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À Charles Spon, le 14 juillet 1643

Monsieur, [a][1]

Je vous envoie deux livres pour l’Université en suite de l’Apologie que vous m’avez mandé avoir autrefois vue à Lyon. Ces deux derniers sont excellents et de la même main que le premier, qui est de M. Hermant, [2] etc., âgé de 26 ans, quem hic omnes mirantur et suspiciunt[1] Les plus savants de deçà admirent l’esprit de ce personnage, et même l’évêque de Belley, [3] qui est mihi amicissimus[2] ne le peut assez louer. J’espère que vous y prendrez plus de plaisir qu’aux kyrielles de M. Du Val. [3][4]

Il n’y a rien de nouveau à la cour que M. de Nemours, [5] âgé de 19 ans, a épousé Mlle de Vendôme [6] qui en a plus de 25 ; que Thionville [7] est assiégée et pressée par le duc d’Enghien ; [4][8] et que M. de Guise [9] est ici arrivé depuis trois jours et que l’on dit être marié ; [10] qu’il y a bien du trouble en Angleterre [11] et que tous les princes d’Italie ont fait des protestations contre le pape, [12] etc. Sævit toto Mars impius orbe[5][13] c’est le levain et la graine du cardinal de Richelieu. [14] On n’a pas encore ôté les sceaux à M. le chancelier[15] adhuc pendet dubius, sed nescio quamdiu pendebit[6] M. de Bassompierre [16] dit que Mme la chancelière [17] est une femme bien heureuse, qu’il y a plus de six semaines que son mari branle, qui néanmoins ne s’en lasse pas. [7]

Depuis ce que dessus, j’ai reçu votre belle lettre du 7e de ce mois, de qua in universum gratias ago[8] C’est donc un chirurgien à qui j’ai donné votre petit paquet, qui n’est guère gros ; je tâcherai d’en faire un meilleur une autre fois, [18]

Nunc te marmoreum pro tempore fecimus : at tu
Si fætura gregem suppleverit aureus esto
[9]

Pour le livre du chanoine de Montpellier, il est bien chez celui qui l’a imprimé. Cet auteur s’est tard avisé, il ressemble au président Gramond [19] de Toulouse. [20] Ces Gascons orientaux ne sont pas assez fins, ils font provision de marée le vendredi-saint. [10] Si ce Gariel [21] s’appelle Pierre, il peut être chanoine de Saint-Pierre à Montpellier, qui fait espérer aux curieux, il y a longtemps, un livre des évêques de Montpellier où il promet d’instruire le public d’un excellent évêque qui y vivait il y a 80 ans, nommé Guillelmus Pellicerius, [22][23][24][25][26] qui a été un homme incomparable en savoir, [11] qui résigna son évêché à son neveu quique, puriorum religionem amplexus[12] fit un petit mariage de conscience avec une femme de laquelle il eut plusieurs enfants, auxquels il avait soin de faire donner de beaux et illustres noms, comme Phébus, Hyacinthe, Diane, Minerve, etc. Vous verrez son éloge in Illustribus Sancti-Marthani[13][27] C’est lui que M. de Thou [28] (Hist., tome premier) fait auteur du livre Histoire des poissons, auquel Rondelet [29] n’a prêté que son nom. [14] Il avait été ambassadeur pour le roi à Venise, du temps de François ier[30][31] Si un malheureux apothicaire ne l’eût tué d’un qui pro quo, [15][32] il nous eût donné un beau Pline[33] in quo elucidando[16] il avait travaillé longtemps avec de bons manuscrits qu’il avait apportés de Venise. Tous ses livres et ses écrits étaient dans la bibliothèque du cardinal de Joyeuse, [34][35] qui à peine sut-il jamais lire et écrire. [17] Depuis sa mort, tout a été dévolu aux jésuites, [36][37] qui en feront leur profit quelque jour et qui sont trop fins pour s’en vanter. [18] Il y avait entre autres six grands Pline, tous annotés. Ce Monsieur chanoine[10] ferait bien mieux de louer dignement ce grand homme que de s’amuser à louer le cardinal ; mais Dieu soit loué, il est en plomb. [19] On dit ici que M. de Noyers [38] revient en grâce et à la cour, multis præstantior unus[20] tel qu’était le médecin d’Homère. [39] Je vous baise les mains et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Patin.

De Paris, ce 14e de juillet 1643.


1.

