L. 345.  >
À Charles Spon, le 10 avril 1654

Monsieur, [a][1]

Je vous ai envoyé ma dernière de trois pages le vendredi 27e du mois de mars, laquelle fut un peu écrite à la hâte, et que j’espère qui vous sera rendue en main propre par un marchand de Lyon nommé M. Raphelin, [2] neveu de M. Luillier, [3] chez qui je fis collation ce jour-là. [1]

Dès le lendemain, le roi [4][5] fut au Parlement, j’entends le samedi 28e de mars, où l’arrêt de mort contre le prince de Condé [6] fut prononcé. [2]

Le même jour, mon deuxième fils, par ci-devant avocat, fut fait bachelier [7] en médecine ; si bien que, Dieu merci, voilà notre famille délivrée de la chicane du Palais et de l’iniquité du siècle : au lieu de plaider devant des juges tels qu’il plaît à Dieu, il jugera lui-même des procès touchant les maladies et les morts des hommes, et < j’ >espère qu’il y réussira avec les bons fondements qu’il a en son âge de 21 ans, avec un mois et cinq jours. Fiat, fiat[3][8]

J’ai ce même jour reçu de la part de M. Duhan, [9] votre libraire, un beau livre, bien relié in‑8o, de Gul. Puteanus [10] de pharmacorum purgantium Facultatibus[11] pour lequel je vous remercie très affectionnément, et puis après, ce même M. Duhan. Je suis bien aise du rencontre qu’avez procuré à ce livre touchant les trois chapitres de feu M. Cousinot, [12] cela contribuera quelque chose à sa mémoire, qui est ce qu’il a très bien mérité. Pour l’épître que vous y avez mise au-devant, je vous rends grâces très humbles de vos louanges, c’est un excès de votre amitié et de la bienveillance ordinaire qu’avez pour moi. Je vous en dois beaucoup en toutes façons, mais je ne sais point comment je m’en pourrai acquitter jamais neque enim sum solvendo, sed nec ero ingratus debitor[4]

Ce 30e de mars. [On dit que le cardinal de Retz [13] a résolu de ne jamais donner sa démission pour l’archevêché de Paris et que d’ailleurs, on ne parle plus de l’envoyer en aucune prison ; qu’il sera retenu dans le Bois de Vincennes [14] jusqu’à quelque autre rencontre ou nécessité.] [5]

Depuis deux jours, Guénault [15] et des Fougerais [16] ont donné de leur vin émétique [17][18] à un maître des comptes nommé M. de La Grange, [6][19] lequel en mourut dans l’opération. Tout cela fait bien ici du bruit aux dépens de la réputation de ces deux bourreaux qui ne s’en soucient guère : nulla enim pœna in tales nocentes a Iudicibus statuta est præter infamiam ; [7] l’antimoine ne laisse pas d’en avoir ses malédictions et son exécration publique, mais ce n’est qu’en continuant car, Dieu merci, il est fort haï, aussi bien que ceux qui l’ordonnent.

Enfin, par plusieurs considérations, tant bonnes que mauvaises, M. le cardinal de Retz a donné sa démission de l’archevêché de Paris, moyennant 100 000 livres de rente en bénéfices qu’on lui donne, y compris quelques abbayes de feu son oncle, le dernier mort. [20] Il est sorti de prison aujourd’hui, mardi 31e de mars, il est allé dîner à Montrouge [21] et coucher à Chilly ; [22] et dès le lendemain matin, il part pour s’en aller à Nantes [23] en Bretagne où il demeurera en attendant que ses bulles [24] soient venues pour les bénéfices nouveaux qu’on lui donne. [8] On dit que l’archevêché de Paris est donné au cardinal Antonio [25] et que le P. Ithier, [26] cordelier qui fit l’an passé, amende honorable [27][28] à Bordeaux, sera son suffragant[9] Je le veux bien, etc.

On parle ici d’un grand armement que fait Cromwell, [29] sans encore savoir à qui il en veut. On dit qu’il veut envoyer du secours au prince de Condé ; les autres, qu’il veut envoyer une armée en Portugal ; d’autres, que c’est en France ; les uns ont peur du côté de Normandie, d’autres croient que ce sera du côté de La Rochelle [30] et de Bordeaux. Bref, cela ne se sait point, mais ce grand armement fait peur à bien du monde. [10]

Je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à Messieurs nos bons amis, MM. Gras, Garnier, Falconet, Huguetan l’avocat et Messieurs les deux associés. Quand est-ce que sera parachevé leur Theatrum vitæ humanæ [31][32] et leur Sennertus [33] en deux volumes ? Que font-ils encore de nouveau ? Le quatrième tome de Vittorio Siri [34] est-il sur la presse ? Enfin imprimeront-ils ce Recueil des conclaves depuis tant d’années ? M. Devenet [35] avance-t-il fort l’impression de son Van Helmont [36] in‑fo ? [11]

On travaille au recueil des pièces qui ont été faites, tant en vers qu’en prose, sur la mort de feu M. Naudé. [37] J’ai donné tout ce que j’avais, tant de vous que de plusieurs autres. Tout cela sera mis en un volume in‑4o et sera mis sur la presse le mois qui vient. [12] Le Mazarin [38] a commencé à parler et a fait offrir de sa bibliothèque [39][40] 20 000 livres à plusieurs pauvres héritiers, mais elle vaut bien davantage ; [13][41] et surtout, elle abonde et est très pleine de petits livres, bons, rares et curieux, qui ne se pourraient qu’avec grande peine trouver ni rencontrer ailleurs.

