L. 322.  >
À Charles Spon, le 29 juillet 1653

Monsieur, [a][1]

Je vous écrivis le 1er jour de juillet et vous envoyai ma lettre par la voie de M. Paquet [2] qui me requit lui-même que je la lui donnasse. Depuis ce temps-là, je vous dirai que M. le maréchal de Turenne [3] a mandé qu’il savait de science certaine que le prince de Condé [4] serait bien fort ; qu’il n’avait point assez de troupes et qu’on ne manquât point de lui envoyer les recrues qu’on lui avait promises ; ou qu’autrement, il se verrait obligé de revenir de deçà et de ramener ses troupes, au lieu d’aller contre le prince de Condé. Là-dessus, on a parlé d’un voyage du roi [5] à Compiègne [6] qui avait été résolu et puis a été remis dans quelques jours.

Ce 8e de juillet. Le 4e de ce mois, on a fait le feu à la Grève, [7] avec force pétards et fusées, præterea nihil[1] pour l’anniversaire de tant d’honnêtes gens qui y furent tués l’an passé. Il y eut collation dans l’Hôtel de Ville pour le roi, la reine, [8] le Mazarin [9] et toute leur suite. On parle ici fort diversement de Bordeaux [10] et entre autres, que le prince de Conti [11] demande l’amnistie, qu’on lui accorde à la charge qu’il s’en ira en Italie. [2]

L’armée du maréchal de Turenne est devers Châlons, [12] elle n’est point si grande que l’on pensait. Elle demeure là cantonnée en attendant que le prince de Condé s’avance ou se découvre, d’autant que l’on ne sait point quelles forces il aura. On avait parlé d’un voyage du roi à Compiègne, mais il n’est point résolu et demeurera indécis jusqu’à quelque autre nécessité.

Bourg [13] près de Bordeaux s’est rendue au roi, [3] aussi bien que Rethel [14] en Champagne. M. de Maisons, [15] président au mortier, a reçu commandement du roi de sortir de Paris et de se retirer à Conches [16] en Normandie qui est une abbaye appartenant à son fils ; [17] et le même jour, 10e de juillet, un de nos conseillers du Parlement est revenu avec permission. C’était un des six exilés nommé M. Le Boults, [18] qui est un homme de mérite. On dit qu’il y en a encore d’autres qui doivent revenir. [4]

Le roi et le Mazarin sont partis de Paris le mercredi 15e de juillet pour aller à Senlis [19] et à Compiègne, et delà à La Fère [20] où M. de Manicamp, [21] qui en est le gouverneur, a tué de sa propre main le maire de la ville, et qui fait mine de vouloir prendre le parti du prince de Condé. [5] On dit aussi qu’ils iront à Amiens [22] à raison du chevalier de Chaulnes [23] qui n’est point d’accord de rendre ce gouvernement de feu son frère, [24] son père, [25] son grand-père, etc.

Et pour réponse à la vôtre que M. Paquet me vient d’envoyer, datée du 8e de juillet, dont je vous remercie très humblement, je vous dirai que M. Paquet est fort bien guéri, Dieu merci, il y a longtemps. Il se dispose à s’en retourner bientôt. M. de Liergues [26] m’a fait l’honneur de me visiter céans par deux fois, je l’ai pareillement vu chez lui. Je ne l’avais jamais vu, c’est un homme curieux, mais il y a pourtant fort longtemps que je le connais bien. Quand M. Paquet sera à Lyon, il vous verra et s’entretiendra avec vous de moi, à ce qu’il m’a promis.

Pour le Casaubon [27] contre Baronius, [28] ne le cherchez point, je vous en fais présent d’un in‑4o que j’ai céans très bien conditionné ; vous trouverez quelque jour que c’est un excellent ouvrage. Si ce bonhomme eût vécu, il en eût fait encore onze autres pour les opposer aux douze in‑fo de Baronius. [6] Vous le trouverez dans le premier paquet que je vous enverrai, il y est déjà associé. J’ai appris avec vous que le bonhomme Blondel [29] était devenu aveugle, [30] aussi est-il fort vieux. Pour la bulle [31] des jansénistes, on n’en parle presque plus ici, les jansénistes s’en moquent et ne s’en tiennent pas condamnés. Telles bulles sunt veræ meræque bullæ[7] elles ne font point tant de mal qu’une colique bilieuse [32][33] ou qu’une douleur néphrétique. [8][34]

