L. 151.  >
À Charles Spon, le 10 mars 1648

Monsieur, [a][1]

Depuis ma dernière, laquelle fut du 7e de février, un méchant rhume m’a tant pressé qu’enfin il m’a fallu tout quitter et me mettre au lit, où j’ai été saigné sept fois [2][3][4][5] pro coryza, brancho, tussicula, febricula et dolore ad latus dextrum in forti inspiratione, quæ quidem singula symptomata ortum ducebant ab intemperie præfervida hepatis et prava humorum colluvie in prima corporis regione latitante[1][6] J’en suis quitte, Dieu merci, il ne me faut plus que des forces, principalement aux genoux, lesquelles je n’ai point perdues au jeu comme cet autre dans le satyrique. [2] Je n’ai été en mon mal incommodé que de la trop grande visite de tant d’amis qui me venaient voir à toute heure, et je n’étais pas toujours prêt d’être vu. Le bonhomme M. Riolan y venait presque tous les jours. Il m’a dédié son petit Encheiridium[7] dont vous verrez les raisons dans l’épître qu’il m’a faite. [3] Il m’en a allégué d’autres raisons dans mon lit comme je lui parus fort étonné de cet honneur qu’il me voulait faire, et entre autres de l’obligation qu’il dit m’avoir de ce qu’en toutes mes leçons et mes conférences que j’ai eues [8] l’an passé avec mes écoliers, je louais toujours feu M. Simon Piètre, [9] son cher oncle et son bon maître, auquel il a, dit-il, de très grandes obligations, et dont il m’aimera toute sa vie. Ce M. Simon Piètre a été un des grands hommes qui fut jamais, il mourut l’an 1618. Il était frère aîné de M. Nicolas Piètre [10] qui est aujourd’hui notre ancien, [11] et un homme incomparable si on fait exception d’une certaine humeur particulière et stoïque qui le maîtrise quelquefois. [4]

Pour le bonhomme M. Hofmann, [12] je vous prie de croire qu’il m’est très fortement recommandé, et que je le chérirai et honorerai toute ma vie, lui et sa mémoire, et les siens. J’honore sa grande érudition et ne me plains point de son humeur. Je me tiens encore plus étroitement obligé à l’honneur de votre amitié qui m’a procuré une si avantageuse connaissance.

M. Chartier [13] a 74 ans, bien vieux et bien usé, force dettes et force procès parce qu’il ne veut point payer ses créanciers, et même qu’il ne le peut. Il y aura dans sa maison grand désordre après sa mort, des enfants de deux lits, force créanciers, peu de bien, force papiers imprimés de grec et latin sur Hippocrate [14] et Galien, [15] et rien de parfait[5] Il y a maintenant une presse qui roule pour en faire encore un tome et après tout cela, la mort viendra tanquam fur de nocte, et quæ parasti, cuius erunt ? [6][16] À notre vieux bonhomme M. Seguin, [17] autrefois savant et grand valet d’apothicaire, depuis devenu animal trop dévot et plus que bigot, a succédé un docteur d’une bien autre trempe qui est celui qu’avez deviné, M. Nicolas Piètre, un des premiers médecins du monde, et des plus rusés et déniaisés de la sottise du siècle. [7] C’est un homme incomparable à tout prendre. Je n’ai point eu d’autres nouvelles de M. de Sorbière. [8][18] Vous diriez que cet homme est un stoïque qui se retire à bon escient de la communication des hommes. Quand il m’écrit, c’est une petite lettre de six lignes éloignées les unes des autres.

Pour votre autre lettre datée du 25e de février qui était le jour du mardi gras, [19] qui fut le premier jour que je relevai de maladie, et que M. Riolan, bon gré mal gré moi, [9] m’enleva de céans et m’emmena dans son carrosse chez lui afin de m’y traiter et que nous y dînassions ensemble, y adjoignant ma femme et un de mes enfants, où il nous fit si grande chère, et était si fort réjoui de ce que j’étais guéri, ce disait-il, et de ce que son Encheiridium anatomicum et pathologicum était achevé, que je ne vous le saurais exprimer. Je suis bien aise que vous soyez bon ami de M. Bauhin, [20] c’est un honnête homme qui m’écrit quelquefois et je lui fais réponse. Il y a 20 ans que nous nous connaissons. Je fais état de son amitié, mais je n’en ai jamais vu une plus sèche : je vous le dirai en un mot, il ne vous ressemble en rien. Je l’ai autrefois prié de m’apprendre ou de me faire savoir quelque chose de Bâle ; [21] je lui ai envoyé des livres de deçà, et même un Hofmannus, de Medicamentis officinal.[22] sans gré ni réponse. [10] Vous diriez que cet homme sort d’une boîte ou de quelque enthousiasme extatique, [11] et alors il m’écrit six lignes en une page. Si nous ne faisions autrement l’un et l’autre, à peine nous connaîtrions-nous. Néanmoins je le veux bien, quisque suos patimur manes[12][23]

