L. 255.  >
À Claude II Belin,
le 14 janvier 1651

Monsieur, [a][1]

Il y a bien longtemps que j’ai envie de vous écrire, mais tant d’occupations qui me sont survenues l’une sur l’autre en ont retardé l’effet jusqu’à présent. Et commencerai la présente, avec votre permission, par des vœux et des souhaits pour votre santé, et pour la prospérité de toute votre famille durant l’année présente. Puis je vous dirai, pour réponse à la vôtre, qu’aujourd’hui j’ai appris par lettre que j’ai reçue de Leyde [2] en Hollande que cette École de Salerne [3] de M. Martin [4] y a été réimprimée et que l’on me l’a derechef dédiée, par une autre épître qui a été faite par un homme qui s’est dit être fort mon ami et que je lui avais autrefois ici sauvé la vie, mais je ne sais qui il est. [1][5] Pour le Sennertus[6] j’ai céans celui qui m’a été envoyé tout relié de Lyon. [2] Cette dernière édition vaut mieux que toutes les autres ensemble, non point de ce qu’elle m’a été dédiée, mais pour toutes les bonnes choses qui y ont été ajoutées et dont elle est fort enrichie. M. Moreau [7] n’a rien fait imprimer ; il est vrai qu’il a travaillé sur la seconde partie, qu’il fera réimprimer avec la première si Deus vitam dederit[3] mais il a tant d’affaires qu’il n’a point de loisir de reste. Il a un autre livre à mettre sur la presse de antiquitate et dignitate Facultatis Medicinæ Parisiensis[4] contre le Gazetier [8] et M. Courtaud, [9] doyen de Montpellier. [10] Cet ouvrage serait fort curieux et beau ; il est merveilleusement enrichi de belles recherches qui ne se peuvent réfuter, mais M. Moreau n’a guère de loisir ni guère de santé ; et même je vous dirai davantage, Vitæ summa brevis, spem nos vetat inchoare longam[5][11] Je prie Dieu qu’il lui fasse la grâce de ne point mourir qu’il n’ait mis ces deux livres en lumière, c’est un digne homme, d’une rare érudition et d’une grande doctrine. Infinitæ lectionis virum agnosco, sed proh dolor ! raræ texturæ et imbecillæ valetudinis[6] Pour les chirurgiens barbiers, [12] ils ne sont reçus qu’avec notre approbation et examinés qu’en notre présence ; et ne leur est permis de faire que la chirurgie, point du tout de pharmacie, surtout ni purgatif[13] ni narcotique aucun sine præscripto medici[7] Si le vôtre donne des pilules narcotiques, [14] il pourra bien y être attrapé : cette sorte de poison en a trompé des plus fins ; prenez-y garde, épiez ses actions et ne lui pardonnez point. Sic quoque habent pharmacopæi sua munia, ab illis distincta[8] Quand chacun fait son métier, les vaches en sont mieux gardées. Votre lieutenant général doit régler cela à votre requête, pour le bien du public et empêcher les abus de l’art, qui est si chatouilleux propter metum mortis omnibus familiarem : tantus amor vitæ[9] Saint Augustin [15] a bonne grâce de dire quelque part Nemo vult decipi, nemo vult perturbari, nemo vult mori[10] Le peuple est encore si sot et si ignorant qu’il a vérifié le dire de Pline, [16] In hac artium sola evenit, ut uniquique se Medicum profitenti statim credeatur[11] Un charlatan [17] qui vante ses secrets est préféré à un homme de bien qui ne se vante de rien, et in hoc versatur Deorum iniquitas[12] Ce grain somnifère de votre chirurgien ne serait-il pas la même chose que ce que donne votre M. Le Fèvre, [18] qui en donna au cardinal de Richelieu [19] la veille de sa mort ? Plût à Dieu qu’il lui en eût donné 20 ans plus tôt. [13] Quoi qu’il en soit, ce n’est pas grand’chose qu’un somnifère, c’est un poison qui enfin tuera quelqu’un. Cet insolent barbier [20] ne se doit encore vanter de rien, il n’a point encore fait tant de miracles que celui-là dans Plaute, [21] qui se vantait d’avoir guéri crus fractum Æsculapio, Apollini autem brachium[14][22][23] Nous avons ici tous les chirurgiens [24] fort souples quia toti pendent a nobis[15] La saignée [25] les fait riches, mais ils sentent bien qu’elle est en nos mains, et leur gain aussi. Ils ne font point d’actes que le doyen de la Faculté n’y soit présent, accompagné de deux docteurs, qui a droit d’imposer silence quand ils s’extravaguent en leurs questions ; ces trois mêmes doivent signer sa réception ; autrement, il n’a pas droit d’ouvrir sa boutique. Au reste, ils nous craignent pour le mal que nous leur pouvons faire, mais ils nous aiment aussi comme leurs patrons. Ils voient comment nous avons traité les apothicaires [26] et comme nous les avons presque anéantis ; il ne serait pas malaisé d’en faire de même aux