Ce 5e d’avril. Ce propre jour de Pâques, M. Sorbière [42] m’est venu voir tandis que les autres étaient à vêpres et au sermon. Nous nous sommes entretenus tout seuls une heure entière. Il m’a dit que dans peu de temps il fera imprimer son livre touchant sa conversion [43] et qu’il espère quelque chose de bon du Mazarin qui lui a bien promis, et de bonne grâce ; [14][44] mais cet homme promet bien plus qu’il ne donne, je vois bien qu’il n’y a encore rien de fait. Il m’a dit que M. de Rodon, [45] professeur en philosophie à Orange, [46] a fait imprimer un livre intitulé Lumières de la raison et plusieurs thèses de philosophie. [15] Je n’ai jamais rien vu de cet auteur ; s’il s’en trouve quelque chose à Lyon chez ceux qui trafiquent avec les libraires d’Orange, faites-moi la faveur de me les acheter ; comme aussi un autre livre qu’il m’a indiqué, intitulé Iacobus Gaddius de Scriptoribus non ecclesiasticis[47] qui est en deux petits tomes qui se peuvent relier en un, dont le premier est imprimé à Florence et le second à Lyon, l’an 1649. [16] Je vous supplie de vous en enquérir et de me les acheter si vous les trouvez, totum pretium ex animo refundam[17] Il m’a dit aussi que ceux de Leyde [48] ont imprimé depuis peu Horatius, cum Notis Variorum[18][49] qu’il était très beau, qu’il en avait vu un. Bref, il m’a bien chargé de vous faire ses recommandations. Je le trouve fort bon homme et m’a toujours semblé tel, mais il me semble tout poli, un peu courtisan et fort persuadé. [19] Il m’a dit aussi qu’à Utrecht, on a imprimé depuis peu un beau Pétrone [50] avec des notes, cum Priapeis[20][51] Il espère d’avoir en bref quelque bonne abbaye de la libéralité du Mazarin ; fiat, fiat[21] On ne parle point ici d’aucun grand voyage du roi, on dit seulement qu’il ira demeurer quelque temps au Bois de Vincennes [52] pour y chasser, et dans la plaine de Saint-Maur [53] qui est là tout joignant ; [22] et par après, on parle de célébrer le mariage de M. le grand-maître [54] avec une des nièces du Mazarin, [55][56][57] celui de M. de Candale [58] n’étant pas encore résolu faute du consentement de M. d’Épernon [59] qui ne se veut pas dépouiller. [23]

L’édition des œuvres de Van Helmont est-elle bien avancée chez M. Devenet ? On dit qu’elle sera in‑fo de plus de 230 feuilles, et qu’il fait pareillement une belle Somme de saint Thomas. [24][60] Depuis peu de jours, on m’a déposé comme un grand secret entre les mains un certain manuscrit de médecine, lequel contient un commentaire assez grand in Iusiurandum Hippocratis ; [61] l’auteur est un médecin de Paris nommé Henricus Monantholius, [62] lequel mourut l’an 1606. Ce manuscrit était demeuré chez ses héritiers, lequel a pensé être perdu comme plusieurs autres manuscrits l’ont été. Enfin, Dieu a sauvé celui-ci, je m’en vais tâcher de le faire imprimer en trouvant quelqu’un qui ait assez de courage pour cela ; ce ne sera qu’un petit in‑4o d’environ 20 feuilles d’impression. [25]

Le P. Louis Jacob, [63] dans sa Bibliographie qu’il nous a donnée depuis peu pour les années 1652 et 1653, [26] a fait mention de quelques livres que je vous prie de m’acheter, d’autant qu’ils ont été imprimés en votre ville de Lyon : David du P. Raymond d’Avignon [64] in‑4o chez P. Rigaud, [65] 1653 ; Confiteor reformatum, Dissertatio Theophili Raynaudi, Lugduni, apud Iullieron [66][67] in‑12o, 1653 ; Mala ex bonis Ecclesiæ du même, chez Prost, [68] 1653, in‑4o ; Lugdunum sacro-profanum, apud G. Barbier [69] in‑4o ; Abrégé et la dernière preuve de l’Académie de la vérité chez le même, in‑4o[27] Et me mettez sur mon compte tout ce que cela coûtera, s’il vous plaît ; en faisant s’il vous plaît mes recommandations à cesdits MM. Rigaud, Julliéron et Barbier.

On parle fort ici de la reine de Suède, [70] laquelle dépose sa royauté en se réservant une pension notable ; en ce cas-là, elle met en sa place un prince de Suède qui est son cousin, [71][72] nommé le prince palatin, duquel le père était descendu des princes palatins d’Allemagne. [28] Illius abdicationis vera causa adhuc nescitur : [29] les historiens n’en ont jamais dit une bonne pour Dioclétien ; [30][73] on dit qu’un des Andronics [74] en fit autant, épouvanté d’un spectre qu’il vit en son cabinet et qui lui dicta abdicationem illam Imperii ; [31] Charles Quint [75][76][77] était vieux et cassé, qui multis modis peccaverat[32] les moines disent qu’il voulait faire pénitence. [78] Tout cela est bon à dire, mais en vérité, je crois qu’il était fou de se dépouiller ainsi avant que de se coucher ; [33] aussi ne tarda-t-il guère à s’en repentir. La curiosité de notre siècle aura bien de la peine à sonder la vraie cause de celle-ci ; et quand on la saurait, peu de gens la diront, latet anguis in herba[34][79] Le résident que nous avons près de la reine de Suède à Stockholm, [80] nommé Picques, [35][81] a près de soi un jésuite nommé le P. Langlois, [82] qui est un homme d’esprit, qui en écrit de deçà à un autre Socius assez particulièrement ; ce loyolite est déguisé et travesti de delà, habillé en cavalier et nommé M. de Saint-Hubert. [36]

Je vous prie de dire à M. Huguetan [83] le libraire que l’on a imprimé à Leyde un in‑12o en français des Colloques d’Érasme [84] chez Adrien Vingart [85] l’an 1653 ; il n’y en a que dix en tout. [37] S’il en a la version entière, je pense qu’il ferait bien d’en procurer une nouvelle édition à Genève, in‑8o ou in‑4o, de peur que ceux de Hollande ne le préviennent. [38] Ce livre fidèlement traduit et nettement imprimé serait merveilleusement bien reçu en ce siècle si curieux de nouveautés ; joint qu’il prend le monde par le nez et est capable de détromper les sots, quorum infinitus est numerus[39]

Je vous prie de dire à M. Gras, [86] notre bon ami, que je suis son très humble serviteur et que j’ai ici entre les mains un jeune homme de Lyon, fils d’un orfèvre, nommé Simonnet, [87] lequel m’a parlé de lui ; il est malade d’une fièvre continue, [88] mais avec grande espérance et apparence de guérison.