La thèse de M. Guillemeau est sur la presse pour le 26e de mars. [24][25] Il y parlait des apothicaires, [26] des Arabes [27] et de leur pharmacie, et ce bien malgré moi ; [13] mais je ne laisserai point de vous donner une copie de ce qui a été retranché. Tout le monde n’est pas également hardi en ce pays : ceux qui pensent être sages y adorent aussi le veau d’or et révèrent la fortune des méchants. Comme je pressais un homme de ce parti sur ce châtrement de thèses, il me dit que tout le monde n’était point si heureusement hardi que moi et que bezoard, idolum fatuorum[14][28][29] était bien pensé, mais qu’il n’était pas besoin de le dire ni de l’écrire. Je me moquai de cette objection ridicule et lui demandai s’il dormait bien la nuit, s’il n’avait point peur du loup-garou [30] ou des esprits qui reviennent de nuit ; [15] que pour ceux du jour, je n’en avais nulle appréhension. Voyez jusqu’où va la peur de perdre un teston [31] ou la bonne grâce d’un apothicaire, dont je fais moins d’état que du trique-nique, [32] comme dit le bon M. Étienne Pasquier [33] en ses Recherches de France[16] Pour moi, je me console avec le bon roi David [34] et dis de bon cœur après lui Dicite iusto, quoniam bene[17][35] Quand les apothicaires m’empêcheront de travailler, je leur aurai obligation, ils me laisseront du loisir pour écrire plus souvent à mes amis. C’est folie à nos gens de flatter ces pharmaciens pour être employés, ils n’en ont point pour eux-mêmes. [18] Tout le peuple, voire même le médiocre, et la plupart des grandes maisons sont trop embarrassés dans le désordre du siècle, dans la bombance et le luxe du temps, et dans les incommodités que la guerre cause à tout le monde, et la plupart de nos apothicaires sont si secs que rien plus. Il y en a ici trois ou quatre douzaines qui ressemblent bien mieux à des gens qui vont donner du nez en terre, [19] faute d’emploi, qu’à de bons marchands. Nous avons ici jeudi prochain une thèse dont plusieurs se plaignent qu’elle est fort mal faite, en voici la conclusion : Ergo the Chinensium menti confert[20] Le dernier corollaire parle de ce thé, [36] les quatre autres n’en approchent point. [21][37] J’ai fait avertir le président que Chinensium n’est pas latin, [38][39] que Ptolémée, [22][40] Cluverius, [23][41] Joseph Scaliger [42] et tous ceux qui ont écrit de la Chine [43] (qui est un mot dépravé en français), écrivent Sinenses, Sinensium ou Sinæ Sinarum[24] Ce président badin et ignorant m’a mandé qu’il avait bien d’autres auteurs que les miens qui disent Chinenses ; ses auteurs, je doute s’il y en eut jamais un bon. [25] Ce président n’a fait cette thèse sur cette herbe, sur le thé, [44] que pour flatter M. le chancelier[45] duquel est venue la réputation de cette drogue quæ statim evanuit cum sonitu[26] et de la bonté de laquelle ceux-mêmes qui la vantent n’oseraient jurer, n’en pouvant assigner aucun bon effet. Vous trouverez dans votre paquet une grande thèse de théologie dédiée au cardinal Mazarin, [46] en huit feuilles de papier collées ensemble. Vous ne vîtes peut-être jamais une si grande et chère gravure, la thèse a coûté 9 000 livres. Pour nouvelles de deçà, M. de Longueville [47] est ici grand ministre d’État et du Conseil d’en haut. M. le Prince, [48] son beau-frère, [27] est allé à Dijon [49] y tenir les états de la province ; [28][50] il sera ici de retour devant la fin du mois et partira au commencement d’avril pour aller en Flandre [51] avec MM. les maréchaux de La Meilleraye [52] et de Gramont. [53] Je me recommande à vos bonnes grâces de toute mon affection et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 10e de mars 1648.


1.

« pour un coryza, {a} un enrouement, une toux légère, une petite fièvre et une douleur au côté gauche en inspiration profonde, symptômes qui tiraient chacun leur origine d’une intempérie très violente du foie et d’un mauvais mélange des humeurs demeurant caché dans la première région du corps. »


  1. Coryza : « fluxion d’humeurs séreuses et âcres sur les narines » (Trévoux), ou rhume dit de cerveau.

Les symptômes décrits par Guy Patin pourraient être ceux d’une pneumonie ou d’une pleurésie (avec douleur de côté en inspirant profondément). Son autodiagnostic donne toute leur mesure aux conceptions de son temps : on était encore fort loin de la notion d’infection ; toute maladie s’expliquait par le dérangement (intempérie) d’un organe majeur (ici le foie), qui engendrait un mauvais mélange des quatre humeurs (bile, atrabile, sang, pituite, v. note [4], lettre de Jean de Nully, datée du 21 janvier 1656). La saignée et la purge permettaient principalement de rééquilibrer le tout en évacuant les humeurs en excès (pléthore) qui, en raison du coryza, se cachaient ici dans la première région du corps (Furetière) :

« Les médecins divisent le corps de l’homme en trois régions, qu’ils appellent aussi ventres et capacités. La haute ou suprême région est la tête, qui s’étend jusqu’à la première vertèbre, où sont contenus les organes animaux, le cerveau, qui est la source du mouvement et du sentiment et le domicile de la raison. {a} La seconde région est le ventre moyen ou le thorax, la poitrine, qu’Hippocrate appelle le ventre supérieur, qui s’étend depuis les clavicules jusqu’au diaphragme ; et c’est là où sont les parties vitales dédiées à la respiration, le cœur, les poumons, les artères. La troisième région est le bas-ventre, où sont les parties naturelles destinées à la digestion, purgation et génération. » {b}


  1. De cette « première région » naissait logiquement le « rhume de cerveau », ou coryza, « distillation d’humeur crue de la tête sur les narines ; cette maladie est accompagnée d’une douleur de tête très pesante, ce qui fait qu’on l’appelle en latin gravedo » (Trévoux).