chirurgiens s’ils n’étaient souples et ne se gouvernaient sagement avec nous. Pharmacopœi sunt in ordinem cogendi[16] et devez faire punir ceux qui s’échapperont par requête présentée au juge ordinaire, ex communi voto omnium Medicorum vestri Collegii[17] Feu M. Galland, [27] ancien avocat, nous voulait obliger de recevoir un sien neveu l’an 1632. [28] Il fut refusé par 33 docteurs et 26 le recevaient. Il nous menaça du Parlement, mais quand il nous vit fort résolus, il abandonna l’affaire, disant qu’il ne voulait point avoir pour adversaire le doyen de la Faculté de médecine de Paris. [18] Et là-dessus, je vous avoue que nous ne sommes point mal voulus au Parlement, notre Compagnie est aimée et favorisée. Le livre du Médecin charitable [29] introduit dans les maisons, avec un peu de soin des médecins : [19] insinuez le séné [30] dans les familles, il ne vous faut qu’un an à ruiner tous les apothicaires. On tient ici pour charlatans tous ceux qui donnent de l’antimoine ou vin émétique ; [31] il y en a quelques-uns des nôtres qui s’en échappent, mais ils en sont haïs et méprisés, et voudraient que ce fût à recommencer. La plupart sont moines froqués ou défroqués, circulatores et agyrtæ[20] chimistes, [32] souffleurs, apothicaires, quelques gens de la cour qui s’y vantent d’avoir des secrets et tanquam asini exultant inter simias ; [21] aussi n’y réussissent-ils point et toute leur faveur ne dure guère. Et voilà ma réponse à la vôtre, maintenant il faut que je vous parle de mes affaires. Premièrement, je vous dirai que notre Faculté m’a fait doyen [33][34] le 5e de novembre passé, qui est une charge à laquelle j’avais été élu et nommé déjà quatre autres fois ; [22] elle est pénible et m’ôte bien du temps, mais elle est honorable. Tous mes compagnons en sont réjouis, præter unum aut alterum Cercopem ; [23][35] mais moi je voudrais bien ne le point être, vu que j’ai beaucoup d’autres affaires qui m’occupent tout entier. Mon fils aîné [36] passa docteur le mois passé, il présidera jeudi prochain pour payer sa bienvenue et puis sera quitte de tout, je vous envoie la thèse [37] de sa présidence. [24] De plus, j’ai acheté une belle maison [38] où je demeure depuis trois jours, c’est dans la place du Chevalier du Guet en belle vue et hors du bruit. Elle me revient à 9 000 écus, j’ai une belle étude grande et vaste, où j’espère de faire entrer mes 10 000 volumes [39][40] en y ajoutant une petite chambre qui y tient de plain-pied. [25] Nos médecins disent que je suis le mieux logé de Paris. Ma femme [41] dit que voilà bien du bonheur en une fin d’année : son mari doyen, son fils aîné docteur (celui-là est son cher fils) et une belle maison qu’elle souhaitait fort. Nous avons perdu le mois de novembre dernier M. d’Avaux, [42] notre plénipotentiaire à Münster, [43] par l’antimoine [44] que lui donna M. Vautier, [45] aliis reclamantibus[26] On fait ici des vers contre l’antimoine dont six personnes moururent en huit jours, tous remarquables ; et même feu Mme la Princesse douairière [46] en est morte à Châtillon-sur-Loing, [47] en ayant pris trois fois de la main de Guénault l’aîné [48] qui est un grand empoisonneur chimique. Ils ont été envoyés dans les maisons par petits paquets, je vous en envoie une copie de chacun. Lisez-les bien et en jugez, on dit qu’ils sont bien faits. Les trois princes [49][50][51] sont toujours dans Le Havre [52] et y seront. Le Mazarin [53] est en quelque façon le maître, mais il craint fort, lupum tenet auribus[27] La reine [54] a été mal, maintenant elle est mieux. On parle du sacre du roi [55] pour après Pâques à Reims. [56] Le Mazarin voudrait bien être hors de Paris tant il a peur de plusieurs, et même du duc d’Orléans [57] auquel il ne s’ose fier entièrement à cause du duc de Beaufort [58] et de M. le coadjuteur [59] qui le gouvernent. [28] Le comte d’Alais [60] a quitté la Provence [61] et s’est retiré à Alès, [62] qui est dans les Cévennes : voilà le contentement que l’on a donné au parlement d’Aix [63] d’avoir ôté ce gouverneur[29] On a fait ici cinq nouveaux maréchaux de France, MM. de Villequier, [64] La Ferté-Imbault, [65] d’Hocquincourt, [66] La Ferté-Senneterre [67] et le comte de Grancey [68] qui est gouverneur de Gravelines. [30][69] Je vous baise les mains, à monsieur votre fils, à Mlle Belin, à Messieurs vos frères, à MM. Camusat, Allen, Sorel et à nos autres amis, et croyez que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 14e de janvier 1651.

