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À André Falconet, le 11 octobre 1660

Monsieur, [a][1]

Ce jeudi 7e d’octobre. Je viens de recevoir de M. Saumaise le fils [2] le livre posthume qu’il a fait imprimer à Dijon de feu Monsieur son père [3] pour réponse à Milton. [4] C’est un in‑4o de 369 pages qu’il a dédié au roi d’Angleterre [5] nouvellement rétabli. [1] Le cardinal Mazarin [6] a eu cette nuit la colique, gare la néphrétique. [7] On dit ici que M. Guillemin [8] n’en peut plus et qu’il a perdu la mémoire. Le roi [9] devient fort gras et même grossit, mais la reine [10] n’est point encore grosse.

Le cardinal se porte mieux. On dit que l’empereur [11] a tout à fait abandonné le dessein d’aller en Italie et à Lorette, [12] il s’en retourne à Vienne [13] pour tâcher de remédier aux désordres dont le Turc [14] menace l’Allemagne, d’autant qu’après Varadin [15] il pourrait attaquer une autre place et delà venir dans la Croatie, et peut-être dans la Dalmatie et le Frioul. On parle ici d’une édition nouvelle de Rabelais [16] qu’on fait en Hollande, plus belle que celles qui ont paru jusqu’à présent. [2] Le cardinal vient de partir en son carrosse pour s’en aller au Bois de Vincennes, [17] celui qui l’a vu monter m’a dit qu’il n’a jamais vu un visage si défait. Le roi s’y en va aussi, et les deux reines pareillement. La princesse de Conti [18] est grosse de quatre mois. [3][19] Son mari [20] s’en va dans un mois aux états de Languedoc, [21] d’où il espère d’être de retour pour les couches de sa femme. On continue à parler de la négociation pour faire le prince de Condé [22] roi de Pologne. Le roi demande de l’argent à Messieurs du Clergé, [23] ils ont demandé du temps à y répondre. On parle ici d’une suppression de plusieurs officiers de gabelles [24] et que l’on y va faire de grands changements. La nouvelle reine a aujourd’hui été à la Madeleine [25] se faire enrôler sur le registre de la Grande Confrérie : [4][26] à la bonne heure, pourvu que nos affaires en aillent mieux et que le peuple soit un peu plus à son aise !

Ce samedi 9e d’octobre. Il y a ici beaucoup de malades, quoique peu de monde se trouve à Paris car pendant les vacances du Palais, beaucoup de gens sont à vendanges. [27] On travaille fort au Louvre [28] et même on dit que, pour en accomplir le grand dessein, on abattra la belle église de Saint-Germain-l’Auxerrois, [29] et qu’on la mettra où est aujourd’hui la Monnaie. [5] J’ai de la peine à le croire, quand ce ne serait qu’à cause de la religion qui peut-être aurait ses réclamateurs. [6] Notre roi est bien plus sage que l’homme d’Horace qui diruit, ædificat, mutat quadrata rotundis[7][30]

Ce dimanche 10e d’octobre. Comme j’étais à table, à deux heures après midi, le premier médecin de la reine [31] m’est venu voir. Il a voulu que j’achevasse de dîner et s’est entretenu dans mon étude avec mes livres dans ce temps-là ; ensuite de quoi, nous avons fait une grande conversation. Il s’appelle Thomas Puellez, c’est un très petit homme, mais fort savant. Il m’a dit qu’on saigne les malades en Espagne autant qu’à Paris. [8][32] Notre licencié [33] si sage et si savant passera docteur mercredi prochain, 13e de ce mois ; c’est M. Dodart, [34] il a eu le deuxième lieu de sa licence, [35] nemine reclamante[9] C’est à moi de donner en mon rang le bonnet à celui qui le suit immédiatement et qui a eu le troisième lieu, nommé De Laval, [36] frère de la femme d’un des nôtres, nommé M. < Le > Vignon, [37] et fils d’un chirurgien fameux qui a été autrefois chirurgien de la reine mère Marie de Médicis. [10][38][39] Je pourrai faire la vespérie [40][41] la semaine d’après si les autres sont prêts ; pour moi, je le suis toujours. J’ai une exhortation un peu sévère à lui faire, laquelle durera trois quarts d’heure. Plusieurs des nôtres s’y trouveront dépeints, talem medicinam requirit iniquitas nostrorum temporum[11] J’y parlerai hardiment de la fourberie qui s’exerce aujourd’hui à Paris medicinæ pretextu ; [12] et certes, après tant d’abus, il est malaisé aux gens de bien de se taire. [42]

Difficile est saturam non scribere. Nam quis iniquæ,
Tam patiens urbis, tam ferreus, ut teneat se ?
 [13]