Le jeune Bauhin [35] a été ici quelques jours, il vient de l’armée du maréchal de Turenne et je pense qu’il s’y en est retourné, faute d’avoir su trouver ici de l’argent. Les marchands et correspondants de son père [36] ne lui en ont point voulu bailler sans ordre exprès. Voilà ce qui fait les voleurs de la campagne, débauchés et désespérés. Je pense que son père l’a chassé de sa maison et qu’il ne le veut plus voir. Il me dit qu’il n’avait besoin que de 160 pistoles et qu’il fallait que son marchand les lui donnât ou qu’il tuerait quelqu’un ; qu’il avait trois chevaux à entretenir. Non longe visus est a desperatione abesse[9] Je ne suis pas marri de ne le plus voir, abeat in rem suam[10]

Je n’ai jamais vu ce livre de Bauhin [37] intitulé Animadversiones in historiam generalem Lugduni cusam, etc., ni l’autre de Gesner [38] de Lunariis et noctu lucentibus, etc[11]

Ce 16e de juillet. Nous attendons ici de jour à autre M. Naudé [39] tous les jours. Pour M. Rigaud, [40][41] je pense qu’il n’en a guère envie. Je voudrais bien retenir sa copie, il ne l’aurait jamais. Êtes-vous d’avis de lui redemander, et en cas qu’il vous la rende ? J’en écrirai un mot à M. Julliéron, jadis son associé, qui s’est offert à moi de l’imprimer. [12][42]

Ce M. Glacan [43] était un Hibernais qui a fait autrefois imprimer à Toulouse, [44] un traité de Peste, et depuis à Bologne [45] une Physiologie et une Pathologie en deux tomes in‑4o que M. Musnier [46] de Gênes [47] m’envoya l’an passé. [13] M. Naudé m’a dit autrefois que le sieur Scharpe [48] n’était mort que de trop boire. [14] Je vous prie d’assurer mademoiselle votre femme que je l’honore parfaitement et que je lui suis très obligé de la bonne volonté qu’elle a pour moi. Je ne vois plus M. Du Prat, [49] je ne sais ce qu’il est devenu.

Je pensais que le jeune Bauhin s’en fût allé hors de Paris, vu qu’il y a plus de dix jours que je ne l’avais vu, mais mon fils aîné [50] m’a dit ce matin qu’il l’avait vu se promenant devant le Palais comme un bravache, suivi d’un grand et fort estafier.

M. et Mme de Saumaise [51][52] sont encore à Leyde, [53] mais ils se préparent pour s’en aller aux eaux de Spa. [54]

Voilà une mauvaise nouvelle, laquelle m’épouvante et m’afflige fort : c’est que mon bon et ancien ami M. Naudé est demeuré malade d’une fièvre continue [55] à Abbeville, [56] en revenant de Suède. Un sien frère et une de ses sœurs partirent hier en carrosse pour s’y en aller. Si j’en eusse été averti en même temps, quelque affaire que j’aie ici, je ne sais si je ne me fusse point mis en état de m’y en aller quant et eux, tant pour l’assister en sa maladie que pour me réjouir de le revoir après un si grand voyage. Je le traitai ici il y a neuf ans d’une grande maladie, i. d’une fièvre continue avec une grande faiblesse de poitrine. J’ai peur que cette faiblesse ne se soit de beaucoup augmentée depuis tant de temps, et principalement par le grand froid de la Suède. Ne vous étonnez point si ce mal me donne l’alarme : outre l’intime amitié qui est entre lui et moi il y a déjà 35 ans, il est à noter qu’elle ressemble en tout à celle que Pomponius Atticus [57] avait eue pour sa mère qui numquam cum illa in gratiam redierat[15][58] n’ayant jamais rien eu à démêler avec lui en quelque façon que ce soit. Utinam cito convalescat, et pristinæ valetudini, sibique suisque cito restituatur[16]

On dit que le roi est à Amiens, dont il a ôté le gouvernement au chevalier de Chaulnes moyennant 2 000 livres d’argent comptant et le gouvernement de Doullens [59] qu’on lui donne. [17] M. de Manicamp a pareillement quitté le gouvernement de La Fère pour 50 000 écus[5] et le comte d’Harcourt [60] celui de Brisach [61] pour 500 000 livres. Dès que le roi sera ici de retour, on mènera le cardinal de Retz [62] dans la citadelle d’Amiens sous la bonne garde et la charge de M. de Bar, [63] qui est celui qui gardait les trois princes il y a deux ans dans Le Havre-de-Grâce ; [64] et le roi ira passer quelque temps dans le Bois de Vincennes. [65]

