L. 325.  >
À Charles Spon, le 16 septembre 1653

< Monsieur, > [a][1]

Je vous écrivis ma dernière par la poste le mardi 26e d’août, laquelle était de quatre grandes pages, et vous envoyai un certain imprimé in‑4o sur la mort de feu mon bon ami M. Naudé [2] que je regrette à toute heure. [1] On a donné avis à Mme d’Aiguillon [3] de ce que feu M. Rigault [4] avait dit de son oncle, le cardinal de Richelieu, [5] dans la Vie de M. Dupuy[6] page 39. Elle y a donné ordre et en a fait refaire le carton, en faisant ôter le mal qui y était et y faisant mettre des louanges de ce tyran. [2] Il y en a encore un autre où l’on a changé quelque chose en faveur du Mazarin [7] au bas de la page 58. [3] Je vous envoie l’un et l’autre, afin que les mettiez dans le vôtre. [8] Je vous invite derechef et vous supplie de vous souvenir de feu notre bon ami M. Naudé qui a été un excellent personnage et vraiment homme d’honneur, vetus et constans, generosus et fidus amicus[4] J’apprends qu’il y a ici plusieurs savants qui travaillent sur ce même dessein.

Mais voilà que je reçois la vôtre du 22e d’août, de laquelle je vous remercie, avec celle de M. Guillemin. [9] Je souhaite à M. Garnier [10] une heureuse délivrance de sa fièvre tierce, [11] quod frustra sperabit, per topica et amuleta. Evacuantia ad hoc requiruntur[5][12][13] À ce que vous me racontez du charlatan J.‑B. Damascène, [6][14] je reconnais que votre magistrat n’est point plus sage que le nôtre. J’ai pitié du genre humain lorsque je vois tant de désordres ; néanmoins, je n’y sais aucun remède. Quamdiu erunt homines, tamdiu vigebunt errores et hæreses[7] Mais de quel pays vient votre Damascène ? Je m’imagine qu’il est provençal, gascon ou du Languedoc car voilà des provinces à charlatans. [15] Je vous remercie de vos quatre vers en l’honneur de M. Naudé. J’aurai soin de les faire insérer dans le recueil qu’on en fera. [8] Si vous voulez en faire encore d’autres ou quelque prose, selon votre loisir, vous le pouvez hardiment entreprendre, le temps ne vous presse point. Le pauvre ami était de tel mérite que j’en porterais volontiers le deuil sur le dos et publiquement, aussi bien comme je le porte dans le cœur.

Le roi [16] est parti aujourd’hui au matin avec la reine, [17] le Mazarin et belle compagnie pour aller coucher à Compiègne [18] où se rendra Pigneranda, [19] plénipotentiaire d’Espagne, pour y traiter d’un accord, lequel sera tout au moins une trêve qui sera un acheminement à la paix générale. Fiat, fiat ! [9] L’on a envoyé contentement à ceux de Bordeaux [20] et le parlement demeurera dans leur ville. Le cardinal de Retz [21] est encore dans le Bois de Vincennes. [22] Le mois prochain il sera mené dans Pierre-Ancise, [10][23] et le roi viendra passer quelque temps dans le Bois de Vincennes [24] pour aller à la chasse partout alentour. Le cardinal a cherché un médecin qui se voulût enfermer dans la prison avec lui. Enfin, il en a trouvé un après que plusieurs l’ont refusé : M. Vacherot [25] s’est enfermé avec lui moyennant 4 000 livres par an qu’on lui promet et dont on lui a avancé la première année. [11] Ce cardinal ne perdra pas tout son argent, il a assez bien et heureusement rencontré en ce choix-là : M. Vacherot est savant, d’un riche entretien et de bonne compagnie ; il est même un petit < peu > débauché, il boit assez volontiers et emplit aussi son capuchon, [12] et après il dit merveille ; c’est un grand garçon d’environ 54 ans, homme veuf qui n’a qu’un enfant.

Clinchant, [26] qui était un des lieutenants du duc de Lorraine, [27] est mort de fièvre continue [28] dans l’armée du prince de Condé ; [29] et le chevalier de Guise, [30] qui était du même parti, est mort à Cambrai [31] d’une double-tierce. [13] Mme la princesse de Condé [32] avec son fils, le duc d’Enghien, [33] et quelques officiers s’est embarquée à Bordeaux, s’est reposée à Belle-Île [34] en Bretagne et puis est allée chercher son mari. [14] Elle est arrivée à Dunkerque [35] à ce que portent les lettres qui en viennent. Le cardinal de Retz a tout à fait refusé de bailler sa démission de l’archevêché de Paris et < dit > qu’il ne la donnera jamais ; même, il a donné charge qu’on le dise à tout le monde.

La reine d’Espagne [36] est accouchée avant terme ; elle était grosse d’un garçon. [15] Quelle perte pour cet enfant que tant de belles couronnes ! La maréchale de Rantzau [37] ayant eu envie de se rendre religieuse, a demeuré divers temps en plusieurs monastères ; enfin, elle s’est mise et réduite aux Filles-Bleues [38] où elle a pris l’habit le 9e de ce mois, [16] qui est un spectacle auquel sont courues presque toutes les femmes de Paris. Voilà un lieu d’honnête retraite pour une veuve de maréchal, laquelle n’a guère de bien. De Compiègne, le roi est allé à Amiens [39] pour en faire prendre la possession du gouvernement à M. l’Éminentissime qui est en si belle posture de bonne fortune que tout lui vient à souhait ; delà il est allé à Abbeville. [40]

Je vous rends grâces des beaux vers que j’apprends que vous avez encore faits en l’honneur de notre bon ami feu M. Naudé, j’aurai soin en temps et lieu de les faire mettre dans le recueil qui s’en fera. J’apprends que plusieurs se mettent en état d’en faire, et même qu’un nommé Petit [41] en fait imprimer une élégie in‑4o ; [17] c’est M. Mentel, [42] notre collègue, qui me l’a dit ce matin.