Personne ne s’en pourra offenser car je ne nomme personne ; et puis ils sont trop gens de bien pour prendre des remontrances pour eux. Tout au pis aller, je puis alléguer ce qu’a dit saint Jérôme [43] contre un prêtre qui se plaignait de ce qu’il avait écrit contre les prêtres qui achetaient des bénéfices, voluerat in nummarios invehi sacerdotes[14] ce sont ses propres mots, et dit à ce complaignant : Disposui fœtentem secare nasam, timeat qui strumosus est ! [15] Qui se sent morveux se mouche et qui est galeux se gratte ! [44] Ma harangue tient 28 pages de latin, il y en a pour trois quarts d’heure, dixi ad clepsydram[16] comme faisaient autrefois les avocats. Je n’y ai pas oublié le crime de la Constantin, [45][46][47] qui fut pendue le mois d’août passé à la Croix du Trahoir, [48] et y ai appliqué fort à propos le beau passage de Tertullien : [49] Homicidii festinatio est prohibere nasci, etc. [17] J’y ai aussi parlé des médecins du temps passé, de qui l’on s’était servi pour tuer leur maître ; mais je n’ai pris pour exemple que des gens de la vieille histoire car ceux d’aujourd’hui sont trop gens de bien. Le plus moderne est un certain Lopès, [50] médecin, traître, empoisonneur et portugais, qui fut pendu et étranglé à Londres l’an 1594 pour avoir voulu empoisonner la reine Élisabeth [51][52] à la persuasion des Espagnols, moyennant beaucoup d’argent qu’ils lui promettaient et qu’ils ne lui fournirent point ; mais aussi le bourreau d’Angleterre ne lui manqua pas. Grandes habeo authores, et omni exceptione maiores, Guillelmum Camdenum, in Vita Elizabethæ Anglorum Reginæ, et Hugonem Grotium, in Annalibus Belgicis ; [18][53][54] mais je ne vois pas que je vous ennuie en vous faisant part des folies de notre siècle, tollo itaque manum de tabula[19]

Ne vous mettez pas en peine du livre du P. de Bussières, [55] Historia Franciæ ab inito monarchiæ ad annum, etc., [20] que M. Devenet imprimait lorsqu’il tomba malade ; cela viendra en son temps. Il y a longtemps que je n’ai vu ni rencontré votre M. Gras. [56] Quand le jour de ma vespérie sera pris et arrêté, je le ferai avertir afin qu’il vienne s’il veut et j’en ferai autant pour le doctorat, [57] qui sera environ 15 jours après. Mais que direz-vous de moi, n’est-il pas vrai que je ne vous saurais quitter ? excusez donc puisqu’un sage Ancien a dit Garrula res amor est[21] Ceux qui ont vu le cardinal Mazarin quand on le mit dans son carrosse pour s’en aller à Vincennes, disent qu’on n’a jamais vu un homme si pâle et si défait, il était inaurata pallidior statua[22][58] Le tartre vitriolé [59] et la fréquente manne [60] de Vallot [61] ne guériront jamais cette vieille intempérie de ses entrailles, laquelle cause la goutte [62] et qui, tôt après être supprimée, causera la mort à ce mignon de fortune. Stulte, hac nocte repetent animam tuam ! et quæ parasti, cuius erunt ? [23][63] Jamais monarque ni favori n’en eut tant durant sa vie et néanmoins, tout son fait ne sera pas grand’chose après sa mort. Il y viendra comme les autres, sans aucune exception de mérite, de faveur, de fortune : [64]

Sub tua purpurei venient vestigia reges,
Deposito luxu turba cum paupere mixti
[24]

Hélas, qu’un pauvre homme est heureux s’il peut être content dans une petite médiocrité ! Salomon [65] était bien plus sage que tous les hommes qui suivent la cour par avarice et par ambition, quand il disait Duo rogavi te, Domine Deus, ne deneges mihi antequam moriar : vanitatem et verba mendacia longe fac a me ; divitias et paupertatem ne dederis mihi, Domine, ne forte satiatus alliciar ad negandum, et dicam, quis est Dominus ? aut egestate compulsus furer et periurem nomen Dei mei ; tribue tantum victui meo necessaria, etc[25][66][67]

Ce dimanche 10e d’octobre à cinq heures du soir. Voilà Noël Falconet [68] qui vient d’arriver de sa leçon d’ostéologie. [26][69] Il a vu revenir le roi et la reine du Bois de Vincennes qui avaient avec eux le cardinal Mazarin, n’est-ce pas un signe qu’il se porte mieux ? Il y a encore deux leçons d’ostéologie et après, on fera les bandages et les opérations, où il aura toujours bonne place et y profitera, s’il veut. [70] Il a les Aphorismes [71] de Houllier, [72] les deux Riolan, père et fils, [73][74] et un bon Perdulcis[75] desquels il témoigne d’être fort amoureux. Tout l’hiver prochain nous aurons plusieurs actes publics au nombre de quinze, [27] plusieurs dissections anatomiques ; [76] et je recommencerai, Dieu aidant, mes leçons [77] à la fin de février ou bientôt après, dès que les jours seront un peu plus grands. Ainsi, je fais état que dès le mois d’août prochain, il pourra être docteur et aussitôt vous le prendrez chez vous pour le faire agréger à Lyon. [28][78] Nous avons ici perdu Scarron, [79] le poète burlesque qui ne vivait presque que des libéralités de la reine et du cardinal Mazarin, tant qu’il en pouvait tirer, et de quelques dames libérales qui lui faisaient présent de quelques bijoux et d’argent comptant. [29]

