L. 415.  >
À Charles Spon,
le 21 septembre 1655

Monsieur, [a][1]

Je vous ai écrit du 30e d’août avec trois lettres pour MM. F…, G… et D… [1] Nous avons ici un de nos collègues malades, savoir M. Allain. [2] C’est l’esprit le plus doux à Paris dans le corps le plus atrabilaire, [3] il ressemble à Socrate [4] car il s’est si utilement appliqué à la philosophie morale que, de tout mauvais qu’il était naturellement, elle l’a fait tout bon. Je viens de voir une dame qui était en travail d’enfant que j’ai fait saigner du bras droit et laquelle un quart d’heure après, en ma présence, a heureusement accouché. [5][6] La sage-femme, [7] que je connais il y a longtemps, m’a raconté que dans la rue Montorgueil [8] elle avait accouché depuis trois jours la femme d’un boulanger de petit pain [2][9] d’un enfant qui n’avait nulle marque de sexe et qui était tout uni ; ce que je ne comprends pas puisque, selon M. Riolan, [10] le fœtus fait son eau par le canal de la vessie. Les yeux étaient fermés et couverts d’une peau, il n’avait point de nez, mais seulement un petit trou au milieu du visage, et une corne au front, grosse et longue comme le pouce. Il ne vécut que deux heures. Si cela se communique dans Paris, voilà de quoi faire parler ceux qui se mêlent de pronostiquer sur ces prodiges. [11]

Le bonhomme Gassendi [12] traîne son mal et sa vie tout ensemble ; mais à vous dire vrai, c’est une vie misérable. Il râle quelquefois, il ne crache guère bien, il a toujours la fièvre et un méchant flux de ventre [13] fort ennemi des maladies du poumon. Il est visité de quantité d’honnêtes gens et entre autres, de plusieurs médecins. Comme j’en sortais, j’ai trouvé M. l’abbé Bourdelot [14] qui marche en très révérendissime prélat, grands et longs habits à longue queue dans un bon carrosse, suivi de trois estafiers qui ont bonne mine. La Satire des mille vers de l’an 1636, [15][16] en parlant du P. Joseph, [17] capucin[18] disait entre autres choses de ce moine :

Il a des laquais insolents,
Qui jurent comme ceux des grands
[3]

Représentez-vous la même chose des laquais et autres officiers de la basse cour de M. l’abbé Bourdelot.

J’ai appris la querelle que Meyssonnier [19] fait à votre Collège. [20] Je m’étonne fort de quoi il s’est avisé de faire parler de moi par son avocat. Je n’ai nulle intelligence avec lui et même, ne souhaitant pas son commerce, je n’ai point répondu à ses deux dernières. Point qu’il me demandait une chose qui n’était ni raisonnable, [4] ni possible, qui est tout le contraire de ce qu’on doit demander à un ami, au dire d’Aristote. [5][21] Je me suis toute ma vie tenu au parti où j’ai vu la justice, la vérité et la raison ; il me semble que le vôtre est de cette nature. M. Chifflet, [22] médecin de l’Archiduc[23] qui écrivit il y a deux ans contre la poudre fébrifuge ou quinquina [24] des jésuites ; ayant appris qu’à Rome l’on avait fait un petit livret pour cette poudre contre son livre, il y a fait une petite réponse que l’on imprime de deçà[6]

M. le nonce [25] me demanda ces jours passés si je voudrais aller à Bologne [26] pour y être professeur [27] in primo loco avec 2 000 écus de gage et apparence d’en gagner autant en pratique. Je l’ai humblement remercié de l’honneur qu’il me faisait, mais ni l’ambition, ni l’envie de devenir riche ne me feront pas quitter Paris. Il y a cinq ans que je refusai d’aller en Suède [28] à de beaucoup meilleures conditions. Je suis guéri de la pérégrinomanie et de la philargyrie, ou plutôt, je n’en ai jamais été malade. [7][29]