J’apprends que M. Thomas Bartholin, [66] professeur en anatomie à Copenhague, [67] y fait imprimer un livre assez petit de vasis lymphaticis[68][69] dans lequel il tâchera de prouver que le foie [70] ne fait point le sang [71] et que toute l’ancienne doctrine est fausse. [18] Quand il aura prouvé cela, adieu la bonne méthode et nos indications. On dit qu’il fait au foie son épitaphe comme une partie inutile : vide quo homines etiam eruditos abripiat studium novitatis[19] Un Ancien [72] a dit en son temps que la rate [73] était inutile, en voilà un qui en dit aujourd’hui la même chose du foie. [20] Nous avons ici parmi nous un des nôtres, effronté charlatan, qui dit que l’antimoine [74] est plus innocent que le séné, [75] et néanmoins il n’en prend jamais quand il est malade et même ne croit pas ce qu’il dit ; mais il prétend par là se donner de la réputation. Et hæc omnia sunt deliria morientis sæculi[21]

Ce 26e de juillet. Je viens d’apprendre que M. Naudé est mieux et qu’il a trouvé là un médecin qui est fort à son goût, ce n’est pas peu pour un malade. Je serais ravi de le revoir ici en bonne santé.

Je vous envoie deux lettres dans la présente, lesquelles je vous supplie de faire rendre à leur adresse. Je voudrais bien n’avoir aucun commerce avec M. Meyssonnier [76] ni avec ses livres, je n’ai point du tout de temps pour cela et je ferai ce que je pourrai à l’avenir pour m’en dépêtrer, combien que je n’y sois guère engagé ; ce que je vous dis afin que vous ne vous étonniez point si je lui écris car ce sera, si je puis, la dernière fois que celle-ci : ad maiora vocor, aut saltem ad meliora[22]

Quelles nouvelles savez-vous de M. Arnaud [77] le chimiste, [23] lequel était retenu dans les prisons de l’Inquisition [78] à Turin [79] avec quelque faveur et restriction, en est-il sorti ?

M. Gassendi [80] vient de sortir de céans, qui m’a appris la mort de M. de Barancy. [24][81] Je lui ai parlé de vous, il vous honore très fort et m’a témoigné qu’il avait grand regret de ce qu’il n’avait pas eu l’honneur de vous voir lorsqu’il passa à Lyon en revenant de deçà.

Les amis du cardinal de Retz n’espèrent plus rien que de Dieu pour sa délivrance. Le pape [82] leur a manqué, dont le cardinal de Médicis [83] irrité a quitté Rome et s’est retiré à Florence.

Le Religio medici d’un Anglais, [84] imprimé il y a dix ans en Hollande, a été réimprimé in‑8o à Strasbourg avec de grands commentaires. [25] Ceux de Bordeaux demandent l’amnistie. [26] Je vous demande pardon que je n’aie point de meilleures nouvelles ; et en attendant, je suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 29e de juillet 1653.


1.

« rien de moins » ; v. note [9], lettre 321, pour la célébration du premier anniversaire du massacre de l’Hôtel de Ville.

2.

La rumeur dont Guy Patin faisait ici état sur la fin de la Fronde bordelaise ne se confirma qu’à la fin du mois (Journal de la Fronde, volume ii, fo 244 ro, 29 juillet 1653) :

« Un gentilhomme, arrivé ici avant-hier après-midi venant de Guyenne […], a rapporté que les notables bourgeois de Bordeaux s’étant rendus les maîtres dans leur ville et ayant arboré l’étendard blanc, avaient envoyé deux députés à Messieurs les généraux de l’armée du roi pour demander la paix ; et cependant {a} qu’on travaillerait au traité, l’on donnerait des farines pour la ville et qu’on éloignerait les armées ; […] que M. le prince de Conti, Mme la Princesse, Mme de Longueville et le petit duc d’Enghien étaient logés dans l’hôtel de ville ; et que MM. de Marchin et Balthazar s’étaient évadés de Bordeaux sans qu’on sût quel chemin ils avaient pris, et qu’on disait seulement qu’ils étaient allés se jeter dans quelque chaloupe vers La Tête-de-Buch pour aller trouver M. le Prince. {b} Ce courrier est allé trouver le roi et M. le Cardinal pour leur porter cette nouvelle et demander la charge qu’il prétend. Le sieur de Monteson arriva hier au matin envoyé par M. de Vendôme et apporta les articles que les Bordelais lui avaient fait présenter pour savoir ce que le Conseil voudrait qu’il leur accordât ; et quelques avis plus particuliers portent que le marquis Sainte-Croix, qui commande l’armée navale d’Espagne, avait mandé à M. le prince de Conti que, n’ayant plus de retraite en Guyenne, il ne pouvait pas s’engager à faire entrer son armée jusqu’à Bordeaux si l’on n’y voulait recevoir garnison espagnole et qu’il fallait qu’il y disposât les habitants ; ce que ce prince n’a osé proposer à cause que les bons bourgeois n’y étaient en aucune façon disposés et que l’Ormée étant détruite, il n’y avait plus de moyen de faire prendre cette résolution. On parle déjà d’envoyer M. le prince de Conti à Rome et Mme de Longueville à Neufchâtel en Suisse, et de faire venir en cour Mme la Princesse et le petit duc d’Enghien. »


