L. latine 227.  >
À Johann Garmers,
janvier 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 122 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Garmers, docteur en médecine à Hambourg. [a][1]

Enfin, après bien des recherches et bien des semaines, enfin, dis-je, nous avons trouvé l’homme qui vous convient, c’est-à-dire un chirurgien de bonnes mœurs, savant, habile en son art et qui parle latin. [2] Il a été fait maître en chirurgie. [3] il y a 12 ans, en ma présence et sous mon décanat ; [4] et j’ai signé en premier, comme c’est la règle, de ma propre main, en tant que doyen de la Faculté de médecine, approuvant sa compétence et son admission à la maîtrise de l’art. Il vous appartiendra donc de présenter cette mienne attestation aux édiles de votre ville, à votre juge ou à votre maire, pour qu’ils décident entre eux s’ils ont besoin d’un tel homme. Il porte chez nous le nom de Claude Jacquemin, [5] il est Parisien de naissance, âgé de 35 ans. Si un tel praticien vous est nécessaire, écrivez quand vous voudrez, je vous prie, à quel prix et pour quel salaire vous désirez l’engager. [1] Nous n’avons ici ni livre nouveau ni nouvelle annonce d’aucun libraire : nous attendons pour le mois qui vient le Cardan complet en 10 tomes in‑fo, que nous promettent les libraires de Lyon ; [6] mais ceux de Londres nous enverront au printemps prochain le Diogène Laërce de Vitis philosophorum, grec et latin, avec les commentaires de divers auteurs, [7] ainsi que le Samuel Bochart de Animantibus sacræ Scripturæ[2][8] Je salue le très noble M. Moller. [9] Nicolas Fouquet, [10] naguère notre surintendant des finances, est encore enfermé dans la prison royale. La Chambre de justice continue de faire le procès aux partisans : on dit que s’ils ne sont tous pendus, au moins on leur coupera la bourse, et qu’ils n’en sortiront que par la porte dorée[3][11] Pour nos affaires étrangères, je n’ai presque rien à vous annoncer : ce Jupiter capitolin [12][13] n’est pas encore rentré en grâce auprès de notre Zeus français, [4][14] ce qui fait que beaucoup de gens prédisent une guerre en Italie au printemps prochain. Dieu puisse-t-il empêcher cela, à moins que ce soit pour l’avantage du monde chrétien. Vale et aimez-moi.

De Paris, le […e de] janvier 1663. [5]

Votre Guy Patin de tout cœur.