On dit ici une plaisante nouvelle de la reine de Suède, savoir qu’elle a quitté sa royauté et qu’elle s’est commise entre les mains d’un ambassadeur du roi d’Espagne, [898] nommé Pimentel, [40][90] qui l’a emmenée en Italie pour lui faire voir le pays ; qu’elle se veut faire catholique romaine ; [91] qu’elle veut aller voir le pays de Grèce, la Thrace, Constantinople, [92] l’Euphrate, [93] le Pont-Euxin, [94] etc. ; ce que je ne crois point. Néanmoins, nous sommes en un siècle plein de prodiges et me semble que nous ne devons point du tout nous étonner de tout ce qui arrive. On dit aussi que les Anglais ont envoyé 8 000 hommes vers La Rochelle et qu’ils sont fort à craindre en ces quartiers-là, et que leur paix avec les Hollandais s’exécute. [41][95]

Je vous prie d’acheter pour moi chez M. Huguetan la Chirurgie de Fabr. ab Aquapendente [96] en français, en blanc, avec ce qu’a fait un certain chirurgien, nommé Couillard, [97] et des bonnes et dernières éditions. [42] Je les ai vus aujourd’hui en ville, je n’ai céans ni l’un, ni l’autre. Quand vous les aurez, mettez-les dans mon paquet, s’il vous plaît, et mettez le prix sur mes parties. On dit que le Mazarin cherche de l’argent de tous côtés afin de lever des hommes et faire des recrues pour résister au prince de Condé qui sera, dit-on, bien fort au mois de juin prochain. Et moi, je serai toute ma vie, bien fort et de toute mon âme, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 10e d’avril 1654.


1.

Le convive de Guy Patin pouvait être Geoffroy Luillier, sieur d’Orgeval (v. note [8], lettre 459).

2.

Le prince était condamné à mort comme criminel de lèse-majesté et dans l’attente de cette exécution, « il serait déchu de toutes charges, dignités et honneurs, et tous ses biens seraient réunis à la Couronne. Pareil arrêt fut donné contre ceux qui tenaient son parti, qui furent condamnés à perdre la tête et les biens » (Montglat, v. note [10], lettre 332 ; Gazette, Ordinaire no 42, page 330). Le frère de Condé, Conti, ne bougea pas (Jestaz).

3.

« Advienne que pourra. » Guy Patin ne cachait pas ici sa joie de voir son fils préféré, Charles, qu’il surnommait Carolus ou Charlot (baptisé le 23 février 1633), entrer dans la carrière médicale après avoir brillamment débuté au barreau.

4.

« et je ne suis en effet pas solvable, mais je ne serai pas un débiteur ingrat. »

L’épître dédicatoire latine de Michel Duhan, en tête du De pharmacorum purgantium Facultatibus [Les Facultés des médicaments purgatifs, v. note [29], lettre 277] de Guillaume Dupuis (Lyon, Michel Duhan, 1654, in‑8o), commence par cette apostrophe :

Viro celeberrimo, ac summe venerando, Domino Guidoni Patino Bellovaco, Doctori Medico Parisiensi, longe peritissimo, necnon saluberrimi Parisiensum Medicorum Ordinis Decano meritissimo, felicitatem perpetuam.

[Félicité perpétuelle à Maître Guy Patin, natif de Beauvaisis, homme très célèbre et éminemment vénérable, docteur en médecine de Paris, grandement expérimenté, et aussi doyen très méritant de la très salubre Compagnie des médecins de Paris].

Duhan y attribue entièrement à Patin l’initiative de faire reparaître les deux petits livres de Guillaume Dupuis, « qui, avec une mémorable hardiesse, a entrepris d’explorer les causes les plus reculées du pouvoir cathartique et d’extraire leur vérité du fond du puits de Démocrite » : la gravure de frontispice montre un homme qui s’apprête à descendre dans un puits, assisté par deux vieillards barbus en longue robe ; celui de gauche lui passe un flambeau ; celui de droite s’apprête à actionner la manivelle qui déroulera la corde à laquelle se tient l’explorateur ; on lit sur le bas du puits : Δημοκριτου Φρεαρ [Le puits de Démocrite] (v. note [2], lettre 334).

Duhan remercie ensuite Patin d’y avoir ajouté, pour le plus grand profit des lecteurs, « l’avis de Jacques ii Cousinot, homme incomparable qui fut archiatre il n’y a pas si longtemps, et professeur royal, sur la Faculté purgative des médicaments, tiré de ses leçons » (v. note [37], lettre 332).

Au passage, le libraire ne manque pas de pincer la corde sensible :

« Une recherche de ce genre ne se fait pas sans clairvoyance, pour qui veut porter un jugement loyal sur les facultés obscures de diverses choses dont on vante partout les capacités à purger le corps humain ; comme par exemple, si la force de l’antimoine doit être reconnue pour hypercathartique ou pour vraiment purgative, dispute immense sur laquelle nous voyons aujourd’hui les médecins se déchirer par discours et par écrits : les uns l’admettent parmi le grand nombre des médicaments salutaires quand les autres, au contraire, lui confèrent certes le titre de médicament, mais non sans le considérer comme destructeur et meurtrier ; enfin il y a ceux qui le tiennent pour un pur et simple poison, et nullement pour un remède ; et même ceux qui le veulent terrasser en le poursuivant pour empoisonnement et homicide. »

Le tout dégouline de flatteries pompeuses et s’achève sur cette souscription :

Vale. Inclyti tui Nominis Devotissimus omnium Cultor, Michael Duhan, Bibliopola Lugdun.

[Salut et santé. Michel Duhan, libraire de Lyon, le plus zélé de tous les adorateurs de votre illustre nom].

5.

Guy Patin allait se raviser sur ce sujet deux paragraphes plus loin. Il a barré ce paragraphe de neuf traits verticaux.

6.

Charles de La Grange, seigneur de Trianon et de Neuville etc., était maître de la Chambre des comptes (Popoff, no 1345).

7.

« hormis l’infamie publique, aucune peine n’est en effet prononcée par les juges contre de si grands coupables. »

8.

L’archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, l’oncle du cardinal de Retz, était en effet mort le 21 mars, mais ce que disait ici Guy Patin des suites de l’événement était naïvement optimiste. Sans doute était-il trompé par la version des faits que la cour préféra alors faire circuler dans le public (Retz, Mémoires, page 1110) :

« Mon oncle mourut à quatre heures du matin ; à cinq, l’on prit possession de l’archevêché en mon nom avec une procuration de moi en très bonne forme ; et M. Le Tellier, qui vint à cinq et un quart dans l’église {a} pour s’y opposer de la part du roi, y eut la satisfaction d’entendre que l’on fulminait mes bulles dans le jubé. »


  1. Notre-Dame de Paris.

Retz avait prévu que, dès le décès connu, un délégué muni d’une procuration irait prendre possession en son nom de l’archevêché. La cour avait exigé de lui, avant toute prise de possession, un serment de fidélité, afin de pouvoir prétendre ensuite que son jurement n’était pas recevable puisqu’il était incarcéré pour refus de fidélité au roi. Elle se trouva prise de court. « On fulminait mes bulles dans le jubé » veut ici dire qu’on proclamait en chaire, malgré le roi et conformément au droit canonique, la prise de possession de l’archevêché par Retz (Bertière a). Après cette ironie, Retz poursuit (pages 1111‑1112) :

