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À Charles Spon, le 17 septembre 1649

Monsieur, [a][1]

Ma dernière vous aura été rendue, datée du 3e de septembre, par M. Mauger, [2] jeune homme de Beauvais [3] qui est de présent en votre ville et qui médite un plus grand voyage, modo nervi peregrinationis non deficiant[1] J’apprends qu’il a envie de faire beaucoup de choses, mais ses parents le rappellent de deçà, ne voulant en aucune façon consentir qu’il fasse tant de dépenses. Je ne pense pas qu’il ose guère faire autrement qu’ils ne veulent, ni même qu’il le puisse, vu que j’apprends qu’il n’a touché que 100 écus avant que de partir d’ici. J’ai été ici visité par un chirurgien de votre ville nommé M. Bailly, [4] natif d’Alençon, [5] de la part de M. Garnier, [6] votre collègue qui est son bon ami et son allié ; lequel chirurgien m’a bien dit du bien de vous, dont j’ai été très aise, et de M. Falconet aussi. Et à ce que j’en ai pu comprendre, il n’aime ni ne fait pas grand état d’un qui fait le fin en votre ville, nommé M. Guillemin, [2][7] duquel j’ai mainte fois ouï parler à des Lyonnais de deçà comme d’un grand personnage et d’un médecin de haute gamme. Le livre du P. Caussin, [8] in‑fo, de Domo Dei[3] est sur la presse. Il y en a douze feuilles de faites, ce sera un in‑fo de 200 feuilles. Je voudrais qu’il fût déjà fait et qu’en tinssiez un en votre étude. Je vous le voue, je vous le souhaite, je vous le promets et vous l’enverrai dès qu’il sera fait.

Il y a ici un plaisant procès entre les libraires. Le syndic a obtenu un nouvel arrêt, après environ 30 autres, par lequel il est défendu à qui que ce soit de vendre ni d’étaler des livres sur le Pont-Neuf. [9] Il l’a fait publier et a fait quitter ce Pont-Neuf à environ 50 libraires qui y étaient, lesquels sollicitent aujourd’hui pour y rentrer. [4] M. le chancelier[10] le premier président[11] le procureur général [12] et toute la Cour sont pour le syndic contre ceux du Pont-Neuf, à qui on a fait entendre que la reine [13] voulait que cela allât ainsi. [5] Maintenant les valets de pied du roi, qui tiraient tous les ans quelque profit de ces libraires, i. un certain nombre de pistoles, pour le droit de leurs boutiques, sollicitent pour leur profit envers la reine, laquelle infailliblement ne cassera point l’arrêt de la Cour pour ces gens-là ; et par provision, de peur que quelqu’un ne se saisît de ces places vides, ils y ont mis une espèce de nouveaux marchands de bas de soie qui ont été portés. Je pense qu’à la fin les fripiers s’y mettront. En bonne justice, il ne devrait y avoir sur le Pont-Neuf aucun libraire, pour les friponneries que ceux qui y ont été par ci-devant y ont exercées ; vu qu’ôté quelque défroque de nouvelle bibliothèque qui y venait quelquefois, on y vendait trop de livres imparfaits et dérobés, que les valets, les servantes et les enfants des familles y portaient tous les jours et de tous côtés sans aucune punition. J’attends avec impatience des nouvelles du manuscrit pathologique de M. Hofmann, [14] lequel me sera rendu quand il plaira à Dieu. [6]

Ce 9e de septembre. Le cardinal Mazarin [15] a encore remis sus le mariage de sa nièce l’aînée [16][17] avec M. le duc de Mercœur ; [18] mais on dit qu’il ne se fera jamais à cause que M. le Prince [19] s’y est tout à fait opposé et bandé contre. Cela fait penser que ce prince a quelque dessein contre le Mazarin et sa fortune. Il y en a encore d’autres raisons qui font penser la même chose. Le roi, [20] la reine et toute la cour sont ici et font bonne mine, combien qu’ils n’aient guère d’argent. On ne laisse point de dire que le mariage se fera et que Mme de Vendôme, [21] qui est allée aux eaux de Bourbon, [22] a, quamvis invita[7] soussigné les articles, d’autant que M. de Vendôme [23] l’a ainsi désiré. On dit aussi que pour cet effet M. de Beaufort [24] quitte l’hôtel de Vendôme et qu’il a loué une grande maison qui était vide dans le cœur de la ville, savoir au cloître de Saint-Médéric, [25] qui est celle de feu M. de Caumartin, [26][27] garde des sceaux, qui y mourut l’an 1622 et où sa femme n’est morte que depuis deux ans. [8][28] On dit même que la vaisselle d’argent qui doit faire l’ameublement de ce mariage en partie se fait chez le bonhomme M. de La Haye, orfèvre. Dicitur tamen Condæus adhuc reclamare[9] sur quoi l’on n’oserait dire s’il se fera ou non. Les libraires du Pont-Neuf ont trouvé un ami vers la reine qui a obtenu pour eux encore un terme de trois mois, c’est-à-dire jusqu’à Noël, afin que durant ce temps-là ils puissent trouver des boutiques. C’est M. Saintot, [10][29] maître des cérémonies, qui leur a fait ce plaisir ; et je doute dorénavant si on les en pourra jamais chasser puisqu’après tant d’arrêts il n’y a point de justice.

Du 16e de septembre. Pour réponse à la vôtre, datée du 10e de septembre, je vous dirai que je suis bien aise que M. Mauger ait eu l’honneur de vous voir, mais je ne saurais pas vous dire les obligations qu’il m’a. Il me semble qu’il ne m’en a guère, hormis une bonne volonté que j’ai de le servir. Je vous prie de faire en sorte envers lui qu’il n’aille guère loin, il n’a non plus que faire à Montpellier [30] que ceux de Montpellier ont à faire de lui. J’ai regret de n’avoir dit adieu à M. Marion. [31] Je me répute malheureux que je ne suis presque jamais au logis, [11] d’où vient que j’en perds de très bonnes occasions ; et ai du regret pour celle-là plus que pour toute autre. C’est un mal qui m’est commun presque toute l’année, que je n’ai guère de loisir d’être céans que le soir et le matin. Je vous prie de lui témoigner le regret que j’en ai et que je suis son très humble serviteur. Je fais état de lui à cause de lui-même, et pour l’amour de vous qui m’avez fait l’honneur de me donner sa connaissance ; joint qu’il est homme déniaisé, nec publici saporis[12][32]

