L. latine 106.  >
À Johannes Antonides Vander Linden,
le 30 août 1658

[Ms BIU Santé no 2007, fo 72 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Vander Linden, docteur et professeur de médecine à Leyde.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Voici que je reçois votre paquet par le courrier ordinaire, où j’ai trouvé deux lettres de vous : l’une écrite le 28e de mars et l’autre le 8e d’août ; avec deux autres, de notre ami M. Utenbogard [2] et d’un autre médecin ; tout ce de quoi je vous remercie beaucoup. Votre M. Rompf est depuis longtemps retourné dans votre pays, [3] mais j’ignore tout à fait où il demeure maintenant. Je me réjouis fort que vous ayez reçu nos livres. Je m’étonne et ne sais comment il se fait que vous n’y ayez pas trouvé celui de Simeo Seth ; mais il ne manquera pas à mon prochain paquet. [1][4] Vous n’aurez rien à espérer de M. Fouquet pour le manuscrit d’Archigène περι υποδραμ. αιμ. que vous cherchez, car sa bibliothèque n’est ouverte à personne, pas même à lui. [2][5][6][7][8][9] Par la bienveillance du cardinal Mazarin, [10] il a été nommé surintendant des finances royales. Cette charge l’écrase sous le poids de toutes les affaires du royaume puisqu’il occupe deux dignités qui sont diamétralement opposées l’une à l’autre : comme procureur général du Parlement de Paris, la Cour se plaint de lui parce qu’il se maintient dans cet office, mais ne s’en acquitte pas ; comme surintendant des finances royales, il ne se montre pas, même à la vue des princes. Vous n’ignorez pas, je pense, à quel point on accorde honneur et prix à la dive Fortune : Et genus et formam Regina Pecunia donat[3][11][12] Au temps de Juvénal, [13] cette funeste divinité n’habitait pas encore dans un temple, mais on a aujourd’hui transformé en sanctuaire tout lieu où elle se cache et se dissimule. Au moins Fouquet [Ms BIU Santé no 2007, fo 72 vo | LAT | IMG] a-t-il ceci en commun avec Dieu d’être invisible (mais il s’en faut de beaucoup pour le reste), car presque personne ne le voit, à part certains financiers, pures sangsues d’un royaume jadis très florissant, et un certain jésuite, son allié ; [4] et aussi quand il se rend à la cour pour saluer le roi [14] et voir son patron Mazarin, pour le conseiller ou être conseillé sur les moyens de se procurer de l’argent, dans l’unique but ne quis quid habeat, ne cuiquam quidquam supersit, comme celui-là [15] disait dans Suétone ; [5][16] après avoir quitté la cour, il demeure terré dans sa maison, invisus de tous, au double sens du mot, [6] hormis d’un fort petit nombre de gens. Mes fils vous remercient pour votre bon souvenir et vous saluent en retour, [17][18] de même que je fais à M. van Horne. [19]