  2. Le terme est ambigu car appelait aussi prima regio la première région de l’abdomen, soit sa partie haute et postérieure, dite sus-mésocolique, in cavis hepatis circa pancreas et mesenterium [sous le foie et autour du pancréas et (de la racine) du mésentère] : v. note [11], lettre 909.

2.

Allusion obscure dont je n’ai, du moins, pas trouvé l’explication dans le Satyricon de Pétrone.

3.

L’épître dédicatoire de l’Encheiridium (v. note [25], lettre 150), Eruditissimo Medico, Doctori Parisiensi D.D. Guidoni Patino, amico, et collegio suo Ioannes Riolanus D.D. [Me Jean Riolan à M. Guy Patin, très savant médecin, docteur de Paris, son ami et son collègue], ne ménageait pas la modestie de Patin, comme en atteste cette première partie :

Non ambitiose quæsivi prælustre nomen alicuius Magnatis meo Libro Præscribendum, tanquam tutelare Numen, quia nunquam affectavi fautores, et laudatores meorum laborum, nisi doctos et peritos artifices, qui litteras et litteratos amant :

Quicumque inventas vitam excoluere per artes,
Quique sui memores alios fecere merendo.

Inter quos Tu primus occurristi, cui iure ac merito tuo debetur huius Libri consecratio et tutela. In nomine tuo laxavi rete : tu sæpius interpellator, et promotor fuisti Editionis meorum Operum Anatomicorum, Bibliopolamque, bonæ fidei virum, Tibi notissimum mihi dedisti : quod non fecisses, nisi certo agnosceres, illa non indigna luce, nec Eum impensas satis magnas perditurum.

Sed quod magis me Tibi devinctum detinet, etiam inspector Editionis esse voluisti ; istud humanitatis et benevolentiæ officium non potui a veteri Amico recusare, quia multum tribuo tuæ circumlitioni, quod dicebat Praxiteles de Tabulis suis, quibus Nicias manum admovisset.

Ecquem igitur æquiorem, atque peritiorem iudicem, fautorem, et vindicem eligerem ? Præter Te vidi neminem. Quare habe Tibi quidquid est libelli.
Unus est mihi instar mille, inquiebat Heraclitus, referente Galeno. Lubentius cum uno egero quam cum mille aliis, qui unum illum æquare nequeunt.

Itaque
si desint approbatores, Tempus erit laudator Operis, et provocabo ad Posteritatem, quæ sine invidia de meis laboribus iudicabit. Ut enim ægri, inquiebat Democritus, raro Medicinæ beneficium recognoscunt, sic Medici socios eiusdem Urbis numquam laudare solent : Ac proinde hæc ego si non multis, saltem Tibi scripsi : Namque tu solebas meas esse aliquid putare scripturas : Satis magnum alter alteri Theatrum sumus. Si tibi probetur hic Liber, iniquus et indoctus erit, quisquis improbaverit : nam

Cœnæ fercula nostræ,
Malim convivis quam placuisse cocis.

Non ego Daphnim,
Iudice Te, metuam, si nunquam
fallit imago.

[J’ai cherché non sans peine le nom très brillant de quelque grand personnage à qui dédier mon livre, comme à une divinité protectrice, car jamais je n’ai été en quête de partisans et laudateurs de mes travaux, à moins qu’ils ne fussent doctes et expérimentés praticiens, qui aimassent les lettres et les lettrés.

Quicumque inventas vitam excoluere per artes,
Quique sui memores alios fecere merendo
. {a}

De ceux-là, vous vous êtes le premier à avoir justement mérité de s’imposer comme celui à qui la dédicace et la tutelle de ce livre étaient dues. In nomine tuo laxavi rete : {b} vous avez été très souvent celui qui a inspiré et promu l’édition de mes œuvres anatomiques, et vous les avez confiées pour moi à un libraire, homme de confiance que vous connaissiez fort bien. Vous n’auriez pas agi ainsi si vous ne les aviez reconnues comme n’étant certainement pas indignes d’être mises au jour et si vous n’aviez pas été assuré qu’il n’allait pas se ruiner en y engageant des dépenses conséquentes.

Ce qui m’oblige pourtant davantage envers vous, c’est votre volonté de surveiller vous-même l’édition ; je n’ai pas pu vous refuser cet aimable et bienveillant devoir, vous qui êtes un vieil ami dont j’estime fort le vernis, comme Praxitèle disait de ses tableaux auxquels Nicias avait mis la main. {c}

Qui pouvais-je donc choisir pour juge, protecteur et défenseur plus équitable et plus averti ? Hormis vous, je n’ai vu personne. Tenez donc pour vôtre une partie de ce manuel. Unus est mihi instar mille, disait Héraclite au dire de Galien. {c} Je traiterai très volontiers avec un seul plutôt qu’avec mille autres, qui ne méritent pas tant que celui-là tout seul.

