L. 503.  >
À Hugues II de Salins, le 15 novembre 1657

Monsieur, [a][1]

J’ai reçu votre dernière avec grande joie. Pour la consultation, [2][3] nous l’avons faite le plus exactement que nous avons pu, mais je n’ai pas bonne opinion de l’événement, l’hiver est trop contraire à ces gens-là. [1]

Pour le Corn. Celsus [4] de M. Vander Linden, [5] je vous avertis qu’il est in‑12, fort bien imprimé, et en ai délivré un fort bien relié en veau à cet honnête homme pour la femme duquel nous avons fait cette consultation, [6] qui s’est chargé de vous le faire tenir. Je vous prie de recevoir ce petit présent d’aussi bon cœur que je vous l’offre, en attendant qu’il me vienne autre chose à vous envoyer. Je suis après à persuader au libraire qui a imprimé le Varandæus [7] à Lyon d’imprimer toutes les œuvres d’Erastus [8][9] in‑fo. J’espère que j’en viendrai à bout ; si cela réussit, je vous en promets un. Cet auteur a été de tous les modernes le plus savant, le plus poli et le mieux intentionné après Fernel. [10]

On dit que Io. Rhodius Danus[11] qui nous a donné depuis peu le Scribonius Largus [12] et qui est vivant à Padoue, [13] y fait imprimer un Cornelius Celsus in‑4o qu’il a, dit-on, fort amendé et émendé [2][14] par le moyen de plusieurs manuscrits qu’il a recouvrés de diverses bibliothèques d’Italie. Je pense que cela sera bon, mais je ne sais quand nous l’aurons, d’autant que M. Rhodius est fort long à tout ce qu’il fait ; joint que la peste [15] et la guerre qui sont en Italie retardent fort les impressions et autres desseins des gens de bien. Vous ne trouverez dans le Cornelius Celsus aucune note : il s’est contenté, en vertu des quatre livres qu’il a eus en ses mains, dont je lui en avais prêté deux, d’y corriger le texte qui était dépravé et barbare [16] en près de 800 endroits. Le libraire hollandais qui en a ici apporté un cent m’a dit qu’il avait grand regret de n’en avoir apporté 400, vu le prompt débit qu’il en a trouvé. Tous nos libraires s’en sont fournis et les vendent bien. Il m’a dit qu’ils en ont envoyé 300 à Francfort. [17] Ce grand débit fera peut-être penser M. Vander Linden à le faire réimprimer avec quelques notes et à y ajouter un index ; et ainsi pourra être mis in‑8o ou in‑4o. L’auteur le mérite bien : toute la médecine en est hippocratique et le latin est aussi bon que celui de Cicéron ; aussi Corn. Celsus vivait-il à Rome du temps d’Auguste, [18] sub quo floruit atque viguit purissima necnon expurgatissima latinitas[3]

Pour mademoiselle votre femme, vous avez fort bien fait de l’avoir fait saigner deux fois ; [19] mais environ le cinquième mois, ne manquez pas de la faire derechef saigner à huit onces d’un bras, et autant de l’autre à six mois et demi ; et par après, fœtu paulo grandiore[4] vous verrez comment elle se portera. Dès que le huitième mois sera passé, si elle est rougeaude, pleine, si elle a des pesanteurs ou lassitudes, vous la ferez saigner pour la cinquième fois. Et ne craignez point, tout cela ne lui peut faire que grand bien : la quantité de lait qu’elle a est une puissante marque qu’elle abonde en sang et qu’elle en a beaucoup trop.

Pour votre hydropique, [20] ne lui promettez rien car cette maladie est ordinairement mortelle aux ivrognes. Son vomissement de sang [21] funestum est symptoma : talem enim vomitum sequitur funus, inde funestus morbus, ex Scaligero. Eiusmodi hydrops ut plurimum fit ab hepate imbecillo ; omnis ista imbecillitas est ab intemperie præfervida, quam indicat febris lenta putrida, sitis, ανορεξια, etc. inde fœtor et flatus exsurgunt[5][22][23] Purgez-le souvent avec casse, [24] séné [25] et sirop de roses pâles. [26] Au lieu de casse, mettez-y quelquefois demi-gros de rhubarbe. [27] Quelquefois, purgez-le [28] dans un grand bouillon au veau avec beaucoup de chicorée, [29] dans lequel tout chaud on aura fait tremper un gros quart d’heure durant, trois gros de séné, et puis après on y diluera une once de bonne manne. [30] Une autre fois il faut le purger avec une infusion de trois gros de séné [31] dans un grand verre de décoction de chicorée, dans lequel vous ferez délayer deux gros ou drachmes de diaprunis [32] solutif avec une once de sirop de roses pâles ou de fleurs de pêcher. [33] Au lieu de diaprunis solutif, il faut y mettre quelquefois deux drachmes de diaphénic [34] ou de diacartami, [6][35] ou de citron ; [36] tout cela est presque équivalent, propter scammonium. Meminebis etiam in hoc affectu subinde mutandas esse remediorum formulas, ut et ipsa remedia, ne sibi in animum indurat æger, artis nostræ dignitatem atque præstantiam ab uno et eodem perinde medicamento, ne unius et eiusdem remedii satias eum capiat, imo etiam ne uni et eidem tam frequenter repetito remedio ipsa Natura assuescat[7][37] car ces malades-là ont besoin d’être purgés de deux jours l’un. Ne le saignez que fort sobrement car non plus mourra-t-il ; neque enim ex Gal. sunt infamanda remedia quæ multis possunt esse saluti : itaque disponat domui suæ quia morietur. Dolor colicus a flatu plurimum dissimilis est : habet enim adiunctum dolorem atrocissimam, ad cuius tamen curationem opus est venæ sectione audenter repetita, et multis enematis refrigerantibus, medicamento purgante et balneo aquæ dubius, fumo et odore carentis[8][38][39]

