L. 413.  >
À Charles Spon, le 30 août 1655

Monsieur, [a][1]

Ce 19e d’août. Je donnai hier à M. Müller [2] qui s’en allait à Lyon une lettre pour vous de deux pages. Maintenant je vous dirai que notre armée est toujours en Flandres [3] et que le roi [4] y est encore toujours attaché au maréchal de Turenne. [5] Notre armée a été devant Bouchain, [1][6] d’où est arrivé le bruit qu’elle était assiégée. Aujourd’hui, l’on dit que le roi a fait assiéger deux places, savoir Saint-Ghislain [7] et Condé ; [8] et qu’après icelles prises, on ira à Valenciennes [9] ou à Cambrai ; [10] mais néanmoins, la saison d’assiéger se passe et y a grande apparence que l’on ne fera pas dorénavant de grand siège ; et puis, more nostro[2] il ne faut point tant gagner, il vaut mieux que la guerre dure que de faire la paix afin que ceux qui sont en faveur emplissent leur gousset.

[J’ai céans un livre intitulé Historiæ ecclesiasticæ novi Testamenti Pars 1, 2 et 3, dans le premier desquels je trouve souvent cité un livre Thes. philolol., je m’imagine qu’il veut dire Thesaurus philologicus. L’auteur se nomme Io. Henricus Hottingerus, Tigurinus[3][11] et même mes trois volumes in‑8o ont été imprimés à Zurich, [12] 1651 et 1653. Faites-moi la faveur de me faire chercher cela à Genève chez MM. de Tournes [13] ou Chomet, ou autres ; j’entends Thes. philolol., comme aussi le quatrième tome de cette même Histoire ecclésiastique que je sais de bonne part qui y a été imprimée, comme aussi du même auteur, un autre in‑8o intitulé Dissertationes miscellaneæ que l’on trouvera chez MM. de Tournes, ut mihi constat ex quodam Indice librorum [4] qui a été de par eux envoyé de deçà à un honnête homme de ma connaissance qui me l’a mis en main.] [5]

Ne vous mettez nullement en peine pour ce dernier article, faites-moi seulement la faveur de m’acheter à Lyon, s’il se trouve quelque part, ce Io. Henr. Hottingeri Thes. philolol. ; ou bien, s’il ne s’y trouve, tâchez de me le faire venir de Zurich par quelque moyen, si vous le pouvez. Du reste, ne angaris[6] j’en ai écrit exprès à M. Devenet [14] qui en aura le soin, comme de plusieurs autres que je lui ai désignés dans le billet que je lui envoie ; et quand il me les aura achetés, je vous en enverrai l’argent pour les lui payer.

Saint-Ghislain et Condé sont rendues au roi qui est toujours en Flandres et qui a fait assiéger Valenciennes, qui est une grande ville, mais laquelle se rendra bientôt. [7] Toutes ces places en pays étranger nous fourniront l’hiver prochain à nos troupes, de quartier d’hiver, maximo suo incommodo[8] On dit ici que nos affaires vont mal en Italie, que nous ne prendrons point Pavie [15] et qu’il en faudra lever le siège ; que le vice-roi de Naples [16][17] a envoyé dans le Milanais [18] force troupes, lesquelles feront repentir au duc de Modène [19] d’avoir pris notre parti. [9] Le roi de Suède [20] est à Stettin [21] en Poméranie, [22] trois provinces de Pologne se sont révoltées contre leur roi [23] et se sont données au roi de Suède. [24] La peste continue fort en Hollande. [25] Un honnête homme m’a dit hier que l’on imprime à Londres un livre entier De Vita Erasmi ; [26] je ne sais ce que c’est, mais Petrus Bertius, [27] Geographus regius, m’a dit autrefois qu’il en avait une toute faite quam confecebat ex novem tomis operum Erasmi[10] Celui qui a procuré la défection des trois provinces de Pologne au profit du roi de Suède est un certain prince Radziwill, [28] mécontent du roi de Pologne ; mais comme ce roi n’est ni vaillant, ni guerrier et qu’il est haï, voire même fort méprisé en tout son royaume, il est fort à craindre que ce roi de Suède, qui est puissant et qui a quant et soi une grande armée, ne se rende le maître du reste ; [11] et de là, gare les jésuites et toute la papimanie qui se trouvera en tout ce pays-là sous un nouveau maître luthérien, [29] qui trouvera fort à sa bienséance de s’accommoder de tout le bien d’Église, comme firent autrefois en Angleterre Henri viii [30] et la reine Élisabeth. [12][31]

Ce 25e d’août. Je viens de voir M. Gassendi [32] qui est au lit malade d’une inflammation de poumon, [33] pour laquelle je l’ai prié de se faire saigner pour la troisième fois. [34] Ce petit bonhomme n’aime aucun remède et néanmoins en a grand besoin. J’y ai trouvé M. Du Prat notre bon ami et M. Bernier [35] qui est depuis peu revenu de Provence et de Montpellier. [13]

Ce 29e d’août. Un trésorier de l’Extraordinaire des guerres [36] qui est en charge m’a dit ce matin que le roi de Suède a passé en Poméranie, [37] delà en Pologne, et que tôt après il est entré en Allemagne, qu’il est de présent en Silésie ; [38] mais qu’il ne sait si nous sommes de cette ligue ou bien si ce n’est point Cromwell, [39] en tant que chef du parti des protestants, qui est entré dans ce parti. Je n’en sais rien non plus, mais c’est chose certaine que voilà une grande nouvelle, et bien dangereuse pour l’Allemagne, principalement pour la Maison d’Autriche si elle n’est en état d’y résister puissamment et si elle n’est bien avec ses voisins. Si Cromwell s’en mêle, sans doute que le duc de Saxe [40] sera contre l’empereur ; [41] tous les autres princes sont peu considérables pour lui, je ne doute pas du prince palatin. [42]

Mais voilà votre belle et agréable lettre que je reçois, du 24e d’août. Si M. de Salins [43] a été vous rendre ses devoirs, j’en suis bien aise ; il est fort honnête homme, n’en doutez point. Le père [44] est encore vivant, il a deux fils [45] médecins qui tous deux ont pris leurs degrés à Angers [46] par mon conseil. Ces deux fils sont tous deux fort mes amis, mais je pense que c’est le puîné qui vous a été saluer, qui m’a le plus hanté et qui est bien plus savant que son aîné ; [14] sans doute qu’il m’écrira bientôt du voyage qu’il aura fait à Lyon.