Le Mazarin est ici avec martel en tête pour le mariage de sa nièce, lequel déplaît à M. le Prince, tandis que tous les officiers de la cour se plaignent de ce qu’ils ne reçoivent pas un sol de leurs gages et que le nombre des malcontents est infini. Le chevalier de Guise [33] demande aussi une abbaye en la ville d’Eu, [34] que le Mazarin a donnée à M. Le Tellier, [35] secrétaire d’État, sa créature, pour un de ses enfants. [13] Ces guisards font du bruit, menacent et se plaignent haut que s’ils n’ont grand pouvoir, au moins peuvent-ils augmenter le nombre des malcontents. Cette abbaye est dans une ville qui leur appartient, ils ont menacé le cardinal Mazarin de tuer tous ceux qui y viendraient pour en prendre possession. C’est à lui à y aviser, comme aussi à ce M. Le Tellier, qui est déjà en fort mauvaise odeur ici et chargé de la haine publique pour avoir été un des principaux conseillers d’assiéger Paris il y a tantôt neuf mois. Ce bourgeois de Trinacrie se conserve véritablement, [14] mais ce n’est pas sans peine, et en aura encore bien davantage s’il veut aller jusqu’au bout. Multis ærumnis premitur, imo opprimitur[15] et ne s’en faut plus que l’accablement dernier qui achève la catastrophe et claudat fabulam ; [16] ce qui peut arriver et vraisemblablement arrivera, mais je ne sais pas quand ce sera. Nec facile potest perveniri ad tam grande secretum ; metas nec tempora pono ; quamdiu miniatum suum Iovem Iuno adamabit, imo deperibit, stare poterit Fortunæ amasius, et gallinæ filius albæ ; donec interveniant Dii minores et medioxumi, qui divortium facient, et nuptias discindent[17][36][37][38][39]

Pour Quinte-Curce, [40] êtes-vous bien assuré qu’il ait vécu sous Tibère ? [41] Il y en a qui disent sous Auguste, [42] à cela poussés pour sa belle latinité ; d’autres comme vous, sous Tibère ; les autres sous Vespasien, [43] avec quelque apparence de raison. Ut vero in re dubia, varia sunt hominum iudicia[18][44] J’ai eu autrefois un régent qui avait une étrange opinion de Q.‑Curce : il disait que c’était un roman, que le latin en était beau, mais qu’il y avait de grandes fautes de géographie. Il y en a une énorme entre autres dans le septième livre, lorsqu’il parle de ces Scythes [45] qui vinrent prier Alexandre le Grand [46] de ne point passer le Tanaïs pour entrer dans leur pays. [19][47] Ce fleuve s’appelait Iaxartes [48] et non point le Tanaïs, qui vient de la Moscovie se jeter dans le Palus Meotis et sert à faire la séparation de l’Europe avec l’Asie en séparant la Scythie européenne d’avec l’asiatique ; [20][49] et pour vous montrer que cela est vrai, Alexandre le Grand n’ayant pas trouvé son compte après avoir passé cette rivière, il revint incontinent in regionem Sacarum[21] et delà entra dans les Indes Orientales ; [50] et tout cela est très éloigné du vrai Tanaïs. Ce même maître nous disait que l’auteur de ce livre était un récent, un savant Italien qui fit ce livre il y a environ 300 ans : preuve de cela, que nul ancien n’avait cité Q.‑Curce ; qu’il était là-dedans parlé des fleuves Indus et Gange, et autres pièces des Indes qui étaient inconnues à ces anciens qui ont vécu devant Ptolémée, [51] lequel est le premier et le plus ancien auteur qui meminerit Sinarum[22][52] Juvénal, qui vivait tant soit peu devant, a dit Quid Seres, quid Thraces agant[23][53]  Meminit quoque Plinius Serici Oceani[24] Seres illi [25][54] sont les habitants du pays de Cathay [55] qui est une province très grande de l’Asie Majeure, dans la Scythie, au-dessus de la Chine en tirant vers le pôle, sed nemo meminit Sinensium vel Sinarum ante tempora Ptolemei, etc. [26] Mais tout cela est une controverse pour laquelle nous n’irons pas sur le pré. Imo tuo iudicio cadam aut stabo[27] et n’en croirai que ce qu’il vous plaira. Le jésuite Raderus, [56] qui a commenté Q.‑Curce, n’oserait définir en quel temps il vivait. [28] C’est une des difficultés dont j’espère de voir et d’apprendre la solution dans l’édition qui se fait en Hollande du beau livre de feu M. Vossius [57] de Historicis Latinis ; [29] auquel ouvrage si l’auteur a mis la dernière main, il y aura bien moyen d’apprendre d’autres gentillesses. Et c’est assez de Q.‑Curce, je reviens à votre lettre.