Rédaction : guido.patin@gmail.com — Édition : info-hist@biusante.parisdescartes.fr
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L. latine 228.  >
À Sebastian Scheffer,
le 24 février 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 136 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Sebastian Scheffer, docteur en médecine à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai reçu avec grande joie votre lettre datée de Francfort le 18e d’octobre de l’an passé ; mais j’ignore pourquoi elle ne m’est pas parvenue plus vite. M. Euchs [2] me l’a remise, à qui j’ai remboursé les frais de port, bien que presque 4 mois se soient écoulés depuis ; je me réjouis pourtant qu’elle me soit enfin arrivée et m’ait assuré du bon et heureux état de vos affaires. [1] Je me désole fort que ma lettre ne soit pas parvenue à M. Lotich, [3] et me résigne à contrecœur à sa perte, sans pourtant pouvoir deviner qui en est responsable. Si M. Lotich a besoin d’une autre lettre qui contienne la même chose que ce que je lui avais écrit l’an passé au mois de juillet, je la lui enverrai sans peine ; [2] mais en attendant, vous saluerez ce grand homme de ma part et lui ferez savoir qu’en raison de la dureté des temps, même depuis la paix conclue, [4] il n’y absolument aucun espoir de promouvoir ici l’édition de son Pétrone ; [5] dureté qui demeure chez nous extrême en raison du prix déraisonnable du papier et de l’abondance de moines qui alourdissent dangereusement la petite barque de Pierre ; [3][6][7] et je ne pense pas qu’il y ait en toute la France une ville qui puisse prendre soin d’imprimer un si gros ouvrage ; sinon, cela pourra peut-être se faire à Genève. Je salue votre très chère épouse, [8] puisse Dieu faire prospérer votre mariage, et le rendre heureux et fécond. N’allez pas vous mettre en peine pour les opuscules de Caspar Hofmann, [9] sauf si vous avez le loisir de vous en occuper. Je vous remercie de bien vouloir songer durant vos heures perdues à une nouvelle édition de votre Introductio ad artem medicam[4] J’ai moi-même remis votre lettre pour M. Mocquillon à M. Breteau, [10] qui est le père de son épouse ; [11] il m’en a promis une réponse que je vous enverrai s’il me l’apporte. Je n’ai pas encore reçu l’Historia de Vorburg ; [5][12][13] je l’espère pourtant dans les prochains jours car les frères Tournes [14] m’ont fait savoir qu’elle a été expédiée de Francfort à Genève, puis de Genève à Lyon, où j’ai écrit à un ami qui l’avait reçue d’eux pour qu’il me l’envoie à Paris, comme il fera sans aucun doute ; je l’espère donc avant le 20e de mars. Mais en attendant et [Ms BIU Santé no 2007, fo 136 vo | LAT | IMG] quoi qu’il en advienne, saluez de ma part ce très illustre auteur qui a voulu me gratifier d’un si volumineux, rare et singulier présent ; je lui écrirai pour lui témoigner ma gratitude aussitôt que je l’aurai reçu. J’aurais certes dû lui adresser mes remerciements bien plus tôt, mais n’avais pas osé le faire car, n’en ayant pas encore reçu l’avis, je n’avais pas pris la mesure de son opulent cadeau ; néanmoins, vous lui transmettrez ma reconnaissance et ma volonté de lui rendre la pareille, c’est-à-dire tout ce qu’il pourra attendre de moi, venant de cette ville, à titre de revanche. Mais dites-moi, je vous prie, qui est ce Vorburg : est-il vieux, est-il marié, qui m’en a fait un ami ? N’est-ce pas vous, comme je pense ? La lenteur que de tels livres mettent à nous parvenir ne me surprend guère : les causes en sont la longueur du voyage et tant de difficultés qu’il n’est pas facile de surmonter. Si au printemps prochain les frères Tournes sont aux foires de Francfort, portez-leur tout ce que vous aurez à m’envoyer, et cela finira sûrement par me parvenir. Je vous enverrai aisément mes lettres par nos marchands ; de votre côté, vous pourrez m’écrire par M. Öchs, par Sebastian Switzer ou par un autre de ses commis, [6][15][16] qui viennent chez nous deux ou trois fois l’an pour y commercer. J’ai ici cette Ampelographia de Philipp Jakob Sachs : [17] je ne m’étonne pas de ces nouveautés chimiques et ne m’y arrête guère ; je m’étonne seulement et m’indigne même profondément quod homines eruditi, canoris illis nugis tantopere delutentur ; [7][18][19] mais je pardonne volontiers à ceux qui ne perçoivent pas la vérité, la certitude et le mérite de la doctrine hippocratique et de la méthode galénique. [20][21] Ne cherchez pas plus longtemps la thèse du très distingué M. Conring de Scorbuto : [8][22][23] un médecin allemand me l’a promise. Pour votre graveur qui songe à rééditer les Elogia de Jean-Jacques Boissard, [9][24] saluez-le, s’il vous plaît, en mon nom le plus obligeamment que vous pourrez ; je voudrais que vous lui offriez de ma part tout ce qu’il pourra [Ms BIU Santé no 2007, fo 137 ro | LAT | IMG] souhaiter de moi venant de Paris : mon portrait en tout premier ; et même, s’il veut, je lui fournirai mon éloge, afin que d’autres ne se trompent pas en le faisant ; je l’ai ici, préparé naguère par un de mes savants auditeurs. Je vous enverrai mon portrait imprimé sur papier, [25] ainsi que gravé sur métal, battu en argent et en or il y a 12 ans, quand j’étais doyen de notre Faculté. [10][26][27] Mais indiquez-moi, je vous prie, qui sera ce graveur, et s’il joindra des portraits aux éloges des hommes illustres, ou plutôt des éloges aux portraits, comme avait fait jadis Boissard en divers tomes, et si ce qu’il nous donnera sera en plusieurs volumes. Combien y a-t-il aujourd’hui de tomes de ces Elogia et Imagines Virorum Illustrium ? Combien y en aura-t-il à l’avenir ? Je pourrais aussi, pour ce projet, vous envoyer bien d’autres portraits, comme ceux des deux Riolan, [28][29] de Jacques Cousinot l’ancien, [30] dont le fils a été professeur royal et premier médecin de notre roi très-chrétien[31] de René Moreau, [32] de Jean de Renou, [33] de Guillaume de Baillou, [34] de Jacques Mentel, [35] et d’autres encore. Indiquez-moi, je vous prie, ce que vous voulez là-dessus, et ce que vous pensez que je doive faire. Aujourd’hui, 14e de février, M. Jean Merlet, [36] plus ancien maître de notre Compagnie, [37] a été inhumé ; un catarrhe suffocant l’a étouffé en deux jours dans sa 82e année d’âge. [38] Il a été enterré en grande pompe, suivant notre coutume, dans l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, [39] où de grands hommes de jadis gisent et reposent dans la paix du Seigneur : Jean Fernel, [40] dont on ne doit jamais parler sans louange, Jean Tagault et Jean Haultin ; [41][42] le premier des deux a écrit une Chirurgie[11] mais le second a laissé des commentaires et des observations choisies sur le livre de Houllier de Morbis internis ; on imprime aujourd’hui cet ouvrage in‑fo et il sera achevé dans six mois. [12][43] À la sortie de l’église, après les funérailles, j’ai rencontré cet homme qui avait reçu mes lettres pour les envoyer à M. Granel ; [44][45] l’une vous était destinée, et l’autre à M. Lotich. Il m’a affirmé et solennellement promis que M. Granel avait reçu ce paquet, comme il le lui avait confirmé par un courrier. Il vous appartiendra de m’indiquer si cela est vrai, comme je le souhaite ardemment, et si vous et M. Lotich avez reçu vos lettres. [13] Si vous connaissez un gentilhomme allemand nommé M. Pentz von Pentzenau, [46] saluez-le s’il vous plaît de ma part ; il est revenu dans votre pays après avoir ici réglé des affaires pour un prince d’Allemagne, de la famille de Nassau. Je ne veux pas omettre de vous dire que 42 docteurs, vêtus de la toge pourpre, ont assisté aux funérailles de M. Merlet ; beaucoup d’autres en habit de deuil suivaient en grande procession ; ce qui ne s’est peut-être jamais fait pour quiconque et je suppute que c’est une rare sorte de félicité, qui pourtant est de grande importance, et relève plutôt de la coutume que de l’événement. Je dirai avec Martial : Si post fata venit gloria, non propero[14][47] Je salue monsieur votre vénérable père, [48] votre très douce épouse et M. Mocquillon, à qui vous confierez les lettres qu’il doit nous remettre quand il reviendra à Paris. Je salue de tout cœur le P. Gamans, ce révérend jésuite. [15][49] Le P. Philippe Labbe [50] mentionne beaucoup de livres qui n’ont pas encore vu le jour ; il n’a publié aucun ouvrage sur la médecine ; maintenant, il se consacre entièrement à promouvoir une nouvelle édition de tous les conciles, qui contiendra 15 tomes ; [16] quand il l’aura achevée, il songe à mettre au jour de nombreux manuscrits. Ce père Labbe est un homme très savant ; il porte certes l’habit jésuite, et en a même l’esprit, le style et la plume, mais pour le reste, c’est un excellent homme, honnête et parfaitement digne d’amitié, et je ne fuis [Ms BIU Santé no 2007, fo 137 vo | LAT | IMG] jamais sa conversation, n’en connaissant guère de meilleure et de plus savante. Il y a eu ici grande rumeur d’une guerre à engager contre le pape, [51] pour venger une insulte que des neveux du pape ont faite à notre ambassadeur, M. de Créqui ; [52] mais toute cette affaire est obscure ; hormis le roi, [53] nul mortel ne saurait pénétrer un tel mystère et un si grand secret. [17] M. Nicolas Fouquet, [54] autrefois notre surintendant des finances, est encore détenu dans les prisons du roi avec quelques partisans qui ont jadis misérablement tondu la France tout entière, sur l’ordre de Mazarin, [55] vaurien empourpré et immense pillard, et de concert avec lui. La nouvelle édition des œuvres complètes de Cardan paraîtra à Lyon le mois prochain. [56] M. Vander Linden [57] prépare un nouvel Hippocrate, grec et latin. [18][58] Nous attendons ici de Hollande quelque chose de Sternuatione, de Fermento et Fermentatione, de Cervisia, etc. ; [19][59][60][61][62] et d’Angleterre, le mois prochain, le Diogène Laërce [63] avec les notes de Henri Estienne, [64] Casaubon, [65] Aldobrandi, [66] Ménage [67] et d’autres, ainsi que le livre de Samuel Bochart, pasteur de Caen, de Animantibus sacræ Scripturæ, qu’on attend depuis longtemps. [20][68] Une rumeur incertaine annonce que le roi d’Espagne va mourir dans peu de temps ; [69] on en déduit que notre roi se prépare à la guerre en Italie, non tant contre le Jupiter capitolin que pour reprendre le duché de Milan, [70][71] sur lequel la Couronne de France a des droits depuis Louis xii, roi des Français, le meilleur de tous les bons princes. [21][72] Vale et continuez de m’aimer comme vous faites.