Pour le Conciliator, ainsi appelé quia conciliavit philosophos et medicos[9] autrement nommé Petrus Aponensis, vel de Apano[40] c’est un fort bon livre. Il était italien de nation et médecin de Paris, comme lui-même l’a dit à la fin de son commentaire in Aristotelis problemata[10] Il fut en grande réputation en toute l’Italie tant qu’il vécut ; mais après sa mort, les inquisiteurs trouvèrent quelque chose à redire en ses écrits ; mais combien qu’il soit bon, il ne vous est pourtant guère propre pour le présent. Il vaut mieux que vous lisiez la Pathologie de Fernel, cum enarrationibus Duretii in Hollerium de morbis internis[11][41] Houllier [42] sur les Aphorismes d’Hippocrate, [12][43] le troisième livre des Institutions de Caspar Hofmann, [44] la Méthode de Galien, [45] et ses commentaires sur le Pronostic[46] et sur le premier, le troisième et le sixième des Épidémies d’Hippocrate ; [47] avec les deux livres de la Méthode générale de Fernel, le Botallus[48] et le Galien même, de curandi Ratione per sanguinis missionem[13][49]

Pour le passage de Gul. Du Val, [50] page 398, je ne l’entends point, je pense qu’il y a là quelque faute, ce livre n’est pas correct et ne fut imprimé qu’après sa mort. [14]

Tenez pour tout certain que hydrops ascites fit semper ab intemperie præfervida : si fuerit simplex intemperies cum obstructione, requiritur venæ sectio ; si cum vitio hepatis, i. abscessu, scirrho, etc. nihil proderit venæ sectio, est enim affectus lethalis ; nihilominus tamen ad vitam in aliquot dies prorogandam, et ad vitandam iminuentem suffocationem, aliquando requiritur, et a Galeno commendatur variis in locis, præsertim in libro plusquam aureo de curandi Ratione per sanguinis missionem et in commentariis in libro Hippocratis de Ratione victus in acutis[15][51] Il faut donc saigner au commencement, propter intemperiem præfervidam præsentem[16] et l’on ne tire que de très mauvais sang, instituta tamen prognosi, nempe affectum esse gravissimum ; [17] puis après les purger médiocrement, mais souvent et même plus fortement ; si tamen adfuerint febris, sitis inexhausta ut solet, dolores circum viscera, anhelitus difficultas, et alia urgentia symptomata, per intervalla requiritur sanguinis missio. Denique, hydrops ascites est morbus magnus, utroque maiore remedio plurimium indigens[18]

Apparente parotide[19] il y a toujours pléthore ; [52] mais quand il n’y en aurait point, il faut hardiment saigner, et du même bras, et de l’autre aussi ; et s’il avait été beaucoup saigné déjà, il faudrait recommencer, et saigner en diable et demi, [20][53] à ce que disait M. Marescot, [54] d’autant que la parotide [55] n’est qu’une éruption d’humeur qui sort des veines, et un signe de pléthore cacochymique [21][56] dont la nature se veut décharger. Il faut donc vitement saigner, et plusieurs fois, et le même jour aussi il faut mettre le cautère [57] pour attirer en dehors cette vilaine matière quæ si supprimeretur et in isto loco relinqueretur, vel suffocationem sua copia inferet, vel gangrenosim sua malignitate inferet illis partibus[22] Il n’y a point de cataplasme [58] qui vaille le cautère. In talibus differre malum[23] il ne faut jamais penser à résoudre là, habet enim iste tumor semper aliquid malignum, et apud Hippocratem omnis parotis est semper maligna et lethalis[24] Bien souvent il n’y en a qu’une, aussi est-elle presque toujours mortelle. Quand elles sont deux, c’est Castor et Pollux sur la mer, c’est signe de beau temps pour ceux qui font voyage, il y a grande apparence de guérison. [25][59] Quand le cautère a attiré et cuit la matière, il la faut ouvrir et en tirer tout ce qu’on pourra, en la pansant comme un abcès malin ouvert, ex cuius reliquiis gangrenosis mortifera succedet[26][60]

De caphura in epilepsia, merum est mendacium, nec fit istud, nec fieri potest[27][61][62] Mentiuntur chymistæ pro suis floribus sulphuris in morbis pulmonum : [28][63][64] cette poudre prise dans un œuf ne va point au poumon ni n’y peut aller ; et quand elle irait, elle n’y ferait que du mal, elle est chaude et sèche, elle ne servirait qu’à picoter le poumon, le dessécher, l’enflammer, faire une toux cruelle, etc. Cela ne vaut rien, ne vous en servez pas. Ne savez-vous pas bien qu’il y a trois animaux qui mentent prodigieusement, nempe chymista, botanista, et iesuita ? [29][65] Principalement ce dernier, quand il parle de la puissance du pape ou quand il revient des Indes, [66] où ils disent qu’ils ont tant ressuscité de morts et tant fait d’autres miracles. Ne vous y trompez pas, ad populum phaleras. [30][67] La bonne impression de l’Histoire Auguste[31][68][69] sur laquelle feu M. de Saumaise [70] a travaillé, est in‑fo, de Paris, de l’an 1620, à la Navire ; [32] c’est un fort excellent livre et je pense qu’il est aujourd’hui bien cher et bien rare. Je vous prie d’assurer Monsieur son fils [71] que je suis son très humble et très obéissant serviteur, que j’honore avec tout le respect possible la mémoire de feu Monsieur son père qui me faisait l’honneur de m’aimer ; j’en ai céans toutes les œuvres, où j’ai quelquefois eu l’honneur d’apprendre quelque chose de bon. [33] J’ai aussi du même, le premier tome de ses Épîtres ; je voudrais bien que l’on continue cet ouvrage, qui a cessé et été interrompu par la mort de M. Clément qui en prenait le soin. [34][72][73]

Le roi [74] est au Bois de Vincennes [75] avec le Mazarin ; [76] ce dernier se porte bien et fabulosa sunt quæ circumferuntur de calculo in vesica incluso : bene se habet, et miseria nostra magnus est[35][77]

Je baise très humblement les mains à mademoiselle votre femme, à monsieur votre père et à monsieur votre frère.