Toute notre guerre passée n’a été que l’ouvrage des partisans et maltôtiers qui avaient envie de faire bouquer le Parlement[30] d’en chasser les plus généreux ou les faire étouffer, comme ils avaient bien commencé l’an passé, et eussent continué si les barricades [58] ne fussent venues, tamquam Deus ex machina[31] pour MM. du Blancmesnil [59] et de Broussel. [60] Ils avaient gagné pour cet effet la reine, le Mazarin et Gaston. [61] Le prince de Condé, qui était du côté du Parlement, se dépita aussi et quittant ce premier parti pour un refus qu’on lui fit de lui donner la régence, se rangea du côté du Mazarin moyennant 400 000 écus ; et voilà comment il se déclara contre nous et fut le chef des assiégeants ; inde illæ lacrymæ[32][62] voilà comment ce diable d’argent tire tout de son côté. Je suis bien aise que votre Sennertus [63] roule toujours et souhaite fort qu’il soit bientôt achevé. [33] Quand pensez-vous que ce sera ? chaque tome aura-t-il sa table ? M. Ravaud, [64] par sa dernière, m’a mandé qu’il me priait de leur accorder que ce livre me fût dédié, qu’en dites-vous ? Donnez-moi votre conseil là-dessus afin que je n’y fasse point de faute. Indiquez-moi charitablement ce que je dois répondre et in ista difficultate fac me participem tuæ sapientiæ[34] afin que je leur fasse là-dessus une réponse qui ne vous déplaise point. Age amicum[35] et me conseillez en ami. Quand vous écrirez à M. Bauhin, [65] mon ancien ami (c’était l’an 1624), [36] je vous prie de lui faire mes très humbles recommandations. Je me souviens d’avoir ouï parler et même d’avoir vu le traité de Sennertus De Origine et natura animarum in brutis, etc[37][66] Je souhaite fort que ce traité, qui est de soi fort curieux, entre dans votre édition, mais je m’en rapporte à votre jugement ; je ne l’ai jamais eu à moi, je ne l’ai que vu. Pour le traité de arte bene vivendi, beateque moriendi[38] il serait à souhaiter qu’il fût mis à quelque fin de volume puisqu’il peut servir à tout le monde. Le manuscrit pathologique est encore en chemin, [6] je n’en ai rien appris mais j’en attends impatiemment des nouvelles. Après que je l’aurai reçu et un peu examiné, je ne manquerai pas de vous mander l’opinion que j’en aurai, sive de promovenda eius editione, sive non[39] Je n’ai point reçu le Perdulcis [67] de M. Carteron, [40][68] prenez donc la peine d’en parler à M. Ravaud. Il me semble que vous m’avez mandé par ci-devant que vous l’aviez donné à envoyer ici à un nommé M. de La Garde [69] qui lors faisait balle pour M. Jost. Si le P. Vavasseur [70] a piqué dans son livre M. Rigault, [71] il est homme à se défendre. Ce père est celui-là même qui a fait des oraisons que je vous ai autrefois envoyées. [41] Il est vrai que l’impératrice est morte. [42][72] M. Moreau [73] est en fort bonne santé, Dieu merci. Nous nous sommes rencontrés en consultation [74][75] depuis un mois plus de dix fois, et quelquefois aussi avec M. Riolan. [76] Ne pensez-vous pas que nous eussions fait un bon trio ? Le fils de M. Moreau [77] n’a pas été malade ; mais le mien, mon aîné, [43][78] l’a été rudement aux champs, à neuf lieues d’ici, où il est encore, mais en meilleur état. Je l’attends dans quelque jour. Je n’ai pu quitter ici pour y aller, mais j’y ai envoyé un homme de nos amis qui ne pouvait manquer de lui être fort agréable et qui lui a bien servi.

On vient de me dire que le grabuge de la cour est apaisé et que M. le Prince s’est contenté du gouvernement du Pont-de-l’Arche [79] pour M. de Longueville [80] à qui on l’avait promis à Pâques dernières, aux traités de paix ; [44] et que le mariage de la mazarinette avec M. de Mercœur se fera la semaine qui vient. On dit que M. le maréchal Du Plessis-Praslin [81] a la commission d’aller traiter de la paix à Bordeaux [82] et qu’il partira demain ; [45] que les Espagnols s’en vont assiéger Casal [83] et qu’ils ont pris une petite ville près de là qui leur sera un poste avantageux. On dit aussi que nos troupes de Flandres [84] sont revenues vers Cambrai, [85] de la peur qu’elles ont eue de l’attaque des troupes de l’Archiduc Léopold. [86] On dit aussi que la peste [87] est bien forte à Rouen, [88] et que le duc de Mercœur sera vice-roi de Catalogne [89] et qu’il partira dès huit jours après ses noces pour y aller. Et voilà tout ce que je sais, je vous baise les mains de tout mon cœur et suis de toute mon affection, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce vendredi 17e de septembre 1649.


1.

« pourvu que les subsides du voyage ne lui manquent pas » (v. note [7], lettre 202, pour Mauger).

2.

Pierre Guillemin, agrégé au Collège des médecins de Lyon, a écrit une lettre à Guy Patin le 14 août 1657.

3.

V. note [50], lettre 176, pour le Domus Dei de Nicolas Caussin.

4.

Journal de la Fronde (volume i, fo 93 ro, 7 septembre 1649) :

« Ledit jour, afin d’empêcher qu’on ne vendît plus ici des libelles qui avaient été imprimés pendant les désordres passés, on fit défenses à tous imprimeurs et libraires de vendre désormais aucuns livres ni libelles sur le Pont-Neuf, avec ordre à tous ceux qui ont accoutumé d’y en vendre et qui sont logés aux environs de se retirer au quartier de l’Université, ce qui fait grand tort à plus de 300 familles qui en murmurent fort. »

L’Édit du roi pour le règlement des imprimeurs et libraires, registré le 21 août 1686 (Paris, Denis Thierry, 1687, in‑4o, titre ii, art. 15, page 35) cite l’article 24 du règlement qui en résulta (Anatole de Montaiglon, Pièce sur le renvoi des bouquinistes du Pont-Neuf) :

« Pour remettre autant que nous pourrons l’imprimerie et la librairie en honneur, et retrancher les choses qui tendent à son avilissement, nous défendons, conformément aux ordonnances, arrêts de notre Conseil et de notre Parlement, à toutes personnes, pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit, d’avoir aucune boutique portative ni d’étaler aucun livre ; enjoignons à tous les marchands libraires et imprimeurs, et toutes autres personnes qui ont étalage, principalement sur le Pont-Neuf ou aux environs, ou en quelque endroit de la ville que ce puisse être, de se retirer et de prendre boutique dans le jour de Noël aux lieux ci-devant désignés, à peine, ledit temps passé, d’être châtiés comme réfractaires à nos ordonnances, outre la confiscation de leurs marchandises que nous voulons être adjugées au profit du premier qui les dénoncera, sans autre forme ni figure de procès, nonobstant oppositions ou appellation quelconques, dont nous rendons les syndic et adjoints responsables en cas de contravention. »

5.

Journal de la Fronde (volume i, fo 95 vo, septembre 1649) :

« Le 10, les libraires du Pont-Neuf ayant été chez le premier président et lui ayant représenté que le feu roi Henri iv leur avait donné ces places, dans la jouissance desquelles ils avaient été maintenus par le feu roi Louis xiii, et qu’ainsi on ne les leur pouvait ôter sans injustice, il leur dit que c’était la volonté de la Cour et qu’il fallait passer par là ; et n’en pouvant tirer d’autre raison, ils se retirèrent en murmurant fort contre lui. De là ils furent trouver M. le duc d’Orléans pour lui demander protection, mais il leur dit qu’il ne pouvait rien dans cette affaire, ce qui les fit résoudre d’aller, le lendemain {a} 11, attendre la reine à Notre-Dame, comme ils firent ; et lui ayant dit qu’ils étaient au désespoir, ne pouvant même trouver où se loger à cause que l’on les voulait chasser des maisons qu’ils occupaient suivant les termes de l’arrêt donné contre eux, enfin murmurant contre le premier président, Sa Majesté leur accorda qu’ils y demeureraient encore trois mois, pendant lesquels elle leur dit qu’ils cherchassent des logements à l’Université, et qu’elle voulait qu’on observât les statuts qui défendaient aux libraires de s’étendre dans la ville plus avant que l’église Saint-Yves. » {b}


  1. Samedi.

  2. Rue Saint-Jacques, à hauteur de son actuel croisement avec le boulevard Saint-Germain.

    V. note [13] des Affaires de l’Université en 1650‑1651, dans les Commentaires de Guy Patin sur son décanat, pour la soumission des libraires imprimeurs à l’Université de Paris.