Veuillez ne pas m’envoyer l’Avicenne de notre très distingué Plempius car je l’ai déjà depuis longtemps, M. Robert de Farvacques, docteur en médecine et mon excellent ami, me l’a envoyé de Bruxelles. [7][20][21][22] Je me réjouis vivement que vous me proposiez votre portrait : occupez-vous-en donc et menez l’affaire au bout. [23] La taille du tableau ne m’importe guère ; je vous envoie pourtant un fil de la longueur requise pour qu’il s’équilibre avec le portrait peint de mon très honorable précepteur Nicolas Piètre, homme remarquable qui mourut ici il y a neuf ans, âgé de 80 ans, alors le plus ancien maître de l’École. [24] J’honore et admire ce vénérable vieillard comme une grande étoile d’éclatante splendeur : c’est que le grand âge lui avait donné de savoir quantité de choses ; il a non seulement été le plus expérimenté dans l’art de soigner, mais aussi le meilleur, le plus prudent et le plus sage pendant tout le cours de sa vie, avec beaucoup d’érudition et d’honnêteté. Je l’ai ici présent, et sous les yeux et dans mon esprit ; je ne parle presque jamais publiquement, dans la chaire royale ou dans les consultations des malades, qui se tiennent ici très fréquemment, [25][26] sans me souvenir de quelque précepte qu’il m’a jadis fourni. Je vous placerai à côté de lui et cela ne mécontentera personne. En son art, il fut un véritable Roscius, [8][27][28] et même absolument remarquable en l’art de la vie, en homme sage et bon qui la connaissait parfaitement. Mais tandis que je me laisse entraîner dans les louanges d’un si grand personnage, dont le souvenir m’est tellement doux que des larmes me montent aux yeux, voici qu’un ami me fait porter six melons d’excellente odeur et parfaitement mûrs. [29] J’aurais souhaité pouvoir vous les envoyer ; mais puisque cela ne se peut faire, en les dégustant au dîner avec mes très aimables fils que j’ai invités, je boirai à votre santé un plein verre de vin mêlé de beaucoup d’eau, suivant mon habitude ; et plus tard, quand vous voudrez, vous me rendrez la pareille. Au lieu de melons, je vous enverrai les six tomes des Opera de Pierre Gassendi, que vous attendrez patiemment s’il vous plaît ; ils auraient déjà dû nous arriver de Lyon, mais je n’en ai encore vu en vente chez aucun libraire, tout comme pour le Heurnius ; mais ils viendront enfin. [9][30][31]

Je ne doute pas que vos Meletemata medecinæ Hippocraticæ seront excellents, tant parce qu’ils sont de votre plume que parce qu’ils sont tirés d’Hippocrate ; et j’approuve tout à fait votre avis, notre Hippocrate est un fonds inépuisable ; Dieu fasse que vous meniez rapidement votre ouvrage à son terme. [10][32][33] Je vous enverrai, si vous voulez, l’Hippocrate de Calvus avec le Gassendi, le Simeo Seth, le Nardi, le Persona, le Riolan, et d’autres encore. [11][34][35][36][37][38] Par l’intermédiaire de quelque marchand, je rembourserai très volontiers le prix de votre tableau au peintre. Les œuvres complètes de Cardan comprendront huit tomes, mais l’édition n’en est pas encore commencée. [12][39] Notre roi reprend des forces ; [40] nous l’avons eu ici pendant sept jours pour que tous le voient en la cité la plus peuplée du royaume, notamment ceux de la plèbe qui avaient prédit sa mort. Sa maladie n’a pas été violente : il a souffert d’une synoque putride, [41] provoquée par une insolation et par la puanteur des contrées maritimes, dont il ne s’est pas suffisamment méfié car le médecin qui l’accompagnait ne l’a pas mis en garde ; c’est un vaurien chimique qui n’y connaît rien, mis à part les arts de cour et la philargyrie. Une consultation de plusieurs praticiens l’a enfin mis hors de danger avant le 11e jour de la maladie ; neuf saignées et trois purgations avec moelle de casse et feuilles de séné l’ont libéré de sa fièvre[42][43][44][45][46] [Ms BIU Santé no 2007, fo 73 ro | LAT | IMG] Aucune tache de purpura n’est apparue : [47] c’était une l’invention d’un chimiatre, [48] parfait menteur qui exagérait la maladie pour sembler tirer plus grande gloire de l’avoir guérie ; ou, comme dit Tertullien (qu’il n’a jamais lu, ou qu’il n’aurait pas compris s’il l’avait lu), contre Marcion (misérable charlatan qui peponem habebat loco cordis), quo pretiosus aut famosius curaret[13][49][50] Au début de la maladie, il y a pourtant eu certaines rougeurs dans la région des lombes, simples signes de chaleur que la phlébotomie a immédiatement arrêtés, ou plutôt éteints ; ce furent des érythèmes d’Hippocrate que la phlébotomie a aussitôt effacés. [14][51] Je n’ai rien entendu de nouveau sur Christine de Suède : elle voyage de corps comme d’esprit ; c’est une Didon qui se cherche un Énée, que peut-être elle n’attrapera jamais. [15][52][53][54] On dit qu’à Genève on a achevé l’édition des œuvres de Paracelse, le fanatique ami des ténèbres ; mais on n’en a encore expédié aucun exemplaire, ni à Lyon ni à Paris. [16][55]

