L. 210.  >
À Charles Spon,
le 24 décembre 1649

< Monsieur, > [a][1]

Je me souviens qu’autrefois vous m’avez demandé pour M. Huguetan [2] le portrait d’Alstedius [3] que je cherchai par tout Paris alors afin de lui en donner le contentement qu’il en désirait. [1] Je n’en pus avoir aucune nouvelle, soit qu’il ait été fait ou non. J’en vois néanmoins un au frontispice du livre, que je ne crois point être celui d’Alstedius, mais plutôt une imitation de celui de M. Vossius [4] le père, tel qu’il paraît au commencement de sa Rhétorique in‑4o, et m’imagine qu’il n’a point été pris autre part que là. Vous le savez, sum natura philalethes[2]

Environ le 7e de décembre, il est ici mort un grand clabaudeur de controverses contre les ministres de Charenton, [3][5] c’est le P. Véron [6] qui a malheureusement brouillé bien du papier en son temps avec beaucoup de bruit et peu de fruit. [4]

Ceux qui ont des rentes sur l’Hôtel de Ville [7] ont depuis deux mois fait plusieurs assemblées afin d’obliger les payeurs de rentes de leur donner de l’argent. Ces payeurs, qui sont la plupart maltôtiers et partisans, se sont obligés à tant par semaine ; mais faute de se bien acquitter de ce qu’ils ont promis, lesdits rentiers, continuant leur diligence de peur de perdre le tout, ont fait quelques assemblées et ont élu pour leur syndic un nommé M. Joly, [8] conseiller au Châtelet, virum optimum et antiquæ fidei[5] Il est neveu de feu M. Loisel, [9] conseiller de la Grand’Chambre, duquel je vous ai envoyé la vie par ci-devant. Ce pauvre M. Joly, le samedi matin 11e de décembre, étant dans son carrosse, fut rencontré dans la rue des Bernardins par quatre hommes de cheval qui l’arrêtèrent et l’un d’eux en même temps lui tira un coup de pistolet, et en même moment s’enfuirent. Ces pendards pensaient qu’il fût tué et Dieu merci, il n’est blessé qu’à l’épaule. Il s’en vint aussitôt au Parlement se plaindre de cet attentat. Les chambres furent aussitôt assemblées et deux commissaires furent députés pour en informer. Tout Paris a frémi sur cette nouvelle et peu s’en fallut qu’on ne fît de nouvelles barricades. On ne fait point ici de doute que ce coup ne vienne par ordre du Mazarin [10] qui médite encore quelque nouvelle vengeance ; et néanmoins, je trouve qu’il est fort mal conseillé vu qu’étant enfermé dans Paris, il n’y peut être le plus fort. [6] Le lundi 8e de décembre, le roi [11] fut ici confirmé, c’est-à-dire qu’il reçut le sacrement de la confirmation. [7] La reine [12] a mandé au Parlement, le lundi 13e de décembre, qu’elle abhorrait et détestait de tout son cœur l’attentat qui avait été commis sur M. Joly, conseiller au Châtelet, qu’elle le prenait en sa protection et qu’elle désirait que la Cour fît informer contre ceux qui avaient voulu, lorsque ledit M. Joly fut blessé, échauffer le peuple à prendre les armes. Elle a pareillement mandé à Messieurs le prévôt des marchands [13] et échevins [14] qu’ils eussent à donner ordre par tous les colonels de la ville que chacun eût à se tenir en repos et en son devoir, qu’elle maintiendrait tout en paix, mais qu’elle désirait que personne ne tirât par la ville des coups de mousquet la nuit comme on avait fait les deux nuits précédentes.