Pour M. Tardy, [47] âgé d’environ 54 ans, il n’a pas fait imprimer ses Remarques anatomiques, et nuper uxorem duxit[15] C’est un pauvre fou, glorieux et impertinent, qui ne fera jamais rien qui vaille, il a épousé une jeune femme à laquelle il fera bientôt perdre l’esprit ; il est gueux, caimand, [16] superbe, étourdi, présomptueux, vantard, etc. Il a fait imprimer un petit in‑4o du mouvement circulaire des esprits dont il se dit l’inventeur ; il l’a dédié à Guénault [48] auquel, entre autres louanges, il donne celle d’avoir fait connaître l’antimoine [49] au monde et l’avoir fait mettre au rang des bons médicaments, et que c’est de lui qu’il tient le secret d’en user, etc. [17] M. Riolan [50] dit qu’en tout son livre il n’y a pas un bon mot. Dicam verbo[18] ce Tardy est un méchant et impertinent coquin, artis nostræ vomica et opprobrium[19] aussi bien que des Fougerais, [51] Guénault et autres imposteurs antimoniaux.

Je sais bien le parturient du pape [52] il y a longtemps. [20] Celui-ci fera comme les autres, il est obsédé des jésuites par lesquels il se laisse gouverner, qui est un grand et puissant moyen pour l’empêcher de bien faire.

Je suis très ravi du procès gagné à la première des Enquêtes, mais je suis marri que je ne l’aie su ; j’y ai tout crédit envers les deux présidents, dont l’un est M. de Thou, [53] et l’autre M. du Blancmesnil. [54] Dieu soit loué de tout ! La justice est fort bonne dans les Enquêtes, les mauvais coups se font à la Tournelle [55] et à la Grand’Chambre. Voilà un frère ingrat et méchant accommodé comme il le mérite. [21][56]

Nos apothicaires [57] sont ici au désespoir de ce qu’ils gagnent si peu : la cherté de leurs drogues les a fait haïr dans les familles où les médecins ont introduit une médecine domestique et familière, dont le peuple est fort soulagé ; même les chirurgiens barbiers, [58] autrement dits maîtres de chef-d’œuvre, font l’office des apothicaires où il se rencontre, etiam conniventibus medicis[22] en dépit et au grand regret des apothicaires qui en grondent fort ; et ces chirurgiens barbiers, afin de se fortifier contre tels ennemis davantage, veulent s’unir et faire alliance avec les chirurgiens [59] de Saint-Côme, autrement dits de longue robe, ce qu’ils ne peuvent faire sans notre consentement ; et pour cet effet, nous avons une fois été assemblés, où il a été résolu, en suite de l’avis que je proposai, que nous ne pouvions pas procéder à examiner et approuver cette union que nous n’en eussions vu les articles ; lesquels seraient mis, quand les deux partis en seraient bien d’accord, entre les mains de notre doyen [60] qui alors appellerait chez soi en une assemblée particulière singules illi Doctores qui antehac gesserunt decanatum in Scholis[23] comme gens qui savent les affaires de la Faculté ; ce qui n’est pas encore exécuté et ne le sera peut-être jamais, d’autant que l’on m’a dit ce matin que leur prétendu accord est tout rompu et qu’ils sont bien éloignés de la conclusion de cette union. Voilà où nous en sommes. Vos chirurgiens et apothicaires plaident sans doute les uns contre les autres rudement, et seront peut-être assez fous pour en venir jusqu’ici pour y faire gagner nos procureurs et greffiers ; et peut-être, comme vous dites, que Meyssonnier [61] en fera autant. Ô l’impudence des hommes ! o deliria morientis sæculi ! [24]

Je ne sais qui est ce charlatan [62] qui fut pendu à Sedan [63] pour avoir donné de l’antimoine [64] à un duc de Bouillon, [65] environ l’an 1574 ; [25] je m’en enquerrai à M. Riolan qui est celui qui le saura le plus tôt. Ce pendard a bien eu des successeurs qui n’ont pas été pendus, combien qu’ils le méritassent bien, et adhuc perennant[26]

L’Histoire de l’Église de M. Godeau [66] est en beaux termes ; [27] il est habile homme, mais il n’a pas pêché au fond, il n’a pas touché aux grandes vérités et n’a osé ; aussi n’en eût-il eu jamais le privilège, il a fait comme les moutons de Dindenault dans Rabelais, [67][68][69] sequutus est antecedentium gregem[28][70] L’ancienne histoire ecclésiastique est fort obscure et pleine de plusieurs faussetés qui ont été forgées ad nutum dominantium et ad lucrum sacrificulorum ut facerent rem suam amplissimam[29] Par ce moyen, irrepserunt divitiæ in templum Domini, per pias fraudes, per dolos industrios, per ficta miracula[30] et cela leur a fort réussi. [71]

Creverunt et opes, et opum furiosa libido[31]

Ne savez-vous pas bien ce que Pierre Pithou [72] écrivit au-devant du premier tome du cardinal Baronius, [73] qui a tant été loué des bonnes gens : [74]

Cæsar Baronius, cum primum animum ad scribendum appulit
Id sibi negotii credidit solum dari,
Papæ ut placerent quas scripsisset fabulas
[32]

Grotius [75] aussi, l’an 1614, dans l’épigramme qu’il fit à Casaubon [76] pour mettre au-devant de ses Exercitations contre Baronius, reconnaissant que le bonnet rouge avait été la récompense de ce grand travail, a dit de bonne grâce :

Annales docti nimium servire Baronii
Qui legis, et Romæ quale probatur opus,
Credere ne propera : multo vigilata labore
Pagina ; sed nutu sub dominantis erat.
Auctoramentum non est leve, purpura : pridem,
Pontifices verum non didicere pati.
O pietas ubi mersa lates ? quis fortis et acer,
Qui contra sæclum commodet ora tibi ?
Vivimus addicti studiis ; spes, ira, cupido,
Turba, metus, regnum religionis habent. Etc.
 [33]

Quelque accommodement que fassent les députés de Pignerol [77] pour les princes qui les y ont envoyés, ils n’y rappelleront point en vie tant de pauvres innocents qu’ils ont méchamment et cruellement massacrés ; néanmoins, je souhaite fort qu’au moins il s’en ensuive un bon accord. [34][78] On n’assure encore ici rien de bon du siège de Pavie, mais l’on dit que le roi revient aujourd’hui à La Fère [79] y revoir la reine sa mère ; [80] laquelle l’y attend impatiemment, étant fort désireuse de le revoir après tant de villes prises et tant de prouesses valeureuses exécutées dans le pays ennemi. Au moins, si l’on n’a pas pris beaucoup de villes, on a bien tué des vaches et des poules à des pauvres gens qui sont innocents et qui luunt peccata Principum bellantium[35] La guerre d’aujourd’hui n’est guère meilleure ni plus raisonnable que jadis la guerre de Troie, laquelle au dire d’Horace Stultorum regum et populorum continet æstus[36][81]