On imprime ici un livre en cachette pour les jansénistes, [30] duquel est auteur M. A.< Antoine > Arnauld, [31] auteur du livre De la fréquente Communion[8][32] J’apprends qu’ils n’ont point tant de peur comme ils ont eu par ci-devant et qu’ils ont quelque assurance des bonnes grâces du cardinal Mazarin. [33] Ce livre est particulièrement contre le P. Annat, [34] qui est aujourd’hui à la cour en qualité de confesseur du roi, eoque nomine debent sibi metuere[9]

J’ai vu ici un in‑8o (mais il n’était pas à vendre) fait par un avocat de Rouen nommé M. Congnard, [35] contre l’opinion de M. Blondel [36] touchant la papesse Jeanne. [37] Ce livre, gros d’environ 20 feuilles, a été imprimé à Saumur. [10][38] J’en ai céans un pour vous que vous recevrez dans le premier paquet. Il réfute l’opinion de ceux qui nient qu’il y ait jamais eu une papesse. Je crois aussi qu’il n’y en a jamais eu, et même j’ai appris de bonne part que tel était le sentiment de Jos. Scaliger, [39] sans tant d’autres desquels M. Cl. Sarrau [40] a fait mention en ses Épîtres, page 227, en écrivant à M. Saumaise. [11][41] Qu’en pensez-vous ? Omni deposita illibelaritate præiudicii, imo et simultate, vel studio tuendarum partium[12] je vous en demande votre avis.

Le pape [42] d’aujourd’hui commence à se faire mépriser à Rome : l’on a mis au Pasquin [43] ce beau mot du Credo, et homo factus est ; [13] il est entouré et assiégé de trois jésuites [44] sans le conseil desquels il ne fait rien, ce qui est très mauvais signe car le conseil de ces gens-là est toujours fort suspect, sunt callidi et violenti[14] Feu M. Grotius [45] m’a dit autrefois d’eux : Ista Societas habet genium et ingenium cruentum[15] Je commence à ne rien espérer de son papat ; au moins, s’il se pouvait présenter quelque bonne occasion qu’il nous pût procurer la paix dont l’Europe a tant de besoin. Il me semble que l’on pourrait accuser cet homme de trop grande crédulité de s’amuser à se servir de tels moines et ces trois pères devraient être nommés l’un Dæmonium matutitum, le deuxième meridianum, le troisième vespertinum sive nocturnum[16][46] Ils sont tellement accoutumés en Italie à la cabale des moines, [47] qu’à peine peuvent-ils rien faire ou entreprendre sans le ministère de quelque tête rase.

M. Gassendi empire. Il a été confessé et communié more maiorum[17] il a un fort mauvais poumon et tout y est à craindre. Væ victis præ magnitudine morbi, propter nimiam cruditatem[18][48] Il y a du bruit en Espagne contre les jésuites, et les universités, et les moines se sont soulevés et déclarés contre eux. M. Garmers [49] que vous m’adressâtes l’an passé m’est venu aujourd’hui dire adieu. Il s’en retourne à Hambourg [50] avec bonne compagnie, savoir les deux ambassadeurs des Villes hanséatiques, [51][52][53] dont il y en a un qui est son allié. [19] Je me suis chargé de vous présenter ses très humbles recommandations, ce que je fais. Je ne sais ce qu’il fera en ce pays-là, mais il ne sait non plus la médecine, qui est pourtant le métier dont il veut se mêler, que j’entends à faire un coffre. [20] Je ne m’étonne point si notre métier est bien décrié partout : miris et novis modis exercetur [21] par quelques-uns, mais en petit nombre, qui le savent et par quelques autres, quorum numerus est infinitus[22] qui n’y entendent rien que de la charlatanerie, [54] des secrets et de la fourberie, tels que sont ici Guénault, [55] des Fougerais Béda, [56] Rainssant [57] et alli nebulones quam multi, magnus erit quos numerare labor[23][58]