Je vous dirai que j’ai quelquefois jeté en passant les yeux sur le beau présent que m’ont fait MM. Huguetan et Ravaud [15] des œuvres d’Alstedius ;[1] mais je vous dirai en passant que dans ce bel ouvrage j’ai trouvé bien des fautes, et principalement dans les noms propres. Je n’en reconnais pas la cause, c’est peut-être la copie d’Allemagne ; et quoi que ce soit, il n’y a plus de remède. Je souhaite fort qu’il n’en soit pas de même du Sennertus[8][16] On vend ici au Palais un gros livre in‑4o intitulé les Œuvres de M. de Voiture[9][17] C’était un Parisien, homme d’esprit et de bonnes lettres, qui était officier de M. le duc d’Orléans. [18] Il était fils d’un riche marchand de vin des Halles [19][20] qui n’avait rien épargné à le faire bien instruire. [10] Je vous dirai librement, si vous me le permettez et je vous en prie si quid mihi credis amico[11][21] que M. Garnier [22] est un pauvre homme en bonne résolution : si l’intérêt des apothicaires [23] l’emporte, j’en suis marri. Je fais si peu de cas de cette sorte de gens qu’ils ne me font ni envie, ni pitié, et ne me résoudrai jamais, Dieu aidant, de tromper un pauvre malade pour les gratifier. Je trouve cela bien étrange qu’ils trouvent dans notre profession d’honnêtes gens si facilement qui, abandonnant leur honneur et leur conscience, veulent entreprendre la défense d’un parti si déploré et si malheureux. Nous les devrions haïr comme la peste en tant qu’ils ont corrompu et tâché de détruire la vraie médecine par leur avarice et leur tyrannie, et en seraient sans doute venus à bout si Dieu n’avait suscité d’honnêtes gens qui se sont fortement et courageusement opposés à leurs mauvais et tyranniques desseins. Pour moi, je ne les aime ni ne les crains. S’ils m’ôtent de la pratique, en récompense il m’en vient d’ailleurs, et ne veux de leur amitié pour quoi que ce soit. S’ils n’avaient hors de Paris et en toute la France non plus de crédit qu’ils ont ici, toute la médecine serait tout autrement en lustre et en honneur qu’elle n’est pas. C’est à propos de cela que j’en écris une assez longue lettre à M. Garnier, [12] qui, dans sa dernière, semble triompher à cause qu’il a trouvé dans le traité de circulatione sanguinis de M. Riolan [24] être fait mention des remèdes cardiaques, [25] d’où il veut conclure par l’autorité de M. Riolan qu’il est permis d’user des confections d’alkermès [26] et d’hyacinthe [27] comme de cardiaques très excellents, contre l’avis et la thèse de M. Guillemeau ; [13][28][29] combien que ledit Riolan ne nomme en aucune façon ces deux confections, non plus qu’il ne les entend ni n’en use jamais. [14] Doles tamen graviter quod tantopere sit immersus, tamque infeliciter versetur in fœda illa heresi sectæ Arabicæ, quæ solis pharmacopolis bipedum nequissimis nititur[15][30][31] J’aime sur toutes choses la candeur, la pureté et la simplicité, tant en mes mains et mes actions qu’en ma profession, que j’honore et que j’aime sur toutes les autres ; mais Dieu me garde d’embrasser les opinions de cette misérable secte, qui est tout à fait indigne d’un honnête homme, et d’entreprendre la défense d’une si misérable cause. Pour vous qui êtes mon bon ami, cui meliore luto finxit præcordia Titan[16][32][33] je vous supplie de lire madite lettre d’un œil charitable et de m’en donner votre bon avis en ami ; à quoi je pense que vous êtes de tant plus obligé que je veux suivre votre jugement et que je me soumets entièrement à votre censure.

Ceux qui traitent ici M. d’Émery [34] de sa fièvre quarte [35] lui ont fait prendre de l’antimoine [36] plusieurs fois et lui avaient promis qu’il serait guéri dans le 10e de décembre ; auquel temps venu, comme on attendait une visible diminution d’icelle, il arriva que ce jour-là l’accès anticipa seulement de neuf heures, ce qui étonna tout le monde et surtout le malade, et les médecins aussi qui lui ont remis ce soulagement après le solstice, duquel le temps est venu. [17][37] Sauf à voir dorénavant l’accomplissement de leur prophétie, je veux croire, pour les obliger et lui aussi, qu’il sera guéri dans le carême prochain, à mesure que la douce saison se rapprochera de nous. Et hanc gratiam debebit vernæ tempestati[18] laquelle y aura plus de crédit que n’y ont de pouvoir les remèdes mystiques des médecins chimiques, empiriques, [38] charlatans [39] suivant la cour, qui font bien voir en cet individu et par cet exemple très singulier que leurs prétendus secrets ne valent pas mieux que notre méthode vulgaire ; mais ils ont bonne raison de faire ainsi à la cour où le monde veut être trompé. C’est en ce pays-là que les borgnes sont rois parmi tant d’aveugles.

Depuis le coup de pistolet tiré sur M. Joly, le Parlement s’est assemblé plusieurs fois, et même les deux princes du sang [40] s’y sont trouvés. [19] On fait des informations de ce fait, par lesquelles M. le marquis de La Boulaye [41] est accusé d’avoir voulu ce même samedi porter le peuple à une sédition. [20] MM. de Beaufort [42] et le coadjuteur [43] y trempent aussi ; mais néanmoins, ils se trouvent auxdites assemblées aussi bien que plusieurs autres. Le mercredi 22e de décembre la Cour ne leva point et furent tous à l’assemblée depuis sept heures du matin jusqu’au soir. [21] On dit que c’est un prétexte des mazarins inventé par le premier président [44] afin d’empêcher que les gens de bien, bons et légitimes frondeurs, ne puissent parler ni faire rien délibérer en faveur de ceux de Bordeaux ; [45] quibus singulis opto robur et constantiam[22] Je vous baise très humblement les mains de tout mon cœur et vous souhaite longue et heureuse vie, en vous requérant de la conservation de vos bonnes grâces et amitié toute l’année prochaine. Et moi, je serai en récompense, Monsieur, votre très humble, etc.

De Paris, ce 24e de décembre 1649.

Comme j’étais après à fermer cette lettre, j’apprends avec grande joie que le parlement de Toulouse [46] a donné arrêt d’union avec ceux de Bordeaux, dont je suis ravi. Utinam non sit falsum ! [23] Adieu, Monsieur, etc.


a.