J’apprends que celui qui a donné avis à la duchesse d’Aiguillon de ce que M. Rigault avait mis dans La Vie de M. Dupuy contre le cardinal de Richelieu et au Mazarin de l’autre passage, [3] est un certain prêtre fort intéressé nommé M. Du Saussay, [43][44] curé de Saint-Leu et Saint-Gilles, [45] et official de Notre-Dame de Paris. [46] C’est lui qui a fait ôter ce qu’il y avait de bien et qui y a remis le galimatias que je vous envoie, et tout cela par flatterie pour tâcher d’attraper un évêché qui est celui de Toul [47] en Lorraine, auquel il a été nommé par la reine ante aliquot annos[18] et dont néanmoins il ne peut venir à bout, le messer Papa [48] ne voulant pas lui en donner les bulles, [49] etc.

M. Thomas Bartholin [50] m’a écrit de Danemark et m’a envoyé un sien petit livre nouveau intitulé Dubia anatomica de vasis lymphaticis[51][52] lequel même il m’a dédié. [19][53] Je l’ai tout à l’heure et sur-le-champ envoyé à M. Riolan, [54] qui sans doute l’examinera et le contrôlera pour faire mettre à la fin de son livre qu’on imprime in‑8o[20] Vous feriez grand plaisir à M. Meyssonnier [55] de lui procurer de la sagesse et du repos d’esprit. Je vous prie de ne lui rien dire de moi, ni en bien, ni en mal. Pourvu qu’il ne m’écrive plus, je l’en quitte. M. Bourdelot [56] m’est venu visiter deux fois céans. On le voit passer par la ville dans une chaise suivi de trois estafiers. Il se vante d’avoir fait des miracles en Suède (mais je pense que ce sont de tels miracles [57] que ceux des jésuites au Japon) [58][59] et qu’il y a merveilleusement gagné. Pour moi, il ne m’a rien dit de pareil, il se doute bien que je ne le croirais point. Néanmoins, je tiens pour certain qu’il a fait tout ce qu’il a pu pour s’y enrichir car il ne pense qu’à cela. Vous lui écrirez si vous voulez ; mais comme il n’est pas homme à faire plaisir à personne et que tout son fait n’est que vanité, il vaut autant le laisser là dans sa belle fortune.

Le mariage des princesses nièces [60] de l’Éminentissime sera la matière pour l’hiver prochain, avec les ballets que cet homme chérit si fort. Je ne doute point que les jésuites [61] n’aient contribué à ce nouveau désordre du Vivarais. [21] Ils ne peuvent s’empêcher de se mêler partout, ce sont de francs hypocrites qui font les saintes nitouches pour pénétrer partout et pour en attraper ; [22] ils font comme les Turc, les courtisans et les partisans. Vario modo grassantur, sed una mens est perdere humanum genus[23]

Les médecins n’eurent jamais si bon temps à Paris qu’ils ont maintenant : les capitaines sont à la guerre, les courtisans avec le roi, le Parlement en vacances, les bourgeois aux vendanges ; [62] et ainsi nous nous reposons. J’ai beau aller deçà et delà, je ne rencontre personne qui soit bien empêché. Je souhaiterais volontiers que ce bon temps durât in plures annes[24] pour le soulagement du public ; mais quoi qu’il arrive, je vous assure que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Paris, ce 16e de septembre 1653.


1.

Outre l’Epicedium de Pierre Petit (v. infra note [17]), paraissait alors un opuscule intitulé :

Rolandi Maresii in Gabrielem Naudæum Epicedion.

[Épicède de Rolandus Maresius {a} pour Gabriel Naudæus]. {b}


  1. Roland Desmarets a correspondu avec Guy Patin. Un épicède est un poème sur la mort d’un être cher.

  2. Sans lieu ni nom ni date, in‑4o de 3 pages. Ce texte n’a pas été repris dans le Naudæi Tumulus [Tombeau de Naudé] (Paris, 1659, v. note [11], lettre 324).

2.

V. note [7], lettre 307, pour les deux éditions de la Viri eximii Petri Puteani… [Vie de Pierre Dupuy, homme éminent] de Nicolas Rigault, la première en 1652 et la seconde (censurée) en 1653.

Déjà mentionnées dans la lettre à Charles Spon, datée du 1er avril 1653, les pages 39 et 40 de la première sont les deux dernières du carton (cahier) E : v. note [27], lettre 308, pour la transcription du passage contre Richelieu.

3.

La réclamation de Mme d’Aiguillon (v. note [62], lettre 101) a modifié une phrase à la page 58 des deux éditions de la Vita Puteani :

  • 1652

    Etenim satis intelligebat, illa Regis adhuc ætatula, novis regni ministris, æque ac decessoribus suis necessarias esse pacis differendæ moras, aut evitandæ, rationes.

    [Et en effet il {a} comprenait bien, qu’à cet âge encore tendre du roi, {b} pour les nouveaux ministres de l’État, comme avaient fait leurs prédécesseurs, il était nécessaire de retarder la paix ou même de l’éviter].

  • 1653

    Etenim satis intelligebat, illam Regis adhuc ætatulam rebus suis favere, nostris esse contrariam Regni hostes persuasos, pacis differendæ, aut disturbandæ vias omnes tentaturos.

    [Et en effet il {a} comprenait bien que l’âge encore tendre du roi lui était favorable, mais était contraire à nos intérêts car les ennemis de l’État {c} étaient convaincus de retarder ou même d’empêcher la paix par tous les moyens].


    1. Pierre Dupuy (1582-1651).

    2. L’« âge encore tendre du roi » et la suite, Inter hæc Puteanus noster consenuit [En ce temps-là, notre cher Dupuy avait atteint un âge avancé], réfèrent bien ce blâme au ministère de Mazarin, sans épargner son prédécesseur, Richelieu, dont sa nièce ne tolérait pas qu’on critiquât, même obliquement, la politique.

    3. Les Espagnols.

4.

« un vieil et fidèle ami, noble et loyal » ; v. note [11], lettre 324, pour la sollicitation réitérée à Charles Spon de prêter sa plume aux éloges de Gabriel Naudé.

5.

« qu’il espérera en vain obtenir en recourant aux topiques [v. note [2], lettre 213] et aux amulettes. C’est d’évacuants qu’on a besoin dans un tel cas. »

Amulette est un substantif masculin dans le sens, aujourd’hui oublié, de « sorte de médicament qui par une faculté occulte a le pouvoir de guérir plusieurs maladies quand on le porte sur soi ou pendu au cou. Il y a de deux sortes d’amulettes, dont l’un ne consiste qu’en caractères, en figures et en paroles, et il est rejeté par les médecins comme ridicule. L’autre, qui se fait avec des simples qu’on attache au cou ou à quelque autre partie du corps, est reçu parmi eux comme merveilleux et infaillible, et non seulement il guérit divers maux, mais il préserve de plusieurs maladies, dont l’effet est empêché par la vertu des médicaments qui le composent » (Thomas Corneille).