6.

Manuscrit des Chrestomathies pathologiques de Caspar Hofmann que Guy Patin avait acheté à sa veuve et dont il attendait impatiemment l’arrivée (v. note [17], lettre 192).

7.

« quoique la main forcée ».

8.

Louis Le Fèvre, seigneur de Caumartin (1552-1623), avait été nommé garde des sceaux le 23 septembre 1622 et mourut en charge le 21 janvier suivant. Il avait été conseiller d’État en 1594 et ambassadeur en Espagne en 1605. Son épouse était née Marie Miron, fille de Marc, médecin du roi Henri iii (v. note [9], lettre 82).

L’église et paroisse Saint-Médéric, aujourd’hui Saint-Merri, existe toujours dans l’actuel quartier des Halles (ive arrondissement), au centre de Paris.

9.

« On dit cependant que Condé se récrie encore ».

Journal de la Fronde (volume i, fos 93 ro, 96 vo et 97 ro) :

« Le même jour {a} M. Le Tellier fut de la part de M. le Cardinal chez M. le Prince, auquel il dit que Son Éminence le priait de vouloir donner son consentement pour le mariage du duc de Mercœur avec sa nièce ; {b} à quoi M. le Prince répondit qu’il s’étonnait fort de voir que M. le Cardinal songeât encore à cette affaire qui ne lui apportait aucun avantage, qu’il ne devait espérer aucun appui du duc de Vendôme, que le duc de Mercœur n’avait jamais fait aucune action qui l’eût rendu recommandable, qu’il ne devait jamais espérer l’amitié du duc de Beaufort ; et qu’ainsi il n’avait garde de consentir à une chose qui ne pouvait être avantageuse à Son Éminence. Mais nonobstant cela, l’on ne laissa pas de conclure hier au soir ce mariage, lequel se doit faire dimanche prochain, {c} bien qu’il ne fût approuvé ni de M. le Prince ni de M. de Beaufort. […]
Les articles du mariage du duc de Mercœur avec la nièce de M. le Cardinal furent conclus et arrêtés dès la semaine passée, {d} mais le contrat n’est pas encore signé parce que l’on attend le consentement de Mme de Vendôme {e} qui est aux bains de Bourbon, à laquelle on envoya le 11 un courrier pour avoir procuration. Cependant toutes les étoffes pour les habits de la nouvelle épouse furent achetées dès le 13 avec les autres choses nécessaires et l’on résolut que les fiançailles s’en feraient dimanche prochain {f} au matin, et que le soir M. le Cardinal donnerait un souper magnifique à toute la cour, en suite duquel il y aurait comédie et bal qui durerait jusqu’après minuit afin qu’on pût après dire la messe et faire les épousailles. Mais l’accident qui arriva le lendemain y pourra mettre empêchement : c’est que M. le Prince étant au Palais-Royal, M. le Cardinal lui parla de ce mariage et le pria d’en vouloir signer le contrat ; à quoi Son Altesse répondit qu’elle n’était point parente et que son seing y était inutile ; et en même temps, dit qu’elle avait ses demandes à faire, dont la première fut le gouvernement du Pont-de-l’Arche {g} pour le duc de Longueville, son beau-frère, suivant la parole qu’on lui en donna lorsqu’on fit la paix à Saint-Germain avec les députés du parlement de Rouen ; à quoi M. le Cardinal ayant répondu que cela ne se pouvait accorder, et [parce] qu’il avait été arrêté de le lui promettre et ensuite faire naître des oppositions pour trouver prétexte de ne la lui pas tenir, Son Altesse se mit en colère contre M. le Cardinal, et lui repartit en pestant contre lui qu’elle ne le verrait point en particulier et ne le saluerait jamais lorsqu’elle le rencontrerait au Palais-Royal ou ailleurs, et se retira là-dessus. […]
Le lendemain au matin, la reine et M. le Cardinal envoyèrent M. Le Tellier au palais d’Orléans pour prier M. l’abbé de La Rivière de faire en sorte que S.A.R {h} accommodât cette affaire. M. de La Rivière descendit en même temps de son appartement et éveilla S.A.R. qui dormait encore ; en sorte qu’après une conférence particulière de demi-heure, M. Le Tellier en sortit et s’en alla droit chez M. le Prince qui se rendit peu après avec M. le prince de Conti, son frère, au palais d’Orléans où ils s’enfermèrent deux heures dans le cabinet de S.A.R., avec elle et M. de La Rivière. L’on ne sait ce qui se passa, mais on dit que M. le Prince se mit sous la protection de Sadite Altesse, et l’on remarqua qu’il en sortit avec un visage fort résolu. L’on sut après que l’affaire n’était nullement accommodée et que M. le duc d’Orléans l’avait si bien reçu qu’il témoigna lui-même en être très satisfait. Hier au matin on remarqua encore que M. le Prince fut visité d’un prodigieux nombre de personnes qui lui offrirent leurs services et le soir, on travailla fort au Palais-Royal pour accommoder cette affaire, mais inutilement. L’accommodement de M. le Prince avec M. le Cardinal a été fait ce matin {i} dans le cabinet de la reine. L’on n’en sait pas encore d’autres conditions, sinon qu’on a accordé au premier le gouvernement du Pont-de-l’Arche pour le duc de Longueville, et le duc de Vendôme n’aura point l’Amirauté, non plus que le duc de Mercœur. Elle demeurera entre les mains de la reine. On a accordé à M. le Prince tout ce qu’il a demandé et ce mariage se fera dimanche prochain. » {f}


  1. 7 septembre 1649.

  2. Laure Mancini, v. note [35], lettre 176.

  3. 12 septembre.