Reveillé-Parise, no ccxix (tome i, pages 504‑508) ; Jestaz no 22 (tome i, pages 564‑568) d’après Reveillé-Parise

1.

Le libraire de Lyon Jean-Antoine ii Huguetan avait fait présent à Guy Patin de l’Encyclopædia universa de Johann-Heinrich Alsted (Alstedius), qu’il avait rééditée à Lyon en 1649 (v. note [11], lettre 203). Dans sa lettre à Spon du 24 mars 1648, Patin avait fait état de sa vaine recherche du portrait d’Alstedius dont Huguetan et son associé Marc-Antoine Ravaud voulaient orner leur ouvrage.

Cette gravure, dessinée par Cl. Audran, figure en tête du livre, entourée de cette légende, Iohannes-Henricus Alstedius, philosophiæ sacræ ac profanæ doctor. Ætatis lii. [Johannes-Henricus Alstedius, docteur en philosophie sacrée et profane. En sa 52e année d’âge], et avec ce distique :

Nosse qui potest figuram Mentis Alstedi tuæ,
Gurgitem eruditionis detegit Vastissimum.

Car. Spon F.

[Ô Alstedius ! qui peut connaître l’expression de ton intellicence, découvre un très profond abîme d’érudition.

Ch. Spon l’a écrit].

2.

« Je suis par nature ami de la vérité [φιλαληθης]. »

Guy Patin renvoyait au soi-disant portrait de Gerardus Johannes Vossius {a} qui figure en tête de ses :

Gerardi Ioannis Vossii Commentariorum Rhetoricorum, sive Oratorium Institutionum Libri sex, Quarta editione auctiores, et emendatiores.

[Six livres de Commentaires rhétoriques, ou Institutions oratoires, de Gerardus Johannes Vossius, augmentés et plus corrects dans cette quatrième édition]. {b}


  1. Sans légende, il est en tous points le même (quoique plus finement dessiné) que celui de Johannes Henricus Alstedius qui est référencé dans la note [1] supra. De toute évidence, les éditeurs de ce livre s’étaient mépris, car ce portrait est celui d’Alstedius, et non de Gerardus Johannes Vossius (v. note [3], lettre 53) ; mais Patin ne leur en imputait pas le tort, pensant que c’étaient leurs confrères de Lyon qui s’étaient mépris. Il est vrai que les deux personnages se ressemblaient un peu.

  2. Leyde, Ioannes Maire, 1643, in‑4o.

3.

Clabaudeur : « grand criailleur qui clabaude [aboie fortement comme font les chiens clabauds (à grandes oreilles)]. »

V. note [18], lettre 146, pour le temple de Charenton et ses pasteurs réformés.

4.

François Véron (Paris 1578-Charenton 6 décembre 1649), entré dans la Compagnie de Jésus en 1595, avait enseigné la philosophie et les humanités. En 1606, il professait la théologie morale à Rouen ; il s’adonna ensuite à la prédication et devint l’un des plus célèbres adversaires des réformés. Il avait quitté la Compagnie en 1620 pour prendre la cure catholique de Charenton (v. note [18], lettre 146). Des lettres patentes du 19 mars 1622 lui accordèrent l’autorisation de prêcher sur les places publiques et de disputer avec tous sans obstacle. Comme Guy Patin, le P. Labbe, qui pouvait le bien savoir, dit qu’il mourut non pas à Charenton, mais à la maison professe de Paris. Le Clergé français, reconnaissant de ses efforts, lui avait alloué une pension de 600 livres et avait payé l’impression de ses ouvrages (G.D.U. xixe s. et Sommervogel).

Trois titres donnent une modeste idée de sa très copieuse production :

5.

« excellent homme et bon catholique [de l’ancienne foi]. »

Secrétaire du coadjuteur, Guy Joly (v. note [9], lettre 180) était petit-neveu de Guy Loisel, conseiller au Parlement, et neveu du chanoine Claude Joly chez qui il logeait au cloître Notre-Dame. Ce chanoine avait écrit une vie des Loisel, Antoine i et son fils Guy, qu’il avait respectivement pour grand-père et pour oncle. Guy Patin avait envoyé ce livre à Charles Spon (lettre du 24 décembre 1643, note [3]).

6.

Guy Patin avait conclu sa précédente lettre à Charles Spon, datée du 3 décembre, en disant qu’il ne lui écrirait sans doute plus avant la nouvelle année.