6.

Jean-Baptiste Damascène (c’est-à-dire originaire de Damas, en Syrie) ne doit être confondu ni avec Jean Damascène, médecin perse du ixe s. assimilé à Mésué ou à son fils (v. note [25], lettre 156), ni avec saint Jean Damascène, docteur et Père de l’Église (v. notule {c‑ii}, note [48] du Naudæana 4). Ce Damascène-ci pratiquait et professait la médecine hermétique en divers lieux : Paris, Lyon, Marseille, selon ce qui en est dit dans trois lettres de Guy Patin (à Charles Spon et André Falconet, 1653-1657) et dans celle de Pierre Louvet (1657). Ses œuvres sont apparemment composées de cinq livres, publiés entre 1660-1661 et 1663, tout emprunts d’ésotérisme et d’astrologie ; j’en ai trouvé et feuilleté trois.

  • La Médecine de Claude Galien, maître de tous les médecins. Avec la connaissance des causes des maladies, leur pronostic, et le facile moyen de les traiter par le cours de la Lune. {a} Ouvrage très divin de l’Art de la Médecine, nécessaire à tous les amateurs de leur santé. Dédié à Monseigneur le Chancelier. Par Messire I.B. Damascène, Docteur en médecine, Conseiller du Roi en les conseils d’État, et Aumônier de sa dite Maiesté. Liber secundus ; {b}

  • Doctissimi Hermetis Trismegisti, seu ter Medicorum Magistri Medicina Dogmatica de decubitu infirmorum ex Mathematica Scientia ad Amonem Ægyptium. Par Messire I.B. Damascène, Conseiller du Roi en ses Conseils d’État, et Médecin ordinaire de sa dite Majesté. Liber tertius,

    [Médecine dogmatique d’Hermès Trismégiste, ou trois fois Maître des Médecins, {c} l’alitement des malades, tiré de la Science mathématique à Amon des Égyptiens. {d} (…) Livre troisième] ; {e}

  • Flagellum Medicorum Astronomiæ imperitorum sive Dies iuditii de Diebus decretoriis Opus Tertium. A Galeno præclaris Medicis scriptum contra medicos vulgares stollide Medicinam exercentes cuius doctrinæ nec verbum quidem intelligentes, itaut Medici nomine decorari non mereantur ; tamquam Theoriæ et practicæ (secundum authores celeberrimos) inscii. Ce présent livre est la base de toute la médecine, sans l’intelligence duquel il est défendu aux médecins par les lois divines et humaines de pratiquer ladite science, sous peine de punition corporelle. Par Messire I.B. Damascène, Conseiller du Roi en ses Conseils d’État, et Médecin ordinaire de sa dite Majesté. Secundum Seriem nostram, liber quintus.

    [Le Fouet des médecins ignorants en astronomie, ou le jour du jugement sur les jours critiques, {f} troisième ouvrage. Écrit par Galien aux très brillants médecins contre les vulgaires médecins qui exercent stupidement la médecine et ne comprennent pas même un mot de sa doctrine, au point qu’ils ne méritent pas d’être honorés du nom de médecin ; tout comme ils n’ont aucune connaissance de la théorie et de la pratique (selon les auteurs les plus célèbres) (…) Cinquième livre suivant l’ordre de notre série]. {g}


    1. Le texte imprimé en latin et français juxtalinéaires sous ce double titre :

      Medicina Galeni. Iacobo Antonio Mariscotto Florentino Medico interprete.
      De Luneatum Motus, tum luminis incremento, ac decremento, quocunque loco Zodiaci sit, variaque eiusdem cum reliquis Planetis configuratione.

      « La Médecine de Galien. Traduite de nouveau en langue française, pour l’utilité publique. {i}
      De l’Accroissement et décroissement de la Lune, tant de son mouvement que de sa lumière, dans quel<que > lieu du Zodiaque qu’elle se rencontre, et de sa diverse configuration avec les autres Planètes. »

      1. Le titre latin identifie la source : « Médecine de Galien, dans la traduction de Jacobus Antonius Mariscottus, médecin de Florence ».

        Dans l’édition de Galien procurée par René Chartier (Paris, 1638-1689, v. note [13], lettre 35), le seul texte traitant d’astronomie et d’astrologie est le Galeni de Historia philosophica Liber spurius [Livre supposé de Galien sur l’Histoire philosophique]. Les propriétés de la Lune y sont décrites dans le chapitre xv (repris dans Kühn volume 19, pages 279‑283). Damascène a transcrit un appendice qui y a été ajouté dans d’autres éditions :

        Galeno ascriptus Liber cui titulus Prognostica de Decubitu ex Mathematica Scientia, Iacobo Antonio Mariscotto Florentino Medico interprete.

        [Livre attibué à Galien, dont le titre est Pronostics sur l’Alitement, tirés de la science mathématique, dans la traduction (latine) de Iacobus Antonius Mariscottus, médecin (et astrologue) de Florence].

        Cet apocryphe figure notamment dans le volume 10 (Galeno ascripti Libri [Livres attribués à Galien]) des Opera omnia [Œuvres complètes] de Galien, édition de Venise, Junte, 1565, pages 12 ro‑16 ro (v. note [1], lettre 716).

    2. Paris, chez l’auteur, rue Frementeau, à la porte cochère, vis-à-vis le Corps de garde, 1661, in‑4o de 40 pages, livre deuxième de la série ; le Privilège du roi daté du 31 décembre 1660 donne à Damascène le titre de docteur en médecine de l’Université de Padoue.

      Après la dédicace à Pierre iv Séguier, vient un poème de 23 quatrains, intitulé Les justes reproches de la Médecine aux médecins ignorant l’Astronomie, dont les cinq premières strophes donnent le ton et le style (j’ai modernisé l’orthographe, mais respecté la ponctuation) :

      « Les Anciens m’avaient bien pratiquée, et conduite,
      Vulgaires ignorants, où me vois-je réduite,
      Le divin Hippocrate est un homme de rien,
      Vous traitez de rêveur le sage Galien.