{Une fable court ici par toute la ville et aucune autre rumeur ne la surpasse : il s’agit de moines augustins  qui ont tous été déclarés rebelles, sur intervention du Parlement de Paris, tandis qu’ils se battaient énergiquement les uns contre les autres, tanquam pro aris et focis[17][56][57] pour un différend sur l’argent que la piété de certaines gens leur avait fait recevoir pour des messes et autres prières à l’intention des défunts ; et ils n’ont voulu déférer aux volontés de personne ni en appeler à l’autorité de leur Jupiter capitolin ; [58] mais leur espoir a été déçu, car en effet, par insolence, les craintifs attendent beaucoup des autres : le Parlement ayant prévalu sur la violence ouverte, tous ont été pris et jetés dans différentes prisons ; [59] ce qui fait rire les autres moines, quia Monachus Monacho invidet, ut figulus figulo, et cantor cantori[18][60] D’ailleurs, la Nature tout entière souffre de stupide effronterie et ici chez nous, l’injure ne manque ni de matière ni de lieu puisqu’il y a cette immense nation des moines, et leur nombre est sans limite, qui ne cherchent rien d’autre qu’à alimenter honteusement leur indolence par quelque simulacre de religion et dont la copieuse ordure fait presque couler la petite barque de Pierre. [19][61] Vous connaissez le distique :

O Monachi, vestri stomachi sunt amphora Bacchi,
Vos estis, Deus est testis, teterrima pestis
.} [20][62][63][64]

La nouvelle édition de l’Eusèbe de Scaliger n’est-elle pas achevée ? Est-ce vrai que mon nom est mentionné dans la préface de cette édition, comme me l’a écrit notre cher Utenbogard ? J’ignore ce que c’est, mais voudrais savoir qui est l’auteur de ladite préface. Si vous me l’apprenez, je vous en saurai profondément gré. [21][65][66][67] Dieu fasse aussi qu’on entreprenne une édition nouvelle des épîtres d’un si grand homme, mais augmentée ; ce qui peut facilement se faire, par l’addition de nombreuses lettres, dont j’ai moi aussi quelques-unes ici. [22][68] Vale et vive, et aimez celui qui vous aime de tout cœur en retour.

De Paris, ce vendredi 30e d’août 1658. Demain, j’entrerai dans ma 57e année.

Guy Patin.

Très distingué Monsieur, j’ai très récemment entendu dire que l’excellent Alexandre More, qui réside à Amsterdam, a jadis publié à Middelbourg un discours dont le titre est Sol et clypeus ; [23][69][70][71] je vous prie de me le faire parvenir.


a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johannes Antonides Vander Linden, ms BIU Santé no 2007, fos 72 ro‑73 ro.

1.

V. note [28], lettre 477, pour le livre de Simeo Seth sur les facultés des aliments (Paris, 1658).

2.

Archigène, médecin gréco-romain des ier et iie s. de notre ère, originaire d’Apamée en Syrie, connut une très grande réputation à Rome sous le règne de Trajan : Juvénal, Galien, Arétée, Ætius l’ont plusieurs fois cité. Il était réputé éclectique, c’est-à-dire appartenant à « la secte de ceux qui se conservent la liberté de choisir dans les autres sectes ce qui leur paraît le meilleur » (Trévoux). Il ne subsiste que des extraits de son œuvre écrite en grec.