Voilà pourquoi, si je manque à présent d’approbateurs, le temps fera l’apologie de mon œuvre ; j’en appellerai à la postérité et elle jugera de mes travaux sans malveillance. De même en effet, disait Démocrite, que les malades reconnaissent rarement les bienfaits de la médecine, de même les médecins n’ont jamais coutume de louer les collègues de leur propre ville. {c} Ainsi donc, ai-je du moins écrit pour vous ce que je n’ai pas écrit pour beaucoup de monde, puisque vous avez coutume de croire que mes écrits ont quelque valeur : Satis magnum alter alteri Theatrum sumus. {d}

Cœnæ fercula nostræ,
Malim convivis quam placuisse cocis
. {e}

Non ego Daphnin,
Iudice Te, metuam, si nunquam
fallit imago
]. {f}


  1. « Ceux qui ont embelli l’existence par l’invention des arts, et ceux dont les bienfaits ont laissé leur souvenir dans la mémoire des autres » : imitation de Virgile (Énéide, chant vi, vers 663‑664).

  2. « En ton nom, j’ai jeté le filet » : in verbo autem tuo laxabo rete [mais, sur ta parole, je jetterai le filet] (paroles de Pierre à Jésus dans la Pêche miraculeuse, Luc, 5:5).

  3. Pline (Histoire naturelle, livre xxxv, chapitre xl, § 8 ; Littré Pli, volume 2, pages 483)‑484 :

    Hic est Nicias, de quo dicebat Praxiteles interrogatus, quæ maxime opera sua probaret in marmoribus : quibus Nicias manum admovisset tantum circumlitioni ejus tribuebat.

    « C’est ce Nicias au sujet de qui Praxitèle, interrogé <sur> lesquels de ses <propres> marbres lui plaisaient le plus, répondit : « Ceux où Nicias a mis la main », tant il estimait son vernis. »

  4. « Un seul pour moi est l’égal de mille », Εις εμοι μυριοι : propos du philosophe Héraclite (v. note [8], lettre latine 326) relaté par Galien dans le livre i De Differentia pulsum [De la Différence des pouls, Περι δαφορας σφυγμων] (Kühn, volume 8, page 773)

  5. Probable allusion (fort raccourcie) au passage de la lettre à Damagète (v. note [94] de L’homme n’est que maladie) où Hippocrate rapporte les propos de Démocrite (v. note [9], lettre 455) sur la folie des hommes (Littré Hip, volume 9, pages 377‑379) :

    « Ta médecine même, je suis bien sûr qu’elle n’est pas bien venue auprès d’eux ; leur désordre les rend maussades pour tout, et ils traitent de folie la sagesse. Et certes, je soupçonne que bonne partie de ta science est mise à mal par l’envie ou par l’ingratitude ; les malades, dès qu’ils sont sauvés, attribuent leur salut aux dieux ou à la fortune ; d’autres en font honneur à la nature et haïssent leur bienfaiteur, s’indignant, ou peu s’en faut, si on les croit débiteurs. La plupart, étant en eux-mêmes étrangers à toute idée d’art et n’ayant aucun savoir, condamnent ce qui est le meilleur ; car les votes sont entre les mains des stupides. Ni les malades ne veulent confesser, ni les confrères ne veulent témoigner, car l’envie s’y oppose. Ce n’est certes pas à un homme épargné par ces misérables propos que je parle ici, sachant bien que toi aussi as souvent subi des indignités, sans avoir voulu, pour argent ou pour envie, dénigrer à son tour ; mais il n’y a ni connaissance ni confession de la vérité. »

  6. « Nous sommes l’un pour l’autre un assez grand théâtre » : paroles d’Épicure à l’un de ses compagnons de travail, rapportées par Sénèque le Philosophe (Lettres à Lucilius, livre i, lettre vii, § 11).

  7. « J’aimerais mieux que les plats de ma table plaisent aux convives qu’aux cuisiniers » (Martial, Épigrammes, livre ix, lxxi, vers 3‑4).

  8. « Et si le miroir des eaux ne nous trompe jamais, te prenant pour juge, je ne craindrais pas Daphnis pour la beauté » (Virgile Bucoliques, Églogue ii, vers 26‑27, paroles du berger Corydon à Alexis).

Ces attentions touchantes de Jean ii Riolan attestent de la profonde et sincère affection qu’il portait à Guy Patin, son élève le plus chéri : il avait, dit-on, repéré le jeune Guy, en froid avec sa famille, tandis qu’il corrigeait des épreuves d’imprimerie pour survivre (v. note [26], lettre 106), puis avait guidé ses premiers pas en médecine.

4.

Qui le maîtrise est ici à comprendre comme « qui est plus forte que lui », et « particulière » comme « secrète, renfrognée » ; il faut en somme comprendre que Nicolas Piètre avait fort mauvais caractère.

V. note [70] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine en 1651‑1652 pour l’élection de Guy Patin au professorat de chirurgie le 9 novembre 1645. Il avait été titulaire de cette chaire d’octobre 1646 à octobre 1647.

5.

René Chartier (v. note [13], lettre 35) s’était marié deux fois : avec Françoise Boursier le 18 janvier 1608, puis avec Marie Le Noir, le 18 mai 1634.

