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Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii  >

Du bézoard [a][1][2]

Le nom de cette drogue est aussi douteux et inconstant que la chose est inutile. C’est un remède controuvé par des pipeurs qui le feignent venir de loin pour tromper plus finement. Ceux qui exaltent le bézoard n’en savent pas seulement le vrai nom : ce leur est assez qu’ils puissent en faire accroire et en tirer beaucoup d’argent, quand ils peuvent encore trouver quelqu’un qui soit assez crédule pour être trompé, telles que sont la plupart des femmes, [3] principalement les mères dont les enfants sont malades de la petite vérole. [4] Néanmoins, la première dénomination en vient des Arabes qui ont appelé bezaard ou bezaar, d’un nom général, toutes sortes de contrepoisons ou de remèdes conservant la vie. [1][5][6] Aujourd’hui c’est une pierre, de laquelle on fait deux espèces, savoir du Levant [7] et du Ponant. [8] Cette dernière espèce n’a jamais bien été en crédit et n’a servi que d’une invention pour mettre l’autre en plus grande estime. Les emballeurs qui ont embabouiné [2] le peuple de ce frivole remède ont fait accroire que cette pierre se prenait d’un animal ruminant que quelques-uns comparent à un cerf, les autres à une chèvre, qui se trouve dans la Perse et dans les régions voisines. D’assurer, au reste, de quel endroit de l’animal il se prend, s’il y a plusieurs pierres ou non, s’il est creux en dedans ou s’il est solide, de quelle couleur et de quelle grosseur, cela me semble très difficile, toute l’histoire du bézoard étant pleine de contrariétés, qui sont des marques certaines de son imposture. Quelques médecins trop faciles ont autrefois cru que cette pierre avait je ne sais quelle vertu secrète et particulière contre les venins ; mais ayant reconnu le contraire par l’expérience, ils se sont déportés de cette folle opinion. Je trouve que les premiers qui ont décrié cette drogue et qui se sont élevés contre les vertus du bézoard ont été les Espagnols, entre lesquels Franciscus Vallesius[9] non moins versé dans la philosophie que dans la médecine et premier médecin du roi d’Espagne Philippe ii[10] mérite de tenir le premier lieu. Ce grand homme, donc, au 4e livre de Méthode, chap. 2, dit qu’il ne croit rien de tout ce qu’on dit du bézoard, qu’il n’a aucune vertu contre les venins ou la pourriture, et que c’est une drogue contrefaite. [3] Pierre Teixeira, Espagnol, [11] au traité qu’il a fait du royaume de Perse, dit que le bézoard est fort rare en ce pays-là, si ce n’est celui qu’on y contrefait ; qu’en la Mexique, [12] l’on y voit de grosses pierres de bézoard, mais qu’elles ne valent rien et n’ont aucun effet. [4][13][14] Nardus Antonius Recchus[15] qui a été aux Indes par le commandement du roi d’Espagne pour s’informer des médicaments de ce pays-là, lib. 9 rerum medicar. novæ Hisp., cap. 24, avoue qu’on ne peut rien assurer de certain des effets du bézoard vu qu’il n’en put voir aucune expérience, que tout ce qu’il en a vu n’était que fraude et que tromperie. [5][16][17] Nicol. Boccangelinus lib. de morb. malig. et pestil., pag. 113, est de même avis, [6][18] comme aussi les plus savants médecins italiens, à savoir : Alexander Massaria, lib. v de febr., [19] Hercules Saxonia, [20] Sanctorius, [21] Ioannes Baptista Silvaticus, [22] Theodorus Angelutius, [23] Aloysius Mundella, [7][24] et Hieronymus Rubeus, en ses Comment. sur Celse, pag. 145[25] lequel avoue avoir autrefois donné du bézoard dans les fièvres malignes [26] aux plus grands de Rome, et même de celui dont on faisait le plus de cas, jusques à huit, dix et seize grains, et qu’il n’en a vu jamais aucun effet : ni sueur, ni vomissement, ni flux de ventre, ni aucune diminution de la malignité ou de la pourriture qui a coutume de produire ces grandes maladies, combien que ces pierres eussent été achetées très chèrement, qu’on les tînt pour de vraies pierres de bézoard, et qu’elles fussent possédées par les plus illustres et les plus grands princes de l’Italie. De plus, ce même auteur avertit que toutes les pierres que l’on voit sont la plus grande partie contrefaites ; ce qu’il a reconnu par expérience en la maladie du bon pape Clément viii [27] car, pour le guérir d’une fièvre continue, [28] entre autres remèdes, on se voulut servir du bézoard ; si bien que plus de quarante pierres, fort belles et fort grosses, furent, pour cet effet, apportées et cassées sans que l’on pût en trouver une seule qui ne fût contrefaite ; mais diversement, les unes ayant en leur milieu un petit morceau de brique, les autres, un peu de spica nardi[8][29] les autres, des aiguilles assez longues, qui sont toutes des marques de supposition. [9][30][31] Ioannes Thomas Minadoüs, lib. de Feb. malig. cap. 15[32] se moque de tout ce qu’on dit du bézoard et le tient pour une pure imposture. [10] Petrus Franciscus Phrygius, [33] Rodericus à Fonseca, [34] Thomas Iordanus, lib. de peste[11][35] et infinis autres grands hommes, que je citerais ici, n’était que j’aurais peur d’être ennuyeux, sont de ce même avis. Garcias ab Horto[36] médecin du vice-roi des Indes pour le roi d’Espagne, [12] et Matthiole même, [37] reconnaissent que c’est une marchandise sophistiquée, et Ios. à Acosta confesse que les Indiens apportent beaucoup d’artifice à le contrefaire, lib. 4, cap. 42[13][38] Monsieur de Primerose avertit qu’il ne faut point se fier à cette pierre puisqu’elle n’a aucun effet qui corresponde à ce qu’on en dit, de vulgi in medicina Erroribus, lb. 4. cap. 36[39] J’ai vu moi-même (dit-il) un certain homme à Paris qui les contrefaisait si finement que, sans une certaine marque qu’il y mettait, lui-même n’aurait pu les reconnaître. [14]

Donc, après tant de dépositions reçues des plus grands médecins, et des plus dignes et illustres écrivains de toute l’Europe, y aura-t-il encore quelqu’un si effronté qui ose soutenir que le bézoard soit de l’usage de la médecine ? On m’alléguera peut-être (et c’est l’argument de ceux qui viennent de loin) que dans les Indes il y a, pour certain, des animaux du ventre desquels on tire cette pierre et qu’elle n’est pas toujours contrefaite. J’en demeure d’accord et veux croire encore qu’en France, aussi bien qu’aux Indes, il y a quantité d’animaux et, entre autres, des chevaux, des pourceaux et des moutons, dans le ventre desquels se trouvent plusieurs pierres qui sont aussi salutaires que celles du bézoard, vu qu’elles produisent le même effet, qui est de boucher les vaisseaux et de faire des obstructions, d’où provient la pourriture, mère de toutes les grandes maladies. [15] Toute la différence qu’il y a, c’est que les Indiens, pour n’être ni si crédules ni si simples que nous, ne reçoivent pas nos pierres comme nous admettons les leurs.

Pour dernière preuve de ce discours, je dirai qu’en l’an 1615, au retour du mariage du feu roi, [40] de très heureuse mémoire, et en 1622, en tout le voyage de Montpellier, ayant voulu éprouver, sur quelques personnes indisposées, si ce qu’on disait du bézoard était véritable, je leur en fis prendre, mais inutilement, bien qu’il ne s’en pût trouver de meilleur, puisque c’était de celui-même dont tous les princes étrangers avouent avoir fait présent à Sa Majesté. À quoi j’ajoute que Messieurs Barralis [41] et feu Le Sage[42] médecins très savants et très experts, sont témoins irréprochables de la quantité que j’en donnai à divers malades, sans en avoir jamais vu aucun effet dans tout le siège de La Rochelle ; [43] d’où je vous laisse conclure que l’histoire des prétendues merveilles de ce précieux caillou n’est pas moins ridicule que ce que la fable raconte du prodigieux enfantement des Montagnes. [16][44]

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1.