Le grand-duc de Moscovie [59] est entré dans la Pologne d’un autre côté que le roi de Suède. [60] Il a assiégé Vilna, [24][61] qui est la capitale de la Lituanie [62] qu’il a prise par force, où il a tout fait mettre à feu et à sang. [63][64] De 12 000 juifs qui y ont été trouvés, il y en a 8 000 qui ont composé et reçu le baptême, et quatre autres mille, avec la Loi de Moïse [65] gravée dans leur cœur, ont été brûlés, n’ayant pas voulu se convertir. [66][67] Le P. Yves de Paris, [68] capucin qui a tant fait de volumes en français et qui a pareillement fait deux volumes in‑fosub hoc lemnate, Digestum sapientiæ[25] s’est retiré depuis quelques années en Bretagne où il ne laisse pas d’écrire. Il court par les mains des curieux un petit in‑fo dont il est l’auteur, intitulé Fatum Universi dans lequel il y a de belles choses, je m’en vais tâcher d’en découvrir un. Le nom de la ville ni de l’auteur n’y est pas, mais c’est chose certaine qu’il a été fait et imprimé en Bretagne aux dépens du marquis d’Assérac [69] qui est un gentilhomme curieux et savant. [26]

Le roi [70] et la reine [71] sont allés à Fontainebleau [72] le 19e de septembre, et le même jour le cardinal est allé à La Fère. [73] Le duc de Mantoue [74] est parti aujourd’hui, il s’en va dire adieu au roi à Fontainebleau et delà s’en retournera en Italie. On dit qu’il a vendu au roi Casal [75] et ce qu’il a dans le Montferrat, mais on ne dit ni à quel prix, ni à quelles conditions. [27] Je suis de toute mon affection, Monsieur, votre très humble, etc.

De Paris, ce 21e de septembre 1655.


a.

Du Four (édition princeps, 1683), no lx (pages 193‑195), et Bulderen, no c (tome i, pages 260‑263), à Charles Spon ; Reveillé-Parise, no ccccxxxvii (tome iii, pages 51‑53), à André Falconet (mais dont le contenu impose Spon), et no cclxxvi (tome ii, pages 199‑202), à Spon ; toutes datées du 21 septembre 1655.

Je les ai réunies en une seule, car dans sa prochaine lettre à Spon (28 septembre, lettre 417), Guy Patin a parlé de celle‑ci comme étant longue de « quatre grandes pages qui est un pot‑pourri de toute sorte de nouvelles » ; ce qui, hélas, donne une bonne idée de tout ce qui a été perdu.

1.

Initiales des noms de trois correspondants lyonnais de Guy Patin : André Falconet (ce qui rend nécessairement Charles Spon destinataire de la lettre), Pierre Garnier ou Henri Gras, et Michel Duhan (libraire) ou Abraham Du Prat (médecin). On a pu lire plus haut deux des quatre lettres de Patin datées du 30 août 1655 : l’une à Spon (lettre 413), l’autre à Falconet (lettre 414).

2.

Les boulangers de petit pain vendaient diverses sortes de pain amélioré par rapport à l’ordinaire et sous forme de moins grosses miches : « Ils mettent du lait au pain à la mode, à la Montauron, de Ségovie, etc. Ils mettent du sel et de la levure de bière au pain à la reine, du beurre au pain de Gentilly, etc. ; et en tous ces pains la pâte est plus molle et plus levée » (Furetière).

La rue Montorgueil existe toujours dans les ier et iie arrondissements de Paris, joignant le quartier des Halles au sud à celui du Sentier au nord.

3.