« Tout ce qui est surprenant émeut les peuples. Cette scène l’était au dernier point, n’y ayant rien de plus extraordinaire que l’assemblage de toutes les formalités nécessaires à une action de cette espèce, dans un temps où l’on ne croyait pas qu’il fût possible d’en observer une seule. Les curés {a} s’échauffèrent encore plus qu’à leur ordinaire ; mes amis soufflaient le feu ; les peuples ne voyaient plus leur archevêque ; le nonce, qui croyait avoir été doublement joué par la cour, parlait fort haut et menaçait de censures. Un petit livre fut mis au jour qui prouvait qu’il fallait fermer les églises. M. le Cardinal eut peur et comme ses peurs allaient toujours à négocier, il négocia : il n’ignorait pas l’avantage que l’on trouve à négocier avec des gens qui ne sont point informés ; il croyait, la moitié des temps, que j’étais de ce nombre ; il le crut en celui-là, et il me fit jeter cent et cent vues de permutations, d’établissements, de gros clochers, de gouvernements, de retour dans les bonnes grâces du roi, de liaison solide avec le ministre. […]
L’on me donnait bien plus de liberté qu’à l’ordinaire ; l’on ne pouvait plus souffrir que je demeurasse dans ma chambre, pour peu qu’il fît un peu beau sur le donjon. {b} Je ne faisais pas semblant de faire {c} seulement réflexion sur ces changements, parce que je savais par mes amis le dessous des cartes. Ils me mandaient que je me tinsse couvert et que je ne m’ouvrisse en façon du monde {d} parce qu’ils étaient informés, à n’en pouvoir douter, que quand l’on viendrait à fondre la cloche, {e} l’on ne trouverait rien de solide, et que la cour ne songeait qu’à me faire expliquer sur la possibilité de ma démission, afin de refroidir et le clergé et le peuple. Je suivis ponctuellement l’instruction de mes amis, et au point que M. de Noailles, capitaine des gardes en quartier, m’étant venu trouver de la part du roi, et m’ayant fait un discours très éloigné de ses manières et de son inclination honnête et douce (car le Mazarin l’obligea de me parler en aga des janissaires beaucoup plus qu’en officier d’un roi chrétien), je le priai de trouver bon que je lui fisse ma réponse par écrit. Je ne me ressouviens pas des paroles, mais je sais bien qu’elle marquait un souverain mépris pour les menaces et pour les promesses, et une résolution inviolable de ne point quitter l’archevêché de Paris.
Je reçus dès le lendemain une lettre de mes amis, qui me marquaient l’effet admirable que ma réponse, qu’ils firent imprimer toute la nuit, avait fait dans les esprits, et qui me donnaient avis que M. le premier président de Bellièvre devait, le jour suivant, faire une seconde tentative. Il y vint effectivement et il m’offrit de la part du roi les abbayes de Saint-Lucien de Beauvais, de <Saint-Médard> de Soissons, de Saint-Germain d’Auxerre, de Barbeaux, de Saint-Martin de Pontoise, de Saint-Aubin d’Angers et d’Orkan, {f} “ pourvu, ajouta-t-il, que vous renonciez à l’archevêché de Paris et que… ” (il s’arrêta à ce mot, en me regardant et en me disant : “ jusqu’ici je vous ai parlé comme ambassadeur de bonne foi, je vais commencer à me moquer du Sicilien qui est assez sot pour m’employer à une proposition de cette sorte ”) ; “ et pourvu donc, continua-t-il, que vous me donniez douze de vos amis pour cautions que vous ratifierez votre démission dès le premier moment que vous serez en liberté. Ce n’est pas tout, ajouta-t-il, il faut que je sois de ces douze qui seront MM. de Retz, de Brissac, de Montrésor, de Caumartin, d’Hacqueville, etc. ” »


  1. Ceux de Paris, presque tous jansénistes et soutenant Retz qu’ils tenaient pour leur protecteur contre les jésuites influents de la cour.

  2. De Vincennes.

  3. Je faisais semblant de ne pas faire.

  4. En aucune façon.

  5. Terminer l’affaire.

  6. Ourscamp, v. notule {b}, note [8], lettre 249.

Le rapport des abbayes offertes par Mazarin à Retz représentait un total de 120 000 livres, soit presque le double de l’archevêché de Paris. Retz signa le 28 mars un acte de démission de l’archevêché de Paris, qui fut envoyé à Rome pour y être ratifié par le pape : « je dis à M. le premier président que l’expédient ne valait rien parce que le pape ne l’accepterait pas » (ibid. page 1115).

Retz fut transféré de Vincennes au château de Nantes le lundi 30 mars (lundi saint) « pour être remis en liberté aussitôt qu’il aurait plu à Sa Sainteté d’accepter ma démission ». Le maréchal de La Meilleraye et le premier président de Bellièvre (ibid. pages 1117-1119) :

« me vinrent prendre à Vincennes et ils me menèrent ensemble dans un carrosse du roi jusqu’au Port-à-l’Anglais. {a}
Comme le maréchal était tout estropié de la goutte, il ne put monter jusqu’à ma chambre, ce qui donna le temps à M. de Bellièvre, qui m’y vint prendre, de me dire en descendant les degrés, que je me gardasse bien de donner une parole que l’on m’allait demander. Le maréchal, que je trouvai au bas de l’escalier, me la demanda effectivement : de ne point me sauver. Je lui répondis que les prisonniers de guerre donnaient des paroles, mais que je n’avais jamais ouï dire que l’on en exigeât des prisonniers d’État. Le maréchal se mit en colère et il me dit nettement qu’il ne se chargerait donc pas de ma personne. M. de Bellièvre, qui n’avait pas pu, devant mon exempt, devant Pradelle {b} et devant mes gardes, s’expliquer avec moi du détail, prit la parole et il dit : “ Vous ne vous entendez pas ; M. le Cardinal ne refuse pas de vous donner sa parole, si vous voulez vous y fier absolument et ne lui donner auprès de lui aucune garde ; mais si vous le gardez, Monsieur, à quoi vous servirait cette parole ? car tout homme que l’on garde est en quitte. ” {c}
Le premier président jouait à jeu sûr, car il savait que la reine avait fait promettre au maréchal qu’il me ferait toujours garder à vue. Il regarda M. de Bellièvre, et il lui dit : “ Vous savez si je puis faire ce que vous me proposez ; allons, continua-t-il en se tournant vers moi, il faut donc que je vous garde, mais ce sera d’une manière de laquelle vous ne vous plaindrez jamais. ”
Nous sortîmes ainsi, escortés des gendarmes, des chevau-légers et des mousquetaires du roi ; et les gardes de M. le cardinal Mazarin, qui, à mon opinion, n’eussent pas dû être de ce cortège, y parurent avec éclat.
Nous quittâmes le premier président au Port-à-l’Anglais et nous continuâmes notre route jusqu’à Beaugency où nous nous embarquâmes {d} après avoir changé d’escorte. La cavalerie retourna à Paris et Pradelle, qui avait pour enseigne Morel, […] se mit dans notre bateau, avec une compagnie du régiment des gardes qui suivait dans un autre. L’exempt, les gardes du corps, la compagnie du régiment me quittèrent le lendemain que je fus arrivé à Nantes, et je demeurai purement à la garde de M. le maréchal de La Meilleraye qui me tint parole, car l’on ne pouvait rien ajouter à la civilité avec laquelle il me garda. Tout le monde me voyait ; l’on me cherchait même tous les divertissements possibles ; j’avais presque tous les soirs la comédie. Toutes les dames de la ville s’y trouvaient, elles y soupaient souvent. »