Louis-Marcel Devic a étudié le mot bézoard (v. note [9], lettre 5) dans son Dictionnaire étymologique des mots d’origine orientale (arabe, persan, turc, hébreu, malais) (Paris, Imprimerie nationale, 1876, in‑8o, pages 68‑69) :

« De l’arabe badizahr ou bazahr, venant du persan pad-zehr, qui signifie littéralement chasse-poison. Bezoar a été employé chez nos anciens auteurs, non seulement dans son sens propre, Lapidem bezaar magnæ virtutis et pretii, {a} mais encore dans le sens général de contrepoison, ainsi qu’on le voit dans ces passages d’Ambroise Paré cités par M. Littré : “ Son bezaar ou contrepoison est le suc de mélisse… D’autant qu’en parlant des signes de chacun venin à part, nous avons nommé son antidote bezahar, il faut savoir ce que veut dire ce mot : les antidotes ou contrepoisons ont été appelés par les Arabes en leur langue bezahar, c’est-à-dire en leur baragouin, conservateur de la vie ; de là il est venu que tous antidotes et contrepoisons par excellence ont été appelés bezardica. ” {b}

Le mot s’est introduit dans nos langues par les livres de médecine arabes : Lapidem bezoarticum, de cujus efficacissima vi adversus venena Arabes præsertim, veteres etiam et juniores medici tam multa retulerunt admiranda, {c} dit Gaspar de los Reyes, qui cite en même temps un grand nombre d’écrivains arabes, tels que Rhazès, Albenzoar, Mésué, Abbas, Avicenne, etc., parmi ceux qui ont traité ce sujet.

Lui-même y a consacré vingt pages in‑4o. J’en tire les lignes suivantes à cause de la suggestion étymologique qui paraît s’y trouver : [Lapides bezoartici] qui frequentiores et communiores sunt, in ventriculis animalium quorundam Indorum generantur, quæ capræ magnitutidem superant et ad cervorum figuram proxime accedunt, unde cervicapræ communiter appellantur, et a Persis Pazan vocantur, et ipsum lapidem Pazaar, quod antidotum sonat, aut veneni remedium. {d} Inutile de dire que Pazaar, c’est-à-dire Padzehr, et Pazan n’ont entre eux aucun rapport. Ce dernier nom a passé dans la nomenclature zoologique française : paseng, chèvre égagre, {e} et pazan, nom donné mal à propos par Buffon à l’antilope oryx. »


  1. « La pierre bezaar est de grand pouvoir et de grand prix ».

  2. Dans les Œuvres complètes de Paré (Paris, 1840-1841, tome iii, v. note [19], lettre 181), les références données par Littré DLF correspondent à deux chapitres du 23e livre, Des Venins : xliv, De la vénénosité de certaines plantes (page 334) et xlv, Du bezahar (page 339).

  3. « La pierre de bézoard, dont les anciens médecins, comme les modernes, principalement les Arabes, ont si abondamment relaté les admirables et très puissants effets contre les poisons ». Gaspar dos Reis Franco figure parmi les correspondants de Guy Patin. Les pages 535‑546, question lxvii, de son Elysius jucundarum quæstionum Campus [Champ Élysée de questions plaisantes] (Bruxelles, 1661, v. note [10], lettre 794) sont consacrées au bézoard ; ce passage est en haut de la page 543.

  4. « Les pierres de bézoar, qui sont les plus courantes et ordinaires, se forment dans l’estomac de certains animaux des Indes qui dépassent la chèvre en taille et atteignent presque celle du cerf, ce qui leur vaut d’être communément appelées cervicapres ; les Perses leur donnent le nom de pazan ; il sonne comme pazaar, qui est celui de l’antidote, ou contrepoison. »

  5. Chèvre sauvage.

2.

Au sens figuré, les emballeurs sont des « hâbleurs qui disent plusieurs choses contre la vérité, qui inventent plusieurs histoires à plaisir et qu’ils débitent aux crédules » ; embabouiner c’est « amuser quelqu’un de belles espérances, se rendre maître de son esprit. […] Ce mot est populaire et vient de babouin, comme qui dirait traiter quelqu’un en sot, en enfant, en petit babouin » (Furetière).

3.

V. note [4], lettre 245, pour la Methodus medendi [Méthode pour remédier] de Francisco Valles (Venise, 1589, et Paris, 1651, avec dédicace à Guy Patin). Le passage cité concerne les alexipharmaques (alexitères ou contrepoisons) à la page 297‑298 (édition de 1651) :

Usus et multorum approbatio maximam auctoritatem conciliavit inter simplicia, lapidi Bezaar, et primam quidem ei, qui advehitur ex India, secundam ei qui ex America. Inter composita confectioni celebri ex hyacinthis. Lapidi quidem multi, iique prudentissimi attestantur, mihi vero nullus non est adulterationis suspectissimus, timeo ne nullus non sit factitius. Multos autem iuvit nescio an opinione. Sed et hac debet medicus uti. Verum ut alexiterorium usus non omnino empiricus sit, illa cautio esse debet, ne indifferenter utamus quibusvis ad quosvis.

[Parmi les simples, l’usage et l’approbation générale ont attribué le plus haut rang à la pierre de bézoard, celle qui provient d’Inde surpassant celle d’Amérique ; parmi les composés, la célèbre confection d’hyacinthe {a} occupe la première place. Beaucoup lui préfèrent la pierre, sur des arguments qui sont certes très avisés ; mais, à mon avis, tous les bézoards sont hautement suspects d’adultération et je crains qu’ils ne soient tous frelatés. J’ignore si mon opinion fera plaisir à beaucoup de monde, mais c’est bien celle que doit suivre un médecin. En vérité, pour que l’emploi des alexitères ne soit pas entièrement empirique, il faut prendre garde de ne pas les prescrire pour n’importe quelle maladie à n’importe quel malade]. {b}


  1. V. note [9], lettre 5, et l’observation vi sur les pierres précieuses..

  2. L’annotation marginale en regard de ce fragment est la seule différence entre les éditions de 1589 et 1651, s’amollissant de Lapis Bezoardi et confectio ex hyacinthis alexipharmaca optima [La pierre de bézoard et la confection d’hyacinthe sont les meilleurs alexipharmaques] en Quando utendum alexipharmacis [Quand recourir aux alexipharmaques].

4.

Pedro Teixeira (Lisbonne vers 1570-Madrid après 1610, dates incertaines en raison d’homonymies), voyageur et géographe portugais qui se mit au service des rois d’Espagne, a publié des Relaciones d’el origen, descendencia, y succession de los reyes de Persia y de Harmuz… [Relations sur l’origine, descendance et succession des rois de Perse et d’Ormuz…] (Anvers, 1610). Je n’en ai pas trouvé de traduction latine antérieure à 1648 ; une traduction française a paru en 1681, mais je n’y ai pas eu accès.

