L. 325.  >
À Charles Spon, le 16 septembre 1653

< Monsieur, > [a][1]

Je vous écrivis ma dernière par la poste le mardi 26e d’août, laquelle était de quatre grandes pages, et vous envoyai un certain imprimé in‑4o sur la mort de feu mon bon ami M. Naudé [2] que je regrette à toute heure. [1] On a donné avis à Mme d’Aiguillon [3] de ce que feu M. Rigault [4] avait dit de son oncle, le cardinal de Richelieu, [5] dans la Vie de M. Dupuy[6] page 39. Elle y a donné ordre et en a fait refaire le carton, en faisant ôter le mal qui y était et y faisant mettre des louanges de ce tyran. [2] Il y en a encore un autre où l’on a changé quelque chose en faveur du Mazarin [7] au bas de la page 58. [3] Je vous envoie l’un et l’autre, afin que les mettiez dans le vôtre. [8] Je vous invite derechef et vous supplie de vous souvenir de feu notre bon ami M. Naudé qui a été un excellent personnage et vraiment homme d’honneur, vetus et constans, generosus et fidus amicus[4] J’apprends qu’il y a ici plusieurs savants qui travaillent sur ce même dessein.

Mais voilà que je reçois la vôtre du 22e d’août, de laquelle je vous remercie, avec celle de M. Guillemin. [9] Je souhaite à M. Garnier [10] une heureuse délivrance de sa fièvre tierce, [11] quod frustra sperabit, per topica et amuleta. Evacuantia ad hoc requiruntur[5][12][13] À ce que vous me racontez du charlatan J.‑B. Damascène, [6][14] je reconnais que votre magistrat n’est point plus sage que le nôtre. J’ai pitié du genre humain lorsque je vois tant de désordres ; néanmoins, je n’y sais aucun remède. Quamdiu erunt homines, tamdiu vigebunt errores et hæreses[7] Mais de quel pays vient votre Damascène ? Je m’imagine qu’il est provençal, gascon ou du Languedoc car voilà des provinces à charlatans. [15] Je vous remercie de vos quatre vers en l’honneur de M. Naudé. J’aurai soin de les faire insérer dans le recueil qu’on en fera. [8] Si vous voulez en faire encore d’autres ou quelque prose, selon votre loisir, vous le pouvez hardiment entreprendre, le temps ne vous presse point. Le pauvre ami était de tel mérite que j’en porterais volontiers le deuil sur le dos et publiquement, aussi bien comme je le porte dans le cœur.

Le roi [16] est parti aujourd’hui au matin avec la reine, [17] le Mazarin et belle compagnie pour aller coucher à Compiègne [18] où se rendra Pigneranda, [19] plénipotentiaire d’Espagne, pour y traiter d’un accord, lequel sera tout au moins une trêve qui sera un acheminement à la paix générale. Fiat, fiat ! [9] L’on a envoyé contentement à ceux de Bordeaux [20] et le parlement demeurera dans leur ville. Le cardinal de Retz [21] est encore dans le Bois de Vincennes. [22] Le mois prochain il sera mené dans Pierre-Ancise, [10][23] et le roi viendra passer quelque temps dans le Bois de Vincennes [24] pour aller à la chasse partout alentour. Le cardinal a cherché un médecin qui se voulût enfermer dans la prison avec lui. Enfin, il en a trouvé un après que plusieurs l’ont refusé : M. Vacherot [25] s’est enfermé avec lui moyennant 4 000 livres par an qu’on lui promet et dont on lui a avancé la première année. [11] Ce cardinal ne perdra pas tout son argent, il a assez bien et heureusement rencontré en ce choix-là : M. Vacherot est savant, d’un riche entretien et de bonne compagnie ; il est même un petit < peu > débauché, il boit assez volontiers et emplit aussi son capuchon, [12] et après il dit merveille ; c’est un grand garçon d’environ 54 ans, homme veuf qui n’a qu’un enfant.

Clinchant, [26] qui était un des lieutenants du duc de Lorraine, [27] est mort de fièvre continue [28] dans l’armée du prince de Condé ; [29] et le chevalier de Guise, [30] qui était du même parti, est mort à Cambrai [31] d’une double-tierce. [13] Mme la princesse de Condé [32] avec son fils, le duc d’Enghien, [33] et quelques officiers s’est embarquée à Bordeaux, s’est reposée à Belle-Île [34] en Bretagne et puis est allée chercher son mari. [14] Elle est arrivée à Dunkerque [35] à ce que portent les lettres qui en viennent. Le cardinal de Retz a tout à fait refusé de bailler sa démission de l’archevêché de Paris et < dit > qu’il ne la donnera jamais ; même, il a donné charge qu’on le dise à tout le monde.