Ce jourd’hui, 11e d’octobre, m’est venu voir, tôt après-dîner, votre M. Gras, mais il ne m’a rien dit de nouveau. Aussi n’avons-nous pas été tout seuls, plusieurs autres sont venus et entre autres, un savant homme de l’Université nommé M. Du Boulay [80] qui s’en va faire imprimer un grand ouvrage, savoir l’Histoire de l’Université de Paris en six tomes in‑fo, commençant avant sa première fondation par l’empereur Charlemagne [81] et la prouvant. [30] Ils se sont entretenus de ce beau dessein tandis que j’en entretenais d’autres ou que je répondais à quelques malades. Enfin, nous sommes sortis ensemble, d’autant que j’étais pressé de quelques visites. On dit que le roi d’Angleterre [82] demande que la reine sa mère [83] retourne à Londres et qu’elle s’y prépare. Le duc de Lorraine [84] est ici fort malcontent de ce qu’on ne lui peut pas rendre Nancy [85][86] et d’autres places fortifiées, et sans garnison comme il les demande ; on dit qu’il est fort triste de ce qu’il ne peut rien obtenir de Son Éminence. Le Mazarin est revenu du Bois de Vincennes, il est logé dans le Louvre [87] et est fort maigre. On fit hier une consultation pour lui. [88] On s’étonne de sa maigreur après tant de remèdes faits ci-devant, l’on dit que son foie ne fait plus rien qui vaille ; [89] gare qu’il ne s’en aille par eau en l’autre monde, debet enim sibi metuere ab hydrope vel a cachexia, quæ duo symptomata eiusdem causæ, nimirum fortis et contumacis intemperiei soboles ; parum inter se differunt, nec multum absunt a meta vitæ fatali[31][90] On dit qu’il est fort triste et fort abattu, n’est-ce point de regret qu’il faille quitter tant d’écus quos tanto labore sibi collegit[32] et puis peut-être qu’il n’est point assuré de ce qu’il deviendra en l’autre monde. Vous savez ce que c’est que d’être cardinal. M. Radix, [91] procureur de la Cour, s’étant rencontré céans, a bien voulu se charger de la présente, ce sera lui qui vous la rendra. Je vous baise les mains et suis de tout mon cœur votre, etc.

De Paris, ce 11e d’octobre 1660.


1.

Claudii Salmasii ad Johannem Miltonum Responsio, Opus Posthumum [Réponse de Claude i Saumaise à John Milton, œuvre posthume] (Londres, Tho. Roycroft, 1660, in‑12 de 304 pages, et Dijon, Philibert Chavance, 1660, in‑4o) : dernier épisode de l’interminable polémique (commencée en 1649) opposant Saumaise à Milton sur l’exécution de Charles ier (v. note [19], lettre 264). Le texte est incomplet, s’achevant par Cætera desunt in Autographo [Le reste manque au manuscrit].

Purement congratulatoire, l’épître Carolo ii Dei gratia Magnæ Britanniæ, et Hiberniæ Regi, fidei defensori, felicitatem [à Charles ii, par la grâce de Dieu, roi de Grande-Bretagne et d’Irlande, défenseur de la foi], datée de Dijon, le 1er septembre 1660, est signée Claudius Salmasius, Cl. F. [Claude (ii) Saumaise, (sieur de Saint-Loup), fils de Claude i]. L’achevé d’imprimer est du 15 septembre 1660.

2.

V. note [4], lettre 574, pour les éditions hollandaises, toujours attendues, des Œuvres de François Rabelais parues en 1663.

3.

Après Louis, né et mort en septembre 1658, c’était l’annonce de la naissance de Louis-Armand (v. note [2], lettre 697), fils d’Armand de Bourbon, prince de Conti, et d’Anne-Marie, née Martinozzi, nièce de Mazarin.

4.

L’église de la Madeleine se tenait en l’île de la Cité, dans l’actuelle enceinte de l’Hôtel-Dieu, du côté de la rue de la Cité. Y siégeait la confrérie charitable de Paris qui eut le plus grand renom, la Grande Confrérie de Notre-Dame. Cette association religieuse avait été instituée par 50 prêtres et 50 bourgeois de Paris au commencement du xiiie s. : en 1224, la reine Blanche de Castille ayant témoigné le désir d’être admise dans son sein, il fut décidé que les femmes pourraient être reçues et l’on en fixa également le nombre à 50. En peu de temps, la confrérie devint si riche et si puissante que les plus grands personnages tinrent à honneur d’en faire partie ; les rois s’y firent recevoir, Louis xi entre autres. Elle avait pour chef suprême l’archevêque de Paris et pour doyen, un laïque qui était ordinairement le premier président du Parlement ou d’une Cour souveraine. La fête principale de la Grande Confrérie était l’Assomption, qu’elle célébrait avec une grande pompe : une magnifique procession partait de la Madeleine pour se rendre à une autre église et dans les rangs, se pressaient des gens de toute condition ; l’archevêque, le premier président, le prévôt de Paris, les princes du sang, le roi lui-même, marchaient à pied à la grande joie du peuple, grand amateur de ce spectacle plus original qu’édifiant. En outre, tous les deux ans, le dimanche après le 15 août, la Confrérie tenait avec beaucoup d’apparat une assise qui durait plusieurs jours et à laquelle pouvaient se présenter tous les pauvres pour y recevoir des aumônes (G.D.U. xixe s.).

5.

Ce projet n’eut alors pas de suite, pas plus que ceux de même ordre qu’on a faits depuis. L’hôtel de la Monnaie se trouvait rue de la Monnaie, actuelle rue du Pont-Neuf, près de son intersection avec la rue de Rivoli.