Le Gouvernement présent ou Éloge de son Éminence. Satire ou La Miliade (Envers [sic pour Anvers ?], sans nom ni date [1635 ou 1636], in‑8o de 66 pages) est un pamphlet assassin de mille vers contre le cardinal de Richelieu. Il a été réédité (et sans doute réutilisé comme mazarinade), « ce 27 mars 1649 » : Le Tableau du gouvernement présent, ou éloge de Son Éminence, Satire de mille vers, nouvelle édition revue, et exactement corrigée (Paris, sans nom, in‑fo de 15 pages, dont Internet Archive présente un possible exemplaire non daté).

Son auteur présumé (selon le catalogue de la BnF et selon le Patiniana, v. note [35] de sa 3e partie) est Jacques Favereau (Cognac 1590-1638) : conseiller à la Cour des aides en 1617 ; distingué lettré et ami de l’abbé de Marolles (v. note [72], lettre 183), il a composé plusieurs ouvrages en vers latins et français.

Tallemant des Réaux (tome i, page 248) a parlé de ce libelle anonyme, rédigé en 1636, dans son historiette sur le cardinal de Richelieu :

« L’écrit qui l’a le plus fait enrager depuis cela {a} a été cette satire de mille vers où il y a du feu, mais c’est tout. Il fit emprisonner bien des gens pour cela, mais il n’en put rien découvrir. Je me souviens qu’on fermait la porte sur soi pour la lire : ce tyran-là était furieusement redouté. Je crois qu’elle vient de chez le cardinal de Retz ; on n’en sait pourtant rien de certain. »


  1. La déclaration de guerre à l’Espagne en 1635.

Voici les vers complets sur le P. Joseph (pages 23‑26) :

« Le Moine imite saint François,
Il protège les Suédois,
Il a le zèle Séraphique,
Il travaille pour l’hérétique,
Il est percé du divin trait,
Mais non encore tout à fait,
Car il porte bien les stigmates,
Mais non les marques écarlates.
Son capuchon pyramidal
Ne lui plaît qu’étant à cheval
Sur la bête luxurieuse,
Qui prend la posture amoureuse,
Et par le branle et par le choc
Fait dresser la pointe du froc.
Il n’a plus le simple équipage
Du fameux mulet de bagage,
Qui n’avait comme un Cordelier,
Pour train qu’un âne régulier.
Cette vieille bête de somme
A pris le train d’un gentilhomme,
Que bien, quand le vin l’animait,
Le brave cavalier nommait :
Il a suivant et secrétaire,
Il a carrosse, il a litière,
Il a des laquais insolents,
Qui jurent mieux que ceux des grands.
Il est l’oracle des oracles,
Il est le faiseur de miracles,
L’Esprit saint forme ses discours,
Un ange les écrit toujours,
Ils font partout fleurir la guerre,
Ils le canonisent en terre,
Il est des saints réformateurs
De l’ordre des frères Mineurs.
Il fait une règle nouvelle
Pour grimper au Ciel sans échelle,
Pour y monter à six chevaux,
Et par ambitieux travaux,
Gagner Dieu par où les âmes
Gagnent les éternelles flammes,
Pour être capucin d’habit,
Pour être esclave du crédit,
Pour être éminent dans l’Église,
Pour empourprer la couleur grise,
Pour être martyr des enfers,
Pour être un monstre en l’Univers. »

Suivent, de la même encre vitriolée les portraits de Pierre iv Séguier, Sublet de Noyers, Servien, Chavigny, etc.

4.

Point que : le fait est que.

5.

Il s’agit de mentir : « C’est un devoir sacré de préférer la vérité à ses amis, même les plus chers et les plus respectés » (Aristote, Éthique à Nicomaque, livre i, chapitre 3, § 1).

6.

V. note [10], lettre 399, pour le Pulvis Peruvianus vindicatus… d’Antimus Conygius, pseudonyme du P. Honoré Fabri, qui attaquait le Pulvis febrifugus… de Jean-Jacques Chifllet (v. note [9], lettre 309) ; mais je n’ai pas trouvé trace de la « petite réponse » que Chifflet y aurait donnée.