  1. V. note [38], lettre 288.

  2. V. note [9], lettre 909.

  3. Retz, prisonnier, n’était donc pas lié par les engagements qu’il prenait. Il l’eût été si, en échange de sa parole, La Meilleraye avait renoncé à le faire garder ; dans le cas contraire, il en était quitte.

  4. Sur la Loire.

Dans son transfert bien escorté, Retz passa par Chilly (aujourd’hui Chilly-Mazarin, dans l’Essonne, à 14 kilomètres au sud de Paris, à cause du duc Mazarin, Armand-Charles de La Meilleraye, qui y avait un château, hérité de sa mère). Tout ce manège pouvait difficilement passer pour une mise en liberté… La réponse du pape fut, comme prévu, un refus. Retz s’évada de sa prison de Nantes le 8 août suivant.

9.

V. note [30], lettre 308, pour la mésaventure bordelaise du P. Jean-Dominique Ithier à Bordeaux. Le cardinal Antonio Barberini, alors ambassadeur extraordinaire à Rome, n’eut pas l’archevêché de Paris qui ne fut pas déclaré vacant à la mort de Gondi.

10.

On ne trouve pas confirmation de ce « grand armement » dans les chroniques anglaises du temps ; mais elles font grand état de la surenchère dans les offres financières que faisaient tour à tour les émissaires espagnols et français pour obtenir l’alliance de Cromwell.

11.

Les deux libraires associés de Lyon étaient Jean-Antoine ii Huguetan (frère de l’avocat, Jean) et son beau-frère, Marc-Antoine Ravaud. Les ouvrages cités ici sont le « [Grand] Théâtre de la vie humaine… » de Laurens Beyerlinck (v. note [36], lettre 155), les Opera de Daniel Sennert (1656, v. note [33], lettre 285) et le nouveau tome du Mercurion de Vittorio Siri (v. note [38], lettre 286) ; v. notes [8], lettre 308, pour le Recueil des conclaves et [4], lettre 340, pour la nouvelle édition de l’Ortus medicinæ… [Naissance de la médecine…] de Jan Baptist Van Helmont.

12.

V. note [11], lettre 324, pour le Gabrielis Naudæi Tumulus… publié en 1659.

13.

Parler de est à prendre ici pour négocier sur : le cardinal commençait à racheter la plus grande partie de sa bibliothèque qui avait été vendue à l’encan durant la Fronde ; les « pauvres héritiers » étaient ceux de Gabriel Naudé qui avait lui-même acquis bon nombre de ces livres.

14.

Discours du sieur de Sorbière sur sa conversion à l’Église catholique (Lyon, Guillaume Barbier, et Paris, Antoine Vitré, imprimeur ordinaire du roi et du Clergé de France, 1654, in‑8o), avec Épître (dédicace) au cardinal Mazarin (datée de Paris le 1er mars 1654), dont voici un extrait parlant :

« Je sais, Monseigneur, et par ma propre expérience, et par la connaissance que j’ai d’une infinité de personnes vertueuses, de beaucoup de savoir et de beaucoup d’esprit, qu’une des plus fortes considérations qui les retiennent dans l’hérésie est le malheur d’y être nées et la honte d’attirer sur elles, en sortant de cette communion, la haine de tous ceux de leur secte et le peu charitable jugement même de ceux dont la bonne estime doit être plus considérable. Ils rentreraient volontiers dans l’Église avec la foule ; et quand cette entreprise serait concertée avec les principaux du parti, ils donneraient aisément les mains et se soumettraient derechef à la discipline de leurs ancêtres. Mais de se séparer pour faire parler d’eux selon les divers mouvements des affections diverses, des préjugés et des habitudes, et de s’exposer à la bizarrerie des conclusions qui se tirent si diversement, selon les divers points d’où les choses sont regardées, c’est à quoi ils ne se peuvent résoudre et c’est ce qui leur paraît indigne de leur générosité. De sorte qu’ils tombent dans cette étrange maxime qu’il vaut mieux demeurer dans l’erreur et se mettre en danger de périr dans le schisme que de perdre la gloire de la constance, que de se faire tympaniser {a} (comme ils disent) et que de monter sur le théâtre en spectacle à tous ceux de sa nation. Véritablement, Monseigneur, cette infirmité est digne de commisération, quand ce ne serait qu’à cause du principe de générosité dont elle prend le prétexte ; et peut-être que, de même qu’on s’accommode à celle d’un malade pour l’intérêt de sa guérison, Votre Éminence, qui est le médecin de l’État et qui vient de le tirer de la plus dangereuse maladie dont il ait été attaqué, trouverait quelque biais et quelque expédient dans le fonds inépuisable de sa sagesse et de sa politique, pour leur lever ce scrupule et pour leur faire tout d’un coup et en grande compagnie ce à quoi il est à craindre qu’il ne faille employer des siècles entiers s’il faut les ramener séparément, et les uns après les autres. Le rétablissement de l’uniformité du culte divin dans tout ce royaume est un dessein auquel il semble que Votre Éminence est appelée, et par l’exécution duquel cet autre prince de l’Église, {b} dont Votre Éminence remplit heureusement et si dignement la place, voulait couronner ses grands travaux si Dieu lui eût donné une plus longue vie. En effet, n’ayant plus rien à craindre du dehors, il ne lui restait que le dedans à mettre en bonne assiette et qu’à ôter d’entre les sujets les semences de division intestine. Toutes les autres sont arrachées et les racines de celle-ci ne sont pas si profondes que la main et l’adresse de Votre Éminence n’en puissent venir à bout. Elles ne sont pas aussi de si peu de considération qu’elles doivent être négligées, et de moindres étincelles ont causé de grands embrasements. Outre que je conçois que la réunion des prétendus réformés en France serait un très notable acheminement à celle de tous les autres protestants des pays septentrionaux, et que si la plaie que l’Église reçut en Europe au siècle passé pouvait être refermée par cet appareil, il n’y aurait rien de plus glorieux pour Votre Éminence. »