Il avait acquis une belle fortune par son premier mariage avec la fille de Martin Boursier, chirurgien barbier, et de Louise Bourgeois, sage-femme de Marie de médicis : 60 000 livres de dot et une introduction à la cour qui le fit devenir médecin ordinaire par quartier du roi Henri iv dès 1609, puis médecin successif des trois princesses du sang qu’il accompagna chacune jusqu’à leur mariage – Élisabeth à Madrid, Christine à Turin et Henriette-Marie à Londres, pour devenir respectivement reine d’Espagne (1615), duchesse de Savoie (1619) et reine d’Angleterre (1625).

Françoise Boursier étant morte en 1631, les deux plus âgés des quatre fils nés de leur union, Jean (v. note [13], lettre 271) et Louis-Théandre, avaient intenté un procès à leur père en 1638 pour obtenir la dissolution de la communauté et le règlement de la succession de leur mère. L’affaire avait duré jusqu’en octobre 1643 et Chartier avait dû vendre une bonne partie de ses biens pour satisfaire aux exigences de ses deux fils, sans pour autant renoncer à sa ruineuse édition, grecque et latine, des œuvres complètes d’Hippocrate et Galien, entreprise en 1633 et partiellement publiée en 1639 (v. note [13], lettre 35) (Lehoux).

6.

« comme un voleur, la nuit, et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » (Luc 12:20).

En 1644, Guillaume Du Val (Le Collège Royal de France…, v. note [5], lettre 98) a salué l’abnégation de Jean Chartier (page 85) :

« Finalement, pour chef-d’œuvre de tant de travaux, le laborieux René Chartier, plein de courage et d’amour du bien public, et pour l’honneur de son art et profession, et de la Faculté de médecine de Paris qui l’a invité à ce faire, il a entrepris cette belle et grande édition grecque et latine in folio de toutes les œuvres d’Hippocrate et de Galien, et déjà en a fait imprimer huit grands tomes [i, ii, iii, iv, v, vi, viii et xiii] à ses dépens, études et soins ; et promet de tout achever au plus tôt, attendant ce qui reste, et de plus curieux, du Levant, d’où on lui doit envoyer. »

Deux tomes supplémentaires (vii et xi) allaient paraître en 1649. Bien qu’imprimés, les trois derniers (ix, x et xii) n’avaient pas encore été mis en vente quand Chartier mourut, complètement ruiné, en 1654.

« Par Guy Patin et par d’autres [Éloy], on sait que la parution des tomes se fit un peu au petit bonheur, Chartier ayant décidé de vendre à mesure ce qui était prêt, sans respecter l’ordre des tomes, ceci probablement pour rentrer le plus vite possible dans ses débours. Le financement de l’opération lui posait en effet de graves problèmes car, d’une part, il semble bien que les achats de papier étaient entièrement à sa charge et non pas à celle de Soubret [son imprimeur], et d’autre part, les pièces de procédure trouvées chez lui laissent penser qu’à propos de son “ Grand Galien ” il eut maille à partir avec plusieurs libraires, ce qui lui occasionna fatalement des frais importants. Après plus de vingt ans d’efforts et de labeur acharné, René Chartier mourut en laissant son œuvre inachevée et sa famille ruinée. Néanmoins, tout inachevée qu’elle fût, cette œuvre était très belle […]. Connut-elle le succès qu’elle méritait ? Il est permis d’en douter quand on constate le nombre d’exemplaires non vendus qui furent trouvés par les libraires-priseurs dans trois pièces de la maison de Chartier. Ces priseurs nous apprennent que lors de l’inventaire six [sic pour huit] tomes étaient achevés et soigneusement empaquetés, et que les ixe, xe et xiie tomes étaient sous presse. Ils dénombrent 862 paquets des six [huit] tomes achevés et 1 000 paquets de chacun des trois tomes en cours d’impression. Ils relèvent également les rames de papier blanc trouvées aussi bien chez l’auteur que chez l’imprimeur. Pour sa part, Soubret ne détenait que 52 rames ; mais chez Chartier on inventorie 109 rames de papier “ gâtés et imparfaits ” et 255 rames de papier de diverses sortes, ces dernières étant destinées à être transportées chez l’imprimeur au fur et à mesure des besoins. Étant donné qu’une rame contient 500 feuilles de papier, on imagine l’encombrement qui pouvait régner dans la demeure de Chartier » (Lehoux, pages 460‑461).

7.

Pierre i Seguin étant mort le 28 janvier 1648, Nicolas Piètre lui succédait comme ancien de la Faculté.

8.

Samuel Sorbière (1615-1670), médecin et écrivain français, correspondant de Guy Patin, vivait alors à Leyde.

9.

« Jean-Jacques Rousseau a dit bon gré mal gré moi : “ Mais enfin puisque cette édition se faisait bon gré mal gré moi… ” (Confessions, xi, 2e partie). Cette locution est inacceptable : du moins, bien qu’on dise malgré moi, on ne dit pas bon gré moi » (Littré DLF).

10.

V. note [7], lettre 134, pour l’ouvrage de Caspar Hofmann sur les médicaments officinaux.

Notre édition contient 12 lettres françaises de Guy Patin à Johann Caspar i Bauhin (1606-1695), fils unique de Caspar (v. note [7], lettre 159) et neveu de Johann (v. note [17], lettre 98).

11.

Seul emploi dans les lettres du mot enthousiasme (du grec enthous, inspiré par un dieu) : « fureur prophétique ou poétique qui transporte l’esprit et qui lui fait dire des choses surprenantes et extraordinaires. Les oracles n’étaient point rendus que la sibylle ou la prêtresse ne fût saisie d’un certain enthousiasme. Les poètes ne font bien des vers que lorsqu’un enthousiasme les transporte » (Furetière). L’enthousiasme, ainsi défini, étant proche de l’extase, « enthousiasme extatique » est à prendre pour un pléonasme ironique.