Nous avons ici M. Merlet [70] extrêmement malade d’une inflammation de poumon [71] pour laquelle il a été saigné 16 fois. Il eut le mois de juillet dernier une fièvre maligne [72] pour laquelle il fut saigné 18 fois, âgé de 66 ans. S’il meurt, ce sera une bonne chape-chute et bien de la pratique répandue, [31] il était le plus hardi praticien et le plus employé de Paris.


a.

Ms BnF no 9358, fos 132‑133, « À Monsieur/ Monsieur Belin, le Père,/ Docteur en médecine,/ À Troyes. » ; Reveillé-Parise, no cvii (tome i, pages 172‑175).

1.

V. note [13] de la lettre inédite de Guy Patin venue de Russie, pour cette École de Salerne en vers burlesques… (Leyde, Elsevier, 1651, in‑12 ; suivant la copie imprimée à Paris en 1650 ; Archive.org) dans la traduction de Louis Martin, « médecin de Paris [sic pour Toulouse] », avec une épître de Simon Moinet, « correcteur des Elsevier » à Guy Patin (qui en parlait ici à Claude ii Belin), dont la notule {c} de cette même note donne un fragment.

V. note [5], lettre 203, pour une description détaillée de l’édition de Paris (1650), que copiait celle de Leyde

2.

Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1650) : v. note [20], lettre 150.

3.

« si Dieu lui prête vie. » L’École de Salerne de René Moreau fut réimprimée à Paris en 1672 (v. note [2], lettre 441).

4.

« sur l’ancienneté et le prestige de la Faculté de médecine de Paris », ouvrage resté inédit (v. note [1], lettre 22).

5.

« L’extrême brièveté de la vie nous interdit les longues espérances » (Horace, v. note [12], lettre 98).

6.

« J’avoue que c’est un homme d’une érudition sans limites, mais hélas ! de texture délicate et de santé fragile. »

7.

« sans prescription d’un médecin. »

8.

« Ainsi les pharmaciens ont aussi leur rôle à jouer, distinct de celui des chirurgiens. »

9.

« par crainte de la mort qui est familière à tous, tant est fort l’amour de la vie. »

10.

« Nul ne veut être trompé, nul ne veut être bouleversé, nul ne veut mourir ».

Saint Augustin, Sermons, 229H, § 2 :

Venitur ad vitam, et omnis homo dicit : Vivere volo, et nemo vult mori ; et cum nemo velit mori, impingitur mori. Quantum potest agit, manducando, bibendo, dormiendo, sibi unde vivat providendo, navigando, ambulando, currendo, cavendo, vivere vult.