« dont tous ici s’étonnent et se méfient. » À la suite de ses Apologies contre les jésuites (v. notes [12], lettre 79, et [28], lettre 97), Godefroi Hermant publiait, toujours en 1643, ses Observations importantes… (v. note [6], lettre 82).

2.

« qui est un de mes très bons amis, ». V. note [9], lettre 72, pour Jean-Pierre Camus, évêque de Belley.

3.

Allusion au pieux ouvrage de Guillaume Du Val sur les Saints médecins (v. note [10], lettre 73). Kyrielle (de kyrié éléison, « aie pitié de nous », en grec) est à prendre ici dans son sens premier et déjà ironique au xviie s. de « litanie, prière de l’Église en l’honneur de Dieu, de la Vierge, des saints ou de quelque mystère, composée de plusieurs invocations et éloges, à la fin de chacune desquelles on répète, Ayez pitié de nous ou Priez pour nous. Ce mot vieillit et ne se dit guère sérieusement » (Furetière).

4.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 85) :

« Le jeudi 23 juillet, on disait que le siège de Thionville {a} allait toujours bien ; néanmoins, on ajoutait par raillerie qu’il s’était trouvé mal, mais qu’il se portait bien mieux et qu’il se lèverait bientôt. »


  1. V. note [4], lettre 85.

Chéruel (ibid. note 3) donne là-dessus un extrait d’une lettre de même date adressée par Mazarin au duc d’Enghien :

« Monsieur, vous pouvez croire que ce ne m’a pas été une petite joie d’apprendre que le progrès du siège de Thionville va encore plus vite que l’espérance que nous en avions conçue. Mais je ne puis m’empêcher de vous dire que le peu de cas que vous faites de votre personne et les hasards continuels auxquels vous l’exposez tempèrent bien fort dans mon esprit cette joie. Je vous conjure donc, Monsieur, autant que je puis, d’y apporter plus de retenue et de faire violence à votre courage pour le conserver dans les bornes que votre charge lui doit prescrire. »

V. note [9], lettre 84, pour le mariage du duc de Nemours avec Élisabeth de Vendôme.

5.

« Mars impie sévit dans l’univers entier » (Virgile, Géorgiques, chant i, vers 511). Henri ii de Lorraine, duc de Guise (v. note [4], lettre 27) avait épousé à Bruxelles, le 11 novembre 1641, Honorine de Glimes ; le couple n’eut pas d’enfant et le titre de duc échut au neveu d’Henri ii, Louis-Joseph. La première guerre civile avait éclaté en Angleterre le 22 août 1642. Fort de son armée de puritains (les côtes de fer, ironsides), Oliver Cromwell gagnait alors bataille après bataille contre les cavaliers (cavalerie royale), tout en affaiblissant le pouvoir du Parlement. V. note [14], lettre 62, pour le conflit entre les princes italiens et le pape Urbain viii.

6.

« il est encore suspendu dans l’incertitude, mais je ne sais combien de temps il le restera. » Son entier dévouement à la reine allait permettre au chancelier Séguier, alors membre du Conseil de régence, de demeurer en bonne place malgré l’hostilité des Importants à son encontre (v. notes [10], lettre 85, et [15], lettre 93).

7.

Guy Patin ne se lassait pas non plus de la saillie grivoise de Bassompierre (v. post-scriptum de la lettre du 19 juin 1643 à Claude ii Belin).

8.

« dont je vous rends grâce en tout. »

9.

« Jusqu’à présent je t’ai fait de marbre, c’est tout ce que j’ai pu ; mais si mes brebis sont bien fécondes, je te couvrirai d’or » (Virgile, Bucoliques, v. note [3], lettre 8).

10.

La marée est le poisson frais (non salé) ; en faire provision, pour le débiter rapidement, l’avant-veille de la fin du carême, c’est manquer singulièrement de clairvoyance, pour ne pas dire être stupide.

Pierre Gariel (Montpellier vers 1582-1670), théologien qui fut chanoine dans sa ville natale, a laissé plusieurs ouvrages. Il venait de publier un Discours de la gloire de la France, sur l’état présent des affaires (Lyon, Jacques Roussin, 1643, in‑8o). Guy Patin annonçait ensuite avec beaucoup d’avance ses Series præsulum Magalonensium et Monspeliensium, variis Guillelmorum Monspelii dominorum… historiis locupletata, et per annorum ordinem digesta ab anno 451 ad annum 1665 [Suite des prélats de Maguelonne et de Montpellier, enrichie des diverses histoires des seigneurs Guillaume de Montpellier… rangés chronologiquement depuis l’an 451 jusqu’à l’an 1665] (Toulouse, J. Boude, 1665, in‑fo).