12.

« À chacun de subir son destin » (Virgile, v. note [7], lettre 14).

13.

Les précédents éditeurs de cette lettre ont sans doute ici écorché ou omis de transcrire quelques mots car Guy Patin ne pouvait pas déplorer que son ami Charles Guillemeau eût médit des Arabes et des apothicaires. Tout au contraire, il regrettait probablement que la Faculté eût contraint Guillemeau à modérer ses attaques, sauf à lui refuser son imprimatur. Sur les bancs de la Compagnie, Patin avait dû faire partie de ceux qui s’étaient opposés à cette censure.

Il s’agissait de la thèse cardinale de Jean-Baptiste Moreau (v. note [12], lettre 155), présidée et rédigée par Guillemeau, qui allait être disputée le 2 avril 1648 (et donc achevée d’imprimer le 26 mars) : Estne Hippocratea medendi methodus omnium certissima, tutissima, prætantissima ? [La Méthode d’Hippocrate pour remédier n’est-elle pas la plus fiable, la plus sûre et la plus remarquable de toutes ?], conclusion affirmative, Igitur Hippocratea medendi methodus omnium certissima, tutissima, præstantissima [Donc la…].

Pour exprimer librement sa pensée sur l’impiété hippocratique et les abus des Arabes, des chimistes et des pharmaciens, Guillemeau donna immédiatement une édition française de sa thèse : avec l’aide de Patin, il en augmenta la longueur et la virulence, et l’enrichit de onze observations ; elle parut à la fin de juillet 1648 (v. note [2], lettre 158).

14.

« le bézoard, idole des sots », expression tirée de la thèse de Guy Patin sur la Sobriété (v. note [6], lettre 143), qu’il avait eu à défendre contre les protestations des apothicaires. Le parti qu’il attaquait était celui des chimistes, défenseurs de l’antimoine et alliés des pharmaciens.

15.

« Quelques-uns croient qu’il y a des vrais loups-garous, qui sont des loups qui ne mangent que de la chair humaine depuis qu’ils y sont une fois acharnés [qu’ils y ont pris goût] et qui sont fort furieux ; de sorte que ce mot vient de ce que c’est un loup dont il se faut garer ou garder. Aussi en quelques lieux on l’appelle guereloup. Pline se moque de ceux qui croient que quelques hommes étaient transformés en loups-garous » (Furetière).

16.

Trique-nique : « affaire de néant, querelle sur la pointe d’une aiguille. Ce mot faisait un proverbe Grec, trichein neikos, c’est-à-dire, dispute sur un cheveu. D’autres croient qu’il a été fait de tricæ [bagatelles, en latin] et de nihil [rien], qu’on écrivait autrefois nichil » (Furetière).

Étienne Pasquier (Paris 1529-ibid. 1615), élève de Jacques i Cujas, avait été reçu avocat au Parlement de Paris en 1549, mais dut abandonner le barreau en raison d’une grave maladie. Rétabli, il se consacra exclusivement aux études d’histoire et de philosophie. Les deux premiers livres de ses Recherches de la France (1560 pour le premier, 1567 pour le second) rencontrèrent un grand succès qui fit revenir Pasquier au barreau quand, en 1564, l’Université eut à plaider devant le Parlement contre la Compagnie de Jésus : vers 1540, Ignace de Loyola, maître ès arts de l’Université de Paris en 1532, après avoir institué à Rome le siège de la Compagnie qu’il venait de créer, envoya à Paris plusieurs de ses compagnons chargés de propager les doctrines de l’Ordre par le moyen de l’enseignement ; ils fondèrent trois collèges, deux en Auvergne, à Riom et à Mauriac, et un troisième à Paris, rue Saint-Jacques, sous le nom de collège de Clermont. En 1550, s’autorisant d’une bulle de Jules iii, ils élevèrent la prétention de conférer les grades de bachelier, licencié, docteur, sans accepter aucunement le régime de l’Université qui vit là une attaque sérieuse contre ses droits ; elle fit défense aux jésuites de professer et de donner des diplômes dans tout son ressort, mais ne pouvant l’obtenir, elle les attaqua devant le Parlement ; Pasquier la défendit avec tant d’habileté que la Compagnie employa tout son crédit à faire appointer le procès.

Ce fut le premier acte du lent processus qui aboutit à l’expulsion des jésuites en 1594 après l’attentat de Jean Châtel contre Henri iv ; et dès lors, Pasquier plaida dans les procès les plus célèbres et put exprimer ses talents de juriste dans diverses charges judiciaires prestigieuses, tout en continuant l’âpre lutte qu’il avait entamée contre la Société de Jésus.

