhode, noble Danois qui mourut en Italie il y a quelques années. [14][33][34][35] J’ai ici un livre remarquable publié chez vous, qui est le Saul ex-Rex de John Sinnich, in‑fo ; mais dites-moi, je vous prie, si cet auteur vit encore, et quand on publiera le 2d tome. [15][36] J’admire et respecte profondément la très grande hauteur de vue et l’immense érudition de cet écrivain. Je sais parfaitement les excellents hommes qui sont ses amis, et aussi les miens ; [37][38] ses adversaires ne me sont pas non plus cachés, quod intus et in cute novi : ad populum phaleras ! [16][39][40] Si vous voulez me faire une faveur et sans vous déranger, je vous demande même de le saluer de ma part. Je n’ai rien de plus à vous écrire. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et continuez de m’aimer comme vous faites.

De Paris, ce 8e de décembre 1662.

Votre G.P. de tout cœur.


1.

Vopisci Fortunati Plempii Amstelredamensis, Artium et Medicinæ Doctoris atque ejusdem in Academia Lovaniensi Professoris Primarij, de affectibus capillorum et unguium tractatus. Apospasmation libri sui de particularibus externis corporis humani affectibus. Ad illustrissimum et reverendissimum virum D. Theodorum Skuminovium episcopum Gratianopolitanum [Traité de Vopiscus Fortunatus Plempius, natif d’Amsterdam, docteur et premier professeur d’art et de médecine en l’Université de Louvain, sur les affections des cheveux et des ongles. Fragment de son livre sur les affections externes particulières du corps humain. À l’illustrissime et révérendissime M. Theodorus Skuminowicz, évêque de Gratianopolis (v. infra note [2])] (Louvain, Hieronymus Nempæus, 1662, in‑4o, Medic@).

2.

Guy Patin avait au moins déjà lu le début de l’épître dédicatoire du livre de Vopiscus Fortunatus Plempius (v. supra note [1]) Illustrissimo et Reverendissimo Domino Theodoro Skuminovio Dei et Apostolicæ Sedis gratia Episcopo Gratianopolitano Sanctissimi D.N. Pont. Max. Prælato Domestico, et Assistenti. per Albam Russiam Suffraganeo. Cantori Prælato Vilnensi etc. [À l’illustrissime et révérendissime Monseigneur Theodorus Skuminowicz (mort en 1668), de par la grâce de Dieu et du Saint-Siège, très saint évêque (in partibus) de Gratianopolis (Algérie), prélat domestique et auxiliaire de Notre Sainteté le Souverain Pontife, suffragant pour la Russie blanche, chantre prélat de Vilnius (Lituanie), etc.] :

Tot terris peragratis, tot populorum moribus perspectis, tot viris doctis, illustribus, summatibus cognistis, belli Poloniæ intestini calamitatem declinans, tandem apud Grudios biennium consides, et Academiam hanc nostram dignitatis Tuæ splendore illustras. Hic ad Te, Dignissime Præsul, Doctorum præcipui lubentes et frequentes visunt, de scientia qualibet disserentem audiunt, abstrusa disquirentem mirantur. In his ego nomen profiteor meum ; qui quoties admissionem dedisti (dedisti autem, quæ Tua est facilitas, mihi sæpiscule) toties polymathiam Tuam suspexi, colui. Ut alia tacem, dum de tricis capillorum Russicis verba faceremus, diceremque Willielmum Davissonum Scotum, Regis vestri ac Reginæ Archiatrum, existimare et ausum esse scribere, affectum illum pilorum esse imaginarium, superstitiosum, fabulosum : indigne primum id acceptisti ; deinde meam advocationem pro gente Tua fortissima flagitans, ut isti nobili Scoto responderem, instimulasti : quod quidem, et omne hujusmodi bellum libenter à me militatur, in vestræ spem gratiæ : ac fateri debeo, panopliam me seu armaturam integram à Te mutuatum esse ; tam enim diserte, enucleate, dilucideque naturam trichomatis, quam Plicam vulgo vocant, mihi explicasti, ut Medicus peritius possit nullus.