Guy Patin avait dû tirer sa référence d’un autre auteur qui citait Teixeira ; il pouvait s’agir de Jakob de Bondt, qui a parlé de Teixeira, en termes assez ressemblants, dans le premier de ses quatre livres de Medicina Indorum [sur la Médecine des Indes] (Lyon, 1644, v. note [16], lettre 153), au milieu de la page 10 ro :

Nascitur hoc porro modo labis Bezar in Persia, ut ab Armenis, ac Persis mercatoribus fide dignis certo accepi. Est locus in Persia Stabanon dictus, trium dierum itinere supra Laram civitatem celebre in Persia Emporium, in cujus campis nascitur herba quædam croco, ac hermodactylis admodum similis, in cuius campis caprorum copia pascitur, in quorum ventriculis ex esu huius herbulæ hi lapides i vetriculis caprarum concrescunt, qui apud Reges persiæ in tanto pretio sunt supra reliquos, qui in aliis locis gignuntur iu magnus Xaabas Imperatorum Persarum ultimus mortuus anno 1628, inibi vigiles locaverit, ut omnes istos lapides Bazahar qui certum pondus excederent, sibi vindicarent : Itaque quod causa materialis huius lapidis sit causa supra dicta, non solum Armeni, ac Persæ mercatores mihi retulere : sed idem ferme affirmat P. Texeira Lusitanus in tractatu suo eleganti, quem Hispanica lingua conscripsit de rebus gestis Regum Persiæ, qui, inquit, Insulam quandam esse inter Ceylon insulam, ac terram continentem Chormandel, quæ a Lusitanis Isla de vacas vocata (quod insulam vaccarum sonat) nostris naucleris etiam optime nota, in qua etiam nascitur copia prædictorum lapidum, quam ob obscuram causam etiam ibi multæ capræ pascuntur. Atque idem author ait quod anno 1585. hanc insulam maxima ac horribilis inundatio invasisset ac etiam totam continentem terram Chormandel, ita ut hæc insula tota submersa fuerit, quæque servari inde capræ poterant alio translatæ desierunt gignere istos lapides, quod prædicta herba ibi non cresceret : sed elapsis paucis annis, cum insula salsugine maris liberata rursus hanc herbam produceret, capræ ejusmodi iterum eo translatæ lapides hos ut ante produxere.

[Or la pierre bézoard naît en cette façon dans la Perse, comme j’ai appris très certainement des marchands arméniens et persans dignes de foi : il y a un lieu dans la Perse appelé Stabonon, de trois jours de chemin par-dessus la ville <de> Lara, {a} célèbre lieu de foire dans la Perse, dans les champs duquel lieu il croît une certaine herbe, très semblable au safran et <à l’>hermodactyle, {b} où paissent grande quantité de boucs et chèvres, dans les estomacs desquels, à cause qu’ils ont mangé ces herbes, ces pierres se forment, qui sont, parmi les rois de Perse en tel prix et estime sur les autres, qui sont engendrées en d’autres lieux, que le Grand Xaabas le dernier mort des Empereurs Persans, l’an 1628, {c} y logea des gardes, et voulut se rendre et s’attribuer siennes toutes les pierres de bézoard qui excéderaient une certaine grosseur. Or, que la cause matérielle de cette pierre soit la cause susdite, non seulement les marchands arméniens et persans me l’ont rapporté, mais encore Pierre Taxeira, {d} Portugais, affirme le même dans son traité éloquent, qu’il a écrit en sa langue espagnole, des actions et gestes des rois de Perse, dit qu’il y a une certaine île entre Ceylan et la terre continente Chormandel, {e} qui est appelée des Hollandais Isla de Vaccas, qui signifie Île des Vaches, très connue aussi à nos nochers, {f} dans laquelle se trouve une grande quantité des pierres susdites, qui se forment dans les chèvres que l’on y fait paître pour ce sujet. Et le même auteur raconte aussi que l’année 1585, après qu’une large et horrible inondation eut noyé cette île, et aussi toute la terre continente Chormandel, que toutes les chèvres qui purent être sauvées de ce déluge, étant conduites ailleurs, cessèrent d’engendrer ces pierres, à cause qu’aux lieux où elles furent menées l’herbe susdite n’y croissait point ; mais qu’après quelques années écoulées, et après que l’île fut purgée et exempte de la salure de la mer, elle produisit derechef cette herbe et que les chèvres, derechef, y étant remenées, produisirent ces pierres]. {g}


  1. Probablement Lar, dans la province de Fars, dont la capitale est Chiraz.

  2. V. notes [52], lettre latine 351, pour le safran, et [10] de l’observation i, pour l’hermodactyle (ou hermodacte).

  3. Abbas ier le Grand a régné sur la Perse de 1588 au début de 1629.

  4. Sic ; dans ma transcription de la consultation, j’ai corrigé Texeira (orthographe identique à celle employée par Bondt dans son texte latin) en Teixeira.

  5. Côte (terre continentale) de Coromandel qui forme la côte sud-est de la péninsule indienne.

  6. Pilotes de navire.

  7. Cette traduction est une simple modernisation orthographique de celle qu’a publiée André Toll aux pages 465‑466 de son édition française du Parfait joaillier d’Anselme de Boodt (Lyon, 1644, v. note [4], lettre 104).

    Bondt n’ayant pas mentionné « la Mexique » (le Mexique) dans son chapitre sur le bézoard, j’ignore d’où Patin a tiré ce qu’il en a dit (à moins d’une confusion possible avec la suite de son observation, v. infra note [5]).


5.

Philippe ii, roi d’Espagne, avait demandé au médecin espagnol Francisco Hernandez (Tolède 1514-1587) de se rendre au Mexique (alors appelé Nouvelle-Espagne) pour recueillir les richesses naturelles de ce pays. Surnommé el Plinio de Nuevo Mundo [le Pline du Nouveau Monde], il rédigea ses observations, mais ne parvint pas à en obtenir la publication. Elles parurent après sa mort sous le titre de Cuatro libros de la naturaleza y virtutes medicinales de las plantas y animales de la nueva España [Quatre livres sur la nature et les vertus médicinales des plantes et animaux de Nouvelle-Espagne] (Mexico, 1615, in‑4o), ouvrage devenu introuvable qui a été réédité à par Nicolas Leon (Morelia [ville située au centre du Mexique], José Rosario Bravo, 1888, Internet Archive).

Le médecin napolitain Nardo Antonio Recchi (1540-1595) en a donné une traduction latine en dix livres qui parut d’abord partiellement sous la forme de fragments séparés (auxquels Guy Patin a pu avoir accès), puis complètement sous le titre de : Rerum medicinalium novæ Hispaniæ Thesaurus, seu plantarum, animalium, mineralium Mexicanorum Historia ex Francisci Hernandez Novi Orbis Medici Primarii relationibus in ipsa Mexicana Urbe conscriptis a Nardo Antonio Reccho Monte Corvinate Cath. Maiest. Medico et Neap. Regni Archiatro Generali Jussu Philippi ii. Hisp. Ind. etc. Regis, Collecta ac in ordinem digesta a Ioanne Terrentio Lynceo Constantiense Germano Philosopho ac Medico. Notis illustrata Nunc primum in Naturalium rerum Studiosorum gratiam lucubrationibus Lynceorum publici juris facta. Quibus jam excussis accessere demum alia quorum omnium Synopsis sequenti pagina ponitur. Opus duobus voluminibus divisum, Philippo iiii. Regi Catholico Magno Hipsaniarum utriusque Siciliæ et Indiarum etc. Monarchæ dicatum [Trésor des substances médicinales de la Nouvelle-Espagne, ou Histoire des plantes, animaux et minéraux du Mexique, tirée des relations de Francisco Hernandez, premier médecin du Nouveau Monde. Nardo Antonio Recchi, natif de Montecorvino (province de Salerne), médecin de Sa Majesté catholique et archiatre général du royaume de Naples, les a transcrites à Mexico même, sur l’ordre de Philippe ii, roi d’Espagne, des Indes, etc. Histoire colligée et mise en ordre par Johannes Terrentius Constantinensis (Johann Schreck, Bingen 1576-Pékin 1630, missionnaire et érudit jésuite), Lyncéen (membre de l’Académie romaine des Lyncéens, dite des Lynx, créée en 1603), médecin et philosophe allemand. La voici pour la première fois illustrée de notes pour l’agrément de ceux qui étudient l’histoire naturelle, établie par les travaux nocturnes des Lyncéens titulaires. La page suivante (Iacobus Mascardus typographus lectoris {L’imprimeur Giacoppo Mascardi aux lecteurs}) donne le synopsis de toutes les autres parties qu’ils ont ajoutées à celles qui ont été précédemment imprimées. Ouvrage divisé en deux volumes, dédié à Philippe iv, grand roi catholique, monarque des Espagnes, des deux Siciles et des Indes, etc.] (Rome, 1651, Rome, Vitali Maschardi, 2 volumes in‑fo ; Internet Archive). Dans cette édition, la description détaillée du bézoard mexicain se trouve dans le chapitre xiv, De Mazame, seu Cervis [Des Mazames (cerfs en langue indigène du Mexique), ou cervidés] (pages 325‑327). Y sont énumérés de nombreux ruminants (cervidés, caprins ou même parfois bovins) dont l’estomac contient fréquemment un bézoard :