  1. Tandis.

  2. Condé ; v. notule {a} de la note [16], lettre 312, pour La Tête-de-Buch.

3.

Journal de la Fronde (volume ii, fos 238 vo et 239 ro, Bordeaux, 2 juillet 1653) :

« Vous avez su que les Espagnols qui commandaient dans Bourg n’ayant plus que trois ou quatre cents de leurs soldats, auxquels ils ne pouvaient se fier, firent leur capitulation jeudi dernier {a} et sortirent de la place vendredi matin avec armes et bagages, et deux pièces de canon, pour être conduits à Saint-Sébastien dans des vaisseaux que M. de Vendôme leur fournit. En même temps, celui-ci entra dans Bourg ou il trouva 45 pièces de canon de fonte et quelques autres de fer, avec des armes pour armer 4 000 hommes et des vivres pour plus de deux mois. M. le prince de Conti est fort indigné contre celui qui y commandait pour avoir rendu la place sans lui en donner part. M. de Candale et ses troupes sont toujours aux environs de cette ville et font des courses jusqu’aux portes pour empêcher qu’on n’y apporte aucuns vivres. Plusieurs croient qu’après la prise de Bourg, où les Espagnols avaient fait des grandes dépenses pour la fortifier, ils ne secourront plus cette ville, et l’on espère maintenant plus aux Anglais qu’à eux. »


  1. Le 26 juin.

4.

Outre qu’il avait renâclé à rendre sa capitainerie de Saint-Germain en faveur de M. de Beaumont, René de Longueil, marquis de Maisons (v. note [12], lettre 172), président au Parlement de Paris, ancien surintendant des finances, avait réclamé avec vigueur au Parlement le retour des magistrats exilés, dont son frère, Pierre de Longueil, était l’un (v. note [3], lettre 310).

Journal de la Fronde (volume ii, fo 236 vo, Paris, 8 juillet 1653) :

« M. le premier président fit connaître à la Compagnie que cela ne ferait que retarder cette affaire, laquelle il avançait de jour en jour, ayant déjà obtenu permission pour M. Le Boults de venir faire sa charge, et liberté à quelques autres de revenir à leurs maisons proches de Paris. »

L’impatience du président de Maisons fut sévèrement punie : il reçut ordre de quitter Paris avec ses deux fils, pour s’exiler à Conches (aujourd’hui Conches-en-Ouches, dans l’Eure, 18 kilomètres à l’est d’Évreux).

Iibid. (fo 240 ro, juillet 1653) :

« Quelques-uns ayant représenté au Conseil que l’abbaye de Conches étant proche de Paris, et le président de Maisons et ses enfants pouvant avoir facilement des intelligences contre le service de Sa Majesté, il fut résolu le 14 de les éloigner dans des lieux séparés ; et même les ordres du roi furent expédiés pour faire aller résider ce président à Cherbourg en Basse-Normandie et son fils à Quimper-Corentin en Basse-Bretagne, laissant seulement son second fils avec Mlle de Maisons sa sœur ; {a} mais le premier président ayant représenté le mécontentement que témoignaient les présidents au mortier de ce nouveau traitement, obtint le 15 une révocation de cet ordre et une permission à ce président de demeurer à Conches avec ses enfants, et même qu’on rappellerait l’exempt qui les garde. »


  1. V. note [26], lettre 435.

Guillaume de Longueil, abbé de Conches et de Saint-Chéron, deuxième fils de René, allait été reçu en 1656 conseiller clerc au Parlement de Paris ; v. note [13], lettre 782, pour son frère aîné, Jean.