  4. Passage écrit le 14 septembre.

  5. V. note [36], lettre 176.

  6. Le 19 septembre.

  7. Place forte de l’Eure, près des Andelys.

  8. Son Altesse Royale, Gaston d’Orléans.

  9. Du 17 septembre.

10.

Jean-Baptiste de Saintot (ou Sainctot, 1610-1er août 1652) sieur de Lardenay, maître des cérémonies, était fils de Pierre de Saintot, marchand teinturier de soie, anobli en 1603.

11.

Je me répute, je m’estime. V. note [2], lettre 183, pour Josias Marion, beau-frère de Charles Spon.

12.

« et qui n’a pas mauvais goût » : quoniam sermonem habes non publici saporis [parce que tu tiens un discours qui n’a pas mauvais goût] (Pétrone, Satiricon, chapitre iii).

13.

Roger de Lorraine, chevalier de Guise (1624-Cambrai 6 septembre 1653) était fils de Charles, duc de Guise, et d’Henriette-Catherine de Joyeuse, duchesse de Montpensier. Frère cadet du duc de Guise, Henri ii de Lorraine, Roger était chevalier de Malte (Adam et Jestaz).

Journal de la Fronde (volume i, fo 95 ro et vo) :

« De Paris, le 17 septembre 1649. Vous avez su que la cour revenant de Picardie il y a deux ans, le roi voulut voir la mer à Saint-Valéry, et delà passa à la ville d’Eu, {a} qui appartient au duc de Guise, où il y a une bonne abbaye {b} dont l’abbé était fort malade. Le chevalier de Guise demanda cette abbaye en cas qu’elle vînt à vaquer, ce que la reine lui accorda et M. le Cardinal lui donna la parole qu’il l’aurait lorsque cet abbé viendrait à mourir, en quelque temps que ce fût. Dans cette espérance, ce chevalier n’avait pas voulu depuis ce temps-là importuner Son Éminence pour le paiement d’une pension de dix mille livres qu’elle lui promit il y a quatre ans sur l’abbaye de Saint-Pierre de Corbie lorsque le duc de Guise demandait la restitution de ses bénéfices, et notamment de celui-ci. Maintenant, l’abbé d’Eu étant mort depuis sept ou huit jours, le chevalier de Guise fut trouver Son Éminence le 11 de ce mois et le pria de lui tenir la parole qu’elle lui avait donnée il y a deux ans, et que la reine lui avait confirmée ; à quoi Son Éminence répondit qu’elle ne croyait pas de lui avoir rien promis et que la reine avait donné cette abbaye à M. Le Tellier, secrétaire d’État, pour un de ses enfants. Sur cela ce chevalier lui repartit que personne n’en pouvait avoir eu l’avis parce que l’abbé était mort d’apoplexie et qu’aussitôt qu’il était expiré, le gouverneur de la ville d’Eu lui avait envoyé promptement un courrier pour lui en donner avis et avait en même temps fermé la porte de la ville afin que d’autres courriers que le sien n’en pussent apporter la nouvelle ; ce qui n’empêcha pas que M. le Cardinal ne persévérât dans sa première réponse, dont ce chevalier fut si outré qu’il commença à pester contre Son Éminence dans sa chambre même, jurant des morts et des têtes qu’il lui ferait tenir parole ou qu’il le périrait, et qu’il empêcherait bien la jouissance à celui pour qui il l’avait destiné. Le 13, M. le duc d’Orléans dit à ce chevalier qu’il le voulait accommoder avec M. le Cardinal ; à quoi il répondit qu’il obéirait toujours à Son Altesse Royale, mais qu’il la croyait assez raisonnable pour juger qu’il n’y avait point d’accommodement à faire que M. le Cardinal ne lui eût auparavant payé 40 mille livres qu’il lui doit pour quatre années de sa pension sur l’abbaye de Corbie, et qu’il ne lui eût tenu parole pour celle de la ville d’Eu que la reine lui avait donnée par avance il y a deux ans. De sorte que Sadite Altesse, trouvant qu’il avait raison, dit à M. le Cardinal qu’il était juste de donner cette abbaye au chevalier, auquel M. Le Tellier envoya le 15 la démission de son brevet, et ainsi ce chevalier a emporté de haute lutte ce qu’il demandait. »


  1. Le 31 juillet 1647.

  2. Laurent (Laurence) O’Toole (Lorcán Ua Tuathail), archevêque de Dublin, mort à Eu en 1180, est le saint (canonisé en 1225) dont l’abbaye célébrait la mémoire ; détruite à la Révolution, il en subsiste la collégiale Notre-Dame-et-Saint-Laurent.

14.

La Trinacrie est un des noms de la Sicile ; c’est la seule fois que Guy Patin qualifie Mazarin de « bourgeois de Trinacrie ».

15.

« Il est pressé, et même accablé de bien des tourments ».

16.

« et conclut la fable ».

17.

« Et ça n’est pas chose facile de pénétrer à fond un si considérable secret ; je ne fixe ni la date, ni l’issue. Aussi longtemps que Junon aimera passionnément, et même éperdument son Jupiter vermillonné, l’amant de la dive Fortune, le fils de la poule blanche, pourra tenir ; jusqu’à ce que les dieux intermédiaires et mineurs s’en mêlent, qui rompront le mariage et feront le divorce. »

Guy Patin s’attaquait de front aux relations intimes qu’on prétendait alors exister entre la reine régente (Anne d’Autriche, Junon) et son premier ministre (Mazarin, Jupiter). Gallinæ filius albæ [le fils de la poule blanche] est une expression empruntée à Juvénal (Satire xiii, vers 44) pour désigner un privilégié des dieux :

Ten (o delicias) extra communis censes
Ponendum qui a tu gallinæ filius albæ,
Nos viles pulli, nati infelicibus ovis ?

[Penses-tu (ô la délicieuse vanité !) qu’on doive te soustraite à la loi commune, toi qui es le fils de la poule blanche, quand nous ne sommes, nous, que des poussins au rabais, éclos de quelques œufs de rebut ?]. {a}


  1. Albæ gallinæ filius est devenu un proverbe qu’a commenté Érasme (Adages, no 78).

18.

« Comme il est bien vrai que, quand une affaire est douteuse, les jugements des hommes sont divers » : Varia sunt hominum iudicia, variæ voluntates [les jugements des hommes sont divers, diverses leurs inclinations] (Pline le Jeune, Lettres, livre i, épître xx).

Auguste fut empereur de 27 av. J.‑C. à 14 apr. J.‑C., Tibère de 14 à 37 et Vespasien de 69 à 79.

