L. 83.  >
À Claude II Belin,
le 23 mai 1643

Monsieur, [a][1]

Il est vrai que madame votre sœur [2] est difficile, et de mœurs et de santé ; j’espère pourtant venir à bout de son mal. Je vous écrivis avant-hier en hâte chez elle trois petits mots selon qu’elle le désira, combien que je l’assurasse autant qu’il me fut possible qu’elle guérira. C’est un corps extrêmement bilieux [3] et chargé en toutes ses cavités de beaucoup d’humeurs ; je commence à la purger [4] doucement et belle procedit[1] Des quatre pièces que je veux vous envoyer, la quatrième me manque, qui est deux opuscules de notre M. Du Val, [5] lesquels sont pourtant imprimés, [2] mais je ne vous puis dire pourquoi il ne les distribue pas encore. M. des Roches, [6] chantre de Notre-Dame [7] et qui a été un des secrétaires du feu cardinal, nous donne 10 000 écus argent comptant pour faire rebâtir nos Écoles. [8] Un des nôtres lui a fait un remerciement que vous trouverez là ; [9] M. Du Val lui en a fait aussi une grande épître ; [3] vous y trouverez tout cela et autre chose aussi. Paralipomena Sennerti Lugduno tandem ad nos adventa sunt : iis facile carebis, est enim opus ingenii senescentis[4][10][11] Lundi, 18e du mois, la reine [12] et notre petit roi furent au Parlement, où elle fut déclarée régente toute pure, et permis à elle de se servir de tel Conseil qu’elle voudra. [5][13] M. l’évêque de Beauvais [14][15] s’en va être cardinal. [6] Il n’est encore arrivé aucun autre changement, mais il faut attendre. Par provision, on permet à tout le monde de revenir, et prisonniers et exilés. M. le duc d’Enghien [16] et M. du Hallier [7][17][18] ont défait les Espagnols près de Rocroi, [8][19][20] où nous avons gagné 18 canons, tout le bagage, force argent et trois ou quatre mille hommes sur la place. [9] Voilà un coup du Ciel qui semble approuver la régence de la reine, et qui pourra disposer les Espagnols à la paix en les humiliant. On dit que Messine est révoltée en Sicile contre l’Espagnol et que les Siciliens veulent avoir un roi de leur pays ; [10][21] on dit aussi qu’il y a une révolte à Gaète, [11][22] dans le royaume de Naples, [23] contre l’Espagnol. [12] Vous trouverez dans votre paquet des Observations importantes pour vous. L’auteur de ces deux pièces est un jeune homme qui n’eut jamais 27 ans et qui néanmoins, a eu l’approbation générale. Est popularis meus[13] il s’appelle M. Hermant ; [24] il est bachelier de Sorbonne [25] et chanoine de Beauvais. [26] Je vous l’indique parce qu’il le mérite, combien qu’il n’y ait pas voulu mettre son nom, propter metum Pharisæorum qui sunt Loyolitæ[14][27][28][29] Je vous baise les mains et suis, et à Mme Belin, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce mardi 23e de mai 1643.

Le dernier accès de Mme [Langlois] [15] a été fort doux, et n’a point eu de frisson ; elle se porte mieux, Dieu merci. Nous allons avoir une amnistie perpétuelle parce que la reine fait revenir tout le monde. Le garde des sceaux de Châteauneuf [30] a permission de revenir en telle de ses maisons qu’il voudra. Adieu, Monsieur.


a.

Ms BnF no 9358, fo 77 ; Triaire no lxxxv (pages 291‑294) ; Reveillé-Parise, no lxiii (tome i, pages 100‑101).

1.

« et elle évolue de belle manière. »

2.

V. note [10], lettre 73, pour l’ouvrage de Guillaume Du Val sur les saints médecins.

3.

Michel Le Masle (1587-25 février 1662, v. note [7], lettre 728), abbé-prieur des Roches (abbaye cistercienne du diocèse d’Auxerre), chanoine de Notre-Dame de Paris, avait été secrétaire et intendant du cardinal Richelieu. Sa donation à la Faculté était destinée à reconstruire le « théâtre anatomique » de la Faculté qui tombait en ruines (v. note [10], lettre 8). Elle fut attaquée en justice et réduite à 20 000 livres. L’amphithéâtre que cette somme permit de construire plus tard – car son édification dut être ajournée – fut démoli en 1742 et remplacé par celui qui porte le nom de Jacques-Bénigne Winslow [v. note [44] du Manuscrit 2007 de la Bibliothèque interuniversitaire de santé (recueil Peÿrilhe)]. Situé à l’angle de la rue de la Bûcherie et de la rue des Rats (actuelle rue de l’Hôtel-Colbert), où on peut encore le contempler de nos jours.