      Par votre Théorie, et Pratique facile,
      Vous rendez des Auteurs la lecture inutile,
      Vous abusez partout du grec et du latin,
      Sous le masque trompeur d’un parfait Médecin.

      Vous m’avez établie en trois belles parties,
      Traitant également toutes les maladies ;
      Le son, et le séné, le fer bien émoulu,
      Pour guérir, ou tuer, c’est ce qu’on a voulu.

      La saignée, à propos, sauve le frénétique,
      Guérit le bilieux, et le mélancolique ;
      Mais un coup de lancette est un coup de couteau,
      Donné mal à propos, par les mains d’un bourreau.

      Vous vous dites Docteurs en signant vos recettes,
      Exacts sectateurs de mes doctes Préceptes ;
      Ignorant cependant les constellations,
      Les climats, les aspects, et les complexions. […] »

    3. V. note [9], lettre de Thomas Bartholin, datée du 18 octobre 1662.

    4. « La manière de bien juger des causes des maladies et des alitements des malades selon la Mathématique d’Hermès Trismégiste adressée à Amon égyptien » : traduction donnée par l’auteur à l’intérieur de l’ouvrage.

    5. ibid. et id. 1661 in‑4o de 21 pages, dédié au Grand Condé, qui est une traduction juxtalinéaire, latin-français, d’un traité attribué à Hermès Trismégiste, accompagnée de quelques diagrammes d’astrologie judiciaire.

      Un poème latin signé C.N., Collatio Damasceni ad Sanctum Damascenum posteri ad Superum [Comparaison de Damascène à saint Damascène, du dernier au premier de la lignée], établit une parenté mystique entre l’auteur et le saint.

      L’Au Lecteur explique l’ambition de l’ouvrage :

      « L’Interprète avait dessein de faire imprimer les livres qui traitent de même matière de tous les illustres médecins arabes, chaldéens, égyptiens et grecs ; mais comme comme < ce > serait toujours redire les mêmes choses, il n’a voulu choisir que ses trois fameux médecins {i} pour témoins irréprochables, afin qu’avec ses preuves il puisse doctement montrer la vérité au public. Accepte donc ses ouvrages qui viennent d’un Esprit sincère. Et Valè. » {ii}

      1. C’est au lecteur de deviner lesquels : j’opte pour Hippocrate, Galien et Hermès.

      2. Sic.
    6. V. note [3], lettre 228.

    7. Paris, chez l’auteur, 1663, petit in‑fo de 42 pages.

      Ce titre pompeux renvoie d’abord à un Factum Ditissimi Galliarum Regni Superemæ Curiæ contra Medicos Astronomiæ Ignaros et cælestibus virtutibus haud deditos [Factum pour la suprême Cour de justice du très opulent royaume de France, contre les médecins qui ignorent l’astrologie et qui ne se livrent pas aux célestes vertus] (6 pages en latin). Le corps de l’ouvrage est une pure et simple transcription en latin avec traduction française des 13 chapitres qui composent le livre iii du traité « des Jours critiques » de Galien (35 pages). À la fin se trouvent deux épigrammes de dix vers chacune.

      • La Medicis vulgaribus Epigramma [Épigramme aux vulgaires médecin], signée A. de Lionne, incite mes médecins à suivre les préceptes de Damascène.

      • Un autre inconnu, N. de Fargues, est auteur de la seconde, Ad Interpretem Flagelli Epigramma. Ex nominis Damasceni æthimologia [Épigramme à l’interprète du Flagellum. Tirée de l’étymologie du nom Damascène] :

        E Medico Chiron radiat modo sidus olympo,
        Arcipotensque manu tela flagella vibrat ;
        E Medico sidus toto splendescis in orbe,
        In medicos orbis telæ, flagella vibrans.
        Inde Damascenus Græcis a voce Damazo,
        Hebræis fuso sanguine nomen habes :
        Inde Damascenum latius te sermo vocavit,
        Namque domas cænum terrea corda docens ;
        Terrea corda docens, cælos assurgere flagro,
        Tartareos medicos efficis æthereos
        .

        [Chiron {i} rayonne à la manière d’une étoile depuis l’Olympe médical et, habile à manier les armes, il brandit un fouet ; étoile issue du firmament médical, tu resplendis sur le monde entier, brandissant un fouet contre les médecins de la toile du monde. Voilà pourquoi ton nom, Damascenus, vient du grec Damazo, {ii} et du mot hébreu qui désigne le sang répandu. {iii} Voila pourquoi on t’appelle en latin Damascenus, et le fait est que tu domptes la fange en instruisant les cœurs terrestres ; et en enseignant les cœurs terrestres, par le fouet que tu dresses vers le firmament, tu rends célestes les médecins infernaux]. {iv}

        1. Le Centaure guérisseur, v. note [5], lettre 551.

        2. Δαμαζω, « je soumets par les armes ».

        3. Damazo aurait un lien étymologique avec le mot hébreu Bin’ha, « la fontaine d’où jaillit l’eau ».

        4. À en croire ce latin, que la curiosité m’a poussé à traduire de mon mieux, Damascène pouvait donc se vanter de ne pas devoir tout bonnement son nom à la ville de Damas…

Pour conclure mon portrait de ce personnage qu’ont omis les biographies médicales que j’ai consultées, il a aussi publié une :

Réplique après le plaidoyer de M. Tetel, Avocat du roi au présidial de Troyes, faite en pleine audience, par Messire I.B. Damascène Conseiller du roi en ses Conseils d’État, et son Médecin Ordinaire. Avec la Réponse contre ladite sentence mendiée, imprimée et publiée dans la ville de Tours, {a} contre les Médecins qui ignorent l’Astronomie. {b}


  1. Sic pour Troyes.

  2. Sans lieu ni nom, 1661, pages 4‑16 d’un in‑4o de 16 pages conservé parmi les Mélanges de la BIU Santé, cote 9057, t. 10, no 2.