Paulatim concrescat, et generetur, multis sensim additis, et cohærescentibus membranulis, quales sunt cæparum, ideo non nisi vetustissimis, et senio pene confectis, lapides hi reperiuntur ; neque ubique, sed certis, statisque locis, ubi ea suppetit materia, qua ratione fieri posset, ut apud Hispanos gentesve alias, non ita facile offendantur. Verum non omnes hi lapides salubres sunt, tuendæve sanitati, aut morbis profligandis apti, sed soli illi, qui depastis herbis saluberrimis producuntur. Unde non solum difficile sit censere, an illæ facultates mirabiles, quæ de eo lapide nostra tempestate iactantur, narrarique et prædicari cæperunt, veræ sint, sed etiam quinam sint eligendi, aut qui utiles, aut inutiles offendantur, quibus de rebus certo quid affirmari nequit. Etsi fama est, venenis venenatisque omnibus subvenire, syncopem, et epilepticas invasiones arcere, digitis applicatos somnum conciliare, augere vires, excitare venerem, facultates omnes roborare, sedare dolorem, renum lapides vessicæque, non solum parva quadam portione devoratos, sed manibus tantum retentos frangere, ac pellere, urinæ destillationi ferre opem, partum iuvare, et procurare conceptionem, denique nulli fere non auxiliari morbo. Adeo ut sint qui solius huius lapidis præsidio, medici sententia sua evaserint consummati, pro talibusque se se impudentes venditarint. Variis eos reperies formis et coloribus. […] Tot vero reperies apud novam hanc Hispaniam, ut iam vili veneant precio, ac vel unico aureo singuli, et interdum etiam bini emi et commutari soleant, cum non paucis ante annis, unicus et mediocris, ducentis, aut amplius aureis extroqueri non posset a mercatoribus. id dictum est a me, atque admonitum, ne deinceps reliquus sit locus ipsis impostoribus ex rapto viventibus, iusque omne, dum rei familiari student quomodolibet augendæ, atque cumulandæ, violantibus ; quibus opus non est in tanta copia, et numerosa redundantia, arte illos aut adulterio parare, quanquam et ad hunc modum non pauci conflati reperiantur.

[Il s’agglomère peu à peu, étant engendré par de nombreuses et fines membranes qui s’ajoutent et s’agglutinent progressivement les unes aux autres, à la manière des oignons. Cela fait que ces pierres se trouvent, sinon chez les très vieux animaux, du moins chez ceux qui ont presque atteint la vieillesse ; non pas n’importe où, mais en certains lieux déterminés où pousse cette plante qui provoque leur formation, laquelle ne croît guère en Espagne ou en d’autres contrées. Toutes ces pierres ne sont pourtant pas salubres et capables de protéger la santé ou de chasser les maladies ; seules celles qui sont produites en paissant ces herbes fort bienfaisantes ont une telle propriété. De là vient qu’il est difficile de décider non seulement si ces admirables facultés qu’on fait aujourd’hui valoir sur ces pierres, et qu’on commence à divulguer et à vanter, sont véritables, mais aussi de faire un choix entre celles qui sont utiles et celles qui sont sans intérêt. C’est un sujet sur lequel on ne saurait rien affirmer de certain. Néanmoins, elles ont la réputation de procurer du secours contre les venins et à ceux qui en sont empoisonnés, d’empêcher la syncope et les crises épileptiques, de permettre le sommeil à ceux qui y appliquent les doigts, d’accroître les forces, d’exciter aux plaisirs de l’amour, de renforcer toutes les facultés corporelles, de soulager la douleur, de briser et d’expulser les calculs des reins et de la vessie, non seulement quand on en absorbe de petits fragments, mais aussi quand on les tient seulement dans les mains, de favoriser l’écoulement de l’urine, d’aider l’accouchement, de favoriser la fertilité, et enfin d’être utiles dans à peu près toutes les maladies ; à tel point que certains médecins limitent leur prescription à cette seule pierre, et s’en vantent impudemment. On trouve des bézoards de formes et de couleurs diverses. (…) Tous proviennent de Nouvelle-Espagne où ils s’achètent à vil prix ; mais on a coutume de les échanger et revendre au prix de l’or, voire parfois au double ; et ainsi, depuis quelques années, on ne pourrait arracher aux marchands un bézoard de taille moyenne sans payer deux cents fois son poids en or, voire plus. Je dis et rappelle cela pour qu’on ne laisse plus agir ces imposteurs qui vivent du vol et qui violent impunément la loi, avec le seul souci de trouver n’importe quel moyen pour entasser de l’argent et augmenter leur fortune personnelle ; ils mettent moins de soin à accumuler de vrais bézoards, jusqu’à la surabondance, qu’à les adultérer, si bien qu’il n’est pas rare d’en trouver qui soient ainsi contrefaits].

6.

Nicolás Bocángel (Nicolaus Boccangelinus), médecin espagnol natif de Madrid, médecin de Marie d’Autriche, fille de Charles-Quint, puis de son neveu Philippe iii, roi d’Espagne. Il a donné naissance au poète Gabriel Bocángel (1603-1658) et a publié un De Febribus morbisque malignis et pestilentia, necnon de earum causis, præsagiis, curatione, et præservatione Liber [Livre sur les fièvres et maladies malignes, et sur la peste], ainsi que sur leurs causes, signes, traitement et prévention] (Madrid, Luis Sanchez, 1604, in‑4o). Guy Patin citait ce paragraphe du chapitre xviii, De recta victus institutione in morbis malignis et pestilentibus, cum actu molestant [Le bon régime à instituer dans les maladies malignes et pestilentes quand elles épuisent par leur effet] (pages 113‑114) :

Tandem in victu præferunt nonnulli usum pulverum cordialum, lapidis bezoar, margaritarum, et corallorum, et terræ Lemniæ. Sed obstructiones augent, et in his morbis isti pulveres cum terream et crassam habeant naturam, subsident in ventriculi fundo et meseriis venas obstruunt, in ipsisque impinguntur, et nonnunquam impedimento sunt, quominus pravi et pestilentes vapores exeant. Si vero febris pendet ex humorum nimia putredine, et in natura calida et humida, viisque nimis expeditis aliquando poterunt ex usu esse.

[Pour remède, certains privilégient l’emploi des poudres cordiales, de la pierre de bézoard, des perles, des coraux et de la terre lemnienne ; {a} mais toutes ces poudres augmentent les obstructions dans ces maladies et, comme elles sont de nature grossière et terreuse, elles précipitent dans le fond de l’estomac et obstruent les veines mésaraïques ; {b} elles s’y jettent et font parfois obstacle à l’exhalaison des vapeurs néfastes et pestilentes. Si pourtant la fièvre dépend d’une putréfaction excessive des humeurs, et d’une nature chaude et humide, on pourra faire usage de ces médicaments après avoir largement ouvert les voies d’évacuation].