[Après avoir parcouru tant de pays, observé les mœurs de tant de peuples, connu tant de savants hommes, illustres et éminents, et tandis que décline la guerre intestine de la Pologne, {a} vous vous établissez pour deux ans chez les Groudes, {b} et illuminez notre Université par la splendeur de votre prestige. C’est là, très digne prélat, que les premiers des savants vont en grand nombre vous voir avec plaisir, vous entendre disserter sur toutes les sciences, admirer votre soin à examiner ce qui est caché. Chaque fois que vous avez donné audience (et vous avez eu l’amabilité de m’y admettre assez souvent), j’ai vénéré et admiré votre vaste érudition. Sans évoquer le reste, quand nous avons parlé des entortillements des cheveux chez les Russes, {c} je vous dis que l’Écossais William Davidson, {d} premier médecin de vos roi et reine, estimait et avait osé écrire que cette maladie des poils est imaginaire, superstitieuse, fabuleuse. D’abord vous vous en êtes indigné ; ensuite, me demandant avec insistance de plaider en faveur de votre très vaillant peuple, vous m’avez incité à répondre à ce noble Écossais. De fait, dans l’espoir de gagner votre faveur, je prends part à n’importe quelle guerre de cette sorte, et je dois avouer vous avoir emprunté ma panoplie ou mon armure intégrale, car vous m’avez expliqué si éloquemment, nettement et clairement la nature du trichoma, qu’on appelle vulgairement plique, que nul médecin expérimenté n’eût pu en faire autant]. {e}


  1. Le 3 mai 1660, le traité d’Oliva (v. note [30], lettre 601) avait apaisé les affaires de la Pologne, extérieures (avec la Suède) comme intérieures (Prussiens contre Russes).

  2. Peuple de la Belgique.

  3. V. infra notules {d} et {e}, pour cette curieuse affection capillaire, touchant surtout les Polonais, qui portait le nom de plique ou trichoma, et que Guy Patin avait mentionnée dans sa thèse L’homme n’est que maladie (1643, v. note [34], lettre 99).

  4. William Davidson avait parlé de la plique en plusieurs endroits de ses « Commentaires sur Petrus Severinus » (La Haye, 1660, v. note [4], lettre 631). Une section en est intitulée De Plica Polonica, Morbo ex superstitiosarum Mulierum Cerebro nato, et in credulos aliquos Medicos transplantato, Tractatus [Traité de la Plique polonaise, maladie née du cerveau de femmes superstitieuses et qui s’est transportée dans celui de quelques médecins crédules] (pages 450‑460).

    Plus tard, Davidson a rivé le clou à Plempius en publiant Theophrasti Veridici Scoti Doctoris Medici Plicomastix, seu Plicæ e numero morborum Αpοspasµa [Le Fouet de la plique de Théophraste, docteur en médecine écossais qui dit la vérité, ou la Plique supprimée du nombre des maladies] (Dantzig, Jacobus Pufflerus, 1668, in‑4o).

  5. Le chapitre 7 du livre de Vopiscus Fortunatus Plempius (pages 42‑50) est intitulé : De tricis seu trichomate, quam Plicam vocant. Plica quid sit : quibus regionibus sit familiaris. Est duplex : mascula et femina. Qua sit causa plicæ : Historicorum de ea sententiæ. Signa et symptomata plicæ : aliquando caret pediculis. Vocatur Polonice gozdziec. Plicam fabulosam, imaginariam, et superstitiosam esse audet scribere Davissonus natione Scotus : ejus argumenta examinantur et refelluntur. Plicæ curatio [Des entortillements ou trichoma, communément appelés Plique. Ce qu’est la plique : dans quelles régions elle s’observe. Il en existe deux sortes : masculine et féminine. Ce qu’est la cause de la plique : jugements que les historiens ont portés à son sujet. Signes et symptômes de la plique : elle survient parfois en l’absence de poux. En polonais, elle porte le nom de gozdziec. Davidson, Écossais de nation, ose écrire que la plique est fabuleuse, imaginaire et superstitieuse : ses arguments sont examinés et réfutés. Traitement de la plique]. Il commence par cette définition de la maladie :

    Plica est pilorum, sibi invicem junctorum adeo arcta intricatio atque implicatio, ut nullo pacto amplius discerni aut extricari possint, a certa causa interna et præter naturam proveniens. Familiaris est hic affectus et quasi endemius Polonis, præcipue Russis, quorum infantes sæpe cum eo nascuntur.

    [La plique est un entremêlement et un entortillement des cheveux, si serrés les uns aux autres qu’il ne peut plus y avoir aucun moyen de les dénouer ou démêler ; elle résulte d’une cause interne et contre nature. Cette affection est courante et presque endémique chez les Polonais, principalement les Russes, dont les enfants sont souvent atteints dès la naissance].