C’est un appel confus et verbeux contre une sentence interdisant de pratiquer la médecine à Troyes, pour n’être docteur ni de Paris ni de Montpellier (v. note [1], lettre 52) : elle est infirmée le 26 juillet 1661 par un Acte public contradictoire, où les magistrats de Troyes certifient avoir octroyé à Damascène le petit cloître des R.R. P.P. cordeliers pour faire publiquement plusieurs leçons de sa doctrine, « composées de théologie, philosophie, démonstrations de mathématiques, et autres ornements d’un grand orateur, où le concours de tous les savants de notre province était très grand, reconnaissant telle doctrine très utile au public » ; mais sans l’autoriser explicitement à exercer la médecine à Troyes.

7.

« Tant qu’il y aura des hommes, séviront les erreurs et les hérésies » : phrase latine citée trois fois dans les lettres de Guy Patin, à laquelle je n’ai pas trouvé de source ; mais elle pourrait renvoyer à une sentence de Tacite (Histoire, livre iv, chapitre 74), Vitia erunt, donec homines [Il y aura des vices tant qu’il y aura des hommes].

8.

Deux pièces en vers de Charles Spon sont imprimées pages 55‑56 du Gabrielis Naudæi Tumulus… |Tombeau de Gabriel Naudé…] (Paris, 1659, v. note [11], lettre 324).

In Gabrielem Naudeum,
virum clarissimum,
Epicedion.

Ad ripam Samaræ consederat agmen olorum,
Extincti sunt socii duceret exequias :
Qui generis princeps fuerat totius, et ipsis
Naiadibus summo vixerat in pretio :
Illum
Naudæum vulgo indigitare solebant,
Quæ vox dulcisonum significat Superis.
Nec sane immerito, cum gutture cantica fundens,
Mulceret Divos non minus ac homines.
Hic cum tota cohors volucrum stupefacta sileret,
Præ desiderio congregis exanimis :
Unus stagna colens Araris, Rhodanique fluenta,
Rostri apice ut pectus sæpe sinumque tudit,
Complodens geminas mixtis clangoribus alas,
Prompsit olorino talia verba sono.
Exequias,
Naudæe, tuas celebramus amici,
Queis sine te durum est esse superstitibus.
Te pereunte, huius perierunt gaudia cœtus,
Maxima cuius eras gloria, luce fruens.
Ah ! utinam nostras iubeant nigrescere pennas
In signum æternæ, Numina, mœstitiæ !
Saltem quod licet, officio fungemur inani,
Condemusque tuum rite cadaver humo.
Tum superaddemus parvo cum lemnate cippum,
Noverit ut lector, quis situs hocce loco.
Heic
Naudæe iaces ! dubium num solus, an una
Pignora Mnemosynes sint tumulata novem !
Dixerat, at reliqui drensatu dicta probarunt,
Sicque obito rediit funere quisque domum
.

[Épicède {a} en l’honneur du
très distingué Gabriel Naudé.

Une bande de cygnes {b} s’est posée sur la rive de la Somme, ils sont là pour célébrer les funérailles d’un compagnon défunt. Il avait été le premier d’entre eux tous. Les Naïades mêmes l’estimaient au plus haut point, ayant coutume d’invoquer partout ce Naudé dont la voix faisait nimbait le firmament de douceur. Et ce n’était vraiment pas indûment car, en déclamant ses chants à profusion, il adoucissait les dieux aussi bien que les hommes. Ici, au confluent de la Saône immobile et du Rhône impétueux, toute la troupe de ces oiseaux, frappée de stupeur, fait silence ; la consternation du chagrin les a réunis, quand l’un d’eux, se frappant encore et encore la poitrine et le sein de la pointe de son bec, et battant ses ailes à grand renfort de cris, a fait sortir ces mots pour chant du cygne : « Ô Naudé ! nous, tes amis, célébrons tes funérailles. Pour ceux qui te survivent, il est difficile d’exister sans toi. Par ta mort, la joie de cette troupe s’en est allée, tu étais leur plus grande gloire, jouissant de la pleine lumière. Ah ! puissent les dieux nous commander de noircir nos plumes en signe d’éternel chagrin ! Qu’il nous soit au moins permis de nous acquitter d’un vain devoir et d’inhumer cérémonieusement ta dépouille. Alors nous placerons dessus une colonne avec une petite inscription pour que le lecteur sache qui a été mis en ce lieu. Ci gît Naudé ! » Me voilà pourtant pris d’un doute, aurait-on enterré ses neuf filles en même temps que Mnémosyne ! {c} Il avait dit, {d} et ceux qui ne cessent de le pleurer en témoigneront, que s’étant ainsi acquitté de la cérémonie funèbre, chacun rentre chez soi].

Aliud.

Flebant Sponiacæ Naudæi fata Camenæ,
Salmasii tristem cum didicere necem.
Parcite iam lacrymis, (exclamant) lumina ! clade
Tam dira, ut Nioben, diriguisse decet !

[Un autre.

Les Camènes {e} de Spon pleuraient la mort de Naudé quand il apprit le triste trépas de Saumaise. {f} Que vos yeux (crient-elles) économisent donc leurs larmes ! désastre aussi effrayant que celui qui dut à Niobé {g} d’avoir été figée !]

Ponebat Carolus Sponius,
Doctor Medicus Lugdunensis
.

[Charles Spon, docteur en médecine de Lyon offrait ces vers].


  1. V. note [1], lettre 325.

  2. Dans le mythe, le cygne est un « oiseau consacré à Apollon, comme au dieu de la musique, parce qu’on croyait que le cygne, près de mourir, chantait mélodieusement ; et à Vénus, soit à cause de son extrême blancheur, soit à cause de son tempérament assez semblable à celui de la déesse de la volupté » (Fr. Noël). « On appelle figurément les poètes, les cygnes du Parnasse, surtout en parlant de leurs derniers ouvrages » (Furetière).

  3. Mnémosyne est la déesse du souvenir et la mère des neuf Muses.

  4. Spon souvenait peut-être des vers d’Horace, sur le chant du cygne, que Naudé avait cités dans sa déicace au chancelier de l’Université, en tête de son discours de vespérie en 1628 (v. seconde notule {a}, note [9], lettre 3).

  5. Les Muses.

  6. Claude i Saumaise étant mort le 3 septembre 1653, Charles Spon avait nécessairement dû modifier les quatre vers de cette épigramme qu’il avait envoyée à Guy Patin le 22 août 1653 (v. note [12], lettre du 6 mars 1654, pour cette « émendation »).