[Tout homme qui est venu au monde a dit : Je veux vivre, et nul ne veut mourir ; et puisque nul ne veut mourir, mourir est refoulé avec énergie. Tant qu’il peut, il passe sont temps à manger, à boire, à dormir ; d’où vient qu’il vivra pour pourvoir à ses besoins, en navigant, en voyageant, en courant, en étant constamment sur ses gardes : il veut vivre].

11.

Pline, Histoire naturelle (livre xxix, v. note [11], lettre 126) :

Itaque, Hercule, in hac artium sola evenit, ut cuicumque medicum se professo statim credatur, cum sit periculum in nullo mendacio maius.

[De fait, par Hercule ! la médecine est le seul art où l’on donne aussitôt crédit à quiconque s’en dit praticien, quoique jamais l’imposture ne soit plus dangereuse].

12.

« et en cela consiste l’injustice des dieux » (v. note [179], lettre 166).

13.

Phrase ajoutée dans la marge. V. note [14], lettre 75, pour la pilule que Le Fèvre, empirique de Troyes, donna à Richelieu dans sa dernière maladie.

14.

« une jambe cassée à Esculape [v. note [5], lettre 551], et aussi un bras à Apollon » (Plaute, v. note [9], lettre 75). Cet « insolent barbier » de Troyes était Nicolas Bailly, v. note [1], lettre 257.

15.

« parce que tous dépendent de nous. »

16.

« Les pharmaciens doivent rentrer dans le rang ».

17.

« par vote unanime de tous les médecins de votre Collège. »

18.

Le récit de Guy Patin n’était pas fidèle aux archives de la Faculté si ce neveu de l’avocat parisien Auguste ii Galland (v. note [36] du Patiniana I‑3) était bien Pierre Yvelin (v. note [11], lettre 97), fils de Guillaume Yvelin, conseiller médecin du roi (mort en 1644), et d’Anne Galland, sœur d’Auguste. La candidature de Pierre à l’examen du baccalauréat avait été examinée par la Compagnie des docteurs régents lors de leur assemblée du samedi 20 mars 1632 (Comment. F.M.P., seconde année du décanat de René Moreau, tome xii, fo 299 vo‑300 ro) :

Interea decanus exhibuit facultati libellum supplicem a Petro Yvelino Medicinæ Studioso oblatum quo rogat facultatem ut obliviscatur lites quas pater et eius consanguinei adversus facultatem movebant, sese irrita habere illa omnia quæ illo et inscio et non volente facta fuerant.

[Sur ces entrefaites, le doyen montra à la Faculté la requête présentée par Pierre Yvelin, étudiant de médecine, par laquelle il prie la Faculté d’oublier les procès que son père et ses apparentés avaient engagés contre la Faculté, se déclarant tenir pour inutile tout ce qu’ils avaient fait à son insu et contre sa volonté].

« À Messieurs les doyen et docteurs régents de la Faculté de médecine.

Pierre Yvelin, écolier en ladite Faculté vous remontre très humblement qu’ayant pris le degré de maître és arts en l’Université de Paris, publiquement, il aurait {a} fait son cours en médecine dans les Écoles de cette ville, et < que >, la Faculté s’étant assemblée le neuvième jour du mois de mars 1630 pour recevoir la supplication des candidats qui se présentaient pour leur rendre les témoignages de leurs études, il aurait été interrogé, et < qu’>après avoir rapporté ses lettres de maîtrise és arts et les certificats du temps de ses études, vous auriez, par votre décret du douzième du même mois, ordonné qu’il serait admis à l’examen. Mais ce premier décret ayant été révoqué en l’assemblée suivante, {b} les parents du suppliant en auraient fait plainte à la Cour et demandé qu’en exécution du premier il fût interrogé en présence de deux de Messieurs les conseillers ; sur laquelle requête, quelques procédures auraient été faites < qui > discontinuèrent à la preuve du suppliant ; {c} lequel, préférant l’amitié et les bonnes grâces de Messieurs les docteurs en particulier, et celles de la Faculté en général, à tous les avantages qu’il pourrait espérer par l’issue de la plaidoirie, et pour que l’étude {d} lui fût donnée et concédée par la voix et suffrages communs. À ces causes, Messieurs, et < parce > que le suppliant est dans les termes des statuts, ayant pris ses degrés de maîtrise és arts au mois d’août mille six cent vingt-sept, < puis > fait son cours aux Écoles de cette ville, il vous plaira ordonner qu’au moyen du désistement fait par le suppliant des dites poursuites, auxquelles il renonce, comme ayant été faites contre son gré et volonté, et vu la grâce qu’il a plu à ladite Faculté lui accorder par le premier décret, qu’icelui suppliant sera admis à l’examen à la première ouverture qui en sera faite suivant les statuts, et il continuera ses devoirs envers chacun de vous en particulier et, en général, au corps de la Faculté. Signé Yvelin. »