6.

Guy Patin, paroissien, comme le roi, de Saint-Germain-l’Auxerrois, devait certainement en faire partie. On réservait principalement le nom de réclamateur à celui qui réclamait des marchandises qui avaient fait naufrage.

7.

« démolit, construit, transforme les carrés en cercles » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 1, vers 100).

8.

« L’abus de la saignée est encore poussé à l’extrême dans ce pays, patrie du docteur Sangrado [personnage du Gil Blas de Santillane d’Alain-René Lesage (1715)] Il y a même d’incroyables préjugés à cet égard : j’ai vu des paysans conduisant leurs mules, passer devant une boutique de barbier, se faire faire une saignée très abondante, pour l’avenir et par simple précaution » (Reveillé-Parise).

9.

« sans protestation de personne » (sur le fait qu’il n’avait pas atteint l’âge requis de 26 ans, v. note [19], lettre 625) ; avoir le deuxième lieu, c’était être classé deuxième par rang de mérite (v. note [8], lettre 3).

Comment. F.M.P. (tome xiv, fo 480) :

Die Mercutij 13a Octobris 1660 fuit renuntiatus Doctor Medicus Parisiensis M. Dionysius Dodart Parisinus a M. Iacobo Thevart exinde agitata et discussa hæc Quæstio

An Arthriticis Aquæ Borbonenses ?
Mera
Γαλακτοποσιη ?

Cuius Priorem Partem recens inuaguratus Doctor Iuniori Doctori ex inferiore Cathedra dicturo M. Roberto Patin partes sibi commissas agenti M. Ioannis Hamon absentis, proposuit terminandam. Alteram vero M. Iacobus Thevart Præses ipsi Decano ex tempore de ea Respondenti cum ad undecimam et ultra frustra expectatus cui id muneris icumbebat M. Urbanus Bodineau Scholæ Vadimonium deseruisset.

Blondel decanus
.

[Le mercredi 13e d’octobre 1660, M. Denis Dodart, natif de Paris, a été reçu docteur en médecine de Paris par M. Jacques Thévart, après avoir remué et discuté cette question :

An Arthriticis Aquæ Borbonenses ?
Mera
Γαλακτοποσιη ? {a}

Le docteur tout récemment gradué a proposé de résoudre la première proposition à M. Robert Patin, docteur du petit banc, {b} qui a pris la parole, après avoir été désigné pour remplacer M. Jean Hamon, absent ; mais M. Jacques Thévart, président, a demandé {c} au doyen lui-même de résoudre la seconde proposition au pied levé parce qu’on a vainement attendu jusqu’à onze heures passées M. Urbain Bodineau, à qui incombait cette tâche, mais il a négligé les devoirs qu’il doit à l’École.

Blondel, doyen].


  1. « Convient-il de prescrire aux arthritiques [goutteux] les eaux de Bourbon ?
    Un régime purement lacté ? »

  2. V. note [20], lettre 17.

  3. Verbe sous-entendu dans le latin empêtré du doyen, sans doute encore sous le coup de la colère que lui avait causée l’incident.

    Guy Patin est longuement revenu sur cette affaire au début de sa lettre du 16 octobre à André Falconet.

10.

Charles De Laval, natif de Paris, soutint son acte de vespérie le 24 novembre, son doctorat le 7 décembre et sa régence (pastillaire) le 29 décembre 1660 (Baron). Son père, Jean De Laval, « natif de Paris, a d’abord brillé par sa singulière habileté à saigner ; ensuite, élevé à la dignité de premier chirurgien de Marie de Médicis, reine des Français, il s’est distingué dans sa cour, non sans grand éclat, par la bonté et l’aménité de ses mœurs ; il est mort le 21 avril 1662 » (Index funereus… page 48).

11.

« l’iniquité de notre époque réclame un tel remède. ».

12.

« sous couvert de médecine ».

13.

« Il est difficile de ne pas écrire de satire. Qui est assez résigné aux injustices de Rome, assez impavide, pour se contenir ? » (Juvénal, Satire i, vers 30).

14.

« il voulait s’insurger contre les prêtres vénaux » (v. infra note [15]).

15.

« J’ai entrepris de couper un nez puant, que le scrofuleux se tienne donc sur ses gardes ! »

Dans son plaidoyer contre Théophraste Renaudot en 1642 (v. note [3], lettre 90), Guy Patin avait déjà utilisé cet argument de saint Jérôme (Épître xl, Ad Marcellam, de Onaso [À Marcella, au sujet d’Onasus], écrite de Rome en 584) :

Unde non mirum est, si et nosipi vitiis detrahentes, offendimus plurimos. Dispoui nasum secare fœtentem, timeat qui strumosus est. Volo corniculæ detrahere garrienti, rancidulam se intelligat cornix. Nunquid unus in urbe Romana est, qui abeat truncas inhonesto vulnere nares ? Nunquid solus Onasus Segestanus cava verba, et in modum vessicarum tumentia, buccis trutinatur inflatis ?

Dico quosdam scelere, perjurio, falsitate ad dignitatem nescio quam pervenisse. Quid ad te, qui te intelligis innocentem ? Rideo advocatum qui patrono egeat : quadrante dignam eloquentiam nare subsanno : quid ad te, qui disertus es ? Volo in nummarios invehi Sacerdotes : tu qui dives es, quid irasceris ?