  1. Venue de l’île de Lemnos, en mer Égée, la terre lemnée (ou sigillée) était réputée posséder des vertus cardiaques. Elle entrait dans la composition de la thériaque.

  2. Mésentériques.

7.

V. note [14], lettre 239, pour Alessandro Massaria et ses Opera medica [Œuvres médicales] (Lyon, 1634). Le bézoard est cité dans le chapitre 24, De febribus pestilentibus [Des fièvres pestilentes], du cinquième livre, De febribus [Sur les fièvres] (page 436) :

De lapide bezoar, cornu monocerotis, osse de corde cervi, et reliquis id genus præsidiis, et preciosis medicamentis multi mirabilia prædicant ; sed ego hactenus, ut libere dicam, tot et tanta miracula non potui observare, unde neque admodum illorum usu soleo delectari, atque eo minus, quod non solum sint inventu difficilia et rariora sed etiam nonnulli rerum naturalium studiosi et peritiores ea velint pro maiori parte esse commentitia et fabulosa.

[Beaucoup chantent des merveilles sur la pierre de bézoard, la corne de licorne, l’os de cœur de cerf, et autres remèdes de cette sorte ou médicaments coûteux. Pourtant, à parler franchement, je n’ai pu jusqu’à ce jour en observer tant de grands miracles et n’ai pas pour habitude de prendre grand plaisir à les employer ; et ce d’autant qu’ils sont fort rares et difficiles à se procurer, mais aussi que certains des meilleurs experts en sciences naturelles veulent que ce soient, pour la plupart, des drogues mensongères et fabuleuses].

Les cinq autres auteurs italiens cités ont tous exprimé leurs doutes profonds sur les vertus des bézoards vendus par les pharmaciens.

  1. Ercole Sassonia (Hercules Saxonia, Padoue 1551-ibid. 1607), professeur de médecine à Padoue, a expliqué comment bien choisir le bézoard au chapitre xxxiix (sic pour xxxviii), De febribus pestiferis [Des fièvres pestilentes], de son livre De febribus [Des fièvres], Opera practica [Œuvres de pratique (médicale)] (Padoue, 1639, Franciscus Bolzetta, in‑8o, page 154) :

    Sunt tamen duæ præcipuæ differentiæ unus qui extrahitur ex ventre animalium ex Indiis orientalibus ; alter ex occidentalibus.

    Ex Indiis occidentalibus sunt admodum inefficaces, coloris cinerulenti, et multo viliores quam orientales : et scribunt duplum ponderis, respectu orientalis præbendum. Qui ex India orientali, color fulvus inclinans ad fuscum, videtur æmulari colorem castaneæ : qui solet adulterari.

    Scio Lusitanos scriptores habere signum, si cortex interior sit politus sicut exterior, argumentum esse Sophistici : si rudis, probi. Addunt etiam cognosci lapidem, si frangatur, si in meditullio reperitur granum, festuca, Sophisticus ; si pulvis, probus.

    [Il en existe principalement deux sortes différentes, selon qu’on les extrait du ventre des animaux dans les Indes Orientales ou Occidentales.

    Celles des Indes Occidentales sont parfaitement inefficaces ; leur couleur est cendrée et leur prix est bien moindre que celui des Orientales ; on écrit quelles pèsent deux fois plus lourd qu’elles. La couleur des Orientales est jaunâtre tendant vers le brun, ressemblant à celle de la châtaigne ; c’est celle qu’on a coutume de falsifier.

    Je sais que les auteurs portugais en ont un indice : si leur surface extérieure, comme l’intérieure, est lisse, c’est preuve de sophistication ; mais si elle est rugueuse, c’est signe d’authenticité. En outre, ils reconnaissent la pierre en la brisant : si elle contient des fétus en son centre, c’est qu’elle est sophitiquée ; si c’est de la poudre, alors elle est authentique].

  2. Sanctorius (Santorio Santorio) a condamné le bézoard dans ses Methodi vitandorum errorum omnium, qui in arte medica contingunt Libri Quindecim… [Quinze livres de la Méthode pour éviter toutes les erreurs qui se rencontrent en l’art médical…] (Venise, 1603, v. note [6], lettre 8), livre xiii, de administrandis remediis [sur l’administration des remèdes, chapitre iv, De erroris circa quomodo [Les erreurs sur le comment], page 195 vo, paragraphe intitulé Cur Beroar ad nos delatum sit nullius virtutis [Pourquoi le bézoard qu’on nous délivre est de nulle valeur].

  3. La deuxième des quatre parties du De Unicornu, lapide Bezoar, Smaragdo et margaritis eorumque in febribus pestilen. usu Tractatio [Traité sur la licorne, la pierre de bézoard, l’émeraude et les perles, et sur leur emploi dans les fièvres pestilentes] (Bergame, 1605, in‑4o, pages 72‑113) de Giovambattista Silvatico (v. note [4], lettre 497) est entièrement consacrée au bézoard et se conclut sur ces deux phrases :

    Quos vero in his eisdem lapidibus commentariis dandis, dubios esse continget ; eos in eorum commendatione sua non fallant conscientia, moneo ; sed aperte dubium proferant, seque nihil certi determinare posse, libere omnino fateantur. Hæc est illa ingenuitas, quam dux noster, et antesignanus Galenus, Medico rationali dignam esse judicavit : Nos vero nobili, et christiano digniorem esse dicimus.

    {En vérité, il se trouve que les commentaires à donner sur ces pierres incitent au scepticisme. Je rappelle que ceux qui les recommandent ne manquent pas de savoir, mais ils incitent ouvertement à douter, sans pouvoir rien décider de certain, car ils affirment tout sans preuve. Tel est ce beau sentiment que Galien, notre chef et insigne prédécesseur, a jugé digne du médecin rationnel ; mais nous le disons plus digne encore d’un médecin noble et chrétien].

  4. Teodoro Angelucci (Theodorus Angelutius, 1540-1600), philosophe, poète et médecin italien, a condamné le bézoard à l’oubli, en raison de son inefficacité ordinaire, dans le chapitre v, De illis medicamentis, quæ cor præservant a putredinis malignitate ; et primum quænam illa sint [Des médicaments qui préservent le cœur de la malignité de la putréfaction ; et d’abord quels sont-ils] (page 117 ro‑vo), au troisième de ses De Natura et curatione malignæ febris libri iiii [Quatre livres sur la nature et le traitement de la fièvre maligne] (Venise, Robertus Meiettus, 1593, in‑4o).

  5. À la fin de ses Epistolæ medicinales [Épîtres médicales] (Bâle, 1543, pages 249‑250), dans un passage de ses Annotationes in Antonii Musæ Brasavolæ simplicium medicamentorum Examen [Annotations sur l’Examen des médicaments simples d’Antonio Musa Brasavola (v. note [15], lettre 409)] concernant le mercure (vif-argent), Aloysius Mundella (Luigi Mondella, v. note [26], lettre 1020) a parlé en fort mauvais termes du bézoard (mais celui-là était controuvé) :

    Vidi nempe ego xii. abhinc anno, cum in Burmiis essem, ubi salutares aquæ non longe ab ortu Abduæ fluminis scaturiunt, plurima et gravissima ex hac argenti vivi potione subsecuta fuisse incommoda, eo enim cum Gallus quidam forte fortuna se contulisset, medicinamque palam profiteretur (hac enim cæterarum artium omnium nullam complurimi hodie homines magis temere exercent, cum tamen dificillima sit, et accuratissime tractanda) plerosque ex illis pagis ad eum tanquam ad Aesculapii nuncium concurrere videres. Is nanque compositione quadam ex arte quidem sua confecta ægrotos omnes potissimum de salute sua desperantes perfecte curare absque dubio pollicebatur, quæ maximam argenti huius portionem exciperet, aurique tantillum, et quæ præterea circulatores isti pro reconditis thesauris maxime observant. Sed quid plura ? cum innumeri, qui pharmacum id sumpserunt, quod bezahar ille appellare solitus fuerat, vitam cum morte commutaverint, alii multo quam antea peius se habuerint, perpauci vero, qui quidem robustioris naturæ fuerant, et mali tolerantioris, casu quopiam evaserint : dura corpora enim in universum valentium medicamentorum vim perferre possunt ut ait Galenus in ix. de simpl. medic. ubi de terra samia loquitur : quibus cum aliquando deinde accersitus supervenissem, ut alterius errata, quantum in me esset, corrigerem, adeo prava animadverti ab eiusmodi sumpto pernicioso medicamento invasisse symptomata, necnon extremas alvi, et ventriculi inanitiones, et syncopas, sive animi defectiones, ut non maiores, nec graviores unquam videri. Quamobrem, mea quidem sententia, consultius fuerit in singulis morbis ab argenti vivi propinatione nos abstinere, quam nulla ratione ægrotos periclitari velle.