Le livre de M. Riolan est achevé à une feuille près et à son portrait que le graveur achève, où il a mis du latin exprès pour faire entendre à ses adversaires, Pecquet, [82] Mentel et Mersenne, [83][84] qu’en ce grand âge auquel il est parvenu, il ne les craint point, qu’il a encore des forces requises pour leur résister et pour réfuter leurs rêveries. [37][85]

Je vous donne avis qu’il est aujourd’hui le neuvième < jour > d’une fièvre continue [86] et d’une disposition inflammatoire du poumon à M. Gassendi, pour laquelle chasser il a été saigné ce matin pour la quatrième fois en présence de MM. Du Prat et Bernier que j’y ai rencontrés, et qui y sont souvent. Il y a longtemps que je suis après pour obtenir cette saignée, à quoi ces Messieurs susnommés m’ont fort aidé. Le sang qu’on lui a tiré est tout vert. J’ai fort mauvaise opinion de son poumon. C’est un petit homme fort obstiné pour lequel j’ai grande peur qu’il ne meure cet automne, et ainsi adieu nos livres car la copie n’est pas prête. Dieu soit loué qu’il n’y a personne d’engagé à ce grand ouvrage, duquel la copie n’est point achevée. [87] M. Gassendi est du nombre et de la famille des hémophobes[88] cette malheureuse opinion lui coupera la gorge tôt ou tard comme elle fait à beaucoup d’autres très souvent. Voilà ce que je puis vous en dire pour le présent, et qui me semble le plus vraisemblable de la fortune de l’homme et de l’événement de ce mal, j’ai pourtant grand regret de la perte d’un si savant homme et d’un si excellent personnage.

Le curé de la Madeleine [89][90] n’a point voulu aller à la cour pour y recevoir les défenses de rien faire exécuter des commandements du cardinal de Retz [91] touchant la direction de l’archevêché de Paris. Son confrère le curé de Saint-Séverin [92][93] a été à la cour et a promis d’obéir, et l’autre demeure caché et ne se veut montrer. [38] Le lieutenant civil, [94] pour obéir et complaire à la cour, l’a fait proclamer à trois briefs jours. [39]

J’apprends que Pecquet fait feu et flamme contre M. Riolan : il s’en va examiner toute l’Anthropographie, en faire un grand catalogue des fautes et des bévues de M. Riolan, et le faire passer dans la postérité comme un homme fort ignorant qui a très mal mérité du public. [40] Ne sera-ce pas là un bon livre puisqu’il ne sera plein que de fautes et ne contiendra autre chose ? Je viens d’apprendre de M. Riolan que celui qui fut pendu à Sedan pour avoir donné de l’antimoine à M. de Bouillon était un apothicaire, [25] et qu’il l’a autrefois ouï dire à M. Marescot [95] et à feu M. Simon Piètre, [96] son oncle, qui a été cet homme incomparable duquel il a parlé dans la préface de son Encheirid. anatom [97] et dans son Anthropographie, page 593[41] C’est celui qui a fait des annotations sur Gourmelen [98] et sur la Chirurgie française de Paul Éginète [99] traduite par Daléchamps. [42][100] Ce grand homme mourut l’an 1618 âgé de 54 ans. Hélas ! j’en aurai demain autant et je ne mérite pas d’être l’écolier d’un si grand homme. Il a été propre frère de la mère de M. Riolan [101] et fils d’un autre Simon Piètre, [102] lequel mourut l’an 1584, in cuius decanatu, anno 1566, latum fuit Decretum contra stibium tamquam venenatum[43] Ô beau décret, que n’as-tu toujours été bien gardé !

Il est arrivé un courrier d’Italie qui apporte nouvelles de la prise de Pavie : voilà un pauvre pays en mauvais état, ce sera au pape de s’en remuer et pour en venir à bout, de s’allier de la faveur des autres princes d’Italie afin de chasser de leurs provinces un ennemi si remuant et si insolent que sont nos Français. [44] On dit que le roi couchera aujourd’hui à La Fère et delà qu’il viendra à Compiègne, [103] et que notre armée a tout nouvellement assiégé Bouchain. Ces petites places seront fortifiées par nos gens et leur serviront de retraite l’hiver prochain.

Depuis ma harangue [104][105] du 1er jour de mars, M. Denyau [106] a été fait professeur du roi en la place de M. Akakia ; [107] et aujourd’hui, un autre a fait sa harangue pour être Professor regius in philosophicis[45] savoir M. Des Auberis [108] à la place de M. Godin. [109]

Voilà deux grands voleurs que l’on vient de pendre à la Grève ; [110][111] mais hier à la Croix du Trahoir [112] fut rompu avec toutes les solennités requises un corps d’osier à la place du vrai corps qui est mort dans le For l’Évêque [113] où il était prisonnier. [46] On dit que c’était un criminel à qui ses parents ont envoyé une bouteille de vin empoisonné ut cum subducerent supplicio et a publica morte librerarent[47][114] mais ils ne l’ont pas délivré ab æterna illa tantopere tremenda[48] Je vous prie d’avoir soin des deux lettres que je vous adresse afin qu’elles soient rendues à leur assignation. Excusez-moi de tant de peine et me faites la faveur de dire à M. Devenet que, lorsqu’il lui plaira me faire réponse, que je le prie de vous les donner afin que vous les enfermiez dans les vôtres. Quand le livre de M. Riolan sera fait, je vous l’enverrai, et à nos amis. En attendant, je vous supplie de vouloir prendre la peine de faire mes recommandations à MM. Gras, Guillemin, Falconet et Garnier, comme aussi à MM. Huguetan et Ravaud, [115] desquels j’espère de recevoir bientôt le Matthiæ Martinii Etymologicum philologicum sacrum[116] comme vous m’avez fait espérer par votre pénultième. [49] M. Rigaud, [117] associé de M. Borde, [118] est parti d’ici depuis huit jours pour aller à Francfort ; [119] l’autre frère Rigaud ne viendra-t-il point ici ? [50] Adieu Monsieur, et me tenez pour celui qui sera toute sa vie votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 30e d’août 1655.