L’attentat contre Guy Joly, qui faillit rallumer la Fronde déliquescente du Parlement, avait sans doute été ce qui lui fit reprendre plus tôt la plume. Furieux de ne toujours pas toucher les dividendes qui leur étaient dus, les rentiers de l’Hôtel de Ville s’étaient assemblés à plusieurs reprises et avaient, pour les défendre, élu syndics douze des leurs. Trouvant là une belle occasion de relancer les troubles, les frondeurs avaient noyauté cette agitation, mais se heurtèrent à l’interdiction des assemblées de rentiers par le Parlement. Voyant que l’affaire allait s’enliser dans les méandres de la procédure, les frondeurs conçurent un stratagème pour provoquer l’exaspération des bourgeois : simuler une tentative d’assassinat contre Guy Joly, qui était l’un des syndics élus et un compère du coadjuteur. Le 11 décembre, comme Joly sortait de chez le président Charton (v. note [2], lettre 216), antimazarin convaincu et autre syndic des rentiers, un cavalier tira des coups de pistolet sur son carrosse, le blessant légèrement au bras. Joly et Charton déposèrent une plainte devant le Parlement.

Journal de la Fronde (volume i, fo 151 ro, ) :

« Il fut résolu seulement qu’il {a} en serait informé, et MM. Doujat et de Champrond {b} furent députés pour se transporter l’après-dînée sur le lieu où le coup avait été fait ; et cependant, le marquis de La Boulaye, {c} s’étant trouvé au Palais et ayant parlé au président Charton comme il arrivait, fut aux environs du Palais, le pistolet à la main, criant aux armes et qu’on fermât les boutiques ; ce que les bourgeois ne voulurent pas faire, mais quelques-uns en fort petit nombre sortirent avec des armes et la plupart des autres accoururent dans les marchés où tout le pain fut aussitôt enlevé. Enfin, ce marquis fut accompagné par ceux qui lui avaient obéi chez M. le coadjuteur, qui ne fut pas content de sa visite. Delà, il {d} fut voir M. Joly qui est aussi logé dans le cloître Notre-Dame et s’en retourna chez lui l’après-dînée à cheval accompagné de 12 cavaliers. Son action l’a fort noirci à la cour et tout Paris croit que c’est une pièce que les frondeurs ont faite exprès pour faire soulever le peuple et trouver moyen de perdre M. le cardinal ; en quoi n’ayant pu réussir, l’on commence à se moquer d’eux et tout le monde dit que la fronderie est à bas. »


  1. Le Parlement.

  2. V. note [28], lettre 391.

  3. Peut-être agent de Mazarin.

  4. La Boulaye.

Le soir du même 11 décembre, le prince de Condé, ayant été faussement avisé qu’on conspirait contre lui, envoya son carrosse vide sur le Pont-Neuf où, en effet, des sbires l’attaquèrent sans autre résultat que blesser (ou tuer) un de ses laquais. Le coadjuteur s’en est plus tard catégoriquement défendu (Retz, Mémoires, pages 577-583), mais il fut accusé d’avoir fomenté ces deux attentats avec le duc de Beaufort, et Condé leur en demanda raison devant le Parlement. Les magistrats, se souvenant que M. le Prince avait naguère tant cherché à les humilier, l’engluèrent de bon cœur dans une procédure pipée (v. infra note [21]) : « celui qui savait vaincre ses ennemis dans les batailles ne pouvait souffrir d’être maltraité dans le Parlement » (Mme de Motteville, Mémoires, page 319). Mazarin a probablement été le manipulateur de ces deux affaires confuses à souhait qui brisèrent définitivement le ralliement de Condé aux restes de la première Fronde et permirent son arrestation le 18 janvier suivant, sans causer d’émotion populaire.

7.

Journal de la Fronde (volume i, fo 148 vo) :

« Avant-hier {a} au matin, le roi et M. le duc d’Anjou {b} reçurent le sacrement de confirmation, qui leur fut administré {c} par l’évêque de Meaux, {d} premier aumônier de Sa Majesté, quoique M. l’archevêque de Paris et le coadjuteur fussent tous deux en cette ville ; mais à la cour, le grand aumônier est l’évêque du roi et le premier aumônier < l’est > en l’absence du grand. »


  1. Le 8 décembre, fête de la Conception de la Vierge.

  2. Philippe, son frère puîné.

  3. Au Palais-cardinal.

  4. Dominique Séguier.

8.

V. note [20], lettre 150, pour les Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1650).

9.

Vincent ii Voiture (Amiens 1597-Paris 26 mai 1648) était le fils unique de Vincent i, marchand de vin originaire d’Amiens et fournisseur attitré de la cour. Le jeune Vincent avait mené de brillantes études au Collège de Boncourt. Entré au service de Gaston d’Orléans en 1627, il le suivit en 1632 en Lorraine, à Bruxelles et dans le Languedoc. Il entra donc avec lui à main armée en France et fut son ambassadeur auprès de la cour d’Espagne pour obtenir du duc d’Olivares des secours contre le roi de France (1633). Quand Monsieur se réconcilia avec la cour, Voiture rentra en grâce auprès de Richelieu par une lettre où il célébrait la prise de Corbie sur les Espagnols (1636, v. note [2], lettre 31) :