Nihilominus tamen facultas iisdem comitiis audita expostulatione M. Antonij Charpentier Scholarum Censoris adversus prædictum Petrum Yvelin qui superioribus mensibus cadaver humanum ad Anatomiam in Scholis Medicis publice administrandam destinatum publicis furcis vi et armis surripuerat contra senatusconsultos quibus cavetur. Ut studiosi Medicinæ qui non impetrata a decano facultatis venia cadavera vi et armis erepta in propriis usus convertant aditu ad gradus doctoralis dignitatis prohibentur Censuit prædictum Petrum Yvelin non admitendum esse ad examen baccalaureatus priusquam apud Senatus principem qui legem sanxit innocentiam suam probaverit, et sic conclusit decanus.

[La Faculté a cependant écouté la plainte de M. Antoine Charpentier, censeur des Écoles, contre le susdit Pierre Yvelin qui, au cours des mois passés, contre les arrêts de Parlement qui l’interdisent, avait volé, sur le gibet de justice, par force armée, un cadavre destiné à l’anatomie publique qui devait avoir lieu aux Écoles. Comme l’accès aux degrés de la dignité doctorale est interdit aux étudiants de médecine qui ont décroché des cadavres sans avoir obtenu l’autorisation du doyen de la Faculté, elle a décidé que que le susdit Pierre Yvelin ne sera pas admis à l’examen du baccalauréat, tant qu’il n’aura pas prouvé son innocence devant le premier président du Parlement qui a établi la loi ; et ainsi le doyen en a-t-il conclu]. {e}


  1. Comme presque toujours dans les actes officiels, le conditionnel a valeur d’imparfait.

  2. Ces trois assemblées avaient eu lieu durant la seconde année du décanat de Jean Piètre, premier du nom (1629-1630, ibid. fo 227 ro‑228 ro). Celle du 12 mars stipule expressément qu’Yvelin ne satisfaisait pas à la durée d’études préparatoires requises pour être admis à se présenter au baccalauréat. Son sort était remis à la décision des six examinateurs de cette épreuve : Pierre Pijard (ancien de la Faculté), André Du Chemin, Jacques Perreau, Jean Bourgeois, Jacques ii Cousinot et Guy Patin. Le 16 mars, la candidature d’Yvelin avait été refusée.

  3. Qui suspendirent l’audition du plaignant.

  4. Le droit de continuer à étudier.

  5. Yvelin parvint à se disculper de cette très grave accusation et fut reçu au baccalauréat de 1632 (ibid. fo 302 vo) ; il accéda à la régence en décembre 1635.

19.

Il manque à « introduit » un complément d’objet direct, tel que « la santé » ; v. note [25], lettre 6, pour Le Médecin charitable de Philippe Guybert.

20.

« saltimbanques et charlatans ».

21.

« et comme les ânes ils bondissent parmi les singes [v. note [11], lettre 122]. » Les « gens de la cour » en étaient ici les médecins, la plupart issus de l’Université de Montpellier.

22.

Quatre pour trois autres fois (1642, 1644 et 1648), v. lettre à André Falconet, datée du 4 novembre 1650, lettre 248.

23.

« excepté un ou deux Cercopes. »

Cercopes : « peuples qui habitaient [Pithécusses] une île voisine de la Sicile. On dit que Jupiter les changea en singes à cause de leur méchanceté. Ils avaient eu la témérité d’insulter Jupiter lui-même. Cercopes est le nom que les Grecs donnent aux singes. Il fut donné à ce peuple parce qu’il faisait comme les singes qui caressent avec leur queue pendant qu’ils ne songent qu’à faire du mal » (Trévoux).