[Il n’y a alors pas à s’étonner si mon zèle déclaré contre le vice en a offensé plus d’un. J’ai entrepris de couper un nez puant, que le scrofuleux se tienne donc sur ses gardes ! Je veux rabaisser le caquet de la corneille, pour lui faire comprendre qu’elle n’est qu’une babillarde. Mais y a-t-il une seule personne qui soit revenue de Rome truncas inhonesto vulnere nares ? {a} Pourquoi seul Onasus Segestanus, {b} les joues bouffies, pèse-t-il avec soin des mots creux, qu’il gonfle comme des vessies ?

Je dis que certaines gens ont eu recours au mensonge, au parjure, au crime, pour s’élever à je ne sais quelles dignités. Que t’importe, puisque je te sais honnête ? Je me ris d’un avocat qui manque de causes, je me moque de sa ridicule éloquence. Pourquoi le trouves-tu mauvais, toi dont le discours est élégant ? Je veux m’insurger contre la cupidité des prêtres vénaux].


  1. « le nez tranché et le visage défiguré » (Virgile, Énéide, chant vi, vers 497).

  2. Sobriquet dont usait ici Jérôme pour brocarder le prêtre romain qui l’avait attaqué. On trouve un Onasus Segestanus, homo nobilis [homme honorable] de Ségeste, dans Cicéron (Verrines, action ii, livre v, xlv), mais le rapport est obscur.

16.

« montre en main (j’ai fixé sur la clepsydre) ».

La double question soumise pour la vespérie de Charles de Laval ne pouvait qu’exciter la faconde de Guy Patin, qui y présida le mercredi 24 novembre : An hydropi asciti mochlica purgatio/ saphenæ sectio ? [Ce qui convient dans l’ascite hydropique, est-ce la purge drastique/ la saignée de la veine saphène (v. note [22], lettre 544) ?]. L’autre disputant fut François Le Vignon (en remplacement de Jacques Thévart) (Comment. F.M.P., tome xiv, fo 552).

À en croire ce qu’il en écrivait ici, Patin dut se permettre des digressions passablement hors sujet, mais sa harangue n’a pas été imprimée et je n’en ai pas trouvé le manuscrit.

Toujours sous la même présidence, Laval poursuivit sur un thème encore plus chaud pour son acte de doctorat le 7 décembre : An apoplexiæ vomitus/ venæ sectio ? [Dans l’apoplexie convient-il de recourir au vomitif/ à la saignée ?] ; les deux disputants furent Antoine Morand et François Le Vignon (toujours en remplacement de Jacques Thévart) (ibid. page 553).

17.

« C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître, etc. », v. note [3], lettre 623.

18.

« J’ai à l’appui de cela des auteurs de grand renom et sans conteste, les plus éminents, Guillaume Camden dans La Vie d’Élisabeth reine des Anglais, et Hugo Grotius dans les Annales belges [v. notes [4], lettre 276, et [8], lettre 740]. »

Selon S. Kottek (J. Med. Biogr. 1973, 17 : 400‑405), Roderigo Lopès (dit Lopus), médecin marrane portugais, né vers 1525, vint d’Anvers à Londres en 1559, devint médecin de l’hôpital St. Bartholomew et bientôt après, membre du Royal College of Physicians. Médecin du duc de Leicester en 1577 puis de la reine Elizabeth ire en 1586, Lopès se mêla aux intrigues du duc d’Essex visant à établir Dom Antonio sur le trône du Portugal (v. infra notule {c}), qui menèrent au désastre de l’invincible Armada, en 1588 (v. note [8] du Borboniana 10 manuscrit).

William Camden (Guilielmus Camdenus, historien anglais, 1551-1623) a raconté la suite et la fin des aventures de Lopès dans ses Annales rerum Anglicarum, et Hibernicarum, regnante Elizabetha, [1] ad annum salutis m. d. lxxxix… [2] Qui nunc demum prodit sive pars quarta [Annales des affaires anglaises et irlandaises sous le règne d’Élisabeth, (1) jusqu’à l’an de grâce 1589… (2) Ce qui s’est produit ensuite, ou quatrième partie] (Londres, William Stansby, 1615 et 1627, in‑4o), volume 2, année 1594 (pages 74‑75) :

Ut eruditi isti Angli profugi Hispanicam Infantam ad Angliæ sceptrum scripto provehere studuerunt, ita alij ex eorum numero idem ferro, submissis in Elizabethæ vitam sicarijs, et Hispani quidam veneno clam attentarunt. Hi cum Anglorum fidem in re tanta suspectam haberent, usi sunt opera Roderici Lopezij ex secta judaica, domestici in Regia Medici, Stephani Ferreiræ Gamæ, et Emmanuelis Loisij Lusitanorum. (Plures enim Lusitani his diebus quasi e clientela Antonij exulantis, in Angliam supbrepserunt) qui ex interceptis literis apprehensi, sub finem Februarij in Prætorio Londini accusantur ex suis ipsorum confessionibus coniurasse ad Reginam veneno tollendam. Lopezius spectata diu fide, ne suspectus quidem (nisi quod Medici peregrini corruptelis facile fiant venefici et proditores) confessus est se inductum esse ab Andrada Lusitano, ut suam operam Hispano occulte navaret, ab eius Consiliario intimo Christophoro Moro ornamentum gemmarum accepisse, Hispanum quæ ediscere poterat subinde edocuisse, tandem pactione pro Quinquaginta millibus aureorum promisisse venenum Reginæ miscere, et hoc idem Comiti Fuentano et Ibaræ, Hispano a secretis in Belgio innuisse.