La reine d’Espagne [36] est accouchée avant terme ; elle était grosse d’un garçon. [15] Quelle perte pour cet enfant que tant de belles couronnes ! La maréchale de Rantzau [37] ayant eu envie de se rendre religieuse, a demeuré divers temps en plusieurs monastères ; enfin, elle s’est mise et réduite aux Filles-Bleues [38] où elle a pris l’habit le 9e de ce mois, [16] qui est un spectacle auquel sont courues presque toutes les femmes de Paris. Voilà un lieu d’honnête retraite pour une veuve de maréchal, laquelle n’a guère de bien. De Compiègne, le roi est allé à Amiens [39] pour en faire prendre la possession du gouvernement à M. l’Éminentissime qui est en si belle posture de bonne fortune que tout lui vient à souhait ; delà il est allé à Abbeville. [40]

Je vous rends grâces des beaux vers que j’apprends que vous avez encore faits en l’honneur de notre bon ami feu M. Naudé, j’aurai soin en temps et lieu de les faire mettre dans le recueil qui s’en fera. J’apprends que plusieurs se mettent en état d’en faire, et même qu’un nommé Petit [41] en fait imprimer une élégie in‑4o ; [17] c’est M. Mentel, [42] notre collègue, qui me l’a dit ce matin.

J’apprends que celui qui a donné avis à la duchesse d’Aiguillon de ce que M. Rigault avait mis dans La Vie de M. Dupuy contre le cardinal de Richelieu et au Mazarin de l’autre passage, [3] est un certain prêtre fort intéressé nommé M. Du Saussay, [43][44] curé de Saint-Leu et Saint-Gilles, [45] et official de Notre-Dame de Paris. [46] C’est lui qui a fait ôter ce qu’il y avait de bien et qui y a remis le galimatias que je vous envoie, et tout cela par flatterie pour tâcher d’attraper un évêché qui est celui de Toul [47] en Lorraine, auquel il a été nommé par la reine ante aliquot annos[18] et dont néanmoins il ne peut venir à bout, le messer Papa [48] ne voulant pas lui en donner les bulles, [49] etc.

M. Thomas Bartholin [50] m’a écrit de Danemark et m’a envoyé un sien petit livre nouveau intitulé Dubia anatomica de vasis lymphaticis[51][52] lequel même il m’a dédié. [19] Je l’ai tout à l’heure et sur-le-champ envoyé à M. Riolan, [53] qui sans doute l’examinera et le contrôlera pour faire mettre à la fin de son livre qu’on imprime in‑8o[20] Vous feriez grand plaisir à M. Meyssonnier [54] de lui procurer de la sagesse et du repos d’esprit. Je vous prie de ne lui rien dire de moi, ni en bien, ni en mal. Pourvu qu’il ne m’écrive plus, je l’en quitte. M. Bourdelot [55] m’est venu visiter deux fois céans. On le voit passer par la ville dans une chaise suivi de trois estafiers. Il se vante d’avoir fait des miracles en Suède (mais je pense que ce sont de tels miracles [56] que ceux des jésuites au Japon) [57][58] et qu’il y a merveilleusement gagné. Pour moi, il ne m’a rien dit de pareil, il se doute bien que je ne le croirais point. Néanmoins, je tiens pour certain qu’il a fait tout ce qu’il a pu pour s’y enrichir car il ne pense qu’à cela. Vous lui écrirez si vous voulez ; mais comme il n’est pas homme à faire plaisir à personne et que tout son fait n’est que vanité, il vaut autant le laisser là dans sa belle fortune.