En 1603, Étienne Pasquier se démit de sa charge d’avocat du roi et consacra les loisirs de sa vieillesse aux lettres et à l’érudition (G.D.U. xixe s.). La publication des neuf livres des Recherches de la France… augmentées en cette dernière édition de trois livres entiers, outre plusieurs chapitres entrelacés en chacun des autres livres, tirés de la bibliothèque de l’auteur s’est achevée en 1621 (Paris, Laurent Sonnius, in‑fo) ; les titres en sont :

  1. Établissement des Français, premières origines de la nation ;

  2. Magistratures et dignités, parlements, états généraux, etc. ;

  3. Affaires ecclésiastiques, puissance des papes, libertés de l’Église gallicane ;

  4. Jugements, procédures, coutumes, etc. ;

  5. Diverses questions d’histoire, notamment sur les règnes de Frédégonde et de Brunehaut ;

  6. Procès célèbres. Connétable de Bourbon, Jeanne la Pucelle, célèbres bâtards, Bayard, famille d’Anjou, bourgeois de Calais ;

  7. De l’Origine de notre poésie française et de nos langues, versification latine, poésie provençale ;

  8. Langue française, explication de plusieurs mots et façons de parler (où je n’ai pas trouvé la définition de trique-nique) ;

  9. La France littéraire, l’Université, les études.

Les riches Œuvres d’Étienne Pasquier ont paru en deux tomes in‑4o en 1723 (Amsterdam, Compagnie des libraires associés). V. note [1], lettre latine 55, pour l’intéressante opinion de Pasquier qu’on y trouve sur la saignée, sur Louis Duret et sur Botal.

17.

Dicite iusto quoniam bene quoniam fructum adinventionum suarum comedet [Dites heureux le juste, car il se nourrira du fruit de ses actions] (Isaïe, 3:10).

David, fils de Jessé, fut au xe s. av. J.‑C. le deuxième roi des Hébreux. Il fit de Jérusalem la capitale de son royaume. La tradition biblique le tient pour un grand poète et lui attribue la composition de chants liturgiques et de psaumes.

18.

Leurs talents propres ne suffisent pas à leur donner de l’emploi.

19.

V. note [10], lettre 122.

20.

« Le thé de Chine agit donc favorablement sur l’esprit » : thèse cardinale d’Armand-Jean de Mauvillain (v. note [16], lettre 336), présidée par Philibert Morisset (v. note [31], lettre 152), que Guy Patin le qualifiait quelques lignes plus bas de « badin et ignorant ».

Disputée le jeudi 12 mars 1648 (Medica), avec cette instructive conclusion :

Apage Homericum Moly, Turcarum Cauehat, Moscovitarum Medonem, Druidarum Viscum quernum, œnopiam radicem, Vinum etiam ipsum, quorum omnium vires longe superat Chinensium istud nectar, quod superfluam partium humiditatem exhaurit, corpori ευκρασιαν, cerebro robur, animoque ευθυμιαν conciliat.

Ergo The Chinensium Menti confert.

[Oubliez donc le moly d’Homère, le café des Turcs, {a} le gui de chêne des druides, {b} la racine d’Égine {c} et même notre vin, car les vertus de ce nectar des Chinois les surpasse tous de très haut : il évacue l’humidité superflue des parties, et procure un bon tempérament au corps, la force au cerveau et la bonne humeur à l’âme.

Le thé de Chine agit donc favorablement sur l’esprit].


  1. V. notes [31] de la thèse sur la Sobriété (1647) pour le moly dont Homère a chanté les vertus dans L’Odyssée, et [3], notule {h}, de la leçon sur le laudanum et l’opium, pour une brève allusion au café (cahwa) des Turcs par Daniel Sennert.

  2. Furetière dit des druides (v. notule {c}, note [14] des triades du Borboniana manuscrit) que « Pline croit que ce nom leur est venu de drys, qui signifie un chêne, parce que leur principale superstition était d’aller couper le gui de chêne avec grande cérémonie, dont ils faisaient ensuite un remède à tous maux », panacée aujourd’hui popularisée sous le nom de « potion magique » du druide Panoramix, créé par René Goscinny et Albert Uderzo.

  3. La botanique mythologique rapproche l’œnopia radix (œnopie, v. notule {b}, note [4] du Traité de la Conservation de santé, chapitre iii) du népenthès : « On ne connaît point cette plante. Homère, qui en parle, dit que c’était une plante d’Égypte et qu’Hélène s’en servit pour charmer la tristesse [penthos en grec] et la mélancolie de ses hôtes, et pour leur faire oublier leurs chagrins. […] Madame Dacier, après Plutarque, Athénée, Macrobe, Philostrate, dit que cette drogue n’est autre chose que les contes agréables, car il n’y a rien de plus capable de faire oublier aux plus affligés le cours de leurs larmes qu’un conte fait à propos, bien inventé, et accommodé aux temps, aux lieux et aux personnes » (Trévoux).

21.

Toute thèse était alors composée de cinq articles (propositions ou corollaires), dont le dernier amenait la conclusion, affirmative ou négative.