5.

Achille de Longueval, comte de Manicamp (1597-1677), commandait en qualité de lieutenant, les garnisons de Chauny et de La Fère.

Journal de la Fronde (volume ii, fos 240 ro et vo, Paris, juillet 1653) :

« M. de Manicamp étant mécontent de n’avoir pas été fait maréchal de France des premiers et prétendant qu’on le lui avait fait espérer, comme étant le plus ancien maréchal de camp, a été accusé depuis peu d’avoir fait son possible pour détourner M. de Chaulnes {a} de s’accommoder avec la cour, à cause qu’il ne pouvait souffrir que M. de Bar fût lieutenant du roi en Picardie ; et ensuite, a été soupçonné d’avoir traité avec M. le Prince ; sur quoi, les ordres du roi ayant été envoyés aux maires et aux échevins de La Fère d’empêcher qu’il ne fît aucune chose contre le service du roi, et celui-ci ayant voulu exécuter cet ordre, M. de Manicamp s’en offensa si fort contre eux qu’il poignarda le maire. Cette nouvelle étant arrivée ici dès le 13, fit hâter la résolution que le roi avait prise trois jours auparavant d’aller à Compiègne ; et dès le même jour, l’on y fit marcher quelques compagnies des gardes avec le bagage ; et Sa Majesté partit d’ici le 15 au matin et fut coucher le soir du même jour à Compiègne par les moyens des relais qu’elle avait envoyés à Senlis, ayant résolu d’aller assiéger La Fère et de châtier M. de Manicamp ; mais le maréchal d’Estrées, oncle de celui-ci, s’entremet pour accommoder cette affaire et pour obtenir sa grâce en remettant cette place au roi, qui lui en donnera, comme l’on croit, une récompense de 50 000 écus. »


  1. V. note [7], lettre 315.

6.

V. note [18], lettre 318.

7.

« ne sont que pures et simples bulles [de savon] ».

Tout ne se passa pas aussi simplement que disait ici Guy Patin ; Journal de la Fronde (volume ii, fo 238 ro, 13 juillet 1653) :

« Dans l’assemblée que Messieurs les prélats firent le 11 de ce mois chez M. le Cardinal, {a} ils se plaignirent de ce que, dans la déclaration que le roi leur avait envoyée pour l’exécution de la bulle {b} du pape qui condamne les Cinq Propositions, {c} Sa Majesté les traitait “ d’amés et féaux ”, {d} prétendant qu’on y devait mettre purement et simplement à “ Messieurs les archevêques et évêques, etc. ” ; mais leur plainte demeura inutile sur ce qu’on leur fit voir plusieurs exemples dans lesquels les rois les ont traités de cette sorte depuis François ier, qui ne les traitait point autrement ; dont ils demeurèrent d’accord. Et ensuite, ils mirent en délibération s’ils écriraient au pape au nom de tout le Clergé de France pour le remercier, {e} <et> pour le prier {f} de vouloir décider la question <s’ils> (lesquels sont en nombre d’environ 60) l’en remercieraient en particulier ; sur quoi, il fut résolu qu’elle {g} en serait remerciée au nom de tout le Clergé, qui lui écrit une lettre pour ce sujet, et qu’ils écriraient aussi une autre lettre circulaire dans toutes les provinces pour y faire exécuter cette bulle. Ils se rassemblent aujourd’hui chez M. le Cardinal pour voir si ces deux lettres seront conçues dans les termes qu’ils ont résolus. C’est M. de Marca, l’archevêque de Toulouse, qui les a dressés. »


  1. Mazarin.

  2. Cum occasione.

  3. V. note [16], lettre 321.

  4. Formule pour intituler les lettres que le roi écrivait à ses sujets quand ils n’étaient pas « de la première qualité » (Furetière).

  5. Le pape.

  6. Le Clergé.

  7. Sa Sainteté.

8.

On parlait de colique bilieuse quand on jugeait la colique (v. note [2], lettre 347) due à une rétention de bile. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui une colique hépatique, crise douloureuse dont la cause (obstruction des voies excrétrices de la bile), le siège et les caractères sont distincts de la colique néphrétique (liée à l’obstruction de la voie excrétrice d’un rein).

9.

« Il ne semble pas être loin du désespoir. »

Ce jeune Bauhin fort turbulent était Johann Caspar ii, fils aîné de Johann Caspar i (v. note [28], lettre 229).

10.

« qu’il s’en aille donc s’occuper à ses affaires. »

11.