On n’a toujours pas résolu la question que Guy Patin soulevait ici sur l’époque exacte où vécut l’historien latin Quinte-Curce, Quintus Curcius Rufus ; mais on s’accorde ordinairement sur le ier s. apr. J.‑C. Son Histoire d’Alexandre le Grand [Historiarum Alexandri Magni libri x, en dix livres dont manquent les deux premiers] eut un vif succès à partir du Moyen Âge, mais n’a été citée par aucun écrivain de l’époque romaine. Ses inexactitudes historiques et ses invraisemblances géographiques (comme on va voir) ont fait douter de son authenticité.

19.

Voici ce qu’en dit Quinte-Curce (Histoire d’Alexandre le Grand, livre vii, chapitre 7) :

« Le roi des Scythes, dont l’empire était alors au delà du Tanaïs, reconnut que cette ville {a} bâtie par les Macédoniens {b} sur l’autre rive était comme un joug placé sur sa tête. Il envoya donc son frère, nommé Carthasis, avec un corps nombreux de cavalerie, pour la détruire et repousser loin du fleuve les troupes macédoniennes. Le Tanaïs {c} sépare les Bactriens des Scythes appelés européens ; il coule aussi entre l’Europe et l’Asie, auxquelles il sert de limite. Voisine de la Thrace, la nation des Scythes s’étend de l’Orient au Septentrion ; et elle ne touche pas simplement, comme on l’a cru, aux Sarmates, {d} elle en fait partie. »


  1. Alexandrie Eskhate, vinfra note [21].

  2. D’Alexandre.

  3. V. infra note [20].

  4. La Sarmatie est l’ancien nom de l’Ukraine (v. note [7], lettre latine 83).

Peuple eurasien, les Scythes ou Saces (v. infra note [21]) occupaient dans l’Antiquité un immense territoire (Scythie) qui correspondait au sud de la Sibérie et à la région comprise entre la mer Caspienne et le nord de l’Inde. Guy Patin était convaincu que les Turcs en étaient venus et souhaitait ardemment que les princes chrétiens s’unissent pour les y renvoyer et restaurer la Byzance chrétienne.

20.

Palus Meotis est l’ancien nom latin de la mer d’Azov, mer bordière enclavée entre la presqu’île de Crimée et les plaines du Kouban, et qui communique avec la mer Noire par le détroit de Kertch. Les écrivains de l’Antiquité, comme Quinte-Curce, ont parfois confondu, sous le nom de Tanaïs, les deux fleuves qu’on appelle aujourd’hui le Don (véritable Tanaïs, descendu de la Moscovie pour se jeter dans la mer d’Azov) et le Syr-Daria (Iaxartes, venu de l’est se jeter dans la mer d’Aral).

V. note [4], lettre latine 287, pour la Scythie européenne ; le Don (Tanaïs) la séparait effectivement de la Scythie asiatique où Alexandre le Grand avait pénétré loin à l’est, jusqu’aux rives du Syr-Daria (Iaxartes).

21.

« dans le pays des Saces ».

Les Saces sont le nom latin (Sacæ) des Saka, nom sanscrit des Scythes et en particulier ceux d’Asie qui dépendaient de l’Empire achéménide aux confins de la Bactriane (nord de l’actuel Afghanistan) et de la Sogdiane (le pays de Maracanda, aujourd’hui Samarkand). Soumis par Darius ier (vie s. av. J.‑C.), les Saces fournirent des troupes d’élite aux rois perses et tentèrent vainement d’arrêter la conquête d’Alexandre le Grand en Asie centrale.

En 329 av. J.‑C., Alexandre (Pella, Macédoine 356-Babylone 323 av. J.‑C.), disciple d’Aristote et roi de Macédoine, avait atteint la pointe nord-est de son immense périple en Orient, sur la rive sud du Iaxartes (Syr-Daria) et renonça à franchir le fleuve pour conquérir le pays des Scythes d’Asie qui s’offrait à lui. Il fonda là la ville d’Alexandie Eskhate (εσχαθος, ultime ; aujourd’hui Khodjent, Tadjikistan, après avoir temporairement porté le nom de Leninabad) puis reprit en 327 la route du sud-est, longeant l’Indus jusqu’à la mer (G.D.E.L.).

22.

« qui ait fait mention des Chinois ».

23.

« Ce que font les Sères, ce que font les Thraces » : hæc eadem novit quid toto fiat in orbe,/ quid Seres, quid Thraces agant, secreta nouercæ/ et pueri, quis amet, quis diripiatur adulter [Ces femmes-là savent ce qui se passe dans tout l’univers, ce que font les Sères, ce que font les Thraces, les secrets qui se trament entre la belle-mère et le beau-fils, les intrigues amoureuses, l’amant qu’on s’arrache] (Juvénal, Satire vi, vers 402‑404). Pour Juvénal (ier s.), un siècle avant l’astronome et géographe grec Ptolémée (v. note [22], lettre 151), Sères et Thraces peuplaient les contrées les plus orientales du monde connu, il ne connaissait ni la Chine, ni les Chinois.

24.

« Pline a aussi fait mention de l’océan Sérique » en ces termes (Histoire naturelle, livre vi, chapitre xv ; Littré Pli, volume 1, page 244) :

Agrippa Caspium mare, gentesque quæ circa sunt, et cum his Armeniam determinans, ab oriente Oceano Serico, ab occidente Caucasi jugis, a meridie Tauri, a septemtrione OceanoScythico, patere qua cognitum est, cccclxxxx m. passuum, in longitudinem : cclxxxx m. in latitudinem prodidit.

[Agrippa, fixant les limites de la mer Caspienne, des nations riveraines et de l’Arménie à l’océan Sérique du côté du levant, à la chaîne du Caucase du côté du couchant, à celle du Taurus du côté du midi, à l’océan Scythique du côté du nord, dit que la mer Caspienne a en longueur, autant qu’elle est connue, 490 000 pas, en largeur 290 000].

La Caspienne est une mer intérieure (371 000 kilomètres carrés) bordée, du sud à l’est, par l’Iran, l’Azerbaijan, la Russie, le Kasakhstan et le Turkmenistan. Cette description antique désigne l’océan Sérique comme étant la mer d’Aral, en Asie centrale, et l’océan Scythique comme étant une immense mer imaginaire qui couvrait la Sibérie (v. notule {d}, note [2], lettre latine 475). Les Anciens ne concevaient apparemment pas qu’une mer pût être fermée.