7.

La pérégrinomanie est la manie des voyages à l’étranger. Le Dictionnaire de Trévoux (1752) attribue la paternité de ce mot à Guy Patin, avec cette remarque :

« Mot factice, qu’il est bon d’expliquer à ceux qui n’entendent pas le grec ni le latin. Patin en emploie assez souvent de semblables ; et comme ses lettres sont fort connues, même du beau sexe, de courtes notes pour l’explication de ces sortes de mots, n’auroient pas été inutiles dans les différentes éditions qui ont paru. »

À quelques variantes près, ce paragraphe est identique à un passage de la lettre du 17 août 1655 à Charles Spon ; ce qui mène (comme souvent) à douter de la fidélité des anciens éditeurs qui mélangeaient volontiers les extraits de diverses lettres pour en forger une autre. Ici se situe la jonction entre les deux lettres que j’ai soudées.

8.

Noël de Lalane {a} s’était associé à Antoine ii Arnauld {b} pour écrire la :

Défense de la constitution du pape Innocent x. et de la foi de l’Église, contre deux livres ; dont l’un a pour titre, Cavilli Iansenianorum, etc., et l’autre, Réponse à quelques demandes, etc.{c} Où l’on montre que la Grâce efficace par elle-même donne le pouvoir prochain de faire les actions de piété auxquelles elle est nécessaire. Et où l’on traite amplement de Grâce suffisante de quelques nouveaux Thomistes. {d}


  1. V. note [114] des Déboires de Carolus.

  2. Le Grand Arnauld, auteur de la fréquente Communion, v. note [47], lettre 101.

  3. Ce sont deux ouvrages du jésuite François Annat : {i}

    • Cavilli Iansenianorum contra latam in ipsos, a Sede Apostolica Sententiam. Seu Confutatio libelli trium columnarum et aliarum coniecturarum, queis Ianseniani obtinere conantur ut non videantur esse damnati… [Balivernes de jansénistes contre la sentence que le Siège apostolique a prononcée contre eux, ou Réfutation du libelle des trois colonnes et autres conjectures où les jansénistes entreprennent d’obtenir qu’on ne les considère pas comme condamnés…] ; {ii}

    • Réponse à quelques demandes dont l’éclaircissement est nécessaire au temps présent… {iii}

      1. V. note [15], lettre 295.

      2. Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1654, in‑4o de 63 pages.

      3. Paris, Florentin Lambert, 1655, in‑4o de 55 pages.

  4. Sans lieu ni nom, 1655, in‑4o de 288 pages. V. notes :

    • [50], lettre 101, et [10], lettre 263, pour la prédestination et le libre arbitre, conceptions antagonistes de la grâce divine, qui opposaient les jansénistes et les dominicains aux jésuites, en s’attachant respectivement aux enseignements de saint Augustin et de saint Thomas d’Aquin ;

    • [40], lettre 428, pour les précédents et les suites cette querelle.

9.

« et à ce titre, ils doivent craindre pour eux-mêmes. »

10.

Traité contre l’Éclaircissement donné par M. Blondel, {a} en la question, si une femme a été assise au Siège papal de Rome entre Léon iv et Benoît iii par le Sieur Congnard, {b} avocat au parlement de Normandie.


  1. V. note [21], lettre 146, pour le Familier Éclaircissement (Amsterdam, 1647) du ministre calviniste David Blondel (v. note [13], lettre 96) qui ruinait la légende de la papesse Jeanne (v. note [45] du Naudæana 4).

  2. Pierre Congnard, avocat protestant de Rouen (selon la notice manuscrite qui est en tête de l’exemplaire que j’ai consulté).

  3. Saumur, Jean Ribotteau et Antoine Rousselet, 1655, in‑8o de 312 pages, dédié à la princesse de Turenne.

11.