Le mariage des princesses nièces [59] de l’Éminentissime sera la matière pour l’hiver prochain, avec les ballets que cet homme chérit si fort. Je ne doute point que les jésuites [60] n’aient contribué à ce nouveau désordre du Vivarais. [21] Ils ne peuvent s’empêcher de se mêler partout, ce sont de francs hypocrites qui font les saintes nitouches pour pénétrer partout et pour en attraper ; [22] ils font comme les Turcs, les courtisans et les partisans. Vario modo grassantur, sed una mens est perdere humanum genus[23]

Les médecins n’eurent jamais si bon temps à Paris qu’ils ont maintenant : les capitaines sont à la guerre, les courtisans avec le roi, le Parlement en vacances, les bourgeois aux vendanges ; [61] et ainsi nous nous reposons. J’ai beau aller deçà et delà, je ne rencontre personne qui soit bien empêché. Je souhaiterais volontiers que ce bon temps durât in plures annes[24] pour le soulagement du public ; mais quoi qu’il arrive, je vous assure que je serai toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Paris, ce 16e de septembre 1653.


1.

Ont paru en 1653, in‑4o : In obitum Gabrielis Naudæi, viri optissimi doctissimique : Eventi die 30. Julii 1653 [Sur la mort de Gabriel Naudé, le meilleur et le plus savant des hommes, survenue le 30e de juillet 1653] (Paris, Cramoisy) et Rolandi Maresii in Gabrielem Naudæum Epicedion [Épicède de Roland Desmarets (v. note [18], lettre 240) sur Gabriel Naudé] (sans lieu ni nom) ; v. infra note [17], pour l’Epicedium de Pierre Petit.

2.

V. note [7], lettre 307, pour les deux éditions de la Viri eximii Petri Puteani… [Vie de Pierre Dupuy, homme éminent] de Nicolas Rigault, la première en 1652 et la seconde (censurée) en 1653.

Déjà mentionnées dans la lettre à Charles Spon, datée du 1er avril 1653, les pages 39 et 40 de la première sont les deux dernières du carton (cahier) E : v. note [27], lettre 308, pour la transcription du passage contre Richelieu.

3.

La réclamation de Mme d’Aiguillon a modifié une phrase à la page 58 des deux éditions de la Vita Puteani :

1652

1653

Etenim satis intelligebat, illa Regis adhuc ætatula, novis regni ministris, æque ac decessoribus suis necessarias esse pacis differendæ moras, aut evitandæ, rationes.

Etenim satis intelligebat, illam Regis adhuc ætatulam rebus suis favere, nostris esse contrariam Regni hostes persuasos, pacis differendæ, aut disturbandæ vias omnes tentaturos.

[Et en effet il (Dupuy) comprenait bien, qu’à cet âge encore tendre du roi, pour les nouveaux ministres de l’État, comme avaient fait leurs prédécesseurs, il était nécessaire de retarder la paix ou même de l’éviter].

[Et en effet il (Dupuy) comprenait bien que l’âge encore tendre du roi lui était favorable, mais était contraire à nos intérêts car les ennemis de l’État (les Espagnols) étaient convaincus de retarder ou même d’empêcher la paix par tous les moyens].

L’« âge encore tendre du roi » et la suite, Inter hæc Puteanus noster consenuit [En ce temps-là, notre cher Dupuy (1582-1651) avait atteint un âge avancé], réfèrent bien cette critique au ministère de Mazarin.

4.

« un vieil et fidèle ami, noble et loyal » ; v. note [11], lettre 324, pour la sollicitation réitérée à Charles Spon de prêter sa plume aux éloges de Gabriel Naudé.

5.

« qu’il espérera en vain obtenir en recourant aux topiques [v. note [2], lettre 213] et aux amulettes. C’est d’évacuants qu’on a besoin dans un tel cas. » Un amulette est une « sorte de médicament qui par une faculté occulte a le pouvoir de guérir plusieurs maladies quand on le porte sur soi ou pendu au cou. Il y a de deux sortes d’amulettes, dont l’un ne consiste qu’en caractères, en figures et en paroles, et il est rejeté par les médecins comme ridicule. L’autre, qui se fait avec des simples qu’on attache au cou ou à quelque autre partie du corps, est reçu parmi eux comme merveilleux et infaillible, et non seulement il guérit divers maux, mais il préserve de plusieurs maladies, dont l’effet est empêché par la vertu des médicaments qui le composent » (Thomas Corneille).

6.