25.

« Ces Sères ». La Sérique ou pays des Sères (Serica regio, Seres populi) était l’immense territoire, encore mal cartographié du temps de Guy Patin, qui va de la mer Caspienne (v. note [24], lettre 197) à la mer du Japon. C’était, au sens le plus large, le pays des Chinois, d’où venait la soie (serica en latin).

Cathay était le nom que les auteurs occidentaux du Moyen Âge donnaient à la Chine, à la suite de Marco Polo. Ce nom fut plus tard réservé aux provinces du Nord.

26.

« mais nul n’a fait mention de la Chine ou des Chinois avant l’époque de Ptolémée, etc. »

27.

« Je me plierai donc à votre jugement, ou m’en tiendrai au mien » (v. note [23], lettre 186).

28.

Matthæus Rader, s.j. (Inichingen, Tyrol 1561-Munich 1634) a publié, entre autres, des Ad Q. Curtii Rufi, De Alexandro Magno historiam, Prolusiones, librorum synopses, capitum argumenta, commentarii… [Préludes, inventaires des livres, matières des chapitres et commentaires sur l’Histoire d’Alexandre le Grand faite par Quinte-Curce…] (Cologne, 1628, in‑fo).

29.

Gerardus Johannes Vossius a consacré le chapitre xxviii du livre i de son traité « sur les Historiens latins » (v. note [6], lettre 162) à Quinte-Curce, avec ce titre :

De Curtii ætate quadruplex sententia adfertur, et expenditur : sed fuse imprimis ostenditur, non vixisse Trajani ævo, verum Vespasiani. Dubitatum de vitæ eius conditione. Dictio ejusdem commendatur.

[Quadruple avis porté et pesé avec soin sur l’époque de Curtius : mais il est d’abord abondamment montré qu’il n’a pas vécu au temps de Trajan, {a} mais de Vespasien. {b} Doute sur la manière dont il a vécu. On montre ce qu’il en a lui-même dit].


  1. 98-117.

  2. 69-79.

Tout l’entretien de Guy Patin et Charles Spon sur Quinte-Curce, Alexandre-le-Grand et les contrées de l’Orient, Moyen et Extrême, avait dû être déclenché par son allusion à la Chersonèse aurique (petite Tartarie ou Crimée) dans la lettre du 20 août 1649 (note [3]).

30.

Bouquer : « ce verbe ne se dit proprement qu’en parlant d’un singe, lorsqu’on le contraint de baiser quelque chose qu’on lui présente, comme le pouce, le bout d’un bâton, etc. “ Ce singe a eu bien de la peine à bouquer. Faire bouquer un singe. ” On dit aussi à un singe, “ Bouquez cela ” ; et dans cette phrase, bouquer est employé activement. Il signifie figurément céder à la force, être contraint à faire quelque action de soumission. “ Il a longtemps résisté, mais à la fin il a bouqué. Il a fallu bouquer. On l’a fait bouquer ” » (Académie).

31.

« tel un Deus ex machina » (v. note [33], lettre 152).

V. note [7], lettre 160, pour les événements parisiens d’août 1648.

32.

« de là ces larmes » : inde iræ et lacrymæ [d’où les colères, d’où les larmes] (Juvénal, Satire i vers 168).

V. note [1], lettre 175, pour une analyse des motifs qui poussèrent Condé à changer de camp.

33.

V. note [20], lettre 150, pour les Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1650).

34.

« et dans cet embarras, faites-moi bénéficier de votre sagesse ».

35.

« Agissez en ami ».

36.

V. la biographie de Johann Caspar i Bauhin, pour son ancienne (vieille) amitié avec Guy Patin.

37.

Daniel Sennert : De Origine animarum in brutis Sententiæ clariss. theologor. in aliquot Germaniæ academiciis, quibus D. Daniel Sennertus a crimine blasphemiæ et hæresos a D. Iohanne Freitagio ipsi intentato, absolvitur [Avis de quelques très savants théologiens parmi les universitaires d’Allemagne sur l’Origine des esprits chez les bêtes, qui ont absous Me Daniel Sennert de l’hérésie et du crime de blasphème dont Me Johann Freitag l’a accusé] (Francfort, Capsar Rotel, 1638, in‑8o).

Sennert répondait à Johannes Freitag qui avait publié une Detectio et solida Refutatio novae Sectæ Sennerto-Paracelsicæ… [Mise à nu et ferme réfutation de la nouvelle secte sennerto-paracelsiste…] (Amsterdam, 1636 et 1637, v. note [12], lettre latine 43) contre les Hypomnemata physica [Mémoires sur la physique] de Sennert (v. note [15], lettre 14).

.
38.

« sur l’art de bien vivre et de mourir bien heureux ».

39.

« s’il convient ou non d’en promouvoir l’édition. »

40.

V. note [49], lettre 166, pour la nouvelle édition lyonnaise, chez le libraire Jacques Carteron, de l’Universa medicina de Barthélemy Pardoux (Perdulcis).

41.

Francisco Vavassoris e Societate Iesu orationes [Discours de François Vavasseur, de la Société de Jésus] (Paris, Sébastien et Gabriel Cramoisy, 1646, in‑8o) ; v. note [17], lettre 195, pour le traité de forma Christi [sur la figure du Christ] où le P. Vavasseur a piqué Nicolas Rigault.

42.

Marie-Léopoldine, fille de Rodolphe, archiduc de Tyrol, était devenue 2 juillet 1648 la seconde épouse de l’empereur Ferdinand iii (v. note [11], lettre 44).

Mme de Motteville (Mémoires, page 292) :

« L’empereur, depuis la mort de l’impératrice, {a} sœur de la reine, {b} avait épousé en secondes noces la fille de l’archiduc d’Insbruck, belle, jeune, et digne par sa vertu de l’estime publique. La mort lui vint ravir cette princesse {c} peu de temps après son mariage, ce qui lui fut d’autant plus sensible que ce bien avait encore pour lui les grâces de la nouveauté. » {d}


  1. Marie-Anne d’Espagne, morte en 1646.

  2. Anne d’Autriche.

  3. Le 7 août 1649.

  4. Cette mort « arriva dans la couche d’un fils nommé Charles-Joseph » (Montglat, Mémoires, page 215).

43.

Jean-Baptiste était le fils aîné de René Moreau, et Robert celui de Guy Patin.

44.