Guy Patin abrégeait ici le titre du fragment περι υπερδραμοντος αιματος [sur le sang qui coule par en bas]. Johannes Antonides Vander Linden l’a cité à l’entrée Archigenis de ses deux livres de Scriptis medicis [des Écrits médicaux] {a} sous le titre latin : De his qui per circuitum quemdam sanguinem mingunt [De ceux qui urinent périodiquement du sang]. L’Encyclopédie en a fait mention dans son article Urine :

« La vessie est sujette à une autre espèce d’hémorragie, dont Cælius Aurelianus fait mention, tract. de morb. chronic. {b} Elle se fait par des espèces de tumeurs ou hémorroïdes, qui se forment au col de la vessie, comme dans le fondement, le vagin et la matrice. Cette évacuation se fait par intervalles, et est du nombre des pissements de sang périodiques, qu’Archigène a observés. » {c}


  1. Éditions d’Amsterdam, 1651 (v. note [3], lettre latine 26), page 58, et 1662 (v. note [29], lettre 925), page 54.

    Linden s’y référe aux écrits d’Aétius d’Amide, médecin grec auquel s’était beaucoup intéressé René Moreau : v. note [4] de la lettre de Charles Spon datée du 21 novembre 1656, où il déplorait la mort de Moreau et se souvenait qu’il conservait un volumineux manuscrit d’Aèce dans sa bibliothèque. En 1657, Nicolas Fouquet avait racheté tous les ouvrages médicaux qu’elle contenait pour la somme de 10 000 livres tournois (v. le 3e paragraphe de la lettre 463). Cette amusante excursion dans les hautes sphères de la bibliomanie médicale explique pourquoi Patin parlait de Fouquet à Linden, qui souhaitait voir le fragment d’Archigène sur l’hématurie prédiodique.

  2. « Traité des maladies chroniques », Chronicon, sive tardarum passionum libri quinque [Chronicité, ou cinq livres des affections lentes] de Cælius Aurelianus (v. note [3], lettre latine 71).

  3. L’endométriose vésicale (implantation aberrante d’endomètre [muqueuse utérine] dans la vessie) est la seule maladie moderne qui corresponde à cette description.

    V. note [3] de la Consultation 13, pour les causes plus banales d’hématurie.


3.

« L’argent roi procure et le rang et la beauté » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 6, vers 37).

Procureur général en 1650 (v. note [7], lettre 252), Nicolas Fouquet avait acquis la charge de surintendant des finances en 1653 (v. note [1], lettre 307). Le cumul écrasant de ces deux charges en avait fait un homme invisible.

4.

Nicolas Fouquet comptait de nombreux jésuites dans son proche entourage, il est impossible de deviner celui auquel pensait ici Guy Patin, qui semblait ici voir venir la foudre royale qui allait frapper le surintendant indélicat en 1661.

5.

« que nul ne possède quoi que ce soit, qu’il ne reste rien à personne » : paroles de Néron dans Suétone (v. note [42], lettre 183).

6.

Invisus a en latin le double sens de détesté et invisible.

7.

V. note [39], lettre 469, pour l’Avicenne de Vopiscus Fortunatus Plempius (Louvain, 1658).

8.

V. note [132], lettre 166, pour Quintus Roscius Gallus, modèle cicéronien du précepteur et de l’orateur aussi talentueux que vertueux, et [10], lettre latine 99, et [12] infra, pour le portrait de Johannes Antonides Vander Linden que Guy Patin allait recevoir au début de 1662, afin d’en orner sa bibliothèque.

9.

V. notes [12], lettre 446, pour les Opera omnia de Jan i van Heurne, et [19], lettre 442, pour celles de Pierre Gassendi, toutes deux parues à Lyon en 1658.

10.

V. note [16], lettre 557, pour les « Exercices pratiques de médecine hippocratique » de Johannes Antonides Vander Linden (Leyde, 1660).

11.

V. notes :

12.

V. note [8], lettre 749, pour les Opera omnia de Jérôme Cardan, qui n’ont paru à Lyon qu’en 1663.

Je peine à m’imaginer que le somptueux portrait de Johannes Antonides Vander Linden (v. supra note [8]) n’ait été peintpar Abraham van den Tempel en 1660 que pour Guy Patin, préférant croire qu’il n’en a reçu qu’une copie.