Ce sont deux livres de botanique :

  • Animadversiones in Historiam generalem plantarum Lugduni editam : item, Catalogus plantarum circiter quadrigentarum eo in opere bis terve positarum [Remaques sur l’Histoire générale des plantes publiée à Lyon : en plus, un catalogue d’environ 400 plantes qui ont été exposées deux ou trois fois dans cette œuvre] (Francfort, Melchior Hartmann, 1601, in‑4o ; Guy Patin a dans ce titre remplacé editam [publiée] par cusam [imprimée]) de Caspar Bauhin, qui est un recensement des erreurs dont l’Historia generalis plantarum (v. note [13], lettre 297) fourmille ;

  • De raris et admirandis Herbis, quæ sive quod noctu luceant, sive alias ob causas, lunariæ nominantur, commentariolus, et obiter de aliis etiam rebus quæ in tenebris lucent…. [Petit mémoire sur les Herbes rares et remarquables qui, soit parce qu’elles luisent la nuit, soit pour toute autre cause sont dénommées lunaires, et aussi, en passant, sur d’autres choses qui luisent dans les ténèbres…] (Zurich, Andreas et Jacobus Gesner, 1555, in‑4o, Gallica) de Conrad Gesner (v. note [7], lettre 9).

12.

Désespoir de Guy Patin sur l’édition des Chrestomathies de Caspar Hofmann dont il avait confié de nouvelles parties manuscrites à l’imprimeur Pierre Rigaud de Lyon (v. note [1], lettre 274) ; v. note [2], lettre 301, pour Antoine Julliéron.

13.

Neil O’Glacan : Tractatus de peste, seu brevis, facilis et experta methodus curandi pestem [Traité sur la peste, ou la méthode rapide, facile et experte pour soigner la peste] (Toulouse, Colomiez, 1629, in‑12o) ; v. note [20], lettre 321, pour son autre ouvrage traitant de physiologie, pathologie et sémiologie.

14.

V. note [7], lettre 147, pour Georges Scharpe, docteur et professeur de médecine de l’Université de Montpellier, mort en 1638.

15.

« qui jamais n’avait eu à se réconcilier avec elle » ; Cornelius Nepos (v. note [1], lettre 815), Vies des hommes illustres (chapitre xxv, Pomponius Atticus, 17:1) :

De pietate autem Attici quid plura commemorem ? Cum hoc ipsum vere gloriantem audierim in funere matris suæ, quam extulit annorum xc, cum esset vii et lx, se numquam cum matre in gratiam redisse, numquam cum sorore fuisse in simultate, quam prope æqualem habebat.

[Pourquoi parlerais-je au long de la piété d’Atticus {a} envers ses proches ? Puisqu’à la mort de sa mère, qu’il fit ensevelir à l’âge de 90 ans, quand il en avait lui-même 77, je lui ai entendu dire, et en s’en glorifiant, qu’il n’avait jamais eu à se réconcilier avec elle, ni été en dispute avec sa sœur qui était presque du même âge que lui].


  1. V. note [1], lettre 14, pour Pomponius Atticus, ami de Cicéron.

16.

« Dieu fasse que bien vite il se porte mieux et retrouve vite sa santé d’antan, et pour lui-même et pour les siens. »

17.

V. note [7], lettre 315, pour Charles d’Albert d’Ailly, nouveau duc de Chaulnes. À la manière de son temps, Guy Patin écrivait Dourlans pour Doullens, ville de l’Amiénois, sur la rivière d’Authie, dans l’actuel département de la Somme.

18.

Thomæ Bartholini Vasa lymphatica nuper Hafniæ in animantibus inventa, et hepatis exsequiæ [Les vaisseaux lymphatiques découverts par Thomas Bartholin à Copenhague chez les animaux, et les funérailles du foie] (Copenhague, G. Holst, 1653, in‑4o ; Paris, Vve de M. Du Puis, 1653, in‑8o, v. note [16], lettre 308). Thomas Bartholin annonçait pour la première fois la caractérisation des vaisseaux lymphatiques.

19.