Jean-Baptiste Damascène (qu’on ne doit pas confondre avec Jean Damascène, médecin perse du ixe s. assimilé à Mésué ou à son fils, v. note [25], lettre 156) pratiquait et professait la médecine hermétique. Ses œuvres sont composées de cinq livres, publiés de 1661 à 1663, tout emprunts d’ésotérisme et d’astrologie, fondés sur des commentaires d’Hippocrate, de Galien et de l’obscur Hermès Trismégiste (v. note [9], lettre de Thomas Bartholin le 18 octobre 1662). À titre d’exemple démonstratif de sa production délirante, voici le titre complet du dernier de ces ouvrages :

Flagellum medicorum astronomiæ imperitorum sive dies iuditii de diebus decretoriis opus tertium. A Galeno præclaris medicis scriptum contra medicos vulgares stollide Medicinam exercentes cuius doctrinæ nec verbum quidem intelligentes, itaut Medici nomine decorari non mereantur ; tamquam Theoriæ et practicæ (secundum authores celeberrimos) inscii. Ce présent livre est la base de toute la médecine, sans l’intelligence duquel il est défendu aux médecins par les lois divines et humaines de pratiquer ladite science, sous peine de punition corporelle. Par Messire I.B. Damascène, conseiller du roi en ses Conseils d’État et médecin ordinaire de Sadite Majesté. Secundum Seriem nostram, liber quintus [Le Fouet des médecins ignorants en astronomie, ou le jour du jugement sur les jours critiques, troisième ouvrage. Écrit par Galien contre les médecins ordinaires qui exercent stupidement la médecine et ne comprennent pas même un mot de sa doctrine, au point qu’ils ne méritent pas d’être honorés du nom de médecin ; tout comme ils n’ont aucune connaissance de la théorie et de la pratique (selon les auteurs les plus célèbres)… Cinquième livre dans l’ordre de notre série] (Paris, chez l’auteur, 1663, petit in‑fo de 42 pages).

On y trouve d’abord un Factum contra medicos astronomiæ ignaros et cælestibus virtutibus haud deditos [contre les médecins ignorants de l’astronomie et qui ne sont pas inspirés par les vertus célestes] (adressé aux membres du Conseil royal) (six pages). Le corps de l’ouvrage est une pure et simple transcription en latin avec traduction française des 13 chapitres du livre troisième de Galien des Jours critiques (35 pages). À la fin se trouvent deux épigrammes de dix vers chacune (signées A. de Lionne et N. de Fargues), dont la seconde fait un rapprochement étymologique entre Damascenum et domas cænum [tu domptes la fange].

7.

« Tant qu’il y aura des hommes, séviront les erreurs et les hérésies » : phrase citée trois fois dans les lettres de Guy Patin, à laquelle je n’ai pas trouvé de source.

8.

L’Epicedion [Épicède, pièce de vers sur la mort d’un être cher] de Charles Spon se trouve aux pages 55‑56 du Gabrielis Naudæi Tumulus… (v. note [11], lettre 324) :

In Gabrielem Naudeum,
virum clarissimum,
Epicedion.

Ad ripam Samaræ consederat agmen olorum,
Extincti sunt socii duceret exequias :
Qui generis princeps fuerat totius, et ipsis
Naiadibus summo vixerat in pretio :
Illum
Naudæum vulgo indigitare solebant,
Quæ vox dulcisonum significat Superis.
Nec sane immerito, cum gutture cantica fundens,
Mulceret Divos non minus ac homines.
Hic cum tota cohors volucrum stupefacta sileret,
Præ desiderio congregis exanimis :
Unus stagna colens Araris, Rhodanique fluenta,
Rostri apice ut pectus sæpe sinumque tudit,
Complodens geminas mixtis clangoribus alas,
Prompsit olorino talia verba sono.
Exequias,
Naudæe, tuas celebramus amici,
Queis sine te durum est esse superstitibus.
Te pereunte, huius perierunt gaudia cœtus,
Maxima cuius eras gloria, luce fruens.
Ah ! utinam nostras iubeant nigrescere pennas
In signum æternæ, Numina, mœstitiæ !
Saltem quod licet, officio fungemur inani,
Condemusque tuum rite cadaver humo.
Tum superaddemus parvo cum lemnate cippum,
Noverit ut lector, quis situs hocce loco.
Heic
Naudæe iaces ! dubium num solus, an una
Pignora Mnemosynes sint tumulata novem !
Dixerat, at reliqui drensatu dicta probarunt,
Sicque obito rediit funere quisque domum
.

[Épicède en l’honneur du
brillantissime Gabriel Naudé.