Le duc de Mantoue [78] a baillé Casal [79] aux Espagnols qui sont dedans et en contréchange, ils lui ont donné Crémone [80] et le Crémonois. Cet échange nous incommodera pour nos conquêtes d’Italie.

Le roi de Pologne [81] est devenu le plus fort : il a repris Cracovie [82] et a chassé le roi de Suède [83] de son royaume, qui sera trop heureux de s’en retourner in frigidam suam plagam[36] car le roi de Danemark [84] lui a aussi défait ses troupes sur mer. [85]

Il n’y a point encore ici de premier président et est chose fort incertaine qui le sera. On dit ici à l’oreille que le cardinal Mazarin est souvent tourmenté de douleurs néphrétiques, qu’il a vidé plusieurs petites pierres, mais qu’il y en a une plus grosse, laquelle ne se vide pas et qui demeure dans le fond de la vessie. Cela l’obligera de penser à se faire tailler, [86] qui est une dure pensée pour un homme qui est en une si bonne place. Bon Dieu ! cet homme-là sera-t-il taillé qui en a tant taillé d’autres ? [37][87] Si les chimistes et paracelsistes avaient des remèdes ou quelque secret à casser la pierre sans tailler, voilà un ministre d’État qui a bien de quoi les récompenser. Les deux plus experts et plus excellents cystotomes [88] qui furent jamais, savoir Colot [89] et Girault, [90] moururent l’an passé, l’un à Évreux et l’autre à Luçon en Poitou ; optimi illi abierunt[38] il en est resté d’autres qui commencent à entrer en crédit et à se faire connaître, tels que sont MM. Ruffin, [91] Jamot [92] et Gonin, [93] mais ils n’ont pas encore cette forte réputation de bien faire qu’avaient ces deux autres.

La reine de Suède [94] est à Fontainebleau [95] où elle a fait poignarder son premier écuyer, [96] qui était italien, pour plusieurs fourberies et faussetés qu’elle a découvertes de lui, bien avertie d’icelles par un autre Italien nommé Santinelli, [97] qui est à Rome, fort bien dans l’esprit de la reine, et que cet écuyer avait voulu ruiner et débusquer delà par plusieurs noires impostures. Voilà ce que gagnent les fourbes, sed omnes impostores non eodem modo plectuntur[39] ceux que l’on pend le méritent bien, mais on ne pend point tous ceux qui le méritent. Nosti vetum dictum : Fures privati in compedibus et catena, fures publici in auro et purpura[40][98]

Ce 14e de novembre. Le roi est allé aujourd’hui dîner à Villeroy et y coucher, pour dîner demain à Fontainebleau avec la reine de Suède et revenir coucher à Villeroy. [41][99] On dit que cette reine passera l’hiver à Paris, à la recommandation du roi de Suède, et qu’elle sera logée dans le palais du cardinal Mazarin.

Le roi n’a pas été voir la reine de Suède à cause de ce massacre, cela a étonné la cour et ne sait-on pas encore ce qui en sera. Je vous baise les mains et suis de toute mon affection, à vous, à monsieur votre père, à mademoiselle votre femme et aliis qui rebus nostris favent[42] comme aussi à M. de La Curne [100] notre ancien ami,

votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

Ce jeudi 15e de novembre 1657.


1.

Voir la lettre de Guy Patin, datée du 22 octobre, à Hugues i de Salins le père, pour cette consultation au sujet d’une femme qui aurait du mal à passer l’hiver.

2.

C’est-à-dire « corrigé et réformé » ; v. notes :

3.

« sous lequel a fleuri et été en honneur la latinité la plus pure et aussi la plus épurée. »

4.

« quand le fœtus sera un peu plus grand ».

5.

« est un symptôme de mauvais augure : la mort suit en effet un tel vomissement, c’est pourquoi Scaliger {a} a dit que c’était une maladie funeste. Cette sorte d’hydropisie provient seulement d’une faiblesse du foie, qui est tout entière le résultat d’une intempérie trop chaude, comme l’indiquent la fièvre lente putride, la soif, l’anorexie, etc. ; d’où proviennent le fœtor {b} et les flatulences. »


  1. Jules César, le père, est le seul de deux Scaliger à avoir été médecin et à en avoir écrit, mais je n’ai pas trouvé où il s’est ainsi prononcé sur le mauvais pronostic de l’hématémèse (v. note [5], lettre 410).

  2. Ma transcription du mot fœtor est incertaine, mais c’est le seul qui m’a semblé pouvoir correspondre au contexte médical : le fœtor hepaticus est une haleine particulière aux malades atteints de défaillance hépatique terminale, dont l’odeur est comparée à celle de la pomme moisie ou du fumier.

6.

Diacartame ou diacartami (Furetière) :

« électuaire composé de turbit, de manne, de scammonée, d’hermodactes et autres purgatifs, auxquels on joint la moelle ou semence de carthame, {a} qui lui donne son nom. On en attribue l’invention à Arnaud de Villeneuve qui florissait en l’an 1520. {b} On l’appelle souvent du nom de son inventeur. »


  1. V. notule {b}, note [10], lettre de Caspar Hofmann au printemps 1646.

  2. Sic pour 1320, v. note [1], lettre 62.

7.