Guy Patin renvoyait Charles Spon à une lettre, datée de Paris le 18 janvier 1648, que Claude Sarrau (v. note [6], lettre 379) écrivait à Claude i Saumaise, alors à Leyde. {a}

12.

« Hors de toute mesquinerie de préjugé, et plus encore de toute rivalité, ou de toute passion à préserver l’un ou l’autre parti » : précaution oratoire pour inciter le protestant Charles Spon à s’exprimer librement sur une querelle qui déchirait ses coreligionnaires.

13.

« Et il s’est fait homme » ; 9e verset du Credo : Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine, et homo factus est [Par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme].

Les libelles anonymes qu’on accrochait au Pasquin (v. note [5], lettre 127) voulaient dire qu’Alexandre vii, après un début de règne prometteur, retombait dans les travers trop humains des papes qui l’avaient précédé.

14.

« ils sont madrés et farouches. »

15.

« Cette Société a le génie et le tempérament sanguinaires. »

16.

« Démon du matin… de midi… du soir ou de la nuit. »

Ce pourrait être le développemnt d’un emprunt malicieux de Guy Patin aux Commentaria in Acta Apostolorum auctore R.P. Cornelio Cornelii à Lapide e Societate Iesu… [Commentaires de Corneille à Lapide, de la Compagnie de Jésus, sur les Actes des Apôtres…] (Lyon, Jacobus et Matthæus, 1627, in‑fo de 358 pages), page 121, 2e colonne, repère C :

Præclare Climachus magnus spiritalis vitæ magister gradu 26. docet, quemque debere diem cum oratione incipere et finire, ut cum Deo evigilet, eique indormiat : inde enim totum reliquum vel diem, vel noctem pendere ; ac proinde dæmonium vespertinum vespere, matutinum vero mane nos insidiari.

[Le 26e dégré de Climaque, le grand maître de la vie spirituelle, {a} enseigne très clairement que la journée doit commencer et finir par une prière, de manière à se réveiller avec Dieu et à s’endormir avec lui, et lui être ainsi suspendu tout le reste du temps, jour comme nuit ; car le démon du soir nous tend une embuscade au coucher, et celui du matin, au réveil].


  1. V. note [2], lettre 196.

  2. Saint Jean Climaque, moine syrien du viie s., auteur (en grec) de l’Échelle sainte, décrivant les 30 degrés qui permettent d’atteindre la perfection chrétienne.

17.

« suivant la coutume ancestrale ».

18.

« Malheurs à ceux qui sont vaincus [v. note [24], lettre 360] par la longueur de leur maladie, liée à son excessive crudité. »

La maladie classique (hippocratique) se déroulait en trois temps, crudité, coction et crise ; le prolongement de la crudité annonçait une issue néfaste, car il traduisait le fait que le corps se défendait mal contre la maladie.

19.

Les premiers éditeurs des Lettres (1683) n’ont pas conservé ce passage. Reveillé-Parise a transformé en [Pierre] Garnier le nom de [Johann] Garmers ; v. note [16], lettre 392, pour les ambassadeurs hanséatiques.

20.

V. note [4], lettre 403.

21.

« il est exercé de diverses façons, admirables et nouvelles ».

22.

« dont le nombre est infini ».

23.

« et autres vauriens difficiles à compter, tant ils sont nombreux » : Martial (v. note [20], lettre 81).

24.

Vilna est le nom letton de Vilnus, capitale de la Lituanie, qui fut occupée par les Russes de 1655 à 1661.