Sur la rive de la Somme une troupe de cygnes s’était posée, ils sont là pour célébrer les funérailles d’un compagnon défunt. Il avait été le premier de tous et avait remporté le premier prix sur les Naïades elles-mêmes, elles avaient coutume d’invoquer partout ce Naudé dont la voix faisait connaître la douceur aux dieux. Et ce n’était vraiment pas indûment car, en déclamant des chants à profusion, il adoucissait les dieux aussi bien que les hommes. Ici, au confluent de la Saône immobile et du Rhône impétueux, tandis que tout le cortège des oiseaux, frappé de stupeur, fait silence par égard aux morts rassemblés, un oiseau s’est souvent frappé de la pointe du bec la poitrine et le sein ; en battant ses deux ailes à grand renfort de cris, il a fait sortir de tels mots pour chant du cygne. Naudé ! nous, tes amis, célébrons tes funérailles. Pour ceux qui demeurent en vie, il est difficile d’exister sans toi. Par ta mort, la joie de cette troupe s’en est allée, tu étais leur plus grande gloire, jouissant de la pleine lumière. Ah ! puissent les Dieux nous commander de noircir nos plumes en signe d’éternel chagrin ! Qu’il nous soit au moins permis de nous acquitter d’un vain devoir et d’enfouir cérémonieusement ta dépouille dans le sol. Alors nous mettrons dessus une colonne avec une petite inscription pour que le lecteur sache qui a été mis en ce lieu. Ci gisez-vous Naudé ! Me voilà pourtant pris d’un doute, aurait-on enterré ensemble les neuf gages de Mnémosyne ! {a} Il avait dit, et ceux qui restent à se lamenter l’ont vérifié, que s’étant ainsi acquitté de la cérémonie funèbre chacun est rentré chez soi].

Aliud.
Flebant Sponiacæ Naudæi fata Camenæ,
Salmasii tristem cum didicere necem.
Parcite iam lacrymis, (exclamant) lumina ! clade
Tam dira, ut Nioben, diriguisse decet !

[Un autre.
Les Camènes {b} de Spon pleuraient la mort de Naudé tandis qu’il apprit le triste trépas de Saumaise. Que vos yeux (crient-elles) économisent donc leurs larmes ! désastre aussi effrayant que celui qui dut à Niobé {c} d’avoir été figée !]

Ponebat Carolus Sponius,
Doctor Medicus Lugdunensis
.

[Charles Spon, docteur en médecine de Lyon offrait ces vers].


  1. Mnémosyne est la déesse du souvenir et la mère des neuf Muses
  2. Les Muses.

  3. Niobé « fille de Tantale et sœur de Pélops, épousa Amphion, roi de Thèbes, et en eut sept garçons et sept filles. Fière de ce nombre d’enfants, elle méprisa Latone [déesse votive des femmes en couches] et prétendit mériter des autels à bien plus juste titre. Latone, offensée de son orgueil, eut recours à ses enfants qui la vengèrent en faisant tomber sous leurs coups invisibles les 14 enfants de Niobé. Enfin, la mère, outrée de douleur et de désespoir, fut changée en rocher. Un tourbillon de vent l’emporta en Lydie sur le sommet d’une montagne où elle continua de répandre des larmes qu’on voyait couler d’un morceau de marbre » (Fr. Noël).

Claude i Saumaise étant mort le 3 septembre 1653, Charles Spon avait nécessairement dû modifier les quatre vers de l’Aliud qu’il avait envoyés à Guy Patin le 22 août.

9.

« Advienne que pourra ! »

10.

Prison de Lyon : v. note [52], lettre 156. Retz n’y fut jamais transféré : c’est à Nantes qu’on l’envoya le 30 mars 1654.

11.

Jean Vacherot (1602-1664), prêtre natif de Paris, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1628 (Baron) ; v. note [5], lettre 300, pour ce que Retz a dit de sa venue à Vincennes.

12.

« Emplir son capuchon » est une locution qu’je n’ai pas trouvée dans les dictionnaires : se remplir la panse ? mais avec une incohérence vestimentaire car le capuchon ne couvrait que la tête des moines.

13.

V. notes [13], lettre 197, pour Roger de Lorraine, chevalier de Guise, mort le 6 septembre, et [10], lettre 286, pour le baron de Clinchant, mort le 23 août.

14.

Île fortifiée du golfe du Morbihan et marquisat, Belle-Île (Belle-Île-en-Mer, Morbihan) appartenait aux Gondi depuis 1573. Le cardinal de Retz la vendit à Nicolas Fouquet en 1658.