On parle ici d’une grande bataille gagnée près des Dardanelles [120] par les Vénitiens sur les Turcs[51]


1.

Bouchain, ville du Nord près de Denain, à mi-chemin entre Valenciennes au nord-est et Cambrai au sud-ouest, est riveraine de l’Escaut. C’était une place forte réputée imprenable car des barrages donnaient la possibilité d’en inonder défensivement les approches.

2.

« comme c’est notre habitude ».

3.

Johann Heinrich i Hottinger (Zurich [Tigurum] 1620-5 juin 1667), théologien luthérien et orientaliste suisse, avait d’abord été secrétaire de l’orientaliste Golius (v. note [5], lettre latine 66) qui le perfectionna dans les études hébraïques. Il avait professé ensuite l’histoire ecclésiastique et les langues orientales à Zurich (1643), puis à Heidelberg où il passa trois ans. Hottinger allait prendre possession d’une chaire à Leyde lorsqu’il se noya en traversant la Limath. Ce savant a fait faire un grand pas aux études orientales en fondant une imprimerie arabe à Heidelberg et en publiant divers extraits d’ouvrages syriaques et arabes (G.D.U. xixe s.).

Guy Patin citait ici trois de ses ouvrages.

  1. Thesaurus philologicus, seu Clavis Scripturæ : qua quicquid fere Orientalium, Hebræorum maxime, et Arabum, habent Monumenta de Religione, ejusque variis speciebus, Judaismo, Samaritanismo, Christianismo, Muhammedismo, Gentilismo ; De Theologia et Theologis ; Verbo Dei αγραφω et εγγραφω ; variis Bibliorum Exemplaribus ; Fontium Hebræorum Integritate ; Scripturæ Accidentibus, Partibus, Distinctionibus, Sensu et Commentariis. De Targumin seu Paraphrasibus Chaldaicis, Syriacis, Arabicis, Persicis, Samaritanis, Græcis et Latinis ; De Masora et Kabbala ; De singulorum V.T. Librorum, Canonicorum et Apocryphorum, Authoritate in genere, et de Lege, Prophetis et Prophetiis in specie, etc. breviter et aphoristice ita reseratur, et aperitur, ut multiplex inde ad Philologiæ et Theologiæ studiosos fructus redundare possit.

    [Le Trésor philologique ou la Clé de l’Écriture, qui dévoile et découvre, de manière brève et aphoristique, presque tout ce que les ouvrages des Orientaux, principalement des Hébreux et des Arabes, contiennent à propos de la religion, dans ses différentes déclinaisons, judaïsme, samaritanisme, christianisme, mahométisme, gentilisme : de la théologie et des théologiens ; de la Parole divine, écrite et non écrite ; des divers exemplaires des Bibles ; de la totalité des sources hébraïques ; des égarements, parties, distinctions, sens et commentaires de l’Écriture ; du Targum ou paraphrases chaldéennes, syriaques, arabes, perses, samaritaines, grecques et latines ; de la Massore et de la Cabale ; {a} de l’authenticité de chacun des livres de l’Ancien Testament, canoniques et apocryphes, en général, et de la Loi, des prophètes et des prophéties, en particulier, etc. ; de sorte que puissent en rejaillir d’abondants fruits pour ceux qui étudient la théologie et et la philologie]. {b}


    1. V. note [27] du Borboniana 1 manuscrit.

    2. Zurich, Joh. Jacobus Bodmerus, 1649, in‑4o de 616 pages.

  2. Les trois premiers tomes de l’Historiæ ecclesiasticæ… [Histoire de l’Église…] (Zurich, 1651-1667, 9 volumes in‑8o, avec variantes de titre), histoire qui va du commencement de l’ère chrétienne au xvie s. :

    1. Historiæ ecclesiasticæ, Novi testamenti, Enneas seu pars i. Qua res Christianorum, Judæorum, Gentilium, Muhammedanorum, juxta novem post natum Christum primorum Seculorum seriem, breviter, succincte et aphoristice primo proponuntur ; fusius deinde explicantur : Capita etiam doctrinæ, tum veræ, per commodam et luculentam, uniuscuisque Seculi, Συμβιβασιν ; tum falsæ, per ελεγχον subjiciuntur, sicque ad multiplicem usum, necessariamque rerum Ecclesiasticarum notitiam applicantur…

      [Neuvaine du Nouveau Testament, ou première partie de l’Histoire de l’Église. D’abord, sont présentées, de manière brève, succincte et aphoristique, les affaires des chrétiens, des juifs, des gentils et des mahométans pendant chacun des neuf premiers siècles qui ont suivi la naissance du Christ ; pour être ensuite expliquées plus en détail. Suivent aussi les chapitres de la doctrine, tant vraie, par une présentation commode et précise de chacun des siècles, que fausse, par élégie ; et le tout est ainsi destiné à de multiples usages, et à la connaissance nécessaire des affaires de l’Église…] ; {a}

    2. Historiæ ecclesiasticæ, Novi testamenti Dyas, seu pars ii. Qua res…, juxta duorum, x. et xi. post Christum natum Seculorum seriem…

      [Dyade du Nouveau Testament, ou deuxième partie de l’Histoire de l’Église. Les affaires… pendant les x e et xi e siècles qui ont suivi la naissance du Christ…] ; {b}

    3. Historiæ ecclesiasticæ, Novi testamenti Trias seu pars iii. Qua res…, juxta trium, xii. xiii. et xiv. post Christum natum Seculorum seriem…

      [Triade du Nouveau Testament, ou troisième partie de l’Histoire de l’Église. Les affaires… pendant les xii e, xiii e et xiv e siècles qui ont suivi la naissance du Christ…]. {c}


      1. Johann Heinrich Hamberger, 1651, 677 pages.

      2. id. 1651, 599 pages.

      3. id. 1653, 962 pages.

        V. note [1], lettre 432, pour les 4e et 5e parties, parues en 1654 et 1655.


  3. Dissertationum miscellanearum πεντας : i. De Abusu Patrum. ii. Catalogus scriptorum ecclesiasticorum supposititiorum. iii. Specimen philosophiæ historicæ. iv. Irenicum Helveticum. v. Methodus legendi historias Helveticas.