V. note [11], lettre 84, pour le président Gramond et ses Histoires de France.

11.

La biographie établie par de Salaberry (in Michaud, tome 32, pages 407‑408) diffère quelque peu des indications fournies par Guy Patin sur les deux évêques nommés Guillaume Pellicier, oncle et neveu.

Le neveu, Guillaume ii (Melgueil en Languedoc vers 1490-Saint-Mathieu-de-Tréviers près de Montpellier 1568), est celui qui eut la carrière la plus remarquable. Après avoir étudié le droit et la théologie, et parcouru la France et l’Italie, son oncle, Guillaume i, qui était évêque de Maguelone, le nomma chanoine de sa cathédrale.

Guillaume i avait été nommé évêque de Maguelone en 1498. En 1527, son grand âge « l’ayant porté à quitter son siège, son neveu fut nommé à sa place, quoique n’étant pas encore dans les ordres sacrés. Plein de respect pour son bienfaiteur, le nouvel évêque lui laissa l’entier exercice de l’autorité épiscopale jusqu’à sa mort, arrivée en 1529 ».

François ier chargea Guillaume ii de missions importantes : après avoir pris part à la conclusion du traité de Cambrai (1529), il suivit le roi à Marseille pour régler avec le pape Clément vii (v. note [50], lettre 292) le mariage du prince Henri (le futur roi Henri ii) et de Catherine de Médicis, nièce de ce pontife (1533), obtint du pape Paul iii en 1536 la translation de son siège de Maguelonne à Montpellier, fut nommé ambassadeur de France à Venise en 1540, réunit dans cette ville à grands frais un nombre considérable d’ouvrages grecs, syriaques, hébreux pour la Bibliothèque du roi, et revint dans son diocèse après la mort de François ier. Ses liaisons avec Ramus et son esprit de tolérance l’ayant fait accuser d’être favorable à la Réforme, il fut arrêté par ordre du parlement de Toulouse et emprisonné dans le château de Beaucaire ; mais vivement défendu par le clergé de Narbonne, il put se justifier des accusations portées à la fois contre ses doctrines religieuses et ses mœurs, et celui qui l’avait calomnié fut condamné à la peine capitale. Dans les dernières années de sa vie, il eut beaucoup à souffrir des troubles occasionnés dans son diocèse par les progrès des calvinistes et par les excès auxquels ils se livraient. Il vit sa cathédrale tomber en leur pouvoir et un grand nombre de ses églises détruites, implora le secours de Catherine de Médicis, dut se retirer à Aigues-Mortes, puis à Maguelone, et termina sa vie dans son château de Montferrand.

« L’histoire naturelle avait un attrait particulier pour lui. Il consacra ses loisirs à un commentaire de Pline, qui fut cité avec éloge du vivant même de l’auteur, mais qui n’a jamais vu le jour. […] Rondelet, qui fut son ami, reconnaît, dans son traité De Piscibus [Les Poissons], combien il doit aux encouragements et aux secours de Pellicier. »

Maguelone est aujourd’hui Villeneuve-lès-Maguelone, à 10 kilomètres au sud de Montpellier, au bord de l’Étang de l’Arnel.

Ni Michaud ni la Gallia Christiana ne parlent d’un mariage de l’un ou l’autre des deux Pellicier.

12.

« et qui, ayant embrassé la religion des plus purs » (à comprendre sans doute comme la religion réformée).

Guy Patin se trompait ici : il voulait parler de Guillaume ii, mais le confondait avec son oncle, Guillaume i Pellicier ; c’est en effet lui qui se serait marié après avoir passé sa mitre à son neveu, mais Patin le tenait à tort pour le savant homme qui avait tenu la plume de Guillaume Rondelet (pour un livre publié en 1555 [v. infra note [13]] alors que Pellicier l’oncle mourut en 1529).

13.