15.

Cette fausse couche de Marie-Anne d’Autriche (v. note [27], lettre 287), seconde épouse de Philippe iv, privait l’Espagne de l’héritier mâle qu’elle espérait tant.

16.

L’Annonciade « est un ordre de chevalerie institué à l’honneur de l’Annonciation de la Vierge. Il y a aussi des religieuses de l’Annonciade, qu’on appelle autrement, les célestes ou les filles bleues parce qu’elles sont vêtues de bleu » (Furetière). Leur couvent se situait dans le Marais, rue de la Culture Sainte-Catherine (actuelle rue de Sévigné). Hedwig Margarethe Elisabeth était la veuve du maréchal de Rantzau (v. note [155], lettre 166).

17.

In obitum Gabrielis Naudaei,… ad… Iacobum Mentelium, Epicedium [auctore P. Parvo] [Épicède (poème funèbre) adressé à… Jacques Mentel sur la mort de (son oncle) Gabriel Naudé… (par Pierre Petit)] (Paris, Cramoisy, 1653, in‑4o).

Au dire de Guy Patin (lettre du 9 avril 1658 à Charles Spon), Pierre Petit [Petrus Petitus, natif de Paris vers 1625 (âgé d’environ 33 ans en 1658, selon Patin) ou vers 1617 selon son épitaphe, mort dans la même ville en 1687], était fils du greffier de l’abbaye Saint-Victor et avait été reçu docteur de l’Université de médecine de Montpellier vers 1653 (non recensé par Dulieu). Désireux d’exercer librement dans la capitale, Petit prit son inscription à la Faculté de médecine de Paris et se présenta au baccalauréat de 1658 avec dix autres candidats. Il fut classé 9e des dix étudiants admis le 13 avril (v. note [41], lettre 523), rang ordinaire à Paris pour un docteur de Montpellier, quels que pussent être ses mérites. Petit arrêta là son cursus parisien : il n’apparaît ni dans la liste des thèses, ni dans celle des licenciés dressées par Baron ; la note [5], lettre 577, sur l’improbable Henri Bourgeois (Henricus Citadinus), médecin de Bourgogne, spécule sur la raison de ce désistement.

Très versé dans les lettres grecques et latines, écrivant avec beaucoup de facilité en prose et en vers, Petit se consacra dès lors aux arts libéraux. Il s’attacha à la personne de Nicolas de Nicolaï, premier président de la Chambre des comptes (v. note [3], lettre 1006), son mécène, et produisit un grand nombre d’ouvrages mêlant belles-lettres, philosophie et médecine. En philosophie, Petit se signala par son opposition au cartésianisme. Il a appartenu à l’Académie des Ricovrati de Padoue (v. note [175] des Déboires de Carolus). Patin l’estimait beaucoup et a mentionné plusieurs de ses livres dans la suite de sa correspondance. Petit a parfois usé du pseudonyme : Henricus Citadinus contre les conservateurs dogmatiques de la Faculté de médecine de Paris en 1659 (v. note [5], lettre 577) ; Hadrianus Scaurus contre René Descartes en 1665 (v. note [5], lettre 897).

Éloy relate qu’à sa mort :

« Un des amis de Pierre Petit a composé cette épitaphe que l’on devait graver sur son tombeau dans l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris ; mais ce projet ne fut pas exécuté.

D.O.M.
Adsta Viator et pellege.

In hoc vertice Parnassi Parisiensis
Eximius Poëta,
Pleadis clarissimum sydus,
Asyli Patavini ornamentum,

Petrus Petitus
Positus est
Ex adverso Renati Cartesii,
Insignis Peripateticus, Medicus, Philologus,
Sybillæ, Amazonum, Nympharum, Vatumque præco magnificus.
Scaligeris, Salmasiis, Casaubonis,
Æquiparandus.
Adeste Musæ omnes
Et Alumno carissimo
Parentale mecum et flores spargite ;
Obiit septuagenario major idib. Decemb. 1687.

Claudius Nicasius
Divionensis
Ex debito amicitiæ
. »

[À Dieu qui est très bon et très grand. Arrête-toi, passant, et lis-moi jusqu’au bout.