  1. Se faire diffamer publiquement, se ridiculiser.

  2. Richelieu.


Au fil de sa correspondance, en s’en moquant certes, mais en s’en désolant au fond, Guy Patin a signalé la conversion de médecins protestants au catholicisme : ici Samuel Sorbière, ailleurs Théophraste Renaudot (en 1629), Lazare Meyssonnier (1644) ou Élie Béda des Fougerais (1648). Ceux de la Religion prétendue réformée devaient abjurer s’ils voulaient faire carrière à la cour, en dépit de la tolérance établie par l’édit de Nantes.

Raoul Allier (La Cabale des dévots, pages 279‑285) y a dévoilé l’intervention occulte de la Compagnie du Saint-Sacrement, qui « mettait tout en œuvre pour faire comprendre aux hérétiques qu’ils n’étaient que tolérés et qu’ils l’étaient avec impatience ». La Compagnie s’acharnait aussi à empêcher les facultés de médecine de diplômer des réformés ; mais presque toutes s’y refusèrent, en dépit de quelques excès de zèle, ici ou là, qui consistaient surtout à dénier certains honneurs aux réformés (comme à Paris, le rang d’ancien à Jean iii Des Gorris en 1660, v. note [1], lettre 596). Les dévots entendaient ainsi que les médecins, « tout en soignant les corps, […] devaient aider à la purification des âmes », tout particulièrement en les obligeant « à ne plus retourner voir leurs malades s’ils n’avaient fait appeler un confesseur ». Faute de résultats probants, le 13 novembre 1662, la Compagnie « décidait de faire peser sur les médecins eux-mêmes pour les contraindre à cette sainte obligation. Quelques semaines plus tard, le 4 décembre, on s’avisait que les curés pourraient intervenir eux-mêmes en envoyant visiter les malades de leurs paroisses dès qu’un médecin y aurait été plus d’une fois. Cela ne servit pas à grand-chose. En 1665, le 17 janvier, on se demandait si le mieux ne serait pas d’obtenir de l’archevêque un mandement pour agir sur les malades eux-mêmes. Quelques jours plus tard la Compagnie n’existait plus. Elle n’avait point réalisé son rêve obstiné. »

15.

David Derodon (v. note [1], lettre 302) : Les Lumières de la raison opposées aux ténèbres de l’impiété, ou Traité […] contre les athées (Genève, de Tournes, 1665, in‑8o). Derodon édita aussi de 1639 à 1653 17 thèses de philosophie disputées à l’Université d’Orange.

16.

Jacopo Gaddi (philologue italien natif de Florence vers 1600, mort après 1658) : De Scriptoribus non eclesiasticis Græcis, Latinis, Italicis primorum graduum in quinque theatris…, critico-historicum et bipartitum opus. In prima parte agitur de iis qui opera ediderunt ante… mdl duobus et amplius annorum millibus convolutis. Tomus secundus, in hoc haud pauca continentur ad politicam et naturalem pilosophiam, ad theologiam…, ad historiam…, ad criticam et politicam artem spectantia [Les Écrivains non ecclésiastiques de tout premier rang, grecs, latins, italiens, en cinq scènes, œuvre critico-historique en deux parties. Dans la première, il est question de ceux qui ont publié avant 1550, en remontant à plus de deux millénaires. Le second tome contient, à peu de chose près, tout ce qui touche à la philosophie politique et naturelle, à la théologie…, à l’histoire…, à l’art critique et politique] (Florence, A. Massa, 1648, in‑fo, pour le premier volume ; Lyon, J.P. Chancel, 1649, in‑fo, pour le second).

17.

« je vous jure que je vous en rembourserai l’entière dépense. »

18.

« un Horace avec les notes de divers auteurs » : Q. Horatius Flaccus, cum commentariis selectissimis variorum et scholiis integris Iohannis Bon. Accedunt indices locupletissimi tum auctorum, tum rerum, accurante Cor. Schrevelio [Horace (Quintus Horatius Flaccus), avec des commentaires très choisis sur les variantes et les notes complètes de Jean Bon. S’y ajoutent des index très complets, tant des auteurs que des choses, établis par les soins de Cornelius Schrevelius] (Leyde, Franciscus Hackius, 1653, in‑8o).

Cornelius Schrevelius (Corneille Schrevel, Haarlem vers 1615-Leyde 1664) avait reçu le bonnet de docteur en médecine, mais il consacra l’essentiel de son existence à l’étude et à l’enseignement des auteurs latins, comme principal des Écoles d’humanités de Leyde.

19.

Crédule.

20.

« avec des Priapeia. »

Les Priapées sont un nom qu’on donne aux « épigrammes et aux pièces obscènes qui ont été composées sur Priape [dieu lubrique de la fertilité] » (Furetière). Elles ont été imprimées pour la première fois sous le titre de Priapeia. Diversorum veterum poetarum in Priapum lusus [Priapées. Badinages de divers poètes anciens sur Priape] (Venise, héritiers d’Alde Manuce l’aîné, 1517, in‑8o). Une édition complète et plus tardive de cette anthologie latine d’érudition licencieuse est intitulée Priapeia, sive diversorum poetarum in Priapum Lusus ; illustrati commentariis Gasperis Schoppii [sic pour Scioppii], Franci. L. Apuleii Madaurensis ανεχομενος, ab eodem illustratus. Heraclii imperatoris, Sophoclis sophistæ, C. Antonii, Q. Sorani, et Cleopatræ reginæ, Epistolæ, de propudiosa Cleopatræ reginæ libidine. Huic editioni accedunt Iosephi Scaligeri in Priapeia commentarii, ac Friderici Linden-Bruch in eadem notæ [Priapées ou Badinages des poètes anciens sur Priape ; illustrées par les commentaires de Caspar Schoppe, allemand. L’Anékhoménos de Lucius Apuleius de Madaurus, illustré de même. Lettres de l’empereur Heraclius, du sophiste Sophocle, de Caius Antonius, de Quintus Valerius Soranus et de la reine Cléopâtre, sur la débauche éhontée de la reine Cléopâtre. S’ajoutent à cette édition les commentaires de Joseph Scaliger et les notes de Friedrich Lindenbruch sur les Priapées] (Padoue, Gerhardus Nicolaus v, 1667, in‑8o).