« Je ne suis pas de ceux qui, ayant dessein, comme vous dites, de convertir des éloges en brevets, font des miracles de toutes les actions de Monsieur le cardinal ; portent ses louanges au delà de ce que peuvent et doivent aller celles des hommes, et à force de vouloir trop faire croire de bien de lui, n’en disent que des choses incroyables. Mais aussi n’ai-je pas cette basse malignité de haïr un homme à cause qu’il est au-dessus des autres ; et je ne me laisse pas non plus emporter aux affections ni aux haines publiques, que je sais être quasi toujours fort injustes. Je le considère avec un jugement que la passion ne fait pencher ni d’un côté, ni d’autre, et je le vois des mêmes yeux dont la postérité le verra. […]

Ouvrez donc les yeux, je vous supplie, à tant de lumière, ne haïssez pas plus longtemps un homme qui est si heureux à se venger de ses ennemis, et cessez de vouloir du mal à celui qui le sait tourner à sa gloire et qui le porte si courageusement. Quittez votre parti devant qu’il vous quitte ; aussi bien, une grande partie de ceux qui haïssaient Monsieur le cardinal se sont convertis par le dernier miracle qu’il vient de faire. […]

Aussi ce grand esprit qui n’a été occupé jusqu’à présent qu’à songer aux moyens de fournir aux frais de la guerre, à lever de l’argent et des hommes, à prendre des villes et à gagner des batailles, ne s’occupera désormais qu’à rétablir le repos, la richesse et l’abondance. Cette même tête qui nous a enfanté Pallas armée, nous la rendra avec son olive, paisible, douce et savante, et suivie de tous les arts qui marchent d’ordinaire avec elle. Il ne se fera plus de nouveaux édits que pour régler le luxe et pour rétablir le commerce. […]

Alors les ennemis de Monsieur le cardinal ne sauront plus que dire contre lui, comme ils n’ont su que faire jusqu’à cette heure. Alors les bourgeois de Paris seront ses gardes et il connaîtra combien il est plus doux d’entendre ses louanges dans la bouche du peuple que dans celle des poètes. »

En 1638, Voiture fut celui que la cour envoya à Florence pour notifier au grand-duc la naissance du fils de Louis xiii. Maître d’hôtel du roi, interprète des ambassadeurs chez la reine, premier commis du contrôleur général des finances, etc., ce bel esprit fut comblé de plus de grâces (au bas mot 18 000 livres de rente) que tous les grands génies du siècle de Louis xiv ensemble. Adulé des plus grands, un mot de lui, un quatrain étaient répétés, commentés et admirés sans réserve. Telle fut la fameuse querelle des uranistes et des jobelins : c’est ainsi qu’on nommait respectivement à la cour les partisans du sonnet d’Uranie (v. notule {b}, note [6] du Borboniana 7 manuscrit, pour cette Muse) par Voiture et ceux de Job par Isaac de Benserade (v. note [2], lettre 889). Après de longs débats, le prince de Conti, chef des jobelins, termina cette lutte en disant des deux sonnets : « L’un est plus grand, plus élevé, mais je voudrais avoir fait l’autre. »

Les Œuvres de Voiture ont été publiées pour la première fois en 1650 (Paris, Augustin Courbé, in‑4o), deux ans après son décès : il n’avait rien publié de son vivant, prédisant que quelque sot prendrait cette peine après sa mort. Elles se composent principalement de poésies et de lettres ; Guez de Balzac et lui étaient les deux épistoliers en vogue. Plein d’esprit, de facilité et d’instruction, Voiture n’a cependant su tirer d’autre parti de ses talents que de donner une forme littéraire au caquetage des ruelles (v. note [4] du Faux Patiniana II‑4), à ce jargon précieux dont Molière a fait justice et qui passait alors pour la dernière expression du sublime (R. et S. Pillorget et G.D.U. xixe s.).

10.

Ce passage a été repris dans une lettre factice des éditions précédentes, datée du 15 septembre 1650 (à Spon dans Bulderen, no xliv, tome i, 126‑127 ; à Falconet dans Reveillé-Parise, no ccclxxxiv, tome ii, pages 558‑559). Il s’y ajoute ce commentaire sur Voiture :

« Il avait l’esprit galant mais quoiqu’on le joigne souvent à M. de Balzac pour en faire comparaison, {a} je ne fais point de doute que ce dernier ne le doive emporter de beaucoup, tant pour son érudition universelle que pour la force de son élocution. » {b}


  1. V. notes [5], lettre 323 et [3], lettre 542, pour l’âpre querelle littéraire entre Balzac et ses partisans, et les défenseurs de Voiture (après sa mort en 1648).

  2. L’Esprit de Guy Patin a repris et étendu cet appendice (v. note [19] du Faux Patiniana II‑2).

11.

« si vous voulez en croire un ami » : si quicquam credis amico (Ovide, Les Tristes, livre iii, élégie iv, vers 3).

12.

Guy Patin joignait une lettre à Pierre Garnier, qu’il demandait à Charles Spon de lire avant de la remettre à son destinataire. Le sujet, on le voit, était l’un des deux procès pour lesquels Garnier sollicitait les conseils de Patin (v. note [51], lettre 209). En qualifiant Garnier de « pauvre homme en bonne résolution », Patin voulait dire qu’il manquait de capacité à se défendre avec de bons arguments.

13.