Stephanus Ferreira fassus est, Comites Fuentanum et Ibaram sibi literis et colloquiis significasse consilium tollendi Reginam veneno initium esse, se literas Lopezio dictante scripsisse, in quibus ille hoc promisit si modo lm aureorum numerarentur, Emmanuelem etiam Loisium a Fuentano et Ibara ad se submissum esse ut Lopezium ad rem quam primum conficendam excitaret.

Emmanuel confessus est Comitem Fuentanum et Ibaram cum fidem dedisset clausa eorum consilia habere, sibi literas monstrasse quas Andrada scripserat Lopezij nomine de Regina tollenda ; se itidem a Fuentano missum, ut cum Ferreira et Lopezio ad mortem Reginæ accelerandum ageret, pecuniam Lopezio, et honores eius liberis promitteret.

Pro tribunali Lopezius paucula fatus, Ferreiram et Emmanuelem totos ex fraudibus compositos, et mendaces clamitat, se nihil mali in Reginam cogitasse sed Tyranni dona exosum, ornamentum illud gemmatum ab Hispano missum Reginæ donasse Nec aliud quicquam sibi in animo fuisse quam Hispanum dolo decipere, et pecunia emungere.

Cæteri pro se nihil, Lopezium subinde coarguentes. Singuli condemnati, et post tres menses, supplicio ad Tiburnas furcas affecti, Lopezio profitente se adamare Reginam perinde ac Iesum Christum, quod a Iudaicæ professionis homine non sine risu exceptum.

Paul de Bellegent, avocat en Parlement, en a donné cette traduction (enjolivée mais fidèle) dans l’Histoire d’Élisabeth, reine d’Angleterre… (Paris, Samuel Thiboust, 1627, in‑4o, pages 104‑106) :

« Comme ces doctes d’entre les Anglais fugitifs travaillèrent fort à élever par leur écrit l’infante d’Espagne au royaume d’Angleterre, {a} autres d’entre eux attentèrent aussi de le faire par le couteau, envoyant secrètement en Angleterre des assassins pour tuer la reine Élisabeth. Quelques Espagnols y employèrent le poison ; mais ne voulant confier une si haute entreprise à des Anglais, ils se servirent de Roderic Lopeze, juif, médecin ordinaire de la reine, Étienne Ferreira de Gam, et Emmanuel Loisel, Portugais ; {b} car plusieur Portugais se fourrèrent en ce temps-là en Angleterre, à la faveur du roi Antoine qui s’y était réfugié, {c} se disant être de sa suite. Leurs lettres ayant été surprises et eux appréhendés, sur la fin de janvier, {d} ils sont accusés dans le Palais de Londres et, par leurs propres confessions, convaincus d’avois juré de faire mourir la reine par poison. Lopeze, après avoir étét tenu longtemps pour innocent, et n’y ayant aucun soupçon contre lui, sinon qu’ordinairement les médecins étrangers sont aisés à corrompre pour être empoisonneurs et traîtres, confessa que Andrade, Portugais, l’avait induit à s’employer secrètement pour le roi d’Espagne, qu’il avait reçu un présent de pierres précieuses de Christophle More, l’un de ses confidents conseillers, {e} qu’il lui avait souvent donné avis de tout ce qu’il avait pu apprendre, que, moyennant cinquante mille écus, il lui avait promis d’empoisonner la reine, et qu’il avait fait savoir autant au comte de Fuentes, {f} et à Ibarra, l’un de ses secrétaires.

Étienne Ferreira confessa que le comte de Fuentes et Ibara lui avaient fait entendre par lettres et par devis {g} familiers qu’on avait dessein d’empoisonner la reine, qu’il avait écrit des lettres sous Lopeze, qui les dictait, par lesquelles il promettait de le faire, pourvu qu’on lui comptât cinquante mille écus, et que le comte de Fuentes et Ibara avaient aussi envoyé secrètement vers lui Emmanuel Loisy pour solliciter et presser Lopeze d’expédier cette affaire au plus tôt.

Emmanuel confessa que le comte de Fuentes et Ibara, arès avoir tiré de lui promesses et serments de tenir leurs desseins secrets, lui avaient montré lettres écrites par Andrade au nom de Lopeze, portant les moyens de faire mourir la reine ; et qu’il avait pareillement été envoyé par le comte de Fuentes pour hâter la mort de la reine avec Ferreira et Lopèze, et pour promettre de l’argent à Lopeze et des honneurs à ses enfants.

Lopeze ayant dit peu de choses en jugement, s’écrie à tout propos que Ferreira et Emmanuel étaient des trompeurs et imposteurs, qu’il n’avait jamais eu de mauvaises pensées contre la reine, mais que, haïssant les dons qui sortent des mains d’un tyran, il avait donné à la reine cet ornement de pierres précieuses que le roi d’Espagne lui avait envoyé, et qu’il n’avait eu autre intention que de tromper le roi d’Espagne et tirer argent de lui.