Guy Patin s’étonnait ici à juste titre que le sujet de la thèse ne fût abordé qu’à la fin. Furetière a défini le thé comme un :

« petit arbrisseau domestique de la hauteur des groseilliers ou grenadiers et myrtes, fort estimé chez les Chinois et les Japonais. […] On fait un breuvage de sa première feuille qui naît au printemps, qu’on cueille feuille à feuille avec les mêmes soins qu’on fait les vendanges en Europe. On la fait chauffer et sécher et après l’avoir gardée en des vaisseaux {a} d’étain bien bouchés, si on la jette dans de l’eau bouillante, elle reprend sa première verdure et donne une teinture verdâtre à l’eau avec une odeur et un goût agréable. […] Sa bonne marque est d’être verte, amère et sèche, en sorte qu’elle se brise avec les doigts. Elle guérit la goutte et la gravelle, {b} et on croit qu’elle est la cause de ce qu’on n’entend point parler de ces maux à la Chine et dans l’Inde, et de ce que les peuples y parviennent à une extrême vieillesse. Elle guérit les indigestions de l’estomac. Elle désenivre, et donne de nouvelles forces pour boire et dissiper les vapeurs qui causent le sommeil. Elle fortifie la raison que le vin affaiblit, et guérit soudain la migraine et les douleurs de ventre. Mais Simon i Paulli, médecin du roi de Danemark, qui a fait un traité exprès de cette plante, {c} dit que ces vertus qu’on lui attribue n’ont point de lieu pour ceux qui habitent en Europe, et que ceux qui ont passé 40 ans n’en doivent pas user parce qu’elle avance leur mort, étant trop dessiccative. […] Les Chinois en prennent en toutes rencontres, et surtout à dîner ; ils en offrent aux amis qu’ils veulent régaler. Les plus modérés en prennent trois fois par jour ; les autres dix fois, et à toute heure. […] À Londres il y a bien trois mille lieux publics où on va boire du thé. » {d}


  1. Récipients.

  2. V. note [2], lettre 473.

  3. V. note [1], lettre 836.

  4. V. note [3], lettre latine 118, pour les avis de Bontius et Tulpius sur les vertus médicales du thé.

22.

Ptolémée est le plus célèbre des astronomes de l’Antiquité. On croit qu’il naquit en Thébaïde (v. note [15], lettre 868), dans la ville grecque d’Égypte nommée Ptolémaïs d’Hermias, vers le commencement du iie s. de l’ère chrétienne ; il passa la plus grande partie de sa vie à Alexandrie. Il a le premier systématisé l’astronomie grecque, au moment où elle allait tomber en décadence, et tracé les limites qu’elle avait atteintes de son temps. Son grand traité d’astronomie portait le titre de Composition ou Syntaxe mathématique (nommé aussi par les Arabes Almageste). Ptolémée a donné son nom au système astronomique apparentiel que renversa Copernic. La Géographie de Ptolémée est un monument précieux, malgré des erreurs notables, parce qu’elle est le dépôt le plus vaste et le plus complet des connaissances acquises de son temps. Il y suit surtout Marin de Tyr (G.D.U. xixe s.).

23.

Philippe Cluvier (Cluverius, Philip Cluwer), géographe et antiquaire allemand (Dantzig 1580-Leyde 1623) est notamment l’auteur des :

Introductionis in Universam Geographiam, tam Veterem quam Novam, Libri vi.

[Six livres d’Introduction à la géographie universelle, tant de l’ancien que du nouveau monde]. {a}


  1. Leyde, Elsevier, 1629, in‑8o de 252 pages ; v. note [11], lettre latine 83, pour la libre traduction de ce livre par le P. Philippe Labbe).

24.

Ortelius (v. note [11], lettre de Claude ii Belin, le 18 février 1657) ne connaît que le mot Sinæ, arum, qu’il attribue à Ptolémée :

Asiæ populi sunt et regio, quam Castaldus et Moletius China nommant. Barbaris Sin dici, tradit Mar. Niger.

[Ce sont des peuples et une région d’Asie, que Castaldus et Moletius nomment China. Mar. Niger rapporte que les Barbares l’appellent Sin].

25.

L’éditeur de 1718 a lu « ses fièvres quartes, s’il y en eut jamais un bon », ce qui rend la phrase incompréhensible. Reveillé-Parise a écrit assez rationnellement : « Quant à ses auteurs, je doute s’il y en eut… ». Comme il était impossible de laisser subsister une erreur de lecture aussi manifeste que celle de 1718, nous avons adopté la version de l’éditeur de 1846 (Triaire).

26.

« qui a disparu sur-le-champ avec fracas. »

On peut porter de meilleurs pronostics. Cela rappelle le « Racine passera comme le café [v. notule {f}, note [33] de la Leçon sur le Laudanum et l’opium] » que Voltaire a attribué à Mme de Sévigné.

27.

En 1642, Henri ii d’Orléans, duc de Longueville avait épousé en secondes noces Anne-Geneviève de Bourbon (Mme de Longueville), sœur de Louis ii de Bourbon, prince de Condé, alors gouverneur de Bourgogne. Le Grand Condé se préparait à entamer la campagne de 1648 en Flandre, qui allait être couronnée par la grande victoire française de Lens sur les Espagnols (20 août), tandis qu’à Paris éclataient les premières émeutes de la Fronde (v. note [7], lettre 160).

28.

Les états étaient en France les « assemblées qui se font en quelques provinces qui se sont conservées en la possession de ce droit, afin d’ordonner elles-mêmes des contributions qu’elles doivent faire pour soutenir les charges de l’État, et les régler et faire payer ; comme sont les provinces de Bretagne, de Languedoc, de Bourgogne et de la Franche-Comté [après son rattachement au royaume en 1679]. En ce sens on oppose les pays d’états aux pays des généralités [ou élections, v. note [50], lettre 152] » (Furetière).

a.

Reveillé-Parise, no cxcii (tome i, pages 375‑379) ; Triaire no cliv (pages 563‑568).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 10 mars 1648.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0151
(Consulté le 17.09.2021)

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