13.

« afin d’accroître sa renommée ou de mettre ses soins à l’enchère » (Tertullien, Contre Marcion, v. note [39], lettre 207).

Le latin mis dans la parenthèse qui précède, qui peponem habebat loco cordis [qui avait un melon à la place du cœur], vient de la même source (livre iv, chapitre 40), à propos des sarcasmes de Marcion (v. note [9], lettre 498) sur le pain dont Jésus a dit « Ceci est mon corps » :

Faciebat ad vanitatem Marcionis, ut panis crucifigeretur. Cur autem panem corpus suum appellat, et non magis peponem, quem Marcion cordis loco habuit ?

[< Jésus > alimentait la fourberie de Marcion en le disant avoir mis du pain en croix : mais pourquoi donner à son corps le nom de pain, plutôt que celui du melon que Marcion avait à la place du cœur ?]

14.

En minimisant la maladie de Louis xiv (mais sans parler de vin émétique), Guy Patin voulait déprécier les mérites de son premier médecin, Antoine Vallot ; toutefois, ses sarcasmes visaient surtout Jean-André Esprit, le médecin qui fut le plus acharné à faire prendre de l’antimoine au roi, malade à Calais : v. le premier paragraphe de la lettre 538 et ses notes.

L’excellent index de Littré hip ne renvoie à aucun passage d’Hippocrate spécifiquement consacré à la saignée dans les érythèmes (rougeurs de la peau ou des muqueuses).

15.

En août 1658, ses errances perpétuelles avaient ramené la reine Christine à Rome.

V. note [23], lettre 551, pour les amours de Didon et Énée. Christine de Suède a sans doute connu de nombreuses amours, mais ne se maria jamais.

16.

V. note [8], lettre 392, pour les Opera omnia [Œuvres complètes] de Paracelse en latin (Genève, 1658).

17.

« comme s’il s’agissait de leurs autels et de leurs foyers [de ce qu’ils ont de plus cher] ».

Pro aris et focis est un adage (non numéroté) qu’Érasme a commenté (Paul Manuce, 1603, pages 1389‑1390) :

Crebro apud Romanos scriptores, pro aris et focis, quod idem ac sacra et prophana defendere. Originem habent ex sacramento militari : inter cætera enim milites etiam iurabant, se pro aris et focis pugnaturos. Aulus Gelius.

[Fréquent chez les écrivains romains, « pour les autels et les foyers », a la même signification que « défendre le sacré et le profane ». Les deux expressions tirent leur origine du serment militaire car, entre autres engagements, les soldats juraient qu’ils combattraient « pour les autels et les foyers ». Aulu Gelle].

18.

« car le moine jalouse le moine, comme le potier jalouse le potier et le chanteur jalouse le chanteur » : imitation d’Hésiode (v. note [4], lettre 239).

19.

Le Saint-Siège et son Jupiter capitolin (le pape), dont dépendaient directement tous les ordres monastiques (ainsi que les jésuites).

20.

« Ô moines, vos panses sont les amphores de Bacchus, vous êtes, Dieu en est témoin, la plus horrible des pestes » : vers léonins (v. notule {d}, note [4], lettre 58) attribués à François Rabelais ou à Helius Eobanus Hessus (v. note [11], lettre 190).

V. la lettre du 26 avril 1658 à Charles Spon, pour la querelle entre les moines augustins de Paris.

Sans motif bien clair, tout ce paragraphe mis entre accolades est barré sur le manuscrit, très probablement par la plume de Guy Patin lui-même ; ceux qui ont collationné le ms BIU Santé no 2007 ne sont en effet pour ainsi dire jamais intervenus sur ses brouillons (autrement que par leur numérotation fantaisiste) ; ils ne se sont guère donné la peine de les déchiffrer et encore moins, me semble-t-il, de les comprendre, hormis le scribe qui a produit la copie conservée au Collège de France (« manuscrits Chéreau », v. note [a], lettre latine 3).