« à cause de la scammonée. {a} Vous vous souviendrez aussi qu’il faut alterner souvent les associations de remèdes, tout comme les remèdes eux-mêmes, afin que le recours répété à un seul et même médicament ne durcisse pas le malade contre le mérite et l’efficacité de notre art, que la satiété d’un seul et même remède ne l’en lasse, et surtout que la Nature ne s’habitue pas à un seul et même médicament dont l’administration aura été trop fréquemment répétée ». {b}


  1. Diaprunis, diaphénic et diacartami sont tous des purgatifs contenant de la scammonée (v. note [4], lettre 172).

  2. Guy Patin était convaincu de l’utilité de varier les remèdes pour en éviter l’accoutumance, qu’il croyait être cause de dégoût et d’inefficacité.

8.

« et selon Galien, il ne faut pas décrier les remèdes qui peuvent procurer le salut à quantité de gens ; que le malade mette donc de l’ordre en sa maison parce qu’il va mourir. {a} Fort différente et la douleur colique que provoque la flatulence, laquelle va de pair avec une douleur tout à fait atroce, dont le soulagement revient à la saignée répétée hardiment et à beaucoup de lavements réfrigérants ; plus douteusement, à un médicament purgatif et au bain d’eau, dénuée de fumée et d’odeur. » {b}


  1. Guy Patin convenait que la saignée ne remédiait pas aux cas désespérés, mais que cela ne justifiait pas de la décrier.

  2. Pour dire (me semble-t-il) que l’eau du bain devait être tiède et sans aromates.

9.

« le Conciliateur, ainsi appelé parce qu’il a réconcilié les philosophes et les médecins » ; Guy Patin citait un célèbre ouvrage :

Conciliator differentiarum philosophorum et medicorum in primis doctoris in omni disciplinarum genere eminentissimi Petri de Albano Patiavini : cum duplici antiqua tabula : Differentiarum videlicet et tractatus de venenis. Novissime post omnes impressiones ubique locorum excussas ; collatis multis exemplaribus ; affatim recognitus : cunctisque mendis et erroribus expurgatus. Citatis denuo in margine omnium doctorum in fonte locis. Adiectis insuper Simphorianis Camperii Lugdunensis subtilissimis additionibus : eiusdem Petri de Albano hereses reffellentibus. Necnon tertia absolutissima tabula : quæ ipsius egregia dicta et notabilia alphabetice demonstrat.

[Le Conciliateur des différences entre les philosophes et les médecins, qui est avant tout l’œuvre du très éminent Petrus de Albano, Padouan, {a} fort savant en tout genre de sciences ; avec ses deux anciennes tables : celle des différences et celle du traité des Venins. Tout nouvellement et amplement revu après toutes les éditions qui ont été partout imprimées, en en collationnant de nombreux exemplaires ; et purgé de toutes ses fautes et erreurs, en citant pour la mpremière fois dans la marge les passages qui ont été tirés de tous les doctes auteurs. Avec en outre les très utiles additions du Lyonnais Symphorien Champier, {b} qui démentent les hérésies du dit Petrus de Albano ; ainsi qu’une troisième table très complète qui indique par ordre alphabétique ce qu’il a dit de beau de remarquable] {c}


  1. Conciliator est devenu le surnom de Petrus Aponensis : Pierre d’Abano (Apano ou Apone ; Abano Terme, ville thermale proche de Padoue vers 1250-Trévise 1316). Docteur de la Faculté de médecine de Paris, il a brillé par ses talents polymorphes de médecin arabisant, de philosophe aristotélicien et de magicien. Son scepticisme affiché quant à la résurrection des morts et aux miracles de Jésus-Christ lui valut d’être plusieurs fois poursuivi par l’Inquisition, qui ne parvint pourtant pas à le condamner de son vivant. Aussi décida-t-elle de faire déterrer son corps pour le brûler, mais dut se satisfaire de ne jeter que son effigie dans le bûcher car des serviteurs fidèles du défunt savant étaient parvenus à déplacer subrepticement sa dépouille. Éloy a consacré une notice de cinq pages à ce médecin.

  2. V. note [5], lettre 548.

  3. Venise, Luceantonius de Giunta, natif de Florence, 1520, in‑8o de 525 pages, pour l’une des nombreuses éditions, dont la première a paru à Mantoue en 1472.

Patin devait avoir à l’esprit l’hommage que Gabriel Naudé avait rendu à Petrus Aponensis dans son De Antiquitate et dignitate Scholæ Medicæ Parisiensis Panegyris [Panégyrique de l’ancienneté et dignité de l’École de médecine de Paris] (Paris, 1628, pages 61‑63 ; v. note [9], lettre 3) :

Sed prodeat tandem Petrus Aponensis ab insigni libro, quem dum vestras Scholas frequentaret edidit, Conciliatoris nomen adeptus : certe latebat in Italia, nulli prope cognita, nullis aliis disciplinis, nullis artibus, nedum propriis exculta, nulla denique, vel linguarum cognitione, vel Philosophiæ nitore decorata Medicina ; cum ecce tutelaris illius genius, ex Aponensis balnei pago, Italiam ab ignorantiæ barbarie, velut alter Camillus Romam a Gallorum obsidione liberaturus ; diligenter inquirit, ubinam gentium humaniores litteræ felicius excolerentur, Philosophia subtilius traderetur, Medicinæ purius, et solidius edoceretur : cumque recivisset uni Lutetiæ hanc laudem deberi : in eam statim involat, illius gremio totum se tradit, Philosophiæ, Medicinæque mysteriis sedulo incumbit, gradum et lauream in utraque consequitur, utramque postea celeberrime docet, et post diuturnam annorum moram divitiis vestris onustus, imo Philosophus, Medicus, Astrologus, Mathematicus suæ tempestatis præstantissimus, in patriam suam revertitur, et primus omnium Scardeoni viri gravissimi judicio, sinceram Philosophiam, et Medicinam illi restituit.