Ovide a parlé des Cercopes au livre xiv des Métamorphoses.

24.

Succédant à son doctorat du 19 décembre (v. note [27] des Actes de 1650‑1651 dans les Commentaires de la Faculté de médecine de Paris), la première présidence de Robert Patin, qui lui conférait le titre de docteur régent, eut lieu le jeudi 19 janvier 1651 (v. note [17] des mêmes Actes). Il ne disputa (curieusement) sa pastillaire (antéquodlibétaire) qu’une semaine plus tard (v. note [30] des mêmes Actes).

25.

VLa bibliothèque de Guy Patin et sa dispersion.

Le prix de sa maison, place du Chevalier du Guet, a curieusement augmenté au fil des lettres : 25 000 livres dans celle du 2 décembre 1650 à André Falconet, 26 000 le 30 décembre 1650 à Charles Spon, et ici 27 000 (9 000 écus).

26.

« contre les protestations des autres », v. note [2], lettre 252.

27.

« il tient le loup par les oreilles » (v. note [72], lettre 219).

28.

Louis xiv n’allait être déclaré majeur que le 5 septembre 1651, jour de son treizième anniversaire. Pour le projet de le sacrer avant ce terme, le Journal de la Fronde (volume i, fos 350 vo, 354 vo, 358 vo) confirme les dires de Guy Patin :

« Le même jour, {a} l’Assemblée du Clergé reçut une lettre de cachet du roi portant ordre de ne se séparer point jusqu’à ce qu’elle octroie ce qu’elle doit donner à Sa Majesté ; sur quoi l’évêque d’Auxerre fit son rapport à la même Assemblée de l’offre de 600 mille livres qu’elle accordait au roi, laquelle a été acceptée par la reine aux conditions qu’elle est octroyée. On croit que les six provinces qui ne voulaient rien donner consentiront à cet octroi qui doit être employé au sacre du roi, qu’on parle d’aller faire dans le 15e de février prochain à Reims. […]

Il s’est parlé jusqu’ici {b} de la sortie de la cour hors de Paris et du refus que Son Altesse Royale {c} a fait d’y consentir ; mais on assure maintenant qu’il a été arrêté qu’on ne sortirait pas plus tôt que vers le 15e de mars, auquel temps on ira faire le sacre du roi à Reims. […]

Son Éminence {d} promet aussi {e} à quantité de personnes l’Ordre du Saint-Esprit et on assure qu’aussitôt après le sacre, le roi fera une promotion de chevaliers. » {f}


  1. Le 5 janvier.

  2. Le 20 janvier.

  3. Le duc d’Orléans.

  4. Mazarin.

  5. Le 21 janvier.

  6. Le sacre du roi eut lieu à Reims le 7 juin 1654.

De fait, aucune coutume n’interdisait le sacre d’un roi mineur. Philippe ier avait été sacré le jour de la Pentecôte 1059, âgé de sept ans, alors même que son père, Henri ier, ne mourut que le 4 août 1060. Politiquement, sacrer Louis xiv revenait à ôter tout espoir de régence à Gaston d’Orléans, de quelque façon qu’évoluât la maladie d’Anne d’Autriche ou quoi que pût décider le Parlement. Monsieur se joignit ouvertement aux frondeurs le 30 janvier 1651.

29.

Journal de la Fronde (volume i, fos 342 vo et 343 ro, décembre 1650) :