21.

V. note [23], lettre 535, pour la réédition du Thesaurus temporum Eusebii Pamphili [Trésor des calendriers d’Eusèbe Pamphile] de Joseph Scaliger (Amsterdam, 1658).

Après la dédicace du libraire, Jan Janson, à Jacques-Auguste i de Thou, se trouve une préface d’Alexandre More (v. note [63], lettre 211) : Guy Patin n’y est pas cité, mais on y lit plusieurs fois l’adjectif Patavinus [de Padoue, Padouan], mot que Christiaen Utenbogard, en parcourant trop hâtivement le texte, avait pu confondre avec Patinus.

22.

V. la Bibliographie, pour les deux seules éditions alors disponibles des Epistolæ de Joseph Scaliger (Ép. lat.), qui étaient celles de Leyde (1627) et de Francfort (1628).

Elles ont depuis été rééditées en 2012 dans leur intégralité : huit volumes contenant 1 669 lettres écrites entre 1561 et 1609.

23.

« Le soleil et le bouclier » :

Victoria Gratiæ. Alexandri Mori de Gratia et libero Arbitrio disputationes Genevenses adversus Dionysium Petavium Iesuitam. Editio altera Priori multo auctior cui adjuncta est ejusdem Oratio de Duobus Genevæ miraculis Sole et Scuto.

[La Victoire de la grâce. Disputations genevoises {a} d’Alexandre More sur la grâce et le libre arbitre, contre Denis Petau, jésuite. {b} Seconde édition fort augmentée par rapport à la première, à laquelle on a ajouté le discours du même auteur sur les deux merveilles de Genève, le soleil et le bouclier]. {c}


  1. Au nombre de huit.

  2. V. note [6], lettre 54.

  3. Middelbourg, Jacobus Fierens, 1652, in‑4o.

    En latin clipeus et scutum sont synonymes, pour « bouclier ». sol et scutum ecclesiæ genevensis était le sceau de l’Église protestante de Genève, par référence aux Psaumes (84:12) :

    Quia sol et scutum Dominus Deus gratiam et gloriam dabit Dominus.

    [Dieu tout-puissant accordera grâce et gloire car il est soleil et bouclier].


s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 72 ro.

Clar. viro D.D. Vander Linden, Medicinæ D. et Prof. Leidam.

Ecce per cursorem ordinarium, fasciculum tuum accipio, vir Cl. in quo
duas tuas, alteram 28. Martij scriptam, alteram 8. Augusti, deprehendi ;
cum alijs duab. nostri nempe Amici, D. Utenbogardi, et alterius Medici,
pro quib. singulis gratias ago amplissimas. Vester D. Romphius jampri-
dem ad vos reversus est : ubi v. nunc hæreat, certè nescio. Libros nostros
quod acceperis vehementer lætor : quod si inter illos, Sim. Stehi non
inveneris, certè miror nec scio quî factum sit istud : sed in primo fasciculo
non deerit. Quod requiris à D. Fouquet, super MS. Archigenis, περι
υποδραμ. αιμ. non est quod quidquam speres : ejus Bibliotheca nulli patet,
nequidem sibi : factus est per Card. Mazarini beneficentiam, summus
ærarij regij præfectus, ex quo munere, negotiorum totius regni mole ob-
ruitur, pro utraque dignitate, quæ sibi invicem ex diametro adversantur :
quatenus Procurator generalis in Senatu Paris. Senatus ipse conqueritur,
^ quod dignitatem/ illam suam retinet/ quidem, sed munere/ suo non fungatur :
quatenus ærarij regij summus Præfectus, nequidem se videndum præbet viris
Principibus : non puto Tibi ignotum esse quanti sit apud nos pretij atque
dignitatis ipsa Diva pecunia : Et genus et formam Regina Pecunia
donat
 : tempore Iuvenalis funesta illa diva templo nondum habitabat : hodie
v. templum fit omnis locus in quo illa latet atque reconditur : Ille hoc saltem

t.