Jean Bérault {a} était l’auteur du :

Remerciement à Messire Michel Le Masle, conseiller du roi en ses conseils d’État et privé, chantre et chanoine de l’Église de Paris, abbé des Roches, prieur de Notre-Dame-des-Champs, Mondidier, Brezoles et Longpont. Au nom de la Faculté de médecine de Paris, par l’un de ses docteurs. Pour le rétablissement de leurs Écoles. {b}


  1. V. note [22], lettre 146.

  2. Sans lieu ni nom, 1643, in‑4o de 34 pages, suivie de la traduction latine du discours :

    Illustris Virtutis et Sanctitatis Viro D.D. Michaeli Le Masle […]. Nomine Saluberrimæ Facultatis Medicorum Parisiensium, gratiam actio, pro instauratione Scholarum.

    [Action de grâce envers M. Michel Le Masle, homme d’illustres vertu et sainteté […], au nom de la très salubre Faculté de médecine de Paris, pour la restauration de ses Écoles].


V. note [14] des Décrets et assemblées de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris, pour deux extraits de cet ouvrage. Guillaume Du Val dédia à Michel Le Masle, en reconnaissance de son don à la Faculté, la seconde édition de son Historia monogramma (Paris, 1643, v. note [10], lettre 73).

Hazon a (pages 74‑75) :

« 1643, M. Lancelot de Frades, {a} docteur de cette Faculté, était zélé pour la Compagnie, et chercha de l’obliger. Il était parent et cousin, par sa mère, de M. Michel le Masle, conseiller d’État, notaire apostolique, chanoine et grand chantre de l’église de Paris, abbé des Roches, Notre-Dame-des-Champs, Long-Pont et autres lieux. Cet abbé était fort riche et favori de M. le cardinal de Richelieu. M. de Frades insinua à l’illustre abbé qu’il lui serait infiniment honorable d’être, pour ainsi dire, l’instituteur d’une faculté de médecine, ou du moins de la restaurer, s’il faisait bâtir de nouvelles écoles, monument glorieux pour lui et sa postérité. M. l’abbé des Roches, ami des savants, entra dans ses vues ; il fit à la Faculté une donation de trente mille livres, qui fut mise en dépôt, uniquement destinée pour la construction de nouvelles écoles. La Faculté fit une députation nombreuse et solennelle pour remercier le généreux abbé. […]

1662, mourut l’illustre bienfaiteur : sa bonne volonté pour la Faculté s’était conservée écrite sur son testament, et il avait fait l’Hôtel-Dieu son légataire universel. Les administrateurs entrèrent en composition avec notre Compagnie ; ils lui accordèrent vingt mille livres. » {b}


  1. V. note [3], lettre 569

  2. Cette perfidie de l’abbé, qui priva la Faculté de 10 000 livres, s’explique par les déboires qu’il avait eus avec elle en 1652, sous le décanat de Guy Patin (v. note [65] des Décrets et assemblées de 1652 dans ses Commentaires de la Faculté).

Tallemant des Réaux n’a guère flatté l’abbé des Roches dans deux historiettes où il a parlé de lui.

4.

« Les Paralipomènes de Sennert [v. note [10], lettre 78] nous sont enfin arrivés de Lyon ; vous vous en priverez aisément, c’est en effet l’œuvre d’un esprit vieillissant. »

5.

Brève allusion de Guy Patin au lit de justice du 18 mai 1643 : la déclaration pour la régence, faite par Louis xiii le 20 avril (v. note [22], lettre 80), enregistrée par le Parlement le lendemain à l’unanimité, était inconstitutionnelle ; quand le roi mourait, son successeur recevait la plénitude de l’autorité et ne pouvait être lié par un acte du défunt ; en outre, la reine, le prince de Condé et Gaston d’Orléans étaient mécontents d’être soumis, à la pluralité des voix, aux avis d’un Conseil où siégeaient à leurs côtés quatre ministres d’État, créatures du feu cardinal de Richelieu.