En ce sommet du Parnasse parisien, {a} repose Pierre Petit, remarquable poète, la plus brillante étoile de la Pléiade, {b} ornement du temple de Padoue, insigne péripatéticien {c} qui fut l’un des adversaires de René Descartes, médecin, philologue, magnifique chantre de la Sybille, des Amazones, des Nymphes, à tenir pour l’égal des Scaliger, Saumaise et Casaubon.
Muses, veillez toutes sur votre très cher émule et répandez vos fleurs sur celui qui fut mon cousin ; il mourut septuagénaire le 12 décembre 1687.

Claude Nicaise, {d} natif de Dijon, en témoignage de son amitié].


  1. L’église Saint-Étienne-du-Mont, aujourd’hui voisine du Panthéon, s’élève en haut de la Montagne Sainte-Geneviève.

  2. Héritière de la fameuse Pléiade du xviie s., les savants appelaient Pléiade de Paris « l’assemblage de sept plus habiles poètes latins de cette capitale, par allusion aux Pléiades, constellation composée de sept étoiles » (Éloy).

  3. Aristotélicien.

  4. V. note [1] du Point d’honneur médical d’Hugues de Salins (avec un lien vers la longue liste de traités inachevés que Petit a laissés en mourant).

18.

« il y a quelques années de cela ».

André Du Saussay (Paris 1589-Toul 1675) était né de parents fort pauvres. Ayant mené de brillantes études chez les jésuites, il était entré dans les ordres et avait montré une grande capacité pour la controverse. Après avoir occupé la cure et la paroisse de Saint-Leu-Saint-Gilles à Paris (rue Saint-Denis), il devint successivement protonotaire apostolique, conseiller, aumônier et prédicateur du roi. Dans ses écrits, Du Saussay se prononça pour l’érection du siège épiscopal de Paris en métropole (archevêché), ce qui le fit bien venir de Gondi, le premier archevêque. Ce prélat le nomma l’un de ses grands vicaires puis official. En 1649, le roi avait promu Du Saussay à l’évêché de Toul (soit cinq ans après la mort de Jacques Le Bret, son précédent titulaire). Les difficultés qui subsistaient entre Rome et la France retardèrent l’expédition de ses bulles ; mais le cardinal de Retz, qui avait conservé à Du Saussay le titre de grand vicaire, ayant appris qu’il désapprouvait ses intrigues politiques, le destitua des fonctions qu’il lui avait conférées. Ayant enfin reçu ses bulles du pape Alexandre vii, Du Saussay ne prit possession du siège de Toul qu’en 1655 (G.D.U. xixe s. et Gallia Christiana).

19.

Thomæ Bartholini Doctoris et Prof. Regii Dubia anatomica, de lacteis thoracicis et an hepatis funus immutet medendi methodum, publice proposita respondente Henrico Martini à Moinichem die 29. Junii mdcliii. [Doutes anatomiques de Thomas Bartholin, docteur et professeur royal, sur les vaisseaux lactés du thorax et sur la question de savoir si les funérailles du foie modifient la méthode de remédier ; publiquement soumis le 29 juin 1653 ; répondant Henrik von Möinichem] (Copenhague, Melchior Martzan, 1653, in‑4o ; et la même année à Paris avec les Opusucla antomica nova de Jean ii Riolan, v. note [16], lettre 308), avec cette dédicace, à Guy Patin :

Guidoni Patino, Bellovaco, Doctori Medico Parisiensi, Plane erudito, Nuper Décano, Amico veteri, L.M.Q.D., {a} Thomas Bartholinus.

[Thomas Bartholin a dédié de bon cœur et légitimement ce livre à Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur en médecine de Paris, tout à fait savant, naguère doyen, ami de longue date]. {b}


  1. Lubens MeritoQue Dedicavit.

  2. Patin en a remercié Bartholin, sans grande effusion, au début (note [1]) de sa lettre du 12 septembre 1653 puis à nouveau, mais plus disertement dans celle du 26 septembre suivant.

Cette thèse est en grande partie dirigée contre Riolan ; Bartholin y donne une bonne description des conduits lactifères de la mamelle.

20.

Troisième série des Opuscula nova anatomica de Jean ii Riolan (v. note [16], lettre 308).

21.