Scævolæ Sammarthani lucubrationum pars altera, qua continentur Gallorum doctrina illustrium, qui nostra patrumque memoria floruerunt, Elogia [Seconde partie des veilles studieuses de Scévole de Sainte-Marthe (v. note [9], lettre 48), qui contient les éloges des Français illustres par leur science qui ont fleuri de notre temps et du temps de nos pères] (Poitiers, veuve de Jean Blancet, 1606, in‑8o) ; Éloges des hommes illustres, qui depuis un siècle ont fleuri en France dans la profession des Lettres. Composés en latin par Scévole de Sainte-Marthe et mis en français par G. Colletet (Paris, Antoine de Sommaville, Augustin Courbé et François Langlois, 1644, in‑4o).

L’éloge de Gulielmus Pellicerius se trouve dans le livre i, aux pages 32‑34. Sainte-Marthe y rapporte comment François ier (qui régna de 1515 à 1547), désireux de faire rivaliser les talents des Français avec ceux des Italiens, députa Guillaume ii Pellicier à Venise. Il parvint à tant s’attirer l’admiration des savants italiens que le monarque le récompensa de l’évêché de Montpellier.

  • Latin d’origine
    Non tamen eo rerum proventu plane felix, bacchante nimirum et incitata more suo in rarum et præstantem virum invidia, ut a sycophantis obiecta criminatione, quasi severam cœlibatus legem non satis pro sacrati ordinis dignitate observaret, in summo fortunarum et famæ periculo diu multumque versaretur, donec cæcos calumniæ dolos opportuna vitæ innocentia superaret. Qua ex contumelia concepto ingenti nec inani totius aulæ fastidio abdidit se in Monspeliensem illum secessum, ubi liber solutusque in dulci et optato Musarum sinu placide ac lubenter acquievit.

  • Traduction fidèle
    « Ce succès pourtant ne le rendit pas tout à fait heureux. La jalousie se déchaîna et se lança, à son habitude, contre un homme rare et éminent. Des fourbes l’accusèrent de ne pas suffisamment respecter la rude loi du célibat, contre la dignité de l’ordre sacré, et de mettre au plus haut point et depuis longtemps en danger ses biens et sa réputation tant qu’il n’aurait pas surmonté les ruses aveugles de la calomnie par des mœurs irréprochables. Cet outrage, à l’immense, mais pourtant vain dégoût de toute la cour, le décida à se retirer à Montpellier où, libre et sans entraves, il trouva de bon cœur et sans regret le repos dans le sein des Muses. »

  • Traduction de Colletet (1644, pages 78‑79)
    « Avec tous ces grands avantages, il ne fut pas toutefois parfaitement heureux ; car l’envie qui a cette mauvaise coutume de vomir son fiel et sa rage contre ce qu’il y a de plus saint et de plus relevé, prit notre Pellicier pour but de ses funestes atteintes. Elle suggéra de certains médisants qui accusèrent cet excellent homme de violer la sévère loi du célibat, et de vivre avec un peu plus de licence et de liberté qu’il n’était convenable à un homme qui avait reçu les sacrés ordres de l’Église et qui était honoré de l’une de ses plus hautes dignités. Il eut beaucoup de peine auparavant que de se justifier de cette fausse accusation, qui le menaçait de le ruiner de biens et d’honneur. Mais enfin, son innocence reconnue vainquit cette noire calomnie, à sa gloire et à la honte de ses ennemis. Cette puissante secousse le dégoûta pourtant de telle sorte de la vie de la cour qu’il se résolut enfin de faire sa retraite à Montpellier ; où vivant dans une honnête liberté et avec un esprit dégagé de toute sorte de soins et d’inquiétudes, il tâcha de se reposer doucement dans l’agréable sein des Muses. »

Plus loin, page 79, dans l’éloge de Guillaume Rondelet, on lit :

  • Latin d’origine
    Ibi multa quidem præclare molitus est, sed nihil memorabilius in vita perfecit, quam cum magnifico eruditionis apparatu, non sine Guil. Pellicerii doctissimi quoque viri auxiliaribus copiis, vastum illud Neptuni regnum ingressus est, unde amplissimis eius spoliis onustus ad nos redit.