Le progrès médical a renvoyé Davidson et Plempius dos à dos : la plique a bel et bien existé, mais n’était pas une maladie ; c’était une agglutination compacte des cheveux et autres poils (barbe, aisselle, pubis), due à l’absence totale d’hygiène et ordinairement compliquée d’une infestation par des parasites (poux, gale) et d’une dermite purulente. La plique fut une source de superstitions, et aussi de modes ; on peut encore l’observer dans certaines situations de profond dénûment social ou mental, mais lavage, désinfection et rasage en viennent aisément à bout.

3.

« parce qu’il ne pouvait façonner un Mercure d’aucun bois » : Ne e quovis ligno Mercurius fiat [une statue de Mercure ne se façonne pas dans n’importe quel bois] est un adage antique qu’Érasme a commenté (no 1447) et qui revient à dire que les esprits de tous ne sont pas faits pour les études.

4.

Cacochymiste est un néologisme de dénigrement, combinant deux racines grecques : κακοχυμος (cacochyme, malade, enflé de mauvaises humeurs) et κακοχυμικος (mauvais chimiste).

Guy Patin avait pu l’emprunter à John Thornborough (Johannes Thornburgh, 1551-1641), homme politique anglais influent, évêque de Worcester en 1617, et alchimiste : le chapitre 9 de son curieux ouvrage, Λιθοθεωρικος, sive nihil, aliquid, omnia, antiquorum sapientium vivis coloribus depicta, Philosophico-theologice, in gratiam eorum qui Artem auriferam Physico-chemice et pie profitentur [La Pierre philosophale, qui dépeint philosophico-théologiquement et en vives couleurs rien, quelque chose, tout des anciens savants, pour le bénéfice de ceux qui pratiquent physico-chimiquement et pieusement l’art de faire de l’or] (Oxford, John Lichfield et James Short, 1621, in‑4o), est intitulé

Cacochymistæ, qui in extraneis operantur, nihil agunt ; sed philosophi, qui in rebus aptis et propinquis, iisque mundis, et non leprosis operantur, lapidem perficiunt.

[Les Cacochymistes qui travaillent sur les substances éloignées n’aboutissent à rien ; mais les philosophes, qui travaillent sur les substances appropriées, proches, disponibles et non corrompues, parviennent à obtenir la pierre].

5.

Guy Patin a accusé William Davidson d’avoir entièrement inspiré à Jean Chartier sa Science du plomb sacré des sages (Paris, 1651, v. note [1], lettre 275) ; mais on ne peut guère en déduire que Jean Chartier a écrit les livres de Davidson.

6.

V. notes [3], lettre 731, pour l’Arétée de Pierre Petit, paru à Londres en 1726 (mais dont Gabriel Cramoisy avait alors entrepris l’impression à Paris, v. note [2], lettre latine 209), et [6], lettre 897, et [7], lettre latine 221, pour son « traité de la Lumière, contre Isaac Vossius » (Paris, 1663).

7.

T. Lucretii Cari de rerum natura libri sex. Additæ sunt conjecturæ et emendationes Tanaquili Fabri cum notulis perpetuis [Les six livres de la Nature des choses de Lucrèce (Titus Lucretius Carus). Avec les conjectures et les corrections de Tanneguy Le Fèvre (v. note [3], lettre 530), et ses notes continues] (Saumur, Johannes Lenerius, 1662, in‑4o).

V. note [14], lettre 585, pour le livre de Samuel Bochart « sur les Animaux de la Sainte Écriture » (Hierozoïcon, Londres, 1663).

8.

Un effacement de l’encre rend la dernière ligne de la page presque entièrement illisible ; le passage entre crochets propose une reconstitution plausible, mais sujette à caution.

V. note [8], lettre 749, pour les Opera omnia de Jérôme Cardan (Lyon, 1663).

9.

V. notes [14], lettre 738, et [4], lettre latine 223, pour la réédition (Paris, 1664), dédiée à Guy Patin, de Jacques Houllier « sur les Maladies internes » avec ses commentaires, et ceux de Louis Duret, Antoine Valet et Jean Haultin.

10.

La publication des œuvres complètes de Melchior Sebizius est restée à l’état de projet.

V. note [17], lettre 750, pour l’édition du « Diogène Laërce sur les Vies des philosophes [de l’Antiquité] » (Londres, 1664), commentée par d’érudits auteurs.

11.