Guy Patin citait ici le Titi Petronii Arbitri… Satyricon et diversorum poetarum Lusus in Priapum, cum selectis variorum commentariis. Accedunt : Privilegium Veneris, Ausonii Cento nuptialis, Cupido cruci-affixus atque alia nonnulla, notis doctorum virorum inlustrata, accurante Simone Abbes Gabbema [Le Satyricon de Pétrone (Titus Petronius Arbiter, c’est-à-dire l’arbitre des élégances) et les Priapées de divers poètes, avec des commentaires choisis des variantes. S’y ajoutent : le Privilège de Vénus, le Centon nuptial, le Crucifiement de l’Amour, et quelques autres pièces d’Ausone, mises en lumière par les notes de savants hommes ; édition établie par les soins de Simon Abbes Gabbema] (Utrecht, Gisbert van Zijll et Theodor van Ackersdijk, 1654, in‑8o).

Gabbema (Leeuwarden 1628-ibid. 1688) était un philologue néerlandais, historiographe et conservateur des archives de la Frise.

21.

« Advienne que pourra. »

22.

Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), limitrophe de Vincennes au sud-est, se situe dans une boucle de la Marne. Il s’y trouvait une importante abbaye (dont le plus célèbre pensionnaire a été François Rabelais) et en surplomb, un château construit au xvie s. par Jean du Bellay, alors propriété des Condé-Conti.

23.

V. note [13], lettre 343.

24.

Thomas d’Aquin : Summa theologica S. Thomæ Aquinatis… in tres partes ab autore suo distributa [Somme théologique de saint Thomas d’Aquin… distribuée en trois parties par son auteur] (Lyon, Jean-Baptiste Devenet, 1655, in‑fo) ; v. supra note [11], pour le Van Helmont.

Saint Thomas d’Aquin (Aquino 1224 ou 1225-Priverno 1274), religieux dominicain, canonisé en 1323, docteur de l’Église en 1567, a fondé la philosophie scolastique et la théologie catholique. La Somme théologique est l’un de ses plus célèbres ouvrages.

25.

Henri de Monantheuil (v. note [6], lettre de Samuel Sorbière datée de janvier 1651) a publié un commentaire d’Aristote et plusieurs traités de mathématiques, mais son commentaire sur le Serment [Iusiurandum] d’Hippocrate est demeuré inédit.

26.

P. Louis Jacob de Saint-Charles (v. note [5], lettre 108) : Bibliographia Gallica universalis, hoc est Catalogus omnium librorum per universum Galliæ Regnum, annis mdclii et mdcliii excursorum [Bibliographie française complète, qui est le catalogue de tous les livres publiés par tout le royaume de France, durant les années 1652-1653] (Paris, Cramoisy, 1654, in‑4o).

27.

Ces ouvrages sont dans l’ordre :

  • David, le vrai politique du Ciel et de la conduite du Juste dans son psaume cxviii : Beati immaculati in via qui ambulant in lege Domini… [Heureux, impeccables en leur voie, ceux qui marchent dans la loi de Yahvé…]. Divisé en trois parties, par le R.P. Raymond d’Avignon, prédicateur capucin (Lyon, Rigaud, 1653, in‑4o) ;

  • du P. Théophile Raynaud, Confiteor reformatum, dissertatio Theophili Raynaudi… de paternitate spirituali, deque non abroganda religiosis sacerdotibus Patrum appellatione [Le Confiteor réformé, dissertation de Théophile Raynaud… sur la paternité spirituelle et sur le fait qu’il ne faut pas enlever aux prêtres religieux leur appellation de pères] (Lyon, Antoine Julliéron, 1654, in‑8o) ;

  • du même, Mala e bonis Ecclesiæ, sive dispensatis lucubratio… [Maux venus des biens de l’Église, ou élucubration pour les administrateurs…] (Lyon, Claude Prost, 1654, in‑4o) ;

  • du P. Pierre Bullioud, s.j., Lugdunum sacro-prophanum seu de claris, illustribus et notis Lugdunensis, Forensibus et Belliiocensibus indices, argumentum et synopsis [Lyon sacrée et profane, ou listes, argument et inventaire des personnages brillants, illustres et connus de Lyon, du Forez et du Beaujolais] (Lyon, Guillaume Barbier, 1647, in‑4o) ;

  • L’Abrégé et la dernière preuve de l’Académie de la vérité, de toutes les principales choses divines et humaines qui se sont passées depuis la naissance de l’Histoire sacrée et profane, et de l’Écriture Sainte, sur le corps, le cours et l’ordre de toutes ces choses, et sur les suites nécessaires de l’une et de l’autre, avec leur usage et méthode pour toutes sortes de discours, par le R.P. A.C. Voisin, missionnaire de Sa Sainteté et du roi à Genève… (Lyon, Barbier, 1653, in‑4o).

28.

Fils de Jean-Casimir, prince palatin de Deux-Ponts, et de Catherine Vasa, fille de Charles ix, le prince Charles-Gustave (Nyköping 1622-Göteborg 13 février 1660) était cousin germain de la reine Christine. Il avait étudié à l’Université d’Uppsala, voyagé en diverses contrées de l’Europe et fait ses premières armes en Allemagne dans l’armée du général suédois Lennart Torstenson. Sur l’invitation de Christine, qui savait ne pas pouvoir avoir d’enfants, il avait été déclaré héritier de la couronne par les États de 1649 et monta sur le trône après l’abdication de la reine, le 16 juin 1654, sous le nom de Charles x Gustave (Karl x Gustav). Pour repousser les prétentions de Jean ii Casimir à la Couronne de Suède, il envahit la Pologne en 1655 et la conquit en trois mois, après une série de brillantes victoires. Il contraignit ensuite Frédéric Guillaume, duc de Prusse et électeur de Brandebourg, à se reconnaître comme vassal de la Suède et plus tard, érigea son duché en royaume indépendant, en récompense des services qu’il lui avait rendus dans ses guerres. Charles Gustave eut encore à réprimer plusieurs révoltes des Polonais, à combattre les Russes en Livonie et surtout, à lutter contre les entreprises du Danemark qu’il essaya de conquérir. Il reprit sur les Danois le Jutland, la Fionie, pénétra jusqu’au cœur du Danemark en passant audacieusement d’île en île sur une mer glacée, et imposa la paix de Roskilde (1658) qui lui assurait la possession de la Scanie, du Halland et d’autres provinces. Il reprit bientôt l’offensive, malgré les représentations des autres puissances, et ses troupes assiégeaient Copenhague lorsqu’il mourut subitement d’une fièvre chaude (G.D.U. xixe s.).