  • Traduction fidèle
    « Il a certes savamment travaillé à beaucoup d’ouvrages, mais il n’a rien accompli en sa vie de plus mémorable que quand il a pénétré le vaste règne de Neptune, avec un magnifique étalage d’érudition, mais non sans les copieux secours de Guillaume Pellicier qui était aussi un homme très savant. Il nous en est revenu chargé d’un très riche butin. »

  • Traduction de Colletet (1644, page 178)
    « Ce fut là [à Montpellier] qu’il se délibéra d’entreprendre plusieurs beaux ouvrages. Mais il ne fit rien de plus utile ni de plus mémorable pendant tout le cours de sa vie que quand il se résolut avec autant de courage que d’expérience et de doctrine de pénétrer le vaste sein de Neptune ; et même qu’avec l’assistance de Guillaume Pellicier, l’un des plus savants hommes de son siècle, il s’en revint en France chargé des riches et glorieuses dépouilles de la mer. »

Ces deux extraits montrent combien les traducteurs se permettaient non seulement d’enjoliver, mais aussi d’édulcorer leur source.

14.

Guillaume Rondelet (v. note [13], lettre 14) : De Piscibus marinis libri xviii, in quibus veræ piscium effigies expressæ sunt [Dix-huit livres sur les Poissons de la mer, où sont reproduites les vraies images des poissons] (Lyon, Matthieu Bonhomme, 1554, in‑fo) et Universæ aquatilium Historiæ pars altera, cum veris ipsorum imaginibus… [Seconde partie de l’Histoire universelle des animaux aquatiques, avec leurs vraies images…] (Lyon, Matthieu Bonhomme, 1555, in‑fo), traduit en français par Laurent Joubert sous le titre de L’Histoire entière des poissons (Lyon, Macé Bonhomme, 1558, in‑fo).

Si Pellicier, très versé dans la connaissance de l’histoire naturelle, aida Rondelet à composer son traité, il est sans doute exagéré de lui en attribuer tout le mérite. Voici ce qu’en a écrit Jacques-Auguste i de Thou dans son Histoire universelle (livre xxxviii, Charles ix, 1566, Thou b, tome v, pages 124‑125) :

« La mort enleva dans la même année Guillaume Rondelet de Montpellier. Quoique François Rabelais en ait parlé avec mépris dans cet ouvrage qu’il a composé avec une liberté satirique, {a} plus ingénieuse qu’irrépréhensible, on ne peut disconvenir qu’il n’ait été un habile médecin. À la vérité, ses ouvrages ne répondent pas à la grande réputation qu’il s’était acquise, ni à l’opinion qu’on en avait conçue. Un de ses écrits lui a fait plus d’honneur que les autres : c’est le Traité des poissons qu’il a fait imprimer et qui lui aurait mérité plus de louanges si on avait pu l’attribuer à son industrie, et non pas à celle d’un autre ; car on prétend qu’il l’avait tiré des commentaires de Guillaume Pellicier, évêque de Montpellier, homme d’une érudition peu commune ; et que cet ouvrage faisait partie des savantes observations que ce prélat avait faites sur Pline, et qui, pour le malheur de la république des lettres, ont été ou perdues, ou supprimées. »


  1. Caricature de Rondelet sous le nom de Rondibilis dans le Tiers Livre (v. note [63] des Deux lettres de Guy Patin à ses fils).

Jean ii Riolan (Curieuses recherches sur les écoles en médecine de Paris et de Montpellier…, pages 216‑217 ; v. note [13], lettre 177) :

« Monsieur de Thou, au même endroit de sa belle Histoire, se plaint des gausseries qu’a faites ce dangereux bouffon, François Rabelais, de son maître Rondelet qu’il appelle, dans son Pantagruélisme, Rondibilis : blasphème qui est directement contre le serment d’Hippocrate, qui commande de porter honneur à ses maîtres vivants et à leur mémoire, d’aimer <leurs> enfants comme ses propres frères. Néanmoins, ce bouffon est mis par le sieur Ranchin entre les médecins illustres de l’École de Montpellier. »

15.

Voici ce qu’en a dit Sainte-Marthe dans son éloge de Pellicier (page 34), avec la traduction de Colletet (1644, pages 80‑81) :

Vixit ad exactam ætatem, contabuitque miserabilis demum senex inter frequentes et acerbissimos cruciatus, erosis lento et insanabili vulnere præcordiis, incertum errore an culpa pharmacopolæ certe pessimi, qui catapotia quædam ex male trita colochyntide sumenda ægrotanti obtulit. Multum indignantibus Medicis, quod quæ salubriter et caute præscripserant, ea tam infelici casu in amici Præsulis perniciem verterentur.