Le Pont-de-l’Arche, à 20 kilomètres au sud de Rouen, proche du confluent de la Seine et de l’Eure, était depuis Philippe Auguste une place forte de première importance stratégique. L’attribution de son gouvernement au duc de Longueville (v. note [9], lettre 197) fut conclue le 17 septembre par l’entremise du duc d’Orléans et de l’abbé de La Rivière.

L’affaire ayant évolué en parallèle avec la querelle autour du mariage du duc de Mercœur et de Laure Mancini, Condé et Mazarin s’y étaient vivement affrontés (Mme de Motteville, Mémoires, page 296, 10 septembre 1649) :

« Voilà donc M. le Prince animé par lui-même et par toute sa famille. Il parla en maître, et montra au cardinal Mazarin de l’audace et du dépit. Le ministre, sur les plaintes de ce prince, lui répondit pour sa défense que cette place était d’une telle conséquence qu’elle rendait le duc de Longueville le maître absolu de toute la Normandie ; et que lui, qui avait l’honneur d’être premier ministre et en qui le roi et la reine avaient remis le soin de soutenir les intérêts de l’État, était obligé de le défendre. Comme sur les instances de M. le Prince, le ministre eut souvent répondu de pareilles raisons, M. le Prince, ne pouvant plus souffrir qu’il osât lui parler de la force qu’il devait avoir à défendre l’État, lui qui l’avait vu si faible et qui croyait l’avoir soutenu par sa protection, en fit des railleries ; et se moquant de sa vaillance en cette occasion ou dans quelque autre semblable, il lui dit un jour en le quittant, “ Adieu, Mars ” ; et le traitant de ridicule, il alla se vanter dans sa famille de cette parole comme si elle eût été digne de l’immortaliser. Le ministre sentit cet outrage, toute la cour se troubla sur cette querelle et chacun forma des desseins sur le mécontentement du prince de Condé. »

Le 14 septembre, Le Tellier vint trouver Condé de la part de Mazarin et de la reine pour lui justifier leur refus (ibid., page 297) :

« M. le Prince répondit à cet ambassadeur qu’il le priait d’aller trouver M. le Cardinal pour lui dire qu’il ne veut plus être son ami ; qu’il se tient offensé de ce qu’il manque de parole et qu’il n’est pas résolu de l’en souffrir ; qu’il ne le verra jamais que dans le Conseil ; et qu’au lieu de la protection qu’il lui avait donnée jusqu’alors, il se déclarait son ennemi capital. Sur cette réponse, le cardinal manda à M. le Prince que cela était bien étrange qu’il se laissât gouverner par Madame sa sœur {a} et par le prince de Conti, son frère, après ce que lui-même avait dit de l’un et de l’autre ; et que pour lui, il serait toujours son serviteur. Cette harangue déplut à M. le Prince, il ne voulut pas qu’on pût croire de lui qu’il se laissât gouverner ; mais elle fut agréable à Mme de Longueville, ce fut une marque certaine et publique du pouvoir qu’elle commençait d’avoir sur M. le Prince. Voilà toute la cour, à ce bruit, qui court chez M. le Prince. Les frondeurs furent ravis de le voir leur chef et d’espérer qu’ils pourraient un jour combattre sous ses enseignes. Ils ne doutaient pas qu’ils ne pussent avec lui renverser la France à leur gré et cette illusion leur était agréable. »


  1. Mme de Longueville.

45.

Journal de la Fronde (volume i, fos 105 vo et 106 ro) :

« De Bordeaux le 20 septembre. Le parlement a député M. de La Vie, avocat général, pour aller à la cour faire des remontrances au roi et à la reine sur la mauvaise conduite du duc d’Épernon, et supplier Leurs Majestés de vouloir donner un autre gouverneur à cette province. […]
Nous avons su ici que le maréchal du Plessis s’en venait nous apporter les ordres de la cour par un exempt qu’il a envoyé pour nous donner avis de sa venue ; mais cet exempt a été si mal reçu qu’il a eu bien de la peine à se sauver des mains des femmes qui le voulaient déchirer.
De Paris, le 25 dudit. Le courrier de Bordeaux qui a apporté les nouvelles ci-dessus a rencontré le maréchal du Plessis à dix lieues par-delà Poitiers en carrosse, et rapporte que M. d’Argenson s’en revient avec les joyaux et meubles précieux de M. d’Épernon, et sa vaisselle d’argent suit par charroi.
De Bordeaux le 23. On continue à battre le château Trompette, qui se défend fort bien. On fait deux mines au pied du grand bastion, lesquelles seront prêtes à jouer après-demain. En même temps, on ira à l’assaut tant par la brèche qui est déjà faite que par celles que ces deux mines feront. M. d’Épernon fait ce qu’il peut pour le secourir. […]
On a commencé à démolir ici la maison de M. de Pontac d’Anglade à cause qu’il est fort partisan de M. d’Épernon. M. de Lisle-Sourdière, lieutenant des gardes du corps du roi, arriva ici le 21 et fut fort mal reçu, ce qui a obligé le maréchal du Plessis de s’arrêter à six postes d’ici jusqu’à ce qu’il sache de quelle façon il doit être reçu en cette ville. Le parlement s’est assemblé jusqu’à trois fois pour délibérer si l’on écouterait ses propositions, mais les voix se sont trouvées toujours si partagées qu’on n’a encore pu rien résoudre.
Tout le monde dit hautement qu’on ne veut point de paix ni s’arrêter à aucun ordre de la cour jusqu’à ce que le château soit pris et rasé, et M. d’Épernon hors du gouvernement. M. de La Vie a ordre exprès de faire cette demande à la cour, fortifié par la lettre d’union du Parlement de Paris, sans l’aveu et avis duquel il n’acceptera aucune condition. »

a.

Ms BnF no 9357, fos 59‑60 ; Reveillé-Parise no ccxii (tome i, pages 475‑480) ; Jestaz no 14 (tome i, pages 509‑516) ; Prévot & Jestaz no 17 (Pléiade, pages 443‑449). Tout le paragraphe sur Quinte‑Curce forme l’essentiel d’une lettre, à considérer comme factice, des éditions précédentes, datée du 15 septembre 1650 (à Charles Spon dans Bulderen, no xliv, tome i, pages 126‑127 ; à André Falconet dans Reveillé-Parise, no ccclxxxiv, tome ii, pages 558‑559).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Charles Spon à Guy Patin, le 17 septembre 1649.
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(Consulté le 19.10.2019)

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