[Petrus Aponensis s’est enfin fait connaître par le remarquable livre qui lui a valu le nom de Conciliator, publié tandis qu’il fréquentait vos Écoles. {a} La médecine était sans doute obscure en Italie, inconnue de presque tous, elle n’était embellie par aucune des autres disciplines et à plus forte raison par aucun des arts nobles ; enfin, elle n’était rehaussée d’aucune connaissance des langues ni d’aucun éclat de philosophie. C’est alors que le génie de cet auteur, originaire du village d’Abano Terme, entreprit de libérer l’Italie de la barbarie de l’ignorance, comme Camillus l’avait fait de Rome pour le siège des Gaulois : {b} il chercha avec ardeur en quel endroit du monde on cultiverait les belles-lettres avec plus de bonheur, on étudierait la philosophie avec plus de subtilité, on enseignerait la médecine avec plus de pureté et de sérieux ; et quand il eut découvert que cette louange ne convenait qu’à Paris, il y vola aussitôt, il se remit tout entier à sa protection ; il s’y consacra avec ardeur à étudier les mystères de la philosophie et de la médecine, puis obtint ses degrés en l’une et l’autre, qu’il enseigna ensuite avec grand renom ; et après s’être chargé de vos richesses pendant de longues années, devenu le philosophe, le médecin, l’astrologue et le mathématicien le plus éminent de son époque, il s’en retourna dans sa patrie et parmi les premiers de tous, au jugement du très sérieux Bernardus Scardeonus, {c} y rapporta la philosophie et la médecine dans la plénitude de leur pureté].


  1. En note de bas de page, Naudé date de 1319 la publication (manuscrite) du Conciliator, en se fondant sur le journal de son auteur.

  2. Général et consul romain du ive s. av. J.‑C., Marcus Furius Camillus avait chassé les Gaulois après qu’ils eurent pris Rome sous le commandement de Brennus.

  3. Bernardino Scardeone, chanoine humaniste italien (1482-1574) auteur d’un ouvrage sur les antiquités de Padoue, sa ville natale, publié à Bâle en 1560.

10.

L’Expositio præclarissimi atque eximii artium ac medicinæ doctoris Petri de Albano Patavini in librum problematum Aristotelis… [Explication du Padouan Petrus de Albano, très brillant et éminent docteur ès arts et médecine sur les Problèmes d’Aristote…] (Venise, Johann Herbort de Seligenstadt, 1482, in‑8o, pour celle des éditions que j’ai consultée) se termine sur ces mots :

Explicit expositio succincta problematum Aristot. quam Petrus edidit Paduanus : ea nulio primus interpretante : incepta quidem Parisius : et laudabiter Padue terminata.

[Ici se termine la courte explication des Problèmes d’Aristote qu’a écrite Pierre de Padoue ; il a été le premier à les traduire ; il l’a commencée à Paris pour la terminer honorablement à Padoue].

11.

« avec les commentaires de [Louis] Duret sur [Jacques] Houllier au sujet des maladies internes » (v. note [10], lettre 11).

V. notes [1], lettre 36, pour la Pathologie de Jean Fernel, et [9], lettre 131, pour les Opera pratica [Œuvres pratiques] de Jacques Houllier.

12.

Iacobi Hollerii Stempani, Medici Parisiensis celeberrimi, in Aphorismos Hippocratis commentarii septem. Recens per Ioan. Liebautium Divionensem Parisiensem Medicum in lucem editi ; eiusdemque scholiis doctissimis illustrati. Ad clarissimum virum Marcum Mironum, Henrici iii Galliarum et Poloniæ regis christianissimi, archiatrum.

[Sept commentaires de Jacques Houllier natif d’Étampes, très célèbre médecin de Paris, sur les Aphorismes d’Hippocrate. Récemment mis au jour par Jean Liébault, natif de Dijon, {a} médecin de Paris, et éclairés par ses notes fort savantes. Dédié à Marc Miron, {b} très brillant premier médecin du roi très-chrétien de France et de Pologne Henri iii]. {c}


  1. V. note [2], lettre 755.

  2. V. note [6], lettre 550.

  3. Genève, Pierre et Jacques Chouët, 1620, in‑8o de 943 pages ; publié pour la première fois en 1579.

13.

« sur la Raison de soigner par la saignée » (traité de Galien que Guy Patin vénérait tout particulièrement).

V. notes :

  • [12], lettre 92, pour les Institutions de Caspar Hofmann (Lyon, 1645) ;

  • [1], lettre 36, pour la Thérapeutique universelle de Jean Fernel que Patin appelait sa Méthode générale ;

  • [18], lettre 360, pour le livre de Botal sur le traitement par la saignée.

14.

Le seul ouvrage de Guillaume Du Val qui ait été imprimé après sa mort (1646, v. note [10], lettre 73) est sa Phytologia, sive Philosophia plantarum… [Phytologie, ou philosophie des plantes…, 1647, v. note [2], lettre 142].

La page 398 contient la plus grande partie de la notice sur la Bursa pastoris. La phrase qui posait problème se situe dans ce passage :

Certe Dioscorides, diserte scribit, cap. 200. lib.2. bulbos omnes acres esse, excalfacere, venerem stimulare. Polytrophos esse multum nutrices, carnem generare, linguam exasperare, qui effectus sunt caloris non parum efficacis. Quæ igitur vero Bursa Pastoris dicitur Latinis eadem, eamdem ob causam vocatur a Gallis, Bourse de Pasteur ou Berger, et des Tabourets.

[Il est certain que Dioscoride a clairement écrit (livre 2, chapitre 20) que tous les bulbes sont âcres, qu’ils échauffent et stimulent le désir amoureux. Ils rendent les nourrices très nourrissantes, ils engendrent la chair, ils aiguisent la langue, et ces effets sont d’une chaleur remarquable. {a} C’est la même que les Latins appellent bourse de pasteur, et les Français pour la même raison, bourse de pasteur ou berger, et des tabourets]. {b}


  1. Phrase à laquelle j’ai tenté de donner un sens, mais dont la construction latine provoquait la perplexité de Guy Patin et de Hugues ii de Salins.