De Paris, ce samedi 24e de février 1663.

Vôtre de tout cœur, G.P.


Rédaction : guido.patin@gmail.com — Édition : info-hist@biusante.parisdescartes.fr
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À Johannes Antonides Vander Linden,
le 24 février 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 137 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johannes Antonides Vander Linden, à Leyde. [a][1]

Ne vous inquiétez pas, je vous prie, de l’intermittence de mes lettres : [1] cela vient de l’énorme masse de travail qui m’écrase presque, et du peu de choses qui sont dignes de vous être écrites. Notre ami Pierre Petit écrit de Lumine adversus Isaac Vossium ; [2][3] ensuite, il se remettra à son Arétée[2][4] La nouvelle édition du Cardan touche presque à sa fin : de ses dix tomes, il ne reste à imprimer que la préface et un index ; de nombreux exemplaires seront ensuite envoyés en cette ville, je vous en écrirai après que je les aurai vus. [3][5] Un libraire de Lyon, nommé M. Laurent Anisson (c’est celui qui a publié le Gassendi de Lyon), [4][6][7] est à Paris ; il me promet qu’aussitôt qu’il sera retourné dans sa ville (une fois terminé le procès pour lequel il séjourne ici), il éditera dans l’année les ouvrages manuscrits de Caspar Hofmann que j’ai entre les mains. [8] Par disposition testamentaire du très distingué auteur, tous m’ont été remis ; je les ai rachetés au prix fort pour éviter qu’ils ne se perdent ou ne tombent en d’autres mains ; je n’en réclame pourtant pas d’argent, afin que leur coût ne dissuade pas mon libraire. S’ils sont rapidement édités, je me contenterai de quelques exemplaires que je pourrai, comme je dois, offrir à mes amis ; mais à vous en tout premier, qui en menez la famille et qui êtes comme le chef qui en conduit la troupe. Dieu veuille que M. Anisson tienne ses promesses ; car grâce à lui, je me libérerai de mon engagement et m’en acquitterai envers la postérité, suivant la volonté de l’auteur, excellent écrivain qui y a consacré de nombreuses veilles et d’immenses efforts. On imprime ici le Hollierus de Morbis internis avec les commentaires et les annotations de Louis Duret et les exercitations d’Antoine Valet, médecins de Paris ; [5][9][10][11] cela avance pourtant lentement, mais ira plus vite à partir du mois prochain. [Ms BIU Santé no 2007, fo 138 ro | LAT | IMG] Pour éclairer et enrichir le tout, on ajoutera pour la première fois à cette édition du Hollierus les commentaires et les observations choisies d’un très brillant auteur de jadis, M. Jean Haultin, [12] docteur en médecine de Paris ; il mourut ici en l’an 1616 et tenait le premier rang chez nos praticiens, aux côtés de Jean Duret, [13] fils de Louis et homme de très grande expérience, et de Simon Piètre, [14] le meilleur et le tout premier des médecins, dont on n’a jamais assez chanté les louanges. Il était père de celui qui a reçu de vous votre portrait, [15] voici un an, pour qu’il me le remît, et je vous adresse de nouveau mes particuliers remerciements pour lui avoir fait bon accueil. [6][16] M. Merlet, [17] le plus ancien maître de notre Compagnie, est ici mort en sa 82e année d’âge, étouffé en deux jours par un catarrhe suffocant. [18] Il avait en mains des commentaires complets et achevés in Historias epidemicas d’Hippocrate. [19] Il a un fils, qui est notre collègue et qui prendra peut-être soin de les éditer. [7][20] On parle ici de faire la guerre en Italie, mais on ne sait contre qui : sera-ce contre le Jupiter capitolin[21][22] contre le roi d’Espagne, [23] ou pour assiéger Genève ? [24][25][26] C’est un mystère. M. Nicolas Fouquet, [27] jadis surintendant des finances, est encore emprisonné ; mais, hormis le roi, [28] nul ne sait pour combien de temps encore. Mes deux fils vous saluent. [29] Au printemps prochain, vous recevrez de Charles le Fulvius Ursinus de Familiis Romanis[30][31] J’ai ici l’exemplaire qu’il vous a destiné, avec sa lettre, et un autre pour le très distingué M. Reiner von Neuhaus, fils d’Edon, [32][33] jurisconsulte d’Alkmaar, [34] notre ami, dont une épigramme a été placée au début de cette édition du Fulvius Ursinus. Charles l’a dédiée à notre roi qui, l’ayant reçue, [35] l’a ouverte et est tombé sur la page où se lisent ces vers de Reiner von Neuhaus : le roi a demandé qui était ce Neuhaus ; Charles lui a répondu que c’est un jurisconsulte hollandais, très savant et ami particulier de son père. [8] Je salue vos très distingués collègues, et parmi eux surtout MM. Vorst, [36] van Horne, [37] Gronovius, [38] Stevartus [39] et Rompf. [40] On dit que M. Gronovius médite une nouvelle édition des Epistolæ de Joseph Scaliger et d’Isaac Casaubon ; [41][42] j’en ai quelques-unes de ces deux auteurs à portée de main, que je suis disposé à lui envoyer s’il songe sérieusement à les publier ; et Dieu fasse qu’il accomplisse cela, soit qu’il les réédite en y ajoutant un supplément, soit qu’il prépare quelque chose d’autre à la gloire de si grands hommes et au profit de la postérité. [9] Vale, cher ami, et continuez de m’aimer.