    [Cinq livres de dissertations variées : i. Les Abus des Pères ; ii. Catalogue des faux écrivains ecclésiastiques ; iii. Spécimen de philosophie historique ; iv. Irénique {a} helvète ; v. Méthode pour lire les histoires helvètes]. {b}


    1. Discours destiné à pacifier les discordes religieuses.

    2. Zurich, Johann Jakob Bodmer, 1654, in‑8o de 631 pages.

4.

« comme il m’apparaît suivant une certaine Liste des livres ».

5.

Paragraphe que Guy Patin a lui-même barré de six traits verticaux.

6.

« pour que vous ne vous en tourmentiez pas ».

7.

Fausse nouvelle : Valenciennes ne fut assiégée que la saison suivante (v. note [13], lettre 440).

8.

« pour leur plus grand malheur. » Quoiqu’intelligible, la phrase est mal construite, mais je l’ai fidèlement transcrite.

9.

La Gazette, ordinaire no 115, du 28 août 1655 (pages 955‑956) :

« De Gênes, l’11 août 1655. Les troupes que les vaisseaux de Naples ont apportées n’ont point encore paru ; même, on dit que celui qui les commande ne veut point les débarquer sans un ordre exprès de Dom Juan d’Autriche pour qui elles avaient été depuis fort longtemps destinées. {a} Cependant, on nous écrit de Milan que le marquis de Caracène s’était posté avec ce qu’il avait pu ramasser de forces à 5 milles seulement de Pavie, à dessein d’incommoder par ses parties les Français qui l’assiègent, en attendant qu’il soit en état d’y jeter du secours, d’autant plus nécessaire qu’on a appris, par des lettres qu’un espion portait à ce marquis, que s’il ne venait bientôt dégager les assiégés, ils se rendraient, ne voulant point se mettre en danger d’être saccagés.

De Turin, le 14 août 1655. […] Il {b} rapporte que les assiégés se défendent merveilleusement et qu’ils font de continuelles sorties ; que dans la place il y a plus de 60 pièces de canon dont ils tirent incessamment, et des feux d’artifice en très grand nombre, qui font voir qu’ils ne manquent point de munitions de guerre ainsi qu’on nous voulait faire croire ; ce qui n’empêche pas que les nôtres n’espèrent être maîtres de la place dans la fin de ce mois. »


  1. En Flandre.

  2. Un émissaire.

10.

« qu’il avait entièrement tirée des neufs tomes des œuvres d’Érasme. » Cette Vie d’Érasme de Pierre Bert (v. note [38], lettre 348), « géographe du roi », n’a apparemment jamais vu le jour ; je n’ai pas non plus trouvé d’ouvrage sur ce sujet publié à Londres durant cette période.

11.

En 1649, lors de l’avènement de Jean ii Casimir au trône de Pologne, succédant à son frère Ladislas iv, les Cosaques étaient maîtres de Kiev et de l’Ukraine. Les émissaires de Bogdan Chmielnicki, hetman des Cosaques d’Ukraine, parcoururent la Pologne, incitant les masses paysannes à la révolte. Leurs succès partiels provoquèrent à la Diète des mouvements confus.

En 1652, le député d’Upita, Sicinski, à l’incitation du prince Janus Radziwill, hetman de Lituanie (1612-1655), fit pour la première fois usage du libertum veto, droit découlant du principe de l’égalité absolue de tous les nobles et de son corollaire, celui de l’unanimité pour toutes les décisions de la Diète, qui se trouvait donc « rompue » sur l’injonction d’un seul de ses membres. En 1654, les Cosaques s’étaient placés sous la protection du tsar Alexis qui en profita pour engager la guerre de Treize ans (v. note [7], lettre 374) en occupant Smolensk et Wilno. En juillet 1655, les Suédois avaient envahi par surprise la république polonaise. Ils l’occupaient tout entière sauf Dantzig et la région de Leopol : c’était ce qu’on appela le Déluge. Le roi Jean ii Casimir se réfugia en Silésie, tandis que Charles x Gustave de Suède s’apprêtait à ceindre une deuxième couronne. En novembre, ce qui restait de l’armée polonaise se rallia à lui (R. et S. Pillorget).

12.

Élisabeth ire, reine d’Angleterre de 1558 à 1603 (v. note [6], lettre 511), était fille de Henri viii, qui avait régné de 1509-1547, célèbre pour ses six épouses et pour le schisme d’avec Rome qu’il provoqua en 1533, à l’origine de l’Église anglicane : v. notes [42] du Borboniana 10 manuscrit, et [32][37] du Faux Patiniana II‑7.

13.

François Bernier, dit le Mogol (v. note [69], lettre 332), allait s’embarquer pour l’Orient.

14.

Hanter : « être souvent en la compagnie de quelqu’un, soit qu’on lui fasse des visites, soit qu’on reçoive les siennes » (Furetière).

Hugues ii de Salins, le puîné, était depuis mars 1651 un des correspondants réguliers de Guy Patin, qui avait supervisé ses progrès en médecine, comme en attestent trois lettres de 1648 à son père, Hugues i de Salins (6 avril, 16 juillet et 11 novembre). Dans sa lettre à Salins, datée du 5 novembre 1655, Patin lui a parlé de cette visite qu’il avait rendue à Charles Spon.

15.

« et il s’est récemment marié. »

16.

Caimand : « mendiant qui gueuse par fainéantise et faute de vouloir travailler » (Furetière).

17.

V. note [10], lettre 402, pour la dédicace louangeuse de Claude Tardy à François Guénault dans son Traité du mouvement circulaire du sang et des esprits… (Paris, 1654). Sa Préface est aussi assez extravagante :

« Saint Augustin dit que ce n’est pas une arrogance que de chercher ou de dire la vérité, je l’ai cherchée dès l’âge de 15 ans dans les écrits du grand Hippocrate et d’Aristote, aussi bien que dans le sein de la Nature, par une inclination naturelle et curieuse de savoir toute chose. Je l’ai découverte et fait voir en plusieurs sujets excellents, par un travail opiniâtre et continuel de 30 ans dans Paris, aux lieux publics et à la vue de tous. Je n’ai pu vivre content de l’honneur d’être docteur en médecine si ce n’était dans l’Université de Paris qui seule est capable de rendre l’honneur à la vertu, comme elle en est le séjour. J’y voulus paraître et y soutenir la vérité, proposant en public une partie de mes remarques en trois thèses principales et quodlibétaires toutes remplies et tissues de principes admirables et secrets du divin Hippocrate, c’est-à-dire de la Nature. {a} Mais quoi ! l’envie joua son jeu, quelques-uns me firent passer pour un arrogant insupportable, et d’autres pour un ridicule d’avancer des principes et des propositions qu’ils croyaient sans fondement, venues de mon caprice ; et en un mot, elles furent bien reçues de peu de personnes. La honte que j’en eus, jointe à la connaissance de mes propres forces, me fit entrer dans une indignation très juste. C’est pourquoi, pour venger cette injure faite à la Vérité, je mis la main à la plume […].