  2. « Tabouret est aussi une petite plante qui est une espèce de cresson, qu’on appelle autrement bourse de pasteur parce que ses feuilles ont la figure d’une petite bourse » (Furetière).

15.

« l’hydropisie avec ascite provient toujours d’une intempérie très chaude : s’il s’agit d’une intempérie simple avec obstruction, il faut recourir à la saignée ; s’il y a vice du foie, c’est-à-dire un abcès, un squirre, etc., la saignée ne servira à rien, c’est en effet une maladie mortelle ; cependant, la saignée peut être parfois utile pour prolonger la vie de quelques jours et pour éviter un étouffement menaçant, et Galien l’a recommandée en divers endroits, principalement dans son livre qui vaut de l’or sur la Raison de soigner par la saignée, et dans ses commentaires du livre d’Hippocrate sur le Régime alimentaire dans les maladies aiguës. »

16.

« car il existe une intempérie très chaude ».

17.

« en ayant pourtant annoncé le pronostic, savoir qu’il s’agit d’une affection très grave ».

18.

« si cependant existent une fièvre, une soif inextinguible, des douleurs autour des viscères, une gêne respiratoire et autres symptômes pressants de cette sorte, alors la saignée est nécessaire par intervalles. Enfin, l’hydropisie avec ascite est une maladie considérable qui a grand besoin des deux remèdes. » {a}


  1. Purge et saignée.

19.

« Quand la parotide enfle » : v. note [5], lettre 195, pour la parotidite (parotides).

20.

« Il l’a battu en diable, en diable et demi : comme tous les diables » (Furetière).

21.

Curieux pléonasme, sans doute pour dire cacochymie (surcharge de bile jaune ou noire, ou de phlegme, v. note [8], lettre 5).

22.

« qui, si elle est retenue et laissée là, provoquera soit, par son abondance, la suffocation, soit, par sa virulence, la gangrène de ces parties. »

23.

« En de telles circonstances, il est mauvais de différer ».

24.

« cette tumeur possède en effet toujours une certaine malignité, et dans Hippocrate toute parotidite est toujours maligne et mortelle. »

« On met des emplâtres sur une apostume [un abcès], pour la faire aboutir et résoudre. Cette glande est enflée, mais elle se résoudra d’elle-même avec le temps » (Furetière).

25.

Par sa plaisante allusion à Castor et Pollux, les Dioscures (v. note [2] du mémorandum de René Moreau sur les parotides), Guy Patin voulait rappeler que la parotidite (v. supra note [19]) est de bon pronostic quand elle est bilatérale (oreillons), mais à prendre pour un signe très fâcheux quand elle est unilatérale.

26.

« une affection mortelle proviendra de ses reliquats gangreneux. »

27.

« Pour le camphre dans l’épilepsie, ce n’est que pure menterie, ce n’est ni fait ni à faire. »

Camphre {a} (Thomas Corneille) :

« gomme résineuse qui distille d’un arbre {b} extrêmement haut et large. Cet arbre croît aux Indes dans les montagnes maritimes et dans l’île de Bornéo […] Il est excellent pour résister aux venins et à la pourriture, et même pour corriger l’air en temps de peste. Il est aussi diurétique, céphalique et stomachique lorsqu’on le mêle avec d’autres médicaments légèrement astringents. […] Quelques-uns tiennent que l’huile de camphre tirée par distillation a une faculté narcotique. »


  1. Mot d’origine arabe, cafur.

  2. Camphrier.

28.

« Les chimistes mentent pour favoriser leurs fleurs de soufre dans les maladies des poumons ».

Soufre (Furetière) :

« Minéral fossile engendré d’une substance terrestre, onctueuse et inflammable. Les chimistes l’appellent divin, et semence masculine, premier auteur de la nature, des choses métalliques. Il est de substance si ferme que la longueur du temps ne le peut corrompre, quoiqu’on le tienne dans l’eau, à moins qu’il ne soit brisé dans un mortier et mêlé avec de l’ail, comme dit Biringuccio en sa Pyrotechnie. {a} Le soufre naît dans la terre de sa graisse, et de l’écume des feux sousterrains ; car de même que la suie est l’écume ou la graisse du feu ordinaire, de même le soufre est la suie provenant de l’inflammation des matières souterraines. C’est une huile de la terre qui se fige comme la graisse dans le corps des animaux. Il y en a de blanc, de jaune et de verdâtre. Celui-ci est le meilleur. Il est ou pur, ou mêlé avec la terre, ou des eaux, dont on le sépare par art. Le soufre vif est la glèbe ou terre soufreuse de couleur tannée, de laquelle on tire le soufre ordinaire avant sa première fonte. Le soufre est une des trois parties qui composent la poudre à canon, et qui lui fait prendre feu aisément. Les volcans ne brûlent qu’à cause que ce sont des mines de soufre qui sont allumées. On appelle magdalon de soufre, ces petits rouleaux de soufre qu’on vend chez les apothicaires. On doit mettre dans le bain d’alun les soies blanches sans soufre. L’or perd sa couleur étant exposé aux vapeurs du soufre, et se rétablit en le faisant bouillir dans l’eau avec du tartre. Sa vapeur blanchit aussi les soies, et les roses rouges, et même des corbeaux pris dans leur nid deviennent blancs, étant exposés à sa fumée.

Fleurs de soufre, c’est le plus pur du soufre, qui s’attache au chapiteau du vaisseau ou alambic, quand on le sublime par le feu ; et on les appelle fleurs blanches quand on les distille avec du nitre calciné, et fixé avec le soufre. » {b}


  1. La Pyrotechnie ou art du feu, contenant dix livres, auxqules est amplement traité de toutes sortes et divesité de minières, fusions et séparation des métaux : des formes et moules pour jeter artilleries, cloches, et toutes autres figures : des distillations, des mines, contremines, pots, boulets, fusées, lances, et autres feux artificiels, concernant l’art militaire, et autres choses dépendants du feu. Composée par le seigneur Vanoccio Biringuccio Siennois. Et traduite de l’italien en français par feu maître Jacques Vincent (Paris, Claude Fremy, 1556, in‑4o illustré de 457 pages, livre 2, chapitre ii, page 63).