De Paris, le 24e de février 1663.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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L. latine 230.  >
À Johann Georg Volckamer,
le 27 février 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 138 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, docteur en médecine, à Nuremberg. [a][1]

J’aurais dû répondre plus vite à la dernière lettre que vous m’avez écrite le 24e de novembre ; j’ai jusqu’ici remis cela à plus tard, ayant en tête le second paquet que vous m’y promettiez. Je n’ai pourtant pas voulu différer plus longtemps ma réponse, prévenu par M. Picques [2] que ce colis tarderait à arriver chez nous à cause de la difficulté et de la longueur des chemins, et des gelées hivernales. En attendant qu’il me parvienne, je voudrais donc vous avertir que le paquet de livres que j’ai envoyé voici quelques jours est à Lyon sur la Saône, pour être délivré à notre ami M. Charles Spon ; [3] il contient un livre bien relié où il y a plus de 300 portraits d’hommes illustres en notre royaume de France. Mais, me direz-vous, je ne recherchais pas tant ces hommes célèbres que les nombreux savants dont abonde votre pays ; à quoi je répondrai : de fait, il y a eu beaucoup de savants en notre France, dont les portraits se trouvent [Ms BIU Santé no 2007, fo 138 vo | LAT | IMG] sous une forme ou une autre chez divers libraires, ou chez leurs descendants, de qui on ne les obtient qu’à grand’peine, et nous nous y acharnons ; j’en ai déjà quelques-uns en ma possession et vous les enverrai aussitôt que j’en aurai augmenté le nombre. J’attendrai patiemment le paquet que vous m’avez promis, en espérant qu’il m’arrivera au printemps prochain, avec la thèse de M. Conring de Scorbuto[1][4][5] et les autres choses dont vous m’avez écrit, ainsi que le catalogue des œuvres du très distingué M. Felwinger, [6] que je salue très obligeamment ; tout comme le très distingué M. Dilherr, [7] à qui j’adresse tous les remerciements dont je suis capable pour le livre des Electi qu’il vous a remis pour me l’envoyer. [2] Dernièrement est mort le plus ancien maître de notre École, Jean Merlet, [8] praticien très célèbre et fort expérimenté, qu’un catarrhe suffocant a étouffé en deux jours en la 82e année de son âge. [9] On parle ici d’une guerre à mener en Italie dans deux mois, mais on ne sait guère contre qui. Sera-ce contre le pape ? [10] Beaucoup le nient. Sera-ce pour prendre Genève [11][12][13] ou pour récupérer le duché de Milan ? [14] Certains le subodorent, mais nul ne sait. Pour la somme que je vous dois en remboursement des livres que vous m’avez achetés, j’en ai remis le montant exact à M. Picques, savoir 7 thalers et 14 kreuzers, [3][15][16] qui font chez nous 21 livres tournois et neuf sols ; je vous remercie beaucoup pour cet argent que vous avez avancé et pour les peines que vous vous êtes données. Nicolas Fouquet, [17] naguère notre surintendant des finances, est toujours détenu dans les prisons du roi avec quelques partisans ; mais hormis le roi, [18] nul mortel ne connaît le sort qui leur sera réservé. J’ai un autre livre, mais en blanc, sur l’entrée de notre roi dans la ville de Paris, aussitôt après la célébration de ses noces, en l’an 1660, et avec pompe solennelle et vraiment royale ; [4][19][20] je vous l’enverrai prochainement et vous en ferai cadeau, tout comme du recueil de portraits relié [1] que je vous ai déjà expédié, et des autres portraits qui suivront ; je vous prie instamment de recevoir ces présents de bonne grâce. Vale, très éminent Monsieur, et de continuer à m’aimer comme vous faites.

De Paris, le 27e de février 1663.

Votre Guy Patin de tout cœur.


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À Sebastian Scheffer,
le 8 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 138 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Stephan Scheffer, [1] docteur en médecine à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre dernière hier matin et y réponds brièvement. Je me réjouis vraiment que vous soyez en vie et vous portiez bien. Dieu fasse que ce soit pour de nombreuses années, avec votre jeune épouse que je salue de tout cœur. [2] Je vous ai récemment écrit par l’intermédiaire de notre ami de Metz, [3] il m’a solennellement garanti que vous recevriez ma lettre. Vous y trouverez mon portrait imprimé sur papier que vous aviez demandé, fait il y a 30 ans. [2][4] J’y aurais aussi joint mes jetons en argent et en bronze si un ami ne m’avait prévenu qu’il pourrait se faire que ma lettre disparût à cause d’eux ; [5] mais vous les recevrez tous deux dans tout ce que je vous enverrai par l’intermédiaire de M. Öchs le jeune quand il s’en retournera. [6] Si votre graveur n’est pas trop pressé, je prendrai soin avant Pâques de me faire dessiner un nouveau portrait par un autre artiste et pourrai alors vous l’envoyer, avec aussi mon éloge, s’il en a besoin. [3][7] Je ne me fais pas de souci pour l’opuscule du très distingué M. Hofmann, faites donc comme vous l’entendrez. [4][8] Je salue M. Mocquillon. [9] Je n’ai pas encore reçu l’ouvrage de Vorburg en raison de la quantité de glace qui a bloqué jusqu’ici le cours des fleuves ; le temps devenant meilleur et plus doux, j’espère néanmoins qu’il m’arrivera bientôt. [5][10]