Les autres ne dirent rien pour se justifier, blâmant à toute heure Lopeze. Ils furent tous condamnés et, trois mois après, suppliciés aux potences de Tyburn, Lopeze protestant qu’il aimait autant la reine que Jésus-Christ, ce qui fut reçu pour moquerie d’un homme de profession judaïque. »


  1. Des catholiques britanniques, animés par les jésuites, voulant rétablir un souverain soumis à la religion romaine, avaient été chassés du royaume. Leur choix avait porté sur Isabelle-Claire-Eugénie d’Autriche (Ségovie 1566-Bruxelles 1633), fille de Philippe ii, roi d’Espagne.

  2. Rodérigo Lopès, Estevao Ferreira da Gama et Emanuel Luis étaient les noms portugais de ces trois conjurés.

  3. Antoine d’Aviz, v. notule {f}, note [9] du Borboniana 10 manuscrit.

  4. Infidélité au texte latin qui parle de « fin février ».

  5. Manuel d’Andrada était un espion de Philippe ii (« l’Espagnol ») ; son conseiller, Cristovao Moro, était un noble Lisboète dévoué à la cause de ce roi.

  6. Pedro Enriquez de Acevedo, comte de Fuentes (1525-1610), général espagnol, fut gouverneur intérimaire des Pays-Bas espagnols de 1595 à 1596.

  7. Entretiens.

19.

« c’est pourquoi je lève la main du tableau [je cesse d’écrire (en fait, ici, je change de sujet)] » (v. note [10], lettre 93).

20.

« Histoire de France depuis le début de la monarchie jusqu’à l’an, etc. » ; v. note [38], lettre 242, pour la série des ouvrages historiques du P. Jean de Bussières.

21.

« C’est chose bavarde que l’amour ».

Ce « sage ancien » pouvait être John Gower (poète anglais, vers 1330-1408) dont une courte pièce est intitulée Est amor [ce qu’est l’amour] (The complete works of John Gower edited from the manuscripts with introductions, notes, and glossaries by G.C. Macaulay - The Latin works [Œuvres complètes de John Gower, établie à partir des manuscrits avec les introductions, notes et glossaires de G.C. Macaulay - Œuvres latines], Oxford, Clarendon Press, 1902, page 359), avec ces 15 premiers vers :

Est amor in glosa pax bellica, lis pietosa,
Accio famosa, vaga sors, vis imperiosa,
Pugna quietosa, victoria perniciosa,
Regula viscosa, scola devia, lex captiosa,
Cura molestosa, gravis ars, virtus viciosa,
Gloria dampnosa, flens risus et ira iocosa,
Musa dolorosa, mors leta, febris preciosa,
Esca venenosa, fel dulce, fames animosa,
Vitis acetosa, sitis ebria, mens furiosa,
Flamma pruinosa, nox clara, dies tenebrosa,
Res dedignosa, socialis et ambiciosa,
Garrula, verbosa, secreta, silens, studiosa,
Fabula formosa, sapiencia prestigiosa,
Causa ruinosa, rota versa, quies operosa,
Urticata rosa, spes stulta fidesque dolosa
.

[Dans la glose, l’amour est paix guerrière, piteux litige, procès infamant, sort incertain, force tyrannique, combat paisible, victoire funeste, règle visqueuse, école déviante, loi trompeuse, remède dangereux, art malsain, vertu vicieuse, gloire pernicieuse, rire pleurnicheur et colère joyeuse, muse triste, mort heureuse, fièvre précieuse, aliment empoisonné, fiel doux, faim vivifiante, vigne acide, soif enivrante, folie furieuse, flamme glacée, nuit éclairée, jour ténébreux, affaire dédaigneuse, sociable et ambitieuse, bavarde, verbeuse, sérieuse, silencieuse, studieuse, belle fable, sagesse trompeuse, cause catastrophique, roue qui tourne, repos inquiet, rose piquante, espoir fou et foi artificieuse].

22.

« plus jaune qu’une statue dorée » (Catulle, Poèmes, lxxxi, vers 4).

23.

« Insensé, cette nuit même on va te redemander ton âme ! et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » (Luc, v. note [6], lettre 151).

24.

« À tes pieds viendront les rois, dépouillés de la pourpre, sans faste, se confondre dans la foule des misérables » (Claudien, Enlèvement de Proserpine, livre ii, vers 300‑301).

25.

« J’ai imploré de toi deux choses, Seigneur Dieu, ne me les refuse pas avant que je meure : éloigne de moi mensonges et fausseté ; ne me donne, Seigneur, ni richesses ni pauvreté, de crainte qu’étant comblé je ne me détourne et ne dise “ Qui est Yahvé ? ” ou encore, qu’étant indigent, je ne dérobe et ne profane le nom de mon Dieu ; accorde-moi autant de nourriture qu’il m’en faut, etc. » ; variation sur un passage du Livre des Proverbes (30:7‑9) :

Duo rogavi te ne deneges mihi antequam moriar : vanitatem et verba mendacia longe fac a me mendicitatem et divitias ne dederis mihi tribue tantum victui meo necessaria ne forte saturatus inliciar ad negandum et dicam quis est Dominus, et egestate conpulsus furer et peierem nomen Dei mei.