  2. V. première notule {a}, note [9] de l’Observation ii de Guy Patin et Charles Guillemeau, pour la distinction générale que faisaient les chimistes entre le « soufre » (partie huileuse et inflammable) et le « mercure » (partie liquide) des minéraux et des végétaux.

29.

« savoir, le chimiste, le botaniste et le jésuite ».

30.

« c’est du clinquant bon pour le peuple [À d’autres, mais pas à moi !] » (Perse, v. note [16], lettre 7).

31.

L’Histoire Auguste est un recueil de diverses monographies des empereurs romains, attribuées à une dizaine d’auteurs de la Décadence. Il paraît avoir été formé sous Constantin (306-337, v. notes [24] du Naudæana 3). Le compilateur ignorant a supprimé des vies entières de souverains, interverti l’ordre des règnes et si bien mutilé le travail des auteurs, afin de se l’approprier, qu’il a parfaitement mérité les copieux reproches que lui a prodigués Isaac Casaubon dans son édition corrigée (v. infra note [32]).

Telle qu’elle est, l’Histoire Auguste, embrassant une période de 165 années et retraçant le tableau des révolutions de l’Empire romain, du règne d’Adrien (117) à celui de Probus (282), est néanmoins précieuse. Les auteurs dont les travaux ont été cousus les uns aux autres par le compilateur anonyme sont : Ælius Spartianus, Vulcatius Gallicanus, Ælius Lampridius, Jules Capitolin, Trebellius Pollion et Flavius Vopiscus, le plus estimé de tous.

32.

« La Grand Navire » était une compagnie d’imprimeurs à laquelle se sont associés divers libraires parisiens au fil du xviie s.

Historiæ Augustæ Scriptores sex . Claudius Salmasius recensuit et librum adiecit notarum ac emendationum ; quibus adiectæ sunt notæ ac emendationes Isaaci Casauboni, iam antea editæ.

[Les six auteurs de l’Histoire Auguste : Ælius Spartianus, Jules Capitolin, Ælius Lampridius, Vulcatius Gallicanus, Trebellius Pollion, Flavius Vopiscus. Édition de Claude i Saumaise qui y a ajouté un livre de notes et de corrections ; avec les notes et corrections qu’Isaac Casaubon {a} a précédemment publiées]. {b}


  1. Saumaise reprenait et amendait les :

    Historiæ Augustæ Scriptores sec Ælius Spartianus, Iulius Capitolinus, Ælius Lampridius, Vulcatius Gallicanus, Trebellius Pollio, et Flavius Vopiscus. Isaacus Casaubonus ex vett. libris recensuit : idemque librum adjecit Emendationum ac Notarum.

    [Six auteurs de l’Histoire Auguste : Ælius Spartianus, Jules Capitolin, Ælius Lampridius, Vulcatius Gallicanus, Trebellius Pollion, Flavius Vopiscus. Isaac Casaubon les a recueuillis dans de très anciens manuscrits et y a ajouté un livre de notes et corrections]. {i}

    Paris, Ambrosius et Hieronymus Drouart, 1603, in‑4o en deux parties de 375 pages (texte de l’Histoire auguste) et 576 pages (commentaires de Casaubon).
  • Paris, 1620, in‑fo en trois parties de 255 (textes) et 519 (notes de Saumaise) et 258 pages (notes de Casaubon) ; le frontispice justifie « à la Navire ».

    La notule {c}, note [13] de la 2e lettre de Roland Desmarets, fournit un exemple des arguties sémantiques des deux philologues sur un passage incompréhensible.


  • 33.

    On a précédemment lu une lettre de Claude ii Saumaise, sieur de Saint-Loup, à Guy Patin. Il était le deuxième fils de Claude i et vivait à Beaune. Une prochaine lettre de Patin lui est adressée.

    34.

    V. note [4], lettre 487.

    35.

    « et ce qu’on colporte sur un calcul bloqué dans la vessie n’est que fable : il se porte bien et pour notre malheur, il est tout-puissant. » Dans la transcription de Chéreau, la lettre est incomplète et finit ici. La suite contredit la nouvelle de la bonne santé du cardinal, mais de telles volte-face sont courantes chez Guy Patin.

    36.

    « dans sa froide contrée ».

    37.

    V. note [30], lettre 498.

    38.

    « ces excellents hommes s’en sont allés ». Cystotome est un synonyme de lithotomiste (v. note [11], lettre 33), chirurgien qui ouvrait (tomê, incision en grec) la vessie (kustos) pour en extraire la pierre (lithos).

    39.

    « mais tous les imposteurs ne sont pas châtiés de la même manière ».

    Guy Patin n’était qu’incomplètement informé et donnait un premier récit fort approximatif de la sombre affaire que voici.

    Alors qu’elle se rendait à Rome en décembre 1655, Christine de Suède avait fait halte à Pesaro où le cardinal Luigi Omodei l’accueillit somptueusement (Quilliet, page 261) :

    « Au grand bal donné en son honneur le 14 au soir, la reine remarque trois jeunes hommes qui exécutent avec une grâce indicible les deux dernières danses à la mode, la gagliarda et le canari. Conscients d’avoir été remarqués, les trois amis improvisent alors, aux acclamations unanimes de l’assistance, une série de tableaux vivants consacrés aux Travaux d’Hercule. »

    C’étaient le comte Francesco-Maria Santinelli, son jeune frère, le vicomte Lodovico, et leur ami le marquis Gian Rinaldo Monaldeschi. Séduite par tant de jeunesse, de force et d’aisance, Christine les avait aussitôt pris à son service.