En compensation de son abdication, Christine obtint moins qu’elle demandait, mais n’eut tout de même pas à se plaindre : renonçant définitivement et sans aucun recours à la couronne en faveur de son cousin, elle se voyait personnellement déchargée des énormes dettes contractées tant qu’elle avait régné (1632-1654) et recevait en apanage les revenus des îles de Gotland, d’Öland et d’Ösel, les villes, châteaux et plats pays de Nyköping et de Wolgast en Suède, les bailliages de Pöhl et de Neukloster en Mecklembourg, ainsi que quelques domaines épars en Poméranie ; il était prévu que ses revenus annuels s’élèveraient à 250 000 thalers (trois fois autant de livres tournois), ce qui lui aurait permis de vivre largement si elle les avait régulièrement touchés et avait été moins prodigue qu’elle ne continua de l’être après son abdication (B. Quilliet). Comme les gens de son temps, Guy Patin a conservé à Christine, dans la suite de ses lettres, les titres de reine de Suède ou de reine Christine.

29.

« On ignore encore la véritable cause de cette abdication ».

30.

Dioclétien (Caius Aurelius Valerius Diocles Diocletianus, 245-313) est l’empereur romain qui régna de 285 à 305, d’abord seul, puis à la tête d’une tétrarchie (avec Maximien, Constance Chlore et Galère). Dioclétien, vieilli et usé par le travail, abdiqua en 305 ; il se retira dans sa ville natale, Salone (aujourd’hui Split), et y mourut dans la solitude.

31.

« cette abdication de l’Empire. » Andronic est le nom de quatre empereurs de Constantinople qui régnèrent du xiie au xive s. Vers 1355, l’empereur Jean v partagea le pouvoir avec son fils Andronic iv Paléologue qui, après avoir voulu détrôner son père, dut abdiquer en faveur de son frère Manuel et finir obscurément ses jours dans la retraite.

32.

« il avait péché de multiples façons ».

Charles Quint ou Charles v (1500-1558) fut empereur du Saint-Empire romain germanique (1519-1556), prince des Pays-Bas (1506-1555), roi d’Espagne sous le nom de Charles ier (1516-1556) et roi de Sicile sous le nom de Charles iv (1516-1556). Épuisé par la maladie et par ses échecs contre la puissance croissante de la France et les problèmes allemands, Charles Quint abandonna toutes ses couronnes en 1555 et 1556, et se retira en Espagne dans le monastère de Yuste (Estrémadure) où il mourut le 21 septembre 1558 (sans avoir pour autant renoncé à toute activité politique).

33.

« On dit qu’il ne faut point se dépouiller avant qu’on se couche pour dire qu’il ne faut pas donner tout son bien de son vivant, si ce n’est par testament » (Furetière).

34.

Qui legitis flores et humi nascienta fraga,/ Frigidus, o pueri, fugite hinc, latet anguis in herba [Vous qui cueillez des fleurs et les fraises qui naissent à terre, fuyez d’ici, enfants, un froid serpent est caché sous l’herbe](Virgile, Bucoliques, églogue iii, vers 91‑92).

35.

Ce Picques est distinct de Nicolas Picques, relation de Guy Patin et Charles Spon (v. note [2], lettre 152). Louis xiv rappela le sieur Picques en octobre 1654 quand le baron d’Avaugour fut envoyé ambassadeur en Suède (P. Linage de Vauciennes, Mémoires de ce qui s’est passé en Suède et aux provinces voisines depuis l’année 1652 jusques en l’année 1655… Cologne, Pierre du Marteau, 1677, tome iii).

36.

Socius signifie compagnon (de la Société de Jésus). Parmi quelques personnages « singulièrement énigmatiques » qui appartenaient alors à l’entourage français de Christine de Suède à Stockholm, B. Quilliet (page 201) mentionne « le R.P. Langlois, un jésuite déguisé en cavalier qui, sous le nom de M. de Saint-Hubert, rôdait dans les couloirs, écoutait aux portes, regardait par le trou des serrures ».

37.

Les Colloques d’Érasme [traduits par Chappuzeau] (Leyde, Adrien Vingart, 1653, in‑12o). L’intégralité des Colloques en compte plus de 60.

38.

Ne le prennent de vitesse. Étant donné la censure de Sorbonne qui frappait les Colloques, ils ne pouvaient pas être imprimés en France.

39.

« dont le nombre est infini. »

40.

Don Antonio de Prado, marquis de Pimentel, diplomate espagnol, était alors auprès de la reine Christine. Plus tard, en décembre 1658, il est intervenu dans la « comédie de Lyon » (v. note [22], lettre 549).

41.

Conclu à Westminster le 15 avril entre trois ambassadeurs hollandais et cinq commissaires anglais, ce traité mettait fin à la première guerre anglo-hollandaise. Cromwell le ratifia le 29 avril. Sa clause politique la plus conséquente était de limiter le pouvoir que la Maison d’Orange, favorable aux Stuarts, exerçait encore sur les Pays-Bas. Un débarquement anglais à la Rochelle était et demeura une crainte infondée.

42.

V. notes [14], lettre 113, pour les Œuvres chirurgicales de Jérôme Fabrice d’Aquapendente…, et [57], lettre 183, pour le Chirurgien opérateur… de Joseph Couillard.

a.

Ms BnF no 9357, fos 148‑149 ; Reveillé-Parise no cclix (tome ii, pages 126‑129) ; Jestaz no 112 (tome ii, pages 1203‑1209). Trois passages de cette lettre, un peu modifiés, se trouvent dans une lettre des éditions antérieures (no lxxxviii à Charles Spon dansBulderen, i, pages 230‑232 ; no ccccxxi à André Falconet dans Reveillé‑Parise, iii, pages 29‑31), datée du 1er mai 1654, qu’on doit considérer comme fabriquée. Comme c’est usuel pour les lettres qui ont été démembrées par les éditeurs du xixe s., le manuscrit en est surchargé d’annotations et d’indications destinées aux copistes.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 10 avril 1654.
Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0345
(Consulté le 25.11.2020)

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