  7. Niobé (Fr. Noël) :

    « fille de Tantale et sœur de Pélops, épousa Amphion, roi de Thèbes, {i} et en eut sept garçons et sept filles. Fière de ce nombre d’enfants, elle méprisa Latone {ii} et prétendit mériter des autels à bien plus juste titre. Latone, offensée de son orgueil, eut recours à ses enfants qui la vengèrent en faisant tomber sous leurs coups invisibles les 14 enfants de Niobé. Enfin, la mère, outrée de douleur et de désespoir, fut changée en rocher. Un tourbillon de vent l’emporta en Lydie {iii} sur le sommet d’une montagne où elle continua de répandre des larmes qu’on voyait couler d’un morceau de marbre. »

    1. En Béotie, v. notule {b}, note [52] du Faux Patiniana II‑7.

    2. Déesse votive des femmes en couches, v. note [34] de Guy Patin éditeur des Opera omnia d’André Du Laurens en 1628.

    3. V. note [91] du Faux Patiniana II‑7.

9.

« Advienne que pourra ! »

10.

Prison de Lyon : v. note [52], lettre 156. Retz n’y fut jamais transféré : c’est à Nantes qu’on l’envoya le 30 mars 1654.

11.

Jean Vacherot (1602-1664), prêtre natif de Paris, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1628 (Baron) ; v. note [5], lettre 300, pour ce que Retz a dit de sa venue à Vincennes.

12.

« Emplir son capuchon » est une locution qui ne figure pas dans les dictionnaires : se remplir la panse ? mais avec une incohérence vestimentaire car le capuchon ne couvrait que la tête des moines. Une erreur de transcription des précédents éditeurs est possible, mais je n’ai pas trouvé lemot pour la coriger.

13.

V. notes [13], lettre 197, pour Roger de Lorraine, chevalier de Guise, mort le 6 septembre, et [10], lettre 286, pour le baron de Clinchant, mort le 23 août.

14.

Île fortifiée du golfe du Morbihan et marquisat, Belle-Île (Belle-Île-en-Mer, Morbihan) appartenait aux Gondi depuis 1573. Le cardinal de Retz la vendit à Nicolas Fouquet en 1658.

15.

Cette fausse couche de Marie-Anne d’Autriche (v. note [27], lettre 287), seconde épouse de Philippe iv, privait l’Espagne de l’héritier mâle qu’elle espérait tant.

16.

L’Annonciade « est un ordre de chevalerie institué à l’honneur de l’Annonciation de la Vierge. Il y a aussi des religieuses de l’Annonciade, qu’on appelle autrement, les célestes ou les filles bleues parce qu’elles sont vêtues de bleu » (Furetière). Leur couvent se situait dans le Marais, rue de la Culture Sainte-Catherine (actuelle rue de Sévigné). Hedwig Margarethe Elisabeth était la veuve du maréchal de Rantzau (v. note [155], lettre 166).

17.

In obitum Gabrielis Naudæi, viri optimi doctissimique. Evenit die 30. Julii 1653. Ad præstantissimum virum Iacobum Mentelium Epicedium.

[Sur la mort de Gabriel Naudé, le meilleur et le plus savant des hommes, survenue le 30e de juillet 1653, Épicède {a} adressé au très éminent M. Jacques Mentel]. {b}


  1. V. note [1], lettre 325.

  2. Paris, Cramoisy, 1653, in‑4o de 4 pages : v. note [11], lettre 324, pour sa réédition dans le Naudæi Tumulus [Tombeau de Naudé] (ibid. 1659).

L’auteur de ces condoléances au neveu de Naudé était Pierre Petit (Petrus Petitus), né à Paris vers 1625 (âgé d’environ 33 ans en 1658, selon Guy Patin) ou vers 1617 (selon son épitaphe), et mort dans la même ville en 1687. Il était fils du greffier de l’abbaye Saint-Victor (au dire de Patin dans sa lettre du 9 avril 1658 à Charles Spon) et avait été reçu docteur de l’Université de médecine de Montpellier vers 1653 (non recensé par Dulieu). Désireux d’exercer librement dans la capitale, Petit prit son inscription à la Faculté de médecine de Paris et se présenta au baccalauréat de 1658 avec dix autres candidats. Il fut classé 9e des dix étudiants admis le 13 avril (v. note [41], lettre 523), rang ordinaire à Paris pour un docteur de Montpellier, quels que pussent être ses mérites. Petit arrêta là son cursus parisien : il n’apparaît ni dans la liste des thèses, ni dans celle des licenciés dressées par Baron ; la note [5], lettre 577, sur l’improbable Henri Bourgeois (Henricus Citadinus), médecin de Bourgogne, spécule sur la raison de ce désistement.

Très versé dans les lettres grecques et latines, écrivant avec beaucoup de facilité en prose et en vers, Petit se consacra dès lors aux arts libéraux. Il s’attacha à la personne de Nicolas de Nicolaï, premier président de la Chambre des comptes (v. note [3], lettre 1006), son mécène, et produisit un grand nombre d’ouvrages mêlant belles-lettres, philosophie et médecine. En philosophie, Petit se signala par son opposition au cartésianisme. Il a appartenu à l’Académie des Ricovrati de Padoue (v. note [165] des Déboires de Carolus). Patin l’estimait beaucoup et a mentionné plusieurs de ses livres dans la suite de sa correspondance. Petit a parfois usé du pseudonyme : Henricus Citadinus contre les conservateurs dogmatiques de la Faculté de médecine de Paris en 1659 (v. note [5], lettre 577) ; Hadrianus Scaurus contre René Descartes en 1665 (v. note [5], lettre 897).

Éloy relate qu’à sa mort :

« Un des amis de Pierre Petit a composé cette épitaphe que l’on devait graver sur son tombeau dans l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris ; mais ce projet ne fut pas exécuté.

D.O.M.
Adsta Viator et pellege.

In hoc vertice Parnassi Parisiensis
Eximius Poëta,
Pleadis clarissimum sydus,
Asyli Patavini ornamentum,

Petrus Petitus
Positus est
Ex adverso Renati Cartesii,
Insignis Peripateticus, Medicus, Philologus,
Sibyllæ, Amazonum, Nympharum, Vatumque præco magnificus.
Scaligeris, Salmasiis, Casaubonis,
Æquiparandus.
Adeste Musæ omnes
Et Alumno carissimo
Parentale mecum et flores spargite ;
Obiit septuagenario major idib. Decemb. 1687.