[Ms BIU Santé no 2007, fo 139 ro | LAT | IMG] J’ai vu M. Öchs et dîné avec lui ; je l’ai aussi remercié de m’avoir remis votre présente. Il m’a assuré qu’il quitterait Paris dans le mois qui vient pour rentrer dans votre pays ; je lui donnerai à vous porter ce que je pourrai trouver. Après que vous m’aurez fait connaître ce que M. von Vorburg [11] veut ou cherche à obtenir de moi, j’aurai soin qu’il ne regrette pas le cadeau qu’il m’a envoyé, et consacrerai toute mon énergie à le satisfaire. Mes deux fils vous saluent, [12][13] et moi, je salue ce vénérable vieillard qu’est monsieur votre père. [14] On dit que le différend de notre roi avec le pape est réglé et la guerre d’Italie écartée. [6][15][16] Nicolas Fouquet, [17] jadis notre surintendant des finances, demeure emprisonné, et hormis Dieu et le roi, [18] nul ne sait ce qu’il adviendra de cette affaire ; la plupart des gens ont pourtant bon espoir qu’il sera acquitté grâce à l’intercession des reines. [19][20] Les partisans, voleurs publics qui ont naguère tondu la France entière, sont traînés en troupeau devant le tribunal que le roi a instauré pour les punir, et déjà quelques-uns ont été condamnés ; mais d’autres en bien plus grand nombre restent à condamner et sont emprisonnés en attendant. La Chambre de justice y travaille tous les jours[7][21] La nouvelle édition grecque et latine de l’Arétée, avec la traduction et les notes de Pierre Petit, avance lentement. [22][23] On attend ici dans le mois qui vient le Cardan complet de l’édition de Lyon. [8][24] Vale et aimez-moi. Si j’ai plus à vous écrire, je le ferai par l’intermédiaire de notre ami Sebastian. [25]

De Paris, le 8e de mars 1663.

Vôtre de tout cœur, G.P.


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À Johann Daniel Horst,
le 8 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 139 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Daniel Horst, docteur en médecine à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Votre lettre m’a fait grand plaisir parce qu’elle m’a rassuré sur votre santé : j’en redoutais quelque funeste nouvelle, mais vos propos ont effacé toute inquiétude de mon esprit. Dieu fasse que vous, qui êtes né pour le profit du public, ne souffriez jamais de maladie ou, du moins, pas avant d’être bien vieux. Je me réjouis fort que notre ami Pentz jouisse d’une santé d’athlète ; [2] puissent les dieux le préserver, tout comme son excellent fils ; je les salue tous deux de tout cœur. [1] J’aurai soin de la santé de M. Sebastian qui m’est très cher, [3] et œuvrerai même à l’améliorer si je puis. Nous n’avons ici rien de nouveau en librairie : le mois prochain, le Cardan complet paraîtra en 10 tomes in‑fo ; [4] après Pâques, nous aurons le remarquable livre de Animantibus sacræ Scripturæ de Samuel Bochart, pasteur de Caen, excellent homme qui est très versé dans la lecture des rabbins. [2][5][6] C’est l’aboutissement de 30 années d’un travail qu’on désire de longue date et qu’on attend impatiemment. Je connais personnellement cet auteur depuis de nombreuses années, c’est un homme extrêmement savant. Vers le mois de juin, un autre très bon livre nous arrivera aussi d’Angleterre, bien que de nature fort différente, qui sera le Diogenes Laertius de Vitis philosophorum[7] avec les annotations de Henri Estienne, [8] d’Aldobrandi, [9] d’Isaac Casaubon, [10] de Ménage [11] et d’autres, livre dont je ne pense que beaucoup de bien ; [3] cet auteur mérite en effet d’être tenu pour le meilleur des hommes, tant il a réuni de bons textes sur les anciens philosophes, que les autres écrivains semblent avoir tus ou ignorés.

[Ms BIU Santé no 2007, fo 139 vo | LAT | IMG] On imprime ici un grand livre de thérapeutique in‑fo qui est le Jacobus Hollierus de Morbis internis avec ses propres scolies[12] les commentaires et annotations de Louis Duret, [13] et les exercitations d’Antoine Valet, [14] qui furent tous trois médecins de Paris. Ce livre a précédemment été publié en de nombreux endroits, l’édition la plus complète de toutes a été celle de Genève in‑4o en 1635. [15] Pour enrichir remarquablement ce si grand ouvrage, s’y ajouteront les commentaires et observations choisies de Jean Haultin, [16] docteur en médecine de notre Faculté, dont les manuscrits étaient demeurés cachés chez ses héritiers. Il mourut en 1616, très vieux et doté d’une immense érudition. [4] Il tenait le premier rang en notre pratique, avec Jean Duret, [17] fils de Louis, et Simon Piètre, [18] excellents hommes, très brillants praticiens et véritables Roscius en l’art de bien prescrire. [19] Ils ont eu des successeurs, mais peu les ont égalés et beaucoup leur ont été fort inférieurs. L’attrait pour la nouveauté rend bien des gens sots et je redoute particulièrement ces vauriens qui, ayant rejeté et ignoré la doctrine des Anciens (j’entends Hippocrate, Aristote et Galien), [20][21][22] acceptent trop aisément de se laisser fasciner par tant de sornettes et de rêves qui se déversent dans le peuple par la porte d’ivoire ; [5][23] à moins que des hommes vertueux et bons, tels que vous, n’interviennent puissamment contre des entreprises si hardies, et défendent l’honneur intact de notre sacrée et sainte médecine, et la vengent du mépris dont on veut l’accabler. En soi notre métier est absolument éminent et divin, je supporte mal de le voir exposé à tant de nouveautés et pâtir de tant de fourberies, de fraudes et d’impostures, par lesquelles le monde veut être trompé et l’est souvent.

Nempe omnis ordo exercet histrioniam,
Venalium grex, rex, sacerdos, plebs, eques, etc.
 [6][24]