    [Voilà 12 ans, tandis que je séjournais à Bormio, où jaillissent de salubres eaux, non loin de la source de l’Adda, {a} j’observai que la prise d’une potion à base de ce vif-argent provoque immédiatement de nombreux et très graves malaises. Par heureuse fortune, se présentait alors un médecin Français, qui offrait publiquement ses services (là-bas quantité d’hommes exercent ce métier de manière plus aventureuse que tous les autres, bien qu’il soit fort difficile et exige les plus grandes précautions). Les gens venus des alentours accouraient en foule vers lui comme vers un envoyé d’Esculape. De fait, ce personnage promettait de guérir, parfaitement et à n’en pas douter, tous les malades qui désespéraient tout à fait de leur salut, à l’aide d’une préparation de sa composition, qu’il tirait pour la plus grande partie de ce mercure et d’un petit peu d’or, et qu’en outre ces charlatans vénèrent pour les secrets trésors qu’elle recèle. Mais que dire de plus, sinon que nombre de ceux qui prirent cette drogue, qu’il avait coutume d’appeler un bézoard, passèrent de vie à trépas, que d’autres s’en trouvèrent bien pis qu’ils ne se portaient avant, et qu’en vérité, seul un petit nombre d’entre eux, qui jouissaient d’une nature plus robuste et supportaient mieux les maladies, en réchappèrent ? Le fait est bien que les corps résistants peuvent en général supporter la force des médicaments énergiques, comme dit Galien au livre ix des Médicaments simples, en parlant de la terre de Samos. {b} Je suis venu au secours de ceux qui m’ont parfois appelé pour corriger, autant qu’il m’était possible, les erreurs de l’autre médecin ; j’ai constaté que ce médicament qu’ils avaient absorbé les avait envahis de symptômes si funestes que je n’en jamais vu de plus profonds et de plus graves : évacuations de l’estomac et de l’intestin, syncopes ou épuisement des forces. Voilà pourquoi, dans toutes les maladies, je juge plus sage de nous abstenir d’administrer du vif-argent, sauf à vouloir mettre sans raison les malades en péril].


    1. Bormio (Burmiæ en latin) est une station thermale d’altitude située dans la Valteline (v. note [7], lettre 29), connue depuis l’Antiquité. Rivière lombarde née dans les Alpes rhétiques, l’Adda rejoint le Pô après avoir parcouru la Valteline et traversé le lac de Côme.

    2. Propos de Galien dans le chapitre 4, De terra Samia [La terre de Samos], livre ix du traité De simplicium medicamentorum temperamentis et facultatibus [Sur les tempéraments et les facultés des médicaments simples] (Kühn, volume xii, page 183, traduit du grec) :

      Cæterum contemplandum insuper est, corporis curandi quæ sit natura sive habitudo, durane an mollis, id in universum præ oculis habendo, corpora mollia valentium medicamentorum vim haud posse perferre, dura vero posse.

      [Autrement, il faut aussi prêter attention à la nature ou habitude, faible ou résistante, du corps à soigner, et avoir bien à l’esprit le fait que les corps faibles ne peuvent supporter la force des médicaments énergiques, quand les corps résistants le peuvent].


8.

Ayant une certaine ressemblance avec la lavande, le spica nardi [épi de nard] ou spica-nard est une « manière d’épi qui croît à fleur de terre, et même dans la terre, long et gros comme le doigt, léger, garni de poils longs, rudes, rougeâtres, d’une odeur assez forte, d’un goût un peu amer et âcre. Il sort plusieurs épis d’une même racine. Sa tige est menue et sa racine est de la grosseur d’une plume, garnie de plusieurs petits filaments. Le spica-nard est mis au nombre des racines ; on l’appelle autrement nard indique, parce qu’il vient des Indes Orientales. En latin, nardus Indica, ou spica nardi. Il est stomachique et néphrétique, propre pour fortifier l’estomac et pour faire uriner. Il y a le spica Celtica qui est une plante qui croît aux Pyrénées et sur les montagnes du Tyrol ; on l’appelle autrement nard celtique » (Trévoux). Le nard entrait dans la composition de la thériaque (v. note [46] de la Leçon sur le laudanum et l’opium).

9.

Supposition : « action par laquelle on met une chose en la place d’une autre par dol et fraude » (Furetière).

Girolamo Rossi (Hieronymus Rubeus, 1539-1607), premier médecin du pape Clément viii (v. note [2], lettre 47) : Adnotationes in libros octo Cornelii Celsi de Re medica [Annotations sur les huit livres de la Médecine de Celse (v. note [13], lettre 99)] (Venise, Ioannes Guerilius, 1616, in‑4o) ; l’observation a ici fidèlement résumé le passage sur le bézoard qui se trouve à la fin du chapitre 7, Quomodo pestilentes febres curari debeant [Comment les fièvres pestilentes devraient être soignées] (pages 144 vo‑145 ro).

10.

Professeur de pratique médicale à Padoue nommé en 1596, Giovanni Tommaso Minadoi (Johannes Thomas Minadoüs, Rovigo, Vénétie 1545-Florence 1615) avait été médecin du duc de Mantoue au retour d’un long séjour au Proche-Orient (1578-1584). Guy Patin citait ses de Febre maligna libri duo [deux livres sur la fièvre maligne] (Padoue, Francesco Bolzetta, 1604, in‑4o) chapitre xv, De siccantibus [Des asséchants], livre ii (pages 168 vo‑169 ro) :

Lapis Bezahar dictus vi siccante quoque præstat, huncque credo potius hac manifesta, quam aliqua alia abdita qualitate utiliter his in febribus administrari. Propter quam causam illum ultra grana quinque, et sex dedita opera posse in malignis febribus exhiberi reor : esseque animales fabulas omnes, quæ scribuntur de hoc lapide ab Arabibus, et a recentiorum nonnullis : Nam et ego, qui innumeros febre maligna correptos curavi, non sum gravatus curiose inquirere vires huius remedii, et illius utilitates diligenter explorare, cum tamen nihil ex eo vel eximii, vel præclari unquam colligere potuerim.

[Ce qu’on appelle la pierre de bézoard se distingue aussi pour sa force asséchante et c’est, je crois, en raison de cette qualité manifeste, plutôt que pour quelque autre vertu cachée, qu’on l’emploie utilement dans ces fièvres malignes. Je pense qu’avec précaution on peut donc l’y administrer à une dose dépassant cinq ou six grains, mais je tiens pour fables animales tout ce que les Arabes et quelques auteurs plus récents ont écrit sur cette pierre. Pourtant, moi qui ai soigné quantité de malades affligés de fièvre maligne, je n’ai pas répugné à m’interroger sur les pouvoirs de ce remède et à explorer soigneusement son utilité, mais sans jamais pouvoir rien trouver de remarquable ou de parfaitement clair sur ce sujet].