Thèse de Charles Guillemeau sur la Méthode d’Hippocrate, augmentée de onze observations en français écrites avec Guy Patin (Paris, 1648, v. note [2], lettre 158).

14.

Dans le traité « sur la circulation du sang » (contre William Harvey) de l’Anthropographie de Jean ii Riolan (Opera anatomica vetera… v. note [25], lettre 146), à la page 596 du chapitre xxii, Circulationis sanguinis utilitas confirmatur ad usum medendi [Preuves que la circulation du sang est utile pour soigner], on trouve cet avis sur les médicaments cardiaques (v. note [28], lettre 101) :

Quod spectat ad cardiaca et roborantia, rectum eorum usum indicat circulatio. In arte Medica cardiacorum speciosus est titulus, commendatio eximia, materia preciosa, sed abusus maximus, imo sæpe perniciosus. Horum quædam manifestis qualitatibus agunt, alia occultis, sive proprietate quadam, quæ peritis Medicis valde est suspecta et insida&nbso;: ut autem perfecte cognoscamus, quænam sint dotes, sive virtutes medicamentorum cardiacorum, scire convenit quid sit cardiacum. Illud est, quod vires, sive robur Cordis conservat, instaurat, ac præservat a putredine. Vis autem et robur Cordis consistit in eius temperie, et substantiæ integritate, id est, in calido innato, sive humido primigenio puro, nec inquinato. Calidum istud innatum conservatur, instauratur puro et laudabili sanguine, et spiritu : laudabiles spiritus cuduntur, et fabricantur in Corde, qui sunt vectores istius calidi, à Corde assidue manantis et fluentis in universum corpus. Inde cognosces, quid sperare liceat ab illa materia quæ est inodora, insipida, inepta ad fumum et spiritum producendum. Quare spirituosa cardiaca calida, vel temperata per circulationem sanguinis delata ad Cor possunt eius robur conservare, vitium emendare : atque cum sanguinis virtus a Corde procedat, ferme in omnibus morbis, istius partis potissimum habenda ratio, tam sumptis, quam admotis cardiacis.

[Quant aux médicaments cardiaques et fortifiants, la circulation nous indique la manière dont il faut correctement les employer. Dans l’art médical, la dénomination de cardiaques est spécieuse : c’est une recommandation éminente, une matière précieuse, mais aussi un abus immense et même souvent pernicieux. Certains d’entre eux agissent par des qualités manifestes, d’autres par des qualités occultes, ou par une certaine propriété que les médecins expérimentés jugent très suspecte et trompeuse. Pour connaître ce que pourraient être les qualités ou vertus des médicaments cardiaques, il convient de savoir d’abord ce qu’est un cardiaque. C’est ce qui conserve les forces, ou l’énergie du cœur, en les engendrant et les préservant de la putréfaction. La force du cœur, tout comme son énergie, repose sur son bon équilibre et sur l’intégrité de sa substance ; c’est-à-dire sur la chaleur innée {a} ou sur l’humide radical, {b} pur et non souillé. La chaleur innée est engendrée et conservée par un sang pur et louable, ainsi que par un esprit de même qualité. Les esprits louables sont forgés et élaborés dans le cœur ; ils sont les vecteurs de cette chaleur, se répandant et s’écoulant dans tout le corps depuis le cœur. Par là, vous connaîtrez ce qu’il est permis d’attendre de cette matière qui est inodore, insipide, incapable de mener à la fumée et à l’esprit. C’est pourquoi les chaleurs cardiaques spiritueuses ou bien préparées par la circulation du sang, transportées vers le cœur, peuvent conserver son énergie et corriger sa défectuosité : et puisque la vertu du sang procède du cœur, il faut, dans presque toutes les maladies, tenir puissamment compte de cette partie, tant par le choix que par l’administration des cardiaques].


  1. V. première notule {a}, note [14], lettre 150.

  2. V. note [8], lettre 544.

Comprenne qui pourra ! Même en admettant la circulation selon Riolan (v. note [1] de l’observation iii), où le sang était animé d’un mouvement de va-et-vient (flux et reflux linéaire, mais non circulaire) lui permettant d’être rafraîchi (tempéré) dans le cœur au contact de l’air renouvelé dans les poumons, ce discours reste obscur et contradictoire.

15.

« Vous déplorez fort cependant qu’on soit aveuglé au point de s’adonner tristement à cette ignoble hérésie de la secte arabe qui s’appuie sur les seuls apothicaires, les plus nuls des bipèdes » ; nequissimus bipedum est une expression empruntée à Pline le Jeune (v. note [9], lettre 674).

16.

« dont le Titan a façonné les cœurs de la meilleure argile » (Juvénal, Satire xiv, vers 35).

Le Titan était Prométhée, fils de Japet et de Clymène, « le premier qui forma l’homme du limon de la terre. Minerve l’enleva au ciel, d’où il ravit le feu céleste pour animer son ouvrage. Jupiter, indigné de ce larcin, ordonna à Mercure de l’attacher sur le mont Caucase, où un aigle, fils de Typhon et d’Échidna, devait lui dévorer éternellement le foie » (Fr. Noël).