Je vous envoie un livre d’Honoré Marie Lauthier, médecin d’Aix-en-Provence, que j’ai ici de Fœtu Mussipontano[7][25][26][27] que l’auteur m’a lui-même envoyé jadis, et puisque vous l’avez souhaité, vous le garderez pour vous. Si j’avais quelque chose de mieux pour votre agrément, je vous l’expédierais facilement et de bon cœur. En attendant, vous aurez aussi deux autres opuscules : le Paranymphus medicus de Robert Patin, mon fils aîné, [28][29] et l’Itinerarium de M. le comte de Brienne ; [8][30][31] chacun est en deux exemplaires, dont le premier sera pour vous et dont j’offre le second à votre gendre M. Strauss, [32] avec mes profondes salutations. J’y ai adjoint quelques thèses de chez nous, dont j’espère qu’elles vous plairont. [33] Pierre Petit, [34] médecin de Paris, hâte sa nouvelle édition d’Arétée, très ancien médecin, avec sa traduction et ses annotations ; [9][35] je vous l’enverrai dès qu’il aura paru, avec le Hollierus de Morbis internis[4] que je vous promets sans faute. Si vous désirez autre chose venant de Paris, demandez et vous l’aurez ; mais on imprime ici peu de livres de médecine, car nos libraires semblent les tenir en horreur, comme s’ils devaient en tirer moins de profit que d’autres ouvrages, ce ne sont que des chasseurs d’écus. Ne vous souvenez-vous pas [Ms BIU Santé no 2007, fo 140 ro | LAT | IMG] d’avoir jadis vu et connu un certain jeune médecin de Hambourg nommé Christian Buncken, [36] qui a vécu ici il y a 15 ans, quand il était l’un de mes auditeurs ? [37] Il a obtenu son doctorat puis a enseigné la médecine en Allemagne, où il est mort depuis. Je vous écris à son sujet pour une seule raison : il a publié une disputation publique, dont il m’avait écrit et qu’il m’avait envoyée, mais que je n’ai jamais reçue ; dites-moi, je vous prie, de quelle manière je puis la voir ou la récupérer. [10] Ne trouve-t-on pas à vendre chez vous ce genre de disputations ou thèses publiques, médicales ou philosophiques, in‑4o, venant des diverses universités de votre Allemagne. Si vous en trouvez, achetez-les-moi, qu’elles aient été publiées à Altdorf, [38] Wittemberg, [39] Leipzig, [40] Marbourg, [41] Tübingen, [42] Iéna, [43] Helmstedt, [44] Strasbourg [45] ou Bâle, [46] ou en n’importe quel autre lieu, pourvu qu’elles soient curieuses ou savantes. Je vous en rembourserai de très bon cœur le prix, tel que vous l’ordonnerez ; et ce, argent comptant que vous versera notre ami Sebastian Switzer ; en récompense de la peine que vous vous serez donnée, je vous promets et offre quatre fois les dépenses que vous aurez faites, sous forme de ce que vous voudrez venant de notre France, livres ou autres marchandises. Ces publications peuvent se trouver de temps en temps soit chez les libraires, soit après la mort de quelque docteur dont les livres sont mis à l’encan ; je vous supplie encore et encore d’y penser, chaque fois que l’occasion s’en présentera. Des thèses de cette sorte, j’ai les sept Decades que Genath a publiées à Bâle ; [47] j’en ai aussi d’autres de Thomas Éraste, [48] éminent homme qui a écrit contre Paracelse ; [11][49][50] ainsi que de Scherbius, [51] d’Hofmann, [52] de Conring, [53] de Sebizius [54] et d’autres savants ; mais je sais que quantité d’autres me manquent ou m’ont échappé, et je souhaite bien en avoir. Je choisirai les meilleures de cette multitude et les réserverai à mon usage ; s’il en existe d’autres, même de moindre qualité, j’en userai et abuserai, et elles ne m’embarrasseront pas, quelles qu’elles soient. Veillez donc à cela, très éminent Monsieur, songez sérieusement à me faire cette grande faveur, vous me tiendrez alors pour votre éternel serviteur. On ne parle plus ici de guerre à mener en Italie contre le pape, [55] on dit qu’il n’y en aura aucune ; mais on agit contre l’engeance des partisans et contre les autres voleurs publics, sangsues et pillards du trésor royal. Pour notre plus grand malheur, ils ont misérablement et honteusement tondu notre France aux temps de Richelieu et de Mazarin. [56][57]. Vale et aimez-moi.

De Paris, le 8e de mars 1663.

Vôtre comme sien, [12] votre Guy Patin de tout cœur.


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L. latine 233.  >
À Thomas Bartholin,
le 18 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 140 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Thomas Bartholin, professeur royal de médecine, à Copenhague. [a][1]

Après avoir tant bénéficié de votre libéralité, je ne serais rien d’autre qu’un ingrat si je me taisais et ne vous témoignais pas, à tout le moins, ma reconnaissance, vous qui êtes le prince de mes amis. Je vous écris donc pour vous faire savoir que je vis et me porte bien, me souvenant souvent de vous. Si vales bene est, ego quidem valeo ; [1] bien qu’à dire vrai, je me sente fatigué après cet hiver trop long et trop froid. L’Arétée grec et latin de Pierre Petit progresse lentement, [2][3] mais finira par toucher à son terme ; [2] tout comme le Hollierus de Morbis internis avec ses notes, [4] les commentaires et annotations de Louis Duret, [5] et les exercitations d’Antoine Valet ; [6] à tout cela s’ajouteront, en cette nouvelle édition, pour enrichir un si remarquable ouvrage, les commentaires et observations choisies de Jean Haultin, [7] très célèbre médecin de Paris. [3] Quand ces deux livres seront achevés, je vous les enverrai ; j’entends le Hollierus et l’Arétée. Votre compatriote M. Flescher, [8] après avoir guéri de sa très cruelle et très vive affection, savoir une dysenterie maligne, atrabilaire et presque mortelle, [9][10] et après s’être remis de cette grave maladie, puis fortifié pendant 4 mois, a songé à regagner sa patrie ; mais l’embellie n’a été que temporaire et il s’en est finalement allé dans l’au-delà : après être parvenu à Iccius Portus, qui est Calais en français, [11] à cheval dans un hiver glacé, cet homme frêle et de santé délicate tomba dans une fièvre continue, [12] due à des efforts excessifs dans le très grand froid, et elle a suffoqué son homme en cinq jours. Je déplore profondément son malheur. Ce vers de Martial, le pénétrant poète, n’est pourtant que trop vrai : [13]

Nullo fata loco possis excludere, quum mors venerit, etc. [4]