L’année 1646, […] j’enseignai publiquement en nos Écoles mes commentaires sur le livre qu’Hippocrate a fait des maladies des filles, où je fis voir que tous ses raisonnements prouvent la circulation du sang ou la supposent pour principe et pour fondement, et ont été mis au jour en l’année 1648. Or dès l’année 1642, j’avais jeté les fondements de cette doctrine et démontré par la première thèse que je soutins, n’étant encore que bachelier, que la circulation des cieux et du soleil engendre toutes choses et les fait être, agir et mouvoir en circuits. Ce mouvement produit tous les autres, il leur sert de borne et de règle ; étant seul égal, exempt de limites, toujours en son commencement aussi bien qu’en sa fin, il est seul capable de durer éternellement et de donner l’être à sa mode avec vicissitude à toute chose, comme toutes choses l’imitent et le représentent en ce qu’elles peuvent. {b}

[…] Enfin, la malice, qui n’a pu condamner ma pratique ni mes écrits, s’efforce de m’en ôter l’honneur : quelques-uns étendent ce que j’ai mis en peu de mots à l’imitation d’Hippocrate, d’autres en grossissent leurs livres et se sont adressés principalement à mes remarques anatomiques dont mes écrits sont tous remplis. On n’a pas omis ce que j’ai divulgué de vive voix, enseignant publiquement en présence des plus habiles anatomistes en qualité de professeur en chirurgie depuis l’année 1645 jusqu’à 1650. Mais ce qui est de plus évident et de plus grande importance regarde la circulation du sang et la distribution de l’artère carotide, que j’ai tant de fois démontrée publiquement avant que de la faire imprimer, et cette découverte a contraint à se dédire tout à fait et publiquement ceux qui m’en veulent ôter l’honneur, parce que cette distribution déclare le passage de la circulation du sang qu’ils voudraient bien s’approprier, bien que je l’aie publiquement soutenue le premier en thèse dans les Écoles de Médecine dès l’année 1642, et l’ai depuis toujours employée dans mes écrits […].

Une chose si publique n’a pas empêché qu’on n’y ait mis la main sans me nommer et qu’on ne s’approprie l’honneur qui m’appartient d’avoir appliqué le premier le mouvement circulaire à la pratique ; mais il ne me sera pas malaisé de faire voir par la suite de ce traité que toute cette doctrine vient d’un même génie, se trouvant appuyée sur de mêmes principes […]. »


  1. La première thèse quodlibétaire de Claude Tardy disputée sous la présidence de Georges Joudouin portait sur la question Estne decimestris partus perfectissimus ? [L’accouchement à dix mois n’est-il pas le plus parfait ?] (conclusion affirmative), le 20 novembre 1642.

    Ses deux autres thèses avaient été :

  2. Le 4 décembre 1642, sous la présidence de Hugues Chasles, Simon Boullot avait conclu négativement sa quodlibétaire sur la question An motus sanguis circularis ? [Le mouvement du sang est-il circulaire ?].

18.

« En un mot ».

19.

« peste et déshonneur de notre art ». Claude Tardy avait été le 46e sur la liste des signeurs de l’antimoine en 1652 (v. note [3], lettre 333).

20.

L’élection du pape Alexandre vii – l’« accouchement » du conclave – avec réminiscence d’Horace (Art poétique, vers 139) :

Parturient montes, nascetur ridiculus mus.

[La montagne va accoucher, il en naîtra une ridicule souris].

21.

Dans les premiers mois de 1655, Guy Patin a fait quelques allusions au procès en appel que Marie Seignoret, belle-sœur de Charles Spon, avait engagé devant la première Chambre des enquêtes (v. note [7], lettre 389).

Ce « frère ingrat et méchant » pouvait être le propre frère de Marie, Jacques Vincent, ou son époux, Étienne Seignoret, frère puîné de Marie Spon, l’épouse de Charles.

22.

« avec même la bienveillance des médecins » ; « où il se rencontre » veut ici dire « chaque fois que l’occasion s’en présente » ; v. note [12], lettre 411, pour la distinction entre chirurgiens et barbiers chirurgiens.

23.

« chacun des docteurs qui ont exercé le décanat en nos Écoles ».

La première assemblée de la Faculté sur ce sujet avait eu lieu le samedi 14 août 1655, on y avait examiné la requête des chirurgiens pour que la Faculté ne fît pas obstacle à leur union (v. note [14], lettre 411). Leur supplique en français s’achevait sur ces mots (Comment. F.M.P., tome xiv fos 139‑145) :

« Ce considéré, Messieurs, et que c’est une œuvre de charité d’accorder deux corps divisés et en procès, et que cela va à la gloire de Dieu, à l’utilité des sujets du roi et au bien particulier d’un chacun, il vous plaise avoir agréable ladite union et jonction desdites deux communautés, leur donner votre aveu et sentiment, protection, conseil, confort et aide, et la défendre contre et envers tout en tant qu’à vous est ce faire le pourrez. »

Guy Patin ne fut apparemment pas suivi dans son souhait d’une délibération entre les doyens présent et passés. La Compagnie examina les 14 articles du traité d’union le 13 septembre suivant et le doyen les approuva au nom de la Faculté.

24.

« Ô extravagances d’un siècle moribond ! »

25.

Henri-Robert, duc de Bouillon (1539-1574), prince de Sedan, était le fils aîné du maréchal de Bouillon, surnommé le Sanglier des Ardennes. Charlotte (1574-1594), sa fille et seule héritière survivante, devint en 1591 la première épouse de Henri de La Tour d’Auvergne (v. note [2], lettre 187), lui transmettant les titres de duc de Bouillon et prince de Sedan.

26.

« et qui durent encore. »

27.

V. note [40], lettre 286, pour L’Histoire ecclésiastique… (1653) d’Antoine Godeau, évêque de Grasse.

28.

« il a suivi la tête du troupeau » ; Sénèque le Jeune (La Vie heureuse, chapitre i, § 3) :

Nihil ergo magis præstandum est quam ne pecorum ritu sequamur antecedentium gregem, pergentes non quo eundum est sed quo itur.