11.

  • Pietro Francisco Frigio (Phrygius) a parlé du bézoard aux pages 387‑388 de ses Commentarii in Historias epidemicas Hippocratis [Commentaires sur les Épidémies d’Hippocrate] (Lyon, 1643, v. note [11], lettre 78) :

    Bezoartica iam apud nos civitatis Medicos ita sunt suspecta, ut omnino eadem evitemus, cum tamen si pharmacopolas vocemus habeant quamplurima, verum eum adulterata sint, ut sæpius sumus experti, hos non curamus lapides : melius enim est abstinere a medicamento ambiguo, quam exhibere cum ægrotantis detrimento, et Medici dedecore, nisi cogamur gratificari adstandibus, et ægrotantibus.

    [Les médecins de notre ville tiennent les remèdes bézoardiques pour si suspects que nous évitons tout à fait de les utiliser, même si les apothicaires nous les proposent en abondance ; mais étant donné que ces pierres ont été frelatées, comme nous l’avons très souvent constaté, nous n’en faisons aucun cas. Mieux vaut-il en effet s’abstenir d’un médicament douteux que le prescrire au détriment du malade et pour la honte du médecin, à moins d’y être poussé par les patients et leurs familles]. {a}


    1. Traduction acrobatique et bienveillante d’un latin fort défectueux.

  • À la page 99 de son Tractatus de febrium acutarum, et pestilentium remediis, diæteticis, Chirurgicis, et Pharmaceuticis [Traité sur les remèdes diététiques, chirurgicaux et pharmaceutiques des fièvres aiguës et pestilentes] (Venise, Johannes Guerilius, 1621, in‑8o), Rodericus a Fonseca (Rodrigo da Fonseca, v. note [17], lettre de Thomas Bartholin, datée du 25 septembre 1662) a rangé le bézoard avec les autres remèdes cardiaques (perles, fragments précieux, corne et os de cœur de cerf), mais sans les éreinter, en doutant qu’ils fussent vraiment dotés de telles vertus. Il a précisé sa pensée à la page suivante :

    Contra vero, quod pertinet ad margaritas belzuar, lapillos pretiosos et alia cordialia supra posita, videmus adhiberi quotidie saltem sine ulla noxa, nec negandum esse videtur, posse prædicta omnia habere occultas qualitates, et dato etiam quod non haberent, sua frigiditate, et siccitate saltem venenis repugnant, unde hac ratione laudari videntur. […]

    De lapide belzoartico non vidimus magna portenta licet infinities illum in febre maligna dederimus, præterea nostris hisce temporibus omnes fere adulterantur, ut vix unus reperiatur sincerus.

    [Quant aux perles, au bézoard, aux fragments précieux et aux autres remédes cordiaux dont j’ai parlé plus haut, nous les prescrivons presque tous les jours sans le moindre inconvénient et il semble hors de doute qu’elles possèdent toutes des qualités occultes ; et quand bien même elles n’en auraient pas, du moins leur froideur et leur sécheresse luttent-elles contre les venins, ce qui mène à les tenir pour louables. (…) {a}

    Pour la pierre bézoardique, bien que nous l’ayons administrée maintes et maintes fois dans la fièvre maligne, nous n’en avons pas observé grands miracles. La raison en est que presque toutes sont aujourd’hui frelatées, de sorte qu’il est presque impossible d’en trouver une qui soit authentique].


    1. Fonseca a consacré la dizaine de lignes que j’ai omises à expliquer que l’os de cœur de cerf (v. l’observation iv) est le plus efficace des remèdes cordiaux contre les serpents et leur venins.

  • Thomas Jordan (Tamás Jordán, Thomas Jordanus ; Kolozsvár, aujourd’hui Cluj-Napoca en Roumanie 1539-1585), premier médecin des armées de l’empereur Maximilien ii, puis physicien (premier médecin) de la province de Moravie : Pestis Phænomena seu de iis quæ circa febrem pestilentem apparent, exercicatio [Les Symptômes de la peste, ou essai sur les manifestations de la fièvre pestilente] (Francfort, Andreas Wechel, 1586, in‑8o). Le bézoard y figure dans le chapitre ix, Solennes Antidoti [Antidotes habituels], du troisième traité (pages 584‑589), avec neuf mentions marginales :

    • Lapis Bezoar [La pierre de bézoard] ;

    • Etymon Bezoar [Étymologie du bézoard] ;

    • Cardani opinio [Opinion de Cardan] ;

    • Persis inquilinus Bezoar [Le bézoard se trouve en Perse] ;

    • Descriptio Bezoar ex Aponitano [Description du bézoard d’après Abano (Pietro d’Abano, médecin de Padoue au xiiie s.)] ;

    • Vera descriptio lapidis [Véritable descrition de la pierre] ;

    • Animal Bezoar gignens [L’animal qui engendre le bézoard] ;

    • Usus et dosis [Indications et dosage] avec, pour seule remarque critique de tout le discours, Raritas et insani qui in emendo fiunt sumtus, solis Regibus et Imperatoribus fere vernas fecit, idcirco ad viliora migrandum nobis erit [Sa rareté et le prix extravagant auquel on l’achète font que seuls les rois et les empereurs en disopsent, et nous devrons nous tourner vers des remèdes moins onéreux] ;

    • et pour finir, la curieuse observation d’un Bezoar in equi ventriculo repertus [Bézoard trouvé dans l’estomac d’un cheval].

    En appendice de l’ouvrage (pages 621‑631) figure une Lapidis Bezoar virium exquisita descriptio [Excellente description des pouvoirs de la pierre de bézoard], signée Claudius Richardus (médecin impérial que je ne suis pas parvenu à mieux identifier), qui est un dithyrambe à la gloire du bézoard et de ses vertus.

12.

Garcias ab Horto est le nom latin du médecin, botaniste et explorateur portugais Garcia Dorta (Garcia da Horta, ou Garcie du Jardin en français, Castelo de Vide, Alentejo, 1499-Goa, Inde, 1568) ; il se mit au service du vice-roi des Indes à Goa et publia les Coloquios dos simples e drogas he cousas mediçinais da India e assi d’algunas frutas achadas nella onde se tratam algunas cousas tocantes a mediçina pratica e outras cousas boas pera saber compostos pello Doutor Garçia Dorta : fisico del Rey nosso senhor, vistos pello muyto Reverendo senhor, ho liçençiado Alexos Diaz : falcam desenbargador da casa da supricaça inquisidor nestas partes [Colloques des simples, drogues et remèdes de l’Inde, ainsi que d’autres fruits qu’on y a trouvés, où il est traité des choses qui touchent à la médecine pratique et à ce qui est bon pour la santé. Composés par le docteur Garcia Dorta, médecin du roi notre seigneur, approuvés par le très révérend Alexos Diaz, représentant la censure inquisitoriale en ces contrées] (Goa, Joannes de Endem, 1563, in‑4o, Gallica). C’est une suite de 58 dialogues entre Orta (or.) et son maître Ruano (rua.), docteur à Salamanque. Le Coloquio 45 [Colloque 45] porte da pedra bezar emterlocutores rua. or. [sur la pierre de bézoard, interlocuteurs rua. or.] (pages 169 ro‑171 ro).