L’édition de ces remarques est bien plus tardive : Antibaronius Magenelis seu Animadversiones in Annales Cardinalis Baronii. Cum Epitome Lucubrationum Criticarum Casauboni in Tomi primi Annos 34. Auctore Andrea Magendeo, Ecclesia Benearnensi. Quibus accesserunt quædam ad Baronium Animadversiones Davidis Blondelli [Antibaronius de Magenel ou Animadversions sur les Annales du cardinal Baronius. Avec un résumé des travaux critiques de (Isaac) Casaubon sur les 34 années du tome premier. Par André Magenel, ministre de l’Église de Béarn. À quoi on a ajouté certaines animadversions de David Blondel contre Baronius] (Leyde, Abrahamus Mestrezatius, 1679, in‑fo ; précédente édition à Amsterdam, 1675, même format).

L’épître dédicatoire, datée d’Amsterdam l’an 1675, étant signée Vestri obsevantissimus servus, et frater in Domino Andreas Magenel, Ecclesiasta Benearnensis [Votre très obéissant serviteur et frère dans le Seigneur, André Magenel, ministre béarnais], on pourrait considérer le Magendeo du titre comme une faute d’impression (pour Magenelo) ; mais la dédicace qui suit (1674) est signée A. Magendeus.

Pierre Bayle a disserté sur cet ouvrage dans son article sur David Blondel (note E) :

« Il ne fit pas une affaire de la réfutation de Baronius. On n’a trouvé après sa mort {a} que des Notes qu’il avait écrites sur les marges de son Baronius. Sa manière d’écrire en caractères fort serrés et fort menus fait bien que ces notes-là sont plus nombreuses ; mais enfin, ce n’est point ce qu’on appelle la réfutation d’un auteur. Les magistrats d’Amsterdam achetèrent cet exemplaire de Baronius et le donnèrent à la bibliothèque de leur ville. C’est là que ceux qui veulent connaître ce que c’est que le travail de David Blondel contre les Annales de Baronius peuvent contenter leur curiosité. Un ministre béarnais (nommé Magendie), réfugié à Amsterdam plusieurs années avant la révocation de l’édit de Nantes, {b} dit que les bourgmestres de cette ville l’ayant chargé de ruiner {c} de fond en comble les xii tomes de Baronius, il l’a fait sans peine, par l’assistance de Dieu ; et que non seulement il a copié les notes de David Blondel, selon l’ordre qu’il en avait reçu de ces Messieurs, mais aussi qu’il les a collationnées avec les Annales de Baronius, livre qu’il n’avait jamais vu auparavant ; et que, comme il a découvert des fautes que Blondel n’a point marquées, il a cru qu’il commettrait un péché d’irréligion s’il ne les publiait pas. […] Il publia donc un livre l’an 1675, intitulé : Antibaronius Magenelis, qui contient 140 pages in‑folio. Dans mon exemplaire, le titre ne fait aucune mention de David Blondel ; mais dans le Journal des Sçavans, {d} le titre contient cette queue : Quibus accesserunt quædam ad Baronium animadversiones Davidis Blondelli. D’ailleurs, le titre marque l’an 1679. Ne doutez pas qu’il y ait eu là un tour de supercherie de libraire. Apparemment, on ne vendait point le livre et on s’avisa au bout de quatre ans d’en rafraîchir le frontispice, et d’y promettre merveilles sous le nom célèbre de David Blondel. La vérité est que Blondel n’occupe presque point de place dans ce livre et que si l’on jugeait de ses notes marginales par cet endroit-là, on les mépriserait extrêmement. » {e}


  1. En 1655.

  2. En 1685.

  3. Réfuter.

  4. « Du 10 juillet 1679, page 222 [sic pour 190] » : notule de Bayle.

  5. La mention de Guy Patin, datée de 1662, avait échappé à Bayle, mais ne manque pas d’intérêt historique.

12.

V. note [1], lettre 734, pour les Opera medica universa [Toutes les œuvres médicales] de Lazare Rivière (Lyon, 1663).

13.

« l’Égypte d’Homère, qui produit à la fois beaucoup de bonnes et beaucoup de mauvaises choses » (v. note [17], lettre 295).

14.

VBibliographie (Bartholin a) pour les première et deuxième centuries des « Lettres médicales » de Thomas Bartholin (Copenhague, 1663), et note [2], lettre latine 127, pour le Celse de Johan Rhode, qui est resté inédit, en dépit de l’importante contribution que Thomas Bartholin y a apportée.

15.