Accompagnée du jeune dauphin, qui se contenta de réciter deux phrases, « Messieurs, je vous suis venu voir pour vous témoigner mes affections. Mon chancelier vous dira le reste », Anne d’Autriche venait demander la cassation de l’acte. L’ambiance était au malaise : le Chancelier Séguier était l’un des sept membres du Conseil nommé par Louis xiii ; les officiers du Parlement lui en voulaient encore pour sa participation à la condamnation à mort de l’un des leurs, François-Auguste de Thou ; il convenait, devant son fils et successeur, de médire d’un roi devant lequel chacun se prosternait moins d’une semaine avant.

Après des débats houleux, où intervinrent notamment Omer ii Talon, Barillon et Gayant, la déclaration fut cassée à l’unanimité. Sans parvenir à vraiment sauver la face, le Parlement dut se dédire du tout au tout. Le roi donna à la reine, sa mère, « l’administration libre, absolue et entière des affaires de son royaume pendant sa minorité, avec pouvoir à ladite dame de faire choix de personnes de probité et expérience, en tel nombre qu’elle jugera à propos pour délibérer aux Conseils, […] sans que néanmoins elle soit obligée de suivre la pluralité des voix ». L’avertissement d’Omer ii Talon et les diatribes de Barillon et Gayant ont annoncé la Fronde de 1648 (R. et S. Pillorget).

La reine nommait Mazarin principal ministre et chef du Conseil de régence.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 51) :

« Silence fait, on leva le roi tout debout, la reine le tenant d’un côté et Mme de Lansac {a} de l’autre, pour le faire parler ; mais il se rassit plaisamment, sans vouloir rien dire. La reine parla alors, et lui adressa la parole ; mais je ne pus l’entendre. M. le duc d’Orléans parla aussi, se tournant vers le roi, nue tête. J’entre-ouïs quelques mots, par lesquels il se plaignait de la déclaration et demandait qu’elle fût réformée selon que diraient les Gens du roi. M. le Prince en fit de même. M. le Chancelier après monta vers le roi et la reine, se mit à genoux, selon l’ordre, et puis ayant repris sa place, il commença, la voix tremblante, sa harangue, par laquelle il montra d’abord le malheur des États qui perdent leur prince et après, comme Dieu dans ce malheur relevait nos espérances nous ayant donné un roi, et pour la conduite du royaume pendant sa minorité, une reine dont il célébra la piété et la vertu ; elle devait avoir seule la pleine, entière et absolue autorité (c’étaient les mots qu’on lui avait ordonné de dire), et incontinent après il acheva. Sa harangue était bien faite, mais soit qu’il ne la sût pas bien ou qu’il fût interdit, il hésita beaucoup et s’interrompit, dont tout le monde témoignait être bien aise, tant il était haï. »


  1. Jusque-là gouvernante du dauphin, v. note [7], lettre 85.

6.

Augustin Potier de Gesvres, évêque comte de Beauvais, ne devint jamais cardinal. Frère de Nicolas ii, secrétaire d’État mort en 1628 (v. note [7], lettre 686), et de René, et fils puîné de Nicolas i (v. note [51] du Borboniana 6 manuscrit), Augustin Potier avait été nommé évêque de Beauvais en 1617, à la suite de René (mort en 1616).

Pair de France et grand aumônier d’Anne d’Autriche, Augustin Potier avait été recommandé d’une façon toute spéciale au cardinal François Barberin, neveu et ministre d’Urbain viii, et le pape paraissait disposé à l’élever au cardinalat ; mais Mazarin avait trouvé moyen de faire traîner l’affaire jusqu’à la mort de Louis xiii qui aboutit à la disgrâce de l’évêque et sa relégation dans son diocèse de Beauvais (v. note [8], lettre 92). Il mourut dans sa maison de Bresles, dans l’Oise, le 19 juin 1650, un mois après avoir résigné son évêché à son neveu, Nicolas Choart de Buzenval (v. note [20], lettre 334).

Le cardinal de Retz (Mémoires, page 272) a donné sa version du discrédit qui frappa Augustin Potier :

« Le roi mourut. M. de Beaufort, {a} qui était de tout temps à la reine et qui en faisait même le galant, se mit en tête de gouverner, dont il était moins capable que son valet de chambre. M. l’évêque de Beauvais, plus idiot que tous les idiots de votre connaissance, prit la figure de premier ministre et il demanda, dès le premier jour, aux Hollandais qu’ils se convertissent à la religion catholique s’ils voulaient demeurer dans l’alliance de la France. La reine eut honte de cette momerie de ministère. »


  1. V. note [14], lettre 93.

La reine préféra le subtil Mazarin à celui que Retz, un peu plus loin dans son récit (page 281), a encore qualifié de « bête mitrée ». Mme de Motteville a donné d’autres précisions sur la disgrâce de M. de Beauvais : v. note [8], lettre 92.