Cet ouvrage a connu de nombreuses éditions et traductions, dont une adaptation complète en français (dans une forme non dialoguée) qui forme les deux premiers livres de la première partie de l’Histoire des drogues, épiceries, et de certains médicaments simples qui naissent aux Indes et en l’Amérique, divisée en deux parties. La première comprise en quatre livres : les deux premiers de M. Garcie du Jardin… Le tout fidèlement translaté en français par Antoine Volin, maître apothicaire juré de la ville de Lyon, par lui augmenté de beaucoup d’annotations, de diverses drogues étrangères et illustré de plusieurs figures non encore vues. Seconde édition revue et augmentée (Lyon, Jean Pillehotte, 1619, in‑8o, Biblioteca nacional de Portugal) ; le chapitre xlv, De la Pierre Bezar (pages 278‑284) est assorti d’une longue annotation qui se termine par ce paragraphe :

« Nous déduirons ici quelques marques d’élection pour la pierre bezar, à celle fin de se garder de ceux qui les falsifient. Le sieur Barthélemy Vincent, qui, dès son jeune âge, a exercé la pharmacie et qui, maintenant, est libraire très fameux succédant à la boutique de son père, qui était de même profession en cette ville de Lyon, m’a enseigné un secret infaillible pour la connaissance de la pierre de bezar fausse d’avec la vraie, qu’il ne faut que prendre de la chaux vive pulvérisée et la détremper avec de l’eau ; la pierre étant frottée dedans cette chaux ainsi dissoute, si elle n’est point falsifiée, de cette confrication faite dedans l’humidité mêlée avec la chaux, il en résultera une couleur de jaune d’ocre. On frotte aussi un linge blanc mouillé avec la pierre, lequel doit laisser dedans le linge une impression verte et obscure, comme d’un suc d’herbe détrempé. Il doit aussi être fort léger, n’ayant aucun goût, sinon de je ne sais quelle odeur aromatique, qui ne tient ni de l’ambre, ni du musc, ni de la civette ; {a} mais à je ne sais quelle odeur à elle propre et particulière, et si suave que je ne la puis exprimer par aucune comparaison pour la bien comprendre. »


  1. V. notes [3] de l’observation viii, et [3], lettre latine 121.

La manière dont la citation est référencée dans l’observation laisse pourtant penser qu’il s’agissait plus précisément du bref Discours de la pierre de bézar, pris du livre que Garcias Abhorto, médecin du vice-roi d’Inde, a écrit, et d’autres auteurs qui en ont fait mention. Traduit en français par Jean Coignet, apothicaire d’illustrissime prince Monseigneur Charles de Lorraine, évêque de Metz (Paris, Nicolas Benoît, 1587, in‑8o de trois feuilles, Gallica).

13.

Matthiole a parlé du bézoard à la fin de son commentaire (page 755) sur le chapitre lxxiii, De la terre seellée (terre sigillée de Lemnos, v. supra notule {a} de la note [6]), livre v de Dioscoride (Lyon, 1579, v. note [42], lettre 332). Il en a reconnu les grandes vertus alexitères, en remarquant toutefois que « cette pierre est difficile à recouvrer car on en trouve d’autres semblables, lesquelles n’ont aucune vertu contre le poison ».

Marie-France Claerebout, l’inépuisable correctrice de notre édition, m’a aidé à identifier le père José (Joseph) de Acosta (Medina del Campo vers 1540-Salamanque 1600), théologien et supérieur provincial des jésuites au Pérou (1576-1585), auteur de l’Histoire naturelle et morale des Indes, tant Orientales qu’Occidentales : où il est traité des choses remarquables du ciel, des éléments, métaux, plantes et animaux qui sont propres de ce pays. Ensemble, des mœurs, cérémonies, lois, gouvernements et guerres des mêmes Indiens. Composée en castillan par Joseph Acosta et traduite en français par Robert Regnault, Cauchois. Dédié au roi. Dernière édition, revue et corrigée de nouveau (Paris, Marc Orry, 1600, in‑8o, première édition en espagnol à Séville, 1590). Le chapitre xlii du livre iv est intitulé Des pierres de bézoards, avec ce passage (fo 207 ro‑vo) :

« Les pierres de bézoard qui viennent de l’Inde Orientale ont le premier lieu d’estime entre ces pierres, lesquelles sont de couleur olivâtre, le second, celles du Pérou, et le troisième, celles de la Neuve-Espagne. {a} Depuis que l’on a commencé de faire état de ces pierres, ils disent que les Indiens en ont sophistiqué et fait d’artificielles, et plusieurs, quand ils voient de ces pierres plus grandes que les ordinaires, croient que ce sont des pierres fausses et une tromperie. Néanmoins, il y en a de grandes fort fines, et de petites qui sont contrefaites. L’épreuve et expérience est le meilleur maître de les connaître. Une chose digne d’admirer est qu’ils naissent et se forment sur des choses fort étranges, comme sur un fer d’aiguillette, {b} sur une épingle ou sur une bûchette, que l’on trouve au centre de la pierre ; et pour cela, ne tiennent-ils pas qu’elle soit fausse, pource qu’il arrive que l’animal peut avoir avalé cela, et que la pierre se caille et s’épaissit là-dessus, qui va croissant, une coquille l’une sur l’autre, et ainsi s’augmente. Je vis au Pérou deux pierres fondées et formées sur des pignons {c} de Castille, ce qui nous fit tous beaucoup émerveiller pource qu’en tout le Pérou nous n’avions point vu de pignes ni de pignons de Castille, s’ils n’étaient apportés d’Espagne, ce qui me semble chose fort extraordinaire. »


  1. Le Mexique.

  2. Aiguillette : « cordon ou tissu ferré par les deux bouts, qui sert à attacher quelque chose à une autre » (Furetière), comme les deux pans d’une braguette (v. note [24], lettre 99).

  3. Fruits de la pomme de pin.

14.

V. note [41], lettre 104, pour les quatre livres de Jacques (ou James) Primerose sur les « Erreurs du peuple en médecine » (Amsterdam, 1639, pour la première de nombreuses éditions). Dans sa traduction française, parue plus tard sous le titre deTraité de Primerose sur les erreurs vulgaires de la médecine, avec additions très curieuses. Par M. de Rostagny, médecin de la Société royale, et de S.A.R. Madame de Guise (Lyon, Jean Certé, 1686, in‑8o), la référence citée correspond au chapitre xxxix, Des erreurs sur le Bezoar, livre iv (pages 720‑733). Enrichie d’une plaisante Relation récente de notre célèbre voyageur français, le sieur Tavernier, sur le bezoar, l’anecdote rapportée se lit aux pages 726‑727.

15.

Le raisonnement tenu feint d’ignorer que, les animaux cités n’étant pas des ruminants, il est peu probable de trouver dans leur estomac des pierres de nature semblable à celle du bézoard. Il rejoint néanmoins l’avis, développé dans le second paragraphe de l’observation vi, sur l’inutilité et le danger d’employer quelque pierre que ce soit en thérapeutique, car cela revient à obstruer les voies évacuatrices ; donc, le bézoard ne sert à rien et il est même nuisible.

16.

Fable xxix, livre iii de Phèdre (v. note [19], lettre 280), Mons parturiens [La montagne qui accouche] :

Mons parturibat, gemitus immanes ciens,
eratque in terris maxima expectatio.
At ille murem peperit. Hoc scriptum est tibi,
qui, magna cum minaris, extricas nihil
.

[Une montagne en mal d’enfant poussait d’affreux gémissements et le monde entier était dans une attente anxieuse. Mais elle accoucha d’une souris. J’ai écrit cela pour toi qui fais de grandes et bruyantes promesses et ne produis rien].

Ce paragraphe prouve que les observations de la thèse sur la Méthode d’Hippocrate ne sont pas entièrement issues de la plume de Guy Patin : seul Charles Guillemeau (chirurgien ordinaire du roi né en 1588, v. note [5], lettre 3) pouvait en effet être le témoin direct et pratiquer la médecine de cour lors du mariage de Louis xiii avec Anne d’Autriche en 1615 à Bordeaux, et lors des sièges de Montpellier (1622) et de La Rochelle (1627-1628, v. note [27], lettre 183) contre les huguenots.

François Le Sage, natif de Paris, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1613 (Baron).

a.

Méthode d’Hippocrate, Observation vii, pages 72‑75.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8160
(Consulté le 19.09.2019)

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