Ioannis Sinnichij, Corcagiensis Iberni Sacræ Theologiæ in Academia Lovanensi Doctoris, Ordinarij Professoris, et Majoris Collegij Theologici Præsidis, Saul ex Rex. Sive de Saule, Israeliticæ gentis Protomonarcha, divinitus primum sublimato, ac deinde ob violatam religionem principatu vitaque exuto : in typum Regum ac Principum temeratæ Religionis Reorum, ideoque cælitus animadversorum, vel animadvertendorum. Ubi de reciproco Principum ac subditorum erga invicem officio, de utrorumque erga Deum et Ecclesiam qua triumphantem qua militantem obsequio, deque districto Dei adversus inofficiosos et inobsequiosos judicio, stromatice disseritur ; et decalogicæ legis adversus laxitates opiniose rigor et vigor asseritur… [Saül ex-roi, de Jean Sinnich, Irlandais natif de Cork, docteur et professeur ordinaire de théologie sacrée, et président du Collège supérieur de théologie en l’Université de Louvain : à propos de Saül, le plus ancien monarque du peuple d’Israël, d’abord divinement glorifié, puis dépouillé de son trône et de la vie pour avoir violé la religion ; contre le symbole des rois et des princes accusés d’avoir profané la religion, et donc châtiés par le ciel et qui le doivent être. Où l’on traite du devoir réciproque des princes et de leurs sujets les uns à l’égard des autres, et de la soumission qu’ils doivent tous deux à l’égard de Dieu et de l’Église, tant triomphante que combattante, ainsi que du jugement menaçant de Dieu contre ceux qui ont manqué à leurs devoirs et qui ont désobéi ; et où on défend la rigueur et la vigueur du Décalogue contre les relâchements…] (Louvain, Hieronymus Nempæus, 1662, in‑fo) ; Saul ex Rex… Liber secundus (ibid. et id., 1667, in‑fo).

Jean Sinnich (Cork 1613-Louvain 1666), docteur et professeur de théologie à l’Université de Louvain, berceau du jansénisme, s’était engagé dans la lutte contre les luthériens ; il avait aussi fait partie des négociateurs envoyés auprès du pape et de ses cardinaux pour défendre l’Augustinus et les Cinq Propositions (Dictionnaire de Port-Royal).

16.

« parce que je les connais jusqu’au bout des ongles : à d’autres, mais pas à moi ! » (Perse, v. note [16], lettre 7).

Guy Patin confirmait ici son probable penchant pour les jansénistes (v. note [8], lettre 917) et sa profonde aversion pour les jésuites (trop ubiquiste dans ses lettres pour devoir y être référencée).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Vopiscus Fortunatus Plempius, Ms BIU Santé 2007, fo 121 ro et vo.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 121 ro.

Cl. viro D. Vopisco Fort. Plempio, Bruxellas.

Heri mane tuas accepi, Vir præst. datas 23. Octob. ab honeste erudito adolescente Insulensi,
Licenciato vestro, cum libello tuo de Affectib. capillorum et unguium : pro quo gratias
Tibi ago quàm possum maximas. Librum tuum perlegam quamprimum mihi licebit per otium :
interea Te monebo, Scotum illum Davissonum mihi olim hîc notum fuisse ante annos
24. qui relicta Lutetia, ne hîc misera fame periret, (erant enim ejus fraudes detectæ,)
abit in Poloniam, sub honorario titulo Regis Poloniæ Archiatri : quem quidem titulum
ementitum et emendicatum esse censeo, ut fictam suam nobilitatem, nequid dicam pejus,
specioso illo prætextu velaret : tunc enim redactus erat ad incitas ; et quum ex nullo
ligno posset Mercurium facere, neq. quidquam nummorum acciperet ex regijs stipendijs,
(quorum spem illi fecerat quidam aulicus nebulo pseudo-Chymista, qui per eam qua pollebat
in aula et apud Mazarinum tunc potentissimum, gratiam,) Galliam reliquit, et credito-
rib. suis decoxit : et ad externos aufugit, fugiens famem, quærens sibi nomen, famam et nummos,
quib. persuadere sperabat se maximum esse Chymicum : malo credere illum
fuisse valde cacochymicum : Sed quidquid egerit in Polonia, scias velim, illum
nihil unquam Latinè scripsisse, neq. scivisse, et in componendis suis libris
Chymicis, aliena manu usum fuisse, nempe cujusdam hominis mihi notissimi,
quem facile possum nominare. Quod si quæras à me, quibusnam artibus per tot annos vitam protraxerit
Parisijs tantus nebulo : dicam paucis, sed verè, quod etiam ille fassus est :
nobilibus Anglis, Scotis, Hollandis et Germanis, in quorum gratiam et amici-
tiam cautè sibi comparabat nomine patriæ et secretorum Chymicorum, luem veneream affingebat, et ad ficti morbi
curationem nummos extorquebat. Verùm apertæ fraudes et imminens fames,
hominem fugarunt in Poloniam, ne tantæ improbitatis pœnas lueret, nec aus[us]
est in patriam reverti, ne tanquam infelix prædo vel impurus decoctor
agnosceretur ab ijs ipsis popularib. suis quibus fraudem fecerat, et toties
tam miserè fumum vendidebat. Sed satis multa de pessimo nebulone, planè
indigno qui in nostris Epistolis memoretur. Petrus Petitus bene se habet,
quamvis sit raræ texturæ, et valetudinis penè vitreæ : natus enim est imbe-
et prorsus imbecillo corpusculo, cujus vires iam languidas atterunt nimiæ
vigiliæ, et labor improbus, quib. planè f[ere]ndis valde imparem eum agnoscunt
e[jus] amici. Totus est in Aretæo et in quodam Tractatu de luce, adversus
Is. Vossium. Lucretium Fabri [et op]erum Sam. Bocharti adhuc expecta-
mus : ut et [Ca]rdani opera omnia x.] tomis in folio, intra duos menses. Qui-
dam [è] nostris