7.

François de L’Hospital (1583-Paris 20 avril 1660), comte du Hallier, descendant des Galluccio (sans relation avec le Chancelier de L’Hospital), était le frère cadet de Nicolas, maréchal de Vitry (v. note [3], lettre 19). Il avait d’abord été abbé de Sainte-Geneviève à Paris, mais fatigué de l’état ecclésiastique, il était entré comme enseigne dans les gendarmes du roi (1611). Avec Vitry, il avait arrêté Concini le 24 avril 1617, recevant le même jour la deuxième compagnie française des gardes du roi. Chevalier des Ordres du roi (1619) puis maréchal de camp (1622), il avait combattu contre les protestants dans le Midi de la France puis en Savoie (1630), pris part aux campagnes de 1635 et 1636. Promu lieutenant général en 1637, il était devenu gouverneur de la Lorraine en avril 1639, maréchal de France sous le nom de L’Hospital, le 23 avril 1643, conseiller d’honneur avec voix et séance au Parlement (8 mai suivant).

Il reçut une grave blessure à la bataille de Rocroi (19 mai 1643) en commandant une charge de cavalerie. Il se démit en faveur de Condé du gouvernement de Champagne, que le roi lui rendit à l’arrestation du prince (janvier 1650), et fut aussi gouverneur de la prévôté et vicomté de Paris (28 décembre 1649, après la démission de Montbazon). Cet ancien évêque se maria deux fois : en 1630, avec une ancienne maîtresse de Henri iv, Charlotte des Essarts, et en 1653, avec Marie Mignot (v. note [6], lettre 761) qui avait été lingère à Grenoble, veuve d’un receveur général du Dauphiné (G.D.U. xixe s. et Jestaz).

8.

Rocroi, à 31 kilomètres au nord-ouest de Mézières, avait été fortifiée par François ier et Henri ii. Don Francisco de Melo, gouverneur des Pays-Bas, y avait mis le siège à la tête de 27 000 hommes de pied et 8 000 cavaliers. La vallée de l’Oise, c’est-à-dire la route de Paris depuis le nord, était menacée. Le duc d’Enghien, futur prince de Condé, s’était porté à la rencontre des assiégeants avec 23 000 hommes et 6 000 cavaliers. Commencée à trois heures du matin le 19 mai 1643, la bataille de Rocroi s’était terminée à dix heures par l’éclatant succès des Français que commandait le duc d’Enghien (23 ans), futur Grand Condé. Melo y avait perdu la vie. L’invasion était arrêtée et un grand coup porté à la réputation de l’armée espagnole, jusque-là considérée comme la première d’Europe.

9.

Guy Patin estimait correctement le nombre des morts espagnols ; s’y ajoutaient autant de prisonniers. Le nombre des morts français égalait celui des Espagnols. Rocroi (Ardennes) en Champagne, aux confins de la Picardie et du Hainaut, à 28 kilomètres au nord-ouest de Charleville-Mézières, était une place forte stratégique, proche de la frontière séparant la France des Pays-Bas espagnols.

10.

Ville forte de Sicile, Messine était alors sous domination espagnole.

11.

Gaète (Gaeta) est un port fortifié du Lazio, à 70 kilomètres au nord-ouest de Naples, au bord de la mer Tyrrhénienne.

12.

Le royaume des Deux-Siciles, ancien royaume de Sicile fondé au xiie s., comprenait la Sicile insulaire (Sicilia trans Pharum, au delà du détroit de Messine) et la Sicile péninsulaire (Sicilia cis Pharum, en deçà du détroit), ou royaume de Naples proprement dit, comprenant tout le sud de la péninsule italienne (Capanie, Abruzzes, Calabre et Pouilles). Plusieurs fois scindé durant son histoire, le royaume avait été réuni par Ferdinand ii d’Aragon en 1501 et restait depuis rattaché à la Couronne d’Espagne.