Ms BIU Santé no 2007, fo 72 vo.

(sed multa alia desunt,) cum Deo commune habet, quod sit αορατος, vix enim à quoquam videtur,
nisi forsan à quibusdam publicanis, florentissimi olim regni meris
sanguisugis, et à quodam Iesuita, ejus affini : ad Aulam ipsam quan-
doque excurrit, ut Regem salutet, et Patronum suum Maz. videat,
moneat aut moneatur, de medijs quo quomodo comparandorum num-
morum, dandáq. opera ut ille dicebat apud Suet. ne quis quid habeat,
ne cuiquam quidquam supersit
 : relicta aula, domi latet abditus,
præter paucissimos exceptos, omnib. invisus, ^ duplici sensu vocabuli. Filij mei pro salute tua
gratias agunt, ac resalutant : ut et ego D. Van-Horne.

Clar. nostri Plempij Avicennam noli mittere : jampridem enim
illum habeo, mihi Bruxellis transmissum per D. Rob. Farvaque,
Doct. Medicum, mihi amicissimum. Quod Iconem tuam mihi polli-
cearis, vehementer gaudeo : age ergo et perfice : de mensura tabulæ
non admodum refert : filum tamen ad Te mitto requisitæ longitudinis,
ut quadret cum tabula picta colendissimi Præceptoris Nic. Pietrei, viri
eximij, qui hîc obijt anno æt. 80. antiquior Scholæ magister, ante
annos novem. Venerandum illum Senem ^ colo et suspicio tanquam/ magnum sidus eximij/ splendoris : namq. illi cui multa vetustas plurima
scire dederat ; non dumtaxat fuit in medendo peritissimus, sed in omni vitæ
suæ decursu fuit optimus, prudentissimus, sapientissimus : multæ
probitatis, multæ eruditionis : Illum hîc habeo et in oculis et in mente :
vix unquam de publicè loquor in suggestu regio, aut in Consilijs ægro-
rum, quæ hîc frequentissima habentur, quin alicujus præcepti ab eo
mihi olim suggesti non meminerim : juxta illum Te collocabo : nec
quenquam pænitebit : fuit in arte sua planè Roscius, imò et in arte vitæ,
præstantissimus, quam apprime callebat vir bonus et sapiens. Sed dum
provehor in laudes viri maximi, cujus adeo suavis est mihi recordatio,
ut et cum lacrymas ex oculis eliciat, ecce per Amicum mihi redduntur sex melones summæ fragrantiæ, et
plenæ maturitatis : quos utinam possem Tibi mittere : quod quia fieri
non potest, eos in cœna degustando, cum filijs suavissimis quos invitavi,
pleno calice pauco vino et multa aqua, pro more, Tibi propinabo : et
postea cùm volueris, par pari rependes. Pro melonibus, sex mittam
tomos Operum Petri Gassendi, quos patienter si placet expectabis :
priùs enim sunt Lugduno evocandi : nec ullum adhuc vænalem vidi
apud ullum Bibliopolam, ut nec Heurnium : sed tandem venient.

Meletemata illa tua Medicinæ Hippocraticæ optima futura esse, non
dubito : ^ tum quia tua, tum quia/ ex Hipp. deprompta : et consilium tuum admodum probo : fundus est inexhaustus
noster Hippocrates : et utinam hoc Opus tuum ad umbilicum citò per-
ducas. Hippocratem Calvi mittam si volueris cum Gassendo, Sim. Sethi,
Nardo, Persona, Riolano, et alijs. Tabulæ tuæ pretium Pictori refundam libentissimè, per
aliquem mercatorem. Omnia Cardani Opera tomos octo continebunt : sed
nondum est inchoata eorum editio. Rex noster convalescit : hîc illum
habuimus per 7. dies, ut in populosissima civitate à singulis videretur,
ab ijs præsertim è plebe qui mortuum prædicabant : non fuit vehemens
ejus ægritudo : synocho putri laboravit, ab insolatu, et fœtore
locorum maritimorum, à quib. satis prudenter sibi non cavit, quia
monitus nec fuit à Medico ei sibi assidente, nebulone Chymico, qui nihil
sapit, præter aulicas artes, et φιλαργυριαν : tandem multorum
consilio, ακινδυνος factus est ante diem xi. à febre liberatus, per novies
repetitam venæ sectionem, et catharsim ter exhibitam ex medulla et folijs Or.

u.