t.

ms BIU Santé 2007, fo 121 vo.

Bibliopolis, (quod quidem hominum genus hîc valdè friget) novam editionem
meditatur libri de morbis internis Iac. Hollerij, Doct. Med. Paris. qui ante
annos centum obijt, cum Scholijs ejusdem, Ennarat. et Animadvers. Lud.
Dureti, Exercit. Ant. Valetij ;
et numquam antehac editis in ipsum
Auctorem, Io. Altini, Med. Paris. Notis ; qui quidem Altinus fuit artifex
præstantissimus, et in arte sua planè Roscius, qui vitam cum morte
commutavit anno 1616. Dicitur quoque Lugduni Celtarum nova editio ad-
ornari omnium Operum Melch. Sebizij, Med. Argentoratensis doctissimi
et laboriosissimi. ^ Plura non habeo quæ scribam. Vale, Vir Cl. et me
quod facis, amare perge. Parisijs, die 8. Dec. 1662. Tuus ex animo G.P.

^ In Anglia procedit editio nova in fol. Diogenis Laertij GræcoLat.
cum Notis magnorum virorum, Is. Casauboni, Aldobrandini, et Egidij Menagij. Hîc audio sub
prælis Hollandicis sudare magnum opus eruditi olim viri, Davidis Blondelli,
Galli, qui à paucis annis obijt Amstelodami, cæcus et valde senex. Opus
istud est adversus Annales Ecclasisticos Card. Baronij. Nova quoque
Editio adornatur Lugduni, omnium Operum Laz. Riverij, in fol. Sic erit
Gallia nostra, aut saltem per Typographos, novi lucri avidissimos fiet Ægyptus
Homerica,
quæ bona multa et mala multa eandem proferet. Thomas Bar-
tholinus,
Amicus meus ab annis 32. Epistolarum Medicarum tomum unum dabit
intra paucos menses : et postea cogitabit de nova editione promovenda
Corn. Celsi, cum Animadversionibus Io. Rhodij, nobilis Dani, qui ante
paucos annos obijt in Italia. Hîc habeo librum eximium antehac apud vos
editum, qui est Saul ex-Rex Io. Sinnichij, in folio. Sed dic sodes,
adhuc ne vivit ille Author ? quandonam dabit tomum 2. Illius
Scriptoris quem jamdudum famâ ipsa novi, dignationem summam,
et ingentem eruditionem, cum magno honore vereor atque suspicio.
Apprime scio quinam sint ejus amici, viri optimi, ijdemque mei :
ejus quoque Adversarij mihi non sunt obscuri, quod intus et in cute novi :
ad populum phaleras. Si veniam mihi feceris, Te etiam rogabo, ut
nomine meo salutem illi impetias, nisi ejusmodi officio Tibi grave
fuerit. Plura non habeo, etc.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Vopiscus Fortunatus Plempius à Guy Patin, le 8 décembre 1662.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1257
(Consulté le 19.09.2019)

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