Dictionnaire de Trévoux :

« C’est le plus grand État de l’Italie. […] L’air y est fort sain, et le terroir fort fertile en blé, vin, huile, amandes, noisettes, figues, citrons, oranges, lin, chanvre, anis, coriandre ; on y recueille même en quelques endroits du coton et du sucre ; mais ses habitants passent pour les plus méchants de tous les Italiens, ce qui a fait dire que le royaume de Naples est le paradis de l’Italie, mais qu’il est habité par des démons. […] Il n’y a point de pays en Europe où il y ait tant de titres de distinction : on y compte 24 archevêchés, 125 évêchés, 60 principautés, 100 duchés, 100 marquisats, 70 comtés et environ 1 000 baronnies. »

Naples, capitale du royaume, était au xviie s. la plus grande ville de l’Europe chrétienne. Elle était le siège d’une université et d’un archevêché.

13.

« Il est de mon pays » ; v. note [6], lettre 82, pour les Observations importantes… de Godefroi Hermant.

14.

« par crainte des pharisiens, qui sont les jésuites. »

Guy Patin a plusieurs fois qualifié les jésuites de pharisiens (Trévoux) :

« Célèbres sectaires parmi les juifs. Ils ont été ainsi appelés selon quelques-uns, parce qu’ils étaient séparés de tous les autres par leur genre de vie, faisant profession d’une plus grande sainteté, et d’observer plus religieusement les commandements de la Loi. C’est ce que signifie en hébreu, ou plutôt dans la langue chaldaïque, le mot pharis, d’où a été formé en grec et en latin pharisæus. Saint Jérôme {a} et plusieurs rabbins ont appuyé cette étymologie qui convient à l’état des pharisiens, lesquels étaient non seulement distingués des autres par leur genre de vie, qui était tout à fait austère, mais aussi par leur habit. Il est difficile de marquer précisément leur origine. Il semble que le jésuite Serarius ait mis leur premier commencement vers le temps d’Esdras, {b} parce que ce fut alors que les juifs commencèrent à avoir des interprètes de leurs traditions. Maldonat {c} au contraire veut que cette secte n’ait été chez les juifs que peu de temps avant Jésus-Christ. Il est mieux de les faire remonter jusqu’au temps des Maccabées. {d} Quoi qu’il en soit, le pharisaïsme {e} est encore aujourd’hui la secte dominante dans la religion des juifs, car tout ce grand nombre de traditions qui sont dans leur talmud vient des pharisiens. Josèphe, {f} qui a parlé de leurs dogmes, dit qu’ls attribuaient toutes choses au destin et à Dieu, en sorte néanmoins qu’ils ne privaient pas l’homme de sa liberté, ce que Sixte de Sienne {g} explique de cette manière : les pharisiens croyaient que toutes choses se faisaient par le destin, c’est-à-dire, par la prescience de Dieu et par son décret immuable, la volonté de l’homme demeurant cependant toujours libre, Fato, hoc est, Dei præscientia ac immobili decreto omnia geri, manente tamen libero humanæ voluntatis assensu. {h} Ils reconnaissaient l’immortalité de l’âme et une autre vie après celle-ci ; mais ils admettaient en même temps une espèce de métempsychose, ou transmigration des âmes. La secte des pharisiens était en toutes choses opposée à celle des saducéens. » {i}


  1. Jérôme de Stridon, traducteur de la Bible en latin (Vulgate), v. note [16], lettre 81.

  2. V. note [16], lettre latine 98, pour Nicolaus Serarius. Le prêtre et scribe biblique Esdras a vécu au ve s. av. J.‑C.

  3. Juan Maldonado, v. note [12] du Grotiana 1.

  4. Au iie s. av. J.‑C., v. notule {f}, note [24] du Grotiana 9.

  5. Pharisaïsme a pris le sens péjoratif d’ostentation hypocrite de la dévotion, de la piété et de la vertu.

  6. Flavius Josèphe, v. note [18], lettre 95.

  7. Théologien catholique d’origine juive au xvie s.

  8. Le latin traduit le français qui précède, sur la grâce divine, pour combiner la prédestination et le libre arbitre.

  9. V. notes [1], lettre 627, pour les saducéens, et [50], lettre 101, pour les deux interprétations de la grâce divine qui ont déchiré le monde chrétien. Comme les saducéens, les jésuites n’admettaient que le libre arbitre, dans leurs disputes théologiques avec les protestants et les jansénistes : en cela, le qualificatif de pharisiens n’était donc pas des mieux choisis.

15.

Nom soigneusement biffé sur le manuscrit, mais sans doute pas par la plume de Guy Patin.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 23 mai 1643

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(Consulté le 03/03/2024)

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