[Rien donc n’est plus important pour nous, que de ne pas suivre, à la manière du bétail, la tête du troupeau, en passant non par où il faut aller, mais par où l’on va].

Dans le Quart livre (chapitres vi à viii), Dindenault est le marchand à qui Panurge achète un mouton qu’il jette aussitôt à la mer, et toutes les autres bêtes du troupeau et Dindenault lui-même le suivent ; d’où vient l’allusion aux « moutons de Panurge » pour qualifier les gens qui suivent aveuglément l’exemple des autres.

29.

« sur ordre des gouvernants et pour le profit des prêtres afin qu’ils se remplissent bien mieux les poches. »

30.

« les richesses se sont insinuées dans le temple du Seigneur par des fourberies pieuses, des ruses laborieuses et des miracles feints ».

31.

« On vit croître à la fois les richesses et la cupidité » (Ovide, Fastes, livre i, vers 211, avec cupido au lieu de libido).

32.

« Le cardinal Baronius, dont l’esprit s’est principalement tourné vers l’écriture, s’y est seulement consacré à produire des fables qui plussent au pape » (v. note [20], lettre 318).

33.

« Toi qui les lis, ne te hâte pas de croire que les Annales du savant Baronius {a} sont trop serviles, et qu’on doive approuver un tel produit de Rome. {b} Elles furent le fruit de nombreuses veilles, mais sous l’ordre du souverain. {c} La pourpre {d} n’est pas un mince salaire. Jadis, les pontifes ne souffraient pas qu’on enseignât la vérité. Ô droiture, où te caches-tu ensevelie ? Demande-toi qui est assez courageux et assez vaillant pour accommoder contre l’époque ? Nous autres vivons adonnés à l’étude ; l’espoir, la colère, la convoitise, la confusion, la peur tiennent le royaume de la religion. Etc. » {e}


  1. Annales eclesiasticæ du cardinal Cesare Baronio (v. note [6], lettre 119).

  2. De la papauté.

  3. Le pape.

  4. Le cardinalat, pourpre cardinalice.

  5. Ce sont les dix premiers des 40 vers du Hugonis Grotii in Isaaci Casauboni Exercitationes Baronianas Carmen [Poème de Hugo Grotius sur les Essais baroniens d’Isaac Casaubon] placé à la fin des Prolégomènes des Isaaci Casauboni… Exercitationes ad cardinalis Baronii… Annales… [Essais d’Isaac Casaubon… contre les Annales… du cardinal Baronius…] (Londres, 1614, v. note [18], lettre 318).

    V. note [7], lettre à Charles Spon, datée du 17 octobre 1667, pour une nouvelle allusion de Guy Patin à ce poème de Grotius.

34.

Nouvelle allusion aux Pâques piémontaises (v. note [11], lettre 403) : sur l’initiative de Cromwell, les gouvernants protestants d’Europe avaient envoyé des députés à Pignerol pour demander des comptes à la duchesse de Savoie et obtenir un accommodement favorable aux vaudois.

35.

« et qui expient les péchés des princes qui font la guerre. »

36.

« Contient les fureurs des peuples et des rois insensés » (Horace, Épîtres, livre i, lettre 2, vers 8).

37.

Au début de ses Responsiones duæ… (Paris, 1655, v. note [1], lettre 414) se trouve un portrait de Jean ii Riolan dessiné par Varie et gravé par G. Rousselet. C’est l’image d’un digne vieillard souriant, avec barbiche, moustaches et calotte sur la tête, dans un cadre ovale bordé par ces mots : io. riolanus paris. med. doct. et reg. profess. decanus [Jean Riolan docteur en médecine de Paris et doyen des professeurs royaux]. Au-dessous, deux vers signés Guido Patin, D. Med. et Prof. Reg. :

Non riolanus, at est hic Bibliotheca vocandus,
Quippe quod in tota discitur Arte, tenet
.

[Il ne faut pas appeler cet homme riolan, mais la Bibliothèque, car il conserve ce qui s’apprend en tout l’Art].

Dans son Monitum ad lectorem (traduit dans la même note [1] de la lettre 414), Riolan se sert de son propre portrait pour fustiger ses ennemis, Pecquet et les pecquétiens.

38.

Jean-Baptiste Chassebras (mort en 1691), docteur en Sorbonne (1644), avait été nommé curé-archiprêtre de la petite paroisse de la Madeleine, dans l’île de la Cité (v. note [4], lettre 642), et s’était lié assez tôt avec divers amis du groupe de Port-Royal. Avec plusieurs d’entre eux, il avait signé dès le 25 août 1649 un acte d’appel au Parlement.

Le 28 juin 1655, un mandement du cardinal de Retz, qui se trouvait alors à Rome, l’avait nommé vicaire général en même temps qu’Alexandre de Hodencq, curé de Saint-Séverin. Mazarin s’y était opposé, disant : « Il n’y a pas de plus grand janséniste au monde que ce prétendu grand vicaire. »

Le roi avait convoqué les deux nouveaux vicaires généraux. Tandis que M. de Hodencq acceptait de se rendre à la cour, Chassebras ne voulut pas déférer à cet ordre et tenta de continuer à exercer ses fonctions tout en étant caché dans la tour de Saint-Jean-en-Grève : « Il se tient si bien caché que l’on ne peut savoir où il est », tempêta Mazarin. De là, Chassebras adressait ses mandements et des protestations aux fidèles avec la complicité de Jean Le Houx, proviseur du Collège des Grassins, et de son frère, boucher dans le quartier. La nuit qui précéda la fête de l’Assomption (15 août), il fit afficher sur tous les piliers de Notre-Dame la commission de l’archevêque de Paris qui le nommait grand vicaire, et sa propre acceptation. Il fut dénoncé à Rome par les jésuites comme « un janséniste notoire et des plus zélés du parti ». Mazarin suggéra à tort qu’il se cachait à Port-Royal.

Chassebras publia des mandements contre les évêques de Coutances et de Dol qui avaient procédé à des ordinations à Paris sans avoir son autorisation ni celle du cardinal de Retz. Le 27 septembre 1655, le prévôt de Paris condamna Chassebras au bannissement perpétuel et à la confiscation de ses biens, mais Rome se refusa à sévir contre Retz et contre son grand vicaire.