J’ai ici soigné un gentilhomme danois nommé M. Thot, deux Danois nommés Casparson, un Norvégien nommé Anderson [14] et un autre noble qui tient le premier rang dans la maison de M. l’ambassadeur Hannibal Sehested [15] et que lui-même appelle M. le Maréchal[5][16] Celui-là souffrait d’une affection cholérique depuis quelques jours, je l’ai soigné et Dieu l’a guéri. [17] J’ai aussi salué votre prince sérénissime [18] qui m’a reçu à dîner somptueusement et a bu à ma santé, avec l’épouse de M. l’ambassadeur. [19] Sa fille unique, [20] qui est certes jam matura viro, jam plenis nubilis annis[6][21][22] cherche un très noble et puissant mari, et mérite bien d’en trouver un. Le majordome de M. l’ambassadeur m’a même salué en personne de votre part, ainsi que son secrétaire ; [7][23] tous deux sont vos amis. Quand ils feront, chez M. l’ambassadeur, des paquets pour le Danemark, nous en ajouterons aussi un à vous remettre, contenant toutes les choses qui se trouveront ici et qui, j’espère, vous seront utiles ou, du moins agréables. Nous aurons ce mois-ci, ou un peu plus tard, le Cardan complet en 10 tomes in‑fo ; [24] au mois de juin, on nous apportera d’Angleterre le remarquable livre de Animantibus sacræ Scripturæ de Samuel Bochart, très savant pasteur de Caen. [8][25] Immédiatement après viendra le Diogenes Laertius de Vitis philosophorum[26] avec les notes de quatre très brillants personnages, illustres pour [Ms BIU Santé no 2007, fo 141 ro | LAT | IMG] leur grande érudition, savoir Henri Estienne, [27] Isaac Casaubon, [28] Aldobrandi [29] et notre ami Ménage. [9][30]

Ce 16e de mars : hier matin, j’ai rendu visite à monsieur votre ambassadeur avec mon fils Charles, [31] qui lui a offert son livre de Fulvio Orsini [32] de Familiis Romanis, qu’il a augmenté et enrichi d’un grand supplément ; [10] il en a remis à M. l’ambassadeur un autre exemplaire, royalement relié, pour votre sérénissime souverain ; [33] il en a aussi offert un troisième à votre prince sérénissime, qui a tenu ce petit présent pour très agréable et nous a retenus à dîner avec lui. J’avais conservé chez moi l’exemplaire destiné à votre roi, pour vous l’envoyer, mais M. l’ambassadeur s’en chargera. Vous en trouverez donc un seul dans votre paquet, qui sera pour vous, offert par mon fils Charles. Je vous supplie encore et encore de le recevoir avec gratitude ; nous vous sommes redevables de l’affection que M. l’ambassadeur et votre prince ont pour notre famille, et de tout ce qui en découlera dorénavant. Gratia, Musa tibi ! [11][34] Grâces au très distingué Bartholin, le meilleur des amis, et même grâces à toi, excellent Galien, [35] et aussi à vous mes très vénérés précepteurs, qui fûtes jadis d’excellents hommes : Jean Duret, [36] Pierre Seguin, [37] Nicolas Piètre, [38] Michel de La Vigne, [39] René Moreau, [40] André Du Chemin, [41] qui m’ont enseigné la méthode galénique qui permet de bien remédier. Jamais je ne m’en suis écarté, à défaut d’en avoir une meilleure ; et ainsi ai-je exercé pendant 40 ans le plus salutaire des métiers, pour le plus grand avantage du public, sans fraude ni imposture, sans déguisement ni tromperie, à la manière des Anciens, sans antimoine, [42] ni gilla de Théophraste, [12][43][44] ni autres poisons chimiques. [45] Je me suis contenté d’un petit nombre de remèdes, séné, [46] casse, [47] rhubarbe, [48] manne [49] et, de temps en temps, compositions de scammonées, [50] diaphénic [51] et autres médicaments de cette sorte, avec du sirop laxatif de rose, [52] de fleurs de pêcher, [53] la composition de chicorée et de rhubarbe ; [54] et avec le premier de tous nos remèdes, la divine phlébotomie, [55] dont l’opération vainc et terrasse heureusement les maladies aiguës. Nous disposons d’autres recours, mais les employons plus rarement, tels que les bains et les thermes, [56] le changement d’air et de séjour, toutes les sortes de laits, [57] les eaux métalliques ; [58] tous ceux-là, bien qu’ils reposent certes solidement sur l’expérience, forment une seconde ligne de remèdes et ne servent à chasser la maladie qu’à la manière des troupes auxiliaires dans une armée. {J’ai vu aujourd’hui un homme légèrement malade qui se fait appeler le gouverneur de M. le prince ; [59] c’est un homme de bien, savant et de bonnes mœurs.} [13] On dit que le différend entre le roi [60] et le pape [61] est maintenant réglé, mais les articles de la paix n’ont pas encore été prononcés. [14] Nicolas Fouquet [62] est encore détenu dans les prisons du roi, [63] tout comme de nombreux partisans, voleurs publics et pilleurs de la France. J’ai ici un petit cadeau pour vous, qui est un jeton ou médaille d’argent, frappé pendant mon décanat par décret de la Faculté ; [64] je vous prie instamment de l’accepter avec reconnaissance. Je vous écrirai d’autres nouvelles une autre fois ; mais en attendant, très distingué Monsieur, vale et aimez-moi.

De Paris, ce lundi 18e de mars 1663.

Vôtre de tout cœur, G.P.


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L. latine 234.  >
À Sebastian Scheffer,
le 19 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 141 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. {Stephan} Sebastian Scheffer, [1] docteur en médecine à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous ai récemment écrit, savoir le 8e de mars, par l’intermédiaire du jeune Öchs ; [2] mais aujourd’hui, je vous écris par celui de notre ami Sebastian. [2][3] Vous trouverez dans mon paquet deux de mes jetons d’argent, [4] frappés jadis durant mon décanat, [5] avec deux exemplaires de mon portrait. Usez et abusez de ces petits présents ; c’est que, si votre graveur joint les Illustrium virorum Elogia dans le livre qu’il songe à publier, j’enverrai aussi le mien afin qu’il ne perde pas son temps à me décrire ou n’y dise pas autre chose que ce que je voudrais ; mais je désirerais qu’on intitulât ainsi mon portrait : [6] Guido Patin, Bell. Doctor Med. Paris. et Professor regius ; [3] peu m’importe que ce soit en lettres majuscules ou minuscules. Pour la devise à placer au-dessous, je souhaiterais qu’on remplaçât ces mots, Spes mea Deus[4][7][8] par ceux-ci : Felix qui potuit[5][9][10] Sous le distique, on mettra ces lettres : I.D.N.B.D.S., pour Ioannes de Nulli, Bellovacus, Doctor Sorbonicus[6][11][12] excellent et très savant homme qui est mort voilà peu. On ne parle plus ici d’une guerre à mener contre le pape, [13] mais bien de nombreuses alliances à établir et affermir entre divers princes. Je vous envoie une lettre pour M. Mocquillon. [14] Je n’ai pas encore reçu le paquet de Lyon qui contient l’Opus de Vorburg, [15] je l’attends cependant d’un jour à l’autre car la navigation vient d’être rétablie. [7] Je salue de tout cœur le très distingué M. Lotich. [16] Chaque fois que vous voudrez m’écrire, confiez vos lettres à M. Öchs [17] ou à Sebastian, [2] qui viennent [8] de temps en temps à Paris et auront soin de me les remettre. Je salue M. votre père, [18] ce vénérable vieillard, ainsi que votre très douce épouse. [19] Vale, très distingué Monsieur, et continuez de m’aimer comme vous faites.