Ms BIU Santé no 2007, fo 73 ro.

Nullæ apparuerunt maculæ purpureæ ; erat figmentum Chymiatri, menda-
cissimi, qui morbum attolebat, quo majore gloria sanasse videretur :
vel, ut ait Tertullianus, (quem numquam legit, nec si legeret, intelliget,)
adversus Marcionem, (miserum agyrtam, qui peponem habebat loco cordis,)
quo pretiosus aut famosius curaret. Initio morbi ad regionem lumborum,
adfuerunt tamen rubores quidam, fervoris indices, quos venæ sectio statim re-
pressit, vel potiùs extinxit. ^ fuerunt illi ερυθη-/ματα Hipp. quæ à vena secta statim/ evanuerunt. De Christina Sueca nihil habeo novi : pere-
grinatur illa corpore et animo : Dido est quæ sibi quærit Æneam, quem forsan
nusquam deprehendet. Coloniæ Allobrogum dicitur ad umbilicum perducta editio
Operum fanatici tenebrionis Paracelsi : sed nulla adhuc derecta sunt
exemplaria nec Lugdunum, nec Parisios. Hîc per totam urbem vagatur
fabula quædam, nec alius quisquam rumor superat, quàm de quibusdam
Monachis Augustinis, qui quum inter se fortiter decertarent tanquam pro
aris et focis, pro pecuniarum divisione, acceptarum ex quorundam pietate
pro Missis et alijs precationibus pro defunctis, interveniente Senatus Paris.
authoritate, rebelles oes facti sunt : nec cuiquam voluerunt morem gerere,
provocantes ad suum Iovem Capitolinum : verùm spe sua ceciderunt, dum enim
superbia multa timidi aliunde sperant, Senatu Parisiensi vi aperta
prævalente, omnes capiuntur, et in varios carceres conijciuntur : unde rident
alij Monachi, quia Monachus Monacho invidet, ut figulus figulo, et
cantor cantori : adeo Natura tota stolida procacitate laborat : nec hîc
deest apud nos contumeliæ materia nec locus : cùm sit ingens Monachorum
gens, et innumerus eorum numerus, qui nil aliud quàm alimenta turpi
inertiæ quærunt, per aliquam religionis simulationem : et ex quorum
copiosa colluvie navicula Petri penè obruitur. Nosti distichum.

O Monachi, vestri stomachi sunt amphora Bacchi,
Vos estis, Deus est testis, teterrima pestis.

Nova editio Eusebij Scaligeriani estne ad umbilicum perducta ? estne verum quod
ad me scripsit Utenbogardus noster in Præfatione hujusce editionis, mei nominis
factam esse mentionem : quid sit hoc nescio : vult verùm scire velim quis author fuerit
hujus edipræfationis ? si hoc per Te didicero, gratissimum mihi feceris. Utinam quoq.
nova procederet procederet editio Epistolarum tanti viri, sed auctior, quod facilè fieri pot,
multarum accessione, quarum ego aliquot etiam hîc habeo. Vive, vale, et me
ama, Te ex animo redamantem. Datum Parisijs, die Veneris, 30. Augusti,
1658. Cras erit meus 57.

Guido Patin.

Vir Cl. Nuperimmè audivi virum præclarum D. Alex. Morum, Amstelodami
degentem, olim edidisse Orationem, cujus est lemna, Sol et clypeus, quæ fuit
edita Midelburgi : fac quæso ut illa ad me veniat.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 30 août 1658

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1139

(Consulté le 28/09/2023)

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