Claudius Nicasius
Divionensis
Ex debito amicitiæ
. »

[Au nom de Dieu tout-puissant.
Arrête-toi, passant, et lis-moi jusqu’au bout.

En ce sommet du Parnasse parisien, {a} repose Pierre Petit, remarquable poète, la plus brillante étoile de la Pléiade, {b} ornement du temple de Padoue, insigne péripatéticien, ex-adversaire de René Descartes, {c} médecin, philologue, magnifique chantre de la Sibylle, des Amazones, des Nymphes, à tenir pour l’égal des Scaliger, Saumaise et Casaubon.
Muses, veillez toutes sur votre très cher émule et répandez vos fleurs sur celui qui fut mon cousin ; il mourut septuagénaire le 12 décembre 1687.

Claude Nicaise, {d} natif de Dijon, en témoignage de son amitié].


  1. V. note [4], lettre 318.

  2. Héritière de la fameuse Pléiade du xviie s., les savants appelaient Pléiade de Paris « l’assemblage de sept plus habiles poètes latins de cette capitale, par allusion aux Pléiades, constellation composée de sept étoiles » (Éloy).

  3. Descartes a été l’un des pourfendeurs français de l’aristotélisme (péripatétisme).

  4. V. note [1] du Point d’honneur médical de Hugues ii de Salins (avec un lien vers la longue liste de traités inachevés que Petit a laissés en mourant).

18.

« il y a quelques années de cela ».

André Du Saussay (Paris 1589-Toul 1675) était né de parents fort pauvres. Ayant mené de brillantes études chez les jésuites, il était entré dans les ordres et avait montré une grande capacité pour la controverse. Après avoir occupé la cure et la paroisse de Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris (rue Saint-Denis), il devint successivement protonotaire apostolique (v. note [19] du Patiniana I‑3), conseiller, aumônier et prédicateur du roi. Dans ses écrits, Du Saussay se prononça pour l’érection du siège épiscopal de Paris en métropole (archevêché), ce qui le fit bien venir de Gondi, le premier archevêque. Ce prélat le nomma l’un de ses grands vicaires puis official. En 1649, le roi avait promu Du Saussay à l’évêché de Toul (soit cinq ans après la mort de Jacques Le Bret, son précédent titulaire). Les difficultés qui subsistaient entre Rome et la France retardèrent l’expédition de ses bulles ; mais le cardinal de Retz, qui avait conservé à Du Saussay le titre de grand vicaire, ayant appris qu’il désapprouvait ses intrigues politiques, le destitua des fonctions qu’il lui avait conférées. Ayant enfin reçu ses bulles du pape Alexandre vii, Du Saussay ne prit possession du siège de Toul qu’en 1655 (G.D.U. xixe s. et Gallia Christiana).

19.

Thomæ Bartholini Doctoris et Prof. Regii Dubia anatomica, de lacteis thoracicis et an hepatis funus immutet medendi methodum, publice proposita respondente Henrico Martini a Moinichem die 29. Junii mdcliii.

[Doutes anatomiques de Thomas Bartholin, docteur et professeur royal, sur les vaisseaux lactés du thorax et sur la question de savoir si les funérailles du foie modifient la méthode de remédier ; publiquement soumis le 29 juin 1653, Henricus Martinus von Möinichem {a} répondant]. {b}


  1. Henrik von Möinichem a correspondu avec Guy Patin.

  2. Copenhague, Melchior Martzan, 1653, in‑4o ; et la même année à Paris dans les Opusucla antomica nova de Jean ii Riolan (v. note [16], lettre 308, 5e référence citée dans la 2e notule {a}), avec dédicace à Patin :

    Guidoni Patino, Bellovaco, Doctori Medico Parisiensi, plane erudito, nuper Decano, amico veteri L.M.Q.D. {i} Thomas Bartholinus.

    [Thomas Bartholin l’a dédié volontiers et avec raison à Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur de la Faculté médecine de Paris et récemment son doyen, homme fort savant et son vieil ami].

    1. Libens MeritoQue Dedicavit.

Cette thèse est en grande partie dirigée contre Riolan. Bartholin y donne une exacte description des conduits lactifères de la mamelle dans le chapitre i, Vasa Lactea in Mammis [Vaisseaux lactés des mamelles], sans leur trouver de connexions avec les lactifères abdominaux (chylifères mésentériques). Il y fait notamment état de cette dissection humaine :

Femina iuvencula, sana nec indecore corpore, sed in necanda prole animo crudeli, sexta post partum hebdomade nuper comprehensa, capite plectitur, mihique ad Anatomem Augustam conceditur. Statim sub recto abdominis musculo Anastomoses adeo decantatas inter vasa Mammaria et Epigastrica inquisimus. Sed, quod in masculis semper apparuit, nullas invenimus. Ramuli utriusque tranversum amplius digitum a se remoti, nec vasa præter solitum distenta, quanquam et recens fuerit a partu et adhuc lactans. […]

Pro Lacte in mammis solliciti, eas aggressi sumus eadem culti acie. Separata pinguinide, qua glandulæ immersæ latebant, in conspectum prodierunt infinitæ minores glandulæ, inspersis hinc inde lineis candicantibus. Papillam Lactei tubuli satis tumidi decem pluresve circuli in morem ambiebant, lacte pleni, quorum singuli in varios divisi ramos progrediebantur desinebantque in glandularum extrema, ut ex figura Lector ad oculum videbit, quam subiungam.