Le curé de la Madeleine s’opposa encore au roi à l’occasion du jubilé accordé par le pape Alexandre vii en 1655, mais une solution pacifique fut tout de même trouvée à la suite d’un accord intervenu en décembre 1655 entre Retz et la cour. Bien qu’il fût désigné de nouveau par Retz comme vicaire général en mai 1656, Chassebras, qui n’avait pas participé aux débats de la Sorbonne au sujet d’Antoine ii Arnauld, fut remplacé par Antoine Du Saussay puis par Jean-Baptiste de Contes (tous deux bien vus de la cour) et au début de 1661, de manière provisoire, dans ses fonctions de curé de la Madeleine, par Étienne Barré le jeune, docteur de Sorbonne.

Chassebras trouva refuge à Rome sous le nom de sieur de Saint-Aubin. Il y servit, semble-t-il, d’agent secret à Hugues de Lionne. Un accord conclu entre Rome et Retz prévoyait le retour des ecclésiastiques exilés après la démission du cardinal et l’installation de son successeur. Son exécution fut retardée jusqu’en 1664 par la mort du cardinal Pierre de Marca en 1662. Chassebras revint à Paris en 1666. Il mourut prieur de Saint-Pierre de Chaumont (Dictionnaire de Port-Royal, page 255).

39.

Brief (ancienne forme de bref) : « vieux mot qui n’est demeuré en usage que dans le Palais. Un ajournement personnel se donne à trois briefs jours, à cri public, à son de trompe » (Furetière).

40.

Oubliant leur rivalité, la postérité a fait un sort égal aux deux médecins en donnant à chacun le nom d’une structure anatomique de l’abdomen qu’ils ont décrite : l’arcade de Riolan (longue anse artérielle du mésentère qui irrigue les intestins), et la citerne de Pecquet (élément central des voies du chyle, v. note [23], lettre 152). Ce livre annoncé de Pecquet contre l’Anthropographie de Riolan n’a pas été imprimé.

41.

V. notes :

  • [5], lettre 15, et [25], lettre 150, pour la préface de l’Encheiridium anatomicum et pathologicum [Manuel anatomique et pathologique] (Paris, 1648) ;

  • [9], lettre 396, pour la page 593 de l’Anthropographie (Opera anatomica vetera… Paris, 1649, v. note [25], lettre 146) où Jean ii Riolan rendait hommage à son oncle maternel, Simon ii Piètre, dit le Grand Piètre.

42.

V. note [13], lettre 153.

43.

« Durant son décanat, en l’an 1566, fut prononcé le décret contre l’antimoine [v. note [8], lettre 122], dénoncé comme poison. »

En 1574, Anne Piètre (morte en 1604), fille de Simon i et sœur de Simon ii, avait épousé Jean i Riolan ; Jean ii Riolan, le patron de Guy Patin, était né de cette union (v. la Généalogie des Piètre).

44.

« Insolent » remplace « frétillant », que Guy Patin a barré. Le siège de Pavie par les Franco-Savoyards avait commencé le 24 juillet.

45.

« professeur royal en philosophie ».

Guillaume Des Auberis succédait à Jacques Godin (ou Gaudin, nommé en 1650) et tint la chaire de philosophie jusqu’à sa mort en 1668.

46.

Le For l’Évêque était une prison laïque de l’évêque de Paris installée quai de la Mégisserie en 1222, près de Saint-Germain-l’Auxerrois. For dérive du latin forum, place publique où l’on rendait la justice, « d’où vient qu’on appelle le For l’Évêque le lieu où s’exerce la justice de la temporalité de l’archevêché de Paris, Forum Episcopi. Le peuple dit Four l’Évêque par corruption » (Furetière). Dans un espace très réduit (315 mètres carrés environ), on y détenait environ 200 condamnés, les uns pour dettes et les autres comédiens réfractaires ou incivils (G.D.U. xixe s. et A. Fierro).

Les maîtres des requêtes avaient une juridiction spéciale et sans appel sur tous les officiers de la Maison du roi, c’est ce qu’on appelait les requêtes de l’Hôtel. Le siège de cette juridiction était au For l’Évêque (Chéruel in Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Journal, tome i, page 12, note 1).

47.

« pour le soustraire au supplice et lui éviter une exécution publique ».

48.

« d’en être fort tourmenté pour l’éternité. »

49.

Votre avant-dernière lettre. V. note [2], lettre 408, pour le « Dictionnaire étymologique, philologique sacré » de Matthias Martini alors tout récemment réédité à Francfort, mais dont Guy Patin avait prêté son ancien exemplaire à Marc-Antoine Ravaud.

50.

Tout ce qui précède ce paragraphe est barré de trois traits diagonaux qui ne sont probablement pas de la plume de Patin. Les frères Rigaud, Pierre et Claude, étaient libraires associés à Lyon.

51.

Le détroit de Gallipoli, Dardanelles ou Hellespont, réunit la mer Noire (mer de Marmara) à la Méditerranée (mer Égée). C’était pour les Turcs la voie stratégique de pénétration maritime en Europe.

La Gazette, ordinaire no 111, du 21 août 1655 (pages 917‑918) :

« De Venise, ledit jour 26 juillet 1655. Nouvelles sont ici venues par lettres du 26e du passé que la flotte ottomane, composée d’un très grand nombre de vaisseaux, mahones, galères et saïques, ayant voulu tenter le passage des Dardanelles la nuit du 14e au 15e du même mois, avait été si vigoureusement attaquée par celle de la République, {a} quoique beaucoup plus petite, qu’après un combat opiniâtre pendant huit heures, les nôtres avaient remporté une entière victoire, gagné sur les ennemis 16 vaisseaux, six galères, deux mahones, et fait 4 000 prisonniers, outre plus grand nombre de tués, sans autre perte de notre côté que d’un vaisseau, auquel le feu s’attacha si brusquement qu’il fut impossible d’en rien sauver ; et ce qui rend le succès encore plus glorieux à cette République, comme il est des plus avantageux à la chrétienté, il n’y a eu que 38 vaisseaux, deux galéasses et huit galères qui aient combattu ; les autres quatre galéasses et 14 galères ayant été, quatre jours auparavant, détachées du gros de l’armée pour aller vers la Candie {b} empêcher le secours de La Canée et poursuivre les galères des beys jusque dans le port de Focchies. » {c}


  1. De Venise.

  2. La Crète.

  3. Aujourd’hui Foça en Tuquie occidentale, Phocée dans l’Antiquité.

a.

Ms BnF no 9357, fos 185‑186 ; Reveillé-Parise, no cclxxv (tome ii, pages 195‑199).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 30 août 1655.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0413
(Consulté le 28.11.2022)

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