[J’implore de toi deux choses, ne les refuse pas avant que je meure : éloigne de moi mensonge et fausseté, ne me donne ni pauvreté ni richesse, laisse-moi goûter ma part de pain, de crainte qu’étant comblé, je ne me détourne et ne dise « Qui est Yahvé ? » ou encore, qu’étant indigent, je ne dérobe et ne profane le nom de mon Dieu].

26.

On entamait alors, comme encore naguère, l’enseignement de l’anatomie par l’étude des os ou ostéologie (v. le début de la note [49], lettre 152, pour l’article des Statuta F.M.P. sur ce sujet).

27.

Cinq licenciés accédèrent au doctorat puis à la régence entre le 1er décembre 1660 et le 21 février 1661, ce qui représentait 15 actes à disputer (dont deux l’avaient déjà été avant le 10 octobre 1660).

28.

La remarquable précocité du jeune Falconet lui fermait les portes du baccalauréat en médecine de la Faculté de Paris (v. note [19], lettre 625) : né le 16 novembre 1644, Noël n’aurait pas 17 ans en août 1661 ; Guy Patin semblait pressé de voir son pensionnaire quitter Paris, mais il dut prendre patience jusqu’à la fin de l’été 1662.

29.

Paul ii Scarron (Paris 1610-ibid. 6 octobre 1660) était le fils aîné de Paul i, conseiller au Parlement de Paris (v. note [16], lettre 643), qui l’avait destiné à l’état ecclésiastique. Il avait pris le petit collet, mais préféré le libertinage à la dévotion. Vers 1638, une maladie mal éclaircie, peut-être une tuberculose de la colonne vertébrale (mal de Pott), le rendit infirme pour le reste de sa vie ; il se consacra dès lors à écrire. Son esprit avait une teinte de jovialité rabelaisienne et il résolut de tirer parti de cette qualité naturelle en créant un nouveau genre littéraire, le burlesque, qu’il mit en vogue avec succès. D’abord protégé par Richelieu puis par Anne d’Autriche et Mazarin, la Fronde fit perdre à Scarron son crédit par les virulents pamphlets qu’il publia, dont l’insigne Mazarinade (1651) qui servit de nom de baptême à ce genre d’écrits (v. note [22], lettre 166). Le succès du Roman comique (1651) lui permit néanmoins de continuer à vivre de sa plume féconde.

En 1652, il s’était marié avec Françoise d’Aubigné (1635-1719), qui devint plus tard Mme de Maintenon, seconde épouse de Louis xiv en 1683. Scarron avait pris soin de rédiger sa propre épitaphe (G.D.U. xixe s.) :

« Celui qui ci maintenant dort
Fit plus de pitié que d’envie
Et souffrit mille fois la mort
Avant que de perdre la vie.
Passant, ne fais ici de bruit,
Garde bien que tu ne l’éveilles,
Car voici la première nuit
Que le pauvre Scarron sommeille. »

Scarron était mort dans sa maison du Marais. Ses funérailles avaient été célébrées le 7 octobre à Saint-Gervais. Ses créanciers firent vendre le mobilier à sa porte. Mme Scarron se retira chez les hospitalières de la place Royale.

30.

Historia Universitatis Parisiensis, ipsius fundationem, nationes, facultates, magistratus, decreta, censuras et iudicia in negotiis fidei, privilegia, comitia, etc. Cum instrumentis publicis et authenticis a Carlo Magno ad nostra tempora (1600) [Histoire de l’Université de Paris, sa fondation, ses écoles, ses facultés, ses magistrats, ses décrets, ses censures et jugements en matière de foi, ses privilèges, ses assemblées, etc. Avec ses titres authentiques et publics depuis Charlemagne jusqu’à notre temps (1600)] (Paris, François Noël, 1665-1673, 6 volumes in‑fo).

César Egasse Du Boulay (Bulæus en latin, Saint-Ellier en Mayenne, vers 1610-Paris 1678) était entré dans les ordres et avait professé d’abord les humanités à Poitiers, puis la rhétorique au Collège de Navarre. En octobre 1661, il allait être élu recteur de l’Université de Paris (v. note [3], lettre 595), puis obtenir la charge importante de greffier (v. notule {d‑iii}, note [37] des Affaires de l’Université en 1650‑1651). Du Boulay a laissé plusieurs autres ouvrages sur l’Université de Paris, les antiquités romaines ou la rhétorique. Plusieurs fois cité dans les notes de notre édition, son Factum (a) sur les officiers de l’Université et ses Remarques (b) sur le recteur (1668, vBibliographie) procurent quantité de renseignements fiables sur l’organisation et sur le fonctionnement académiques parisiens.

31.

« on doit en effet craindre pour lui l’hydropisie ou la cachexie, qui sont deux symptômes de même cause, assurément les rejetons d’une intempérie forte et opiniâtre ; elles diffèrent peu l’une de l’autre et ne sont guère fort éloignées du terme de la vie. »

32.

« qu’il s’est acquis à si grande peine ».

a.

Réunion de deux lettres à André Falconet :

  • Bulderen, no ccvii (tome ii, pages 130‑131), et Reveillé-Parise, no dxxxvi (tome iii, pages 270‑271), le 8 octobre ;

  • Bulderen, no ccviii (tome ii, pages 132‑138), et Reveillé-Parise, no dxxxvii (tome iii, pages 271‑276), le 11 octobre 1660.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 11 octobre 1660.
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(Consulté le 06.05.2021)

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