17.

Le solstice d’hiver, moment où le jour est le plus court, survient entre les 20 et 23 décembre (le 21 en 1649).

18.

« et il devra cette grâce à la douceur printanière ».

19.

Le duc d’Orléans, frère de Louis xiii, soutenait mollement le prince de Condé dans le procès qu’il avait engagé devant le Parlement contre le coadjuteur et le duc de Beaufort ; mais Guy Patin n’a pas parlé de l’attaque contre le carrosse de M. le Prince, cause de sa hargne renouvelée contre les frondeurs.

20.

Mme de Motteville, Mémoires, page 317 :

« Au dîner de la reine, {a} le duc de Bouillon-La Marck, beau-père de La Boulaye, vint trouver la reine pour lui dire que son gendre, ayant appris qu’on voulait lui rendre de mauvais offices auprès de Sa Majesté, l’avait prié de la venir assurer qu’on l’accusait à tort d’avoir voulu émouvoir le peuple à sédition ; qu’il n’avait point eu cette pensée et n’en était pas capable. Il lui dit qu’il était bien vrai qu’ayant trouvé des gens qui l’avaient voulu assassiner, il avait appelé à son secours seulement pour sa défense, et point du tout avec intention de manquer au respect qu’il lui devait. La reine lui répondit froidement ces mêmes mots que je pris soin de retenir : “ J’ai bien ouï dire qu’on a tiré un coup de pistolet sur un conseiller du Châtelet, {b} mais non pas qu’on ait attaqué votre gendre. Au contraire, on m’a assurée qu’il avait couru les rues avec un pistolet à la main pour émouvoir le peuple, et crié dans le Palais Aux armes ! Je souhaite que ce que vous me dites en sa défense se trouve vrai. Cependant je ferai informer pour savoir ce qui en est. ” La Boulaye ayant mal réussi dans son dessein, le coadjuteur et lui avaient trouvé qu’il fallait faire cette mauvaise excuse afin de montrer du moins qu’il n’avait pas la hardiesse de l’avouer. »


  1. Le samedi 11 décembre.

  2. Guy Joly.

21.

Le 22 décembre, le Parlement siégea sans discontinuer.

Journal de la Fronde (volume i, fos 158 ro‑159 ro) :

« M. le duc d’Orléans et M. le Prince entrèrent au Parlement devant le jour, à la clarté des flambeaux, avec M. le prince de Conti et plus grand nombre de ducs et pairs qu’aux précédentes assemblées. M. de Beaufort ne manqua pas de s’y trouver et quoique la reine eût envoyé dès le soir du jour précédent un gentilhomme à M. l’archevêque de Paris pour le prier d’y assister afin d’empêcher M. le coadjuteur d’y être, ne pouvant entrer que l’un en l’absence de l’autre, néanmoins, celui-ci ne manqua pas de s’y trouver, M. l’archevêque s’en étant excusé sur son indisposition à cause (dit-on) qu’il est mécontent de ce qu’on fit naguère, sans sa permission, administrer au roi le sacrement de confirmation par M. l’évêque de Meaux. {a} Les séances étant prises, on voulut parler de la requête de M. Joly, mais M. le président de Mesme dit qu’il fallait auparavant parler de l’affaire qui concernait l’État et les personnes royales ; et en même temps, l’on apporta les informations qui avaient été faites, la lecture desquelles dura cinq heures ; et après, l’on appela Messieurs les Gens du roi qui étant entrés, y donnèrent leurs conclusions, portant décret d’ajournement personnel contre le président Charton et contre M. Joly, et que M. de Beaufort, M. le coadjuteur et M. de Broussel seraient assignés pour être ouïs sur ce qui est dit contre eux. Il y avait encore décret de prise de corps contre La Boulaye, de Cottures et sa femme, de Blot, de Martineaux, de Portail, avocat au Parlement, Germain et quelques autres. Les trois principaux témoins qui déposent dans l’information se nomment Pichon, Charbonnière et Le Béarnois, qu’on tient être tous gens de néant et qui ont tous trois une lettre de cachet du roi par laquelle ils ont permission d’entrer dans toutes sortes de compagnies pour y parler d’affaire d’État, pour et contre, sans qu’ils en puissent être en aucune façon recherchés. Ce qu’ils disent contre M. de Broussel n’est autre chose sinon que le marquis de La Boulaye fut deux fois chez lui le 11 décembre, après avoir voulu émouvoir la sédition ; et ce qu’ils disent contre M. Joly est qu’il a dit à des personnes qu’il fallait se défaire de M. le Prince et du premier président. Étant question d’opiner, M. le premier président dit qu’il fallait donc que M. de Beaufort, M. le coadjuteur et M. de Broussel se retirassent, ne pouvant pas être juges dans cette affaire dans laquelle ils étaient compris, ce qui les obligea de se lever pour sortir entièrement ; mais comme ils s’en allaient, M. Coulon {b} courut après eux et les retint, en sorte qu’ils demeurèrent hors du barreau, {c} disant qu’ils ne devaient pas sortir jusqu’à ce qu’on eût opiné sur cela. En même temps, M. de Broussel se leva et dit que puisqu’on récusait M. de Beaufort et M. le coadjuteur, qu’on devait aussi à plus forte raison récuser M. le Prince et M. le prince de Conti qui étaient parties dans cette affaire ; et M. le premier président aussi, puisqu’on accusait M. de Champlâtreux, {d} son fils, d’avoir voulu faire assassiner M. Joly, outre qu’il était leur partie secrète et leur ennemi particulier. Sur quoi il y eut de si grandes contestations qu’on fut à opiner jusqu’à quatre heures après midi, que les avis furent réduits à deux : l’un de 87 voix qui allaient à ce que M. de Beaufort, M. le coadjuteur et M. de Broussel passassent le barreau après avoir fait déclaration sur ce qui était contenu dans les informations, et que le Parlement y délibérerait ; et l’autre de cent voix qui portaient qu’ils soutiendraient l’assemblée, ce qui fut ainsi arrêté. MM. de Vendôme, de Mercœur {e} et d’Elbeuf ne voulurent pas opiner. M. de Beaufort et M. le coadjuteur sortirent alors avec M. de Broussel, avec permissions de donner leurs récusations contre qui bon leur semblerait. Sur cela l’assemblée fut remise au lendemain. Le soir du même jour M. de Beaufort et M. le coadjuteur furent au palais d’Orléans pour se justifier à Son Altesse Royale {f} de tout ce dont ils étaient accusés dans les informations, et la prièrent à croire que c’étaient des calomnies qu’on leur avait imposées par de faux témoins qu’on avait corrompus pour les perdre. Sadite Altesse leur fit bon visage et eut une assez longue conférence avec eux, après quoi l’on remarqua que M. de Beaufort dit à Sadite Altesse que M. le premier président avait eu la malice de s’en prendre à son honneur et de le pousser jusqu’au bout, mais qu’il le ferait bien dénicher de son coin. Ce furent ses propres termes. »