« Il véquit {a} un long âge et traîna une vieillesse assez misérable puisqu’elle fut attaquée de mille cruelles douleurs provenues d’un ulcère incurable qui rongea peu à peu ses entrailles. Mais ce qui le fit d’autant plus regretter, c’est que l’on crut que ce mal ne procédait d’ailleurs que de la malice ou de l’ignorance d’un certain apothicaire qui lui fit avaler des pilules de coloquinte mal broyée ; ce qui mit en une extrême colère les médecins qui le visitaient pendant sa maladie, voyant que cet ignorant dispensateur des médicaments, pour n’avoir pas exactement suivi leur ordonnance, avait converti un remède salutaire en un mortel poison, aux dépens de la vie de ce grand prélat qu’ils aimaient, et qu’ils virent ainsi misérablement périr par cet accident funeste. »


  1. Vécut

Qui pro quo, du latin quid, pro, et quod, prendre un quid pour un quod (Littré DLF) : « terme latin qui signifie une méprise d’un apothicaire, qui donne à une personne une médecine préparée pour une autre ou qui y met une autre drogue que celle qui est ordonnée […]. Se dit aussi par extension en toutes sortes d’autres affaires. Toute cette intrigue est venue d’un malentendu, d’un qui pro quo, d’une lettre donnée pour une autre » (Furetière).

François ier (Cognac 1494-Rambouillet 1547), fils de Charles d’Orléans (1459-1496), duc d’Angoulême, et de Louise de Savoie, devint héritier présomptif de la Couronne de France et succéda à Louis xii (v. note [17], lettre 117) en 1515. La Correspondance de Guy Patin a souvent évoqué la mémoire de ce souverain qui a symbolisé la Renaissance en France, notamment en créant le Collège royal (v. note [6], lettre 125). En politique étrangère il conquit le Milanais (bataille de Marignan en 1515) et s’opposa à l’essor des Habsbourg (Charles Quint), ce qui lui valut un humiliant emprisonnement d’un an (1525-1526) à Madrid après la défaite de Pavie.

16.

« et pour le mettre en lumière ».

17.

François de Joyeuse (Carcassonne 1562-Avignon 1615), fils de Guillaume ii, vicomte de Joyeuse et maréchal de France, fut nommé archevêque de Narbonne en 1581, cardinal en 1583 et duc de Joyeuse en 1587, à la mort de son frère, Anne de Joyeuse. Protecteur de France à la Cour de Rome, il devint archevêque de Toulouse en 1588 et prit part à la réconciliation du pape avec Henri iv, puis à l’annulation de son premier mariage avec la reine Margot (v. note [4], lettre latine 456). Le cardinal de Joyeuse passa en 1604 sur le siège archiépiscopal de Rouen et présida l’Assemblée générale du Clergé en 1605. L’année suivante, le pape Paul v le nomma son légat en France et il devint membre du Conseil de régence établi par Henri iv peu de temps avant sa mort. Il sacra Marie de Médicis le 13 mai 1610, veille de l’assassinat d’Henri iv, puis posa la couronne sur la tête de Louis xiii le 17 octobre de la même année. Il présida les états généraux en 1614 et mourut doyen des cardinaux (G.D.U. xixe s.).

C’était pure raillerie de dire qu’il savait à peine lire et écrire : il était docteur in utroque iure (en droit civil et canonique) de l’Université d’Orléans.

18.

Déjà de Thou déplorait la perte de ce Pline manuscrit de Pellicier (v. supra, note [14]). On assure cependant qu’il se trouvait dans la bibliothèque de Peiresc (v. note [10], lettre 60) et dans celle des jésuites de Paris (Michaud).

19.

V. note [5], lettre 77, pour cette manière de brocarder la mort du cardinal de Richelieu.

20.

« à lui seul plus éminent que bien d’autres » (v. note [1], lettre 310). Partisan déclaré des droits de la reine, Sublet de Noyers avait protesté contre la déclaration de Louis xiii qui limitait son pouvoir. Pour ce motif, il n’avait pas été appelé à faire partie du Conseil de régence et avait quitté la cour. L’opinion et sans doute lui-même pensaient qu’après un témoignage aussi éclatant de fidélité et de dévouement, il serait rappelé par la reine. Anne d’Autriche oublia pourtant ce vieux serviteur de l’État qui ne parut plus à la cour.

a.

Triaire no XC (pages 312‑315) ; Reveillé-Parise no clxvii (tome i, pages 293‑295).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 14 juillet 1643.
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(Consulté le 29.09.2020)

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