    Ibid. (page 262) :

    « Malgré les apparences, malgré leurs relations étroites avec certains prélats, malgré leurs manières parfois raffinées, les trois compagnons étaient en fait des nobliaux ruinés, des semi-escrocs vivant d’expédients, des dépravés sans scrupules, sans foi ni loi. Détail supplémentaire et non négligeable : nos trois larrons se livraient ardemment à la sodomie dans un esprit tout à fait démocratique, puisque, au cours de leurs échanges successifs, ils savaient faire alterner sans exclusive les rôles actif et passif […]. Les spectacles intimes que ces dévoués prosélytes se complurent à donner sous les yeux de Christine durant les nuits fiévreuses de Pesaro nous resteront toujours inconnus dans leurs détails, mais il est à peu près certain que la jeune femme put enfin voir ce dont, jusque-là, elle n’avait qu’une connaissance bien abstraite à travers les “ sonnets luxurieux ” de l’Arétin {a} et les explications techniques de Bourdelot. »


    1. V. note [12] du Patiniana I‑3.

    Installée au château de Fontainebleau au début d’octobre 1657 avec toute sa bande, Christine attendait une invitation officielle de la cour pour entrer dans Paris, tout en rêvant pour elle du trône napolitain dont une ruse de Mazarin lui avait fait miroiter la possibilité (conjonction de Compiègne, conclue le 22 septembre 1656). La garnison espagnole de Naples se renforçant, comme si elle avait eu vent du projet secret d’expédition française contre la ville, la reine de Suède soupçonna que quelqu’un de son entourage avait trahi. La découverte de lettres compromettantes désigna Monaldeschi. Ses dénégations maladroites ne firent qu’attiser la fureur de la reine. Elle décida sans procès la mort de son premier écuyer. Le 10 novembre, il comparaissait devant elle dans la galerie des Cerfs, en présence du P. Le Bel, prieur des Mathurins de Fontainebleau (v. note [9], lettre 504), de Lodovico Santinelli et de deux sbires italiens. Les supplications de Monaldeschi n’y firent rien : il fut livré désarmé à ses assassins ; la cotte de mailles qu’il portait sous sa chemise leur rendit la tâche ardue ; Santinelli et ses séides n’en vinrent à bout qu’au poignard, en attaquant la tête et la gorge. ibid. (page 322) :

    « Quelques instants plus tard, Christine réapparaît, marche sans dégoût apparent dans les flaques de sang, pousse le corps d’un pied dédaigneux et conclut calmement : “ Il est donc mort. Je ferai dire des messes pour le repos de son âme. ” »

    Dans l’église paroissiale d’Avon, une plaque de marbre commémore toujours l’événement :

    « Le samedi 10 novembre 1657, à 5 heures ¾ du soir, ont été déposés près du bénitier les restes du marquis de Monaldeschy, grand écuyer de la reine Christine de Suède, mis à mort dans la galerie des Cerfs du château de Fontainebleau à 3 heures ¾ du soir. »

    V. note [10], lettre 504, pour la relation de ces événements par la Grande Mademoiselle. Le R.P. le Bel a été témoin direct du meurtre et en a laissé un récit très détaillé dans le Recueil de diverses pièces curieuses pour servir à l’Histoire (Cologne, 1664, pages 77‑92), référencé dans la note [58] des Déboires de Carolus.

    40.

    « Vous connaissez le vieux dicton : “ Pour les voleurs du bien particulier, les entraves et les chaînes ; pour les voleurs du bien public, l’or et la pourpre. ” »

    Aulu-Gelle (Les Nuits attiques, livre xi, xviii, § 18) :

    Sed enim M. Cato in oratione, quam de Præda militibus dividenda scripsit, vehementibus et inlustribus verbis de impunitate peculatu atque licentia conqueritur. Ea verba, quoniam nobis impense placuerant, adscripsimus : “ Fures, inquit, privatorum furtorum in nervo arque in compedibus ætatem agunt, fures publici in auro atque in purpura ”.

    [M. Caton, {a} dans le discours qu’il a composé sur le butin à distribuer aux soldats, se plaint, avec autant de force que d’éclat, de la licence, de l’impunité accordée aux concussionnaires. Je transcris ici ses paroles, qui m’ont frappé d’admiration : « Ceux qui volent les particuliers passent leur vie dans les liens et les chaînes ; les voleurs de l’État vivent dans l’or et la pourpre. »]


    1. Marcus Porcus Cato, Caton l’Ancien (v. note [5] de Guy Patin contre les consultations charitables de Théophraste Renaudot).

    41.

    Villeroy était le nom de la terre et du très beau château que possédait Nicolas de Neufville, marquis de Villeroy (v. note [5], lettre 133), à une trentaine de kilomètres au sud-est de Paris, dans la commune de Mennecy (Essonne). Construit en 1580, le château fut rasé en 1796.

    42.

    « et aux autres qui voient nos affaires d’un bon œil ».

    a.

    Ms BnF no 9357, fos 271‑272 et 279, « À Monsieur/ Monsieur de Salins le puîné,/ Docteur en médecine,/ À Beaune » ; Chéreau nos xiv et xv (pages 27‑30). Chéreau donne ici deux lettres : la première (no xiv) n’a pas de date ni de fin, mais Chéreau pense qu’elle est « certainement du mois de septembre 1657 » ; la seconde (no xv) n’a pas de début et porte la date du jeudi 15 novembre. Le dernier paragraphe de la lettre xiv dit que le roi est à Vincennes et que la pierre vésicale de Mazarin n’est qu’une fable (v. infra, note [35]). Cela autorise à la dater de novembre. On peut donc admettre que, malgré la discontinuité des feuillets du manuscrit, ces deux lettres n’en font qu’une.


    Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Hugues II de Salins à Guy Patin, le 15 novembre 1657.
    Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0503
    (Consulté le 26.11.2022)

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