[Une toute jeune femme, en bonne santé et de corps plutôt gracieux, avait été condamnée à mort pour avoir eu le cruel dessein de tuer son enfant six semaines après en avoir accouché Son corps me fut remis pour en faire la solennelle anatomie. Nous y avons aussitôt recherché, sous le muscle droit de l’absomen, les anastomoses dont on a tant parlé entre les vaisseaux mammaires et épigastriques, mais nous n’en avons trouvé aucune, contrairement à ce qui s’observe toujours chez les sujets de sexe masculin. Les rameaux de ces deux réseaux vasculaires étaient distants les uns des autres de plus d’un travers de doigt, et aucun n’était plus dilaté qu’à l’ordinaire, bien que la défunte eût accouché peu de temps avant et qu’elle allaitât encore. (…) {a}

Mûs par l’idée de trouver du lait dans les mamelles, nous les avons foullées avec la même lame de couteau. Après avoir séparé la graisse, où se cachaient les glandules qui y étaient noyées, une infinité d’entre elles, de très petite taille, se révélèrent à nos yeux, parcourues çà et là de sillons blancs. Une bonne dizaine de tubules lactés dilatés entouraient le téton à la manière d’une couronne. Ils étaient remplis de lait et chacun d’eux, divisé en rameaux, progressait jusqu’aux glandules où s’arrêtait leur parcours, comme le lecteur le verra sur la figure jointe]. {b}


  1. Bartholin en a déduit à juste titre que le lait maternel était distinct du chyle intestinal, en dépit de leur ressemblance.

    V. notule {f}, note [5], lettre latine 369, pour la manière dont la partie grasse du lait (crème) se forme à partir des chylomicons que le chyle apporte dans le sang.

  2. Cette figure n’a pas été reproduite dans l’édition que j’ai consultée. J’ai respecté la description donnée par Bartholin, bien qu’elle eût été plus claire en en inversant le sens : de chaque glandule naît un canal qui aboutit au mamelon après s’être joint à plusieurs autres.

20.

Troisième série des Opuscula nova anatomica de Jean ii Riolan (Paris, 1653, v. note [16], lettre 308).

21.

Histoire de l’Édit de Nantes… Tome troisième, première partie qui comprend ce qui s’est passé depuis l’an 1643 jusqu’en 1665 (Delft, Adrien Beman, 1695, page 162‑163) :

« Une des premières affaires où il servit dans cet emploi {a} fut la guerre de Vals, {b} entre les réformés de cette province et le comte de Rieux. {c} Ce prince, fils du duc d’Elbeuf, avait épousé la nièce de la maréchale d’Ornano, qui lui avait porté en mariage cette petite place. Il voulut cette année {d} y faire cesser, de son autorité, l’exercice des réformés, qui étaient en bien plus grand nombre que les catholiques. Quoiqu’ils fussent bien en état de s’opposer à la violence de leur seigneur, ils voulurent prendre l’avis des fortes Églises du voisinage pour s’appuyer de leur secours en cas de nécessité. L’avis fut de s’adresser au comte du Roure, lieutenant de roi de la province, et de lui demander justice de cette entreprise. Il y avait une jalousie d’autorité entre le comte de Rieux et lui, l’un ne voulant pas céder à cause de sa naissance, et l’autre voulant commander à cause de sa qualité. Il n’aurait donc pas été fâché que le comte de Rieux eût reçu quelque mortification et il répondit aux députés de Vals que, puisqu’on les avait dépossédés par force, ils pouvaient se rétablir de même. Les réformés se crurent autorisés de prendre les armes par cette réponse et s’assemblèrent au nombre de six ou sept mille hommes à Vallons, lieu distant de Vals de quatre lieues. Le comte assembla ce qu’il put de ses amis à Aubenas et ne put faire qu’un corps de quatre à cinq mille hommes. Les réformés avaient des chefs qui savaient commander et il semblait que la guerre allait se terminer par quelque sanglant combat. On grossissait dans les lieux éloignés l’objet de cette brouillerie. Le prince de Condé la faisait valoir aux Espagnols comme une occasion de rallumer les guerres de religion, et de faire une diversion considérable si on voulait assister les réformés. L’ambassadeur d’Espagne exagérait cette rencontre en Suède et faisait craindre que les Anglais ne les assistassent à cause de la religion, et les Espagnols par politique ; et il croyait engager par ce moyen cette Couronne à se détacher des intérêts de la France. D’un autre côté, on regardait à la cour de France cette affaire comme importante ; et pour en prévenir les suites, on y envoya Ruvigny avec des pouvoirs suffisants pour la terminer. Il devait agir de concert avec le comte du Roure, mais il se gouverna si bien que tout l’honneur de la commission lui demeura. Il obligea les deux partis à licencier leurs troupes et avant que de partir du pays, il fit venir une amnistie que le roi accordait à ceux de la Religion, et la fit enregistrer au parlement de Toulouse et à la Chambre de Castres. Le comte du Roure, l’intendant de la province et lui nommèrent deux conseillers au présidial de Nîmes, l’un catholique et l’autre réformé, pour examiner le droit de l’Église de Vals. Après avoir vu les titres et entendu les parties, ils confirmèrent le droit de l’Église, qui a subsisté depuis sans interruption jusqu’à la révocation de l’Édit. Quoique le démenti {e} de cette entreprise fût demeuré au comte de Rieux, les réformés y perdirent plus que lui. On commença à les mépriser quand on vit qu’étant les plus forts, ils n’avaient fait que regarder leurs ennemis et donné à la cour le temps de leur faire tomber les armes des mains. Il ne faut jamais tirer l’épée à demi ; et quand on ne veut pas pousser les choses à l’extrémité par la force, il est plus utile au peuple d’y porter la patience. Le clergé ne manqua pas de relever cette action dans ses harangues et ne disant rien de ce que les réformés avaient obéi avec tant de docilité aux ordres du roi, il ne représenta que ce qu’ils auraient pu faire s’ils avaient eu la volonté de n’obéir pas. »


  1. Henri de Massue, marquis de Ruvigny (1610-1689), député général des Églises protestantes.

  2. Aujourd’hui Vals-les-Gains (Ardèche) dans le Vivarais.

  3. V. note [43], lettre 292.

  4. 1653.

  5. Mauvais succès.

22.

« On dit proverbialement d’un hypocrite ou d’un homme simple et innocent que c’est une sainte nitouche, qu’il ne paraît pas qu’il soit capable de faire aucun mal » (Furetière).

23.

« Ils se font bien venir de diverses manières, mais n’ont en tête qu’une idée, ruiner le genre humain. »

24.

« pendant plusieurs années ».

a.

Reveillé-Parise, no ccxlvi (tome ii, pages 72‑76) ; Jestaz no 99 (tome ii, pages 1119‑1123), d’après Reveillé-Parise.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 16 septembre 1653.
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(Consulté le 01.12.2022)

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