« voyez à quoi l’ardeur de la nouveauté entraîne les hommes, même savants. » Dans ses Vasa lymphatica (33e et dernière page de l’édition parisienne de 1653) Bartholin donne en effet une ironique et lapidaire épitaphe du foie en conclusion de sa démonstration que, contrairement à ce qu’on tirait alors des enseignements antiques, la fabrication du sang (sanguification, v. note [1], lettre 404) ne s’y faisait pas :

siste. viator.
clavditvr. hoc. tvmvlo. qvi.
tvmvlavit. plvrimos.
princeps. corporis. tvi. cocvs.
et. arbiter.
hepar. notvm. secvlis.
sed.
ignotvm. natvræ.
qvod.
nominis. maiestatem. et. dignitatis.
fama. firmavit.
opinione. conservavit.
tamdiv. coxit.
donec. cvm. crvento. imperio.
seipsvm. decoxerit.
abi. sine. iecore. viator.
bilemqve. hepati. concede.
vt. sine. bile. bene.
tibi. coqvas. illi. preceris.

[Arrête-toi, voyageur, devant ce tombeau qui en a tant ensevelis. Premier cuisinier et arbitre de ton corps, le foie y est enfermé. Connu par des générations d’hommes, mais inconnu de la Nature, qui a affermi dans l’opinion la majesté d’un nom et l’a conservée dans une réputation de dignité, il a cuit si longtemps avec un pouvoir sanguinaire qu’enfin il s’est réduit lui-même. Éloigne-toi sans foie, voyageur, et cède la bile au foie pour bien te cuire sans bile et prier pour lui].

20.

Encyclopédie :

« L’usage de la rate a été bien contesté de tout temps, soit à cause que la dissection n’en fait point apercevoir l’usage immédiat, soit parce qu’on trouve que tous les animaux à qui on la coupe ne laissent pas de vivre sans rate. Tout ce qui arrive, par exemple, aux chiens à qui on l’a coupée, c’est qu’ils sont plus alertes qu’à l’ordinaire, qu’ils urinent plus souvent, qu’ils sont plus affamés qu’auparavant et que pendant les premiers jours, ils sentent des nausées et qu’ils vomissent ; on ajoute que pour faire un bon coureur il faut lui ôter la rate. C’est pourquoi quelques-uns ont imaginé que la rate ne servait que d’un poids pour entretenir l’équilibre du corps ; d’autres qu’elle ne servait qu’à faire la symétrie ; d’autres croient que c’est un poids inutile et une des superfluités de la nature ; d’autres que c’est une fosse commune dans laquelle le sang dépose ses parties grossières ; d’autres enfin que c’est un feu dont la chaleur anime l’action de l’estomac. »

La rate sert à l’épuration du sang et à la protection contre certaines infections bactériennes ; mais contrairement au foie, elle n’est pas indispensable à la vie. Guy Patin allait dire dans une lettre suivante à Charles Spon (26 août 1653, lettre 315) qu’Érasistrate était l’Ancien dont il parlait à propos de l’inutilité de la rate (v. note [23], lettre 324).

21.

« Et tout cela n’est qu’extravagances d’un siècle moribond. » Guy Patin a souvent employé cette expression pour dire sa nostalgie du temps passé et son incompréhension du présent.

22.

« je suis appelé à de plus grandes choses, ou plutôt à de meilleures. » Guy Patin partageait ici l’opinion de Siméon Courtaud, qui avait écrit le 8 janvier 1653 à Charles Spon (ms BIU Santé 2190, fos 189‑190) :

« Je vous dirai ce qui m’est arrivé ces jours passés, à savoir comme on m’a fait voir un Almanach parfait (tel est le titre) composé par quelqu’un appelé L’Hermitte, sur la fin duquel j’ai trouvé la recommandation de quelque remède fait par M. Meyssonnier, docteur de cette Université. J’ai été étonné de cette procédure, laquelle tient du charlatan et n’appartient qu’à un ignorant de se faire trompeter de la sorte. Mes confrères en sont fort fâchés, particulièrement de ce que ledit sieur Meyssonnier a pris le titre de docteur de Montpellier. Il ne devrait point profaner le nom qui le rend honorable et qui ne doit être couché que sur le cuivre, le marbre et le diamant, c’est-à-dire couché dans des œuvres dignes d’un homme savant. On le prie d’arrêter cela et d’employer cette belle qualité après de plus nobles et excellentes occasions. Autrement, l’École lui témoignera le ressentiment qu’elle en a. »

Et de nouveau, le 28 février 1653 (ibid. fos 192‑194) :