« Les avis de Provence confirment que le comte d’Alais partit de Toulon le 19, non pour venir à la cour, comme on avait écrit, mais pour se retirer pour quelque temps en sa maison d’Alais en Languedoc. {a} L’on remarque qu’en s’en allant, il s’aboucha avec M. d’Aiguebonne {b} à un lieu nommé Vernègues {c} entre Aix et Avignon et qu’il lui recommanda tous ses amis. Aussitôt qu’on sut son départ à Aix, on y fit des feux de joie dans toutes les rues de la ville où M. d’Aiguebonne fit son entrée le 18, les consuls et procureurs du pays ayant été une lieue au-devant ; et toutes les compagnies l’ont harangué et reçu avec grande joie ; néanmoins, le régiment de ce comte {d} est demeuré dans Toulon sous le commandement de M. de La Varenne qui entretient bonne correspondance avec le chevalier Paul. On croit que c’est pour conserver le gouvernement de Toulon à M. le cardinal. Depuis le départ de ce comte, ceux qui avaient été exilés de Marseille y sont retournés ainsi qu’on leur avait promis ; mais les esprits y sont divisés à cause de la désunion qui est entre M. de Valbelle, lieutenant de l’amirauté, et le chevalier de Valbelle, son cousin. {e} On croit néanmoins que M. d’Aiguebonne les accommodera facilement, ayant résolu d’aller à Marseille pour cet effet ; cependant, ce chevalier ayant voulu aller à Toulon, M. de La Varenne n’a pas voulu l’y laisser entrer. M. de Scudéry a été rétabli dans son gouvernement de Notre-Dame de la Garde, Mme d’Aiguillon étant rendue caution pour lui, et la ville de Marseille n’ayant rien voulu fournir au sieur Bezanes, lieutenant des gardes de M. le cardinal, pour la subsistance de la garnison de ce fort dont on lui avait donné le gouvernement. »


  1. Alais est l’ancien nom de la ville d’Alès (Gard).

  2. Son remplaçant, v. note [29], lettre 246.

  3. Bouches-du-Rhône.

  4. D’Alais.

  5. Antoine et Jean-Baptiste de Valbelle.

30.

Jacques d’Étampes, marquis de La Ferté-Imbault (1590-1668), prit le nom de maréchal d’Étampes. Fidèle à la Couronne depuis le début de la Fronde, il appartenait à l’entourage de Monsieur et son rang de nomination causa quelque embarras :

Journal de la Fronde (volume i, fo 349 vo, 6 janvier 1651) :

« Hier, le roi ayant envoyé prier M. le duc d’Orléans d’aller souper avec lui, Son Altesse Royale promit d’y aller ; et ensuite, on lui dit que ce serait dans l’appartement de M. le cardinal, où elle ne laissa pas de se trouver, ayant déjà promis au roi qui, le voyant arriver, le reçut avec grand accueil et le pria instamment de souffir que M. de Villequier {a} fût nommé maréchal de France devant M. de La Ferté Imbault ; ce que Son Altesse Royale ne put lui refuser, après avoir parlé à celui-ci qui y consentit dans cette conjoncture, d’autant plus qu’on lui avait fait entendre que cette querelle serait cause qu’on n’en ferait {b} qu’à la majorité du roi, auquel temps peut-être sa prétention ne trouverait pas l’appui et la faveur qu’elle trouvait à présent. Ainsi, cette difficulté étant vidée, Sa Majesté nomma les nouveaux maréchaux de France, savoir : M. de Villequier le premier, M. de La Ferté-Imbault le second, M. de La Ferté-Senneterre {c} le troisième et M. d’Hocquincourt {d} le quatrième ; et parce que le comte de Grancey, {e} qui prétend aussi au bâton, ne se voyant pas assez fort pour l’obtenir, était parti d’ici le 31 {f} en poste, faisant semblant d’aller au-devant de Son Éminence, et s’était jeté dans son gouvernement de Gravelines y faire le mécontent, on lui a envoyé un courrier pour lui dire qu’il vînt chercher ici le bâton de maréchal de France, mais on ne sait pas s’il s’y fiera ; et afin qu’il ait moins de sujet d’en faire difficulté, on a envoyé un autre courrier à M. de La Ferté-Senneterre afin qu’il vienne aussi recevoir le sien. »


  1. v. note [1], lettre 248.

  2. D’autres maréchaux.

  3. V. note [16], lettre 198.

  4. V. note [18], lettre 55.

  5. V. note [159], lettre 166.

  6. Décembre 1650.

31.

De la clientèle à distribuer ; v. note [2], lettre 236, pour les maladies de Jean Merlet et leurs effets sur sa survie.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 14 janvier 1651

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0255

(Consulté le 18/04/2024)

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