  1. V. supra note [7].

  2. V. note [39], lettre 294.

  3. Bancs où se mettent les avocats dans les chambres d’audience, et qui entourent le parquet (Furetière).

  4. V. note [8], lettre 214.

  5. Les père et frère de Beaufort.

  6. Gaston d’Orléans.

22.

« je leur souhaite à tous force et fermeté. »

Journal de la Fronde (volume i, fo 158 ro, décembre 1649) :

« On travaille ici à l’accommodement de l’affaire de Bordeaux avec d’autant plus de raison qu’on a su certainement que les Bordelais ont refusé non seulement le secours que les étrangers leur ont offert, mais encore un parti d’huguenots de France qui leur a été offert par M. de La Force. Cet accommodement fut fort avancé le 21 dans le Palais-Royal où le Conseil dura depuis deux heures après midi jusqu’à dix heures du soir ; et à la sortie, l’on publia que tout était accommodé et qu’on avait accordé aux Bordelais à peu près tout ce qu’ils avaient demandé. Les articles qu’on en dit sont : qu’il y aura amnistie générale de tout le passé ; que le château Trompette demeurera en l’état qu’il est à présent, c’est-à-dire tout démoli du côté de la ville, à la réserve d’un logement où le roi mettra un exempt des gardes jusqu’à sa majorité, sans aucune garnison ; que la citadelle de Libourne sera rasée ; que la Cour des aides de Guyenne sera renvoyée à Agen jusqu’à ce qu’on ait délibéré si l’on la supprimera ; que l’imposition de six livres par tonneau de vin qui sort de Bordeaux sera révoquée. Quant au changement de M. d’Épernon, l’on assure que, par un article secret, il est arrêté qu’il sera mandé en cour où il sera retenu deux ans sans pouvoir retourner en Guyenne et que cependant, {a} il demeurera gouverneur ; à quoi on ajoute qu’il doit désarmer le premier, à condition qu’en même temps les Bordelais donneront des otages au maréchal du Plessis pour assurance qu’ils désarmeront ; mais il restait encore quelque difficulté qu’on dit avoir été accommodée hier au soir et que la déclaration en a été envoyée ce matin au maréchal du Plessis, qui est encore à Blaye, pour la faire accepter aux Bordelais. » {b}


  1. En attendant.

  2. Le parlement de Bordeaux allait ratifier cette paix le 5 janvier 1650.

23.

« Dieu fasse que ce ne soit pas faux ! »

Journal de la Fronde (volume i, fo 159 vo, Paris, le 24 décembre 1649) :

« On écrit de Toulouse, du 15 de ce mois, que le parlement s’y assemblait tous les jours à l’instance du président de Langoyran, député de celui de Bordeaux, qui y sollicitait l’union des deux parlements, laquelle devait être arrêtée le lendemain, et l’on y voyait les esprits fort disposés. » {a}


  1. La paix de Bordeaux périma ce projet de réunion des deux parlements.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 décembre 1649

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(Consulté le 20/04/2024)

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