« Je vous avais écrit quelque chose touchant M. Meyssonnier. Il s’en est plaint à moi et par là, j’ai connu comme vous êtes bons amis, vu que même du depuis vous lui avez aidé à me faire tenir un paquet suscrit de votre main, mais contenant diverses petites œuvres dudit sieur. Je lui rends la raison de ce que je fis le plus honnêtement et doucement que je puis. Je m’assure qu’il en sera satisfait. Nous attendons dans peu de temps le retour de deux de nos collègues qui sont encore à la cour, M. de Belleval et M. Soliniac, lesquels vous pourront voir en passant ; et après leur retour, on pensera à faire courir le Notum pour les places vacantes en notre Compagnie. La dispute sera célèbre car il y a déjà plusieurs très capables concurrents qui se présentent. Nous n’avons ici rien de nouveau qu’une appréhension de quelques troubles en ce quartier. Ma réponse au sieur Riolan est toute prête. Je n’attends encore que quelques petits mémoires qui me sont nécessaires. »

23.

V. note [3], lettre 243, pour E.R. Arnaud, médecin chimiste de Montpellier.

24.

François de Barancy (v. note [3], lettre 211) était mort le 18 juillet 1653 ; selon Joseph Bougerel (Vie de Pierre Gassendi, Paris, J. Vincent, 1737, in‑12o, livre v, page 353) :

« Il avait été attaqué deux fois d’apoplexie, et deux fois les médecins l’avaient retiré des portes de la mort. Au sortir d’un repas qu’il avait fait avec quelques amis, il fut se baigner dans la Saône à cause des grandes chaleurs qu’il faisait ; mais à peine fut-il dans l’eau qu’il fut attaqué pour la troisième fois. Tout ce qu’il put faire fut de rentrer dans son bateau où il expira. Il était âgé d’environ cinquante-six ans. »

25.

V. notes [26], lettre 113, [20], lettre 237, et [22], lettre 300, pour La Religion d’un médecin de Thomas Browne.

26.

Journal de la Fronde (volume ii, fos 246 vo et 247 ro) :

« De Bordeaux du 30 juillet. La paix est enfin conclue hier et signée de MM. de Vendôme et de Candale, sur la parole desquels elle doit être exécutée. Ils doivent entrer demain tous deux dans cette ville avec leurs domestiques et gardes en attendant la ratification des articles accordés, et la résolution de quatre qui sont demeurés indécis et qui ont été renvoyés au roi pour les résoudre : le premier est le rétablissement du parlement de cette ville ; le 2, la suppression de la Cour des aides ; le 3, la démolition du Fort de César. {a} Je ne sais pas encore le 4, mais ces Messieurs en ont fait espérer une favorable réponse. M. le prince de Conti et les princesses ont témoigné être fort fâchés de ce qu’on n’a pas sursis cette exécution jusqu’à ce que la ratification et réponse fussent venues de la cour. Ils doivent sortir de cette ville demain matin. M. le prince de Conti s’en va en Languedoc, à Pézenas, {b} en une maison {c} qui est à lui de feu M. de Montmorency. Sa première journée {d} est à Cadillac où il fera quelque séjour en attendant que son équipage soit prêt et que la ratification de la cour soit arrivée. Mme la Princesse et M. le duc d’Enghien s’en vont à Lesparre, {e} maison de M. d’Épernon, en attendant leur passeport de la cour pour aller trouver M. le Prince en Flandres, où M. de Marsin s’en va aussi par mer. Mme de Longueville s’en va à Plassac, {f} maison de M. d’Épernon, et delà à Montreuil-Bellay {g} proche Saumur. Leurs troupes ont obtenu des routes pour aller joindre M. le Prince, à la réserve de celles de Balthazar, lequel ayant eu une récompense de 20 000 écus de Mme la Princesse, à prendre sur ses fermiers, a fait son accommodement et s’en va en Catalogne. L’armée navale d’Espagne est dans la rivière à un lieu nommé Pauillac où elle attend les dix vaisseaux anglais pris à louage. On dit qu’elle est résolue de tenir M. de Vendôme enfermé et d’empêcher qu’il ne vienne ici des vaisseaux d’aucun endroit. Les princes et princesses ont fait ici beaucoup de dettes et ont engagé toute leur vaisselle d’argent, de sorte que leur équipage est fort chétif. »


  1. Construit par César de Vendôme.

  2. Hérault.

  3. Le château de la Grange-des-Prés.

  4. Étape.

  5. Lesparre-Médoc (Gironde).

  6. À l’embouchure de la Gironde.

  7. Maine-et-Loire.

a.

Ms BnF no 9357, fos 120‑121 ; Jestaz no 96 (tome ii, pages 1101‑1107).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 29 juillet 1653.
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(Consulté le 25.05.2020)

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