De Paris, ce lundi 19e de mars 1663.

Votre Guy Patin de tout cœur.


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L. latine 235.  >
À Sebastian Scheffer,
le 26 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 141 vo | LAT | IMG]

Au même Sebastian Scheffer, à Francfort. [a][1]

Même s’il ne me reste plus grand’chose à vous écrire, je le fais de nouveau par l’intermédiaire de notre ami Sebastian, [2] qui s’en ira d’ici dans quelques jours pour rentrer dans votre pays ; il espère revenir chez nous dans trois mois et j’attends vos lettres par la même voie, ainsi que l’Opus de Vorburg qui n’est pas encore arrivé à Paris ; [1][3] je vous en écrirai aussitôt que je l’aurai reçu et regardé, et j’en remercierai celui qui l’a envoyé. Nous n’avons ici aucune nouvelle de la guerre ni du pape, [4] mais nous espérons beaucoup de livres avant deux mois, tant d’Angleterre que de Hollande. À Leyde, M. Vander Linden [5] se hâte de faire avancer son édition d’Hippocrate, qui tarde à se terminer ; elle sera en deux tomes in‑8o[2][6] Nous avons ici un imprimeur lyonnais, [7] à qui j’espère confier mes manuscrits de Caspar Hofmann quand il repartira dans sa ville ; il promet d’en achever l’édition avant un an ; Dieu fasse que cela se fasse enfin et heureusement. [3][8] Vale, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, le 26e de mars 1663.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


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L. latine 236.  >
À Christiaen Utenbogard,
le 28 mars 1663

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[Ms BIU Santé no 2007, fo 142 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, à Utrecht.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Un philosophe ancien doutait de tant de choses qu’il peinait à savoir s’il savait quelque chose. [1][2] Ainsi, tandis que je vous écris, car j’écris tout en pensant à vous, un doute me vient : non pas à propos de votre amour pour moi, parce que je ne crains pas qu’il vienne à manquer, idée que j’écarte comme impossible, si je vous connais bien ; mais à propos de votre bonne santé et du parfait état de vos affaires. Dieu fasse que tout aille aussi bien que je l’augure de tout cœur et que je le souhaite sincèrement. Je vous ai précédemment écrit, et ce à de nombreuses reprises, par l’intermédiaire de votre compatriote chirurgien, Johann Droüard, [3] savoir les 13e d’octobre, 13e, 25e et 29e de novembre, 1er décembre et 6e de janvier, [2] et vous ai envoyé deux listes de livres ou opuscules qui ont été imprimés dans votre pays, en vous priant de me les acheter et expédier. Dieu veuille que vous ayez reçu tout cela, mais ne tenez compte de mes listes que si cela ne vous importune pas. Je rembourserai sans difficulté les dépenses que vous aurez faites pour l’achat des livres, et la somme vous en sera remise à domicile et argent comptant. En attendant, dites-moi, je vous prie, comment se porte M. Marten Schoock : [4] est-il en bonne santé et se souvient-il de nous ? quand nous enverra-t-il son fils aîné ? [5] Diffugere nives, redeunt jam gramina campis, Arboribusque comæ : [3][6] ici le printemps approche ; voyager pourrait être aisé et commode, à l’abri de tous les aléas des guerres, qui semblent partout assoupies et terminées. Écrivez donc à ce très distingué Monsieur pour qu’il songe à nous envoyer son fils : metas nec tempora pono[4][7] et je n’ajoute aucune autre condition à ce que j’ai écrit auparavant. Il sera le très bienvenu ; je le recevrai et le traiterai céans fort bien, comme le fils de mon bon ami ; il verra Paris et y apprendra tout ce qu’il voudra ; le Palais et le Louvre ne sont qu’à 300 pas d’ici. Paris est un abrégé du monde, fort grand, fort riche, et fort peuplé : elegantissimum totius Orbis compendium[5] Saluez le père de ma part et exhortez-le à méditer sur ce projet. Mais qu’avez-vous de nouveau à me dire sur ses livres ? N’a-t-il pas donné la seconde édition de son traité de Cervisia ? Quand donc son livre de Fermentatione nous arrivera-t-il, tout comme celui de Sternuatione[6][8][9] Beaucoup pensent que s’est maintenant évanoui le dessein d’une campagne à mener contre le pape, [10] et nulle autre guerre ne semble imminente. Nous aurons ce mois-ci les Opera omnia Cardani en dix tomes in‑fo ; [7][11] le Diogenes Laertius [12] et le Sam. Bochartus de Animantibus sacræ Scripturæ le suivra. [8][13] On imprime ici le Hollierus de Morbis internis, in‑fo, avec ses propres annotations, [14] les commentaires et les notes de Louis Duret, [15] les exercitations d’Antoine Valet ; [16] tout ce à quoi, pour la première fois, se joignent dans cette dernière édition les commentaires et les observations choisies de Jean Haultin. [9][17] Ces quatre auteurs ont été de fort habiles médecins parisiens ; ce Haultin tenait jadis ici le premier rang en notre pratique, aux côtés des hommes très remarquables qu’ont été Jean Duret, [18] Simon Piètre [19] et Guillaume de Baillou. [20] Nous avons ici récemment perdu Jean Merlet, [21] le plus ancien maître de notre École ; un catarrhe suffocant l’a tué en deux jours, [22] en sa 82e année d’âge. Puissent les dieux vous accorder une telle longévité. Vale, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, ce mercredi 28e de mars 1663.

Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Garmers, janvier 1663

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(Consulté le 14.08.2022)