La Gazette, ordinaire no 133, du 2 octobre 1655 (pages 1117‑1118) :

« De Stétin, le 6 septembre 1655. On nous écrit de Gnesne, {a} en Pologne, que le roi de Suède, après avoir joint à Konin, {b} l’armée du général Wittemberg, que l’on tient être maintenant de trente-six mille hommes, avoir tellement diligenté sa marche vers le camp de Sa Majesté polonaise qu’il n’en était éloigné que d’une petite lieue ; mais on dit que la présence de ces deux rois, au lieu d’animer comme l’on croyait leurs troupes au combat, leur inspirant une bienveillance réciproque, traitent < sic > des moyens de terminer leurs différends à l’amiable ; à quoi Sa Majesté suédoise paraît d’autant plus disposée qu’elle prévoit que les progrès de ses armes, quelque avantageux qu’ils fussent, seraient toujours interrompus par les Moscovites ; lesquels sont entrés en grande jalousie de ce que Sadite Majesté s’attribue la protection de toute la Livonie, même de la Lituanie ; et soutiennent qu’y ayant paru les premiers les armes à la main à dessein de réunir à la Russie toutes les places qui en avaient ci-devant été détachées, ils en devaient avoir la préférence. Et néanmoins, d’autres lettres assurent que le grand-duc, après avoir réduit en cendres la ville de Vilna, s’en était éloigné sur l’avis de l’approche des Suédois qu’il témoigne par là beaucoup appréhender. »


  1. Gniezno dans le centre-ouest de la Pologne (Gnesen en allemand), une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Poznan.

  2. Cent kilomètres au sud-est de Poznan.

25.

« sous ce titre, Digestum sapientiæ » :

Digestum Sapientiæ in quo habetur scientiarum omnium rerum divinarum atque humanarum nexus, et ad prima Principia reductio. Autore P. Yvone Parisino Capucino. Tomus secundus. Cum Indice utriusque tomi fœcundissimo. Authore P. Yvone Parisino, Ordinis Capucinorum S. Francisci.

[Digeste de la Sagesse, qui contient l’enchaînement de toutes les sciences, divines et humaines, et leur réduction aux principes premiers. Par le P. Yves de Paris, {a} capucin. {b} Tome second. Avec un très riche index des deux tomes. Par le P. Yves de Paris, de l’Ordre des capucins de saint François]. {c}


  1. C’est l’un des nombreux ouvrages du P. Yves de Paris (de son vrai nom Charles de La Rue, Paris 1593-1678). D’abord avocat au Parlement, il se fit capucin en 1619 et se consacra principalement à la lutte contre les libertins et les jansénistes. Sa célébrité tient surtout aujourd’hui aux deux ouvrages astrologiques qu’on lui attribue : v. infra note [26].

  2. Paris, Dionysius Thierry, 1648, in‑4o de 1 238 pages.

  3. Ibid. et id. 1654, in‑4o de 1 158 pages.

26.

Yves de Paris est réputé auteur de deux opuscules astrologiques pseudonymes :

Guy Patin est revenu plus tard sur ces livres, après les avoir lus, mai avec un jugement beaucoup moins favorables : v. note [37], lettre 508.

27.

Le 19 septembre, le roi avait quitté Paris pour Fontainebleau, où le duc de Mantoue (v. note [8], lettre 414) était venu prendre congé de lui le 23 (Levantal).

Montglat (Mémoires, page 311) :

« La princesse palatine, qui était tante du duc de Mantoue et qui souhaitait avec passion de l’attirer dans le parti de France, employa tout son crédit pour l’y obliger, en lui représentant les grandes obligations qu’il avait au feu roi Louis xiii, qui avait établi le duc de Nevers, son grand-père, duc de Mantoue, contre les efforts de la Maison d’Autriche qui l’en voulait priver. Elle le persuada si bien qu’elle l’engagea dans les intérêts de la France et l’obligea de venir à Paris, où il fut bien reçu de Leurs Majestés et régalé magnifiquement tant qu’il fut à la cour. Il fit un traité par lequel le roi s’obligeait de payer la garnison de Casal, et le duc de servir Sa Majesté envers tous et contre tous. Il était logé à Paris à l’hôtel de Longueville proche du Louvre et il prit congé du roi à Fontainebleau pour s’en retourner en Italie. »


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 21 septembre 1655

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(Consulté le 22/06/2024)

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