Histoire de l’Édit de Nantes… Tome troisième, première partie qui comprend ce qui s’est passé depuis l’an 1643 jusqu’en 1665 (Delft, Adrien Beman, 1695, page 162‑163) :

« Une des premières affaires où il servit dans cet emploi {a} fut la guerre de Vals, {b} entre les réformés de cette province et le comte de Rieux. Ce prince, fils du duc d’Elbeuf, avait épousé la nièce de la maréchale d’Ornano, qui lui avait porté en mariage cette petite place. Il voulut cette année {c} y faire cesser, de son autorité, l’exercice des réformés, qui étaient en bien plus grand nombre que les catholiques. Quoiqu’ils fussent bien en état de s’opposer à la violence de leur seigneur, ils voulurent prendre l’avis des fortes Églises du voisinage pour s’appuyer de leur secours en cas de nécessité. L’avis fut de s’adresser au comte du Roure, lieutenant de roi de la province, et de lui demander justice de cette entreprise. Il y avait une jalousie d’autorité entre le comte de Rieux et lui, l’un ne voulant pas céder à cause de sa naissance, et l’autre voulant commander à cause de sa qualité. Il n’aurait donc pas été fâché que le comte de Rieux eût reçu quelque mortification et il répondit aux députés de Vals que, puisqu’on les avait dépossédés par force, ils pouvaient se rétablir de même. Les réformés se crurent autorisés de prendre les armes par cette réponse et s’assemblèrent au nombre de six ou sept mille hommes à Vallons, lieu distant de Vals de quatre lieues. Le comte assembla ce qu’il put de ses amis à Aubenas et ne put faire qu’un corps de quatre à cinq mille hommes. Les réformés avaient des chefs qui savaient commander et il semblait que la guerre allait se terminer par quelque sanglant combat. On grossissait dans les lieux éloignés l’objet de cette brouillerie. Le prince de Condé la faisait valoir aux Espagnols comme une occasion de rallumer les guerres de religion, et de faire une diversion considérable si on voulait assister les réformés. L’ambassadeur d’Espagne exagérait cette rencontre en Suède et faisait craindre que les Anglais ne les assistassent à cause de la religion, et les Espagnols par politique ; et il croyait engager par ce moyen cette Couronne à se détacher des intérêts de la France. D’un autre côté, on regardait à la cour de France cette affaire comme importante ; et pour en prévenir les suites, on y envoya Ruvigny avec des pouvoirs suffisants pour la terminer. Il devait agir de concert avec le comte du Roure, mais il se gouverna si bien que tout l’honneur de la commission lui demeura. Il obligea les deux partis à licencier leurs troupes et avant que de partir du pays, il fit venir une amnistie que le roi accordait à ceux de la Religion, et la fit enregistrer au parlement de Toulouse et à la Chambre de Castres. Le comte du Roure, l’intendant de la province et lui nommèrent deux conseillers au présidial de Nîmes, l’un catholique et l’autre réformé, pour examiner le droit de l’Église de Vals. Après avoir vu les titres et entendu les parties, ils confirmèrent le droit de l’Église, qui a subsisté depuis sans interruption jusqu’à la révocation de l’Édit. Quoique le démenti {d} de cette entreprise fût demeuré au comte de Rieux, les réformés y perdirent plus que lui. On commença à les mépriser quand on vit qu’étant les plus forts, ils n’avaient fait que regarder leurs ennemis et donné à la cour le temps de leur faire tomber les armes des mains. Il ne faut jamais tirer l’épée à demi ; et quand on ne veut pas pousser les choses à l’extrémité par la force, il est plus utile au peuple d’y porter la patience. Le clergé ne manqua pas de relever cette action dans ses harangues et ne disant rien de ce que les réformés avaient obéi avec tant de docilité aux ordres du roi, il ne représenta que ce qu’ils auraient pu faire s’ils avaient eu la volonté de n’obéir pas. »


  1. Henri de Massue, marquis de Ruvigny (1610-1689), député général des Églises protestantes.

  2. Aujourd’hui Vals-les-Gains (Ardèche) dans le Vivarais./li>
  3. 1653.

  4. Mauvais succès.

22.

« On dit proverbialement d’un hypocrite ou d’un homme simple et innocent que c’est une sainte nitouche, qu’il ne paraît pas qu’il soit capable de faire aucun mal » (Furetière).

23.

« Ils se font bien venir de diverses manières, mais n’ont en tête qu’une idée, ruiner le genre humain. »

24.

« pendant plusieurs années ».

a.

Reveillé-Parise no ccxlvi (tome ii, pages 72‑76) ; Jestaz no 99 (tome ii, pages 1119‑1123), d’après Reveillé-Parise


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 16 septembre 1653.
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(Consulté le 18.01.2020)

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